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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 07:00

Witold Gombrowicz Trans Atlantique

 

 

 

 

 

 

 

 

Witold GOMBROWICZ
Trans-Atlantique
Titre original

Trans-Atlantyk, 1953

traduction

Constantin Jelenski

et Geneviève Serreau

Denoël, 1986

Gallimard, folio, 1990

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trans-Atlantique paraît en 1950, sous forme de feuilleton, dans la revue polonaise Kultura, avant d'être publié à Paris, en 1953. C'est un ouvrage écrit à la première personne. Les personnages qui s'adressent au narrateur l'appellent « Gombrowicz ». L'action dure à peine un mois, entre le 21 août 1939 (dix jours avant l'invasion de la Pologne par les nazis) et le 17 septembre 1939. Gombrowicz démarre la rédaction de cet ouvrage en 1947.

« Mon Trans-Atlantique n'est pas un bateau, mais quelque chose comme « à travers l'Atlantique », c'est un roman tourné vers la Pologne, depuis l'Argentine. »

 

 Witold Gombrowicz 01

 

 

Lors de l'envahissement de la Pologne, Gombrowicz, auteur déjà reconnu en Pologne notamment pour quelques pièces de théâtre et son Ferdydurke, inaugure le Chobry, un bateau joignant l'Europe à l'Argentine. Il débarque à Buenos Aires le 21 août 1939. À son arrivée, les vendeurs de journaux ambulants crient à l'unisson « Polonia ! Polonia ! ». On lit d'a illeurs dans la presse que « la guerre est pour aujourd'hui ou pour demain, sûr et cert ain ! ».

 

 

Voilà Gombrowicz qui se retrouve loin de la violence des combats. Il est alors confronté à un choix : va-t-il rentrer dignement et défendre sa patrie menacée ou restera-t-il de l'autre côté du monde, à l'abri d'une cause dévastatrice qui ne semble pas le toucher plus que ça ?

Derrière ces deux possibilités, c'est la question de choisir entre l'indépendance de l'individu et l'indépendance de la patrie qui est soulevée. Dès le premier chapitre, le narrateur  choisit de rester en Argentine :

« Voguez, voguez donc, Compatriotes, vers votre Nation sainte assurément Maudite ! Voguez vers votre Saint Monstre Obscur, qui depuis des siècles crève sans arriver à crever ! Voguez vers votre Sainte Chimère exécrée de toute la Nature, toujours à naître et jamais Née ! Voguez, voguez vers elle, qui ne vous laissera ni Vivre ni Crever, qu'elle vous tienne à jamais suspendus entre l'Etre et le Non-Etre ! Mettez le cap sur votre Sainte Limace afin qu'elle Continue de vous Enlimacer ! »

 

crie-t-il au bateau qui s'éloigne pour rejoindre l'Europe.

Puis, il renchérit :

« Voguez vers votre Lunatique, votre Sainte Energumène, votre Pestiféré, qu'il vous Piétine en ses trépignements, vous Tracasse de ses tracasseries et Convulse de ses convulsions, et que de sang il vous Ensanglante, et que le grand Hurleur hurle sur vous ses hurleries et vous torde les tripes à grands Tourments jusqu'à la dernière Agonie, et que lui-même agonisant de Rage vous morde à Mort, vous, vos Enfants et vos femmes, et Rageusement vous Enrage tel un  chien Enragé ! »

Avant de partir, ses compatriotes lui ont recommandé d'aller à la Légation polonaise de Buenos Aires pour se faire recenser. Cela lui évitera d'être fiché comme déserteur et lui permettra peut-être de trouver un emploi assez stable. La Légation est l'endroit où l'administration polonaise exilée se rassemble. Après une courte hésitation (« Un hérétique, traître, infidèle, blasphémateur va-t-il rendre visite à l'Évêque ? »), il décide d'entrer dans le bâtiment.

Comme pour justifier son choix « d'abandon » du pays, Gombrowicz nous décrit alors une administration complètement loufoque, censée représenter ce que la Pologne a de meilleur outre-Atlantique :

« 'Je désire, lui dis-je, parler avec Son Excellence l'Envoyé Extraordinaire'; et lui : 'Avec Son Excellence l'Envoyé Extraordinaire ?' Alors moi : 'Avec Son Excellence le Ministre Plénipotentiaire'; et lui : 'Avec le Ministre, vous voulez parler avec le Ministre ?' 'En effet, dis-je, je voudrais m'entretenir avec son Excellence le Ministre Plénipotentiaire et Envoyé Extraordinaire.' »

Et le voilà embauché par la Légation pour faire les louanges des Génies polonais dans les journaux locaux : « Je te donnerai soixante-quinze pesos par mois. Tu porteras aux nues Copernic, Chopin, Mickiewicz... ».

Cet emploi l'amène à intervenir dans un repas de la haute société intellectuelle locale et à affronter en duel verbal public un homme « supérieurement raffiné » qui « d'instant en instant se Raffinait davantage. » Cet homme est Jorge Luis Borges. Leur confrontation est complètement loufoque et se moque ouvertement de la pseudo-intelligentsia de l'époque, incarnée à la perfection par ce personnage de Borges :

« Il déclara à l'intention non de moi mais des Siens : 'Il vient d'être proféré ici que le beurre est trop beurre... Une idée certes intéressante... intéressante, oui, cette idée... Dommage qu'elle ne soit pas nouvelle : Sartorius l'a déjà formulée dans ses Bucoliques' […]

Tout comme il s'était adressé aux Siens, moi, furieux, je m'adressai à mon tour aux Miens, disant : 'Que m'importe ce qu'a dit Sartorius puisque c'est Moi qui Parle !'

Les Miens aussitôt de m'applaudir : 'Bravo ! Vive notre Maître ! Quelle riposte ! Vive notre génie Gombrowicz !' […]

Alors l'autre […] déclara, toujours à l'intention des Siens : 'Il vient d'être proféré ici le propos suivant : Que m'importe Sartorius puisque c'est moi qui parle. L'idée n'est pas mauvaise, pas mauvaise du tout, on pourrait même la servir accommodée avec de la béchamel; l'Ennui c'est que Mademoiselle de Lespinasse a déjà tenu un propos tout semblable dans une de ses Lettres.' »

Lors de cette même soirée, Gombrowicz rencontre un « puto » (un homosexuel), le richissime Gonzalo, « métis né en Libye, père portugais, mère persano-turque », qui tombe amoureux du jeune Ignace, dont le père, officier, incarne le devoir, la morale, les règles et le passé. Le puto compte sur Gombrowicz pour lui permettre d'approcher et de séduire le jeune homme.

Le couple formé par Ignace et son père représente toujours la confrontation entre l'Ancien Monde et le Nouveau Monde, entre la patrie et la « Filistrie ».

Dans la Préface à l'édition de 1957 publiée à Varsovie, Gombrowicz décrit lui-même en ces termes la situation :

« Les circonstances me font l'arbitre de la situation : je peux précipiter le jeune homme dans les bras du pédéraste, ou faire en sorte qu'il reste auprès de son père, un commandant polonais vieux jeu, très honnête et très honorable. […] Que choisir ? La fidélité au passé... ou la liberté d'un devenir ouvert ? »

 Il présente ce puto comme son double, son Doppelgänger.

« Si Gombrowicz se réserve le rôle de narrateur dans tous ses romans, il délégue toujours à un double, à un autre lui-même, le rôle du metteur en scène chargé de monter la machine infernale qui en est le véritable enjeu. Ce double, dans Trans-Atlantique, c'est de toute évidence Gonzalo » nous dit Constantin Jelenski dans la préface du roman.

On peut d'ailleurs facilement imaginer que les arguments opposés qu'ils échangent sur la situation de la Pologne sont clairement ceux qui avaient lieu dans la tête de Gombrowicz lui-même à ce moment-là. Le « puto » représente la liberté (notamment la libération sexuelle, puisqu'il est homosexuel), l'avenir, le changement alors que Gombrowicz incarne, à ce moment, le rôle du « père », de la Patrie.
 
« Ne crois-tu pas au Progrès ? Jusqu'à quand allons-nous piétiner sur place ? Comment y aurait-il jamais du Neuf si on continue à brandir le Vieux ? Messire le Père tiendra-t-il éternellement son jeune fils sous la menace de son bâton ? […] Allons, laissons-lui la bride sur le cou, qu'il prenne ses aises et s'ébatte en liberté !

– Insane que tu es ! dis-je. Moi aussi, je suis pour le progrès, mais pour toi, le progrès, c'est l'Inversion !

– Et si on inversait un peu, rétorqua-t-il, et alors ? et après ?

– […] Je ne serais pas un Polonais si je montais le Fils contre le Père. Sache que nous autres, Polonais, nous respectons infiniment nos Pères. Ne demande pas à un Polonais de détourner le Fils du Père, et, qui pis est, au profit de l'Inversion.

– Mais, s'écria-t-il, qu'as-tu à faire d'être Polonais ? Délectable destin en vérité, le destin des Polonais à ce jour ! Tu n'en es pas écœuré de ta polonité ? Tu n'es pas saturé du Martyre ? […] Et aujourd'hui , une fois de plus, on vous fait la peau. Tu n'as pas envie de devenir quelque chose d'Autre, de Nouveau ?

– […] Tais-toi, criai-je, épargne-moi la suite de ta semonce ! Tu voudrais que je me dresse, moi, contre le Père et la Patrie, en un tel moment de notre Histoire ? N'y compte pas !

– Au diable le Père et la Patrie, grommela-t-il. Le Fils, ah le fils, c'est autre chose, là tout s'éclaire ! Qu'as-tu à faire de la Patrie ? La Filistrie, n'est-ce pas mieux ? Échange la Patrie contre la Filisterie et tu verras ! »

Cet échange représente bien les deux idéologies qui devaient s'affronter dans l'esprit du narrateur ; Le livre, dans son ensemble, prend évidemment le parti libertaire du « puto » plutôt que le sien. Cependant, dans son hésitation à soutenir le « puto » ou le commandant, il trahit qu'il n'est pas si évident que ça pour lui de tourner le dos à sa patrie.

 Afin de faire s'affronter métaphoriquement l'Ancien Monde et le Nouveau, le vieux commandant provoque Gonzalo en duel (« Comprenez, monsieur Arturo, vous avez offensé le Vieillard et il ne vous laissera pas impunément salir son Honneur, surtout que la chose s'est passée devant des Compatriotes »). Le narrateur doit donc faire un choix, il doit choisir entre le Père et le Fils, entre l'Ancien et le Nouveau.

À l'aide de trois bourgeois excentriques rencontrés à Buenos Aires, il met en place un stratagème pour que les pistolets tirent à blanc. De la sorte, personne ne sortira blessé du duel et il peut repousser encore un peu le moment du choix décisif. La situation vire à la farce, puisque le duel précisait qu'il prendrait fin dès le premier sang :

« Alors, d'un seul coup, pétrifié, je comprends soudain que nous sommes dans un traquenard : comment y aurait-il jamais de fin à tout ceci, un dénouement quelconque à ce Duel ? 'Au premier sang', avons-nous décidé – mais d'où viendrait le sang si les pistolets sont vides ? »

Le même genre de scène est mis en place lorsque les membres de la Légation veulent organiser une chasse aux lièvres sans lièvre. Elle aurait lieu pendant le duel.

« – Un Duel n'est pas une Partie de chasse... mais qui nous empêche justement d'organiser une Partie de chasse ? [...]

– Comment pourrions-nous organiser une Chasse à courre avec des lévriers ? Nous n'avons ni lièvres, ni chevaux ! […] Non mais, vous êtes fous ! Et les lièvres ? Où allez-vous trouver des lièvres ? Une chasse au lièvre dans une grande ville, vous rêvez ! Il n'y a pas l'ombre d'un lièvre ici !

– C'est bien le hic, marmonne le Conseiller, pas l'ombre d'un lièvre... [...]

– Voilà qui est vrai, remarque le Colonel, pas la plus petite ombre de lièvre...

[Il est finalement convenu que] tenant les lévriers en laisse, les cavaliers passeraient à cheval, accompagnés des Dames, aux abords du terrain prévu pour le Duel, comme si de rien n'était, comme amenés là sur les traces d'un lièvre. »

On voit bien à travers l'exemple de ces deux scènes que Gombrowicz insiste sur le fait que tout ce qui est entrepris par cette administration polonaise, incarnation de l'Ancien temps archaïque, est fondé sur l'apparence que renverra cette entreprise. La plupart de leurs actions sont superficielles, elles n'ont aucune consistance. C'est représenté par le fait que le duel ait lieu sans balles, par exemple. Le duel a été provoqué par le vieux commandant polonais pour sauver son honneur. Or, s'il n'y a aucun risque encouru, l'honneur ne peut être sauvé. Même chose pour la chasse aux lièvres sans lièvre. Il n'y a pas de lièvres mais on respectera toutes les conventions apparentes d'une chasse aux lièvres. On a enlevé leur essence même à ces deux situations.

Avant de prendre toute décision définitive, Gombrowicz montre aussi des excentricités de ce type du côté de la Filistrie. Par l'intermédiaire de Gonzalo, notamment, qui possède dans sa résidence secondaire

« Plafonds, Parquets, Stucs et Boiseries, Alcôves, Colonnes, Tableaux, Statues et aussi des Angelots, Lutrins, Pilastres, Gobelins et Tapis, et partout des Palmes, Vases d'argent filigrané, de cristal, de jaspe, Patères, Marqueteries sur palissandre.[...] ».

Gonzalo, toujours, a embauché sept Lecteurs dans sa bibliothèque parce qu'il faut bien que tous les livres qu'il possède soient lus.

Irrévocablement, le récit doit se conclure sur le choix final de Gombrowicz :

« Le Fils, le Fils, le Fils ! Ah ! courir, ah ! fuir vers le Fils ! Le Fils, c'était ma libération, ma plénitude !... Comme j'aurais aimé me reposer, me délasser. […] Mon seul recours, le seule Source qui pût combler mon néant, apaiser ma Soif, c'était ce Fils tout gorgé de sucs... C 'était, le Fils, une verte Prairie, un frais Bocage descendant paisible sur la rivière. […]

En pleine nuit, debout là, au chevet du Fils, dans l'obscurité (l'allumette s'était éteinte), j'invoquais les puissances de la nuit, des Ténèbres, du Devenir. En pleine nuit, je le chassais de la maison paternelle, lui ouvrais la porte des champs. O Nuit, Nuit, Nuit. »



Style et influences

Trans-Atlantique se réfère à une œuvre sacrée pour les Polonais.

« Trans-Atlantique, écrit Gombrowicz, est né en moi comme un Pan Tadeuz à rebours. Ce poème de Mickiewicz – écrit lui aussi en exil il y a plus de cent ans –, chef d'œuvre de notre poésie nationale, est une affirmation de la « polonité » suscitée par la nostalgie. Dans Trans-Atlantique, je voulais m'opposer à Mickiewicz. »

Malgorzata Smorag-Goldberg observe d'ailleurs, dans un article réalisé pour le Centre Interdisciplinaire de Recherches Centre-Européennes intitulé « Langue perdue, langue retrouvée ou le détour transatlantique de Gombrowicz », un certain nombre de similarités entre les deux œuvres. « On peut établir des parallèles très précis et presque reprendre les têtes de chapitres de Messire Thadée pour les donner à certains chapitres de Trans-Atlantique », déclare-t-elle. Messire Thadée étant le nom français de Pan Tadeuz. Par exemple, le quatrième livre de Pan Tadeuz s'intitule « La Diplomatie et la chasse », ce qui collerait tout à fait avec le chapitre 9 de Trans-Alantique dans lequel ont lieu en parallèle la chasse au lièvre (sans lièvre) et le duel (sans balles).

Mais Gombrowicz s'oppose à Mickiewicz qui défendait le courage guerrier et le sens de l'honneur polonais lors de la campagne de Napoléon en 1812. Gombrowicz tourne en ridicule les situations initialement mises en scène par Mickiewicz.

Dans Trans-Atlantique, Gombrowicz développe un style d'écriture très libre. On l'a déjà vu, premièrement, par son style mi-autobiographique mi-fiction. Ensuite, par son utilisation très libre de la majuscule, par exemple. On trouve très souvent plusieurs mots commençant par une majuscule dans la même phrase. Et pourtant, le traducteur nous prévient dans la préface :

« L'emploi à tout propos de la majuscule dans le courant de la phrase – qu'il s'agisse d'un substantif, d'un adjectif ou d'un verbe – est directement emprunté par Gombrowicz au XVIIe siècle polonais. Elle a parfois pour but de souligner un mot – pas toujours. Systématiquement reproduites, ces majuscules rendaient la lecture inutilement malaisée, nous a-t-il semblé, en français. Nous en avons respecté le principe mais sans en respecter la fréquence. »

Cette précision nous renseigne sur l'origine directe de cet usage et nous laisse imaginer à quoi devait ressembler le texte original.
 


Réception de l'œuvre

La première réaction de l'émigration polonaise lors de la publication de cette œuvre fut l'indignation. « On ne vit dans cette œuvre qu'un règlement de compte de l'auteur avec la Pologne, une attaque contre le patriotisme sacré » nous précise Constantin Jelenski dans sa préface.

Le premier à défendre Gombrowicz fut Jozef Wittlin dans la préface de l'édition publiée deux ans plus tard, par la même revue Kultura, en volume cette fois-ci.

Jozef Wittlin étant l'aîné d'une dizaine d'années de Gombrowicz, ce texte a contribué à « désarmer un peu les colères et calmer les passions. »
Cette préface contient notamment cette citation, très représentative du ton utilisé par Wittlin pour contrer la réaction hostile de soi-disant patriotes polonais :

« L’indignation n’a de sens que lorsqu’elle s’élève contre le mal — une calomnie, une injustice ou une violation, de la sainte vertu. Mais si un artiste, bouleversé par l’immoralité de l’Absurde dominant le monde, met sous la douche de son rire purificateur les choses qui ne sont moralement pas très hygiéniques, nous devrions plutôt être scandalisés qu’elles existent. Si le monde où nous vivons était meilleur que celui que démystifie Gombrowicz, son œuvre ne choquerait personne. »


Loïk, 2e année éd.-lib.

 

Witold GOMBROWICZ sur LITTEXPRESS


 

gombrowicz.jpg

 

 

 

 

 

Article de Melaize sur Bakakai. Parallèle avec Stefan Zweig.

 

 

 

 

 

 

 

Witold Gombrowicz Trans Atlantique

 

 

 

 

 

 Article d'Aurélie sur Trans-Atlantique

 

 

 

 

 

 

 

 

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