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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 07:00

Rencontre à la Machine à Lire le 25/11/2010,

18h30,

avec Zeina Abirached

et les éditions M. Toussaint Louverture

 

 

 

Nous sommes le jeudi 25 Novembre, il est 18h30, la librairie La Machine à Lire se prépare à accueillir l’illustratrice Zeina Abirached ainsi que l’éditeur de la maison béglaise  M. Toussaint Louverture.

C’est Amandine Aigueperse, libraire à  La Machine à Lire, qui dirigera le débat.

Quelques sièges, une table avec les livres de Zeina Abirached et M. Toussaint Louverture et des intervenants sympathiques. L’échange promet d’être intéressant.

Zeina Abirached naît à Beyrouth, au Liban, en 1981. Son enfance est marquée par la guerre civile qu’elle vit comme une normalité. Elle grandit dans une maison située sur « la ligne verte », zone de démarcation qui coupe en deux la ville de Beyrouth pendant de la guerre.

À l’occasion de la sortie du  Livre du chevalier Zifar : livre du chevalier de Dieu (2009) qu’elle a illustré pour les éditions M. Toussaint Louverture, Zeina Abirached revient sur son travail d’illustratrice.

En 2001, alors qu’elle se rend aux Beaux Arts de Beyrouth, elle est contrainte de modifier son trajet habituel à cause de travaux dans une rue. En remontant une des rues qu’elle descend habituellement elle voit un endroit qui durant la guerre était muré par des sacs de sable, condamnant ainsi le passage. Cet événement a priori anodin, lui fait prendre conscience de la réalité de la guerre. Frappée par cette découverte, elle décide d’enquêter auprès des gens de son quartier pour voir si quelqu’un se souvient de l’enlèvement du mur de sacs de sable… Personne ne s’en souvient. C’est le point de départ de son premier livre, Beyrouth-Catharsis, paru en 2006 aux éditions Cambourakis.

Zeina-Abichared-Beyrouth-Catharsis.gif

 

 

 

Beyrouth-Catharsis

Avec ce livre, elle tente de comprendre sa ville et son passé. Durant la guerre, le peuple de Beyrouth était protégé. À la fin de la guerre, les habitants ont eu besoin de se réapproprier une ville complètement modifiée qui pour certains s’étendait uniquement sur la zone verte. Avec la réunion des deux parties de la ville, chacun a été confronté à un nouvel espace. Pour Zeina c’est un nouveau pays qu’elle découvre. Elle évoque même le trouble qui l’envahit en découvrant l’autre partie de la ville, si bien qu’elle a le sentiment de devoir parler anglais et non arabe ou français pour être comprise. Beyrouth-Catharsis entend donc explorer la notion d’espace et son importance pour les Beyrouthois.

 

 

 

 

Zeina-Abirached-38-rue-Youssef-Semaani.gif

38, rue Youssef Semaani

En 2006, elle publie un second livre qui se présente comme une nouvelle exploration du peuple libanais et son devoir de mémoire: 38, rue Youssef Semaani, toujours chez Cambourakis. Cette fois il ne s’agit plus de la ville de Beyrouth mais de la vie d’un immeuble, l’immeuble dans lequel elle a vécu avec sa famille. Le déclencheur du livre se trouve non pas dans la rue mais dans des images INA. Elle découvre un document appelé « Beyrouth 1984, une rue sur la ligne de démarcation » qui filme les gens d’un immeuble. Parmi eux une vieille dame, c’est la grand-mère de Zeina. Pour l’illustratrice c’est un grand étonnement, c’est la première fois qu’elle entend sa grand-mère parler de la guerre : « vous savez, je pense qu’on est quand même peut-être plus ou moins en sécurité ici ». 38, rue Youssef Semaani raconte donc la vie sa famille et des gens de l’immeuble. On y rencontre des personnages hauts en couleur comme Chucri, « l’intendant » de l’immeuble, celui qui fait le lien avec l’extérieur, Anhala, elle, est la nounou et Ernest quant à lui est le conteur officiel du livre. Ernest, ancien professeur de lettres, déclame Cyrano de Bergerac aux autres habitants. En montrant la vie de cet immeuble, Zeina met en scène la convivialité et l’entraide qui régnaient alors. Toutes les familles descendaient chez sa famille parce qu’ils habitaient au premier et que leur entrée, la pièce la plus éloignée des fenêtres, était la plus sûre de tout l’immeuble en cas de bombardement.

38, rue Youssef Semaani est également l’occasion d’explorer encore une fois la notion d’espace mais dans un univers clos. Grâce à un système de rabats qui se déploient pour former une nouvelle planche, Zeina Abirached dote l’immeuble d’une dimension nouvelle.

Ce livre est bien reçu par la famille qui aide l’illustratrice et la soutient dans son long travail de mémoire et d’introspection. Avant le livre, les gens ne parlaient pas de la guerre, explique l’illustratrice, après oui. Pendant la guerre chaque famille s’attachait à un objet symbolique pour éviter de sombrer dans la terreur. D’ailleurs la mère de Zeina faisait tout pour ne pas dire aux enfants la réalité de la guerre. Dans la famille de Zeina c’est une tenture, appelée ghalamkar. La tenture représente la scène de l’Ancien Testament « Moïse devant Pharaon » (Exode [7, 1-13]) au cours de laquelle Moïse, devant Pharaon et la cour d’Égypte, jette son bâton qui se transforme alors en serpent. Cette tenture est imprimée par tampons, elle fonctionne donc sur un principe de répétition des motifs. C’est notamment un des pocédés utilisés par Zeina pour ses illustrations.

 

Zeina-Abirached-Chevalier-Zifar.gif

 

 

 

Le livre du chevalier Zifar : livre du chevalier de Dieu

Cette histoire catalane, date du XIVe siècle. Pour les éditions M. Toussaint Louverture, Zeina Abirached illustre l’ouvrage.

C’est l’histoire du chevalier Zifar et sa famille. Le chevalier Zifar est un homme preux et un valeureux guerrier. Un jour, il est frappé par un malédiction : son cheval ne vivra que dix jours et il en sera ainsi pour chacun des chevaux qu’il possédera. Ce coup du sort va gâcher sa vie et le mener à l’exode. On retrouve ici les thèmes de l’errance et de la fuite, également présents dans les ouvrages de Zeina Abirached.

Ce projet se présente pour Zeina comme une respiration hors de ses recherches sur Beyrouth. Sa démarche pour illustrer Le livre du chevalier Zifar est moins naturelle, elle doit sans cesse vérifier si ses illustrations s’adaptent bien au texte et le traduisent bien. Pour ses propres livres les illustrations et le texte font corps et sont instinctifs. Elle voit les illustrations comme des prolongements de sa pensée, elle n’a pas d’effort à faire pour mettre en images et en paroles ses sentiments.

 

 

Zeina-Abirached-Le-Jeu-des-hirondelles.gif

 

Le jeu des hirondelles et Je me souviens

 

 

 

Ces deux livres sont inscrits eux aussi dans une perspective de rétrospection et d’urgence (elle crée Je me souviens en 40 jours). Elle tente de se confronter au Beyrouth mythique des années 60, celui de ses grands-parents. C’est son grand-père, accordeur de piano, qui est le personnage central de cet autre Beyrouth. Pour illustrer cette ville qu’elle n’a pas vécue, elle se base sur des photos.Zeina-Abirached-Je-me-souviens.gif

 

 

 

Les livres de Zeina Abirached sont distribués au Liban en français et dans les librairies françaises. Il n’existe à ce jour pas de version arabe. Un des raison est l’absence, dans la culture arabe, de structure éditoriale pour la bande dessinée. La BD n’est pas un format du Moyen Orient. À Beyrouth, la presse se montre très enthousiaste quant aux livres de Zeina Abirached, mais elle a malgré tout besoin d’expliquer sa démarche. Les Libanais ne sont pas habitués à son type de travail : roman graphique, noir et blanc.

 

 

 

 

 

 

Alice, AS Éd.-Lib.

 

 

 

Site Monsieur Toussaint Louverture




Monsieur TOUSSAINT LOUVERTURE sur LITTEXPRESS

 


chevaler Zifar



Articles d'Aline et de Yohann sur le Livre du chevalier Zifar

 

 

 

 



ACOT-MIRANDE-TEMPS-GELE.jpg




Article de Pierric sur Temps gelé de Thierry Acot-Mirande



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Published by Alice - dans Entretiens
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