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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 07:00

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XINRAN
Mémoire de Chine
Traduit du chinois
par Prune Cornet
Philippe Picquier, 2010


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Xinran est chinoise, elle est née à Pékin en 1958. Elle a été enlevée avec son frère pendant la Révolution culturelle, car ses parents avaient été jugés comme réactionnaires. Les deux enfants ont donc grandi dans un orphelinat militaire réservé aux enfants des « réactionnaires ». Elle devient journaliste en 1989 et anime des émissions dont les thèmes sont validés par  les autorités chinoises. En 1997, elle part pour l’Angleterre. Elle y enseigne et écrit pour The Guardian. Elle devient célèbre dans le monde entier en 2002 en racontant les conditions de vie des femmes de son pays d’origine, sans aucun tabou. Le livre Chinoises est un best-seller. En 2008, on traduit en France l’un de ses romans d’inspiration journalistique, Baguettes chinoises ; il raconte le destin de trois sœurs, femmes de la campagne chinoise, qui travaillent en ville et rapportent l’argent à leur père, démontrant qu’une femme n’est pas qu’une « baguette » par opposition à l’homme, la « poutre », qui serait le seul capable de subvenir aux besoins de sa famille.



En 2010 Mémoire de Chine sort en France. Ce livre se rapproche d’un reportage, d’une enquête journalistique sur une génération de Chinois qui a vu les grands bouleversements de la Chine au XXe siècle, plus particulièrement à partir de 1980. Il se compose d’une vingtaine de témoignages de personnes d’environ soixante-dix ans et plus sur la modernisation, l’occidentalisation, la  guerre, les révolutions… À la fois livre journalistique, témoignage et recueil de souvenirs, cet ouvrage est précieux autant pour les jeunes Chinois d’aujourd’hui que pour les Occidentaux ne voulant pas se contenter d’une vision restreinte, parfois édulcorée de la Chine.

« Pour nous, Chinois, révéler ouvertement et publiquement ce que nous pensons et ressentons est loin d’être chose facile. » Voici comment Xinran commence. C’est justement à cause de cette difficulté de parler de soi que l’auteur a décidé de compiler une vingtaine de récits de personnes âgées. Ne pas oublier, ne pas laisser disparaître des témoignages sur une histoire peu connue par les jeunes générations, tel est le but  de ce livre. L’écrivaine veut montrer la réalité de la vie des Chinois au XXe siècle. Il n’y a pas pour autant de critique sur la société, ce n’est pas pour dénoncer la politique de telle ou telle période de l’histoire de la Chine. Ce livre est aussi un témoignage précieux. En effet, le plus souvent, les parents n’ont pas raconté leur vie, leurs difficultés à leurs enfants ou leurs petits-enfants. Ainsi, Xinran « refuse de croire que les Chinois emportent toujours dans leur tombe la vérité de ce que fut leur vie » (citation de l’introduction du livre).

L’une des précieuses rencontres de Xinran avec des personnes du peuple se fait dans la province de Guizhou, au sud de la Chine. Yao Popo, femme de soixante-dix-neuf ans, témoigne de sa vie durant la Révolution culturelle, qui a été moins terrible pour elle que pour d’autres Chinois. En effet, jeune fille, elle a appris à reconnaître les herbes médicinales et à les utiliser pour guérir différents maux. Lors de la Révolution culturelle, beaucoup d’hôpitaux furent fermés, peu de médecins exerçaient encore, d’autant plus dans les petites villes et à la campagne. Alors que cette période fut très dure à vivre pour la population chinoise, ce fut moins difficile pour Yao Popo. Elle remplaçait les médecins du mieux qu’elle pouvait, et a ainsi pu gagner assez d’argent pour se construire une maison. Aujourd’hui, elle tient un petit étal et vend ses remèdes qui font des miracles sur les maladies « habituelles », bien connues, mais sont moins efficaces face aux « nouvelles maladies : des yeux irrités et des dos douloureux d’être assis devant les ordinateurs ou au bureau, de l’acné due à des excès de nourriture McDonald’s… » Yao Popo n’a jamais raconté à ses enfants sa vie durant la Révolution culturelle. Ils croient que c’est une femme peu éduquée, dépendante de son mari et seulement capable d’exécuter les tâches ménagères. « Quand je leur donne de l’argent, ils croient que ça vient de mon mari, ou de mon père. Mais j’en ai gagné bien plus qu’eux pendant toutes ces années. »

Le témoignage de la Dame aux remèdes, comme l’appellent les habitants de la région de Guilin, n’est qu’un exemple parmi la vingtaine des autres présents dans ce livre : un journaliste parlant du Tibet et de la présence de la religion juive en Chine, des fabricants de lanternes de Qin Huai (province de Jiangsu, est du pays), un homme ayant vécu la Grande Marche (1934) qui a participé à l’avènement au pouvoir de Mao, un chauffeur de taxi, une femme général… Autant de témoignages que Xinran a jugé urgent de compiler, pour ne pas laisser se perdre toute une vision de l’évolution de la Chine qui ne se trouve pas dans les livres d’histoire. Pour nous, Français, ce livre donne des éléments qui éclairent notre vision de la Chine de Mao Zedong, de la Chine actuelle et de son développement très rapide. En résumé, un récit passionnant qui nous fait appréhender la Chine sous un autre œil.


Armelle, 2e année éd.-lib. 2011-2012

 

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