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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:00

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WANG Anyi
王安忆
À la recherche de Shanghai
Traduction
Yvonne André
Picquier, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Wang Anyi est née à Nankin en 1954 mais passe son enfance à Shanghai. Sa mère (Ru Zhijuan) est romancière et lors de la révolution culturelle elle est classée parmi les « esprits malfaisants ». Wang Anyi trouve alors refuge dans la lecture des grands écrivains chinois et étrangers, notamment Balzac. Après la parution de ses premiers textes en 1976, elle ne va plus cesser de publier nouvelles, romans, essais et récits de voyage, remportant de nombreux prix littéraires. Elle aime à faire revivre sur un mode intimiste les ruelles de Shanghai et ses années d'adolescence marquées par la Révolution culturelle. Shanghai est le héros de son œuvre. Elle est élue en 2001 présidente de l'Association des écrivains de Shanghai.



Bibliographie

  • 1981 : Le murmure de la pluie.
  • 1985 : Le petit bourg des Bao.
  • 1986-1987 : La Trilogie de l’amour
  • 1995 : Le chant des regrets éternels (il reçoit en 2000 le prix Mao Dun)
  • 2001 : Les lumières de Hong-Kong
  • 2004 : Amère jeunesse

 

 

Structure du recueil

Le recueil est composé de cinq petits textes de natures différentes dont le dernier est découpé en cinq contes précédés d’une introduction.

  • « A la recherche de Shanghai » 
  • « Shanghaiennes »  
  • «  Shanghai et Pékin »  
  • « Ces villes ont un goût » 
  • « Rêves de prospérité » :

« Le vagabond des mers »
« Le vol de René Vallon »
« Les bas en fibres de verre »
«  Le pont de la famille Lu »
« Une bouche célèbre »

 

 

 

« À la recherche de Shanghai »

Ce texte commence par une recherche en bibliothèque pour retrouver les racines de Shanghai. Et c’est ici l’auteure elle-même qui cherche. Elle trouve une première description dans un livre. Qui correspond pour l’auteure à « une lointaine époque mythique ». Et elle se met à la suite de cela à décrire le Shanghai actuel comme elle le ressent ainsi que le Shanghai de son enfance. On commence par une description des visages, des différentes physionomies. Pour ce faire, elle introduit parfois des personnes comme Aqio, surnommé Grosse Tête ; ensuite, on enchaîne sur la description de l’ambiance de la ville et on dérive petit à petit jusqu’à parler de Shanghai aux différentes saisons. Enfin elle revient à sa recherche en bibliothèque et termine en répétant la première description.

On remarque tout d’abord que c’est-ce texte qui va donner son titre au recueil et qui lui correspond parfaitement bien puisque tout au long du livre on va découvrir Shanghai. Le personnage principal de ce texte, vous l’avez compris, c’est Shanghai. Il est écrit à la première personne, ce qui accentue son côté autobiographique puisque, comme je l’ai dit, l’auteure est la narratrice. Ensuite, on peut dire que cette partie du livre en fait une véritable introduction.



« Shanghaienne »
 
C’est le plus court des textes de l’ouvrage. L’auteure y décrit, comme le titre l’indique, les femmes de Shanghai. Elle commence par dire qu’il ne faut pas les confondre avec celles de la province de Wu ou de Yue. Elle décrit ces femmes comme des personnes fortes, capables de résister à la ville qui n’est pas peuplée de romantiques, où même dans le dialecte il est compliqué d’exprimer l’amour. Malgré l’âpreté de la description, c’est un véritable hymne à la Shanghaienne que nous offre l’écrivain qui écrit par exemple : « Pour décrire Shanghai les femmes l’emportent » ou alors « Les femmes rassemblent ces fragments d’enthousiasme et d’énergie dispersés pour préparer la prochaine étape triomphante ». On peut noter dans cette nouvelle l’importance du dialecte, que l’on retrouvera dans les textes suivants comme « Shanghai et Pékin » ou « Ces villes ont un goût ».

 

 

 

« Shanghai et Pékin » & « Ces villes ont un goût »
 
Dans ces deux nouvelles, l’auteure compare Pékin, capitale officielle considérée comme le centre politique et culturel de la Chine, et Shanghai, qui avec Hong Kong domine au niveau économique.

 

 

« Shanghai et Pékin »

Wang Anyi commence par comparer les tailles puis les bâtiments que l’on trouve : à Pékin, le temple du ciel et de la terre, à Shanghai le Jardin de Yu ; ensuite elle décrit les Shanghaïens et les Pékinois puis les différentes utilisations de la langue : raffinement à Pékin et efficacité à Shanghai. Par la suite, l’auteure décrit Pékin comme une « ville texte » et Shanghai comme une « ville nombre ». Pékin est « sensible », Shanghai « pragmatique ». La nouvelle se termine ainsi :

« Charme (de Shanghai) venu du travail des machines de précision, il peut se reproduire, il est commercialisé. À présent, ses produits affluent vers Pékin comme dans un combat pour prendre la ville sans coup férir »

Cela montre bien, comme je le disais précédemment, la suprématie de Shanghai au niveau économique.


« Ces villes ont un goût »
 
Ce texte va poursuivre la comparaison entre les deux villes. L’auteure commence par définir ce qu’elle entend par goût : entre autres les différences de langage mais aussi le mode de vie, l’idéal d’existence, le système de valeurs, soit la culture. Ensuite, elle nous décrit le goût de Pékin avec sa culture qui remonte à plusieurs dynasties et celui de Shanghai, simple village de pêcheurs qui va se retrouver après la guerre de l’opium aux mains de la « bande rouge » et de la « bande noire », un monde sans foi ni loi. Puis elle nous montre que Shanghai accepte l’Occident, que c’est une ville moderne ; elle insiste sur l’importance de Shanghai comme ville de hasard, sur le rêve de prospérité. Alors que Pékin est une ville où l’on peut parler d’aimer. Enfin, elle conclut sur les différences de langages mais surtout d’écriture en disant que les écrivains pékinois ont une longue histoire sur laquelle baser leurs livres. Wang Anyi clôt ce texte par les déceptions causées à Shanghai par la réforme de la propriété des moyens de production. C’est la seule note à caractère un peu politique du livre qui reste pourtant une simple constatation. 

 

 

 

« Rêves de prospérité à Shanghai »

« Rêves de prospérité » débute par une introduction, une mise en contexte avant de se diviser en cinq contes. Cela commence par une description du parcours du soleil dans le ciel et sur la terre avec, il faut le dire, beaucoup de poésie. On peut noter dans le préambule les nombreuses répétitions des mots horizon, soleil, nuage, ondulation, vagues et la déclinaison de la phrase « venue de l’horizon, elle retourne vers l’horizon » : « venue de l’horizon elle repart vers l’horizon », « ces vagues roulent vers l’horizon puis refluent de l’horizon », « les vagues courent vers l’horizon puis reviennent de l’horizon ». Cette description débouche sur la vue d’un rivage avec un village de pêcheurs que l’on suppose être le Shanghai d’autrefois. On rencontre le personnage d’Ae’r en train de pêcher ; il aperçoit une lueur dans la mer qui se révélera être deux statues de Bouddha. La fin de l’introduction annonce les cinq contes englobés sous le titre de rêves de prospérité.

 

 

« Le vagabond des mers »

Ce premier conte rapporte l’histoire d’Akun, fils unique, qui vit avec sa mère Ama et ne connaît pas son père Apa. Apa est en fait parti en mer et de folles rumeurs à son sujet arrivent aux oreilles d‘Ama. Akun, à l’âge adulte, décide de partir en mer à son tour. Après une tempête, il rencontre une jeune fille puis se perd. Il trouve enfin une maison où on l’embauche comme commis et il se lie avec la fille de la maison. Ils ont un fils. Akun décide un jour de repartir en mer. À cet instant, le conte fait une boucle et on se retrouve avec Akun fils qui attend son père avec la femme d’Akun qui devient Ama à son tour tandis qu’Akun devient Apa. L’histoire recommence, avec les rumeurs, mais elle se termine par le retour d’Apa/Akun qui revient riche. Un rêve de prospérité se réalise. On remarque que cette nouvelle est un conte, comme je l’ai dit, notamment par son côté magique.

 

 

« Le vol de René Vallon »

Ce deuxième conte raconte l’attente par les Shanghaiens du premier vol de l’histoire de la Chine. Il faut savoir que c’est une histoire vraie : en effet, René Vallon a effectué le 6 mai 1911 à Shanghai un vol de 35 minutes qui se solda par le crash de l’appareil et sa mort. Il est à noter que c’est le premier aviateur dans le ciel chinois. Cette histoire est tout de même un conte, malgré la véracité des faits, par la manière dont elle est narrée, par l’insertion de légendes comme la naissance de Bouddha.

 

 

« Les bas en fibre de verre »

Ce troisième conte raconte l’histoire de Lao San qui, à la suite d’une conversation avec deux amis, décide de partir faire commerce de bas en fibre de verre, soit de bas en nylon. Et cela en contrebande. Il est accompagné d’un couple, Xia Li et sa femme, et de deux hommes. Au départ, notre héros pense que la femme n’est qu’un poids inutile et que son mari ainsi que ses deux compagnons de voyage sont stupides d’être aux petits soins pour elle. Mais lors de leur première péripétie, le contrôle d’un brigadier à la gare, elle sauve toute la bande par son charme. Lao San est émerveillé et ne cessera plus de s’extasier sur les talents qu’elle dévoilera au fil de l’aventure contrairement à son mari qui deviendra un poids. Il est à noter que cette femme n’a pas de nom propre ; elle est désignée par rapport à son mari comme épouse ou alors par les mots femme ou jeune femme. Cependant, elle reçoit petit à petit le nom de Mme Li à mesure que Lao San s’émerveille, ce qui montre l’importance qu’elle prend aux yeux du héros.

Pour finir, Lao San a fait fortune et rentre riche à Shanghai « après avoir traversé mille dangers et dix mille épreuves. » Ne sachant quoi faire de cet argent ; il décide de suivre le conseil d’un ami et place la totalité de son gain dans une exploitation de bauxite. Mais il perd tout ce qu’il a investi. Après être passé par différentes phases d’abattement, il se retrouve comme au début du conte autour d’un thé avec ses deux amis. On remarque encore la construction en boucle, en cycle. Ce conte est central dans cette partie du recueil. D’abord, c’est le troisième. Pour moi, il forme un pont entre les différents épisodes ; en effet le premier et le cinquième se terminent bien, le deuxième et le quatrième mal et enfin le troisième a un dénouement en demi-teinte puisque la prospérité pécuniaire a d’abord été atteinte puis perdue.

 

 

« Le pont de la famille Lu »

Le quatrième récit raconte l’histoire d’un pont et de ceux qui le traversent. La famille Lu a une très belle jeune fille qui attire un nombre considérable de prétendants ; tous sont refusés mais elle se promet et se donne au jardinier. Ce qui est perçu par sa famille comme une terrible honte ; elle est selon les règles du clan enterrée vivante et un pont est construit par-dessus, « ainsi mille personnes passeraient sur elle, dix mille personnes la piétineraient pour la punir de son crime ». À partir de cette histoire, une légende se forme. Tous les hommes – et plus particulièrement ceux qui sont en âge de se marier – qui le traversent glissent, tombent et le malheur s’abat sur eux comme une vengeance de la jeune fille.

M. Zhou glisse sur ce pont alors qu’il n’est plus très jeune pour ne pas dire vieux. Suite à cette glissade il se met à se poser des questions sur sa vie morne de comptable en pharmacie. Il va ainsi trouver l’amour avec une femme, Orchidée de son nom, et son caractère va devenir jovial, il va s’ouvrir à la vie. Pour finir, un jour, Orchidée disparaît avec les économies de ce pauvre M. Zhou qui, suite à ce revers, dépérit et finit par mourir. Le conte se termine des années après par la destruction du pont et par la découverte d’une simple boîte ; elle n’est pas rouillée et le soleil brille à l’intérieur. Ce conte montre bien les rêves de prospérité qui ne se sont pas réalisés mais également l’absurdité des superstitions.



« Une bouche célèbre »

Le cinquième conte narre les aventures du docteur Cheng, spécialisé en chirurgie maxillaire qui a tout perdu en s’essayant au commerce et doit redevenir médecin. Le problème, c’est qu’il n’a que peu de clients ou alors il traite des problèmes de dentiste. Un jour, il décide par manque d’argent de louer une partie de son cabinet à Lao Lu qui, par son entrain, sa bonhomie lui redonne le sourire. Il va alors se rapprocher de sa femme et va même l’accompagner à l’opéra alors qu’il déteste cela ! Et là, il voit sur scène le meilleur des acteurs jouant des rôles de jeunes femmes sur scène ; il est subjugué par sa bouche. Il se met donc en quête de l’acteur, lui écrit une lettre et part tout simplement à sa recherche en abandonnant tout. De son côté, l’acteur fait de même ; cela fait le tour de Shanghai. Le docteur revient à son cabinet et y trouve l’acteur ; depuis le passage de celui-ci, le cabinet de désemplit pas et le docteur devient riche. La question est : que s’est-il passé entre les deux personnages ?



L’édition

 

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Les Éditions Philippe Picquier sont une maison d'édition créée en 1986 et spécialisée dans la publication de livres venant d'Extrême-Orient : Chine, lCorée, Japon, Vietnam, Inde et Pakistan. À la recherche de Shanghai est publié dans la collection « Écrits dans la paume de la main ». Cette collection est définie ainsi :

 « Ce qui est écrit dans la paume de la main ne peut être que bref et fragmentaire : instants minuscules parfois miettes modestes volées à la mémoire pour dire ce qui ne peut trouver sa place dans une œuvre plus ample. Certaines vignettes scintillent en quelques lignes, d’autres récits ont besoin de quelques pages pour se déployer, mais sur tous l’écrivain règle son attention avec la même focale pour atteindre l’infime ou le détail révélateur dans un savant exercice d’humilité. »

Cette collection correspond parfaitement à ce livre par sa composition et son contenu.



Avis personnel
 
J’ai tout d’abord apprécié le format, la couverture et la texture du livre malgré son prix relativement élevé. La nouvelle que j’ai préférée est la première, avec la recherche en Bibliothèque. En point négatif, je dirai qu’il faut avoir son moteur de recherche et un dico sous la main pour comprendre certains termes ou références ! Parce que personnellement, je ne savais pas ce que représentait la mesure d’un li ou alors que les enfants chinois à l’école faisaient des exercices de gymnastique oculaire. Le point positif de cette recherche, c’est que l’on apprend plein de nouvelles choses. Pour finir je conseille ce livre parce qu’il est agréable, intéressant à lire mais surtout parce que l’écriture est belle alors que l’auteure a un regard très réaliste sur sa ville : elle ne l’embellit pas mais la décrit. De plus, ce livre nous transporte dans un autre lieu, on se retrouve au cœur de Shanghai.


Nymphéa. 1ère année bib.

 

 

 

 


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Published by Nymphéa - dans Nouvelle
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