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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 07:00

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YOSHIMURA Akira

Voyage vers les étoiles

précédé de « Un spécimen transparent»

traduit du japonais

par Rose-Marie Makino-Fayolle

Actes Sud, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit lorsque vous entendez le mot « Japon » ? Ne dites rien… Vous pensez immédiatement aux mangas, à la technologie, aux sushis, au  saké, au bouddhisme… Et Tanizaki Jun'ichirō, Ikezawa Natsuki, Buson Yosa, Akutagawa Ryunosuke : cela ne vous dit rien ? Pour les non-initiés, ceux sont des auteurs de romans car oui, le Japon c’est aussi la littérature.


En France, 396 auteurs japonais voient leurs œuvres traduites, d’après la base du site shunkin.net spécialisé dans la littérature japonaise. Si certains auteurs ont acquis une notoriété internationale comme
Murakami Haruki, Ogawa Yoko ou Murakami Ryu, beaucoup d’autres auteurs aussi talentueux gagnent à être connus.
Je vous propose de découvrir Akira Yoshimura à travers une de ses œuvres :

 


Biographie et bibliographie

voir www.shunkin.net 

 


Résumé et analyse

 

Le livre Voyage vers les étoiles précédé d’Un spécimen transparent regroupe deux nouvelles dont le thème principal est la mort.


« Un spécimen transparent » c’est l’histoire de Kenshiro, un homme de 60 ans que l’auteur nous présente d’une façon particulière à la page 1 du livre :

 

« Lorsque l’autobus s’arrêtait aux croisements, une légère ondulation se propageait de passager en passager. Chaque fois, Kenshiro qui avait les nerfs à fleur de peau se focalisait sur le corps de la jeune femme qui se tenait à ses côtés […] Profitant des oscillations du châssis, « Kenshiro » tentait subrepticement de la frôler. C’était son habitude matinale de se rapprocher des femmes dans l’autobus qui le conduisait à son travail. »


A la lecture de ce passage, nous pouvons imaginer que Kenshiro est un vieux pervers, limite psychopathe, car son attitude est vraiment bizarre. Nous ne savons pas à quoi nous attendre. C’est là toute la spécificité de la littérature japonaise, et notamment d’Akira Yoshimura, qui en quelques lignes nous entraîne…sur une fausse piste, laissant notre imagination travailler pour mieux nous surprendre. Kenshiro est peut-être un peu pervers mais pas sur le plan sexuel. Lui, ce qui l’intéresse ce sont les os. Kenshiro travaille dans un hôpital universitaire, il est chargé d’effectuer des prélèvements d’os sur des cadavres en décomposition pour fabriquer des squelettes d’étude. Un travail dénigré de tous qu’il effectue pourtant de manière très minutieuse et avec beaucoup de passion. Le rapport très particulier qu’il entretient avec les os s’explique. En effet, son beau-père sans le savoir lui a transmis cette passion : « [Kenshiro] n’avait pas pu oublier la magnifique couleur des os sculptés par son beau-père, que les policiers lui avaient mis si souvent sous le nez […] Quand on les lui avait mis dans la main, il avait pris conscience de leur légèreté et de leur douceur incroyable, et de la couleur luisante de l’os. » (p.26)


L’objectif de Kenshiro est de réussir, grâce à une formule chimique, à rendre les os parfaitement transparents… Chez lui, en secret et seul, il prépare minutieusement des échantillons pris sur des cadavres d’animaux. Pour réussir la transposition sur un cadavre humain, exit les cadavres en décomposition, il lui faut un cadavre « frais ».
Parallèlement, nous savons que ce métier ne lui a pas permis d’avoir de relation durable avec des filles. Toutes l’avaient quitté à cause de l’odeur de la mort qui lui collait à la peau. Néanmoins, à 60 ans, il finit par se trouver une femme, Tokiko, 40 ans, très belle et surtout très pauvre ; elle n’a pas d’autre choix que de se trouver un compagnon pour vivre. Elle a une fille, Yuriko, qui a posé deux conditions pour qu’elles viennent vivre avec lui : un mariage officiel avec sa mère et le paiement de toutes ses études. Kenshiro accepte et elles emménagent chez lui. Rapidement, Tokiko tombe malade et ne peut plus bouger de son lit…


Vous imaginez aisément la suite… Attention, ne vous précipitez pas sur une fausse piste !


Yoshimura Akira nous raconte ici l’histoire d’un homme qui préfère les os aux relations humaines. Depuis toujours Kenshiro s’est senti à part, différent des autres. Il vit seulement pour sa passion qui, au fil du récit, se transforme en obsession dévorante. Les descriptions sont glauques et les détails quasi chirurgicaux. L’atmosphère est  pesante. Le rythme s’accélère à mesure que le protagoniste se rapproche de son objectif. Jusqu’à la chute tragique. Toujours de façon poétique et simple, l’auteur se pose en spectateur, décrivant le destin d’une personne  qui se laisse envahir par sa passion.

 

 

« Voyage vers les étoiles » est le récit d’un voyage très spécial qu’ont entrepris une bande d’adolescents. Alors qu’il vient encore de laisser filler le train qui devait l’amener en cours, Keishi, un jeune un peu paumé, fait la rencontre de Miyake. Miyake lui propose alors de venir avec lui pour rejoindre des amis. Keishi rencontre d’autres jeunes, une fille et deux garçons assis sur un banc, en silence, le regard dans le vide. Il découvre alors qu’il n’est pas le seul à ne rien faire de ses journées, à ne pas avoir le courage d’aller en cours et à ne pas penser à l’avenir. Leur plus grande préoccupation c’est l’écoulement du temps : « leur activité commune était de regarder fréquemment la progression des aiguilles sur leurs montres » (p.105).


Durant trois mois, Keishi va donc se lever tous les matins pour aller rejoindre « ses copains de galère ». Mais un jour, Mochizuki fait une proposition très spéciale à ses camarades : « Et si on mourait ? » (p.111). Les réactions sont d’abord teintées de peur et le groupe se mure dans un silence profond. Puis, quelques jours plus tard,  ils tournent cette idée en dérision…sans jamais l’oublier cependant. Un jour, Miyake leur raconte le fait divers de ces deux écoliers qui se sont suicidés « parce qu’ils s’ennuyaient » (p.113) et continue, leur narrant le suicide collectif d’une secte bouddhiste. C’est le déclic ! Ils vont entreprendre ce voyage vers la mort.


C’est avec une poésie délicate et dans un style très épuré qu’Akira Yoshimura décrit la lente progression des ces adolescents vers un destin tragique. A l’heure actuelle, le suicide des jeunes est un fait de société, au Japon comme ailleurs, et trouve quelques explications dans le refus d’une société où l’on ne trouve ni sa place ni ses repères, dans le rejet d’un avenir incertain, dans l’incompréhension de l’utilité même de la vie. Dans cette nouvelle, le personnage principal, Keishi, a perdu le goût de la vie : « Une impression de vide » s’était emparée de son corps, « un sentiment d’impuissance insurmontable s’incrustait en lui » et des journées sans signification se suivaient.


Comment imaginer l’avenir si le présent n’a déjà plus de saveur ?


Le seul instant où le groupe d’adolescents connaît l’excitation c’est lorsqu’ils doivent préparer leur voyage malgré la peur, l’angoisse et le tourment qu’apporte l’idée même de la mort. Histoire d’une jeunesse à la dérive. Histoire malheureusement universelle. Akira Yoshimura ne critique pas, n’analyse pas, ne donne aucune solution au suicide ; il décrit tout simplement, d’une manière touchante, comment des jeunes en mal de vivre peuvent décider du jour au lendemain d’en finir.

 

 

Conclusion

 
En général, les Japonais ont beaucoup moins de mal a évoquer des thèmes qui chez nous sont frappés du sceau du tabou. Ici le suicide, le rejet, la mort, la peur de l’avenir ailleurs la boulimie, la prison, la sexualité, la corruption, l’échec… On apprécie alors la simplicité de leur style, la poésie de leurs œuvres, l’exotisme de leur culture qui apportent un peu de fraîcheur et de renouveau dans le paysage éditorial occidental.


Julie, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

YOSHIMURA Akira sur LITTEXPRESS


  YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

Article d'Elise sur Le Convoi de l'eau

 

 

 

 

 

 

yoshimura-jeune-fille-suppliciee-sur-une-etagere.gif

 

 

 

 

Article d'Eric sur La Jeune Fille suppliciée sur une étagère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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