Mercredi 19 novembre 2008
Marie et Marie :
deux points de vue sur La peur qui rôde

Howard Phillips LOVECRAFT
La peur qui rôde
Traduit de l’américain par Yves Rivière
Editions Gallimard, 1961
Folio 2€, 2005
1. Article de Marie C.
Mais qui est H.P Lovecraft ?
Il est né le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island, USA) et est mort au même endroit le 15 mars 1937.
Il est l’auteur d’une soixantaine de nouvelles, d’un roman et de poèmes. Dans son œuvre, il a imaginé tout
un monde de créatures, de dieux et de lieux étranges, réunis sous l’appellation du “mythe de Cthulhu”, terme inventé par August Derleth après sa mort.
Mais pour mieux comprendre l’œuvre il faut comprendre l’homme : en effet, Lovecraft était une personne qui avait beaucoup de
mal avec les rapports humains, ce qui faisait de lui quelqu’un de profondément solitaire et qui travaillait beaucoup. Il ne cachait pas non plus ses opinons xénophobes et racistes dans ses
premiers écrits, mais a beaucoup modéré ses opinions à la fin de sa carrière, allant même jusqu’à répudier certains ouvrages.
Il n’a jamais vécu de sa plume mais il doit la renommée qu’il a aujourd’hui à deux de ses amis écrivains, August Derleth et
Donald Wandrei (rencontrés au magazine Weird Tales), qui ont crée la maison d’édition Arkham House (du nom d’une ville imaginée par Lovecraft) pour diffuser son
œuvre.
Lovecraft nous laisse donc des écrits comme L’appel de Cthulhu, L’affaire Charles Dexter Ward et
Je suis d’ailleurs, dont sont tirées les trois nouvelles de ce mini-recueil.
Les trois nouvelles… en résumé
La peur qui rôde
Un homme se rend dans un village ou se trouve une maison abandonnée, que l'on dit maudite. En
effet, aux dires des rares villageois restés et des montagnards, la maison du Mont des tempêtes (car il s’abattrait plus d’orages sur cette colline que partout ailleurs) abriterait un gigantesque
démon qui à la nuit tombée s’empare des voyageurs solitaires et les emporte, ou les laisse “affreusement déchiquetés et rongés”. Pour percer ce mystère, il s’intéresse de plus près à la famille
qui habitait jadis la maison, les Martense. Il finit ainsi par découvrir le secret de cette famille et de la chose qu’elle abrite…
La tourbière hantée
Un homme est invité par un très bon ami, Dennis Barry, à venir dans son château en Irlande,
qu’il a racheté et rénové. Cette demande fait suite au départ précipité des paysans, ouvriers et domestiques du château. Il lui révèle à son arrivée que c’est parce qu’il veut assécher la
tourbière, mais qu’une antique légende veut qu’un esprit protecteur maudirait quiconque y toucherait. Malgré les visions horrifiques qui assaillent nos deux protagonistes dans leurs rêves, Dennis
en fait fi et commence les travaux. Son ami va alors voir de ses yeux que la légende disait vrai.
La maison maudite
Dans la ville de Providence, Edgar Poe (une des grandes influences de Lovecraft), en allant
faire la cour à une poétesse, passait devant une maison dont il n’avait, ironie du sort, pas remarqué la particularité. C’est donc le narrateur qui se charge de nous conter en quoi cette maison
est si spéciale. Apparemment, un grand nombre de personnes y seraient mortes avant qu’elle finisse abandonnée. Avec l’aide de son oncle, Elihu Whipple, il décide de mener plus avant leurs
investigations sur cette maison, en particulier sur les anciens locataires et sur la cave, dont une odeur particulièrement fétide se dégage. Ce qu’ils vont y trouver dépasse leur
entendement…
Entre réalisme et fantastique
Ces trois nouvelles ont des caractéristiques communes, ce qui ne doit pas être étranger au fait qu’elles soient dans le même recueil de cette collection, qui,
rappelons-le, sert à faire découvrir un auteur par des extraits de recueil.
Tout d’abord nous distinguons deux éléments qui font que ces nouvelles sont ancrées dans une réalité plausible :
Le narrateur
Il est assimilé à l’auteur, ce qui donne l’effet que ces histoires semblent des souvenirs vécus
par Lovecraft lui-même.
Le narrateur est toujours un être rationnel : il procède de manière sensée, voire scientifique,
pour vérifier les dires des individus qu’il rencontre. En témoigne le fait qu’il débute à chaque fois son “enquête” en étudiant l’histoire du lieu et des personnes liées à ce lieu, il retourne
plusieurs fois dans le lieu de jour, de nuit et élabore un plan. Il ne va pas “à l’aventure” voir directement de quoi il retourne.
Même la curiosité qui pousse le personnage principal à se confronter à ce qui dépasse son
imagination pourrait être celle d’un scientifique ou d’un détective.
Le cadre géographique
Que ce soit le paysage montagneux des Catskills (La peur qui rôde), la lande irlandaise (La tourbière hantée) ou la ville de Providence (La
maison maudite), le cadre géographique est à chaque fois réel, ce qui contribue d’autant plus à donner au récit un aspect plausible.
Mais ce qui pourrait n’être qu’une banale enquête autour de vieilles légendes fait basculer ces trois nouvelles dans le fantastique par deux éléments :
L’atmosphère
En particulier celles des lieux principaux, est rendue pesante, à la limite du surnaturel, par des jeux d’ombre et de lumière, de brume, de couleur du ciel, et
ceci seulement à la nuit tombée car le jour, ces lieux ne sont effrayants que pour celui qui connaît leur histoire. Rien n’est trop étrange pour faire en sorte que le lecteur ne se sente pas
en sécurité.
La créature
Il est très difficile pour le lecteur de s’imaginer la physionomie de la créature que chaque
personnage affronte dans chaque nouvelle, étant donné que les personnages eux-mêmes manquent de mots pour la décrire. Néanmoins, des adjectifs tels que “dégoûtante”, “indicible”,
“monstrueux”, “démoniaque” sont employés pour désigner la créature, qui revêt des formes variées, souvent indéfinissables.
Quand bien même on trouve les écrits de Lovecraft trop étranges, voire malsains, on ne peut nier l’héritage littéraire qu’il a
laissé derrière lui. D’ailleurs, son univers ausso original que foisonnant (à l’instar d’un Tolkien) a dépassé le cadre du livre pour être adapté au cinéma, ainsi qu’en jeu de rôle sur
support papier, où il a trouvé un second souffle et une assurance que son œuvre, ainsi que la mythologie qu’il a créée, perdureront encore longtemps dans les mémoires.
Marie C., 1ère année Bibliothèques-Médiathèques
2. Article de Marie B.

On ne peut pas s’intéresser à une nouvelle de Lovecraft en particulier sans s’intéresser à
l’auteur lui-même et à son œuvre.
H.P. Lovecraft est né en 1890 et mort en 1937. Il est reconnu comme l’un des grands maîtres de la littérature d’épouvante,
bien qu’il n’ait connu le succès qu’à titre posthume.
L’écrivain est un homme solitaire, qui se réfugie dès l’enfance dans les livres et l’écriture. Mais surtout, il est rongé par un profond mal-être, tourmenté toute sa vie durant par
le déclin, la chute, la dégénérescence. Ses écrits sont directement inspirés de ses cauchemars qu’il note dès son réveil. Ainsi, lorsque l’on se penche de plus près sur l’œuvre de Lovecraft, on
découvre une récurrence dans les textes, avec une obsession particulière pour la démence, et une peur effroyable du monde maritime et de ses abysses, mais également une mythologie très complexe
de dieux extra-terrestres, avec ses abominations, ses cultes… Cette cosmogonie sera plus tard surnommé « mythe de Cthulhu » (Cthulhu étant l’une de ces divinités) et inspirera bien d’autres
écrivains, mais aussi des illustrateurs, réalisateurs, créateurs de jeux de rôles…
Il est donc important de noter que chaque nouvelle s’inscrit, de près ou de loin, dans ce monde, cet univers propre peuplé
d’entités immondes et doté d’une atmosphère toujours inquiétante. Lovecraft joue d’ailleurs plus sur l’ambiance que sur les monstres eux-même, et il est assez rare de trouver des descriptions
détaillées de créatures. C’est la présence qui effraie plus que la bête.
Le recueil La peur qui rôde regroupe donc trois nouvelles, "La peur qui rôde", "La maison maudite" et "La tourbière
hantée". Comme la plupart du temps dans les nouvelles de Lovecraft, le narrateur parle à la première personne, et il tient le rôle d’investigateur dans une histoire étrange et sombre. Ici,
un journaliste enquête sur une légende qui terrifie les paysans d’une région reculée suite à un accident survenu un soir d’orage et dont la cause est inconnue ; là, un homme cherche à
déterrer un secret ignoble enfoui au cœur d’une maison depuis plusieurs générations. Dans les deux premières nouvelles, l'horreur provient d’une malédiction survenue dans une famille et qui se
propage par le sang, au gré de naissances dont l’origine n’est pas toujours très claire, traversant ainsi le temps jusqu’à être oubliée, ne laissant pour seule trace qu’une créature abominable
qui massacre – par la dévastation ou par la maladie - et terrifie. Dans La tourbière hantée, c’est le lieu qui est source d’effroi. Le marécage abrite en effet un lieu occulte, l’antre de
créatures et d’esprits antiques appartenant à l’un ou l’autre dieu. Le recueil semble donc rassembler tous les éléments propices à un bon petit moment de frisson.
Et pourtant, en grande admiratrice de Lovecraft, je ne peux que déconseiller cet ouvrage. A vrai dire, il est même assez
décevant. Il est agréable à lire, recèle de bonnes intrigues mais…
Il est évident que dans l’œuvre d’un écrivain, il y a du bon et du moins bon. Mais pourquoi avoir choisi le moins bon pour
construire un recueil en Folio 2€, donc un livre qui sera acheté par des gens qui passaient par là et qui ne connaissent pas forcément Lovecraft ? S’il y a quelques textes que je peux
conseiller, ce sera La couleur tombée du ciel, Je suis d’ailleurs, Celui qui chuchotait dans les ténèbres, L’Abomination de Dunwich. Les trois nouvelles du
recueil ne sont pas du tout représentatives du talent de l’auteur, de sa force d’écriture qui plonge le lecteur dans ses peurs les plus profondes. Les textes me semblent trop bruts, ils
manquent cruellement de sous-entendus, de simples allusions comme l’auteur les manie si bien. Tout est trop bien exprimé, et cela casse presque le mystère. Car comme Lovecraft le dit dans une
de ses lettres, « la peur est l’émotion humaine la plus ancienne et la plus forte, et la peur la plus forte est celle de l’inconnu ».
Un recueil que l’on peut lire donc, mais qui n’est que l’écorce d’une oeuvre magistrale.
Marie Basile, 1ère année Edition-Librairie