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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 07:00

Vladimir-Nabokov--La-Venitienne.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir NABOKOV
La Vénitienne
Titre original
Venetsianka, 1923 -1924,
Traduction
Bernard Kreise
Avec la contribution de
Gilles Barbedette
Gallimard, « Du monde entier », 1991
Folio, 1993
Folio 2€, 2003


 

 

 

 

Biographie

Vladimir Nabokov est un écrivain (poète, romancier et critique littéraire) américain d'origine russe né à Saint-Pétersbourg en 1899 et mort en Suisse en 1997. C'est un écrivain très érudit et cosmopolite. Il disait de lui-même : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. ». Il s'est également beaucoup intéressé à la peinture. La Vénitienne, une des premières œuvres de l'auteur, est datée du 5 octobre 1924. Toutefois, elle n'est parue qu'en 1990 en France.



Résumé

La Vénitienne, nous présente quatre personnages. Le colonel qui a invité son ami Mr Magor restaurateur de tableaux et sa femme Maureen dans son domaine. Frank, le fils du propriétaire, ainsi que son ami Simpson, étudiants en théologie à Cambridge, y résident pour les vacances également. Le colonel est un passionné de peinture et Mr Magor lui permet d'acheter des tableaux. Sa dernière acquisition est La Vénitienne, peinte par Sebastiano del Piombo (artiste qui a réellement existé. Nabokov s'est d'ailleurs inspiré du tableau La Jeune Romaine dite Dorothée, peinte par Sebastiano Del Piombo pour sa nouvelle).

Simpson tombe en admiration devant la toile et ne peut s'empêcher de remarquer à quel point la femme représentée ressemble à Maureen. Un soir qu'il discute avec Magor, ce dernier lui dit qu'il est possible d'entrer dans un tableau si on se concentre. Simpson, comme envoûté par la toile, ne peut s'empêcher de s'essayer à cette aventure et entre dans le tableau qui devient alors vivant. Mais il n'a pas le temps d'en ressortir qu'il se fige à son tour. Entre-temps, le colonel a découvert que Frank et Maureen sont amants et lui demande de cesser leur relation. La nuit où Simpson entre dans le tableau, Frank et Maureen s'enfuient.

Le lendemain, le colonel découvre le portrait de Simpson ajouté à la toile. Magor avoue alors au colonel, que le tableau n'est pas du célèbre Sebastiano del Piombo mais de Frank.

Le fait d'entrer dans le tableau vient d'un fantasme d'enfance de Nabokov  : au-dessus de son lit il y avait une aquarelle. Il dit, je cite : « j'imaginais l'enjambée que je ferais pour gagner le tableau au-dessus de mon lit et m'enfoncer dans la hêtraie enchantée. »

la_jeune_romaine_dite_dorothee.jpg

Analyse

C'est une histoire où la réalité et l'imaginaire se mêlent, c'est donc une nouvelle fantastique. La thématique du vrai et du faux est très présente dans La Vénitienne à plusieurs niveaux. On la retrouve également dans d'autres de ses nouvelles, notamment Un coup d'aile, qui a d'ailleurs donné le titre de ce recueil composé de ces deux nouvelles uniquement.

Nous pourrons voir dans cette oeuvre la façon dont les protagonistes se mentent entre eux, comment la perception de la réalité de Simpson et Magor est erronée, et la manière dont l'auteur trompe les lecteurs.

Le colonel est le premier abusé. Il pense avoir acheté un tableau du très célèbre Sebastiano del Piombo, mais en réalité Magor lui a vendu un tableau de Frank, fils du colonel qui pense qu'il déteste la peinture et ignore qu'il sait peindre. Il découvre également qu'il a un liaison avec la femme de Magor depuis plusieurs mois.

Frank et Maureen mentent d'ailleurs à tous les autres protagonistes. Simpson, pourtant son meilleur ami, ne découvre la vérité que parce qu'il les surprend. Et le mari de la belle Maureen, apprend la vérité en lisant une lettre de sa femme dans laquelle elle lui avoue son adultère avant de s'enfuir avec son amant.

Frank et Maureen représentent le peintre et son oeuvre. Œuvre qui trompe tout le monde dans ce livre.

Dès la première apparition de Frank, il est dit qu'il « s'efforçait de ne pas trop les malmener » en parlant des autres protagonistes alors qu'ils jouaient au tennis. Cela lui donne déjà un air de supériorité face aux autres personnages. Il est comme un dieu avec ses créations, le peintre avec son art.

Mais il faut souligner que Frank également est trompé, mais par lui-même. Il est persuadé que c'est Simpson, ayant surpris le couple en train de s'embrasser, qui les a dénoncés à son père. C'est d'ailleurs pour se venger qu'il peint Simpson sur la toile de La Vénitienne, avant de partir avec Maureen.

Toutefois, les personnages les plus troublés sont sans aucun doute Magor et Simpson.  Pour Magor, la réalité n'est qu'une pâle copie du monde peint : « Magor ne considérait le créateur de la vie que comme un médiocre imitateur des maîtres que quarante ans durant il avait étudié. » Ce personnage ne semble vivant que lorsqu'il décrit son excursion dans les toiles. Il est passionné des Madones et semble éprouver plus d'amour pour elles que pour sa femme. Maureen paraît inexistante aux yeux de Magor et c'est avec Frank qu'elle prend une dimension réelle. Comme s'il l'avait créée en la peignant. Nous retrouvons alors ce que dit Magor quand il parle de Dieu comme d'un mauvais peintre. Toutefois, Frank n'a su donner de l'intérêt à Maureen que sur la toile, du moins pour Magor qui semble ne voir que son portait.

Cette inversion de la réalité n'est pas seulement éprouvée par Magor. La beauté de la Vénitienne, troublera le discernement de Simpson. La toile n'est décrite au lecteur qu'à travers ses yeux. Dès sa première description, la Vénitienne semble vivante. On a l'impression qu'elle est en mouvement. La description de la  toile est reprise plusieurs fois, et à chaque fois elle a l'air plus vivant. Vladimir Nabokov manie avec brio tout au long de la nouvelle ce procédé d'ekphrasis. Ce qui renforce le fait qu'au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, les descriptions de Maureen, notamment par les yeux de Simpson se confondent de plus en plus avec la toile. En effet, on retrouve dans la représentation physique de Maureen, tout comme dans ses gestes, ceux de la Vénitienne qui sont restés figés.

De plus, Simpson est un personnage particulier. Il est décrit comme quelqu'un « d'affable et de timide » et très réservé. Il donne presque l'impression de s'excuser de vivre. Il est dominé par sa sensibilité et ses émotions. Ce personnage a des prédispositions à s'affranchir des limites de l'espace et du temps, comme l'illustre le passage où, après avoir vu le tableau, il s'éloigne dans le jardin, ferme les yeux et éprouve « un accès d'hallucination auditive particulière dont il était affecté depuis l'enfance. » En effet, il pense avoir la capacité d' « entendre le sifflement silencieux de tout ce monde immense à travers l'espace ». Donc la réalité de Simpson semble déjà  altérée et a fortiori lorsqu'il entre dans le tableau.

On remarque d'ailleurs que lorsqu'il plonge à l'intérieur de la toile, la véritable Maureen est la Vénitienne, et non plus la femme de Magor. C'est à ce moment que pour lui le tableau devient sa réalité. C'est aussi à ce moment là qu'il semble prendre vie. En effet, une fois dans la toile ses sens semblent s'éveiller. Sa vue semble éclore lorsqu'il voit le tableau pour la première fois, son ouïe est ensuite mentionnée, puis une fois dans la toile le reste des ses sens se réveillent comme s'ils se révélaient à lui, il sent une « fraîcheur délicieuse » sur sa peau, et l' « odeur de myrte et de cire, avec une touche de citron. »

Pour reprendre les termes d'Angelo Rinaldi dans L'Express, cette oeuvre « consiste à montrer que la vie double de toute indifférence soyeuse la vie de tous les protagonistes, quand la plupart des romanciers installent leurs créatures comme si elles étaient au centre de l'univers. » On le ressent d'autant plus que par moments il fait sortir le lecteur du récit en s'adressant à lui, nous rappelant  qu'il y a un auteur derrière l'histoire : « Ainsi ce brave et agréable vieillard, tel un ange gardien, traverse un instant ce récit et s'éloigne bien vite vers ces régions brumeuses d'où il a été tiré par le caprice de la plume. » Toutefois, il joue sur l'ambiguïté, car, par ce procédé, il rend le personnage marionnette de l'écrivain, mais pas complètement inventé. En effet, « les régions brumeuses » ne sont ni plus ni moins que le sommeil dont l'écrivain l'a extirpé et dans lequel il le laisse retourner, lui donnant ainsi une certaine autonomie et existence.

L'écrivain joue dans toute la nouvelle sur la relation entre réalité et imaginaire. Les personnages ont du mal à discerner le vrai du faux. C'est peut-être sur quoi a voulu insister l'auteur, en rompant le pacte illicite que signe le lecteur avec l'auteur, lorsqu'il entre dans le récit et l'accepte comme réalité le temps de la lecture. Ainsi, il fait appel à notre discernement et nous montre de cette manière qu'il ne se joue pas seulement des protagonistes, mais de nous également. 



Vladimir Nabokov pour symboliser les faux-semblants de cette société dépeinte qui se retrouve aujourd'hui dans la nôtre en bien des points, utilise ce « vrai-faux »  tableau. Ainsi l'art va tromper les protagonistes et représenter les rapports sociaux qui cultivent les apparences pour mieux dissimuler les réalités gênantes. Mais au-delà de cette critique, cette oeuvre soulève d'autres questions. À savoir, où se trouve la frontière entre réel et imaginaire ? L'un et l'autre ne se mêlent-ils pas plus qu'on ne le croit ?  Questions qui nous forcent à la réflexion mais l'auteur nous laisse dans le doute, comme vous pourrez le constater si vous lisez la nouvelle.


Yaël, 1ère année Éd.-Lib.


Sitographie

http://www.encres-vagabondes.com/dossier%20peinture/dossier%20nabokov.htm

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080_2557_2000_num_72_3_6678
 

http://www.lecture-ecriture.com/evenement.php?evt=21

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Nabokov

 

 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Yaël - dans Nouvelle
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