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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 07:00

Yan-Lianke-Bons-baisers-de-Lenine.gif

 

 

 

 

 


YAN Lianke
Bons baisers de Lénine
Titre original
La Joie de vivre
traduit du chinois
par Sylvie Gentil
Éditions Philippe Picquier, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

yanlianke.jpgQUI ?

Yan Lianke est un des auteurs chinois les plus connus et aussi les plus censurés. Né en 1958 dans la province rurale et montagneuse du Henan, il s'engage en 1979 dans l'Armée Populaire de Libération et en devient l'écrivain officiel. Il est « contraint » d'en démissionner en 2004 (ce sera plutôt une libération...) notamment en raison de ses textes érotiques et critiques à l'égard de la société chinoise.

Entre texte engagé et satire humoristique, la majeure partie de son œuvre est clandestine dans son pays. Tant par le fond que par la forme, ses écrits sont considérés comme expérimentaux et ont reçu de nombreuses et prestigieuses récompenses littéraires.

Bons baisers de Lénine, écrit en 2004 et publié à Taïwan, est qualifié par Yan Lianke lui-même comme son meilleur roman (« Pour moi, c'est mon meilleur roman, un drame noir mais avec beaucoup d'humour, sexuellement débridé, joyeux, heureux... une réflexion profonde sur la société chinoise »). En Chine, il a pourtant été critiqué comme « Anti Etat, anti Régime, anti utopies, anti révolutionnaire, mais également pro révolutionnaire et même anti humanité ».



QUOI ?

Résumons de la manière la plus simple et la plus brève possible : un nouveau chef de district, Liu Yingque,  arrive dans la province du Henan avec la volonté de racheter aux Soviétiques la dépouille de Lénine pour l'exposer dans un mausolée et donc pour transformer en lieu touristique incontournable la province coupée du reste du monde et surtout pour devenir une personnalité reconnue et vénérée. Mais la momie coûte extrêmement cher et les subventions ne suffisent pas, le chef de district convainc donc les habitants du village perdu de Benaise de monter une troupe de cirque et de donner des représentations à travers toute la Chine – Benaise étant un village quelque peu particulier : « depuis sa fondation (…) [le village] n'avait jamais été peuplé que d'aveugles, de boiteux et de sourds-muets. (…) Les infirmes y affluaient du monde extérieur, les gens complets en partaient. ».

Voilà, ça, c'est globalement l'histoire mais l'auteur ne s'arrête pas là ; par d'incessants va-et-vient entre passé et présent il nous retrace l'histoire des personnages clés – le chef de district d'origine modeste, tyran profiteur et sans illusions, la doyenne du village Mao Zhi ancienne révolutionnaire déçue – et dresse par la même occasion un tableau historique de la Chine. Les chapitres narratifs s'entrelacent aux chapitres composés de notes, de définitions, de néologismes, d'apports historiques  (comme toutes les structures éclatées, un peu frustrant mais indispensable à la bonne compréhension de l'histoire).

carte-chine.jpg

QUOI (2) ?

Bien sûr, le thème qu'on fera ressortir en premier lieu, c'est le paradoxe chinois communisme/capitalisme. On voit bien que le but du chef de district est, comme la volonté des villageois, de faire du profit en s'ouvrant au reste du monde et au tourisme mais on voit aussi qu'au sein du village tout est commun : la propriété privée n'existe pas. De plus, l'histoire de Mao Zhi nous raconte l'arrivée du communisme, l'espoir et la force des débuts puis ses failles, ses limites et la rupture des villageois avec le modèle et l'idéologie.

De même, le combat tradition-mondialisation est perceptible : le village veut se moderniser et s'ouvrir au reste du monde mais les croyances, traditions et superstitions demeurent vivaces.

Plus marquant encore selon moi, on voit dans ce livre comment une population peut s'unir rapidement grâce à un projet commun et se séparer tout aussi vite à cause de la cupidité et de la méfiance de l'homme. Pour les habitants de Benaise, le projet fou de Liu Yingque apporte l'espoir et le fantasme après la rupture avec l'idéologie communiste. Il apporte également la reconnaissance de la Chine toute entière pour une minorité peu ou pas considérée voire carrément écrasée par le gouvernement (on peut rapprocher l'aventure des villageois de la lutte des minorités rabaissées par le gouvernement chinois ; pour ne donner qu'un exemple, les Tibétains) : ce sont quand même les éclopés de la Chine toute entière qui vont permettre à Liu Yingque de s'enrichir et de prospérer !

Cette réflexion sur la différence, bien que plutôt implicite, nous accompagne tout au long de la lecture.


Enfin, beaucoup de thèmes plus universels mais quand même sources de méditation sont abordés : la quête effrénée du bonheur, de la richesse, l'espoir, la désillusion...

Bref « cette épopée burlesque », peut être considérée comme une allégorie de la condition chinoise moderne. Ou comme une sorte de conte (conte de 550 p., certes...) qui reprend le modèle des contes chinois traditionnels. Ou encore comme une fable satirique, politique et historique.



C'est COMMENT ?

Génial ! A la fois, drôle et cruel, fou et dépaysant, c'est surtout pas mal instructif (vous apprendrez ce que veulent dire : montruche, benaise, jelaudé, bessoun... et vous trouverez des infos sur Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao), ça donne à réfléchir et c'est pas difficile à lire. L'alternance de passages explicatifs (en italique) et narratifs donne du rythme au récit. Grâce aux incessants retournements de situation et aux enchaînements de péripéties toujours plus loufoques, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Enfin, lisez ce livre, quoi, c'est un petit bijou !


« Le fusil a retenti, les nuages se sont dispersés, le soleil s'est levé ».

 

 

 

 

Deux lien utiles (interviews de l'auteur)

 

http://www.magazine-litteraire.com/content/Homepage/article.html?id=15239

 

http://www.rue89.com/hors-jeux/2008/08/24/linterview-yan-lianke-pas-de-pensee-independante-en-chine

 

 

 

N., 2e année Bib.-méd.

 

 


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