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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 08:00

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Vladimir NABOKOV
Lolita

traduit de l’américain
par Maurice Couturier
édition Folio, 2001


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L'auteur

Vladimir Nabokov (1899-1977) est un romancier, poète et critique littéraire américain d’origine russe. Il a également écrit des essais et des recueils de nouvelles.

Son père était un homme politique libéral, élu à la première Douma russe, puis un ministre du gouvernement Kerensky après la chute du tsar. La Révolution russe poussa la famille Nabokov à s'exiler à Berlin où le jeune Vladimir publia ses premiers textes dans le journal émigré Roul. Il suivra des études de lettres et de langues slaves à Cambridge après l’assassinat de son père et y commencera son premier roman Machenka qui lui vaudra un début de célébrité parmi les émigrés russes d'Angleterre. Les premières œuvres de Nabokov sont toutes écrites en russe, l’auteur n'ayant jamais appris l'allemand. Avec La Défense Loujine, Nabokov devient un écrivain russophone de renom. Son œuvre russe s'achève sur Le Don, un roman majeur sur la création littéraire. Après un bref passage à Paris pendant lequel il écrit une nouvelle en français Nabokov émigre vers Londres et écrit pour la première fois en 1941 un roman en anglais, ce qui constitue un tournant majeur dans sa carrière d'écrivain : La Vraie Vie de Sebastian Knight.

Nabokov partira ensuite vivre aux USA et enseignera à l'Université Cornell où il donnera notamment des conférences sur « les grands maîtres européens du roman ». La publication de Autres Rivages – un récit autobiographique – lui vaudra une première reconnaissance littéraire.

Mais la véritable consécration viendra avec le succès de Lolita en 1955, un roman qui conte l'amour passionné et charnel d'un Européen quadragénaire pour une jeune « nymphette » américaine de douze ans. Nabokov publiera nabokov2-copie-1.gifensuite Feu pâle en 1961, un autre texte majeur dont la construction autour de trois histoires imbriquées constitue une phénoménale mise en abyme.

C’est au sommet de sa gloire qu’il mourra en 1977 en laissant derrière lui un roman inachevé : The original of Laura.

Nabokov se caractérise par la dextérité, l'ingéniosité de son style et par sa position d'auteur intermédiaire entre les littératures russe et américaine. L'usage de la parodie, de la satire, ainsi que des jeux de mots dans différentes langues contribuent à sa consécration.


 

L’ouvrage

Publié pour la première fois en 1955, Lolita fait scandale et est refusé par les éditeurs américains. L’ouvrage doit alors être publié à Paris, et malgré le scandale la critique reconnaît là un chef-d'œuvre littéraire. Émaillé de références à l'Annabel Lee d'Edgar Allan Poe, Lolita est aussi une description passionnée des États-Unis et qualifié par certain de chef-d’œuvre de poésie en prose.

Le personnage d’Humbert Humbert étant le narrateur, V. Nabokov a souvent souffert d’être assimilé à celui-ci. Ce livre a connu un succès international depuis sa parution et a été adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1962, puis de nouveau par Adrian Lyne en 1997. Bien qu’ayant collaboré avec Kubrick lors de l'adaptation de Lolita à l'écran, Nabokov trouva néanmoins le film très différent de son œuvre originelle.



L’histoire

« Humbert Humbert », victime d’un infarctus du myocarde en novembre 1952, meurt quelques jours avant l’ouverture de son procès. Avant de mourir, il rédige néanmoins une sorte de mémoire dont le double titre originel est Lolita, ou La confession d’un veuf de race blanche. L’étrange pseudonyme de l’auteur est de son invention.  En avant-propos, un docteur nous présente cet ouvrage comme un document clinique.

Le personnage d’Humbert Humbert, un homme d’une quarantaine d’années, nous expose dans cet ouvrage sa déviance sexuelle : Humbert Humbert aime les « nymphettes » : ces

 

« […] pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge et même bien davantage, leur nature véritable, laquelle n’est pas humaine mais nymphique (c’est-à-dire démoniaque) […] »

Mais surtout, « H.H » nous parle ici de son amour passionnel et charnel pour la petite Dolores Haze, surnommée Lolita, Lo, Lola ou Dolly : « Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Bien qu’Humbert Humbert, pour cacher sa véritable attirance pour les petites filles prenne parfois une compagne, bien que, selon ses dires il ait maintes fois tenté de vaincre cette tendance, « H.H » ne peut rien faire contre cela. Il évoque une hypothèse : c’est peut être la mort si prématurée d’Annabel – son premier amour d’enfance – qui l’aurait marqué à vie : « je suis convaincu, cependant, que, d’une certaine manière, magie ou fatalité aidant, Lolita commença avec Annabel. »

Quand il rencontre Charlotte Haze, « H.H » souhaite simplement trouver une chambre à louer, sans autre intention. Pourtant, tout bascule quand il apprend que cette femme gentille et douce mais quelque peu écervelée est mère d’une jolie petite fillette de 12 ans. A la seconde où il la voit, il en est sûr : cette petite fille est une nymphette, et il tombe éperdument amoureux de celle-ci  dès la première seconde. Amour et obsession pour Lolita qui ne le quitteront jamais, qu’il gardera toujours, même lorsque l’enfant sera devenue adolescente et même adulte. Afin d’être au plus près de Lolita, il finira par épouser sa mère. Un jeu du chat et de la souris s’installera alors entre Humbert Humbert et la petite fille de 12 ans qui semble connaître l’impact qu’elle a sur son beau-père et qui en joue de manière diabolique. Lorsque la mère de Lolita meurt à la suite d’un accident – bien que le projet de l’assassiner ait déjà effleuré notre ami Humbert Humbert – « H.H » devient officiellement le père de Lo. S’ensuivra alors une longue escapade à travers les États-Unis avec la petite fille, de ville en ville, de motel en motel, où Lolita finira par devenir sa maîtresse, de manière consentie et volontaire. Mais la relation entre ces deux personnages est complexe. Lolita est maligne, changeante, provocante, mais elle a tout de même conscience que cette relation n’est pas normale. Elle finira alors par échapper à « H.H » à l’âge de 14 ans en s’enfuyant avec un autre homme. Humbert Humbert n’aura alors de cesse de la chercher et de se venger de cet homme…


Les personnages principaux

Le personnage d’Humbert-Humbert  est un homme cultivé et élégant qui manie très bien les mots. Malgré le caractère déviant et choquant de sa sexualité c’est un personnage qui nous apparaît malgré tout avec un côté assez sympathique : il joue de l’ironie avec brio et l’amour qu’il porte à Lolita le dévore un peu plus chaque jour, si bien que, parfois, on ressent de la compassion pour ce personnage qui accepte et reconnaît sa déviance tout en ayant parfaitement conscience de la nature profondément blâmable de celle-ci. Humbert Humbert est un homme vil et manipulateur, prêt à tout pour arriver à ses fins avec la petite fille, mais il reste malgré tout un être attachant et sympathique par certains côtés, un être qui traîne derrière lui aussi sa peine.

 Quant à Dolores Haze, dans cette histoire, c’est un personnage tout aussi dérangeant que « H.H » si ce n’est plus. La petite fille a toujours le dernier mot avec son amant quadragénaire, c’est elle qui au final mène le jeu. À la fois prude et catin, naïve et cynique, Lolita est provocante et insolente du haut de ses 12 ans. Quand elle se donne pour la première fois à Humbert Humbert la petite fille n’est déjà plus pucelle, et elle lui conte avec espièglerie ses expériences en camps de vacances l’été passé. Elle joue avec Humbert Humbert pour tenter d'obtenir de lui tout ce qu'elle veut.

Lolita reste au final un personnage bien plus difficile à cerner que celui d’Humbert Humbert.


Mon avis

Vladimir Nabokov manie subtilement l’ironie dans ce roman et les personnages principaux, aussi diaboliques soient-ils, me sont apparus assez attachants. Et qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas un seul mot obscène dans Lolita, l’écriture est subtile et si certains passages peuvent s’avérer assez dérangeants et suggestifs, jamais Lolita ne sombre dans la vulgarité facile.

Néanmoins, il faut le dire : il ne se passe pas toujours grand-chose dans Lolita, comme tout au long de cette escapade fabuleuse à travers les États-Unis où s’enchaînent d’interminables descriptions de paysages américains vus au travers d’un pare-brise et dont on se lasse assez vite ; ou durant ces grands moments de solitude, loin de Lolita, où Humbert Humbert se retrouve seul avec lui-même et avec son obsession pour la petite fille.

La force de cet ouvrage réside probablement dans la construction des personnages avec la complexité des relations qui les unit, et dans l’art qu’a Nabokov de traiter d’un tel sujet, encore brûlant aujourd’hui.


Mathilde, 1ère année Éd.-Lib.

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commentaires

Lodewijk Karel 17/09/2015 09:47

"Nabokov se caractérise par la dextérité, l'ingéniosité de son style et par sa position d'auteur intermédiaire entre les littératures russe et américaine. L'usage de la parodie, de la satire, ainsi que des jeux de mots dans différentes langues contribuent à sa consécration."

Cela est en fait, bien au-delà, de cela.
C'est en Anglais, mais vous devriez jetter un coup d'oeil à ceci:

wittevlinders.wordpress.com

Je pense que c'est intéressant.

Luna 24/04/2011 08:07


Cette oeuvre est magnifiquement bien écrite mais absolument horrible : je ne me suis jamais autant détesté à aimer lire des lignes dont je détestais le sujet...
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur "Lolita" sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


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