Jo NESBØ
Chasseurs de têtes
titre original
Hodejegerne
traduit du norvégien
par Alex Fouillet
Gallimard, 2009
Folio policier, 2011
Biographie
Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo en Norvège. Il commence une carrière de journaliste économique. Il se tourne ensuite vers
la musique et intègre le groupe de pop Di Derre de 1993 à
1998 en tant que compositeur et interprète. Ce groupe a d'ailleurs un grand succès en Norvège. En 1997, son premier roman, L'Homme chauve-souris, est publié. L'année suivante il obtient
le Prix Clé de verre du meilleur roman policier scandinave de l'année. Ce prix le propulse sur la scène du roman policier scandinave. Il est perçu comme le successeur de l'auteur suédois Henning
Mankell.
Comme la plupart des auteurs de romans policiers, Jo Nesbø a son inspecteur fétiche, Harry Hole, qui travaille à la police d'Oslo. On le retrouve
dans L'Homme chauve-souris, Les Cafards, Le Léopard, Le Bonhomme de neige et Le Sauveur. Certains de ses romans nous font voyager en Thailande ou au
Congo. Il reprend le stéréotype de l'inspecteur bourru, alcoolique et grand fumeur, solitaire et peu respectueux des règles de bienséance. En 2007, il publie son premier roman jeunesse, La
Poudre à prout du professeur Seraphin.
Son roman Chasseurs de têtes a fait l'objet en 2011 d'une adaptation cinématographique sous le titre original du roman Hodejegerne
par le réalisateur norvégien Morten Tyldum. Une autre adaptation du même roman devrait voir le jour par le réalisateur américain Sacha Gervasi. Un autre roman, Le Bonhomme de neige,
devrait être également porté à l'écran par le réalisateur américain Martin Scorsese.
Résumé du roman
Roger Brown est sans aucun doute le meilleur chasseur de têtes de Norvège. Son métier est simple : trouver la personne qui saura diriger une grande
entreprise. Il fait subir à ses candidats un questionnaire en neuf points portant sur leurs qualités professionnelles mais aussi sur leur vie privée. Ce questionnaire a pour but de les
déstabiliser, pour mieux observer leurs réactions.
Roger a une faiblesse, sa femme Diana ! Il ferait n'importe quoi pour elle : une grande maison, un téléphone portable dernier cri, une galerie
d'art. Mais la vie qu'il lui donne a un prix. Pour financer tout cela, il vole des tableaux de maître. Lors des ses entretiens avec les candidats, il en profite pour leur demander s'ils aiment
l'art et quels tableaux ils possèdent. Avec l'aide d'un complice, travaillant dans une société de sécurité, il dérobe avec facilité les précieux objets.
Un jour, lors d'un vernissage, il fait la rencontre de Clas Greve, directeur d'une grande firme néerlandaise. Connaissant la renommée de cet homme,
Roger pense tenir la personne qu'il faut pour intégrer la grande entreprise d'électronique. C'est lors de son entretien avec Clas Greve, que Roger apprend que celui-ci possède La chasse au
sanglier de Calydon par Rubens. Roger se met donc en tête de voler ce tableau dont la vente lui assurerait une grande fortune. Sauf qu'une fois introduit dans l'appartement de Clas, quelque
chose cloche, quelque chose de vraiment bizarre. Le chasseur devient la proie et son adversaire est de taille !
Analyse du roman
Le roman commence par un interrogatoire suivant la méthode Reid, Inbau et Buckley dont nous parlerons plus tard en détail, entre le personnage
principal Roger Brown et Jeremias Lander. Nous avons une description physique de Jeremias. On peut fermer les yeux et imaginer aisément le personnage :
« Il portait une armure Gunnar Øye : un costume gris Ermenegildo Zegna, une chemise sur mesure de chez Borelli et une cravate bordeaux ornée de petits motifs semblables à des virgules ; Cerruti 1881, je parie. Mais sur les chaussures je n'avais aucun doute : des Ferragamo cousues main. J'en avais une paire. »
On a des renseignements sur le cursus de Lander. Un peu comme si nous avions le CV sous les yeux et qu'il était important que nous,
lecteur, connaissions avec précision le personnage que nous rencontrons. Ensuite, l'auteur nous décrit les réactions corporelles du personnage de Lander :« Sa
lèvre supérieure e[st] trempée de sueur », on perçoit « le trouble dans ses yeux ».
Une communication non verbale mais il est facile de savoir dans quel état d'esprit il se trouve. Le texte est ponctué par les remarques que Brown note sur son petit cahier : « motivé. au fait des solutions », « mauvais improvisateur. Tout sauf un pilote d'avion en perdition
». Elles sont notées en majuscules pour que l'on distingue bien celles-ci de la discussion entre les personnages.
Avec ce début, Jo Nesbø nous met dans l'ambiance. Il veut que nous découvrions la complexité d'esprit dans lequel est son personnage principal. Il
donne aussi l'ambiance du roman avec les nombreuses descriptions physiques des gens. L'auteur aime dépeindre avec précision les tenues vestimentaires des personnages. À croire que la renommée
passe avant tout par le paraître.
À plusieurs reprises, des renseignements sur les firmes rencontrées sont donnés. Nous savons avec précision à combien s'élève le chiffre d'affaires,
depuis quand elles existent :
« vingt-cinq autres bureaux qui composent Alfa, un cabinet de recrutement de taille moyenne survivant depuis quinze ans avec un résultat annuel entre quinze et vingt millions ».
Là encore nous recevons des informations propres à l'entreprise comme si c'était à nous de passer un entretien. On peut aussi se demander si les
choses ou les personnes ne se résument pas à cela, un lot d'informations. Comme si avec des informations on faisait main basse sur les émotions, le caractère de la personne. On s'intéresse
uniquement aux diplômes qu'elle a et aux biens qu'elle possède.
Pour Roger Brown, la renommée est importante. Lors de l'entretien, il fait remarquer à Jeremias Lander qu’elle lui fait défaut
: « Tout ce qui vous manque, c'est la renommée », « la réponse commence par un r.
Toute ma carrière est bâtie dessus ». Le métier de Roger Brown consiste à auditionner des personnes susceptibles de correspondre à une offre d'emploi pour un
directeur d'une importante société norvégienne. Une fois qu'il a les informations nécessaires sur les candidats, il sélectionne celui qui sera le plus qualifié pour le poste de directeur. Puis il
présente le candidat à l'entreprise. Dans le roman, Brown dit qu'il n'est jamais arrivé que quelqu'un ne prenne pas en compte ses conseils.
Personnages
Roger Brown est un chasseur de tête, son travail consiste à passer des
entretiens avec les futurs dirigeants d'importantes sociétés du pays. C'est un homme qui se montre intransigeant dans la vie professionnelle. Il a le contrôle sur tout et n'a aucun doute sur ses
qualités. Il le dit lui-même au début et à la fin du roman : « Je suis le meilleur », « Ma recommandation, c'est la décision du client ». Il sait pertinemment que les clients ont une confiance aveugle en lui et que personne ne
juge mal son travail. Dans ses activités illégales il veut aussi tout contrôler. Il veille à connaître l'emploi du temps de la personne. Il fait attention à ce qu'il porte pour ne laisser aucune
trace, afin qu'il n'y ait aucun risque qu'on le découvre. Le seul moment où il n’a pas ce contrôle c'est avec sa femme. Elle a toujours voulu un enfant. Comme il refuse de lui en donner un, il la
couvre de cadeaux. C'est un moyen comme un autre pour qu'elle soit docile et ne pose plus de questions.
On a une brève description de lui : un homme de taille moyenne, blond. Il va vite être dépassé par les événements avec la rencontre de Clas Greve,
et perdre le contrôle de la situation.
Clas Greve est l’ancien dirigeant d'une importante société de GPS à Rotterdam,
aux Pays-Bas, qui vient prendre possession d'une maison héritée en Norvège. C'est un homme d'affaires à la retraite. Il a décidé de prendre du repos afin de rénover sa maison et ne veut pas le
moins du monde se remettre dans le bain des affaires. Lors de la première rencontre avec Roger Brown, ce dernier voit en Clas Greve le candidat parfait pour reprendre les rênes d'une firme
norvégienne de GPS. Leur deuxième rencontre a lieu cette fois dans le cadre professionnel car Greve décide de se porter candidat pour cette offre d'emploi si alléchante. Les deux personnages sont
semblables. Deux chasseurs de même envergure qui veulent se faire une place dans le monde : « Tu n'as qu'à voir sa démarche. Comme un félin. Parfait.
» On apprend que c'est un ancien militaire, un homme dangereux, donc, qui sait aussi manier les armes à feu et se
défendre dans un milieu hostile, alors que Brown est un citadin. Les deux personnages sont opposés et pourtant ils sont semblables dans leurs méthodes. Et ils connaissent notamment tous les deux
la méthode d'interrogation Reid, Inbau et Buckley.
Diana Brown est une jeune femme parfaite. Elle est belle, intelligente, et elle
a toutes les qualités qu'un homme peut espérer. Roger et elle se sont connus à l'université. Tout de suite il a senti qu'il avait affaire à la femme qui partagerait le reste de sa vie car malgré
sa beauté, elle a réussi à le surprendre.
« –- Tu me prends pour une idiote ? Dans une suite de cinq nombres consécutifs, il y en a obligatoirement un qui est divisible par trois.
Continue.
– Continue ?
– Oui, où est-il, le problème de logique ?
[…] Chez Microsoft, on donnait aux candidats trois minutes pour fournir une preuve qu'elle m'avait servie en trois secondes. En moyenne, cinq pour
cent y parvenaient. Je crois que c'est à cet instant précis que je suis tombé amoureux d'elle. Je me rappelle en tout cas que j'avais noté sur ma serviette : embauchée. »
On apprend plus tard que c'est une femme qui a tout ce qu'elle veut, son mari est fou d'elle et même s'il a une grande confiance en lui ne comprend
toujours pas pourquoi elle l'a choisi lui plutôt qu'un autre.
Ove Kjikerud travaille pour une société de gardiennage. Il a été recruté
par Roger Brown pour l'aider dans ses vols de tableaux. Ove se doit d'assurer qu'aucune caméra ne filme pendant que son partenaire s'introduit dans les maisons. La plupart d'entre elles possèdent
le même système d'alarme, installé par l'entreprise d'Ove. D'après la description que l'on a de lui dans les premières pages du roman, on imagine un homme ordinaire au look de rockeur, habillé
tout de noir et probablement couvert de tatouages : il « ressemble au roadie d'un groupe de heavy metal sur le retour ».
Plus loin dans le roman, on peut lire que c'est un homme violent. Il sait se servir d'armes à feu avec beaucoup d'habilité. Il est aussi paranoïaque ou complétement fou. Sa maison est remplie de
caméra de surveillance. Il n'y a rien qui peut échapper aux regards indiscrets. Son personnage est important dans l'histoire puisqu'il est chargé d'apporter les tableaux au
receleur.
Méthode Reid, Inbau et Burckley
En 1962, John Reid et Fred Inbau, policiers dans le département de police scientifique de Chicago signent Interrogation and Criminal Confession,
livre fondateur de la méthode Reid. C'est sans doute la technique interrogatoire la plus utilisée au monde, excepté dans certains pays comme la France où elle n'est pas compatible avec la
législation en vigueur. En France existe la présomption d'innocence et donc on ne peut avoir recours à une méthode accusatrice.
Dans le processus d'interrogation on distingue deux parties. La première non accusatoire consiste à poser des questions afin de rassembler des
informations. Suivant les réactions du suspect on pourra dire s'il est ou non coupable. Un certain nombre d'éléments, de communication non verbale vont permettre de vérifier avec précision si le
suspect ment. La deuxième partie est le moment où l'on accuse le suspect. L'environnement doit être sous contrôle. Dans cette partie on va distinguer neuf étapes afin de découvrir la vérité et
d'amener les coupables à la confession. Les neuf étapes sont les suivantes : la confrontation directe, le développement du thème, le traitement des démentis, contrer les objections, capter de
nouveau l'esprit du suspect, traiter l'humeur passive, poser des questions alternatives, avoir des détails de l'offense et enfin la déposition.
Avis
Les roman policiers scandinaves font partie des meilleurs du genre et Jo Nesbø est sans aucun doute l’un de ses plus grands auteurs.
J'ai apprécié ce roman tant pour la qualité de l'écriture que pour l'intrigue. On ne sait si on doit aimer ou non le personnage de Roger. Il est
voleur et devient à son tour la proie. C'est un homme dur qui ne laisse filtrer aucune émotion et un instant plus tard il devient un homme faible sans ressource fuyant pour sa survie. On se doute
un peu de la tournure des événements, de la traque qui va se produire entre les deux personnages mais l'auteur nous surprend sans cesse par de nombreux événements inattendus. En ouvrant le livre,
on s'imagine qu'on va lire un roman noir du même genre que Millénium, mais en fait l'auteur parsème son récit de nombreuses pointes d'humour. Il a cependant l'art de nous communiquer
l'angoisse ressentie par le personnage traqué. J'ai littéralement dévoré ce roman qui a su allier suspens, humour et intrigue policière. C'est un livre vivement recommandé !
Chloé, 2e année bibliothèques-médiathèques
James ELLROY
Ma part d’ombre
traduction de Freddy Michalski
Rivages, 1997
Rivages poche, 1999
L’auteur
Né le 4 Mars 1948 à Los Angeles, James Ellroy est aujourd’hui considéré comme le maître du roman noir américain. Depuis son premier roman Brown’s Requiem qui paraît en 1981, Ellroy enchaîne les succès avec des romans comme L.A. Confidential (adapté au cinéma en 1997) ou American Tabloid mais surtout avec Le Dahlia noir inspiré de faits réels. Il s’inscrit alors dans ce qui peut être considéré comme le renouveau du roman noir, une sorte de retour aux sources du roman noir des années 1930. L’action des livres se déroule généralement à Los Angeles dans les années 50-60 et reflète les obsessions de l’auteur que sont les femmes, le sexe et la mort. D’après Bernard Sichère, Ellroy appartient à la catégorie des écrivains réalistes-tragiques, avec une vision du monde qui refuse la moindre concession à l’embellissement ou à l’idéalisation de la réalité. Il dénonce le caractère impitoyable et cruel de l’existence dans une vision sombre et pessimiste qui lui est propre. Dans un entretien, Ellroy explique sa technique d’écriture qui consiste à rédiger un synopsis dense le débarrassant ainsi de problèmes de structure ou de faits historiques, qui lui permet de se consacrer ensuite à une improvisation stylistique[1].
Le roman noir
Ma part d’ombre est tout d’abord un roman noir.
Le roman noir est ainsi défini par Jean Pons[2] :
« Les romans noirs sont une littérature immédiate et engagée. Immédiate parce qu’ils nous parlent directement des banalités et des convulsions de notre monde : ils nous montrent, dans leurs fictions violentes, un univers connu qui est celui de notre vie quotidienne mais aussi celui dont les médias s’épuisent à nous présenter des aspects disparates ou à nous proposer des analyses de circonstance. Engagée parce que l’actualité, qu’ils reprennent et transforment sous forme romanesque, donne lieu, de manière implicite ou clairement formulée, à des prises de position politiques : le roman noir prend position de façon « actuelle » par rapport à la réalité humaine et sociale. »
S’opposant au roman policier traditionnel, le « whodunit » qui présentait une enquête policier sur un ton léger dans la lignée d’Agatha Christie, le roman noir fait son apparition aux États-Unis dans les années vingt avec des auteurs comme Dashiell Hammett ou Raymond Chandler qui décrivent la violence des milieux marginaux dans un environnement urbain rongé par les conflits sociaux. Dans un style littéraire très minimaliste, sans psychologie, ces romans présentent des personnages de « hard boiled dick », détectives durs à cuire et sans grand scrupules. Dans les années 60, le genre connaît un renouveau, avec des auteurs comme Jim Thompson. En 1981, James Ellroy s’impose comme un auteur incontournable du genre. Celui-ci y ajoute un pessimisme récurrent, un langage cru et un goût pour des personnages complexes aux moralités floues ; le tout dans un style assez dépouillé qui en fait un genre à part entière. On peut noter aussi qu’Ellroy transforme l’image de la femme dans ses romans. Femme fatale menant l’homme à sa perte dans les romans noirs traditionnels, elle devient détentrice de vérité et victime de la violence des hommes.
Ma part d’ombre
Au départ, James Ellroy écrit simplement un article sur la mort de sa mère et le meurtre non résolu dont elle a été la victime. Cet article intitulé « Le jour où ma mère fut assassinée » paraît dans la revue GQ et Vogue Hommes en mai 1995[3] . Pour rédiger cet article, Ellroy avait repris l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Geneva Hilliker Ellroy, avec l’aide d’un ancien flic Bill Stoner. Il décide ensuite d’en faire un roman, sorte de catharsis déjà entamée dans certains romans. Ma part d’ombre se découpe en quatre parties distinctes, séparées par des photos d’époque et précédées par plusieurs dédicaces dans lesquelles Ellroy s’adresse directement à sa mère.
Première partie : La Rouquine
C’est le surnom que James Ellroy donne à sa mère. Ellroy s’adresse directement à sa mère avant de commencer le récit :
« Une samedi soir minable a vu ta perte. Ta mort a été stupide et cruelle, sans même que tu aies pu défendre la vie qui t’étais chère. […] Ta mort définit ma vie. Je veux trouver l’amour que nous n’avons jamais eu et l’expliciter en ton nom. Je veux mettre tes secrets au grand jour. Je veux consumer la distance qui nous sépare. Je veux te donner vie. »
Cette première partie nous narre l’enquête policière depuis la découverte du corps jusqu’au classement de l’affaire. Le style est froid, quasi télégraphique. Le narrateur décrit de façon méthodique sans jugement ni états d’âme la scène du crime dans ses moindres détails :
« C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue, sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du trottoir de King’s Row. »
Cette première partie pourrait très bien être le début d’un roman noir dans la plus pure tradition, posant les personnages et la nature du crime commis dans une ambiance pesante de quartiers peu fréquentables. Le style informatif crée un rythme haletant qui ne nous abandonne plus jusqu’à la fin du roman malgré les changements de tons constants. On ne retrouve aucune intimité dans cette première partie mais seulement la froide objectivité d’un rapport de police avec notamment la transcription des interrogatoires.
Deuxième partie : Le môme sur la photo
Dans cette seconde partie le ton change radicalement. L’intrigue n’est plus centrée sur le personnage de la mère, la victime, mais bien sur l’enfant de celle-ci, James Ellroy, l’auteur. La narration se fait désormais à la première personne du singulier, bien loin du ton impersonnel de la première partie. Le style est plus littéraire, plus fluide mais le lecteur ressent toujours cette urgence dans la parole, ce rythme haletant des premières pages.
Dans cette partie qui tient plus de l’autobiographie que du roman noir, Ellroy nous livre ses états d’âme sans complexes ni pudeur. Il y raconte sa vie avant le divorce de ses parents, puis le départ pour El Monte, quartier miteux du comté de Los Angeles. Sans laisser intervenir son regard d’adulte, il nous donne à voir ses sentiments d’enfant ; la découverte de sa sexualité par exemple mais aussi et surtout cette haine féroce qu’il a éprouvée pour sa mère, le soulagement ressenti à sa mort. Le divorce de ses parents avait mis en place une sorte de double vie où la mère prêchant pour les études et la religion faisait face à un père qui emmenait son fils au cinéma et au restaurant. Le choix d’un enfant de dix ans est alors vite fait. Ellroy choisit son père et décide de haïr sa mère par solidarité :
« Je la haïssais parce que mon père la haïssait. Je la haïssais pour prouver à mon père l’amour que j’avais pour lui. Elle venait de se gagner ma propre haine, entière et sans limites. El Monte était un camp de prisonniers. Les week-ends à L.A. étaient des conditionnelles de brève durée. »
Mais Ellroy nous livre aussi cette étrange fascination pour cette mère détestée :
« Je passais des heures dans la salle de bain, feignant de l’intérêt pour un petit sous-marin. J’ai vu ma mère à moitié nue, nue, ou simplement vêtue de sa combinaison. […] Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte. »
La perte si brutale de sa mère n’est donc pas un choc pour le jeune James Ellroy qui se réjouit même de pouvoir vivre avec son père : « Je savais que j’aurais dû pleurer. […] Quelque tueur inconnu venait de m’offrir la belle vie, une vie flambant neuf. ». Après l’assassinat de sa mère, Ellroy part donc vivre avec son père dans le centre de L.A. Il y découvre l’alcool, le sexe et la drogue dans une adolescence pendant laquelle il est livré à lui-même, devenant voleur et même voyeur. La vie avec son père mais surtout la maturité acquise tant bien que mal permet à l’auteur de comprendre la nature réelle de son père, beau parleur : « j’avais maintenant pigé qui était mon père. C’était un faiblard et un artiste de baratin. ». Son adolescence et les débuts de sa vie d’adulte sont marqués, outre une vie de voyou toxicomane, par sa fascination pour le meurtre et plus particulièrement le meurtre d’Elisabeth Short, surnommée le Dahlia Noir. Certains, et Ellroy aussi sans doute, voient dans cette fascination l’intérêt qu’il se refuse à avoir pour le sort de sa propre mère. L’affaire du Dahlia lui permet d’éprouver le chagrin qu’il n’a jamais pu ressentir.
Ellroy sortira de cette spirale infernale en frôlant la mort suite à une infection pulmonaire.
« Mon abcès au poumon a guéri. Je suis sorti de l’hôpital et j’ai passé un marché avec Dieu. Je lui ai dit que je ne boirais plus, que je n’avalerais plus d’inhalateurs. Je lui ai dit que je ne volerais plus. Tout ce que je voulais c’était récupérer mon esprit pour de bon. »
Après être sorti de ces addictions, il se plonge dans l’écriture de ses premiers romans sans pour autant oser encore affronter le fantôme de sa mère.
Troisième partie : Stoner
Cette troisième partie présente l’homme qui aida Ellroy à retrouver sa mère, à trouver le courage d’enquêter sur sa mort. Il le dit lui-même dans la préface du chapitre adressée à sa mère : « Je suis déterminé à te trouver. Je sais que je ne peux le faire seul. »
Sur le ton de la fiction, Ellroy nous raconte pourtant ici l’histoire d’un personnage bien réel avec des affaires toutes bien réelles comme l’histoire de « papa Beckett ». Ellroy crée ici un genre tout à fait nouveau, indéfinissable. Cette partie n’est pas un reportage, pas un article de presse. C’est une sorte de biographie, inscrite dans un ensemble plus grand, qui sert la narration. On y fait la connaissance de Bill Stoner, flic de Los Angeles, qui devient la figure du père/mentor qui permet à l’orphelin d’affronter la réalité et de reprendre l’enquête. Mais à travers la vie et les enquêtes de Bill Stoner, c’est aussi un portrait du crime en Amérique et plus particulièrement des meurtres de femmes que nous dresse Ellroy. Il pose, à travers des exemples d’affaires concrètes qui font l’apprentissage de Stoner, les différences fondamentales entre les meurtres de femmes et d’hommes :
« Les hommes ne tuaient pas les femmes parce qu’ils étaient systématiquement martyrisés par le sexe féminin. Les femmes tuaient les hommes parce que les hommes les baisaient dans les grandes largeurs et sans prendre de gants. C’était de son point de vue une règle obligée. Il ne voulait pas que la règle fut vraie. Il ne voulait pas voir les femmes comme une race entière de victimes. »
À travers de nombreux exemples de meurtres de femmes et la mécanique de ces crimes misogynes, il est possible de voir un rapprochement de la mère en même temps qu’un éloignement du père. Cet éloignement se voit souligné avec l’évocation de l’horrible affaire « papa Beckett ». La représentation exacerbée de personnages masculins à la recherche constante de sexe face à des femmes plus fortes et lucides mais toujours finalement victimes peut être interprétée comme la vision d’un père opposée à celle de la mère. Il est ainsi facile de voir, dans la représentation obstinée de la souffrance des femmes face à la violence des hommes/pères, l’insistance d’un fantasme œdipien. Ellroy nous livre son désir de se racheter auprès d’une mère peu aimée de son vivant, à qui il préférait un père adulé et admiré alors qu’il n’en valait certainement pas la peine. On décèle ici une sorte de culpabilité d’Ellroy face à sa mère, culpabilité devinée grâce aux préfaces en début de chapitres.
Quatrième partie : Geneva Hilliker
Cette quatrième partie nous raconte la reprise de l’enquête d’Ellroy avec l’aide de Bill Stoner. Cette sorte de confession d’un fils qui reprend une enquête en niant le temps écoulé est peut-être la partie la plus troublante du roman. À côté de confessions intimes sur la vie adulte de l’auteur et son rapport avec le fantôme de sa mère, le lecteur entre dans une littérature de la succession, de l’amoncellement avec la liste vertigineuse de noms de personnes, de lieux qui, bien qu’apportant des détails de l’enquête et de la dernière soirée de Geneva Hilliker, ne permettent aucune avancée, ne provoquent aucun événement. Cette dernière partie reste donc une sorte d’ode à la mère, un besoin absolu de se confronter soudain à elle :
« L’idée m’a frappé immédiatement. Elle m’a frappé vite et fort, à deux niveaux distincts. Il fallait que moi, je voie ce dossier. Il fallait que j’écrive à propos de cette expérience et que je publie l’article dans un grand magazine. […] Je savais que l’heure était venue de l’affronter. »
Ellroy remonte la piste de sa mère jusqu’à son enfance et son premier mariage mais ne trouve rien de plus que ce qu’il savait déjà, mais qui lui permet un certain soulagement, en retrouvant la femme qu’il a fuie et ignorée pendant tant d’années : « Les morts appartiennent à ceux parmi les vivants qui les réclament de la manière la plus obsessionnelle. Elle était mienne tout entière. »
Ma part d’ombre est donc le roman d’une confession mais aussi d’une réconciliation avec une mère ignorée trop longtemps ; une expiation commencée dans les premiers romans à tendance autobiographique. En effet Clandestin, Le Dahlia Noir et Brown’s Requiem étaient déjà des tentatives fictionnelles de catharsis. C’est aussi le témoignage d’une décision de refuser cette vie de misère qui avait commencé : « la rage de vouloir transformer mon obsession en quelque chose de bon et d’utile m’a sauvé ». Ellroy fait ainsi liquidation du passé et de ses fantômes dans un chant d’amour funèbre et compulsif dédié à sa mère.
L’utilisation du passé qui est le temps de la remémoration sert bien le caractère autobiographique. Mais ce temps induit aussi des éléments plus complexes, notamment ce sentiment de voyeurisme et cette gêne éprouvée par le lecteur devant cette forme d’exhibitionnisme sans limites.
Mais au-delà de cette confession touchante et de cette quête de la mère, Ellroy nous livre évidement un véritable roman noir dont la première lecture m’a personnellement laissée songeuse quant à la véracité des éléments autobiographiques, qui sous-entendent une livraison entière et totale des blessures profondes de l’auteur. Et bien que certaines critiques déplorent un pathos ennuyeux et poussé à l’extrême, Ellroy, tout en livrant sa propre histoire, nous décrit avec brio les tensions intimes d’une société dans laquelle les valeurs sont dégradées ; une vérité profonde sur les sociétés occidentales et plus particulièrement américaine, dans lesquelles le mal prend des proportions de plus en plus importantes.
Pauline, AS
édition-librairie
Bibliographie
Source vidéo
Benoît COHEN, François GUERIF, James Ellroy, sa part d’ombre, film réalisé dans le cadre de l’émission « Un siècle d’écrivains », 1999.
Sources écrites
James ELLROY, Ma part d’ombre, (My dark places, 1996), traduit de l’américain par Freddy Michalski, Rivages, Rivages Noir, 1997 (2011).
Collectif, Petite mécanique de James Ellroy, éditions de l’Œil d’or, 3ème édition, 2006.
Sites internet
[1]Pour plus de détails sur la vie et l’œuvre de James Ellroy, rendez vous sur le site www.edark.org
[2]Jean Pons, « Le roman noir, littérature réelle », Les Temps Modernes, n°595, sept-oct-nov 1997.
[3]Article disponible en intégralité sur le site www.edark.org
James ELLROY sur LITTEXPRESS
Rencontre avec James Ellroy à la médiathèque José-Cabanis de Toulouse
Articles de Margaux, Marion et Sandrine sur Le Dahlia noir et sur Ma part d'ombre.
Articles de Roxane et de Julie sur Ma part d'ombre.
Gunnar STAALESEN
Le roman de Bergen
Tome 1 : L’aube
Titre original : 1900. Morgenrød
Traduit du norvégien
par Alexis Fouillet
Gaïa, 2007
Points, 2011
Gunnar Staalesen en quelques mots
Gunnar Staalesen, ro
mancier et dramaturge norvégien, est né le 19 octobre 1947 à Bergen. Il y a grandi et vécu toute sa vie et c’est dans
cette ville qu’il puise son imagination.
Principalement connu pour des romans policiers, notamment sur son détective privé VeumVarg,
Staalesen est considéré comme celui qui a introduit le réalisme social dans le polar norvégien. Entre 1997 et 2000, il publie la trilogie dite de Cent
Ans, Le roman de Bergen, un travail d'environ 1600 pages centrées sur différentes familles de Bergen et des régions avoisinantes entre 1900 à 2000.
Gunnar Staalesen a passé son enfance auprès d’un père professeur et d'une mère infirmière. L’auteur lui-même qualifie cette période de classique et
calme ; sa découverte de l’écriture commence dès 10-11 ans. Sa première histoire est publiée alors qu’il n’a que 12 ans. En 1966, Staalesen obtient le diplôme d'études à Bergen Cathedral School.
Puis il entame des études supérieures à l'Université de Bergen, au cours desquelles il réalisera de nombreux travaux sur la littérature et la culture toujours propres à sa ville. C'est seulement
en 1987 qu'il devient écrivain.
Gunnar Staalesen se décrit comme un «homme bien ordinaire qui peut écrire de nombreux livres que tout le monde peut lire ». Avec le succès de ses
premiers romans, Staalesen est devenu millionnaire mais il se plaît à mener une vie simple et ordinaire. Il est marié depuis 1969 et a deux enfants, aujourd’hui devenus adultes.
Au final, Gunnar Staalesen a publié entre autres cinq romans, 18 romans policiers, deux recueils de nouvelles et six pièces de théâtre. Plusieurs de
ses livres sont traduits dans d'autres langues. Il a deux fois le prix Riverton et le prix d'honneur pour la culture de Bergen.
Résumé d’une saga
Le roman de Bergen a le souffle des grandes épopées. L’aube, le premier volume de cette saga norvégienne est haute en
couleurs.
Le matin du 1er janvier 1900, l'inspecteur Moland est réveillé par des coups frappés à sa porte. Ce jour de congé qu'il aurait dû passer avec femme
et enfants va bouleverser sa vie. Un notable de Bergen, le consul Frimann, a été assassiné après avoir passé la nuit en compagnie non pas de son épouse, mais d'une fort jolie et très sensuelle
personne, bien connue de beaucoup d'hommes de la ville, Maren Kristin Pedersen. Plutôt que d'importuner la bonne bourgeoisie berguénoise, Moland oriente l'enquête vers un suspect d'origine plus
modeste qui, interpellé, se suicide. L'affaire est close ; officiellement.
En ce début de XXe siècle, nombre de solides gaillards comme Torleif Nesbo vont proposer leurs bras sur les chantiers de la ligne de
chemin de fer qui doit relier Bergen à la capitale, Kristiania. Pour ce fils de ferme, creuser les tunnels dans la montagne est un bon boulot. D'autant que c'est là-bas, au baraquement, qu'il
rencontre Trine. Elle aide à la cuisine et au service pour le repas des ouvriers. Les rumeurs disent qu'elle revient de la ville, où elle était domestique, chez le consul Frimann.
Le tome 1 de 1900 L'aube, débute sur le tournant du siècle, un siècle en route vers la révolution industrielle, la Grande Guerre, les
épidémies. L'auteur peint le tableau chaleureux et vivant d'individus aux destins à la fois ordinaires et universels, riches de drames et de passions.
Bergen, la ville construite par le feu et la guerre…
Dans
L’Aube, l’auteur nous fait découvrir un monde, celui de sa ville, son évolution sur mille ans. Cette ville, Bergen, c'est toute son enfance, mais c'est aussi la Norvège. Bien que n’étant
pas le coeur économique du pays, Bergen se présente comme sa capitale culturelle.
Située au sud-ouest de la Norvège, capitale du comté de Hordaland, deuxième ville du pays, c'est également un port, une ville universitaire et un évêché.
Bergen est surtout une cité à l'histoire marquée par l'apport des Hommes du dehors, venus de l'au-delà de la mer. La christianisation sur le plan
spirituel, la Hanse sur le plan économique et politique, constituent une forme de colonisation. Le heurt des structures dominantes avec la population norvégienne locale ou attirée des montagnes
et fjords voisins entraîne des formes d'aliénation, d'assimilation ou de résistance. Depuis les Temps modernes, l'immigration et les échanges transitant par la ville lui ont offert un esprit
différent de celui des autres villes scandinaves et norvégiennes. Ville traditionnellement conservatrice mais tournée vers l'Europe, où pendant des siècles une grande partie des habitants était
étrangère. Ville se considérant elle-même comme à part en Norvège en raison de son histoire et de sa culture propres. Ville construite par le feu et les guerres, comme disent les locaux. Enfin,
ville à échelle humaine abritant de nombreuses traces de son passé et mettant en avant les actes de ses hommes et femmes célèbres, qu'ils soient artistes, notables, scientifiques...
L’auteur nous plonge immédiatement dans cet univers étrange. Les noms des places, rues, quartiers nous font découvrir sa particularité et son
histoire, une histoire précise et unique sur l’évolution d’une ville, ses incendies, ses ports, son théâtre. On reconnaît dans Le roman de Bergen tout l’amour que Staalesen porte à cette
ville.
Personnages
Le style de Gunnar Staalesen est lié à sa passion pour Bergen mais également à sa manière de mettre ses personnages en place. Au départ tous séparés
et ayant peu de choses en commun, ils finissent inévitablement par se rapprocher, procédé classique du polar.
Christian Moland
Il est le personnage central du roman et son évolution suit celle de la ville. Au départ jeune inspecteur de police à la brigade d’Investigations,
il suivra de près cette affaire au point de s’enfoncer dans les bas-fonds de Bergen notamment lors de sa rencontre avec Maren Christine Pedersen. C’est principalement à travers Moland que l’on
découvre les rues et la société de Bergen au début du XXe siècle. Jeune homme calme et timide au départ, il deviendra sombre et méfiant au fil de l’histoire, d’une part à la suite d’un
choc durant une enquête et d’autre part après sa rencontre avec Maren Christine. En tant que personnage principal de l’histoire, il sera toujours lié à la ville et évoluera avec
elle.
Maren Kristin Pedersen
Femme fatale de l’histoire, dangereuse et séductrice, elle est le centre de l’intrigue. Bien que très jeune au début du roman, elle grandit peu à
peu et embellit. Ancienne maîtresse du consul Frimann, elle devient aussi celle de l’inspecteur Moland. Jeune femme brune et mystérieuse, se voulant indépendante et libre, elle s’oppose toujours
au mariage et préfère se prostituer. Ses mœurs et sa vie sont très choquantes pour l’époque, elle finira seule, abandonnée par Moland. L’enquête toune principalement autour des secrets que
connaît cette jeune femme manipulatrice.
Torleif Nesbo
Ce personnage est celui qui représente le mieux la révolution industrielle que subit Bergen. Jeune homme venant d’une famille pauvre de paysans,
Torleif s’engage comme ouvrier lors de la construction de la ligne de chemin de fer. Il tombe passionnément amoureux d’une jeune mère célibataire. Cet amour le conduira au meurtre de son rival.
L’intérêt premier de l’histoire semble être l’évolution sociale d’un jeune Norvégien à cette époque ainsi que l’évolution économique de Bergen mais l’on découvre finalement que l’épouse de
l’ouvrier a un lien très important avec le meurtre sur lequel porte l’enquête.
Karl Karoliussen
Enfant au début du roman, il représente la difficulté de vivre en ville. Expulsé avec sa famille à la suite d’un retard de règlement de loyer, c’est
lui qui nous fait découvrir les rudes conditions de vie à cette époque, la pauvreté et l’impossibilité de survivre sans emploi.
Robert Gade
Ancien comédien narcissique et vedette du théâtre de Bergen, il est la clef de l’enquête. Il connaît l’identité du meurtrier du consul, ancien amant
de Maren Kristin Pedersen. Considérant sa carrière d’acteur comme déclinnate, il choisira le suicide après avoir envoyé à son ancienne maîtresse une lettre annonçant l’identité du véritable
coupable.
Les thèmes récurrents
Le meurtre
Le sujet principal du roman est l’assassinat du consul Frimann. Cas extrêmement rare dans cette ville, le meurtre d’un bourgeois est choquant. De là
découlent la découverte de la ville puis la rencontre entre l’inspecteur Moland et Maren Kristin Pedersen. L’enquête aura une grande influence sur les personnages, particulièrement sur
l’inspecteur qui sera marqué à jamais par le suicide d’un suspect sous ses yeux, mais également sur la ville.
La ville
On reconnaît la passion de Staalesen pour Bergen dans L’Aube. La description de cette ville nous permet de découvrir un monde, la Norvège.
Chaque chapitre nous fait connaître peu à peu cette ville, les personnages sont aussi profondément ancrés dans Bergen que l’auteur. Cet amour fait ressentir au lecteur un délice dans l’avancée du
roman car bien qu’étant au départ un roman policier, c’est un roman historique qui se distingue totalement du polar classique. Mieux qu’un guide touristique, c’est la saga passionnante d’une
ville unique.
L’amour
C’est avec le personnage de Maren Kristin Pedersen que ce thème est le plus fort. L’auteur se plaît à cerner chaque personnage féminin d’une aura de
mystère. L’l’importance du sexe et de la passion amoureuse sont caractéristiques du genre policier. Les femmes chasseresses et dangereuses, les prostituées sont des personnages omniprésents. Pour
les femmes plus sages, le danger vient des secrets qu’elles cachent.
Conclusion
Le roman de Bergen fut pour moi un roman magnifique, troublant et percutant par le style de l’auteur, bien que découvert en traduction. Il pourrait
semble ennuyeux de découvrir une ville en près de 400 pages mais L’aube se différencie du roman policier comme du roman historique. C’est un livre qui m’a passionnée, cette découverte de
Bergen me donnant l’irrésistible envie de découvrir de mes propres yeux la beauté de cette ville.
Léa Masme, 1ère année édition-librairie 2011-2012.
Gunnar STAALESEN sur LITTEXPRESS
Article de Cyndie sur La femme dans le frigo.
Article de Guillaume sur La nuit, tous les loup sont gris.
Conférence
Lire en Poche 2012, Gradignan
en partenariat avec « Lettres du Monde »
Médiation : Christophe Dupuis
La conférence a lieu dans l’auditorium de la médiathèque de Gradignan, rapidement rempli par une foule tranquille mais impatiente. L’invitée et son
interlocuteur prennent place face au public, dans des fauteuils décorés de photos en trompe-l’œil de tranches de livres, plantant le décor d’une scène littéraire.
D’emblée, Christophe Dupuis nous met en garde (ou nous rassure) : mordu de polars depuis son enfance, il sera loin d’être objectif
lors de cette conférence. En effet, il fait partie des nombreux admirateurs de l’œuvre d’Alicia Giménez-Bartlett, ci-présente : habitant depuis toujours à Barcelone, elle est l'une des rares
auteures féminines de son pays à écrire des romans policiers. Elle nous présentera ainsi son œuvre, la saga des aventures de Petra Delicado (parues en
France aux éditions Rivages).
« Deux personnages pour deux visions de Barcelone »
Il s’agit donc d’une série policière centrée sur deux personnages : Petra Delicado, une femme d’une quarantaine d’années, attirante et possédant un
caractère fort et contradictoire, attachée au service de documentation de la police à Barcelone, et son adjoint, Fermín Garzón, plus âgé et moins cultivé qu’elle, n’aimant pas l’idée
d’obéir à une femme.
À travers la collaboration et l’opposition des caractères de ces deux personnages, Alicia Giménez-Bartlett propose deux visions de Barcelone : celle
de Fermín, qui offre un point de vue traditionnel lié à ses origines (il vient de Salamanque), et à l’opposé, celle de Petra, une Catalane qui représente la nouvelle Espagne démocratique
postérieure à Franco.
Tous les deux ont pourtant un point commun, et il s’agit de caractéristiques très « espagnoles », avec la vie passée dans les bars, l’évocation de
l’amour dans les conversations, les façons ironiques de voir la vie, ce qui les rapproche et les rend plus amicaux.
« C’est un sac de nœuds trempé dans l’eau bénite »
Christophe Dupuis mentionne cette expression qui l’a marqué, utilisée dans le dernier roman de la série, Le Silence des Cloîtres, et à
cette évocation, l’auteure espagnole rit avant d’expliquer que le polar est un genre littéraire qui donne l’opportunité d’utiliser beaucoup d’humour, d’ironie, pour mieux voir qu’il n’y a pas de
vérité absolue.
Un rapport ambigu entre fiction et réalité
Alicia Giménez-Bartlett parle ensuite du rapport de la fiction au monde concret, en insistant sur l’importance du témoignage sur la réalité. En
effet, les écrivains ont selon elle beaucoup enfermé leur monde, mais ils ne montreront pas dans le futur la société de leur temps. Le témoignage est l’aspect qu’elle préfère dans le polar, c’est
le droit littéraire de regarder autour de nous.
En ce qui concerne ce rapport au réel, l’invitée avoue clairement avoir inventé des noms de rue, des commerces, etc., comme la librairie spécialisée
dans les animaux qu’elle cite dans un de ses romans et qui est loin d’exister à Barcelone. Cependant, elle insère également dans ses récits des lieux non-fictifs en conservant leurs noms. Elle
nous a ainsi parlé d’un restaurant dans lequel elle apprécie de dîner, et qu’elle a décidé de citer dans un de ses romans (pour découvrir duquel il s’agit, il vous faudra lire sa série…).
L’apprenant, le gérant lui a offert son repas lors de sa visite suivante. Avec une certaine pointe d’humour, l’invitée barcelonaise estime que cet aspect de la littérature peut apporter des
choses positives dans la vie d’un écrivain.
Comment organiser l’évolution des personnages ?
L’auteure concède qu’au début de sa série, elle n’a jamais cru que l’écrivain avait quelque chose à voir avec cet aspect des personnages. Puis, à
travers le développement de ses protagonistes, elle s’est rendu compte que conduire un personnage d’un livre à l’autre permet de voir qu’il prend une importance certaine, faisant des réflexions
sur la vie, gagnant donc en maturité dans un certain sens, etc.
Les polaristes : une place particulière
Abordant ensuite la question de la place du roman noir en Espagne, nous apprenons qu’il y a encore quatre ans, Alicia Giménez-Bartlett était la
seule femme polariste d’Espagne, tandis qu’aujourd’hui, on dénombre une dizaine de Catalanes qui écrivent des polars. Face à ce phénomène, l’écrivaine émet l’hypothèse que les femmes espagnoles
ont reçu une voix publique trop tardivement tandis qu’aujourd’hui le polar est à la mode en Espagne.
Quelles sont ses sources ?
L’invitée du Salon nous indique que l’utilisation de la pure imagination dans le polar ou même dans tous les livres fait écrire n’importe quoi. En
ce qui la concerne, elle a donc demandé de l’aide aux policiers de Barcelone et s’est liée d’amitié avec Margarita Garcia, l’Inspecteur Général de cette ville.
Elle tire également ses renseignements d’avocats, médecins-légistes, experts en armes, vétérinaires, des gens qui travaillent dans la fabrication de
nourritures pour animaux, etc., ce qui ne l’empêche pourtant pas de faire des erreurs. On retrouve donc un paradoxe de vérité/fiction à travers des polars réalistes mais mis en scène dans des
lieux la plupart du temps fictifs.
La série d’Alicia Gimenez-Bartlett est disponible aux éditions Rivages dans la collection Rivages/Noir en format poche, et comporte actuellement
huit romans.
Sarah, 2e année bibliothèques 2012-2013
Kate ATKINSON
La Souris Bleue
Titre original
Case Histories
traduit de l'anglais
par Isabelle Caron
éditions de Fallois, 2004
Livre de Poche, 2006
Biographie
Voir : Wikipedia
Bibliographie
Dans les coulisses du musée (Behind the Scenes at the Museum), 1995
Dans les replis du temps (Human Croquet), 1997
Sous l'aile du bizarre (Emotionally Weird), 2000
Abandonment, 2000, théâtre
C'est pas la fin du monde (Not the End of the World), 2002, nouvelles
La Souris bleue (Case Histories), 2004
Les Choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux (One Good Turn : a jolly murder mystery), 2006
Nice, 2006, théâtre
À quand les bonnes nouvelles ? (When Will There Be Good News?), 2009
Parti tôt, pris mon chien (Started Early, Took My Dog), 2010
Résumé
Après Dans les coulisses du musée, on retrouve le détective ancien policier Jackson Brody pour de nouvelles aventures dans la ville de
Cambridge. Le roman commence par trois antécédents numérotés et datés, qui tissent les premiers fils de la toile d'araignée construite par Kate Atkinson dans La Souris bleue.
Première intrigue
En 1970, une petite fille de cinq ans disparaît. Olivia, enfant parfaite et benjamine d'une fratrie de quatre filles, dormait dans une tente avec sa
sœur, dans le jardin de la maison familiale, quand elle s'est évaporée avec son doudou, une souris bleue.
Deuxième intrigue
En 1994, Laura, la fille de Théo, est assassinée alors qu'elle effectuait son premier jour de travail dans le cabinet d'avocats de son père. Un
homme au pull de golf jaune demande à l'accueil maître Théo Wyre (qui est absent), puis se précipite dans la salle de conférence où il poignarde deux associés, avant de sectionner la carotide de
Laura, qui s'était lancée à sa poursuite.
Troisième intrigue
En 1979, Michelle, Keith et leur bébé Tanya vivent dans un cottage attenant à une ferme. Souffrant de dépression post natale, Michelle est épuisée
par les pleurs du bébé et ses trop nombreuses tâches ménagères. On les abandonne alors que Keith gît dans son sang, la tête fendue en deux par une hache. Le bébé s'est endormi à force de pleurer
et Michelle attend la venue de la police, se faisant la réflexion que les bûches fendues sentent meilleurs que les têtes fendues, et qu'elle aimerait pouvoir recommencer sa vie.
Quelques personnages
(dans l'ordre d'apparition)
Jackson Brody
Détective privé, ancien policier, il va recevoir succassivement les personnages qui viendront le voir pour résoudre leurs histoires. En parallèle,
il se débat avec son ex-femme Josie, remariée, pour l'éducation de sa fille Marlee. Il est également marqué par le meurtre de sa sœur alors qu'il avait douze ans.
Binky Rain
Vieille folle entourée de chats, c'était la voisine de la famille d'Olivia, la petite fille disparue. Les enfants la prenaient pour une sorcière.
Elle fait appel à Jackson parce qu'elle a l'impression que quelqu'un fait vole ses chats.
Amelia et Sylvia Land
C'était Amelia qui dormait dans la tente lorsqu'Olivia a disparu. Elle est rongée par la culpabilité depuis la disparition de sa petite sœur. Restée
plus ou moins vieille fille, jamais mariée, c'est aujourd'hui une femme molle de corps et d'esprit qui se consume de désir pour Jackson et manifeste des tendances certaines à
l'hystérie.
« Amelia Land aurait aussi bien pu avoir les mots « mal aimée » tatoués sur le front. [...] Elle lui rappelait de vieilles photos de marchandes de
poisson – gros souliers, collants de laine, ample jupe froncée en velours côtelé et sur les épaules un genre de fichu qu'elle serrait contre elle comme si elle gelait »
Sylvia ne pourrait être plus différente d'Amelia. Actrice, excentrique, bien roulée, elle est aussi libérée que sa sœur est coincée.
« l'autre petite, bien roulée et – Jackson connaissait aussi le genre – la vraie saute-au-paf. Elle portait un rouge à lèvres écarlate et des sortes
de fripes, des couches superposées de fringues excentriques et dépareillées, ses cheveux fous, relevés à la va-comme-je-te-pousse, étaient retenus par un crayon. »
Les sœurs Land contactent Jackson à la mort de leur père. Elles ont retrouvé dans un de ses tiroirs le doudou d'Olivia, Souris bleue, qui avait
disparu avec elle 34 ans plus tôt.
Theo Wyre
Theo est un homme obèse et asthmatique qui vit dans l'obsession de la mort de sa fille dont le meurtrier n'a jamais été retrouvé. Il demande donc à
Jackson de reprendre l'enquête.
Caroline
Son passé est inconnu, c'est une femme qui ment sur sa véritable identité (bien qu'il y ait mention d'un séjour en prison et d'une année de mise à
l'épreuve en sortant) et qui vit à la campagne, où elle a épousé un riche propriétaire local. Elle est amoureuse du curé.
Shirley Morrison
Sœur de Michelle, c'était elle qui avait appelé la police en la trouvant prostrée par terre, la hache à la main, son mari le crâne ouvert en deux.
Elle contacte Jackson afin qu'il l'aide à retrouver Tanya, confiée aux parents de Keith après le drame. Jackson n'est pas convaincue de sa sincérité lorsqu'elle raconte le drame.
Analyse
Kate Atkinson s'amuse à lier les destinées de tous ses personnages, dans un style direct et efficace, plein d'humour. On pourrait diviser ce livre
en deux parties : une première pendant laquelle la romancière s'amuse à complexifier les intrigues, en faisant s'entrecroiser leurs ramifications, puis une deuxième partie où petit à petit les
fils se dénouent jusqu'à ce que chaque mystère finisse par trouver sa solution. Des trois intrigues, trois antécédents sont donnés au début du roman, qui sont repris à la fin par le regard de
personnages différents. On pourrait imaginer trois brins de vie qu'on a tressés, et ces mêmes trois brins qu'on retrouve à la fin. Entre les deux, les histoires se croisent autour de Jackson
Brody, personnage central, fil conducteur au milieu de ces histoires. On aurait facilement pu faire trois bons romans de ces trois histoires, mais ce roman là est meilleur. Dense, vivant, drôle
toujours, le suspense est mené d'une main de maître.
C'est un très bon roman policier, mais pas seulement. Le regard de Kate Atkinson sur la société britannique est réjouissant parce que sans
concession. Elle épingle les petits travers des gens et les grands travers de la société, toujours avec humour, sans méchanceté.
L.F., 2e année Bibliothèques 2011-2012
Lien
Site officiel de Kate Atkinson.
Philip CARTER
Le Secret des glaces
Titre original
The Altar of Bones
Traduction
Dominique Hass
France Loisirs 2011
Le roman
Dans ce roman, l'auteur mélange les époques et les intrigues pour nous mener vers son énigme ultime. Il consacre le début de ce texte à la
présentation de divers personnages qui n'ont à première vue aucun lien entre eux. Ainsi il nous raconte successivement le meurtre d'une vieille femme sans abri à San Francisco, la mort du père de
Ry O'Malley au Texas au XXIe siècle, la fuite d'Elena Orlova d'un camp de prisonniers de Norlisk en Sibérie sous le régime soviétique, en février 1937, et la vie plutôt pathétique de
Zoé, une jeune avocate américaine. On découvre un peu plus tard des liens de parenté et des héritages légendaires entre les différents personnages décrits précédemment.
Philip Carter mêle habilement la fiction et la réalité historique. Ainsi les deux héros, Zoé et Ry, sont poursuivis par le passé de leurs parents
respectifs et doivent échapper aux hommes ayant participé au meurtre le plus retentissant du XXe siècle, celui de J.F. Kennedy. L'énigme : pourquoi Zoé a-t-elle hérité de l'Autel
d'ossements et où se trouve-t-il ?
L'auteur utilise une écriture simple et légère mais nous propose des scènes très imagées et visuelles où se mêlent courses-poursuites dans les rues
de Paris, conspirations, énigmes et éléments surnaturels, tensions sexuelles. Le rythme varie selon l'intensité des événements tout en gardant un dynamisme qui laisse le lecteur haletant à chaque
fin de chapitre. Malgré cette écriture fondée sur l'action, Philip Carter prend le temps de décrire ses multiples personnages et leurs caractères complexes, les tensions entre les différents
personnages qu'ils soient bons, méchants ou, le plus souvent, très ambigus.
Le titre
Les éditeurs de ce roman n'ont pas choisi une traduction littérale du titre original, The Altar Of Bones (soit en français : L'Autel
d'ossements). Certains critiques pensent que le titre Le Secret des glaces aurait été choisi pour rappeler l’atmosphère des romans de Dan Brown, qui mêlent aussi les événements
avérés avec du surnaturel. Ce qui nous amène à nous questionner sur l'auteur, Philip Carter.
L'auteur
Philip Carter serait un pseudonyme choisi par un « auteur de renommée internationale » (selon son site officiel) pour publier ce roman. La vraie
identité de l'auteur reste encore inconnue mais plusieurs critiques ou fans ont proposé quelques pistes. Certains pencheraient pour une œuvre posthume de Robert Ludlum qui avait déjà écrit ses
romans d'espionnage sous les pseudonymes de Jonathan Ryder et Michel Shepherd, d'autres reconnaîtraient l'imagination de Dan Brown ou d' Harlan Coben. Certaines personnes y verraient l’œuvre
d'une femme qui se serait fait passer pour un homme pour que son livre soit mieux accueilli par le public.
Le mystère est encore aujourd'hui complet sur l'identité de cet auteur.
Voici un article portant sur le pseudonyme Philip Carter :
http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/international/le-secret-des-glaces-est-bien-garde-31878.htm
Et voici le site officiel de l'auteur :
http://philipcarterbooks.com/
Aurélie, 2e année bib.-méd. 2011-2012
Linwood BARCLAY
Les voisins d’à côté
titre original
Too Close to Home (2008)
traduction
Marieke Merand-Surtel
Belfond Noir, 2010
J'ai Lu Thriller, 2012
Biographie
Né en 1955 aux Etats-Unis, dans le Connecticut, il en part dès son plus jeune âge lorsque son père, illustrateur publicitaire, doit s’exiler
au Canada pour des raisons professionnelles. Il entame en 1977 une carrière de journaliste et, après avoir passé son diplôme de littérature anglaise, commence à publier dans un journal local,
The Peterborough Examiner, puis dans Oakville Journal Record pour enfin réussir à travailler dans un des journaux les plus distribués au Canada, le Toronto Star.
Il va notamment travailler dans l’édition et devenir un des chroniqueurs les plus connus de la page « Vie quotidienne ». Après avoir publié plusieurs livres, il finit par se tourner vers le roman
policier.
Pour en savoir plus :
http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2009/11/06/15704766.html
Site de l’auteur (en anglais): http://linwoodbarclay.com/about.html
Résumé
Promise Falls, une petite ville apparemment sans histoires qui cache pourtant tellement de choses...
Derek Cutter, 17 ans, un peu bagarreur, dit au revoir à ses voisins, les Langley, dont Adam, son meilleur ami, qui s’apprêtent à partir en vacances
pour quelques jours. Jeune, mais pas si innocent que cela, Derek a déjà un idée en tête : il pense avoir la maison pour lui tout seul pour voir sa petite amie Penny. Une fois les Langley partis,
Derek s’installe au sous-sol de leur maison et en profite pour appeler Penny, mais elle ne pourra pas le rejoindre ce soir-là. En meublant donc sa solitude, il perçoit un bruit de voiture et se
rend compte que les Langley sont de retour. Il essaye tant bien que mal de se cacher, mais quelque chose de bizarre se trame en haut de l’escalier : un visiteur surprise est entré. Après des
paroles inaudibles, le mot « honte », puis des coups de feu partent. Les Langley sont assassinés…
Le lendemain, une enquête est ouverte mais le jeune adolescent n’ose pas dire qu’il a assisté à ce massacre, ce qui va lui porter préjudice. Son
emploi du temps et ses dires ne tiennent pas, il est arrêté pour meurtre. C’est à partir de là que la vie de Jim et Ellen Cutter, ses parents, va être bouleversée.
Des révélations sont faites, ce qu’on croyait être n’est pas, les secrets les mieux gardés sont mis au jour. On entre dans le jardin secret de
chacun, découvrant ses moments les plus noirs. Vous n’allez pas finir d’ouvrir de grands yeux, car dès lors que vous penserez être sur une piste, vous vous rendrez compte aussitôt que vous faites
erreur. Ce serait trop facile, vous ne pensez pas ? Mais si ce livre ne développait qu’une intrigue… Entremêlées, plusieurs histoires font leur apparition, qui toutes semblent liées. Entre en
scène un professeur très réputé qui a publié un livre à succès, La Part manquante, l’histoire d’un homme qui se réveille et découvre qu’il a un vagin au lieu de son sexe ; or ce texte
était déjà présent dans l’ordinateur d’un étudiant mort juste avant la publication ; il est aussi question d’un maire qui a eu une relation sexuelle avec une prostitué mineure…
Les personnages
Derek Cutter : adolescent de 17 ans qui, tous les étés, aide son père à tondre
les pelouses ; travailleur, un peu cancre, il va être accusé de meurtres.
Jim Cutter : père de Derek et narrateur de l’histoire ; il a créé sa propre
entreprise d’entretien de jardin après avoir démissionné de son poste de chauffeur du maire. La démission est liée au faux pas du maire. C’est lui qui va apporter le plus d’éléments à
l’enquête.
Ellen Cutter : épouse de Jim, épouse attentionnée, elle travaille à la fac de
Thackerey pour Conrad Chase, avec qui elle a trompé son mari. Elle fait les meilleurs pains perdus de la ville.
Conrad Chase : président de la fac, il est l’auteur d’un best-seller, La
Part manquante ; Jim se demande si c’est vraiment lui qui a écrit cette histoire et l’accuse de plagiat.
Barry Duckworth : inspecteur de police ; c’est lui qui mène l’enquête, mais il
ne va pas trouver par lui-même les vrais coupables.
Randall Finley : maire de la ville, homme détestable, qui se prépare à se
présenter au congrès, qui a fait pas mal d’erreur, comme coucher avec une mineure ou vomir sur le tapis d’un foyer pour mères célibataires.
Lance Garrick : nouveau chauffeur du Maire ; il est en conflit avec Jim Cutter,
et ils vont s’affronter à coups de poing et d’arrosoir.
Drew Lockus : sortant de prison où il purgeait une peine pour braquage de
banque, il va travailler pour Jim. Il s’occupe de sa mère qui a atteint un certain âge.
Venez découvrir les visages cachés des habitants de Promise Falls dans ce thriller psychologique où l’auteur exprime ses peurs et ses angoisses. On
ne connaît jamais vraiment une personne, même si elle nous semble proche. Les gens ont toujours quelque chose à cacher.
Melody S., 2e année bib.-méd.
David PEACE
Tokyo, année zéro
Titre original
Tokyo Year Zero
Faber and Faber, 2007
traduit de l’anglais
par Daniel Lemoine
Payot et Rivages, 2008
Rivages/noir, 2010
Né au Royaume-Uni en 1967, David Peace arrête très vite sa formation à l’école d’enseignement technique de Manchester et part pour Istanbul y
enseigner l’anglais. Depuis 1994, il poursuit son activité d’enseignement à Tokyo où il vit avec sa famille. Toute sa scolarité a été bouleversée par les activités de l’éventreur du Yorkshire.
C’est cela qui a développé chez lui cet intérêt pour le crime. En effet, jusqu’en 1977, Peter Sutcliffe a assassiné treize femmes. À cause d’un concours de circonstances, David Peace a cru
pendant longtemps que le tueur était son père. Cela a beaucoup influencé son écriture, en particulier dans ce que l'on considère comme son chef-d’œuvre : le Quatuor du Yorshire, dont les
volumes ont paru en 1974, 1977, 1980 et 1983.
Tokyo année zéro se déroule donc à Tokyo, un an après la capitulation du Japon, soit en 1946.
Il s'agit du premier tome d'une trilogie fondée sur la reconstruction du Japon et les traces laissées par la guerre. Peace a réalisé cette trilogie
parce qu’il lui semblait intéressant de voir comment une ville aussi gigantesque et occupant un rôle aussi important dans le monde d'aujourd'hui s'était relevée, reconstruite sur l'horreur et par
l'horreur. Lorsque Peace parle de Tokyo, il dit :
« Quand je déambule dans Tokyo, j'ai toujours l'impression de marcher sur deux couches de cendres, les cendres des ruines de la ville et celles des
morts. Je suis fasciné par la façon dont Tokyo s'est reconstruite sur ses ruines et est devenue cette ville futuriste et moderne. »
L'histoire est inspirée d'un fait réel, comme l'indique l'auteur à la toute fin du roman, dans une note.
Structure du roman
Le roman est composé d'un prologue et de trois parties, chacune d'environ 150 pages. Le passage d'une partie à l'autre se fait lorsque
l'inspecteur Minami, le personnage principal, prend un somnifère, la Calmotine. On peut alors lire un texte sur la page de gauche précédant le premier chapitre de partie. La typographie est
différente : le texte n'est pas du tout aéré, il est brut, sans paragraphe, la taille de la police est plus petite que celle utilisée dans le reste du texte. Les seuls mots mis en exergue
sont « Trente Calmotine, trente et une... » : Minami prend ses cachets, ou les compte. On comprend réellement que ces
textes indépendants concernent la guerre et ses horreurs à la fin du roman, lorsque trois pages entières sont rédigées de cette manière. En lisant ces pages les unes à la suite des autres et non
pas en début de chapitre, on réalise qu'elles reconstituent un historique de la guerre, celle que Minami a vécue, et qui le fait plonger dans un état de folie avancée.
Le prologue
Le « quinzième jour du huitième mois de la vingtième année de l'ère Shôwa », soit le 15 août 1945, un cadavre est découvert. Les inspecteurs de la police métropolitaine de Tokyo, Minami, Fujita et Nishi sont dépêchés sur place. Il s'agirait de Miyazaki
Mitsuko, une jeune fille d'environ 18 ans, disparue quelques mois auparavant. Un Coréen est accusé, et « jugé » sur place : il est condamné à mort et enterré vivant.
Pendant cette arrestation, l'Empereur japonais prononce une allocution à la radio, dans laquelle il déclare la capitulation du Japon et la victoire
des États-Unis. C'est une immense honte pour les policiers japonais présents, ainsi que pour l'ensemble de la population japonaise.
Première partie : La porte de chair (p.44-196)
Un an après la capitulation, deux nouveaux cadavres, ceux de deux jeunes femmes, sont découverts dans le parc Shiba de Tokyo. Minami et ses
collègues sont chargés de résoudre l'affaire. Après autopsie, il s'avère que les femmes ont été violées puis étranglées avec leur ceinture. Mais l'enquête piétine, pour de multiples raisons : un
des cadavres n'est pas identifiable car en état de décomposition avancée (il ne reste que des lambeaux de peau sur les os), il y a trop de personnes déclarées disparues, pas assez de moyens à
disposition pour résoudre l'enquête, etc. De plus, Minami est hanté par tous les cadavres qu'il a pu voir jusqu'à maintenant, et malade.
Des pistes finissent par être trouvées pour le premier cadavre : un homme, Kodaira Yoshi, est accusé du viol et du meurtre de la première femme ;
identifié comme étant Midorikawa Ryuko, il finit par avouer. Mais au fur et à mesure que l'enquête avance, Minami commence à avoir des soupçons sur deux de ses collègues, les inspecteurs Ishida
et Fujita. Suite à une conversation avec un journaliste, Hiyashi Jo, Minami panique car celui-ci menace de dévoiler ses liens avec le gang Matsuda à ses collègues, mais apprend que Fujita a été
vu dans le bar où a été tué Matsuda.
Deuxième partie : Le pont des larmes (p.198-368)
Suite aux aveux de Kodaira, les policiers réalisent que d'autres dossiers correspondent au mode opératoire du meurtre de la jeune fille, et décident
de les rouvrir. Ils cherchent toujours à identifier le deuxième cadavre du parc mais sans succès. En enquêtant sur la piste du meurtre non résolu d'Abe Yoshiko, Minami découvre qu'une de ses
amies, Tominaga Noriko, a également disparu et que son signalement ressemble énormément à celui du deuxième cadavre. Après enquête, il s'avère que cette dernière est toujours vivante mais tient à
rester portée disparue pour pouvoir vivre son histoire d'amour avec un policier.
Parallèlement, les équipiers de Minami se plaignent auprès de leur supérieur, l'inspecteur chef Adachi qui décide de rétrograder Minami et l'éloigne
de Tokyo le temps qu’il achève ses enquêtes.
Troisième partie : La montagne d'ossements (p. 370-482)
Minami et Ishida enquêtent sur les dossiers présentant des points communs avec ceux des premières victimes. Pendant le séjour, Minami trouve
qu'Ishida a un comportement bizarre et ne comprend pas pourquoi il a un pistolet sur lui. Après avoir réussi à réunir des preuves contre Kodaira, ils décident de rentrer à Tokyo. Minami menace
Ishida après lui avoir pris son arme, mais le tue avant de lui avoir fait avouer quoi que ce soit.
Il devient alors complètement fou, et le récit devient encore plus difficile à suivre, puisque composé (en apparence) de flashbacks
d'épisodes de la guerre et de la réalité. Il retourne au commissariat et prend un de ses anciens subordonnés en otage : il lui demande de lui expliquer pourquoi Ishida a tenté de le tuer. Sa
folie le conduit à répéter sans cesse : « Je sais qui je suis ». Kodaira a reconnu en Minami un ancien camarade de
guerre, et à partir du moment où cette information est révélée, il devient difficile de dire ce qui tient de la réalité, ce qui tient du souvenir, ce qui tient de la folie... dans le récit de
Minami.
Personnage principal : Inspecteur Minami
Policier, il a obtenu son poste grâce à son père pendant la guerre, car il était ami avec le commissaire. Marié, il a deux enfants, dont une fille
gravement malade et touchée aux yeux. Ce qui apparaît principalement de lui dans le roman, c'est sa quête d'identité. Bouleversé, traumatisé par la guerre, il cherche à trouver sa place dans un
nouveau Japon. Retrouver le meurtrier des trois filles est sa manière à lui de se reconstruire et d'avancer dans la vie.
On apprend à la toute fin qu'il s'appelle en fait Katayama et qu'il a été caporal de la Kempeitai (police militaire de l’armée impériale) pendant la
guerre. Pour échapper à l'asile psychiatrique, on lui a donné une nouvelle identité et un nouveau travail. Mais incapable d'oublier ce qui s'est passé durant la guerre, il finit par devenir
complètement fou et se fait interner à l'hôpital psychiatrique Matsuzawa.
Aurore, 1ère année bib.-méd.
David PEACE sur LITTEXPRESS
Article de Marine sur Tokyo année zéro.
Dashiell HAMMETT
Le Grand Braquage
Titre original
The Big Knockover (1924)
Initialement traduit sous le titre
Dollars de sang
Nouvelle traduction
Janine Hérisson
et
Henri Robillot
Gallimard
Collection Carré noir, 1980
Folio policier, 2004
Le Grand Braquage appartient au genre du roman noir qui naît véritablement aux États-Unis dans les années 1920 et tente de rendre compte de
la réalité sociétale : crime organisé, affaires mafieuses, corruption politique et policière, violence et insécurité urbaines... Tout en étant un roman de détective, il se fixe ses propres
frontières en s'opposant au roman d'énigme et se situe dans un univers moins conventionnel.
Biographie
Né dans une famille pauvre le 27 mai 1894 à Baltimore, Dashiell Hammett est le fils d'un politicien escroc. Il part de chez lui à 14 ans pour mener
une vie de bohème où il sera initié à la loi de la rue. Détective privé pendant six ans au sein d’une célèbre agence, il découvre l'importance de la corruption au sein de la société
américaine.
De ses expériences, il tire son inspiration pour le « Roman noir » dont il est considéré comme le fondateur. Des auteurs tels que Hemingway,
Chandler ont chacun reconnu son influence sur leur propre travail.
Quand Hammett rencontre le succès dans son pays, on fait de lui l'inventeur de ce que l'on peut traduire par l'« école des durs à cuire », en
référence aux personnages violents et dépourvus de sensibilité qui fourmillent dans ses histoires. Ses premières nouvelles paraissent en 1922 dans les collections de romans populaires mais sans
grand succès. Il écrire six grands romans : Le Grand Braquage, La Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon de Malte, La Clé de verre,
L'Introuvable.
Sa brève carrière d'écrivain se termine en 1934, après une période de succès de 1929 à 1934. Alcoolique et malade de la tuberculose, Dashiell
Hammett meurt à New York en 1961.
Le Grand Braquage
Cet ouvrage contient une préface de Lillian Hellman, sa femme. Il est divisé en deux parties : « Le grand braquage » et « Le prix du sang
».
La couverture
La couverture de ce livre est surprenante car elle ne correspond en rien à l’histoire qu’elle contient. En effet, on y trouve un grand bâtiment
jaune avec l’inscription « Soma vintage », un numéro en haut d’une porte : 885 et enfin une moto garée devant. On ne retrouve aucun de ces éléments dans le récit.
Le protagoniste et son agence
Le travail d’écriture fait sur le personnage du détective est très intéressant. Ce détective est le narrateur de l’histoire et on ignore tout de
lui, même son nom. C’est un joli exercice de style parce qu’on se demande comment l’auteur va faire pour ne jamais le nommer.
L’emploi du « je » nous donne par ailleurs l’impression non pas d’être lui, mais d’être son partenaire fidèle et silencieux. Cela le rend aussi plus
distant, plus rude.
La Condinental Detective Agency où il travaille est aussi l’agence de détective que Dashiell Hammett utilise dans Le Faucon de
Malte.
Résumé
1ère partie : Le grand braquage
L’histoire se déroule à San Francisco. Le détective se rend dans son bar habituel où il peut observer les truands. Il en rencontre ce soir-là un
avec sa copine pour discuter des nouvelles de la rue et il en repère plusieurs venus d’autres villes.
Le lendemain en fin de journée, son patron lui apprend qu’il y a eu un très gros braquage impliquant 150 truands de plusieurs grandes villes qui se
sont associés pour dévaliser deux grandes banques. La chasse débute. Le détective fait les différentes boîtes de la ville pour retrouver des truands, les identifier et les prendre en
filature.
Il repère un jeune Arménien qui va de bar en bar comme lui et qui passe des tuyaux aux chefs de bandes. Il appelle donc un de ses collègues, Jack,
pour l’aider à le filer. Une fois sa mission remplie, l’Arménien rentre à l’hôtel, le détective y reste également pendant que Jack suit le garde du corps du « gamin ». Après quelques minutes, le
détective va voir où est l’Arménien et le découvre mort dans sa chambre. C’est la première élimination ! En effet, Jack indique les endroits visités par le garde du corps et d’autres bandits à la
police qui découvre dans chaque maison des truands assassinés.
Comme il a perdu son truand, le détective va essayer de retrouver des têtes pensantes vivantes, notamment Red O’Learny qu’il avait vu la veille au
bar. Son but est de le suivre car il doit savoir qui est a la tête de l’opération. Le seul problème est que d’autres truands ont pensé la même chose lorsqu’ils ont vu leurs chefs se faire tuer.
Malgré eux, le détective et Jack se retrouvent impliqués dans une bagarre de bar. Ils vont aider Red et sa copine à quitter les lieux et se cachent dans un immeuble. Les deux hommes se font alors
passer pour des truands. Lorsqu’ils tombent nez à nez avec les autres truands, le protagoniste en profite pour blesser Red, l’obligeant ainsi à le conduire au chef des opérations.
La petite bande se retrouve donc chez la Grande Flora, chef présumé, où on retrouve également le garde du corps et un vieux monsieur
qui se fait martyriser. La supercherie démasquée, le détective est assommé et enfermé à la cave. Le vieux monsieur lui propose alors de faire descendre u n par un les bandits afin qu’il les assomme et les
attache. La police arrive et il laisse partir le vieillard et la copine de Red qui n’avait rien à voir dans l’histoire. C’est à ce moment seulement qu’ils apprennent l’identité du cerveau de
l’affaire.
2ème partie : Le prix du sang
Une vingtaine de jours se sont écoulés et les assurances des banques proposent une récompense pour la capture du cerveau. Un truand qui veut toucher
la récompense vient voir le détective pour passer un accord. Une nouvelle quête commence…
L’écriture
Presque toute l’histoire se passe le soir et la nuit, dans des lieux très sombres, inquiétants : caves, immeubles en destruction sans électricité,
forêt… Les conditions atmosphériques sont semblables : boue, brouillard…
On a presque l’impression que l’auteur prend un malin plaisir à toujours laisser le lecteur dans l’inquiétude, contrairement au détective qui, lui,
n’est pas du tout inquiet et nous oblige à avancer.
Il n’est jamais question de vie privée, il ne s’agit que d’une enquête dans le monde de la nuit. Dashiell Hammett nous fait parcourir tous les
recoins sombres de la ville, nous confronte au mal.
Il y a également beaucoup de descriptions des bâtiments, très précises dans la localisation, avec beaucoup de noms de rues pour donner du réalisme
et de l’épaisseur ; en revanche, on reste à la surface des personnages.
L’écriture est sèche, elle implique beaucoup d’éléments visuels, des descriptions toujours sombres, sans « chichis ».
Enfin, on perd les notions de Bien et de Mal qui n’ont plus cours dans cet univers.
Laurette, 1ère année bib.-méd.
Dashiell Hammett sur Littexpress
Article de Thomas sur Moisson rouge.
Article de Chloé sur Le Faucon de Malte.

Article de Lucie sur La Clé de verre.
Article de Loïk sur Meurtres à Chinatown.
Raymond CHANDLER
Les ennuis c'est mon problème
Pocket bilingue, 2011
Nouvelle traduction de
Jean Sendy et J.-F. Amsel
in
Les Ennuis, c’est mon problème
intégrale des nouvelles
de Raymond Chandler
Omnibus, 2009
Biographie
Voir liens en fin d’article : autres fiches sur Chandler.
Les ennuis c'est mon problème est la dix-huitième nouvelle de Chandler ; elle paraît en 1939, la même année que son premier roman Le grand
sommeil.
Dans Les ennuis c'est mon problème, il met en scène pour la cinquième fois la détective John Dalmas, narrateur de l'histoire. Ce personnage
principal présente toutes les caractéristiques du héros chandlerien : coriace mais sentimental, homme solitaire, plus intéressé par la justice que par l'argent. Dans la présentation de la
nouvelle, Jean-Pierre Bernam dit que
« c'est là un des traits – mainte fois imité par la suite – qui différencie Chandler des auteurs de littératures policières de son époque : plus
qu'à la solution d'un énigme il s'attache – en utilisant son héros – à mettre en lumière la vérité, et tout particulièrement celle de ses personnages, principaux ou secondaires. »
Un père, M. Jeeter engage un détective, John Dalmas. Il soupçonne sa belle-fille, Harriett Huntress, d'en vouloir à son fils adoptif, Gérald, qui
vient de toucher un héritage et de travailler pour Marty Estel, un joueur professionnel à qui Gérald doit de l'argent.
John Dalmas commence son enquête par une visite à Arbogast, un privé qui avait travaillé sur l'affaire, mais en arrivant à son bureau il le trouve
assassiné. Il décide alors de partir pour l'hôtel où habite Harriett Huntress avec qui il ne discutera pas longtemps car Gérald va faire son apparition et interrompre la discussion.
En rentrant chez lui après ces deux échecs, il se trouve nez à nez avec deux hommes, Frisky et Waxnose Lavon, qui lui disent de
« laisser tomber le môme Jeeter ». Dalmas commence à se poser des questions : qui a bien pu engager ces deux hommes ? Pour lui,
ça ne peut pas être Marty Estel ; pourtant il ne voit pas qui cela pourrait être d'autre.
Selon les ordres reçus, il part chez M. Jeeter qui lui envoie son chauffeur. Les deux homme n'arrivent pas à destination, car ils sont
attaqués par Frisky et Waxnose ; le chauffeur tue un des deux hommes pour se « défendre ». Dalmas fait demi-tour et
rentre chez lui. C'est alors que M. Jeeter l'appelle pour lui dire de suivre ses ordres.
La Criminelle vient interroger Dalmas, soupçonné du meurtre de Frisky. Car
« quelqu'un a appelé en conseillant de dire à la criminelle que s'ils veulent savoir qui a descendu Frisky Lavon ils n'ont qu'à
demander à un privé, John Dalmas ».
Il se rend une nouvelle fois à l'hôtel d'Harriett Huntress où il rencontre Marty Estel, seul dans la chambre en train d'attendre Gérald. Il veut le
mettre sous protection pour être sûr qu'il ne lui arrive rien et être sûr de toucher son argent. Une fois Marty Estel parti, Dlamas se lance dans une inspection de la chambre et découvre dans un
placard le cadavre de Gérald.
« Ainsi en fin de compte, il ne verrait pas la couleur de ses 50 millions de dollars, pas plus que qui que ce soit d'autre, et Marty ne récupérerait
pas ses 50 000 dollars. Parce que le jeune Gérald était mort. »
Il trouve à côté du corps, le revolver de Harriett Huntress. Donc tous les soupçons convergent vers elle.
Il part pour annoncer la nouvelle à M. Jeeter, ainsi qu'à Harriett Huntress et au chauffeur qui sont également présents. Sachant qui est le
meurtrier, il va exposer aux trois personnages les différents éléments de l'enquête pour arriver au véritable meurtrier.
Jusqu'au dernier moment Chandler va nous faire croire que Harriett Huntress est l'assassin, car si elle ne travaille pas pour Marty Estel, elle veut
se venger de M. Jeeter qui a causé la ruine de son père. Mais comme dans la plupart de ses nouvelles, Chandler nous dévoile à la dernière page le vrai visage de l'assassin, en expliquant le
mobile de façon logique.
La chute paraît tout à coup évidente, mais Chandler a l'art de nous faire douter de chaque personnage : Harriett Huntress, avec le revolver retrouvé
à côté du corps de Gérald, ou encore Waxnose Lavon dont le rôle reste flou tout au long de l'histoire. On émet des doutes sur chacun sauf sur l'assassin véritable. Éclairé par les derniers
éléments apportés par l'auteur, le lecteur voit toutes ses hypothèses voler en éclats.
Chandler, par la finesse de ses descriptions, arrive à nous faire visualiser non seulement le physique mais aussi la comportement des personnages,
ainsi que l'environnement dans lequel ils évoluent.
Par ses descriptions, il arrive à donner à son récit l’atmosphère particulière des romans noirs. Comme le dit Jean-Pierre Bernam,
« dès le départ le ton est donné, la silhouette des personnages même de second plan, brossé avec précision, vigueur, lucidité et humour, prend
vie, l'espace – appartement, hall d'hôtel, officine de privé – s'anime. »
Lucie, 1ère année bib.-méd.
Raymond CHANDLER sur LITTEXPRESS
Articles de Lola et de Céline sur Un tueur sous la pluie.
Article de Marion sur The Long Good-Bye (Sur un air de navaja).
Article de Lucie sur Les ennuis c'est mon problème.
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