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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 07:00

 

YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YOSHIMURA Akira

Le Convoi de l’eau

Actes Sud, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Akira Yoshimura est né à Tokyo en 1927. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans, nouvelles et essais. Il reçoit le prix Dazai en 1966 pour Voyage vers les étoiles. Il fait partie de la génération d’écrivains japonais nés dans les années 20, dont Kunio Ogawa et Kôbô Abé, qui contrastent avec leurs prédécesseurs, Sôseki, Ôgai, Higuchi Ichiyô, Kafû, Akutagawa et Dazai. Cette nouvelle génération exprime la violence des sentiments. Yoshimura s’inspire des vieilles légendes de la culture japonaise, mêlées aux faits divers contemporains.

 

 

Un groupe d’ouvriers va construire un barrage dans la vallée de la « rivière K ». Le narrateur fait partie des ouvriers ; il ne s’est pas engagé dans cette mission pour l’argent, mais pour une tout autre raison (page 13). Des rumeurs disaient qu’un village coupé du monde se trouvait dans cette vallée, mais c’était pour tous difficile à croire. Le hameau a été découvert par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.


Avec le projet du barrage dans la vallée, le hameau était condamné. Il sera enseveli par les eaux et les habitants devront s’exiler. C’est la rencontre entre deux mondes différents, le clivage entre tradition et modernité.

Akira Yoshimura aborde plusieurs thèmes, que l’on retrouve dans toute son œuvre.

La confrontation et l’incompréhension entre deux mondes totalement différents créent une  atmosphère de tension entre les ouvriers et les gens du hameau. Ces derniers vivent en autarcie et entretiennent un monde de tradition marquée par les rites ancestraux et l’animisme (croyance aux âmes et aux esprits). Les ouvriers ne comprennent pas les actions des villageois, au point de les mépriser. La relation entre les deux groupes est étrange et marquée par le silence. Les ouvriers ne saisissent pas pourquoi les villageois replacent inlassablement les mousses des toits de leurs maisons, tombées à cause des explosions causées par les travaux. Les villageois semblent nier la condamnation prochaine de leur village. Les ouvriers ne comprennent pas non plus la place disproportionnée donnée au cimetière dans la vallée (page 8). Elle révèle l’importance donnée aux morts dans le hameau. Seul le narrateur, grâce à son vécu, va comprendre les villageois. Un lien étrange va alors se tisser entre eux.


Les sentiments de souffrance et de haine liés à l’infidélité et la trahison sont intenses dans le récit. La femme du narrateur, Chizuko, l’a trompé avec Yodono, chef comptable de l’entreprise où il travaillait. Le narrateur les a surpris dans leur chambre et a assassiné sa femme avec une bûche, devant ses deux filles (page 37). Le narrateur s’est exprimé par la violence face à cette scène insupportable. Cette violence nous ramène à son enfance, lorsqu’un jour il surprit sa mère avec le jeune homme qu’ils avaient alors en pension chez eux (page 38). Depuis, la méfiance s’était installée entre lui et sa mère et sa frustration n’a créé que de la souffrance.


L’auteur pose la question de la légitimité dans le ressentiment et l’expression de la haine et de l’inexorabilité après avoir souffert. Yoshimura révèle ici les contradictions inavouables de la jouissance dans la vengeance. Pour avoir assassiné sa femme, le narrateur a purgé quatre ans de prison et l’humidité de la vallée le ramène à la vie carcérale et à sa souffrance après sa libération. La peine infligée par les hommes n’a pas suffi à le libérer de ses tourments.

 

Le récit est également très marqué par le thème de la mort et les éléments morbides. On remarque une réelle fascination pour les os (page 20). Le narrateur emporte avec lui cinq morceaux d’os des doigts de pied de sa femme, dont il a profané la tombe. Parmi les éléments morbides, on note aussi la description du corps en décomposition d’une jeune fille du hameau (page 134). En effet, pendant les travaux, un des ouvriers va violer cette jeune fille. La jeune fille viendra dénoncer cet homme, Tamura. Elle sera retrouvée pendue à un paulownia dans la vallée. S’est-elle suicidée par honte, ou pour rétablir l’honneur des siens ? A-t-elle été condamnée ? En tout cas Tamura était responsable. Le destin de cette fille va amener le narrateur à repenser ses actes, et principalement le meurtre de sa femme. Il décidera  de pardonner en enterrant la jeune fille pendue, délaissée par les siens (page 139). La référence à la mort se retrouve aussi dans l’exhumation des corps du cimetière par les villageois. Ils placent les crânes dans des boîtes pour les emporter dans leur exil (page 129). Les villageois exécutent des gestes que le narrateur a lui-même effectués quelques années auparavant. Le passé du narrateur entre ici en résonance avec le destin des villageois.

L’écriture de Yoshimura est très poétique malgré les thèmes abordés, notamment dans la description des lieux et dans l’expression des sentiments. Le récit est austère, parfois glacial et très marqué par le silence. Il n’y a presque aucune communication entre les gens du hameau et le groupe de travailleurs. Le recours poétique aux forces élémentaires naturelles : eau, vent, brume, pluie, neige, feu, donne une dimension universelle au récit, comme pour les sentiments ressentis par le narrateur. On note également le respect de la nature par les villageois lorsqu’ils brûlent leur village avant de s’exiler, en veillant à protéger la forêt (page 164). Yoshimura exprime la violence des sentiments avec un lyrisme symbolique. Les sentiments humains sont perçus comme un lieu de jonction entre la nature (lieu d’épanchement, image du fini et de l’infini), l’amour (désir d’harmonie et d’humanité ; page 41), et la mort (sentiment du temps qui passe et précarité de l’homme). Pour le philosophe Hegel, le lyrisme est l’expression la plus directe de l’intériorité du sujet dans le sentiment. Le récit à la première personne marque la subjectivité du narrateur.


Le roman emprunte au réalisme et au naturalisme. Les descriptions sont des éléments d’appréhension du rapport entre l’homme et son milieu, où chaque détail a du sens. Chaque action des villageois présente un sens pour le narrateur. Le convoi de l’eau, comme d’autres récits de Yoshimura, peut également être rapproché  du roman noir ou roman gothique anglo-saxon. Dans les pays anglo-saxons, le terme gothic novel est parfois utilisé pour désigner la littérature fantastique. Le roman gothique est différent, il dépeint des atmosphères étranges et angoissantes, avec une recherche de l’exotisme. Ses normes dans les thèmes sont des éléments tels que les meurtres, les torrents, la neige, les montagnes, les incendies ; et les éléments morbides : viol, pendaison, exhumation, chauves-souris. C’est ce que l’on retrouve dans ce récit.

L’expression des sentiments est poignante chez Yoshimura. Le récit nous emporte dans un autre monde, un monde qui révèle toutes nos
contradictions.


Rachida, A.S. Bib.-Méd.

 

 

YOSHIMURA Akira sur LITTEXPRESS

 

Yoshimura voyage vers les étoiles

 

 

 

 

 

Article de Julie sur     Voyage vers les étoiles.

 

 

 

 

 

 

 


  YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

Article d'Elise sur Le Convoi de l'eau

 

 

 

 

 

 

yoshimura-jeune-fille-suppliciee-sur-une-etagere.gif

 

 

 

 

Article d'Eric sur La Jeune Fille suppliciée sur une étagère.

 

 

 

 

 


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Published by Rachida - dans Réalisme magique
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