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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 07:00

Eisner-New-York-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will EISNER
New-York
Trilogie

Delcourt, 2008



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parler de Will Eisner est… un défi passionnant. A travers une œuvre vous faire passer l’Œuvre, non pas dans son intégralité mais plutôt dans son immense diversité, est ardu. Cependant il n’ya pas meilleur axe que la ville, New York et ses quartiers, pour parler de W. E. Son œuvre en est imprégné.

Pour parler de ce qu’il a créé il faut bien évidemment parler d’Eisner lui-même. Voyons sa vie, tâchons de comprendre ce qui a pu former un tel génie.

 

WILL-EISNER.jpgBiographie

Il est né le 6 mars 1917 dans le borough new-yorkais de Brooklyn et décédé le 3 janvier 2005 à l’âge de 87 ans, à Lauderdale Lakes (Floride).  C’est le fils d’immigrants juifs.

 « Sa vocation de dessinateur professionnel naît lorsqu'il découvre les planches de Milton Caniff, d’Alex Raymond, de George Herriman dans les journaux qu’il distribue pour gagner de l’argent de poche...»1  « Il fonde le premier studio de comics avec Jerry Iger pour lequel il crée des personnages comme Sheena, Reine de la Jungle ou Blackhawk. Le studio Iger & Eisner voit passer toute la future génération des grands du comic book. Mais alors qu'il gagne déjà bien sa vie, à 22 ans, Eisner abandonne son studio pour créer un supplément "comic book" pour les journaux du dimanche. »2

Ce supplément fut renommé sans tarder « Spirit Pages ». En effet il crée son héros le plus populaire dans cet Eisner-Spirit.jpghebdomadaire qui lui permet de s’adresser à un public adulte. « En 1942, il est mobilisé mais réussit néanmoins à continuer son art, puisqu’il dessine dans la revue Army Motors des planches destinées à former et sensibiliser les troupes à la maintenance du matériel. »1  En 45 il reprend ses travaux « avec l'aide d'assistants tels que Jules Feiffer puis Wallace (Wally) Wood, Eisner reprend les aventures du Spirit, utilisant son personnage pour explorer des genres très diversifiés, de la science-fiction à l'exploration de la vie quotidienne américaine. »3 « Il reçoit le prix du meilleur dessinateur de comic books par la NCS (National Cartoonists Society). » « Il lance plusieurs séries en dehors du Spirit, mais aucune n'a véritablement de succès. Il finit par abandonner la série The Spirit en 1952. Dans les années 1960-70, Eisner publie peu de bandes dessinées et se consacre surtout à l'illustration éducative ou publicitaire, ainsi qu'à la pédagogie en tant que professeur à l'école des Arts visuels de New York. Ironiquement, c'est à ce moment-là que les critiques ou les historiens de la BD se mettent à découvrir The Spirit. La demande en nouvelles aventures de Spirit se fait de plus en plus insistante jusqu'à ce qu'Eisner cède et propose au public quelques nouvelles aventures de son héros. »4 « On lui décerne le Yellow Kid au festival de Luca en 1974, et enfin, le Grand Prix au Salon international de la bande dessinée d'Angoulême l'année d'après. »5

« Mais il n’a plus le feu sacré, ce qui l'intéresse à présent est de raconter le Brooklyn de son enfance, ce qu'il fait avec A contract with God publié en 1978. […] D'autres histoires semi-autobiographiques suivent (Le rêveur, Au cœur de la tempête), ainsi que de pures fictions racontant la vie de tous les jours à New York, et une étrange histoire de politique fiction, L’appel de l’espace. Viennent ensuite des adaptations ou des relectures d'auteurs littéraires : Kafka, Cervantes, Melville, Dickens. »3

Il n’a jamais cessé de dessiner, et d’écrire, publiant des œuvres très régulièrement. Il a de plus réfléchi à sa profession d’auteur, et en tira deux livres, L’art séquentiel, et Le récit graphique.

Depuis 1988, « Les Will Eisner Awards (ou Eisner Awards) sont des prix qui récompensent les meilleurs bandes dessinées américaines. Ils ont été créés suite à l'interruption des Kirby Awards. Les Eisner sont décernés par les professionnels des comics et sont remis lors de la convention Comic-Con International qui se tient à San Diego en Californie.»3

 

Son œuvre, du Spirit à The Plot

 

Comme nous l’avons vu précédemment, Will Eisner est un auteur prolifique. Essayant, innovant, inventant de nouvelles techniques dès qu’il le pouvait, il laisse une trentaine de « séries », entendez par là de véritables séries, mais aussi des récits en un tome, des trilogies, des études…

              
Son premier ouvrage est Sheena, reine de la jungle. Il le crée avec Jerry Iger (publication sous le nom des studios Eisner & Iger). Qu’il quitte en 1939 pour inventer The Spirit, sa principale série qu’il n’abandonnera que bien plus tard. Il participera également à deux comics durant cette même année (Wonder Man, Doll Man)

Néanmoins Eisner n’est découvert qu’à partir du Spirit. Il arrêtera une première fois sa série en 1952, mais réécrira quelques histoires sous la pression des critiques et de ses lecteurs par la suite.

Il dessine énormément d’illustrations pendant une dizaine d’années (1960-1970), et quitte un peu la bédé. Il y revient avec Les Guides loufoques édités en 1976.

En 1978, il invente le roman graphique ; il en est réellement le créateur avec A Contract With God, nous reviendrons dessus un peu plus bas. Jusqu’en 1998, il publie successivement plusieurs romans graphiques, L’appel de l’espace (1983), les cinq tomes de Big City (1986), Le Building (1987), Voyage au cœur de la tempête, tomes 1 et 2 (1991), Dropsie Avenue (1995), Une affaire de famille (1998).

À partir des années 2000, il écrits ses souvenirs de la guerre, et adapte également quelques auteurs de littérature générale. C’est une période de forte publication. Mon dernier jour au Vietnam, Le Dernier Chevalier, Petits Miracles (2000), Moby Dick, La Valse des alliances (2001).

Enfin il écrits ses derniers romans graphiques, Fagin le juif (2003), The Plot (2005). Lors de son hospitalisation, il venait d’envoyer son ouvrage fini aux presses, qui devaient l’imprimer pour la fin de l’année. Il est donc paru à titre posthume.


Eisner-rue.jpgWill Eisner, en dehors de quelques récits d’humour ou de fiction, est presque un sociologue. Marqué par ses origines et par sa ville, il ne cessera de les utiliser, de les mettre en relief, de les réfléchir. Il s’approche donc de temps à autre du genre autobiographique. Il observe, il analyse la vie de la grande ville, de la « Big city », de ses habitants, de ses quartiers. Il le dira lui-même dans ses entretiens avec Miller : « Je me contente de rapporter, je raconte des histoires sur le passé. » « … dans mes livres, on déambule dans la ville au milieu des réverbères, des bouches d’incendies, et des égouts. On voit des coins de rues, on voit les pieds des immeubles. On n’aperçoit pas les toits des immeubles, on ne regarde jamais vers le haut. La façon de distinguer un New-Yorkais  d’un visiteur, c’est que le visiteur regarde vers le ciel et que le New-Yorkais fixe le trottoir quand il marche. » Son histoire influence profondément sa façon de voir la ville, et de la retransmettre. Ainsi il dit en s’adressant à Miller : « Nous venons tout deux de villes différentes. Je viens du centre ville. Je ne vois pas New York de la façon dont tu la voyais en arrivant […]. Je viens des quartiers. Pour moi, la ville est constituée d’un ensemble de quartiers. »

Il met constamment en scène des petits passages de la vie de tous les jours, de la routine déprimante, des drames quotidiens, des aventures habituelles, des joies inattendues, « Il se passe des choses anecdotiques, pas des choses importantes ». « Des choses insignifiantes […] » ; « Un drame derrière chaque fenêtre. Des millions de fenêtres. » Il est également l’un des premiers à montrer sa culture juive dans ses bédés. Jusque dans son dernier livre, The Plot.

              

Revenons à son œuvre majeure, qui fut éditée sous plusieurs titres en France. (Toutes ses œuvres ayant d’ailleurs été rééditées selon le bon plaisir des éditeurs, ainsi les cinq tomes de Big City sont partagé entre one shot et trilogie.) A contract with God, le premier roman graphique de l’histoire de la bande-dessinée. Cet ouvrage « rassemblera quatre histoires d'immigrants new-yorkais comme il en a connu dans sa jeunesse. L'œuvre mêle une fresque sociale à une tragédie inspirée par la mort de sa fille dans les années 1970 (fait longtemps passé sous silence qu'il ne révélera que dans ses derniers jours). »

 

« J'ai appelé le président de Bantam Books, à New York, qui était un ami, il avait vu mon travail sur The Spirit. Or, c'était un homme très occupé qui n'avait pas beaucoup de temps pour parler. Alors je l'ai appelé et lui ai dit : "Je veux te montrer quelque chose que je trouve très intéressant."
Il me répondit : "Qu’est ce ?"
Un petit homme surgit dans ma tête et me dit : "Pour l'amour du Christ, espèce d’idiot, ne lui dis pas que c'est une bande-dessinée. Il va te raccrocher au nez." Je préférai dire : "C'est un roman graphique."
Il me dit : «Cela semble intéressant. Viens me voir.»
Eh bien, il le regarda et me regarda à travers ses lunettes de lecture et dit : "Enfin Will ! C’est une bande dessinée, apporte-la à un éditeur plus petit", ce que j'ai fait.... À l'époque, Je croyais avoir inventé le terme, mais j'ai découvert plus tard que certains y réfléchissaient déjà depuis quelques années. Mais il n'avait jamais reçu de succès et leur but n’était pas le même que le mien, qui était de montrer que la littérature n’est pas incompatible avec la bande-dessinée.»

 

Il faut tout de même préciser que la filiation du roman graphique est contestée, comme le dit W.E. lui-même. Il est généralement reconnu que c’est Eisner qui le développa, et lui donna son souffle.  Ainsi Hugo Pratt, et Comès (collection Romans (A Suivre), chez Casterman) ont donné leurs lettres de noblesse à ce genre, avec respectivement La Ballade de la mer salée (1970), et L’Ombre du corbeau (1975).
NEWYORK01_1.jpg
 New York, La trilogie.

 

« La trilogie dite de « New York » comprend :

 – l’album « La ville »

–l’album « L’immeuble »

–l’album « Les gens »

 

Le premier volume (que ce soit la version américaine ou française) nous expose des portraits de la ville, de la grosse pomme de son enfance. En une planche ou plusieurs, Will Eisner croque ce qui fait l’âme de la ville, les gens, les instants de vie, un trésor dans une bouche d’égout, les scènes sur un perron, le métro souterrain, les poubelles, les bruits de la ville, les bouches d’incendie, les boîtes aux lettres, un feu, un  lampadaire, les égouts… autant de choses qui rendent la ville humaine. Sans parole la plupart du temps, les planches nous projettent dans la ville, pour ne nous laisser partir qu’à regret. Le train-train quotidien, la routine, un imprévu, tout est montré, chaque petit passage d’humanité qu’elle recèle. Drôle, triste, tragique parfois.

 NEWYORK01 2


Ce sont des anecdotes, ce qu’un passant pourrait remarquer, ce que Will Eisner a noté, qu’il a condensé pour en faire de rapides historiettes. Ces vignettes racontent  par moments de véritables histoires, d’autres simplement un moment, un instant saisi, comme une photographie.

Lorsqu’il y a des paroles, les phrases sont rapides, comme tracées à grands coups de crayon, traversant les cases, transperçant le lecteur. Chaque mot est pesé, chaque phrase est pensée.  Elles donnent du rythme à la narration, et semble-t-il dans la version originale de l’œuvre, retranscrivent particulièrement bien le phrasé new yorkais. Will Eisner a su capter à la fois le texte, l’image,… et le son.

Il a réalisé ce travail lorsqu’il enseignait à l’École des Arts Visuels de New York ; on retrouve le schéma narratif, l’art de la narration qu’il a établis, et qu’il a partagés avec le grand public par la suite grâce à différents ouvrages (L’Art séquentiel, Le Récit graphique).

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 « Peindre un portrait est une tâche très subjective, qui reflète finalement ma propre vision des choses. Le fait que j’ai grandi à New York m’a amené à bien connaître son architecture et son mobilier urbain. Mais j’ai pu découvrir de nombreuses autres grandes villes, et ce que je propose ici vaut, à mon sens, pour toutes ces cités. »

Will Eisner avec son coup de crayon saisit ce qu’il y a de beau, d’infime, d’universel, et nous le livre afin que nous puissions à notre tour découvrir l’homme dans nos villes.

 

Conclusion

 

Je conclurai sur une phrase d’Alan Moore :

« Will Eisner est l’homme qui a transformé la bande dessinée en lecture intelligente. Grâce à lui, nous la voyons et la pensons autrement. Personne d’autre n’aurait pu réussir cela. Il a été le premier, et dans mes moments les plus pessimistes, je crains qu’il soit à jamais le seul auteur capable d’une telle prouesse. »

Éloi, 1ère année Éd.-Lib.

1. http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/auteurs/eisner_will
2. http://livres.fluctuat.net/will-eisner.html
3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Will_Eisner
4. Ibidem.
5. http://www.evene.fr/celebre/biographie/will-eisner-16779.php

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