Cours AS et 2A. Littérature et altérité culturelle
LA TRADUCTION
(Pour Umberto Eco, se référer aux fiches de lecture)
L’importance des littératures traduites.
Selon Ricoeur, la langue maternelle est " invitée à se penser comme une langue parmi d’autres et, à la limite, à se percevoir elle-même comme étrangère ". (Sur la traduction,
éd. Bayard, p. 17)
1. Histoire de la traduction et des théories de la traduction avant le XXe siècle.
Antiquité.
Fidélité et mot à mot :
Cicéron :
" ... il ne sera pas toujours nécessaire de calquer votre langage sur le Grec (ou toute autre langue) comme le ferait un interprète (ou traducteur) maladroit ".
" Quand je traduis les Grecs, si je ne puis rendre avec la même brièveté ce qui ne demande aux Grecs qu'une seule expression, je l'exprime en plusieurs mots ".
IVe siècle
Saint Jérôme : Privilégier le sens plutôt que le mot à mot.
" Non verbum e verbo sed
sensum exprimere de sensu ".
XVIe siècle.
La critique du littéralisme
Etienne Dolet :
" Entends, que chascune langue a ses proprietés, translations
en diction, locutions, subtilités, & uehemeces à elle particulieres.
Lesquelles si le traducteur ignore, il faict tort à l'autheur,
qu'il traduit: & aussi à la langue, en laquelle il le tourne (...) "
Étienne Dolet
La manière de bien traduire d'une langue en aultre , 1540.
XVIIe siècle.
Les " Belles Infidèles " : l’expression est attribuée à l’écrivain Ménage, évoquant les traductions de Nicolas Perrot d’Ablancourt : " Elles me rappellent une femme que
j’ai j’ai beaucoup aimée à Tours, qui étai belle mais infidèle ". Perrot d’Ablancourt devient le théoricien de ces " Belles Infidèles ".
Nicolas Perrot d’Ablancourt : " cela n’est pas proprement de la traduction ; mais cela vaut mieux que la traduction "
2. Problèmes et enjeux de la traduction au XXe siècle.
Voir fiches sur Umberto Eco
Langue source / langue cible. Contradictions, ambivalences.
Walter Benjamin, La Tâche du traducteur, 1923 : " La vraie traduction est transparente, elle ne cache pas l'original ".
Georges Steiner, (Après Babel, 1975), parle de " parcours herméneutique " ; il s’agit d’ " habiter " l’Autre.
" Lorsqu’une langue meurt, c’est un monde possible qui meurt avec elle… Une langue contient en elle le potentiel illimité de découvertes, de recompositions de la réalité, de rêves exprimés, ce qui nous sont connus sous le nom de mythes, de poésie, de conjecture métaphysique et de discours de la loi ".
Antoine Berman (L’épreuve de l’étranger) s’élève contre " la négation systématique de l’étrangeté de l’œuvre étrangère ".
Ambivalence :
" Sur le plan psychique, le traducteur est ambivalent. Il veut forcer des deux côtés : forcer sa langue à se lester d’étrangeté, forcer l’autre langue à se déporter dans sa langue maternelle. "
Antoine Berman, L’Epreuve de l’étranger, Gallimard, 1995.
Le traducteur, un passeur ?
" Passeur est une métaphore complaisante. Ce qui importe n’est pas de faire passer. Mais dans quel état arrive ce qu’on a transporté de l’autre côté. Dans l’autre langue. Charon est aussi un passeur. Mais il passe des morts. Qui ont perdu la mémoire. C’est ce qui arrive à bien des traducteurs. " Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Verdier.
La quête de perfection.
Pour Paul Ricœur, il s’agit de " renoncer à l’idéal de la traduction parfaite " Paul Ricoeur, Sur la traduction, p. 16. " Et c’est ce deuil de la traduction absolue qui fait le bonheur de traduire. " (p. 19). Le bonheur est alors de trouver " une correspondance sans adéquation. " (p. 19)
Traduction, langage, littérature
" Traduire met en jeu la représentation du langage tout entière et celle de la littérature. Traduire ne se limite pas à être l’instrument de communication et d’information d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, traditionnellement considéré comme inférieur à la création originale en littérature. C’est le meilleur poste d’observation sur les stratégies du langage, par l’examen, pour un même texte, des retraductions successives " (p. 14) Henri Meschonnic, Poétique du traduire, éd. Verdier, p.14.
3. La traduction, dans le champ de la littérature ?
Scepticisme de Mounin :
" On peut si l’on y tient, dire que, comme la médecine, la traduction reste un art, mais un art fondé sur une science. " Georges Mounin, Les Problèmes théoriques de la traduction.
L’apport de l’exercice de la traduction à l’écrivain :
Selon Michel Tournier, lui-même traducteur, " La traduction est certainement l’un des exercices les plus profitables auxquels puisse se soumettre un apprenti écrivain, l’objectif étant la formulation d’une pensée étrangère dans un français aussi coulant, souple et familier que possible. Le traducteur se doit d’apprendre à manier en virtuose les clichés, locutions, formules toutes faites, tournures usuelles et autres idiotismes qui constituent le fond de la langue dans laquelle il écrit, et dont l’absence ou la rareté caractérise ce jargon abominable qu’on a appelé le ‘traduit du’ ".
Et, plus loin :
" Or, cet exercice prépare excellemment à l’œuvre originale. En effet, le maniement constant des pièces essentielles constituant l’automatisme de la langue apprend non seulement à s’en servir dans la traduction mais à les gauchir et à les éliminer dans l’œuvre originale. "
(Le Vent Paraclet , p.164)
Traduction, transposition, création :
Blanchot : "il est bien connu que la littérature classique a demandé à la culture et aux langues anciennes ce dépaysement destiné à élever la langue courante à la dignité d'une langue traduite. Transposer en français une oeuvre grecque ou latine, c'était déjà accomplir l'essentiel d'un acte créateur"
Liens :
Site Traductif
Portail de la traduction littéraire
Profession Traducteur Littéraire
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander