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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 07:00

Wells-Tower-Tout-piller-tout-bruler.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Wells TOWER
Tout piller, tout brûler
Traduit de l'américain
par Michel Lederer
Collection Terres d'Amérique
Albin Michel, mai 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

wells-tower-.jpgIl ne faut pas s'attendre, en ouvrant Tout piller, tout brûler, à se retrouver face à des récits apocalyptiques, pas plus qu'à des débordements de violence ou encore à une pensée anarchiste ou révolutionnaire. Si la couverture et le titre semblent aller dans ce sens, il en va différemment des nouvelles qui composent l'ouvrage. Sans que cela doive, cependant, nous éloigner d'une œuvre qui mérite largement le détour.

 

 

Il faut donc voir au-delà de cette teinte un peu « racoleuse » que l'éditeur Albin Michel a voulu donner au recueil de Wells Tower et chercher un style littéraire singulier plus qu'un cri de révolte. Car l'auteur a recu plusieurs « Pushcart Prize », un prix « Paris Review » et a vu son œuvre nominée à plusieurs reprises, ce qui est d'autant plus respectable que Tout piller tout brûler est son premier ouvrage.

Que peut donc nous raconter Wells Tower qui diffère tant de ce que suggère cette carcasse de voiture présentée par Albin Michel ? Un certain nombre de choses, serait-on tenté de répondre. La relation incroyable qui lie deux frères face à la solitude, dans un mélange flou et confus de haine et d'affection, telle qu'elle nous est narrée dans la nouvelle « Un lien fraternel ». L'histoire d'un inventeur raté et misérable qui peine à trouver un sens à sa vie, mais porte fièrement son titre d' « Éxécutant d'énergies importantes ». Les familles explosées et ressoudées, encore et toujours, les membres qui se haïssent mais sont bien forcés de se supporter, car tout vaut mieux que la solitude. Et l'on se surprend parfois à se retrouver dans le comportement d'un des personnages, qu'il s'agisse d'hypocrisie ou d'opportunisme, d'espoir futile ou de détermination insensée.

Les nouvelles de Wells Tower, sans être totalement noires, comportent cependant une belle part de ténèbres, et l'on serait tenté de faire une analogie avec la vie en général. La saveur douce-amère de celle-ci, les raisons qui n'en sont pas et qui nous permettent de continuer à avancer alors que tout semble perdu sont des thèmes récurrents. Tout comme Bob Munroe qui n'a plus personne au monde et se réjouit avec des poissons et un vieil aquarium, comme Matthew qui est célibataire et n'a plus qu'un frère qui le déteste, comme Ed qui se retrouve à faire le baby-sitter pour son ex-femme parce qu'il ne saurait se résoudre à l'oublier, les personnages de Wells Tower possèdent une arme à double-tranchant, l'espoir. Certains ne se relèveront pas, on le sait, et s'enfonceront dans la misère. D'autres reprennent goût à la vie, lentement, se redressent, et les phrases travaillées de Tower, les détails qui parsèment les récits nous permettent de suivre leur retour. On sent avec force l'orignal s'écrouler sur le sol dans « Un lien fraternel », on perçoit la satisfaction immense du narrateur, souvent par une simple description de l'environnement, ou plutôt de la perception qu'en a le personnage :

« À l'ouest, le soleil atteignait déjà la cime des arbres qui formaient une ligne noire. La poignée gaufrée des gaz palpitait dans ma paume. Le vent séchait l'humidité sur mes joues et agitait les mèches éparses des cheveux de Stephen. Tandis que la carcasse de l'animal disparaissait derrière nous, j'avais l'impression d'échapper aux ténèbres qui m'avaient envahi [...] »

De simples petits riens, voilà de quoi est constituée l'existence que nous présente Tower Wells. La force de cette œuvre, plus que de proposer des histoires au scénario  extraordinaire, est de parvenir à décrire sentiments et ressentiment avec la même précision et le même réalisme. À aucun moment, sauf peut-être dans la nouvelle « Tout piller, tout brûler », on ne se détache totalement des personnages, qui peuvent se montrer réellement attachants. Toutes les nouvelles ne s'achèvent pas sur une chute, et c'est plutôt l'ambiance et l'atmosphère qui, à mes yeux, font le charme de l'œuvre. La seule nouvelle détonant un peu est celle qui donne son titre au recueil, et qui relate l'histoire d'un raid de vikings. Comme toujours, l'amertume et la noirceur sont de rigueur, mais c'est sans doute cet éloignement temporel qui m'a un peu moins enthousiasmé, tout comme les nombreuses morts, les massacres dépourvus de sens, le tout paraissant quelque peu irréaliste. C'est pourquoi j'ai préféré les huit autres récits, plus banals, plus communs, mais traités avec une grande subtilité, et qui nous donnent, pendant quelques instants, l'illusion de partager la vie d'un personnage et de connaître ses joies et ses peines.

Victor Lenoble, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Liens

 


 Wells Tower sur le site d'Albin Michel

 


 

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Published by lVictor - dans Nouvelle
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