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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 07:00

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YUMI Kiiro
Library Wars : Love and War
d’après une œuvre
d’ARIKAWA Hiro (有川 浩)
Traduction du japonais
par Anne-Sophie THÉVENON
Édité pour la première fois au Japon
par Hakusensha en 2008
Première publication en français
aux éditions Glénat, 2010
Collection Shôjo



 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur du roman

Arikawa-Hiro.jpgArikawa Hiro est née le 9 juin 1972 dans la préfecture de Kochi au Japon. En 2003, elle a remportée malgré sa jeunesse le 10e grand Prix Dengeki.

En 2004 elle est en train d’écrire son troisième livre, Umi no Soko (海の底), lorsqu’elle prend connaissance de la Déclaration de la liberté des librairies (Toshokan no jiyû ni kansuru sengen (図書館の自由に関する宣言) écrite en 1954, que lui montre son mari alors qu’ils sont dans une bibliothèque. Cette déclaration est importante car elle interdit aux bibliothèques de communiquer les données personnelles de leurs usagers (par exemple la liste des livres qu’ils consultent) et laisse le choix aux bibliothèques des œuvres proposées, ce qui rend nulle la censure.

Ce texte va la laisser admirative par l’idéal de liberté d’expression qu’il dégage et lui donner la matière et l’idée d’une série de romans de poche : Library Wars ou Toshokan Sensō (図書館戦争) que l’on peut traduire par La guerre des bibliothèques en français. La série se découpe en quatre tomes. Le premier, Toshokan Sensou (図書館戦争, ou La guerre des bibliothèques en français), le deuxième Toshokan Nairan (図書館内乱, ou Troubles des bibliothèques en français), le troisième Toshokan Kiki (図書館危機, ou La crise des bibliothèques en français) et le dernier Toshokan Kakumei (図書館革命, ou La révolution des bibliothèques en français).

Le premier tome de la série a été traduit et publié en 2010 par Glénat en France et est encore en cours de publication à l’heure actuelle. Au Japon, l’œuvre a été vendue à presque 1,5 millions d’exemplaires et a reçu l’équivalent asiatique du Prix Hugo en 2008, le prix Seiun Award for a long fiction.

Le succès de la série fut tel qu’elle connu une adaptation en anime, réalisée par le prestigieux studio I.G. (Ghost in the Shell), comprenant 12 épisodes et un OAV qui ont été diffusés à partir d’avril 2008. De même, une adaptation manga est en cours au Japon et six tomes ont déjà été traduits et publiés en France depuis 2010 par Glénat. Le 7e tome sort d’ailleurs prochainement en février.



Le mangaka

kiiro yumiYumi Kiiro est une fan inconditionnelle de Library Wars qui serait née à Nagano. On sait peut de choses d’elle sinon qu’elle aurait été publiée dans le magazine Lala.

Les seules informations que l’on arrive à dénicher sur elle, sont celles qu’elle-même laisse dans les bonus du manga ainsi que dans les lettres publiées par Arikawa Hiro à chaque fin de tome de Library Wars et ce, qu’il s’agisse de la série roman ou manga. On sait ainsi qu’elle est passionnée par son métier et le cinéma depuis qu’elle est jeune.

Pour l’adaptation de Library Wars en manga, on apprend notamment à la fin du premier manga que c’est l’auteure Arikawa Hiro et son éditeur qui ont choisi Yumi Kiiro pour le faire. À ce sujet ? Arikawa Hiro explique que lorsqu’ils ont vu ses dessins avec son éditeur ça a tout de suite été le déclic, ils étaient sûrs d’avoir trouvé la bonne personne. L’auteure ajoute que Yumi Kiiro a su magnifiquement adapter le roman tout en apportant les modifications et ajouts nécessaires au manga. Elle-même s’est surprise à attendre la prochaine action comme si elle prenait connaissance pour la première fois de l’histoire. De même, Arikawa Hiro s’est déclarée surprise de voir à quel point Yumi Kiiro parvenait à prendre possession des personnages pour créer de nouvelles actions sans que cela choque.

Autre point important et déjà évoqué, les deux femmes partagent le même goût pour le cinéma et Arikawa Hiro avoue s’inspirer de la construction des « scènes cruciales » au cinéma pour son livre. Aussi, cette dernière était-elle heureuse de constater qu’il en était de même pour Yumi Kiiro qui décompose les vignettes comme des plans permettant un dynamisme des plus agréables à la lecture.

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Résumé

L’histoire se déroule dans un Japon futuriste sous une ère fictive, l’ère Seika. Dans ce Japon, le gouvernement a adopté une Loi d’Amélioration des Médias qui sous couvert de protéger la population des ouvrages susceptibles de troubler l’ordre, purge la culture japonaise. Dans ce sens, l’armée est chargée d’effectuer les censures et les autodafés des ouvrages licencieux.

Face à cela et dans le but de lutter pour la liberté d’expression, les bibliothèques s’organisent et créent d’après la Déclaration relative à la liberté des bibliothèques leurs propres unités armées pour assurer la défense des livres et de leurs lecteurs.

Iku Kasahara, jeune femme trop grande de 22 ans, est une recrue du corps de défense des bibliothèques en pleine instruction. Son rêve est de faire partie de la Force de Défense des bibliothèques, un groupe d’agent triés sur le volet, depuis que, lycéenne, elle fut sauvée par un membre de cette unité d’élite alors qu’elle tentait de protéger un livre de la censure dans une librairie. Mais l’entraînement conduit par son instructeur le lieutenant Dojo est particulièrement difficile et les deux ont du mal à s’entendre bien que du point de vue physique Iku soit la meilleure recrue femme de la promotion. Passionnée et d’un idéalisme confinant à la naïveté, elle ne cesse de se référer à l’homme qui l’a autrefois sauvée, ce « Prince » qui représente pour elle le modèle qu’elle veut atteindre. Mais dans cette lutte contre la censure, elle apprendra très vite que tout n’est pas blanc ou noir et que l’idéalisme et la bonne volonté ne font pas tout.



Analyse

Le style graphique

Contrairement aux autres Shōjo (mangas pour filles) j’ai trouvé que les personnages étaient dessinés avec des traits plutôt fins et sans cette exubérance, à la limite du kitsch, que l’on peut parfois trouver dans le shōjo et qui contribue à lui donner une image mièvre (personnages entourés de fleurs, d’étoiles ou de cœurs lorsqu’ils sont amoureux, cheveux qui volent dans le vent et qui donnent un certain style lors de passages clefs, etc.).
 
kiiro-yumi-library-wars-03.jpgDe plus, les sentiments des personnages passent souvent par l’expression du visage et des yeux ce qui est assez impressionnant et donne beaucoup de réalisme. De même, la mangaka parvient à dessiner tout aussi bien les personnages masculins et féminins ce qui, lorsque l’on sait que beaucoup de dessinateurs expliquent avoir parfois du mal à dessiner des personnages de sexe opposé, montre que Yumi Kiiro possède une grande maîtrise.

Il arrive souvent que dans le genre shōjo certains personnages masculins soient féminisés ou du moins que certains traits de leur virilité soient édulcorés pour qu’ils ressemblent à des éphèbes. Or ici, on trouve certains personnages hommes tout aussi musclés que dans des séries shōnen (mangas pour les garçons) comme Ken le survivant ce qui peut s’expliquer par le fait que la dessinatrice déclare aimer ce type de manga dans l’un de ses bonus.

Cela permet au manga de toucher un plus large public comprenant des lecteurs masculins qui auraient pu être rebutés par la profusion de « bons sentiments ». Bien sûr cela reste du shōjo, il y aura donc inévitablement une romance à la clef. Du moins le premier tome reste évasif sur le sujet et donne plus d’importance à l’intrigue et aux actions. Ces dernières sont par ailleurs extrêmement bien retranscrites dans le manga en particulier par le découpage des cases très proche des plans au cinéma. Cela donne du rythme et est particulièrement agréable à regarder.



Les thèmes

La liberté d’expression

« Déclaration relative à la liberté des bibliothèques :

1. Les bibliothèques ont le droit de collecter librement des documents.

2. Les bibliothèques ont le droit de proposer librement des documents.

3. Les bibliothèques protègent la confidentialité de leurs lecteurs.

4. Les bibliothèques s’opposent à toute forme de censure injustifiée.

Nous, bibliothécaires, unirons toutes nos forces pour défendre la liberté des bibliothèques chaque fois qu’elle sera violée. »

C’est par ce texte que débute le 1er tome de Library Wars nous plongeant ainsi directement dans le cœur du sujet : la bibliothèque et le rôle qu’elle joue dans la liberté d’expression.

Thèmes qui sont habituellement peu représentés dans le genre manga. Or, ici, on va s’intéresser au choix des livres mis à la disposition du public et aux moyens de défendre cet accès contre les censures quelle que soit leur forme.

Dans le manga, c’est à cause de la trop grande liberté d’expression prise par la presse dans sa manière de traiter la vie privée des citoyens que le Ministère de la Justice japonais a voté la Loi d’amélioration des médias. Lorsque l’on connaît les abus de certains titres de presse racoleurs, on peut se demander si cette fiction ne pourrait pas un jour faire place à la réalité dans un contexte de crise. L’œuvre sous ses aspects romancés et souvent humoristiques (caractéristique du manga pour jeunes), aborde donc une réelle question qui ne peut qu’amener à la réflexion.

En tant que bibliothécaires, serions-nous prêt à donner notre vie pour protéger le savoir ? « Là où on brûle les livres, on finit par brûler les hommes » disait l’écrivain allemand Heinrich Heine (1797 – 1856), prophétisant peut-être ce qui se passa dans son pays durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que ferions-nous dans pareille situation ? Dans cette œuvre, les livres sont associés au savoir et le fait d’en jouir sans restriction à notre liberté. Serions-nous donc prêts à nous battre pour notre liberté comme nos ancêtres le firent en 1789 ?

Il est intéressant de constater qu’un manga puisse autant sensibiliser à ce type de questions. Qui sait s’il ne pourrait pas toucher des lecteurs de BD et les encourager à élargir leurs lectures aux autres livres ?



L’amour des livres en tant qu’objet et de la lecture en général

L’héroïne, Iku, personnifie cette idée. Elle a en effet un jour défié une rafle du Comité d’Amélioration des médias en tentant de cacher la suite du conte qu’elle attendait depuis dix ans sous sa veste. Prise en flagrant délit par un ASA (membre de ce comité), elle a préféré tenter de se faire accuser de vol afin de pouvoir être conduite au poste avec le livre et donc le sauver. Mais un bibliothécaire alors présent utilisa son « droit de préemption » à la collecte des ouvrages pour la sauver et lui permettre d’acheter son livre pour lequel elle était prête à se battre.

Ici, l’œuvre présente l’objet-livre comme sacré, comme quelque chose à protéger. Aujourd’hui, nous avons oublié que l’accès aux savoirs et aux livres n’a pas toujours été libre. Et comme souvent, lorsque c’est le cas, beaucoup ne prennent pas conscience de la chance que notre société a de pouvoir jouir d’institutions publiques offrant en libre accès ces connaissances, les bibliothèques. Library Wars est là pour nous le rappeler.

Mais, cela met aussi en question l’image que les bibliothèques veulent aujourd’hui se donner. Car à force de placer le livre et la bibliothèque qui y donne accès sur un piédestal et de les vénérer, ne risque-t-on une certaine forme d’élitisme ? Autrefois, on reprochait aux bibliothèques d’être des lieux fermés où les collections étaient gardées jalousement par un garde-chiourme, le bibliothécaire, et dont la meilleure représentation reste certainement la toile du peintre et poète allemand Carl Spitzweg (1808 – 1885), Le rat de bibliothèque (Der Bücherwurm). Or, n’est-ce-pas quelque part revenir en arrière que de représenter dans un manga (bien que fictif) la bibliothèque comme gardant jalousement le savoir de peur qu’il ne soit détruit ou abîmé ? Quelque part, cela peut faire peur de se rendre compte que les livres peuvent avoir plus d’importance qu’on ne le pense mais il ne faut pas avoir peur d’endommager les livres, cela fait partie de leur vie et mieux vaut les abîmer en les lisant plutôt que de les conserver jalousement sans jamais les lire.

Cependant, les personnages sont là pour nuancer le propos car par leurs actions et leur ouverture d’esprit ils rajeunissent cette idée et donnent au métier de bibliothécaire un visage idéaliste qui nous fait rêver.


En conclusion, c’est une œuvre pleine de bons sentiments et qui fait la part belle aux métiers du livre et à l’objet lui-même. On ne peut qu’espérer qu’il fera boule de neige et peut être rappellera à certains l’importance des bibliothèques. Sa forme en elle-même (le manga) peut contribuer à la démocratisation du roman. En effet, la série des mangas étant inachevée, il ne serait pas étonnant que les plus impatients se mettent aux romans afin de connaître la fin de l’histoire.
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Opinion personnelle

Personnellement, j’ai eu un réel coup de foudre en lisant le premier tome de la série. Peut-être est-ce parce que je me sens concernée par la protection des livres du fait de mes études en Métiers du livre. Mais le fait est que la manière dont sont décrits les agents des bibliothèques est tout à fait innovante.

Souvent, la profession de bibliothécaire souffre de préjugés. On s’imagine les bibliothécaires comme vieux, accordant une importance quasi maniaque au silence et élitistes. Or là, le bibliothécaire devient un héros au grand cœur capable d’exercer son métier tout en ayant les capacités des meilleurs soldats d’élite. Le ringard bibliothécaire devient justicier et le livre objet sacré à protéger quitte à y laisser la vie.

Et, si déjà cette idée est séduisante que dire des dessins plein de vie de Yumi Kiiro ? Le style est magnifique, les personnages sont dessinés avec finesse et la manière dont sont montrées leurs expressions est superbe. Un shōjo qui n’est donc pas qu’un simple « manga pour fille » dégoulinant de mièvrerie mais bien une série originale mêlant habilement politique et fiction, sérieux et humour sur un fond qu’on espère ne pas voir devenir prophétique. C’est une vraie déclaration d’amour au livre et à la liberté d’expression et je le recommande à tous.

Pour ma part j’attends avec impatience de lire le prochain tome et après avoir vu l’anime, il me tarde de pouvoir lire la série de romans dont est inspiré le manga. C’est donc une série que je conseille à tous et qui devrait plaire à un large public.

 

 

Perrine, 2e année Bib

 

 

Webographie


 http://www.babelio.com/auteur/Hiro-Arikawa/100334
 http://www.babelio.com/auteur/Kiiro-Yumi/100333
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Toshokan_Sens%C5%8D
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rat_de_biblioth%C3%A8que
http://www.glenatmanga.com/library-wars-love-and-war-tome-1-9782723476270.htm
http://www.glenatmanga.com/library-wars-tome-1-9782723474337.htm

 

 

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Published by littexpress - dans manga - manhwa - manhua
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