Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 19:00
Wilfrid N Sonde Le coeur des enfants leopards












Wilfried N’SONDÉ
Le Cœur des enfants léopards

Actes Sud, 2007.






















Né au Congo, Wilfried N’Sondé passe son enfance et grandit en région parisienne avant de migrer vers Berlin. Installé dans la capitale allemande, il devient un musicien reconnu de la scène berlinoise, balançant entre rock-trash et afro-punk. En 2007, il signe son entrée en littérature avec ce premier roman, assez remarqué.

Wilfried N’Sondé nous raconte la descente en enfer d’un jeune homme (dont il tait le nom) d’origine africaine, né dans la banlieue parisienne, qui, abandonné par son premier amour, commet l’irréparable alors qu’il est ivre mort. Le récit du narrateur, flot continuel de sa conscience et de ses états d’âme, peut se scinder en trois parties distinctes, qui s’interrompent et se croisent de manière aléatoire au cours du roman. D’une part, le jeune homme rend compte de la situation : il est en cellule, a été passé plusieurs fois à tabac, mais ne peut se rappeler pourquoi il est là, jusqu’à la fin du roman. D’autre part, il nous dévoile les détails de sa première histoire d’amour, qu’il vit avec Mireille, rencontrée dès l’âge de 3 ans (âge de son arrivée en France) et qui, depuis le début de ses études à Paris, prend ses distances avec son ancienne vie dans le quartier, notamment en rompant avec le narrateur. Cette rupture le laisse dans une telle souffrance, qu’après une soirée bien arrosée, il en arrivera à tabasser à mort un jeune policier. Enfin, il raconte l’histoire de Drissa, un de ses amis qui sombre petit à petit dans la folie et la violence, et par le biais duquel il nous brosse untableau de la vie quotidienne dans le quartier.

Ce premier roman urbain, plus que de porter une identité africaine, tente de dénoncer les injustices sociales quotidiennes dont sont victimes certaines couches de population, ici les jeunes de banlieues, comme il l’énonce dans une interview dans le journal en ligne Afrik.com (cf. http://www.afrik.com/article11755.html) :


« La banlieue c’est quoi ? Neuilly par exemple est une ville de banlieue, si un habitant de Neuilly venait à écrire un livre, on dirait que c’est un écrivain de banlieue ? Quand on me dit « écrivain de banlieue », j’entends : « voilà quelqu’un qui vient d’un milieu pauvre et qui est issu de l’immigration ». C’est effectivement ce que je suis, un immigré d’Afrique noire, pauvre, vivant en Europe. Si c’est cela être un écrivain de banlieue, alors oui je le suis. Je pense qu’on emploie le terme de banlieue pour ne pas reconnaître, pour masquer la réalité des choses. Et cette réalité, c’est la pauvreté, le brassage des populations venues des quatre coins du monde qui amène des changements qui font peur car on veut encore croire que les êtres humains, les identités et la culture sont des choses figées alors que depuis toujours les êtres humains bougent, se mélangent et créent des choses nouvelles. »

Malheureusement, son écriture se cristallise dans certains clichés, le flic gentil et compréhensif (celui que le narrateur tue, bien évidemment), les autres, des brutes qui ne pensent qu’à foncer dans le tas, la minceur psychologique des personnages qui sont réduit à des catégories, et le message ne passe pas. Le roman, certes court, se contente de brosser des portraits communs, des situations déjà vues, et une fin trop évidente, avec une volonté trop affichée de condamner une situation par une analyse simpliste.

Ce qui me semble plus intéressant dans ce livre, c’est le rapport aux origines. En effet, l’auteur intègre totalement la culture africaine à la vie du narrateur, dans une banlieue parisienne, dans le sens où il n’y a pas de dualité entre ce qu’il est et d’où il vient. William N’Songé explique d’ailleurs très bien ce rapport à sa culture dans la même interview :


« Je connais très bien mes origines parce que c’est moi. Je m’inscris un peu en faux contre cette idée qu’il y a d’un côté une Afrique ancestrale, une Afrique des traditions et de l’autre la modernité. Je pense que la spiritualité des Bantous et des Kongos en particulier, c’est quelque chose d’extrêmement moderne ; le culte des ancêtres, des rites, n’a rien à voir avec le passé. C’est notre modernité, notre vécu, notre spiritualité. Il faut la vivre ouvertement et fièrement. Ce n’est pas un retour en arrière parce que ce sont des choses que je n’ai jamais oubliées et qu’au fond presque tous les Bantous n’oublient pas. Je pense qu’il ne faut pas vivre forcément dans cette dualité. L’héritage de la spiritualité qu’on a, que beaucoup vivent au quotidien, il faut l’affirmer car c’est notre manière de penser. Les Bantous sont mystiques et après quoi ? Ce n’est pas un mal. La sagesse des défunts comme je le dis dans le livre est un ensemble de valeurs qui nous aident à faire les choses bien au quotidien. »

Personnellement, ce roman m’a plutôt déçue, mais à vous de juger...

Elise, L.P.

Wilfried N'SONDE sur LITTEXPRESS

Voir
l'article de Marine sur Le Cœur des enfants léopards.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives