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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:00
Chaland Captivant











Yves CHALAND,    
Chaland : Captivant,
Bob Fish,
Bob Memory,
John Bravo,
Tome 3
Les Humanoïdes Associés, 1997

















chaland portrait

Yves Chaland

Yves Chaland est née à Lyon en 1957. Il passa une enfance calme et provinciale à Nérac (Lot-et-Garonne). A tout juste 17 ans il publie ses premières planches dans le fanzine Biblipop (Un fanzine —  contraction de fan magazine — est un périodique indépendant, créé et réalisé de manière désintéressée par des passionnés).

En 1975, il rencontre Luc Cornillon à l’école des beaux-arts de Saint-Étienne où ils créent leur propre fanzine : L'Unité de Valeur.

Trois ans plus tard, Jean-Pierre Dionnet, scénariste de bande-dessinée, qui a remarqué le travail de Chaland et Cornillon, leur commande une série d'histoires courtes pour Métal Hurlant et Ah Nana ! Ces pastiches de la bande dessinée des années cinquante sont réunis en album dans Captivant.

En 1980 Chaland crée ses premiers personnages de série : Bob Fish, Adolphus Claar, John Bravo, Freddy Lombard. Il fait partie du mouvement de la ligne claire.

En plus des Humanoïdes Associés il va travailler pour Bayard, Dupuis, Magic-Strip, Télérama,… Il réalisera également plusieurs publicités sur différents supports.

Il aurait dû  reprendre les aventures de Spirou et Fantasio mais nous n'avons eu, malheureusement, droit qu'a quelques planches (Spirou au Bocongo). En effet, Yves Chaland est décédé à l’âge de trente -rois ans dans un accident de voiture.
Durant sa carrière, il reçu deux prix : le grand Prix des chevaliers de Saint-Michel pour Bob Fish detectief en 1982 et le Betty Boop de la meilleure BD de l'année pour Le Cimetière des éléphants en 1984.

Dans un entretien réalisé en 1982 pour PLG Chaland dit : « J'ai appris à dessiner en copiant des dessins de Tillieux, Franquin. Eux m'ont donc été directement "bénéfiques" graphiquement. Pour ce qui est scénario, ambiance, personnage, cadrage, découpage, univers, j'ai copié par-ci par-là dans Jacobs, Hergé, Vandersteen, Tardi, Swarte. » Nous allons donc retrouver dans ses œuvres beaucoup de références. Il ajoute : « ma période historique de prédilection reste de 1936 à 1950 environ. C'est un choix esthétique, notre but à nous n'est pas vraiment la virtuosité, nous voudrions retrouver l'esprit qui animait la BD il y a une trentaine d'années. »
       

L’œuvre

J’ai découvert cette œuvre ainsi que cet auteur aux Rencontres Chaland organisées à Nérac depuis deux ans. Cette rencontre est à l’initiative de madame Chaland et des « amis de Yves Chaland » qui s’associent à la bibliothèque départementale de prêt du Lot-et-Garonne. Ils donnent la possibilité d'échanger avec les artistes (François Avril, Serge Clerc, Ted Benoit...), de visiter des expositions de grande qualité, de participer à des tables rondes, d'assister à un concert...

Le tome 3 des œuvres complètes regroupe sept numéros du  magazine Captivant ainsi qu’une histoire de Bob Fish, Bob Memory et de John Bravo.

Captivant est apparu en 1979 dans la collection « Pied Jaloux » aux éditions Humanoïdes Associés. Il est réalisé par Chaland et Cornillon.

Ils pastichent les bandes dessinée d'aventures et d'humour des années cinquante même si Chaland dit que ce n’est que de la copie conforme. Les numéros paraissaient tous les jeudis et coûtaient 30 francs. Ils étaient particulièrement destinés aux jeunes garçons. Dans ce tome, nous retrouvons les numéros 389, 167, 381, 252, 387, 397 et 403. Ils apparaissent tous, dans l’œuvre, avec leur première de couverture.

Dans le numéro 389, nous retrouvons la pastiche de Madame Bovary où Chaland revisite ce grand classique en quelques pages et rebaptise l’histoire Madame Bovary ou « la fureur de vivre ». Nous pouvons voir que dans le numéro suivant il pastichera Les Misérables de Victor Hugo. De plus, il va aussi pasticher, avec ses célèbres héros (Bob Fish, Lucien…), la naissance de Jésus dans Neige Rouge. Il tourne en dérision ce thème religieux en incluant des objets mais aussi des couleurs et des décors qui font penser à la mort, aux ténèbres.
     
Les numéros 381 et 252 sont des numéros thématiques. Le premier évoque Noël avec l’histoire de Slim Kentucky où un cow-boy ne veut pas tuer un peau rouge parce que c’est la veillée de Noël mais ne se gênera pas pour incendier le camp le lendemain. Dans Le Noël de Lucia, Chaland évoque la pauvreté mais avec un thème humoristique et des personnages très atypiques. Malgré un thème sérieux, nous ne pouvons pas nous empêcher de rire.
 
Le numéro 252 tourne autour du frisson. Nous y trouvons Le chef d’œuvre de Dewsbury ainsi que sa suite avec les enquêteurs Phil et Diogène. Ce qui donne le frisson, en plus de l’histoire, est le dessin. En effet, il n’y a pas de contour noir comme dans toutes les autres histoires. Les dessins ressemblent un peu au graffiti avec des couleurs vives. Dans Les deux vies de Basil Wolverton, le « frisson » naît aussi du dessin, de l’intensité des détails et du contraste noir/blanc.

Le numéro 387 est consacré au héros « Gégène » d’Yves Chaland. Ce petit personnage, ressemblant à Elvis Presley avec un gros nez, est suivi d’un ange et d’un démon. Gégène tombe toujours dans des situations cocasses mais permet à Jacques Franc-jeux, un détective « un peu plus classe », de résoudre ses affaires. Les histoires, les personnages et les décors évoquent les années cinquante.
    
Nous retrouvons aussi, comme dans tout magazine, le coin des lecteurs, de la publicité (mais en rapport avec les parutions, pas comme nos magazines actuels), des jeux avec des lots à gagner, des fiches techniques pour construire par exemple une crèche (dans le numéro 381) et des histoires présentant des énigmes à résoudre (« le coin des petits malins »).

Dans le numéro 397, le tandem Chaland-Cornillon donne aux lecteurs, généralement de jeunes collégiens, des méthodes et des idées pour devenir espions.
    
Les histoires sont soit en couleur, soit en noir et blanc ou parfois en noir et rouge. Le dessin est fin, détaillé et clair. Certaines histoires comme celle de Gégène idole des jeunes ressemblent à des peintures pointillistes avec des couleurs vives.

Malgré la pastiche des années cinquante, nous pouvons aussi trouver des références aux nouvelles technologies (dans Ainsi naquit la cugnomobile), mais aussi le thème des extra-terrestres (dans le numéro 167). Nous trouvons aussi la présence, dans quelques histoires, du racisme. Ainsi, dans Deviens espion, nous pouvons lire comme conseils du scénariste : « après avoir pris l’argent, laisse sur place une pièce de vêtement ou un objet personnel d’un Arabe de ta classe […] plus qu’à le dénoncer. Déjà suspect pour sa race, la culpabilité de l’Arabe sera vite établie. »

En plus des sept numéros de Captivant, nous trouvons aussi dans ce tome une histoire de Bob Fish. Il est apparu en 1981 dans les pages de Métal Hurlant et il est publié aux Humanoïdes Associés. Bob Fish n’est pas un pastiche mais « une œuvre post-moderne qui déconstruit la bande dessinée belge classique pour lui donner les habits neufs de la modernité. »
Bob Fish planche
L’histoire s'intitule Bob Fish avec les frères siamois ! Elle est en noir et rouge.  Le jeune Albert, passionné par les aventures du détective Bob Fish,essaye de résoudre à sa façon les disparitions. Dans cette bande dessinée, les frères siamois (Piet et Toone) ont kidnappé le fils d’un milliardaire. Le jeune Albert essaye à sa façon de résoudre l'énigme de l’enlèvement, parallèlement à Bob Fish. Bob Fish représente le cliché du beau détective avec une jolie femme toujours en petite tenue mais son nom décrédibilise son image.

Dans l’histoire trépidante, nous retrouvons la satire de la religion et du racisme. En effet, le serviteur « boulou-boulou » du milliardaire est noir, et quand Bob Fish lui parle, il le considère comme un idiot. Ainsi, il lui dit : « Moi y en a être Bob Fish, détective privé, negro !»

Dans un entretien réalisé par D. Poncet et F.Blayo, en 1982, Chaland définit le jeune Albert comme « un petit personnage secondaire, un gosse qui, dans mon esprit, était le véritable héros de l'histoire. Bob Fish était le héros standard et classique. Albert devait servir de repoussoir. Le héros devait sortir de la foule, contrairement à la plupart des histoires où on campe le héros dès la première page : noble, loyal, généreux, sauvant la veuve et l'orphelin. Pour moi, les héros, on ne doit pas les voir du premier coup. Au début, Albert aurait été très anecdotique, puis je l'aurais fait monter tout doucement. Grâce à sa cruauté, sa lâcheté, il serait parvenu au statut de héros. »

Dans ce troisième tome, nous trouvons aussi une aventure de Bob Memory. L’histoire est en noir et blanc avec la présence de pointillé. Bob Memory est aussi un détective privé. Il a un frère jumeau et le problème est que son frère jumeau va commettre des meurtres. Bob Memory qui va tenter de les résoudre sera confondu avec son frère et considéré comme un « tueur très dangereux  par la police ».


Enfin, pour en finir avec la composition de cette œuvre, nous trouvons aussi une aventure de John Bravo qui s’intitule John Bravo le justicier dans Ballade pour un banjo et une paire de bottes. Ce western comique est apparu en 1980 dans Astrapi.

chaland john bravo
L’histoire est en couleurs et comparable à celle de Lucky Luke. En revanche, il y a un regard très ironique sur le western. En effet, John (petit, blond, un peu pleureur) est en quête, pendant toute l’histoire, de son banjo et de ses chaussures qui lui ont été volés par des bandits. Pour cela, il va à Chicago, rencontre un trappeur au nord de l’Amérique… Enfin, le mythe du héros, du cow-boy est un peu atteint lorsqu’on voit John se promener durant la moitié de l’histoire en grosses pantoufles rouges.

J’ai trouvé cette œuvre très intéressante par sa multitude de thèmes, d’histoires, de coloris… Nous pouvons voir la présence, dans toute l’œuvre, des caractéristiques de la ligne claire.

Enfin, Chaland disait que les histoires qu’il dessinaitt avaient pour but de distraire la jeunesse en lui inculquant certains principes, de lui faire comprendre qu'il y a certaines valeurs qui ne changeront jamais.

Le mouvement de la ligne claire

Je ne pouvais pas finir cette présentation sans parler du mouvement de la ligne claire.

Hergé, dans Le Monde d'Hergé de B. Peeters, la définit comme ceci : « La Ligne claire, ce n'est pas seulement le dessin, c'est également le scénario et la technique de narration. »

Le terme « ligne claire » est apparu à Rotterdam en 1977 à l'occasion de l'exposition Tintin organisée par le dessinateur Joost Swarte.
 
La ligne claire (Klare lijn en néerlandais) désigne un langage graphique issu d’Hergé et du « style Tintin », mais aussi, un style narratif.

Elle trouve ses racines dans les débuts de la bande dessinée, et nous en retrouvons des éléments chez Christophe (le Sapeur Camember en 1896) ou Pinchon (Bécassine). Mais c'est Alain Saint-Ogan (Zig et Puce) qui influencera le « style hergéen ».

Les principales caractéristiques de la ligne claire sont tout d’abord la netteté, un contour noir systématique, la simplicité des couleurs en aplats, pas d’effets d’ombre et de lumière, le réalisme des décors et la continuité des plans.

De plus, ce n’est pas seulement le dessin mais aussi le scénario, l’état d’esprit. On pourrait y voir l’envie d’un monde net et propre.

Dans les années 1980, Ted Benoît, Serge Clerc, Floc’h et Chaland relanceront le style en France.

Sources

http://users.skynet.be/chmbd/Chaland/Chala020.html

http://plg.ifrance.com/
http://www.yveschaland.com
fr.wikipedia.org



Elodie, 2e année Bib-Med

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Published by Elodie - dans bande dessinée
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commentaires

Geert 16/01/2010 20:44


Bonjour Élodie,

Je suis bien content que le travail de Yves Chaland trouve encore de l'intérêt parmi les jeunes lecteurs ... mais attention Lucien (dans Neige Rouge paru in Métal Hurlant) n'est pas un personnage
de Chaland mais de Frank Margerin (lui même auteur des Humanoides Associés et donc publiant dans MH) d'autre "l'oeuvre" dont vous parlez est en fait une (ou un !!!) intégrale reprenant des albums
publiés à partir de 1979, le premier étant CAPTIVANT ... je ne saurais que trop vous conseiller la lecture des tomes suivants (4 en tout en Intégrales) ... bonne lecture !
chalandrement
Geert


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