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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 07:00

Vladimir Nabokov, La Vénitienne



 

 

 

 

 

 

 

Vladimir NABOKOV
La Vénitienne et autres nouvelles
1ere édition: 1924
Traduit du russe
par Bernard Kreise
Gallimard, 1990
Folio




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov est né en 1899, le 23 Avril, à Saint Pétersbourg en Russie. Il est issu d'une famille aristocratique, très cultivée et libérale. Il apprend de ses gouvernantes et de ses précepteurs plusieurs langues étrangères, ce qui est pour lui l’occasion de premiers « voyages » culturels ; il parle couramment non seulement le russe mais aussi le français et l'anglais. Il étudie ensuite à l'Institut Tenichev, un lycée d'avant-garde.

Il publiera ses premiers poèmes en 1914. Mais ces années sombres lui font vivre un vrai cauchemar car son père, membre de la première Douma de 1906, est un opposant au régime tsariste, ce qui obligera la famille de Nabokov à quitter sa belle demeure pour s'installer à Londres puis, quelque temps plus tard, à Berlin. En 1922, son père est assassiné par des Russes blancs d'extrême-droite. Enfin, après ces épisodes noirs de sa vie, Nabokov reste auprès de sa mère et s'éprend de la littérature. La montée du nazisme mettra un terme à ces quelques moments de répit. Nabokov, qui a épousé Véra Slonim, elle-même juive, et leur fils, Dimitri, finiront par quitter l'Allemagne en 1936 pour s'installer à Paris.

Toutefois, ces événements ne lui enlèvent pas son goût pour la littérature et sa première publication est la traduction d’Alice aux pays des merveilles en russe ; puis il écrit son premier roman, Machenka, une histoire d'émigrés russes, l'année suivante. Il part ensuite pour les États-Unis mais publie son roman le plus célèbre,  Lolita, à Paris car les éditeurs américains refuseront toute publication de cet ouvrage. Finalement, cette histoire d'amour entre un quadragénaire et une adolescente rencontrera un franc succès de scandale qui lui assurera, sans nul doute, une publicité mondiale.

Aussi Nabokov pourra-t-il à juste titre dire : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne »



Quelques-uns de ses romans

Machenka (1926)

Roi, dame, valet (1928)

L'enchanteur (1939)

 Lolita (1955)



Quelques-unes de ses nouvelles

 Un coup d'aile (1923-1924)

La vengeance (1923-1924)

La Vénitienne (1923-1924)



Quelques citations


« Lire une pièce et voir une pièce reviennent, finalement, à vivre sa vie et à rêver de sa vie. »


 « Le sens de la création littéraire : dépeindre des objets ordinaires tels que leur reflet apparaîtrait dans des miroirs magiques. »


 « Le joueur d'échecs, comme le peintre ou le photographe, est brillant... ou mat. » Pnine

 
« Les étoiles n'ont leur vrai reflet qu'à travers les larmes. » Regarde, regarde les arlequins !
 

 

« Il faut à mon avis écrire pour plaire à un seul lecteur : soi-même »



Un point intéressant à noter : l'auteur est synesthète graphème-couleur. Un terme très mystérieux pour simplement désigner le phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Concrètement pour l'auteur, les lettres de l'alphabet ou les nombres peuvent être perçus comme colorés. L'auteur ne le voit toutefois pas comme une contrainte ; bien au contraire, il jouera à plusieurs reprises de ce don dans ses œuvres.



Résumé

L'histoire se déroule dans un château, chez un colonel. Ce dernier, épris de peinture, invite Mr Magor et sa femme Maureen à passer quelques jours chez lui pour que son hôte, fin connaisseur, lui livre ses dernières trouvailles en matière de tableaux. Pour l'occasion, le fils du colonel, Franck, qui est étudiant et peint secrètement à ses heures perdues ainsi que son ami Simpson s'invitent chez le colonel.

Mr Magor apporte donc un tableau rare et précieux, le portrait de la Vénitienne de Sebastiano Del Piombo. L’auteur s’est en réalité inspiré de Jeune Romaine dite Dorothée du même peintre. Tout le monde remarque une étrange ressemblance entre cette femme et Maureen Magor. Simpson est fasciné par ce tableau et vient le contempler chaque jour. Un jour, Mr Magor lui explique qu'il est possible de pénétrer dans un tableau en le contemplant intensément et lui dit que lui-même en a fait l'expérience.

Entre temps, une liaison secrète se déclare entre Franck et Maureen. Le colonel, ami de Mr Magor, ordonne à son fils de cesser ses embrassades avec la femme de ce dernier ou de quitter le château.

De son côté, Simpson, qui est bien loin de toute ces cachotteries, s'intéresse de plus près au tableau à tel point qu'un beau jour il est littéralement absorbé par celui-ci. Il se fige d'une manière ridicule dans la toile et lorsque le colonel voit le tableau le lendemain matin, il accuse immédiatement son fils d'avoir peint le portrait absurde de Simpson pour se venger de son père. Il décide alors d'effacer avec un chiffon le portrait de Simpson et c'est ce qui sauvera le jeune homme de l'immobilité éternelle.

Le colonel découvre enfin une lettre de son fils lui expliquant les raisons de son départ soudain avec Maureen, exauçant ainsi les deux souhaits de son père.

Un chute incroyable se profile alors à l'horizon et laisse au lecteur une dernière énigme à résoudre... Âmes sensibles s'abstenir ! Ce tableau devient donc un nœud de supercheries ou s'entremêlent humour et fantastique, énigmes à résoudre et indices indécelables !

Chez Nabokov, le réel passe en priorité par la vision. Tout n'est que chatoiement, miroitement, effets de couleurs...

 

L'humour

Nabokov utilise l'humour pour dénoncer la bonne société fortunée et hypocrite de son temps. Il choisit la peinture, qu'il connaît bien, pour symboliser les faux-semblants dans lesquels cette société baigne. Ce tableau qui trompe tous les protagonistes se trouve être en fait la copie conforme des rapports sociaux de son époque : des apparences magnifiques que tout le monde expose au grand jour pour dissimuler une réalité inavouable. Les dialogues montrent bien à quelle classe sociale les personnes appartiennent, des aristocrates et bourgeois snobs, ce qui est source d’humour, notamment par le décalage entre la façon dont l'auteur s'exprime et celle des personnes.

Mais Nabokov utilise aussi l'humour pour divertir le lecteur et l'amuser :

« Le soir, la pluie cessa de façon imprévue. Quelqu'un s'était brusquement ravisé et avait fermé les robinets. » (page 94)

« Simpson s'était réveillé exactement à minuit. Il venait de s'endormir et, comme cela arrive parfois, il s'était réveillé précisément parce qu'il s'était endormi. » (page 98)



Le style

L'auteur opte pour des phrases longues qui ne coupent pas le récit de façon saccadée et nous donnent l'impression d'être en suspension. Le lecteur éprouve donc une sensation de grande fluidité qui ne s'achève qu'à la fin du récit.

L'écriture est en harmonie avec le thème central du récit, la peinture, car celle-ci est perçue comme quelque chose de somptueux, de rare donc de précieux. L'auteur utilise une écriture fine et légère avec notamment des termes qui renvoient à la somptuosité de la peinture : « miroitant », « luisante », « illumine »...

Nabokov fait une description très minutieuse dans certains passages, permettant au lecteur de s'imaginer la scène mais également de prendre en quelque sorte la place des personnages.



L'intrigue

Elle est très bien conduite jusqu'au bout car tout au long du récit on trouve des indices qui préparent le dénouement mais à la première lecture on passe bien souvent à côté de ces indices et ce n'est que lors d'une seconde lecture, plus attentive, que l'on perçoit une multitude d’éléments annonciateurs de la chute. L'auteur nous prépare paradoxalement à la surprise finale :

« De constellation en constellation, de repas en repas le monde avance comme avance ce récit. Mais sa monotonie va maintenant s'interrompre par un miracle incroyable, une aventure inouïe. » page 95.



Le tableau de Sébastiano del Piombo

Le tableau dont s’inspire Nabokov est Jeune Romaine dite Dorothée du célèbre peintre Sebastiano del Piombo. Il représente une très jolie jeune femme brune, une beauté vénitienne, habillée d’un tissu rose et d’une fourrure de lynx gris, tenant dans sa main gauche un panier rempli de fruits jaunes qui auront d'ailleurs une incidence dans le récit. Tout cela dans un décor vénitien du XVIe siècle.



Un auteur « proche » de Nabokov

On pourrait relier Nabokov à un autre auteur, auteur majeur dans l’histoire de la critique d'art, Diderot. En effet, alors qu'on le charge d'une mission particulière, celle qui consiste à faire des comptes rendus des expositions de l'Académie royale de peinture et de sculpture, il les rédige sous forme de neuf Salons et les met à la disposition des lecteurs dans sa Correspondance littéraire. Pris au jeu et convaincu de la fonction morale de l'art, il adoptera un ton libre, ce qui lui vaudra le succès de ses Salons. Diderot est considéré comme le pionnier de la critique d'art et c'est d'ailleurs lui même qui en fera un genre littéraire.

Il se rapproche beaucoup de Nabokov, notamment de son œuvre la Vénitienne, pour différentes raisons : tout d'abord Diderot accorde une place prépondérante aux dialogues afin que la critique fasse intervenir l'autre, le lecteur, mais ils ont une autre fonction, tout aussi importante, car les dialogues permettent de faire une critique moins radicale et plus sympathique. Ce dernier utilise également l'humour afin, là encore, de faire une critique moins abrupte et de respecter l'œuvre et l'auteur de l'œuvre. Chez Diderot, la peinture est considérée comme une poésie muette qui dégage du sens et bien qu'elle soit « muette » elle devient, par l'interprétation, parole en puissance. Diderot, loin de parler à la place du tableau, le fait véritablement parler !

Enfin, une autre caractéristique qui rapproche Diderot et Nabokov est celle-ci : Diderot invite le lecteur à pénétrer littéralement dans le tableau, ce qui nous rappelle Mr Magor invitant Simpson à entrer dans le tableau en contemplant intensément celui-ci.



Avis personnel

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, courte, certes, mais qui nous captive jusqu'au bout. L'auteur a réussi son pari et il mène l'histoire de façon magistrale jusqu'à la fin. Le lecteur, alors qu'il s'y attend le moins, se trouve bouleversé par une chute incroyable qui le pousse très vite à relire une nouvelle fois l'œuvre. La beauté des lieux, les personnages et l'histoire en elle-même sont autant d'éléments qui nous emmènent loin, bien loin de chez nous et nous dépaysent complètement. Une nouvelle à ne surtout pas manquer mais gare à vous, les apparences cachent parfois bien des secrets !


Lydie D, 1ère année Bib/Med/Patrimoine

 


 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

Vladimir Nabokov, La Vénitienne

 

 

 

 

 

Article de Charlotte sur le recueil La Vénitienne.

 

 

 

 

Article de Yaël sur la nouvelle « La Vénitienne ».

 

 

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov Un coup d'aile

 

 

Article de Pauline sur "Un coup d'aile".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Lydie - dans Nouvelle
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