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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 07:00

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William Joyce
Les Fantastiques Livres volants

de Morris Lessmore
traduit de l'anglais par Alice Boucher
Bayard Jeunesse, 2013






L’auteur 

Né en 1957, William Joyce a marqué de son talent tous les supports destinés aux enfants. Parmi ses livres, George rétrécit, À ce soir Père Noël, Bob le dinosaure, Une journée avec Martin Robinson, Rolie Polie Olie… Il a reçu trois Emmy awards pour sa série animée Rolie Polie Olie, créé des personnages pour Toy Story et 1001 pattes, écrit et produit Robots, Bienvenue chez les Robinson, et bien d’autres films d’animation. En 2012, il a reçu le prestigieux Oscar du meilleur film d’animation pour son remarquable court-métrage The Fantastic Flying Books of Mr Morris Lessmore, dont cet album a inspiré l’histoire. Il vit en Louisiane où il a fondé son studio,  Moonbot.



L’histoire

Morris Lessmore écrit le récit de sa vie en consignant tout son savoir, toutes ses découvertes, ses espoirs et ses peines. Un jour, une tornade vient tout détruire et transforme le monde en noir et blanc. Tout est en ruines. Alors Morris erre et erre au hasard des rues. Puis il aperçoit une femme tout en couleurs, tirée par des livres... qui volent. Avant de disparaître complètement dans le ciel, la femme lui donne son livre préféré. Un livre qui va conduire Morris dans une bibliothèque où les livres vivent…

Une nouvelle vie commence pour Morris : celle de la lecture, d'une passion tout en couleurs pleine d'aventures et de joie. Pendant de longues années, Morris va prendre soin des livres. Il va les réparer, restaurer les reliures, défroisser les pages cornées, les chouchouter. Il va leur redonner une seconde vie. Il va se plonger dedans et en sortir généreux, transformé, confiant. Il va prêter ses livres aux gens qui lorsqu'ils les liront vont retrouver leurs couleurs. Les livres deviennent ses amis, des compagnons de tous les instants. Puis Morris vieillit. C'est au tour des livres de prendre soin de lui...



Une signification pure et implicite des mots et des illustrations

Tout au long de l'album, le texte est accompagné d'illustrations significatives. Dès le début on peut remarquer le changement de couleurs. Lorsque le vent se met à souffler et emporte avec lui la maison et les mots du livre qu'écrivait Morris Lessmore, la scène s'assombrit jusqu'à devenir noire et blanche. Il y a un détail important qu'il ne faudrait sûrement pas laisser de côté : ce sont les mots de son livre qui s'envolent et non le livre lui-même.

Quelques pages plus loin, Morris rencontre une jeune femme qui vole, tirée par des livres volants. Cette scène, qui ne comprend pas Morris, est en couleur. Nous pouvons commencer à comprendre quelque chose, dont je parlerai un peu plus loin. À la page suivante, le livre que lui a donné cette dame mystérieuse est vivant, en quelque sorte. Il peut bouger et se faire comprendre grâce à un personnage dessiné sur les pages. Il est qualifié de « bonne histoire » et c'est ce qui manquait donc à Morris Lessmore qui demeure en noir et blanc. En suivant ce livre, il parvient à une maison qui ne contient que des livres.

 

« Des milliers de pages y palpitaient, et le doux murmure d'innombrables histoires différentes lui parvenait comme autant d'invitations à l'aventure. »

 

Les murmures suggèrent que chaque ouvrage a une histoire à raconter. Morris Lessmore est alors toujours dénué de couleurs. Mais lorsque se pose sur son bras le livre de la dame, les couleurs lui reviennent. Le livre s'y pose ouvert, « dans l'espoir d'être lu », c'est d'ailleurs la seule chose qu'il demande et attende. « La pièce bruissait de vie. »

La signification de l'album entier est transparente à ce moment précis, pour peu qu'on lise entre les lignes. Une pièce remplie de livres est une pièce pleine de vie.

La double page suivante est très intéressante également. La page de gauche est réparée, comme si elle avait été déchirée puis raccommodée avec du ruban  adhésif. En lisant le texte qui s'y trouve, on découvre que Morris Lessmore avait ce rôle au sein de la maison des livres, il les réparait et en prenait soin. Sur la page de droite, l'illustration montre certains éléments importants : les livres ont de vrais rôles, des rôles d'objets. L'un est une pompe à oxygène, l'autre fait office d'électrocardiogramme. Il est dit que les livres se rendent visite entre eux.

 

« Éprouvant le besoin de se réjouir, les tragédies rendaient visite aux comédies. Lassées par les faits, les encyclopédies aimaient à se détendre auprès des bandes dessinées ou des romans. »

 

Les livres forment donc une sorte de société, la maison étant leur lieu de vie. Chaque livre a une importance considérable et Morris Lessmore a sa place au milieu d'eux.
   
Morris lit les livres qui vivent autour de lui, tous, dans leur intégralité. Il est passionné, il lit parfois pendant des jours s'en pouvoir en émerger. Les pages expliquant cela montrent le personnage  marchant, courant, jouant dans un livre, au milieu des lettres et des mots. On sent bien ainsi le plaisir que cela lui procure et la véritable passion qui l'habite.



Une page d'illustration me semble intéressante à analyser.

William-Joyce-Les-Fantastiques-livres-volants-01.jpg

« Morris aimait partager : ce pouvait être un livre que tout le monde adorait, ou bien un petit ouvrage solitaire qui était rarement lu. "Toute histoire compte", disait Morris. Et les livres acquiesçaient. »

 

L’hétérogénéité des personnages représentés constitue l’un des messages de cet ouvrage : le livre est fait pour tous, de l’enfance à l’âge avancé. L’élément flagrant de cette scène n’est cependant pas ce point mais un autre : l’alternance entre la couleur et le noir et blanc. Le paysage est en couleur de même que quatre personnages sur six. Nous pouvons remarquer qu’il s’agit de Morris Lessmore et d’un enfant. Les deux ont un livre dans les mains. Plus tôt dans le livre, Morris Lessmore était lui aussi, rappelons-le, en noir et blanc. Lorsqu’il a eu un contact avec un livre, les couleurs lui sont revenues. On suppose donc que le petit garçon a repris ses couleurs lorsque Morris Lessmore lui a donné le livre. La signification est assez simple : les livres sont sources de vie, là où la couleur représenterait la vie, pleine, tandis que le noir et blanc représenterait un certain vide. Les gens sont en vie, mais une vie pleine de vide, sans vraiment de sens, contrairement à ceux qui sont en couleurs. On peut bien comprendre la suite de la scène sans même la voir. Tous les personnages qui font la queue deviendront à leur tour en couleurs dès que Morris Lessmore leur aura donné un livre. Concernant le texte, il confirme l’illustration qui lui correspond : « Toute histoire compte », donc chaque livre donné, quelle que soit son histoire, donne un sens à la vie de l’être car l’être lui-même permet au livre de vivre. Un livre n’existe que parce qu’il est lu ; s’il est oublié, il n’est plus.

À la suite de cela, on apprend que la nuit les livres dorment. Morris, lui, en profite pour reprendre l'écriture de son livre, le livre de sa vie. Il y inscrit ce qu'il vit et ce qu'il sait. Les jours, les mois, les années passent ainsi, cependant que le personnage continue de lire et d'écrire. Bien sûr, Morris vieillit au contraire des livres qui restent à l'identique. Alors qu'il devient trop vieux, ce sont les livres qui prennent à leur tour soin de lui. Il ne les lit plus mais ils se lisent eux-mêmes, ils lui font la lecture. Sur cette double page, l'illustration montre à côté de Morris un livre dont la couverture représente un sablier. Une canne est posée contre le livre. On voit bien ainsi le temps qui passe.

Enfin, Morris finit l'écriture de son livre. Il comprend alors qu'il a fait son temps en ce lieu et dans cette vie : « Il est temps pour moi de partir, je crois. » Il décide donc de s'en aller et quitte la maison alors que les livres tristes, dont celui de la femme au début du récit, lui disent au revoir. Lorsqu'il arrive à l'extérieur, il s'envole à l'instar de la femme, tiré par des livres. Peu à peu, il retrouve son apparence d'antan, celle qu’il avait lorsqu'il a découvert le livre. On comprend qu'il meurt, en réalité.

Puis le récit revient sur les livres restés seuls. Ils découvrent quelque temps après que Morris a laissé le livre de sa vie. C'est alors qu'une petite fille en noir et blanc entre dans la maison et découvre ce monde particulier. Le livre de Morris se met alors à voler et se pose sur elle, lui rendant ses couleurs. Elle l'ouvre et commence à le lire.

« Ainsi, notre histoire s'achève comme elle a commencé... Par un livre qui s'ouvre. »

La dernière double page de l'album est primordiale. Si elle ne comprend aucun textee, elle se suffit à elle-même. Les deux mains représentées sont visiblement les nôtres. Le message passe donc aisément : la pérennité des livres ne peut se faire que si nous, lecteurs, les faisons durer et perdurer.

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Un livre pour aimer lire.

 

Julie, 1ère année Édition-Librairie 2012-2013

 

 


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Published by julie - dans jeunesse
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