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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 07:00

Will-Eisner-Jacob-le-cafard.jpg








Will EISNER
Jacob le cafard

Titre original
A Life Force
(Précédemment traduit sous le titre
Le Bronx
Glénat comics-Usa, 1988)

Traduction
Anne Capuron
Delcourt
Collection Contrebande, 2006





 

 

 

 

 

 

 

 

will_eisner.jpgWill Eisner est un auteur de bande dessinée américain né en 1917 dans le quartier de Brooklyn à New York de parents juifs immigrés d’Europe. Il est mort en 2005 à 87 ans. Il est connu et reconnu pour avoir créé le personnage du Spirit ainsi que le concept de « roman graphique ». C'est une figure majeure de la bande dessinée du XXe siècle et l'un de ses plus grands auteurs.

Auteur et éditeur dès le milieu des années 1930, Will Eisner connaît un premier grand succès avec The Spirit qu'il crée en 1940 et anime jusqu'en 1952. Il tente ensuite sans succès de se consacrer à d'autres séries avant de se rabattre sur des activités annexes plus lucratives (direction éditoriale, guides humoristiques, cours, etc.). Redécouvert à la fin des années 1960 par la critique, il reçoit de nombreuses distinctions dans les années 1970, dont le Grand Prix de la Ville d'Angoulême en 1975, ce qui le pousse à reprendre la bande dessinée.



Le graphic novel

En 1978, Un Pacte avec Dieu marque la naissance américaine du « graphic novel » (roman graphique) selon l'expression qu'Eisner forge lui-même.

Un roman graphique (de l'anglais graphic novel), est une œuvre narrative dans laquelle l'histoire est transmise au lecteur en utilisant la bande dessinée (classique ou expérimentale). Le format BD du roman graphique comprend un grand nombre de pages, souvent plus d'une centaine. Le roman graphique propose une histoire complète très développée, plus littéraire, qui a un début, un milieu et une fin, à l'opposé des séries continues. Il implique très souvent une histoire qui est en dehors des genres habituellement associés aux bandes dessinées et comics (humour, aventure, science-fiction) et qui traite de thèmes plus matures.

Eisner apporte du neuf à la bande dessinée en introduisant notamment beaucoup de coupures de presse pour marquer des ellipses dans son récit et informer ses lecteurs sur l’état du monde à l’époque à laquelle se déroule son histoire. Alan Moore reprendra ce même procédé quelques années plus tard dans la  série Watchmen.

Il est difficile de remonter  aux origines du terme de graphic novel tant les sources et opinions divergent. S’il ne fallait retenir qu’une version de la légende, pourquoi pas celle-ci, narrée par Eisner lui-même :

 

« I called the president of Bantam Books in New York, who I knew had seen my work with The Spirit. Now, this was a very busy guy who didn't have much time to speak to you. So I called him and said, 'There's something I want to show you, something I think is very interesting.'

He said, 'Yeah, well, what is it?'

A little man in my head popped up and said, 'For Christ's sake, stupid, don't tell him it's a comic. He'll hang up on you.' So, I said, 'It's a graphic novel.'

He said, 'Wow! That sounds interesting. Come on up.' »

Traduction :

“J’ai appelé le président de Bantam Books (maison d’édition américaine) à New York, qui avait vu mon travail sur  le Spirit. Cependant, c’était le genre de gars très occupé qui n’a pas beaucoup de temps pour parler avec vous. Alors je l’ai appelé et j’ai dit : ‘Il y a quelque chose que je voudrais vous montrer, quelque chose de très intéressant je pense.’

Il m’a répondu, ‘Ouais, bien, c’est quoi ?

Un petit bonhomme est apparu dans ma tête et a dit, ‘Pour l’amour du ciel, crétin, ne lui dis pas que c’est un comic. Il va te raccrocher au nez.’ Alors j’ai fait : ‘C’est un roman graphique.’ »

 

 

 

Jacob le cafard

Jacob le cafard est le deuxième tome de la trilogie Un pacte avec dieu.

1978. Un Pacte avec Dieu (A Contract with God)
1988. Jacob le Cafard  (A Life Force)
1995. Dropsie Avenue

Eisner-jac001.jpgLes romans prennent tous place dans l’avenue Dropsie dans le Bronx (fictive), et mettent en scène des gens simples confrontés aux difficultés de leur époque.

Jacob le cafard raconte l’histoire de Jacob Shtarkah entre le milieu des années 1930 et la fin de la Seconde Guerre mondiale (pendant la Grande Dépression). On découvre Jacob, un charpentier déjà âgé qui vient de passer cinq ans à bâtir une salle d’étude pour la synagogue de son quartier. Une fois le travail fini, il apprend que ce ne sera pas son nom qui sera mentionné sur la plaque rivée au bâtiment  mais celui de l’homme qui a financé les travaux, Morris Goldfarb.

Ce n’est que le début d’une longue suite d’événements plus ou moins tragiques, mais cela représente pour Jacob l’élément déclencheur qui l’amènera à se questionner sur le sens de la vie. Dès le début deEisner-jac003.jpg l’œuvre, un parallèle avec le cafard est mis en place au cours d’un dialogue à sens unique entre Jacob, désespéré, et un représentant de l’espèce rampante dans une ruelle. Il est intéressant de voir que, alors que le titre original mentionne la force de vie dont parle l’auteur dans l’introduction, la version française choisit de mettre l’accent sur ce parallèle avec l’insecte. L’idée de la force de vie paraît plus forte au premier abord car c’est un terme qui revient souvent dans la bouche de Jacob. On peut supposer que cette force correspond à la rechercne par l’homme des raisons de son existence, tandis que le cafard vit et survit seulement parce qu’il est programmé par des milliers d’années d’évolution pour le faire. Toutefois, c’est bien l’insecte qui amène le vieil homme à envisager l’existence d’une force de vie, une force qui fait que le cafard reprend sa route dès qu’il est remis sur ses pattes, et ce même après une chute de plusieurs étages. C’est ce qu’essaiera de faire Jacob, continuant d’avancer malgré les coups durs que la vie lui assène.

Jacob Shtarkah : Charpentier juif, la soixantaine, des problèmes de cœur.

Rifka Shtarkah : Sa femme. Mariage arrangé. Ils ont appris à s’aimer au fil des années, pour ne finalement plus arriver à distinguer l’amour de l’habitude et de la routine. A aussi des problèmes cardiaques.

Elton Shaftsbury : Héritier d’une compagnie de produits du bois qu’il vend pour placer ses revenus en bourse afin de se consacrer à des activités « plus distinguées ». 1929 : la bourse s’effondre, il perd tout. On le retrouve en 1933 comme vendeur de pommes dans la rue.
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Il y a ainsi une foule de personnages d’origines, de confessions et d’opinions politiques diverses et variées qui permettent à Eisner de décrire, à travers leurs rapports, plusieurs thèmes et préoccupations Eisner-jac004.jpgen accord avec l’époque. Jacob et Rifka n’ont plus leurs enfants à charge (Rebecca, leur fille, est institutrice, et leur fils Daniel est docteur) mais n’ont jamais eu de coup de foudre l’un pour l’autre. Leur vie à deux est ainsi devenue routinière. Si on manque de certitudes sur les sentiments de Rifka, Jacob se questionne ouvertement sur le sens de cette relation et est à la recherche de « plus ». Il ne se satisfait pas de cette cohabitation et ne retire aucune joie de son foyer. Lorsqu’il perd son travail, il préfère divaguer dans une ruelle avec un cafard plutôt que de se confier à son épouse…

Elton et Rebecca sont tombés amoureux en se croisant dans l’immeuble, ce qui perturbe Jacob car Elton est un goy. L’auteur pose ainsi la question de la cohabitation des confessions mais aussi de la foi. En effet, si au début Jacob s’interroge sur l’existence d’un dieu, lui et sa femme continuent tout de même à rechigner à laisser leur fille dans les bras d’un non-juif.

 

 

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La mafia se présente dans l’œuvre à la fois comme le seul recours possible pour les plus désespérés en même temps que leur pire cauchemar. Tout service rendu par le syndicat exigera un service en retour, et celui-ci est généralement plus important et de nature illégale.

Même les syndicats légaux (les syndicats ouvriers) se conduisent comme des malfrats, forçant les ouvriers à adhérer, allant de la menace verbale à bien pire. Le travail donc, déjà difficile à trouver (et à conserver), est rendu encore plus complexe à cause des activités des syndicats et des nombreux trafics de la mafia.

Eisner va croiser les histoires de Jacob et de sa famille avec celles de voisins, tout ce petit monde qui gravite autour du vieux quartier, ce qui lui permet d’aborder de nombreux thèmes. Si elles peuvent de prime abord paraître éloignées, les différentes intrigues viennent en fait s’entrelacer habilement, le tout dans une ambiance en noir et blanc qui apparaît comme une évidence pour cette œuvre, tant Eisner la maîtrise et sait la rendre très dense et extrêmement riche. On peut trouver du noir très profond, mais rarement une grande clarté tellement le dessin fourmille de textures et de détails réalistes. On est immergé dans la crasse, les objets et bâtiments abîmés. Si les décors sont très réalistes, les personnages semblent être traités plus librement. Ils n’ont du moins pas cette apparence rigide que l’on peut trouver dans certains comics : les expressions faciales tordent leur peau, leurs traits ne sont pas fixes, bref, ils sont extrêmement vivants. Les corps apparaissent souvent voûtés comme pour montrer le poids qui pèse sur chacun des personnages.
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Les péripéties forment une sorte de crescendo dramatique entrecoupé de moments de répit, malheureusement de courte durée. Jacob rachète une société prospère de dépôt de bois : elle va servir à blanchir l’argent de la mafia. Il se lie à nouveau avec son ancienne petite amie qu’il a sauvée du nazisme montant en Europe : elle le quitte après qu’il ait quitté sa femme pour elle. Toute la narration est construite ainsi, en dents de scie, de sorte qu’un rythme s’établit à la lecture. On sait qu’une petite victoire sur la vie aura tôt fait de se transformer en une nouvelle embûche pour les personnages. Qu’attendre donc du dénouement de cette série de malchances ? Ni un grand malheur, ni la félicité totale : Jacob continue son chemin, retourne vivre avec sa femme par dépit et connaîtra sans doute d’autres soucis durant les quelques années qui lui restent à vivre. Eisner réussit à nous faire nous poser ce questionnement à travers ses personnages : le seul but de l’homme est-il de lutter pour sa survie ou peut-il aspirer à plus de sens ? Jacob a cru un instant ressentir quelque chose qui ressemblait au bonheur en retrouvant son amour de jeunesse, mais cela fut éphémère et il dut se résigner à retrouver une vie de lutte quotidienne, sans aucune récompense au bout.


Paul, 1ère année bib.

 

 

Will EISNER sur LITTEXPRESS

 

 

 

Eisner New York 1

 

 

Article d'Eloi sur la trilogie New York.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will Eisner Au coeur de la tempete-copie-1

 

 

 

 

 Article de Gaspard sur Au cœur de la tempête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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