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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 07:00

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Wajdi MOUAWAD
Anima
roman
Leméac / Actes Sud en 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Wajdi Mouawad est né au Liban, en 1968.

Il passe son enfance en France, avant de partir pour le Canada afin d'y faire ses études. Il y obtient le diplôme de l'école nationale de théâtre du Canada à Montréal en 1991. S'ensuivent de nombreuses mises en scènes (Incendies)  ainsi que l’écriture de pièces de théâtre (le quatuor épique Le Sang des Promesses). Il en est d'ailleurs récompensé par le prix du Théâtre de l'Académie Française en 2009. Il finit par revenir en France métropolitaine. Il est l’un des dramaturges phares du festival d'Avignon de ces dernières années.

Son talent en tant qu'auteur de roman est certes moins connu mais il n'en n'est pas moins remarquable. Anima est son deuxième roman, il en a commencé l'écriture en 2002.



Anima

Tout commence par le meurtre et le viol d'une femme enceinte. Un acte d'une violence encore jamais vue. Le mari, Wahhch Debch, découvre le corps sans vie de sa femme, chez lui. De rage, il veut retrouver le meurtrier, non pas pour le tuer à son tour, mais pour voir son visage, savoir qui il est.

 

De là s'ensuit une affaire policière. Il fait appel à un ami inspecteur qui lui fera vite comprendre que l'on ne peut pas arrêter le coupable. La raison ? C'est un Indien américain, protégé par sa patrie et il est impossible de le retrouver. Pourtant, Wahhch va partir à sa recherche, envers et contre tout. Il passera par autant de rencontres inattendues que de lieux incertains et dangereux. Jusqu'au jour où il  retrouvera l'assassin de sa femme, le démon qui le hanta toutes ces nuits.

 

Ceci n'est pourtant pas la fin de l'histoire, loin de là. Wahhch va devoir fuir, cette soif de vengeance va finir par lui coûter la vie, à défaut que l'affaire du meurtre de sa femme soit résolue. Viendront alors des révélations sur son propre passé que jamais il n'aurait imaginées.

 

« Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l'un de l'autre, qu'en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d'être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l'estomaquer, lui faire perdre la tête, l'avoir » (page 13). 

 

Caractéristiques

Anima n'est pas seulement un polar comme on en voit tant. Certes, il y a toutes les clefs d'un thriller américain : du suspens, des preuves, de la violence, des fausses pistes, un anti-héros. Cependant, ce qui le distingue des autres romans est l'audacieux point de vue adopté par Wajdi Mouawad.

Cette œuvre est divisée en quatre parties : BESTIAE VERAE, BESTIAE FABULOSAE, CANIS LUPUS LUPUS et HOMO SAPIENS SAPIENS. Ces titres peuvent d'ores et déjà montrer une évolution dans la trame et placent l'homme au même rang que les animaux.

Ce livre ne conte pas uniquement une affaire de meurtre, il met aussi en scène les témoins des hommes, des actes et des paroles. Ces témoins sont les animaux, eux-mêmes. Qu'ils soient compagnons des hommes ou simple spectateurs de la vie humaine, c'est à travers leurs yeux et leurs sens que l'histoire progresse.
Wajdi Mouawad s'en engagé dans le pari de faire croire au lecteur qu'il est un animal. Tout y est : les sensations animales, les craintes, l'instinct. C'est peut être cela que l'auteur voulait mettre au jour. L'instinct animal de l'homme.

 

« Il s'enfonce dans les marécages, ralentissant sa fuite tandis que l'autre, habile sauteur, coureur, guerrier, prend appui sur les troncs des arbres pour se propulser vers l'avant et se rapprocher de sa proie qui crie qui crie » (chapitre LIBELLULA QUADRIMACULATA, page 257).

 

 

 

L'animal

D'après une légende indienne, tout homme possède un animal comme symbole de son être. L'auteur, en présentant les scènes à travers les yeux de animaux, fait comprendre au lecteur la caractéristique principale du personnage. Mais c'est une caractéristique que lui-même ignore, elle est invisible et c'est ce qui fait toute la singularité de cette œuvre.

L'intitulé de chaque chapitre est le nom latin d'un animal ; ainsi, le lecteur peut se mettre dans la peau de ce dernier.

Wajdi Mouawad a cherché à être au plus près de la nature animale de l'homme. Ainsi, chaque animal prouve sa singularité, ce qui fait qu'on le reconnaît. L'animal le plus présent est le chien, symbole de fidélité, mais aussi d'obéissance et de violence.

 

« Le chien, bien plus que la mort, craignait le désamour de son maître. » (page 311).

 

En effet, chaque bête fait partie intégrante de l'histoire. Même une petite araignée qui tisse sa toile devient importante.

Le lecteur devient un animal, prisonnier de l'enveloppe qu'on lui impose. Il rage, grogne et retrouve des sensations naturelles parfaitement décrites. L'auteur multiplie les exercices de style. On trouve des chapitres particulièrement courts mais très évocateurs de l'animal concerné.

 

« Le jappement du chien a tout tranché.
Oui.
Ensemble, obéissant à l'appel de la prudence, nous avons glissé sur les parois du présent pour quitter les statues et les anfractuosités du clocher où nous nichons.
Ouvrant nos ailes, nous avons lancé nos corps dans le vide.
Oui.
Nous avons survolé franc ouest le grand carrefour vers les bâtiments opposés à l'église, puis, redressant notre courbe en direction nord, nous avons dépassé le chantier de construction adjacent à l'hôpital.
Nous avons atterri sur le granit enneigé de la fontaine située au bout du terre-plein qui sépare le grand boulevard en deux parties égales, à l'intersection exacte de la rue de l'église.
Depuis ce nouveau poste d'observation, nous l'avons aperçu monter dans une voiture.
 Oui. »

(COLUMBA LIVI A, chapitre entier, page 19).

 

 

 

Avis

Wajdi Mouawad a gagné son pari audacieux. C'est un thriller haletant, fascinant, bouleversant et dérangeant. L'écriture est crue, sans fioritures mais très efficace. Le lecteur est pris dans une ronde qu'il ne peut quitter avant d'avoir tourné la dernière page.

Wajdi Mouawad n'est pas seulement un écrivain, c'est un artiste. Il joue avec les mots et les sensations comme un sculpteur. Il s'amuse avec les sonorités naturelles et animales, comme un musicien. Il prend plaisir à décrire les événements à travers les yeux d'animaux de toutes sortes, comme un peintre.

Il dit d'ailleurs sur son site officiel :

 

« Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L'artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté ».

 

Ce livre est un voyage, par les lieux visités, mais aussi par les sens et les émotions qu’il sollicite. On peut passer du rire aux larmes, de l'angoisse au soulagement en une phrase. L'auteur a tout pouvoir sur le lecteur et l'emmène où il veut, sans même que ce dernier s'en rende compte.

Un polar hors du commun, un point de vue singulier pour une œuvre sans égale.


Pauline, 1ère année édition-librairie

 


 

Wajdi Mouawad, Littoral-copie-1

 

 

 

 

 

 Article de Laura sur Littoral.

 

 

 

 

 

 

 

 

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