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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 07:00

William-Faulkner-Lumiere-d-aout.jpg





 

 

 

 

 

William FAULKNER
Lumière d'août,

Light in August,  

1932

Gallimard, 1935

Traduction de

Maurice-Edgar Coindreau

rééd. Folio mai 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est de ces romans et de ces auteurs qui fascinent, impressionnent et intimident. De ces titres qui longtemps trainent sur la table de chevet sans pour autant voir le Moment idéal de lecture, le temps à prendre ou l'envie se profiler.

Chaleur étouffante, moiteur, gueule de bois ou perte de repère... si je devais expliquer pourquoi, comment ma main a ramassé ce titre je ne saurais par où commencer.

Déjà la photographie de Dorothea Lange, qui sublima si bien ces « middle class » américaine, pauvres, folles et consanguines. Puis ce titre, Lumière d'août, aguicheur, mystérieux et qui renferme comme un espoir. Enfin l'auteur, Faulkner, qui par sa seule évocation rappelle le Sud des États-Unis,  moite, raciste, baroque, mythique et mystique.

Faulkner-route.jpg

Les premières pages filent...le décor se plante. Une femme, enceinte et presque à terme, attend sur le bord de la route. Désespoir inavoué en filigrane pour Lena Grove qu'un beau parleur a mise enceinte avant de prendre la route et de changer d'identité.

Faulknver-reviens.jpgUne ville, Jefferson, avec tous les fléaux propres aux petites villes recluses que l'on peut s'imaginer... alcool, brutalité, marché noir, racisme, exclusion et éternelle peur du Yankee (l'étranger, par définition l'autre).

Puis des personnages qui se greffent et autour desquels la narration s'attarde. Tout d'abord ce Lucas Burch qui, fuyant Lena, a pris pour nom Joe Brown. Arrivant en ville, il trouve du travail à la scierie et se lie d'amitié avec Joe Christmas.

Ce dernier, travaillant depuis trois ans à la scierie, habite une petite case dans le jardin de Miss Burden, une vieille fille blanche (dans ce récit, roman, contexte, pays, la question de la couleur est centrale). Très vite, Lucas s'installe avec lui et découvre que Joe Christmas est l'amant de Miss Burden. Nymphomanie côtoyant fausse pudeur et fond de puritanisme... chaleur aidant, le récit s'engouffre dans des moiteurs malsaines.

Et c'est autour de Joe Christmas que tout se cristallise.

Enfant abandonné, recueilli par un orphelinat pour blancs, puis par une famille puritaine où à la foi sans borne se heurte une véritable haine de la chair et de l'érotisme, le narrateur dresse le portrait d'un destin brisé, taché depuis sa naissance par un soupçon de sang noir

Le parcours de l'homme s'apparente à la traversée d'un corridor sans fin, la fatalité écrasant toute possibilité de tenter quoi que ce soit pour échapper au point culminant du roman : le meurtre de Miss Burden par Joe Christmas, le meurtre d'une femme blanche par un homme au sang noir (bien qu'aucun aspect physique ne le trahisse véritablement). S'ensuivront chasse à l'homme, violence, assassinat et castration...
   
L'épaisseur psychologique est telle, que la lecture nous convie à plonger dans les profondeurs de l'âme humaine, de sa plus crasse noirceur au désespoir éreintant de l'être que toutes et tous ont délaissé. La narration s'attarde sur chacune des entités qui interviennent, et sur chacune des intrigues de second plan, tant et si bien que seul le terme épaisseur peut convenir à cette fresque sauvage. Le titre et l'imagination aidant, des images claires-obscures ne tardent pas à venir à l'esprit, images déformées, sales et moribondes (pour comprendre cette sensation, se reporter aux illustrations de J.L. Navette).

L'écriture de Faulkner est en conséquence des thèmes abordés. Froide, fatale, et surdéveloppée. Pour cet Faulkner-marieantoinette-1.jpgauteur, si l'on ne perçoit que le présent, tous les plans temporels coexistent. Ainsi pour répondre à l'acte sanguinaire et bestial, la narration aborde autant le passé de Christmas (depuis la naissance de sa mère, en passant par ses grands-parents) que son futur (la chasse et sa castration).

L'œuvre saisit, puissante, le lecteur à la manière d'un bourbier où chacune des vaines tentatives que l'on pourrait faire pour s'échapper, ne ferait que nous plonger plus profondément vers une fin certaine. Peut-être difficile à lire, ce roman de Faulkner est le premier que mon esprit a réussi à appréhender dans son entier, fasciné et envoûté par ce Sud baroque et mythologique d'un pays construit dans le sang. Cependant, à aucun moment le roman ne tombe dans le manichéïsme. À l'image de Joe Christmas, blanc « souillé » de noir, le récit est sans cesse sur le fil, objectif, oscillant entre affirmations et doutes (nombreuses modalisations et « peut-être » parsemant cette prose en témoignent), et dont la force serait celle d'une vague, enflant au fil des pages et écrasant un lecteur du poids de la fatalité de destin qui n'avait pas à être, mais qui n'aurait pas pu ne pas être. S'y inscrit toute l'Amérique mythique et mystique (mots chantants mais non dépourvus de sens), vue à travers le prisme des nombreux personnages et de la narration (sans cesse faite du point de vue interne, malgré les doutes).


Quelques mots, parfois touchant à la semi-maxime, désespérés qui brillent tels de noirs éclats à la surface de ce drame :

 

 bonnes ou mauvaises, les femmes n'ont jamais souffert d'une brute autant que les hommes ont souffert des femmes les meilleures

 le sang paternel hait, plein d'amour et d'orgueil, tandis que le sang maternel, plein de haine, aime et cohabite

 

 Puis son visage, son corps, semblèrent s'effondrer, se ramasser et, des vêtements lacérés autour des hanches et des reins, le flot comprimé de sang noir jaillit comme un soupir brusquement expiré. Le sang parut jaillir de son corps pâle comme jaillissent les étincelle d'une fusée ascendante et, de cette noire explosion, l'homme sembla s'élever et flotter à jamais dans leur mémoire  (scène de la mort suivant la castration de Christmas).

 

 

 

Florent, A.S. Éd.-Lib.

 


 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

Faulkner le caid

 

  

 

 

 

 

 

 

Fiche d'Angélique sur Le Caïd et autres nouvelles.


 

 

 

 


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