Samedi 22 novembre 2008











Cormac MCCARTHY
La Route (The Road)

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch.
Éditions de l’Olivier, 2008.



















Une catastrophe planétaire s’est produite. On retrouve un père et son fils rescapés, marchant sur la route en direction du Sud espérant trouver un climat plus doux.

Leurs prénoms ? On ne les saura pas. Les mots : « papa » « l’homme » « l’enfant » « le petit » seront les seuls termes pour les désigner. Que s’est-il vraiment passé sur terre ? On ne le saura pas non plus. Quand l’apocalypse a-t-elle eu lieu ? Il y a 8 ans au moins, peut-être plus. Quelle importance après tout, l’auteur ne cherche pas à décrire une tragédie mais le lien qui unit un père et son fils dans pareille situation et les sinistres pensées qui hantent leurs cauchemars, leurs existences.

L’auteur nous projette dans un monde dévasté, où seules les ruines et quelques être humains subsistent, dans lequel la vie a été remplacée par la survie et où la notion d’agréable a disparu pour laisser place à celle de peur.

Le roman est rythmé par la recherche constante de nourriture, d’un abri et de lutte contre le froid des deux protagonistes. La redondance des événements est entrecoupée de temps en temps par la confrontation avec d’autres être humains. Ces derniers semblent vidés de leur humanité et invariablement perçus comme le mal par le père, tandis que l’enfant espère rencontrer « des gentils » qu’il faut aider.

L’homme veut couper court à toute entraide avec les personnes rencontrées, l’égoïsme est le seul mot d’ordre dans un monde détruit où ce que l’on possède est avidement convoité. Pourtant sa relation avec son fils est faite de générosité, d’altruisme. L’homme ne vit que pour son fils, développant une protection paternelle exagérée se traduisant par un dévouement perpétuel. Il le considère même comme « la parole de Dieu ».

Les rares dialogues sont brefs, concis et souvent ils concrétisent la peur, l’approche de la mort. La notion de mort est omniprésente dans ce roman, à tel point qu’elle finit par constituer l’environnement, comme une menace constante qui ne se compte qu’en semaines, en jours, en heures. L’enfant est d’une lucidité effrayante à ce propos, demandant régulièrement à son père s’ils vont mourir bientôt, parfois même, souhaitant mourir.

Le style d’écriture épuré de l’auteur renforce l’impression d’un monde proche du néant. Les dialogues sont également épurés autant dans le contenu que dans la forme. L’auteur n’indique pas qui parle, il faut le comprendre. L’absence de tirets est également surprenante.

 On ne peut s’empêcher en refermant ce livre de se sentir soulagé de pouvoir échapper à cet univers angoissant. D’autant plus angoissant quand la société dans laquelle on vit nous rappelle sans cesse qu’une catastrophe écologique nous guette. Le roman de Cormac McCarthy sonne alors comme une sombre prédiction. C’est donc un réel plaisir de refermer ce livre et de réaliser qu’on a le ventre plein, peut-être même un peu trop, qu’il fait chaud et que l’on va s’endormir dans un lit douillet !

 
«Au bout d’un moment il se tourna et regarda l’homme. (…)
 Est-ce qu’on va mourir ?
Un jour. Pas maintenant.
Et on va toujours vers le sud.
Oui.
Pour avoir chaud.
Oui.
D’accord.
D’accord pour quoi ?
Pour rien. Juste d’accord.
Dors maintenant.
D’accord.
Je vais souffler la lampe. D’accord ?
Oui. D’accord.
(…)
Tu ferais quoi si je mourrais ?
Si tu mourais je voudrais mourir aussi. »

The Road a reçu le James Tait Black Memorial Prize et le Prix Pulitzer en 2007.


Marion Philippeau, 1ère année Édition-Librairie

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Vendredi 21 novembre 2008





Erri DE LUCA,

Montedidio
Traduit de l’italien par Danièle VALIN
Gallimard, collection Folio, 2002
Publication originale par
Feltrinelli Editore, Milan























Erri de Luca est né à Naples en 1950. Ouvrier, écrivain, poète et traducteur, il a remporté le prix Femina  «étranger » en 2002 pour le roman Montedidio.

Italie, années 1950, quartier populaire de Naples appelé  Montedidio qui signifie Montagne de Dieu.

Le narrateur, un jeune garçon de treize ans, raconte son quotidien dans un cahier et fait vivre au lecteur son passage de l’enfance à l’âge adulte : les transformations de son corps, la découverte de l’amour grâce à Maria, sa voisine à peine plus âgée que lui, ainsi que la fin de l’école, la découverte du travail en tant qu’apprenti dans une menuiserie et la satisfaction procurée par l’argent qu’il ramène à ses parents.

Il passe ses soirées sur la plus haute terrasse de Montedidio à s’entraîner au lancer du «bumeràn» (boomerang) que son père lui a offert. Il s’entraîne, développe ses muscles, son acuité visuelle et change sa vision du monde. Il ne le lancera qu’une seule fois au-dessus des rues trop étroites de ce quartier de Naples.

Il doit apprendre à se débrouiller car sa mère a des soucis de santé et son père partage son temps entre son épouse et son travail de docker. Il ne se retrouve pas seul pour autant. Le jeune garçon travaille pour Mast’Errico, un menuisier qui a chassé les Allemands de Naples durant la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci héberge dans son atelier Rafaniello, un cordonnier bossu. Rafaniello est arrivé à Naples alors qu’il tentait de se rendre à Jérusalem. Homme peu loquace mais d’une grande générosité, il passe ses journées à réparer les chaussures des plus démunis de Naples. Il attend le moment où sa bosse se déchirera pour déployer les ailes qu’il croit y cacher. Elles lui permettront de s’envoler enfin vers Jérusalem. Une amitié naît entre le narrateur et le juif bossu.

Erri de Luca nous offre un voyage à Naples et nous livre une des multiples facettes de cette ville extraordinaire. D’une écriture simple où se mêlent l’italien et le napolitain, il donne vie à des personnages forts que le quotidien n’épargne pas. Le style est empreint d’une grande poésie et tous les sens sont requis pour cette lecture : on voit Naples, on la sent, on l’entend. J’ai la chance d’avoir pu découvrir Montedidio en italien et plus tard en français : il est encore plus appréciable de le lire en version originale. On saisit toute l’importance de la différence entre l’italien et le dialecte  napolitain. Tous les sentiments ne peuvent se décrire ou n’ont pas la même force en italien. Le napolitain décrit mieux la vie.

L’histoire simple d’un garçon qui devient adulte par la force des événements et des personnes qu’il rencontre. Ce roman que j’ai découvert il y a trois ans en italien est un petit chef-d’œuvre de poésie, une hymne à la vie ! Trois ans après, le résultat de cette découverte du  roman en français est positif : Montedidio se classe toujours dans mon top 5 des meilleurs lectures !

« J’écris en italien parce qu’il est muet et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain. »

« Il n’y a pas que du bon dans la croissance du corps, la découverte des choses nouvelles que j’apprends à faire. Le mauvais grandit aussi en même temps. »

« Com’è importante stare a due, maschio e femmina, per questa città. Chi sta solo è meno di uno. »
 (« Comme c’est important d’être deux, homme et femme, dans cette ville. Celui qui est seul est moins qu’un. »)


Julie LACLAUTRE, 1ère année éd-lib


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Mercredi 19 novembre 2008
Marie et Marie :
deux points de vue sur La peur qui rôde






Howard Phillips LOVECRAFT
La p
eur qui rôde
Traduit de l’américain par Yves Rivière
Editions Gallimard,
1961
Folio 2€, 2005






















1. Article de Marie C.

Mais qui est H.P Lovecraft ?


Il est né le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island, USA) et est mort au même endroit le 15 mars 1937.

Il est l’auteur d’une soixantaine de nouvelles, d’un roman et de poèmes. Dans son œuvre, il a imaginé tout un monde de créatures, de dieux et de lieux étranges, réunis sous l’appellation du “mythe de Cthulhu”, terme inventé  par August Derleth après sa mort.

Mais pour mieux comprendre l’œuvre il faut comprendre l’homme : en effet, Lovecraft était une personne qui avait beaucoup de mal avec les rapports humains, ce qui faisait de lui quelqu’un de profondément solitaire et qui travaillait beaucoup. Il ne cachait pas non plus ses opinons xénophobes et racistes dans ses premiers écrits, mais a beaucoup modéré ses opinions à la fin de sa carrière, allant même jusqu’à répudier certains ouvrages.

Il n’a jamais vécu de sa plume mais il doit la renommée qu’il a aujourd’hui à deux de ses amis écrivains, August Derleth et Donald Wandrei (rencontrés au magazine Weird Tales), qui ont crée la maison d’édition Arkham House (du nom d’une ville imaginée par Lovecraft)  pour diffuser son œuvre.

Lovecraft nous laisse donc des écrits comme L’appel de Cthulhu, L’affaire Charles Dexter Ward  et Je suis d’ailleurs, dont sont tirées les trois nouvelles de ce mini-recueil.




Les trois nouvelles… en résumé

La peur qui rôde

Un homme se rend dans un village ou se trouve une maison abandonnée, que l'on dit maudite. En effet, aux dires des rares villageois restés et des montagnards, la maison du Mont des tempêtes (car il s’abattrait plus d’orages sur cette colline que partout ailleurs) abriterait un gigantesque démon qui à la nuit tombée s’empare des voyageurs solitaires et les emporte, ou les laisse “affreusement déchiquetés et rongés”. Pour percer ce mystère, il s’intéresse de plus près à la famille qui habitait jadis la maison, les Martense. Il finit ainsi par découvrir le secret de cette famille et de la chose qu’elle abrite…

La tourbière hantée

Un homme est invité par un très bon ami, Dennis Barry, à venir dans son château en Irlande, qu’il a racheté et rénové. Cette demande fait suite au départ précipité des paysans, ouvriers et domestiques du château. Il lui révèle à son arrivée que c’est parce qu’il veut assécher la tourbière, mais qu’une antique légende veut qu’un esprit protecteur maudirait quiconque y toucherait. Malgré les visions horrifiques qui assaillent nos deux protagonistes dans leurs rêves, Dennis en fait fi et commence les travaux. Son ami va alors voir de ses yeux que la légende disait vrai.

La maison maudite

Dans la ville de Providence, Edgar Poe (une des grandes influences de Lovecraft), en allant faire la cour à une poétesse, passait devant une maison dont il n’avait, ironie du sort, pas remarqué la particularité. C’est donc le narrateur qui se charge de nous conter en quoi cette maison est si spéciale. Apparemment, un grand nombre de personnes y seraient mortes avant qu’elle finisse abandonnée. Avec l’aide de son oncle, Elihu Whipple, il décide de mener plus avant leurs investigations sur cette maison, en particulier sur les anciens locataires et sur la cave, dont une odeur particulièrement fétide se dégage. Ce qu’ils vont y trouver dépasse leur entendement…

Entre réalisme et fantastique

Ces trois nouvelles ont des caractéristiques communes, ce qui ne doit pas être étranger au fait qu’elles soient dans le même recueil de cette collection, qui, rappelons-le, sert à faire découvrir un auteur par des extraits de recueil.

Tout d’abord nous distinguons deux éléments qui font que ces nouvelles sont ancrées dans une réalité plausible :


 Le narrateur

Il est assimilé à l’auteur, ce qui donne l’effet que ces histoires semblent des souvenirs vécus par Lovecraft lui-même.

Le narrateur est toujours un être rationnel : il procède de manière sensée, voire scientifique, pour vérifier les dires des individus qu’il rencontre. En témoigne le fait qu’il débute à chaque fois son “enquête” en étudiant l’histoire du lieu et des personnes liées à ce lieu, il retourne plusieurs fois dans le lieu de jour, de nuit et élabore un plan. Il ne va pas “à l’aventure” voir directement de quoi il retourne.

Même la curiosité qui pousse le personnage principal à se confronter à ce qui dépasse son imagination pourrait être celle d’un scientifique ou d’un détective.

 Le cadre géographique

Que ce soit le paysage montagneux des Catskills (La peur qui rôde), la lande irlandaise (La tourbière hantée) ou la ville de Providence (La maison maudite), le cadre géographique est à chaque fois réel, ce qui contribue d’autant plus à donner au récit un aspect plausible.

Mais ce qui pourrait n’être qu’une banale enquête autour de vieilles légendes fait basculer ces trois nouvelles dans le fantastique par deux éléments :


 L’atmosphère

En particulier celles des lieux principaux, est rendue pesante, à la limite du surnaturel, par des jeux d’ombre et de lumière, de brume, de couleur du ciel, et ceci  seulement à la nuit tombée car le jour, ces lieux ne sont effrayants que pour celui qui connaît leur histoire. Rien n’est trop étrange pour faire en sorte que le lecteur ne se sente pas en sécurité.

 La créature

Il est très difficile pour le lecteur de s’imaginer la physionomie de la créature que chaque personnage affronte dans chaque nouvelle, étant donné que les personnages eux-mêmes manquent de mots pour la décrire. Néanmoins, des adjectifs tels que “dégoûtante”, “indicible”,  “monstrueux”,  “démoniaque” sont employés pour désigner la créature, qui revêt des formes variées, souvent indéfinissables.

Quand bien même on trouve les écrits de Lovecraft trop étranges, voire malsains, on ne peut nier l’héritage littéraire qu’il a laissé derrière lui. D’ailleurs, son univers ausso original que foisonnant (à l’instar d’un Tolkien) a dépassé le cadre du livre pour être adapté au cinéma,  ainsi qu’en jeu de rôle sur support papier, où il a trouvé un second souffle et une assurance que son œuvre, ainsi que la mythologie qu’il a créée, perdureront encore longtemps dans les mémoires.


Marie C., 1ère année Bibliothèques-Médiathèques


2. Article de Marie B.





On ne peut pas s’intéresser à une nouvelle de Lovecraft en particulier sans s’intéresser à l’auteur lui-même et à son œuvre.

H.P. Lovecraft est né en 1890 et mort en 1937. Il est reconnu comme l’un des grands maîtres de la littérature d’épouvante, bien qu’il n’ait connu le succès qu’à titre posthume.

L’écrivain est un homme solitaire, qui se réfugie dès l’enfance dans les livres et l’écriture. Mais surtout, il est rongé par un profond mal-être, tourmenté toute sa vie durant par le déclin, la chute, la dégénérescence. Ses écrits sont directement inspirés de ses cauchemars qu’il note dès son réveil. Ainsi, lorsque l’on se penche de plus près sur l’œuvre de Lovecraft, on découvre une récurrence dans les textes, avec une obsession particulière pour la démence, et une peur effroyable du monde maritime et de ses abysses, mais également une mythologie très complexe de dieux extra-terrestres, avec ses abominations, ses cultes… Cette cosmogonie sera plus tard surnommé « mythe de Cthulhu » (Cthulhu étant l’une de ces divinités) et inspirera bien d’autres écrivains, mais aussi des illustrateurs, réalisateurs, créateurs de jeux de rôles…
 
Il est donc important de noter que chaque nouvelle s’inscrit, de près ou de loin, dans ce monde, cet univers propre peuplé d’entités immondes et doté d’une atmosphère toujours inquiétante. Lovecraft joue d’ailleurs plus sur l’ambiance que sur les monstres eux-même, et il est assez rare de trouver des descriptions détaillées de créatures. C’est la présence qui effraie plus que la bête.

Le recueil La peur qui rôde regroupe donc trois nouvelles, "La peur qui rôde", "La maison maudite" et "La tourbière hantée". Comme la plupart du temps dans les nouvelles de Lovecraft, le narrateur parle à la première personne, et il tient le rôle d’investigateur dans une histoire étrange et sombre. Ici, un  journaliste enquête sur une légende qui terrifie les paysans d’une région reculée suite à un accident survenu un soir d’orage et dont la cause est inconnue ; là, un homme cherche à déterrer un secret ignoble enfoui au cœur d’une maison depuis plusieurs générations. Dans les deux premières nouvelles, l'horreur provient d’une malédiction survenue dans une famille et qui se propage par le sang, au gré de naissances dont l’origine n’est pas toujours très claire, traversant ainsi le temps jusqu’à être oubliée, ne laissant pour seule trace qu’une créature abominable qui massacre – par la dévastation ou par la maladie - et terrifie. Dans La tourbière hantée, c’est le lieu qui est source d’effroi. Le marécage abrite en effet un lieu occulte, l’antre de créatures et d’esprits antiques appartenant à l’un ou l’autre dieu. Le recueil semble donc rassembler tous les éléments propices à un bon petit moment de frisson.

Et pourtant, en grande admiratrice de Lovecraft, je ne peux que déconseiller cet ouvrage. A vrai dire, il est même assez décevant. Il est agréable à lire, recèle de bonnes intrigues mais…
 
Il est évident que dans l’œuvre d’un écrivain, il y a du bon et du moins bon. Mais pourquoi avoir choisi le moins bon pour construire un recueil en Folio 2€, donc un livre qui sera acheté par des gens qui passaient par là et qui ne connaissent pas forcément Lovecraft ? S’il y a quelques textes que je peux conseiller, ce sera La couleur tombée du ciel, Je suis d’ailleurs, Celui qui chuchotait dans les ténèbres, L’Abomination de Dunwich. Les trois nouvelles du recueil ne sont pas du tout représentatives du talent de l’auteur, de sa force d’écriture qui plonge le lecteur dans ses peurs les plus profondes. Les textes me semblent trop bruts, ils manquent cruellement de sous-entendus, de simples allusions comme l’auteur les manie si bien. Tout est trop bien exprimé, et cela casse presque le mystère. Car comme Lovecraft le dit dans une de ses lettres, « la peur est l’émotion humaine la plus ancienne et la plus forte, et la peur la plus forte est celle de l’inconnu ».
Un recueil que l’on peut lire donc, mais qui n’est que l’écorce d’une oeuvre magistrale.




Marie Basile, 1ère année Edition-Librairie
par Marie et Marie publié dans : fiches de lecture 1A
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Mardi 18 novembre 2008






Shaun TAN,
Là où vont nos pères

Dargaud, collection Long courrier, 2007
Prix 2008 du meilleur album
du festival de la bande dessinée d’Angoulême.























Shaun TAN est un scénariste, dessinateur et coloriste australien, né en 1974. Très jeune déjà, il est connu à l’école comme étant bon dessinateur. Il entre ensuite à l’Université Western Australia d’où il sort diplômé avec mention en Beaux–Arts et en littérature anglaise.

Aujourd’hui, il travaille en tant qu’artiste et auteur, se consacrant surtout aux livres illustrés pour la jeunesse. Il a reçu de nombreux prix pour ses ouvrages tels que celui de Meilleur aux World Fantasy Award de Montréal en 2001 ou encore le prix CBAC (Children’s Book Council of Australia).



C’est une invitation à suivre le voyage de ce père de famille. Mais c’est un voyage particulier qu’il entreprend, celui de l’émigration. Il fait le choix de tout quitter, famille, femme, enfant, maison, patrie pour un pays inconnu que l’on imagine plus beau, plus merveilleux, comme un symbole du jardin d’Eden ici-bas. Suivre ce rêve souvent…illusoire. Une fois arrivé à destination, c’est comme si on renaissait une seconde fois, il faut repartir à la découverte de ce nouveau monde, s’y fondre pour y survivre malgré la solitude, les divers obstacles qui se dressent contre vous.

A travers cet ouvrage, l’auteur traite le thème de l’immigration, qui est toujours d’actualité, sous une forme métaphorique quoique très proche de la réalité. En découle une histoire muette laissant ainsi la parole à chaque personne ayant vécu une expérience semblable et qui voudrait en raconter un bout.
               
Mathilde, 1ère année Bibliothèques-Médiathèques

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Lundi 17 novembre 2008




Yasmina KHADRA
L’attentat

Julliard, 2005
rééd. Pocket 2006




























« Comment a-t-elle fini putain la ville indéfectible où le droit fleurissait.
La justice va loger à l’enseigne des assassins.
Mon peuple mis au pas par les deboussolés qui brouillent le sens de mon trajet. »

Torah, Isaïe, 1, 11
L´attentat, p. 233


                                   



Tel Aviv. Une déflagration retentit. Un attentat suicide vient d’être perpétré. Dans un hôpital la cellule de crise est déployée afin d’accueillir les premiers blessés. Les attentats sont fréquents dans cette region mais, humainement, cela reste difficilement surmontable. Toute la journée, Amine, chirurgien naturalisé israëlien d’origine palestinienne, s’affaire pour remédier aux souffrances des victimes. Harassé, dépité, il finit par rentrer chez lui pour essayer de trouver le repos. Il reçoit alors un appel lui intimant de revenir à l’hôpital. Sans en comprendre la raison, il s´éxécute. Sur place, la police l’implique en lui demandant d’identifier le corps avéré être celui du kamikaze. Amine s’effondre : il s’agit de Sihem, sa propre femme.

Amine « ne reconnaît plus le monde où il vit ». Pourquoi Sahed avec qui il pensait partager un idéal pacifiste, humaniste, a-t-elle un jour décidé de commettre un tel acte. Aveuglé par ce qu’il croyait être une réussite sociale et sentimentale, le chirurgien a perdu de vue la réalité. Il devra faire preuve d’empathie et mener une véritable (en)quête sur les traces de sa femme afin d’élucider les raisons qui ont pu engendrer son geste. Cette recherche lui permettra d’ouvrir les yeux sur la condition de son peuple d’origine, (re)découvrir un peuple sans patrie, humilié et acculé.

« Il n’y a pas de bonheur sans dignité... et aucun rêve n’est possible sans liberté »

En véritable conteur, Yasmina Khadra nous permet une fois de plus, de nous projeter dans une région au contexte explosif. Cette fois, l’action se déroule en terre israëlo-palestinienne où se tient un conflit entre deux peuples, deux cultures, un conflit dont les stéréotypes ont voilé la réalité.

A travers L’attentat, Yasmina Khadra nous offre un roman puissant comme une bombe, entre drame et thriller à l’ambiance suffocante servie par une plume nerveuse. Amine, son personnage principal évolue entre racisme, terreur, explosions et sirènes. Si son cheminement, sa quête nous amène à percevoir la détresse du peuple palestinien, Yasmina Khadra ne prend pas parti pour autant. Bien au contraire, ce livre nous permet d’avoir un regard plus objectif sur ce conflit. Aux cruautés que subissent les Palestiniens - à travers la spoliation de leurs terres et les sévices commis par l’armée israëlienne -, l’auteur confronte le quotidien israëlien -l’atrocité des attentas suicides et le sentiment de terreur qu’ils suscitent -. Perpétuelles violences à l’origine de toutes les horreurs, des montées extrémistes, du racisme et de la terreur ambiante. Entre haine et compassion, incompréhension et indulgence,  l´auteur nous dépeint un monde et sa dualité où la complexité du conflit est toujours mise en exergue.

A l’inverse de ce que l’on peut constater dans son dernier livre Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra ne se contente pas de pointer les problèmes, de nous donner une vision edulcorée d’un conflit pourtant sanglant. Au contraire, avec L’attentat, il plonge le lecteur dans la triste réalité, sans complaisance, au risque (ou ayant la volonté) de le choquer. Malgré l’ambiance oppressante qui se dégage de ce conflit, le personnage principal incarne un idéal pacifiste . son parcours lui permettra ainsi qu’à nous, lecteurs, de nous confronter à deux réalités, deux peuples. Si cela permet de les comprendre, cela n’excusera en rien l’atrocité de leurs actes.

Comme le fait Heminguay dans son roman Pour qui sonne le glas en évoquant la guerre civile espagnole, Yasmina Khadra se place intelligemment au dessus des revendications partisanes, qu’elles soient religieuses ou politiques pour ne prêcher que l’humanisme.


Benjamin Fricard,   1ère année Edition-Librairie


par Benjamin publié dans : fiches de lecture 1A
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Dimanche 16 novembre 2008





Stephen CLARKE

God save la France
titre original A year in the Merde.
traduit de l’anglais par Léon Mercadet
éditions du Nil, 2005


















Quelques mots sur l’auteur

Stephen Clarke est un journaliste britannique, né en 1958. Après avoir vécu dix ans en France, il décide d’écrire ce livre, comme « guide de survie » destiné à ses compatriotes. Au départ, il s’est chargé de diffuser le premier tirage à deux cents exemplaires par son propre site internet, mais très vite il devient un véritable best-seller en Angleterre et en France et de nouveaux tirages sont alors effectués.


Quelques mots sur l’histoire


Paul West est un jeune cadre britannique qui débarque à Paris pour lancer une chaîne de cafés, il découvre la vie d’entreprise française, les grèves successives, les joies de l’immobilier dans la capitale et bien sûr la vie de couple avec une Française. Au travers de ses descriptions hilarantes du monde parisien, avec notamment ces promenades inoubliables dans les rues semées de déjections canines… d’ailleurs je ne peux m’empêcher de vous citer un passage dans lequel Paul discute avec son égérie française de ces problèmes avec la propreté des trottoirs parisiens;:                                    


  « Près du Moulin Rouge, je m’arrangeai naturellement pour piétiner un étron canin tout sec qui évoquait du cacao vénéneux. La chose était tapie au pied d’un arbre, et me contraignit à une interprétation personnelle du french cancan avec un tronc pour en débarrasser ma semelle. Comme un crétin, j’avais ce jour-là mis des pompes élégantes à la place des nord-coréennes.[...]Devant des jus d’oranges pressées, des figues fraîches et des œufs pochés au saumon, elle m’encouragea à parler de mon handicap, et je pus tester me théorie selon laquelle il s’agissait d’un état psychique que les pavés de Paris avaient éveillé.
- C‘est une sorte de dyslexie. Tu connais la dyslexie ?
- Oui, oui, dit Alexa en hochant la tête tout en pelant sa figue bien mûre dans une image d’un symbolisme.douloureux;
- Eh bien, je suis un peu dyslexique. Ou daltonien. Il y a des gens qui oublient le sens des mots, d’autres qui ne voient pas les couleurs. Moi je ne vois pas les crottes de chien. Je suis merdlexique.»


Mon avis  
        

Ce livre est un éternel sourire dû à la rencontre des cultures anglaise et française. Dès le titre on a un mélange entre vocabulaire français et anglais. God save la France pour le titre français ou bien A year in the merde. Et l’auteur ne cesse de jouer sur cet assortiment de jeux de mots, tout en exagérant ses expériences. Son registre d’écriture est plutôt cru mais il rend les situations si comiques qu’on ne peut que s'en amuser, c’est d’ailleurs un livre devant lequel il peut nous arriver de rire seul au milieu des autres. Cependant il reste à mon avis un outil de culture intéressant. Tout comme Peter Mayle l’avait fait en 1989 avec A year in Provence, Stephen Clarke dresse à son tour notre portrait et on ne peut le prendre qu’avec humour. On retrouve également le stéréotype anglais au travers duquel on peut voir aussi une certaine caricature ; on peut ainsi comparer  et apprendre sur notre culture mais surtout sur celle d’outre-manche, un livre que je vous conseille en français et surtout en  version originale, à ne pas manquer si vous voulez vous détendre un peu…

Morgane, 1ère année Bibliothèques
par motgane publié dans : fiches de lecture 1A
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Dimanche 16 novembre 2008




SEPULVEDA Luis,
Journal d’un tueur Sentimental

traduit de l’espagnol (Chili)
par Jeanne Peyras (83 pages).
Editions Métailié, Paris, 1998
































« La journée avait mal commencé, ce n’est pas que je sois superstitieux mais je crois qu’il y a des jours comme ça où il vaut mieux ne pas accepter de contrat, même contre un chèque à six zéros, net d’impôts. » Un professionnel accomplit les contrats sans se poser de questions et ne mêle jamais sa vie privée à son travail. Mais, quelle va être sa réaction quand sa belle Française le laisse tomber ? Avec le Journal d’un tueur sentimental, Luis Sepulveda nous livre les tourments d’un homme tiraillé entre l’exécution d’un contrat pour le moins insaisissable et son amour, proscrit par la réalité de son travail. Six journées de vie et de lutte étourdissantes.


Hortense, 2ème année Ed.-Lib.
par Hortense publié dans : fiches de lecture 1A
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Dimanche 16 novembre 2008













Brady UDALL
Lâchons les chiens

Letting Loose the Hounds
Traduit de l’américain par Michel LEDERER
Edition Albin Michel, 1998
Collection 10/18
248 pages













Brady UDALL est l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lâchons les chiens. Il est né en Arizona en 1971 et exerce le métier de professeur de littérature dans une université du Middle West. Il s’agit là de son premier ouvrage qui fut suivi d’un roman intitulé Le destin miraculeux d’Edgar Mint qui connut un grand succès et propulsa l’auteur au rang d’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. Le recueil contient 11 nouvelles de tailles différentes : la plus petite est « La perruque » et fait deux pages et la plus grande est « Buckey le Mormon » et fait 36 pages.

Le style de Brady UDALL  est souvent comparé à celui de Raymond CARVER. En effet, comme lui, il s’attache à décrire des bouts de vies ordinaires d’habitants de petites villes des Etats-Unis. Il parle de villes situées en Utah comme Cedar City, en Arizona comme Vernon qui est d’ailleurs le personnage principal de la nouvelle « Vernon ». Dans celle-ci, les protagonistes se trouvent déchirés entre l’envie de partir ailleurs et la peur de l’inconnu, ils sont viscéralement attachés à leur ville.

Une autre particularité de ces nouvelles est l’omniprésence des hommes, les femmes étant soit parties comme dans « Lâchons les chiens » soit décédées comme dans « La perruque »ou « Le serpent ». Dans « Basket à la casse » deux femmes tiennent un rôle plus important, en effet, elles sont au centre des préoccupations du personnage masculin, l’une occupant ses pensées, l’autre son appartement. D’ailleurs, l’histoire se termine sur le choix qu’il devra faire entre ces deux femmes.

Tout ce recueil tourne autour des relations entre les personnages : on passe de l’amitié à l’amour,  à la séparation, au décès ou encore à la découverte des uns et des autres.

Le thème de décès est abordé dans « Le serpent » où trois hommes ayant chacun perdu leur épouse trouvent du réconfort dans le partage de leur souffrance, personnalisée sous l’apparence d’un serpent dont la mort violente à la fin du récit peut symboliser la renaissance des personnages.

La découverte des autres est illustrée dans « Le contraire de la solitude » où un jeune homme s’occupe de trois personnes marginales. Sa meilleure amie ayant peur d’eux apprend au fil du texte à les voir au-delà de leur différence et se surprend à les aimer.

« La ballade du boulet et de la chaîne »

Un homme sombre dans la dépression après avoir provoqué accidentellement la mort de son meilleur en lui attachant un boulet au pied, l’empêchant de sortir de sa voiture tombée dans un lac suite à l’enterrement de vie de garçon de ce dernier.


Cette nouvelle regroupe les caractéristiques de l’écriture de Brady UDALL, en effet elle raconte un bout de vie d’habitants de l’Utah. Cette histoire, même si on ne peut pas dire qu’elle soit ordinaire, pourrait être vécue par tout citoyen de toute ville, de toute région et de tout pays. C’est un des récits les plus tragiques du recueil car il met en scène la culpabilité d’un homme face à la mort de son meilleur ami dont il se sent responsable. Le plus terrible est qu’au fil du texte on comprend que pour lui la meilleure manière de se défaire de ce sentiment serait de mourir dans des souffrances similaires ou même pires que celle de son camarade.

L’écriture fluide de l’auteur, caractérisant chaque nouvelle, permet au lecteur d’entrer directement dans l’histoire. Elle lui permet de s’attacher aux personnages et même de s’dentifier à eux. On se surprend parfois à vouloir leur donner des conseils, tantôt on aime la compagne du personnage principal parce qu’elle cherche à tout prix à l’aider puis on la juge parce qu’elle l’abandonne et pour finir on s’interroge soi-même sur la manière dont on aurait réagi si on avait été dans la même situation. L’insertion dans le récit de la rencontre amoureuse des deux personnages rend encore plus réelle et tragique cette histoire car elle souligne leur bonheur perdu.

On peut remarquer que la majorité de l’histoire se déroule dans la maison des personnages comme s’ils étaient prisonniers du lieu dans lequel leur malheur avait commencé, d’où le sentiment de liberté envahissant la jeune femme lorsqu’elle quitte son compagnon et ainsi la maison.

Lorsque l’on donne à lire cette nouvelle à diverses personnes, on se rend compte qu’il leur faut quelques minutes de réflexion avant de pouvoir décrire leurs sentiments. Puis le sentiment général est l’impuissance face à la souffrance d’un homme. Ce qui les marque également c’est l’incapacité de chaque intervenant à trouver une solution pour sortir le personnage de sa souffrance ou encore la manière qu’a l’auteur de traiter le tragique de façon comique comme par exemple les circonstances de la mort du meilleur ami.

En conclusion, on constate que l’on peut ne pas aimer la manière dont les histoires sont écrites ou au contraire être touché par les souffrances et les joies des personnages mais dans tous les cas, les nouvelles de Brady UDALL ne laissent personne indifférent.


Nadège GALLERAND, Aurélie GIROS, 1ère année bib/méd
par Nadège et Aurélie publié dans : fiches de lecture 1A
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Dimanche 16 novembre 2008



Fredric Brown
La Nuit du Jabberwock

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par France-Marie Watkins
Editions Rivages/Noir, 2007.



















La Nuit du Jabberwock m’a permis de pénétrer dans l’univers des polars qui jusque là ne me plaisait guère. Mais cette œuvre n’est pas juste un polar, c’est une intrigue quasi fantastique qui nous plonge dans l’univers complètement fou de Lewis Caroll, auteur d’Alice au pays des merveilles et d’ Alice à travers le miroir.          

                                                                                                                                                     


Comme Alice fut bouleversée l’espace d’un rêve par l’arrivée d’un lapin blanc, Doc Stoeger, personnage principal de l’histoire, est bouleversé durant toute une nuit par l’enchaînement de faits inhabituels dans la petite ville de Carmel City. Doc, journaliste au Carmel City Clarion, est sans cesse à la recherche de la moindre information qui fera scandale dans sa petite ville prospère trop peu originale où l’un des seuls événements marquants est « la vente d’œuvres caritatives à l’église ». Mais cette nuit-là va relever de l’univers du rêve dépassant même l’imagination du personnage et du lecteur.



Tout part de la rencontre d’un personnage que l’on pourrait croire fou ou presque irréel, Yehudi Smith, et qui est tout autant passionné pour Lewis Caroll que Doc. Suite à leur dialogue vont s’enchaîner des intrigues sur l’univers parallèle, l’évasion d’une personne de l’asile, la capture de deux meurtriers recherchés, la découverte de deux corps dans la voiture de Doc. Cette histoire m’a semblé à un moment frôler la schizophrénie et la folie, d’autant plus qu’on a l’impression que seul le whisky permet au personnage de rester dans ce monde imaginaire, la diminution de l’ivresse le ramenant peu à peu à une conscience trop difficile à accepter.                                                                                                                             


Ce polar ne relate donc pas avec de simples enquêtes policières mais nous plonge dans un univers hors réalité dont le temps nous semble au ralenti et dans lequel nous nous retrouvons en perpétuel bouleversement grâce à l’enchaînement d’événements palpitants qui ne nous laissent aucun répit. Ainsi, tout comme Doc, nous nous laissons entraîner par cette nuit cauchemardesque ; elle détourne notre esprit de toute compréhension jusqu’à la fin qui, telle une illumination, révèle la solution de cette intrigue nocturne et paranormale.                                                                                                                                                           

Je conseille vivement cet auteur et surtout ce livre, particulièrement aux lecteurs qui cherchent un « coup de cœur » en polar afin de se réconcilier avec le genre.


Justine Barbe, Première année Edition-Librairie  
par Justine publié dans : fiches de lecture 1A
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Samedi 15 novembre 2008















Thierry JONQUET,
La Bête et la Belle

 
Edition originale : Gallimard / Série Noire - Avril 1985          
Edition poche : Folio Policier - Septembre 1999





















 
On est prévenu, le « il était une fois » est proscrit !   Pourtant, « une bête », « un palais », « une belle »… mais aussi une singulière histoire d’amour, des déchets que l'on empile et un congélateur.
 
On le dit policier… mais la question du genre de ce surprenant roman de Thierry Jonquet reste en suspens. La Bête et la Belle est sans nul doute le récit d’une enquête. Mais à son commencement, le criminel, on le connaît. Reste à plonger alors dans l’absurde huis-clos que nous décrit Jonquet à travers les pensées du brave ami Léon et l’écoute de drôles de cassettes.
 
Ce livre nous offre un monde dans lequel on nous jette. Un monde, et même un univers, la déviance d’un homme bien comme il faut, sa vengeance. Il décrit le piège de la folie mais il est lui-même un piège : pour nous.
 
 Les critiques reprocheront à l’auteur une enquête trop simpliste, un écrit trop lourd ou encore une histoire sans intérêt. Ils oublient la magie finale. Jonquet s’est donné une telle contrainte que l’écriture a pu en faire les frais parfois, ce que je n'ai jamais ressenti à la lecture.
 
 Il suffit d’adhérer au style de l'auteur, simple et authentique, tout en humour noir et en finesse, pour adopter ce court roman qui nous réserve une si grande surprise qu’on n'a qu’une envie: le relire ! Car Jonquet nous dupe et s'amuse jusqu'aux dernières pages. Voilà ce qui fait le talent de l’auteur: arriver à tromper un lectorat averti de l’irrationalité de l’œuvre. On finit le roman avec jubilation : la bouche grande ouverte, les yeux humides, la gorge sèche. Et personne n’y coupe. Jonquet est un génie.
 
 Pour vous donner une idée de ce conte moderne hors du commun (tiré d'un fait divers !), je vous en laisse découvrir la quatrième de couverture, qui à elle seule nous dit tout, et rien à la fois :

“Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?”
 
 Attention, ce roman va vous surprendre, Jonquet se jouer de vous et Léon risque d'un peu trop vous émouvoir... bonne lecture !
 
A découvrir aussi, du même auteur: La vie de ma mère ! (ainsi que l'intégralité de sa bibliographie)


Hélène Savian, 1ère année bibliothèques

par Hélène publié dans : fiches de lecture 1A
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