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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 07:00

Chuck-Palahniuk-Choke.gif

 

 

 

 

 

 

 

Chuck PALAHNIUK
Choke
Traduit de l'américain
par Freddy Michalski.
Denoël 2002
Gallimard
Folio policier, 2005
1ère édition Random House 2001.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image-1.jpegChuck Palahniuk, né 1962 à Pasco (États-Unis).

Réputé pour détruire toute structure narrative dans certains de ses romans comme Pygmy (2009) à la limite du traduisible, pour plonger son lecteur averti dans des univers totalement burlesques, imprévisibles et dérangeants tel celui de Survivant (1999) ou encore s'attaquer de façon très virulente à la société américaine, Chuck Palahniuk peut être aujourd'hui considéré comme un auteur culte.

Le fait de ne pas pouvoir vivre de ses écrits journalistiques, d'être contraint de devenir mécanicien pendant dix ans pour subvenir à ses besoins alimentaires et de passer son temps libre dans un hôpital pour accompagner les personnes en phase terminale, pousse presque inévitablement cet homme terrifié par la mort vers une écriture très noire et incommodante. Son premier roman, Invisible Monsters, est d'ailleurs rejeté par tous les éditeurs en raison de son caractère dérangeant.


Pourtant, son style minimaliste, les thèmes de la mort, du sexe, de la folie, ses idées anticonformistes présentées avec une violence omniprésente trouvent le chemin du succès avec le roman Fight Club écrit en 1996, roman dans lequel son héros survit à une société de consommation et destructrice d'identité en devenant schizophrène. David Fincher le porte à l'écran en 1999 avec Edward Norton et Brad Pitt dans les rôles principaux et fait ainsi de Palahniuk un auteur à redécouvrir d'urgence. Suite à sa notoriété grimpante, ce dernier enchaînera rapidement les romans et écrira même un recueil de nouvelles intitulé Festival de la couille et autres histoires vraies.

 

 

Résumé

Victor Mancini, la trentaine, sexoolique. Emploi : figurant dans un musée vivant où les anachronismes sont punis « par la mise au pilori avec suspension de salaire » (éditeur). Moyen de financement pour les soins de sa mère folle à lier, qui ne reconnaît pas son fils : s'étouffer en public dans les restaurants jusqu'à ce qu'un sauveur inconnu intervienne et paie sa minute de gloire en envoyant tous les ans une somme d'argent et un mot réconfortant. Meilleur ami : Denny, qui combat sa dépendance du sexe par une régulière mise au pilori et en collectionnant les cailloux. Objectif du moment : dépasser son étape quatre du programme contre l'addiction sexuelle et les comportements sexuels compulsifs en rédigeant l'histoire intégrale et sans concessions de son existence de drogué.

Le héros de Chuck Palahniuk nous raconte tout cela sans nous épargner le moindre détail, faisant fi de toute morale, dignité et décence, en alternant présent, passé et réflexion personnelle. Le tout en essayant de découvrir le terrible secret de sa naissance, seul connu de sa mère délirante, au bord de la mort et souffrant d'agnosie.


Analyse

Avant même de pouvoir approcher l'univers de Choke, l'éditeur donne le ton en glissant une petite note d'avertissement au début du livre : « To choke : bloquer la respiration par serrage ou obstruction de la trachée. » Avertissement qui fait déglutir le lecteur et le met à juste titre en alerte.

Et puis, ça commence... Palahniuk n'y va pas par quatre chemins et tente dès la première ligne de désarçonner son lecteur : « Si vous avez l'intention de lire ceci, n'en faites rien, ne vous donnez pas cette peine ». « Allez vous-en, tant que vous êtes encore intact, en un seul morceau. Soyez votre propre sauveur. Il doit bien y avoir mieux à la télévision. » On ne le devine peut-être pas tout de suite mais ici, Palahniuk entreprend déjà son travail destructeur qui vise à se moquer ouvertement des individus lambda accrochés à leur valeurs morales, leur quotidien et leurs comportements normalisés qu'il ne faut surtout pas bousculer. Or c'est justement là, le but de Choke, qui démarre sur cette tentative de faire fuir le lecteur et qui en même temps aiguise habilement sa curiosité.

Le roman se raconte à travers les lèvres de Victor Mancini, personnage qui se caractérise par sa vie déjantée dominée par les femmes et ses problèmes identitaires. Après une enfance détruite par sa mère démente qui l'enlevait de ses familles d'accueil à chaque sortie de prison, Victor Mancini est un perpétuel insatisfait qui voit le monde comme un produit standardisé, cruel, destructeur, intolérant et où tout est mensonge.

« Nous sommes incapables de vivre avec les choses que nous ne pouvons pas comprendre, c'en est pathétique. À quel point nous avons besoin de voir tout étiqueté, expliqué, déconstruit. Même s'il est sûr que c'est inexplicable. Même Dieu. »

C'est un être qui, dans un monder pareil, a peur d'avoir des sentiments, d'être quelqu'un de bien. Il devient un drogué du sexe, seul moyen pour lui de pouvoir oublier la misère humaine pendant quelques minutes.

« Les orgasmes inondent le corps d'endorphines qui tuent la douleur et vous tranquillisent. Pendant les instants qui suivent jusqu'à je ne sais pas quand, je n'ai pas de problème sur cette terre. »

Durant ces libérations, Victor peut échapper à sa mère, à toutes les femmes qui dominent sa vie et ont toujours dicté sa conduite. Domination qu'on analyse en même temps que Mancini dans ses flash-back où il apparaît, enfant, totalement sous l'emprise de sa mère qui l'éduque à son image. « Parce que rien n'est aussi parfait que ce que tu peux imaginer ». Elle instaure une première réflexion religieuse dans le roman et, progressivement, présente son fils comme un homme doté de certains pouvoirs et responsabilités. « Je me dis que si Ève a réussi à nous coller dans ce foutoir, alors moi, je peux nous en sortir, disait la Man-man. » Avec l'aide de la belle doctoresse Marshall, qui en contrepartie veut un bébé, le héros palahniukien va découvrir son identité avec le lecteur, révélation bouleversante dans tous les sens du terme, puisqu'il est en fait, d'après sa mère, la seconde venue du Christ sur terre. À partir de ce moment-là, ce dernier fera tout pour échapper à ses responsabilités divines en développant des comportements extrêmes, se posant inlassablement la même question :  « Qu'est-ce que Jésus n'irait PAS faire ? », bien qu'il soit encore loin de tout savoir sur sa naissance...

Victor Mancini est arrivé à un moment de sa vie où il n'a aucune perspective d'évolution. Comme dans son travail, en tant que figurant de l'année 1734, il est bloqué  dans le temps, par son passé et le mystère qui entoure sa naissance. Le blocage est général si bien qu'il n'arrive pas à dépasser son étape quatre du programme des sexooliques. La thématique identitaire est au cœur du problème et pose de grandes questions sur la place de l'identité aujourd'hui dans notre société.

Le style de l'auteur est proprement ravageur. De même que le récit se divise entre présent et passé, l'écriture, elle, revêt deux formes qui s'entremêlent sans cesse. Tout d'abord, le langage cru et incisif des personnages, dont l'effet est renforcé par la construction des phrases. Courtes, peu imagées, avec usage de formules répétitives. « Pèlerinage n'est pas vraiment le mot qui convienne, mais c'est le premier qui vient à l'esprit. » Certains propos sont également rapportés sous forme de notes : «  À voir aussi : La queue de billard. À voir aussi : Le hamster-nounours. » ou encore « Qui dit : Critique... Qui dit : Mère... Qui dit : Intervenir ». Tout ce style, bien qu'omniprésent dans le livre, caractérise particulièrement les scènes burlesques et hilarantes.

Enfin, on retrouve l'utilisation régulière d'un vocabulaire très spécifique qui dévoile une deuxième facette de Mancini, celui d'un homme assez brillant, intelligent, qui se maintient lui-même dans un niveau intellectuel moyen, pour ne pas révéler ses capacités et rester ainsi un individu ordinaire. Il y a par exemple, de nombreuses énumérations, chacune propre à un domaine : « architraves composites toscano-corinthienne de l'entablure » en parlant des pierres collectionnées par son ami Denny, ou l'emploi de termes médicaux, « rougeur qui signife zona. Teigne. Gale. Maladie de Lyme, méningite, fièvre rhumatismale, syphilis », qui lui viennent naturellement à l'esprit lorsqu'il observe une danseuse.

L'écriture de Chuck Palahniuk peut paraître de prime abord,simple et efficace mais, au fil de la lecture, comique et folie se noient dans une ambiance non seulement malsaine mais aussi très noire et dérangeante. Mancini porte un regard extrêmement négatif sur la société et les gens qui l'entourent. L'atmosphère se fait étouffante, d'autant plus que certaines moqueries visent directement le lecteur. On se sent presque coupable de ne pas profiter de la vie comme on pourrait le faire. Les modèles sociaux règlent nos quotidiens et la mondialisation nous entraîne vers un conditionnement effrayant.

 

 

Mon avis

À ne pas mettre entre toutes les mains mais c'est pour moi un très bon roman. L'univers subversif de Palahniuk brille par son scénario plus qu'original et ses personnages décalés. Le désagréable et le burlesque s'harmonisent parfaitement, même si certaines scènes voluptueuses sont de trop. Tout est imprévisible, et c'est là le point fort du livre. D'une certaine manière, on peut rapprocher le style de cet auteur américain de celui de Frédéric Dard dans Le standinge selon Bérurier, bien que Choke se démarque grandement par ses critiques sociales venimeuses et sa vision noire du monde qui nous entoure.

S.R., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.   

 

 

Chuck PALAHNIUK sur LITTEXPRESS

 

 

Palahniuk-Peste.gif

 

 

 

 

 

 

 Article d'Estelle sur Peste.

 

 

 

 

 

Palahniuk Le Festival de la couille

 

 

 

 

 

 Article de Nawal sur Le Festival de la couille.

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 07:00

james_ellroy.jpgVendredi 28 janvier 2011 à 18h.



À l’occasion de la sortie de La Malédiction Hilliker, son nouveau livre, James Ellroy est venu rencontrer ses lecteurs toulousains.

Après une vente-dédicace à la librairie Ombres Blanches, la rencontre a eu lieu à la médiathèque José Cabanis.

Ce grand personnage ironique a une allure décontractée. Il est la star et il prend ses aises (jambes étendues sur la table basse).

Jame Ellroy La Malediction Hilliker

 

 

 

Résumé de La Malédiction Hilliker

« En six mouvements – "Elle", "Elles", "Cougar", "La Déesse", "La Pluie", "Elle" – Ellroy revisite les moments clés de ses relations avec les femmes, à commencer par la première d’entre toutes, sa mère Geneva Hilliker, objet de la « malédiction » qu’enfant il lança contre elle, souhaitant la voir morte. Trois mois plus tard, elle est assassinée. Après avoir vainement tenté de retrouver la trace de son meurtrier dans Ma part d’ombre, il entreprend ici une autre forme d’exorcisme : annuler la malédiction à travers la quête des autres femmes, passer d’Elle à Elles. »


Extrait de la présentation du Bulletin des rencontres de la librairie Ombres Blanches.

 

 

 

 


Le langage

James Ellroy introduit la rencontre par un discours en anglais puis par une lecture de la première page de son nouvel ouvrage en version originale. Rien de ce début de rencontre n’a été traduit, selon les souhaits de l’auteur.

Pour James Ellroy, le langage est tout. D’ailleurs, il aime ce qui est du langage profane et également la langue yiddish, ayant grandi dans un quartier où les gens la parlaient. Les mots « sonnent bien dans la bouche ».

Ce travail sur la sonorité se retrouve également dans ses écrits car les noms des personnages et chaque phrase sont calibrés à la syllabe près. Ellroy recherche la perfection.


James-Ellroy-Le-Dahlia-noir.gif
 

 

L’écriture de soi et les femmes

La Malédiction Hilliker est une forme d’écriture de soi. James Ellroy parle de mémoire.

Ce livre parle des femmes car elles sont la grande aventure de sa vie – plus que le crime. Pour lui, ce livre est plus grand que lui-même et que son « ego monumental ». C’est l’histoire des hommes et des femmes qu’il raconte en se prenant lui-même comme point d’appui.

Il croyait en avoir terminé avec le meurtre de sa mère avec Ma part d’ombre mais ce n’était pas le cas. Sa mère est partout, elle est notamment reliée thématiquement au Dalhia noir. Mais, selon l’auteur, ce livre est le dernier où elle apparaît comme personnage non fictionnel.

Ce livre sur les femmes lui tient à coeur car il aime les femmes plus que tout. Les grands thèmes d’Ellroy sont les mauvais hommes et le grand amour avec des femmes fortes.

 



Narration

Dans La Malédiction Hilliker, Ellroy mélange la narration présent-passé car c’est un bilan de sa vie, un bilan rétrospectif. Il a « couché sur papier l’immédiateté du jeune Ellroy stupide et la sagesse du vieux Ellroy qui se rend compte de la stupidité de ce qu’il a été. »

Ce livre a été facile à écrire car il évoque sa propre vie. Il n’y a pas de plan pour écrire cette « merveilleuse histoire ». La narration est importante pour lui. Dans Ma part d’ombre, il écrivait : « je n’avais pas trouvé la narration ». Aujourd’hui il vit, il crée la narration. Pour lui, les histoires qu’il crée sont comme un flux vital comme le sang. Il se doit d’écrire des histoires.

« Dieu l’a envoyé sur Terre pour écrire des histoires » et il aime cela.

Enfin, lire La Malédiction Hilliker aidera à la compréhension de ses autres livres. Notamment pour comprendre l’état d’esprit qu’il avait lors de leur écriture.

Enfin, son intérêt pour la réécriture de l’histoire selon son point de vue n’a pas cessé. Il a d’ailleurs le projet de travailler sur une oeuvre en quatre volumes portant sur l’histoire de Los Angeles pendant la Seconde Guerre mondiale.

Rencontre en ligne sur le site de la médiathèque José Cabanis :
http://www.bibliotheque.toulouse.fr/James-Ellroy.html

 

 

Maureen Pauchard, A.S. Bib.

 

 

James ELLROY sur LITTEXPRESS

 

James Ellroy Le Dahlia noir

 

 

 

 

 

 

Articles de Margaux, Marion et Sandrine sur Le Dahlia noir et sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Julie sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 07:00

Cervantes--La-Petite-Gitane.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Miguel de CERVANTÈS  
La Petite Gitane
Titre original : La gitanilla
Traduit de l’espagnol

par Claude Allaigre
Gallimard,

Folio 2 €, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

L'histoire que nous conte Miguel de Cervantès en 1613 est celle de la petite gitane.

Cette histoire de Preciosa, la petite gitane, nous entraîne au cœur de l'Espagne baroque. Car cette gitanette chante et danse ses romances sur les places des villages. Tant et si bien que tous les hommes qui la voit tombent sous son charme. Car elle est belle, très belle même. Et intelligente. Elle a une répartie incroyable. Et peut discourir sur nombre de sujets.

Elle fait parler d'elle du côté de Madrid. Jusqu'au jour où un homme lui déclare sa flamme. Il n'a qu'un souhait emporter la faveur de la belle. Mais celle-ci lui précise en retour que pour s'assurer de son amour elle souhaite qu'il se fasse gitan.

L'auteur, dès le début de la nouvelle, écrit un paragraphe qui vient fort à propos et permet d'entrée dans le monde des gitans :
 
« Il semble que gitans et gitanes ne soient venus au monde que pour être voleurs : nés de parents voleurs, élevés parmi des voleurs, ils mettent leur étude à devenir voleurs et, en définitive, finissent par être voleurs tout le temps, comme on respire : avoir envie de voler et voler sont chez eux comme des accidents inséparables dont on ne se défait qu'avec la mort.» (p.9)


Cet autre extrait permet d'illustrer ce qui vient d'être dit sur Preciosa et sur son pouvoir de séduction :

« Et la première entrée que fit Preciosa à Madrid, ce fut un jour de Sainte-Anne, patronne et avocate de la ville, sur une danse où évoluaient huit gitanes, quatre vieilles et quatre jeunes, et un gitan, grand danseur qui menait le bal. Or, bien que toutes fussent nettes et bien attifées, l'élégance de Preciosa était telle que c'est elle qui peu à peu fit la conquête de tous les regards. Au milieu du son du tambourin et des castagnettes, au plus fort de la danse, s'éleva une rumeur pour célébrer la beauté et la grâce de la gitane, et les hommes pour la regarder.
Mais lorsqu'ils l'entendirent chanter, puisque la danse était chantée, ah ! mes aïeux ! Là, oui, c'est là que la renommée de la petite prit son envol (...) » (p.11)

La musique décrite ici ainsi que tout au long de la nouvelle nous renvoie à la musique de cette époque et rend le livre particulièrement sonore. Car l'histoire nous dit que la gitanette chante, danse, joue de la musique, récite les poèmes qu'on lui a donnés. On peut dire que cette œuvre est empreinte d'une certaine musicalité renforcée par le rythme soutenu de l'écriture. Il y a un côté un peu virevoltant. Cette musicalité ainsi décrite nous a donné envie d'entrevoir ce que pouvait être la musique à l'époque de Cervantès.

Nous avons ainsi écouté une chanson composée par Juan Vasquez (1510-1560), Gentil señora mia, et un air de musique du XVIe appelé Folias joué par deux guitares baroques, un théorbe et une viole de gambe. La Folia d'Espagne est une danse d'origine portugaise, une tradition très ancienne puisqu'elle remonte au XVe siècle. Elle se cristallisera au XVIIe sur un schéma harmonique répété inlassablement et donnant lieu à de multiples variations, improvisées ou non.1
 
Cette musique, comme d'autres arts, art pictural, art littéraire, etc. renvoie à une création artistique importante à cette époque. On parle ainsi pour qualifier cette période de Siècle d'Or.

Le peintre Diego Velásquez (1599-1660), quasi contemporain de Cervantès, en est un des grands représentants. Il peindra notamment des nombreux portraits équestres ou en cuirasse de Philippe IV dont Preciosa chante la naissance dans une des ses romances.
   
Miguel de Cervantès est un écrivain surtout connu pour un ouvrage passé à la postérité littéraire et devenu un classique de la littérature occidentale. Nous parlons de Don Quichotte de la Manche publié en 1605. Toutefois, l'ensemble du recueil de ces nouvelles sans doute moins connu est particulièrement intéressant. C'est en 1613 que Cervantès s'attelle à la publication des Nouvelles Exemplaires. Et il nous livre en tout premier lieu cette histoire si singulière de la belle et intelligente petite gitane.

Cervantès est maître en la matière pour l'histoire courte et le rythme soutenu. Il y a un petit côté haletant qui fait que l'on ne lâche pas l'histoire ainsi. Car rien au demeurant ne semble arrêter  la lecture ; il n'y pas de début ou de fin de chapitre clairement indiqué. Seules en somme les romances semblent changer le rythme du récit.

Pour poursuivre sur le style, il semble que Cervantès s'amuse des références nombreuses qu'il fait de la mythologie antique présente à la fois dans le texte de l'histoire et dans les romances. Pour désigner les gitans, il nous parle de Cacus2, connu pour avoir volé Hercule. Il poursuit avec Argus pour désigner la grand-mère de la gitanette qui veillait sur elle. Argus dont on nous dit que c'est un personnage mythique aux cent yeux, qui symbolise la vigilance ou la surveillance3.


La Petite Gitane est la première des Nouvelles exemplaires de Cervantès.

Cette œuvre composée de 12 nouvelles est peut-être la moins connue de cet auteur. Toutefois, à l'époque où l'ouvrage est publié, l'œuvre fait grand bruit. « Le succès du volume fut extraordinaire comme l'attestent les quatre éditions sorties dans les dix mois ayant suivi sa parution. Il y en eut vingt-deux au total durant le XVIIe siècle (...)  »4.

On ne tarit pas d'éloge. Dans la préface de l'édition Folio classique, on parle du génie de Cervantès et du recueil qui est la plus riche des Comédies humaines5. Cette même préface nous précise que « (…) la nouvelle cervantine rompt les modes, les conventions, les mécanismes »6. On pressent alors à quel point cet ouvrage initie une démarche novatrice.


Démarche qui propose un certain réalisme7.
 
Le titre du livre de Cervantès, Nouvelles exemplaires ou en espagnol Novelas ejemplares, nous a intriguée. Et, c'est l'auteur lui-même qui  apporte la réponse en s'adressant à nous dans le prologue de son recueil : « Ainsi te dirai-je, aimable lecteur, que ces nouvelles que je t'offre (...) »8 et il poursuit pour montrer toute la singularité de son œuvre.

Singularité de son œuvre et de ce titre : Raphaël Carrosco pense que Cervantès est bien le premier à employer ce terme, novela, pour désigner un genre encore en herbe9.
 
L'auteur espagnol va plus loin dans sa démarche. Il décide ainsi d'enraciner ces nouvelles dans le sol espagnol. Par ailleurs, il refuse de présenter en fin de récit une sanction morale. Enfin, la référence au surnaturel est bannie, Cervantès veut présenter des situations concrètes c'est-à-dire « la vie réelle »10.

Et pourquoi ces nouvelles sont-elles dites exemplaires ?

Cervantès répond ainsi au lecteur : « Je leur ai donné le nom d'exemplaires, car, si tu y regardes bien, il n'en est aucune dont on ne puisse tirer quelques profitables exemples (...) »11.

Raphaël Carrosco confirme : « Exemplaires, ces nouvelles le sont, par le style, la vision littéraire et les potentialités nouvelles qu'elles portaient en germe et qui allaient féconder immédiatement toute une génération d'écrivains. »12


Ce livre allait alors connaître une postérité importante. Car « un genre nouveau était né qui allait connaître un profond enracinement dans les lettres espagnoles, non démenti jusqu'à aujourd'hui. »13

De fait, juste à la suite de leur publication en 1613 en Espagne, « (…) elles furent rapidement connues en France grâce à une traduction que François de Rosset (l'auteur des Histoires tragiques) et Vital d'Audiguier publièrent en 1615, soit deux années seulement après leur première publication en Espagne. »14

D'ailleurs, l'abbé Prévost précise que « Miguel Cervantès mérite la gloire d'être l'inventeur d'une sorte de nouvelle plus estimable que tout ce que l'on avait eu en ce genre (...) »15.

C'était l'histoire de La Petite Gitane.


Claire C., A.S. Ed.-Lib.

 

Notes


1.  Le grand théâtre  de la musique occidentale, CD n° 3 et livret d'accompagnement, Arles, Harmonia Mundi, 2004, p.53 
2. Miguel de Cervantès, La Petite Gitane, Paris, Folio, 2005, p.9
3. Miguel de Cervantès, La Petite Gitane, Paris, Folio, 2005, p.14
4. Raphaël Carrosco, L'univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, p. 119
5. Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, p.17
6. Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, p.10
7. Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, p.9
8. Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, p.26
9. Raphaël Carrosco, L'univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, p.127
10. Raphaël Carrosco, L'univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, p.123
11. Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, p. 27
12.  Raphaël Carrosco, L'univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, p.127
13. Raphaël Carrosco, L'univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, p.119
14. Jean-Pierre Aubrit, Le conte et la nouvelle, Paris, Armand Colin, collection Cursus, 1997, p.30
15. Jean-Pierre Aubrit, Le conte et la nouvelle, Paris, Armand Colin, collection Cursus, 1997, p.30

Bibliographie


Miguel de Cervantès, La Petite Gitane, Paris, Folio, 2005, 119 p.
Miguel de Cervantès, Nouvelles exemplaires, Paris, Folio classique, 1981, 633 p.
Jean-Pierre Aubrit, Le conte et la nouvelle, Paris, Armand Colin, collection Cursus, 1997, 191 p.
Raphaël Carrosco, L'Univers de Miguel de Cervantès, Paris, Ellipses, 2010, 203 p.
Norbert Wolf, Velázquez, Cologne, Tashen, 2006, 95 p.

 

 

 

 

 Voir aussi l'article d'Isabelle.

 

 

 

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Published by Claire - dans Nouvelle
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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 07:00

LIAN-Hearn-Otori-t1-copie-1.gifLian-Hearn-Le-clan-des-Otori-t2.gifLian Hearn Le clan des Otori

 

 

Lian HEARN
Le Clan des Otori
 traduction de Philippe Giraudon

Gallimard jeunesse, t1, 2002

 
Il est souvent dit que « les voyages forment la jeunesse ». Ce n’est pourtant qu’à l’âge de 51 ans que Gillian Rubinstein découvre le Japon pour la première fois en 1993. Passionnée par ce pays dans sa jeunesse, elle vécut cela comme une révélation. Elle est connue en Australie pour les nombreux titres jeunesse qu’elle a écrits mais c’est dans l’atmosphère et l’ambiance de ce voyage que vont naître les premiers personnages et un début d’intrigue pour une nouvelle aventure. Viennent alors la difficulté et le doute.

Il apparaît clairement qu’écrire un roman de fantasy dont l’action se déroule sur un territoire différent et dans une culture peu connue ne peut se faire sans des recherches préalables. Afin de mener à bien sa quête, Gillian va littéralement se plonger pendant des années dans des recherches historiques, géographiques, culturelles, linguistiques et littéraires. Dans cette frénésie de connaissances, elle comprend que les premières ne servent qu’à assurer un espace, un cadre cohérent avec la période de son récit, il faut éviter tout anachronisme. De plus, l’auteure souhaitait modifier sa façon d’écrire afin qu’elle aussi soit cohérente avec l’environnement imaginé et surtout qu’on ne puisse imaginer que ce fut d’abord écrit en anglais. À cet effet, elle va apprendre la langue japonaise et lire les classiques du pays dans la langue d’origine. Ainsi, elle se fait une idée de comment écrire. La plupart des expressions utilisées couramment ont dû être changées : certaines retranscrivent littéralement une expression japonaise, d’autres ne pouvaient être utilisées dans le contexte et ont alors été modifiées en une expression plus cohérente avec l’époque. De tout ce travail d’enquête ressort une matière suffisante pour commencer à écrire. Grâce à une bourse offerte par Asialink pour passer trois mois au Japon, en 1999, Gillian Rubinstein commence à écrire sa trilogie : Le Clan des Otori.

De 1999 à 2001, elle a passé son temps à écrire le premier tome : Le Silence du rossignol. Le titre original, Across the Nightingale Floor, a été choisi en fonction d’un poème japonais. Par la suite, chaque titre a été annoncé dans le livre précédent, par une phrase prononcée par un personnage, une pensée… L’auteure découvre que son écriture est complètement différente de ce dont elle a l’habitude. Elle se rapproche beaucoup plus de l’écriture japonaise. Le livre sera alors publié sous un pseudonyme : Lian Hearn est née. Par ce geste, elle souhaite que l’œuvre soit jugée en fonction de son contenu et non en fonction de l’auteure. En 2002 paraît donc en France Le Silence du rossignol, puis en 2003 Les Neiges de l’exil (Grass for his Pillow), et en 2005 La Clarté de la lune (Brillance of the Moon). Afin de ne parler que du travail central, nous ne parlerons pas ici des deux tomes qui ont précédé la trilogie, faisant office de prologue et d’épilogue : Le Vol du héron et Le Fil du destin.

Takeo Otori raconte son histoire. Né dans un petit village perdu dans les montagnes, élevé dans d’étranges croyances visant à l’égalité des êtres humains et à la non-violence, il voit son destin basculer quand son village se fait attaquer et détruire par le plus grand seigneur de guerre des Trois Pays : Iida Sadamu. Il est obligé de fuir et est alors pris en charge par Shigeru Otori, également seigneur de guerre mais d’un naturel pacifique. À treize ans, son destin lui échappe et ne lui appartiendra plus.

En contradiction avec ses croyances, proscrites dans tout le Japon, il sera éduqué comme un vrai fils de la classe des guerriers. À ce titre, Sire Shigeru lui enseigne qu’il œuvrera au rétablissement de la paix dans ce pays malmené par les guerres des seigneurs. En outre, Takeo découvre une nouvelle part de son être : il semble posséder d’étranges pouvoirs qu’il va devoir contrôler pour mener à bien sa mission et pour que la volonté du destin s’accomplisse…

 
La trilogie se passe sur quelques années pendant lesquelles le lecteur évolue dans un univers inconnu et apprend la situation du pays en même temps que Takeo. Il poursuit son apprentissage de la politique, des croyances et des traditions au sein de la classe guerrière du Japon médiéval. Bien que rien ne soit dit à ce propos, divers indices nous aident à situer le lieu et l’époque de ce monde hautement inspiré du Japon du XVIe siècle. L’auteure explique d’ailleurs que la littérature japonaise emploie souvent les non-dits. Il s’agit pour l’essentiel de capter l’invisible sans l’expliquer ouvertement. Cette notion est très présente dans les récits japonais et est réutilisée dans l’écriture du Clan des Otori. Outre les relations entre les personnages, il est possible de comprendre ce qui est tu. On peut faire des liens avec le monde réel et l’histoire. Le christianisme peut aisément être reconnu dans la religion des Invisibles, interdite au Japon. Il s’agit bien de croyances apportées par les missionnaires européens et cette religion a été hautement réprimée par les autorités japonaises de l’époque. Le contexte historique apparaît également avec l’idée de Takeo d’ouvrir un commerce avec le continent (La Clarté de la lune) et l’importation de nouvelles armes : les armes à feu. Le Japon s’est effectivement longtemps isolé du reste du monde.

Tout au long de l’histoire, le lecteur découvre les aspects de cette société guerrière très proche des pratiques des samouraïs, bien qu’ils ne soient jamais cités… au même titre que les ninjas, d’ailleurs. En effet, la Tribu, ses méthodes et ses compétences ne peuvent renvoyer qu’au monde secret des ninjas. Si ces références sont tus, il s’agit pour l’auteure d’éviter tout stéréotype. À travers ces enseignements, Takeo apprend à changer son état d’esprit : ce que les gens prennent pour de l’héroïsme et de la bravoure n’est en fait que le résultat de l’enseignement dur et rigoureux des enfants de guerriers ; ce ne sont pas des qualités innées mais réfléchies. De même, ce qui fait office de magie pour tous n’est en réalité que capacités humaines possédées par tous mais ignorées et enfouies au plus profond de chacun jusqu’à disparaître complètement.

De nombreux thèmes sont abordés dans la trilogie et posent beaucoup de questionnements sur la nature humaine : entre guerre et paix, laquelle importe le plus à l’homme ? Ne peut-on obtenir l’une sans passer par l’autre ? La tragédie doit-elle entraîner la revanche quelle qu’ait pu être l’éducation d’origine ? En quoi peut-on croire ? Chaque tome apporte une nouvelle réflexion. Le premier sert à la découverte des différents milieux, des différentes croyances, le second apporte une certaine compréhension des états d’esprit, une réflexion plus poussée sur ce qui fait la nature de l’homme – il peut s’agir d’une sorte de désillusion –, le troisième renvoie à l’insignifiance de l’être humain face à la nature et au destin. Le Clan des Otori amène à une réflexion sur soi et sur l’effet qu’une personne peut avoir sur le destin des autres.

Le tout est abordé de façon plutôt métaphorique. Le signe du héron, par exemple, est très présent dans toute l’œuvre. L’attitude de Takeo et des autres personnages semble calquée sur celle du héron qui patiente, immobile, avant d’attaquer sa proie de façon fulgurante. Ce héron représente également, dans Les Neiges de l’exil, l’hiver qui oblige le monde à patienter avant de pouvoir agir. L’histoire possède un lien fort avec ces forces naturelles tout comme la plupart des récits japonais.

 

Il s’agit d’une œuvre pour adultes, selon l’auteure. Toutefois, il est facile de la lire dès douze-treize ans. Il est vrai que nous ne sommes pas habitués à cette écriture hautement inspirée de la littérature japonaise. Toutefois elle a une certaine qualité littéraire qui fait peut-être adhérer plus aisément le lecteur à ce monde fantastique. Bien que certains passages puissent paraître philosophiques, la lecture est très agréable et divertissante. L’esprit japonais de l’écriture assure un dépaysement, même pour les habitués de la fantasy. En effet, si l’histoire n’en reste pas moins épique, nous sommes loin du contexte tolkienien. À lire absolument !!!

Lian-Hearn-Le-clan-des-Orori-t3.gifLian-Hearn-Le-clan-des-Otori-t2-copie-1.gifLIAN Hearn Otori t1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Delphine Cambra, 2e année Édition-Librairie

 


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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 07:00


Terry-Pratchett-l-art-du-disque-monde.gif


Patrick Couton a un parcours atypique. Après avoir suivi une formation de traducteur-interprète à Tours, il décide de se lancer dans… la musique, son autre passion. Guitariste, banjoïste et spécialiste de l’autoharpe, il enregistre et tourne beaucoup avant de revenir à la traduction dans les années 1980, lorsque son ami Pierre Michaut lui propose de traduire Les Mémoires de Jim Thompson pour sa maison d’édition, l’Atalante, qu’il vient de créer et à laquelle Patrick Couton restera fidèle. Il traduit par la suite quelques polars (Howard Fast, Donald Westlake…) mais pas autant qu’il aurait aimé car c’est un passionné du genre. Le fait d’avoir eu l’écrivain Thomas Narcejac comme professeur de français et de latin y est pour beaucoup. Il se spécialisera dans les littératures de l’imaginaire, surtout la fantasy et la science-fiction, en traduisant le cycle de Corum de Michael Moorcock, Les Chroniques d’Alvin le Faiseur d’Orson Scott Card, le premier tome de La Compagnie noire de Glenn Cook et bien sur Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett. L’œuvre de l’écrivain anglais comporte plus d’une trentaine de tomes à ce jour et la traduction que Patrick Couton en a faite lui a valu la reconnaissance éternelle de tous les lecteurs de fantasy français tant il sait retranscrire le style déjanté, humoristique et typiquement anglais de Sir Terry Pratchett. Son travail remarquable a été récompensé par Le Grand Prix de l'Imaginaire en 1998, et le Prix Imaginales – prix spécial du jury – en 2002, pour l'ensemble de ses traductions du Disque-monde. Il a également traduit la trilogie des Johnny Maxwell, toujours de Terry Pratchett, qui est extérieure à l’univers du Disque-monde.  Rencontre avec un traducteur qui alterne entre musique et traduction.

 

 

 

Voyez-vous une ressemblance entre traduire un auteur et interpréter la musique d’un compositeur ?

Oui, parce que dans les deux cas on interprète. Le traducteur interprète la pensée de l’auteur, ce n’est pas la traduction simultanée comme le font les interprètes de conférence, mais il y a quand même une part d’interprétation. On adapte inconsciemment son propre style et en musique c’est la même chose. Sauf si on veut vraiment faire de l’identique. Je connais des gens qui font ça, qui font du Beatles comme les Beatles. En ce qui me concerne, ce n’est pas mon truc car quand j’interprète des compositions d’autres musiciens, je le fais à ma manière et, en traduction, j’ai tendance à le faire aussi. Normalement, il faut copier au plus près ce que dit l’auteur mais je ne trahis pas sa pensée pour autant, même si la formule « traduction-trahison » est souvent citée. On trahit toujours un peu, on ne peut pas faire autrement, je pense qu’il y a une part de soi qui intervient, j’en suis même à peu près sûr. Donc musique et traduction pour moi, effectivement, ça se ressemble.


Peut-on dire que le traducteur doit maîtriser la stylistique des deux langues, afin de cerner le style d’un auteur et être ainsi plus libre de le restituer fidèlement, comme le musicien doit intégrer le rythme, auquel il doit invariablement se soumettre, pour pouvoir ensuite s’exprimer par la mélodie ?

En musique c’est différent, car il m’arrive de changer carrément le rythme de la musique d’origine, je fais les choses à ma sauce. En traduction je ne vais pas aussi loin. J’essaie quand même de me tenir assez près de l’auteur, mais c’est évident que j’utilise un vocabulaire qui est le mien, en français, j’entends. Un autre traducteur utiliserait peut-être un autre vocabulaire, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Il y a deux écoles en traduction : les sourciers et les ciblistes. Les sourciers sont ceux qui restent près de la source et collent vraiment au texte original, et les ciblistes c’est le confort de lecture comme dirait Pierre Michaut (l’éditeur) : le confort de lecture en priorité car un lecteur français ne doit pas sentir l’anglais derrière. Je pense que le truc, c’est d’être les deux à la fois. C’est-à-dire être très proche du texte anglais mais que le texte donne l’impression d’avoir été écrit en français. Il y a beaucoup de grands traducteurs qui font ça, je ne connais pas tous les traducteurs non plus, mais l’un d’entre eux que j’aimais beaucoup était Maurice-Edgar Coindreau qui était de la Roche-sur-Yon, qui a traduit notamment William Faulkner. Lorsque j’ai lu pour la première fois un livre de Faulkner en version bilingue, et comparé les deux textes, celui de Coindreau étaient quasiment identique au texte de Faulkner mais en même temps quand on lisait le texte français, ça allait de soi, comme s’il l’avait écrit en français, et ça c’est très fort.


Le travail d’un traducteur peut-il aussi être comparé à celui d’un musicien accompagnateur : un guitariste rythmique, par exemple, qui suit chaque changement de ton du soliste pour que celui-ci s’exprime librement ?

Normalement le soliste n’a pas à changer de ton comme ça sans prévenir. Dans la musique que je pratique, en tout cas, on est dans une tonalité, ou alors c’est prévu à l’avance. L’accompagnateur qui accompagne le soliste, il faut qu’il le suive donc dans les changements de ton. Non, mais ça dépend de ce qu’on entend par « changements de ton » parce qu’en musique, changer de ton c’est, par exemple, un morceau joué en do et on le passe en sol. Là, on change de ton carrément. Cela dit, dans la traduction, ce que vous entendez par ton peut être le niveau de langage. Il faut suivre l’auteur exactement, quand il évolue, c’est quasiment un chemin parallèle. Si l’auteur tourne à gauche dans sa façon de s’exprimer, il faut que le traducteur en fasse autant. Il faut vraiment suivre l’auteur dans ses humeurs. Si, à un moment, l’auteur devient drôle, il faut être drôle aussi autant que possible.
Terry-Pratchett-Je-m-habillerai-de-nuit.gif
Donc la musique et la traduction se ressemblent mais pas forcément à ce niveau-là. Il y a aussi un autre rapport entre la musique et la traduction : c’est au niveau de l’écriture et du rythme d’une phrase, par exemple. Il faut qu’une phrase soit bien balancée, qu’elle ait un rythme, des couleurs sonores, que ça sonne. Donc le choix des mots est parfois important, pour que ca sonne bien en français. C’est encore plus impératif lorsqu’on traduit une pièce de théâtre – cela ne m’est arrivé qu’une fois – car là, il faut bien garder à l’esprit que lorsqu’on traduit le texte, qui n’est que du dialogue, il faut que les phrases viennent bien en bouche. Si c’est des trucs imprononçables, les comédiens vont exécuter le traducteur !  Je me souviens lorsque j’ai traduit cette pièce…


La Descente d’Orphée de Tennessee Williams ?

Oui c’est ça. Je disais le texte à haute voix.

 

à paraître

avril 2011

 

Aujourd’hui, on peut facilement se documenter sur les références culturelles d’un pays évoqué dans un roman mais pensez-vous qu’il existe une différence entre un traducteur qui a vécu dans le pays d’où sont issus les ouvrages qu’il traduit, et qui est donc imprégné de sa culture, et un traducteur qui ne voyage pas ?


C’est un avantage d’avoir vécu dans le pays. Et plus on y vit longtemps mieux c’est. Moi je n’y ai pas vécu assez longtemps. Effectivement, Internet aide, maintenant, mais quand on connaît une culture, c’est plus facile, bien sûr.


Comme les références qui font appel à des connaissances qui ne s’apprennent pas dans les livres mais dans la vie quotidienne ?

Voilà, bien sûr. Toutefois les références évoluent parce que même si j’avais vécu aux États-Unis pendant cinq ans, il y a trente ans, ça serait dépassé. Là, je ne serais plus dans le coup.


C’est pourquoi on retraduit parfois ?

Oui mais ça dépend. Lorsqu’on retraduit un bouquin américain écrit dans les années 1920, par exemple, et qui a été traduit en France dans les années 1920. Une nouvelle traduction faite maintenant, avec le langage d’aujourd’hui, ne collerait pas forcément avec la langue des années 1920 utilisée par l’auteur américain à cette époque. On pourrait retomber sur des anachronismes ou des expressions qui n’avaient pas cours à l’époque, et ça ce n’est pas bien non plus. Je sais bien que l’on retraduit régulièrement Shakespeare mais on ne va pas mettre forcément des expressions actuelles. Si Shakespeare, à son époque, avait été parfaitement bien traduit par un Français, on ne pourrait pas faire mieux, on ne va pas retraduire/moderniser Molière ! Cela dit, Rabelais, on l’a modernisé… car c’est vraiment difficile à comprendre dans la langue de l’époque, pour un Français d’aujourd’hui. Les romans du Moyen-âge on est obligé de les réadapter un peu, mais en gardant un style un peu « ancien », parce que si on faisait ça à la façon de San Antonio cela ne collerait pas c’est sûr. Quoique Rabelais/San Antonio, il y a un certain rapport ! (rires)
 

Le traducteur André Markovitcz dit que « pour bien traduire l’anglais il faut avant tout bien connaître le français »…

Ah oui, bien sûr ! 


Certains traducteurs ne sont pas aussi à l’aise à l’oral qu’à l’écrit.

C’est mon cas ! Ce n’est pas indispensable de maîtriser l’anglais, enfin si, quand on le lit, il faut le comprendre ! Mais moi, lorsqu’on me demande d’écrire en anglais, je n’aime pas ça, ce n’est pas un exercice que j’ai pratiqué  beaucoup, mais quand je lis un bouquin en anglais, je n’ai pas de problème à le comprendre. Après, effectivement, la chose très très très importante, pour le traducteur, c’est de connaître la langue dans laquelle il traduit : le français. Il faut être très bon en français pour bien traduire parce que je connais des gens qui sont parfaitement bilingues, et on pourrait se dire qu’ils vont faire des traductions extraordinaires, mais le problème c’est qu’ils ne maîtrisent pas bien le français.
 Glenn-Cook-la-compagnie-noire.gif

Vous traduisez principalement des littératures de genre, notamment de la fantasy et du polar, est-ce que votre façon de travailler change selon le genre de l’œuvre ? Je pense à des auteurs très différents comme Orson Scott Card, dont les récits sont très structurés et documentés, Glenn Cook – pour le premier tome de La Compagnie noire – qui possède un style sombre qui tranche radicalement avec la production de fantasy actuelle, ou l’humour décalé et typiquement anglais de Terry Pratchett.

Je ne sais pas. Je ne me pose pas ce genre de questions. C'est-à-dire que j’entre dans l’ambiance du bouquin et donc suis inconsciemment le style de l’auteur, enfin j’espère ! Donc, effectivement, le premier Glenn Cook que j’ai fait, j’en ai bavé d’ailleurs, pas au niveau de l’ambiance à restituer mais parce qu’il avait des constructions très particulières et des phrases très courtes qui contenaient des tas d’informations pas faciles à mettre en français. C’était très difficile à traduire mais intéressant ! Il faut s’adapter à l’auteur. J’espère m’adapter, mais c’est inconsciemment.


Concernant ces littératures dites « de genre » ne pensez vous pas qu’elles sont sous-estimées en France ?

Oui, bien sûr, mais ça a toujours été comme ça en France. Effectivement dans les pays anglo-saxons, en Angleterre par exemple, les rayons Fantasy sont plus importants, il suffit de voir les chiffres de ventes de Terry Pratchett en Angleterre et en France. Il y a une différence monstrueuse, c’est incroyable, il vend des centaines de milliers d’exemplaires ! En Angleterre, ce n’est pas forcément la littérature fantastique et science-fiction, fantasy, c’est aussi la littérature policière, qu’ils ont toujours adorée.  Il y a des grands noms anglais qui sont restés quand même ! La littérature policière marche tout le temps dans ces pays. Ils ont toujours été plus portés sur les littératures populaires que les Français. C’est dommage.


Vous dites ne pas lire une œuvre avant de la traduire ?

Je sais, ce n’est pas bien ! (rires)


Cela se rapproche du style de Terry Pratchett qui déclare ne pas faire de plan, ne pas savoir, la plupart du temps, comment se terminera son histoire avant d’écrire la dernière page ?

Ah oui ? Je ne me souvenais pas de ça ! Je l’ai peut-être lu, effectivement, oui, mais je n’ai pas voulu faire comme lui, hein !  Je faisais déjà selon ce principe bien avant de traduire Terry Pratchett. Au début je lisais les bouquins puis après je me suis dit : à quoi ça sert ?...  Mais c’est mon cas personnel. En principe, il faut lire le bouquin avant de le traduire. Je ne dirais jamais qu’il faut faire comme moi, ne pas le lire. Moi, pour l’instant, ça marche dans mon cas, et puis comme je l’ai souvent dit à propos de Pratchett, il ya tellement de difficultés que le lire au préalable c’est décourageant. Je préfère aborder les difficultés les unes après les autres. Au fur à mesure qu’elles se présentent.


Justement, lorsque vous rencontrez une expression, ou un jeu de mots qui n’a pas d’équivalent en français, quelles sont vos méthodes pour ne pas trahir le texte ?

Je cherche ! Mais pas longtemps, parce que je suis un peu fainéant (rires). Je cherche cinq minutes et puis je laisse tomber, je fais autre chose, je prends un café, je regarde la télé... Euh oui, parce qu’il faut dire que je travaille aussi avec la télé allumée. Vraiment, je ne suis pas l’exemple à suivre ! Mais quand je suis concentré sur mon truc, je n’entends rien, et quand je bloque, je cherche un peu et puis… (soupir) Et comme j’ai un fauteuil à pivot, je me tourne vers la télévision pendant cinq à dix minutes et quand je reviens au bouquin, bing, ça vient ! Ça vient ou ça ne vient pas ! Mais très souvent j’ai la phrase qui me vient. Mais pas forcément pour les blagues. Les blagues, je cherche des fois un bon moment. Les références, on finit toujours par trouver, et les jeux de mots aussi, ce qui arrive souvent chez Pratchett.

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Je me rappelle une fois où j’ai lu une référence à une chanson de Jacques Dutronc avec « Crack Boum Hue »  dans Accros du roc.

(Rires) Ah bon ? Je ne me rappelle pas ! Il devait certainement y avoir une référence à un chanteur populaire anglais. Dans Accros du roc j’en ai mis beaucoup, car il y en avait pas mal dans l’original. Avec des références parfois difficiles à trouver que même les lecteurs anglais ne voient pas, mais des tas de lecteurs de Pratchett en voient quelques-unes. Il y a trois ou quatre ans, il y avait un site qui répertoriait tout ça, très utile pour moi. Pour chaque bouquin, il avait des pages et pages avec les références précises. Par exemple, page tant, tel personnage dit cela, c’est une citation d’un sonnet de Shakespeare, ce qui montre qu’ils étaient très perspicaces car ces références sont ardues. Par exemple dans Accros du roc, encore une fois, il y avait beaucoup de références sur des chansons traditionnelles anglaises, et comme je connais pas mal la chanson traditionnelle française et que je connais des chanteurs traditionnels, je n’ai pas rencontré beaucoup de problèmes. Soit je trouvais moi-même la chanson française correspondante, soit je demandais à un copain : « Tu ne connaîtrais pas une chanson sur tel sujet ? ».


Comme cette référence dont vous m’aviez parlé auparavant sur l’expression : « Some Felonious Monk », qui faisait référence au jazzman Thelonious Monk et littéralement intraduisible…

Oui, c’était un personnage qui parlait d’un moine, qui une nuit entrait dans un temple pour voler un cor, l’instrument de musique, en or. Il s’agissait d’un voleur habillé en noir, et le personnage auquel il raconte l’histoire dit « j’en ai rien à faire de ton « felonious monk » (moine félon). Alors là je me suis dit : qu’est ce que je fais ? Il se trouve que le personnage était donc habillé tout en noir et que avant de rentrer il avait enlevé ses chaussures, il est donc allé en chaussettes pour aller voler le cor. Je l’ai donc traduit par « j’en ai rien à faire de ton moine en chaussettes noires » cela faisant références au groupe français Les Chaussettes Noires et le nom d’Eddy Mitchell est Claude Moine. Évidemment c’est plus dur à trouver, mais certains lecteurs l’ont remarqué. Mais j’ai mis un certain temps avant de la trouver !


Après tant d’années à traduire Pratchett, vous arrive-t-il d’être déçu d’un de ses livres ?

Ah non ! J’ai toujours autant de plaisir à le traduire, j’adore ça !


Et vous, vous arrive-t-il de vous décevoir ?

J’évite de me relire, mais parfois je suis obligé de retomber sur des passages que j’ai traduits, car dans certains bouquins il y a des références aux volumes précédents, pour les noms de personnages,  parce que j’ai beau noter, il ya toujours des choses qui m’échappent. Heureusement, j’ai tout dans l’ordinateur et je retrouve toujours.


Il vous arrive d’être en désaccord avec Pierre Michaut (l’éditeur) ?

Non, rarement. Il ne lit même pas les bouquins en langue originale. Je pourrais écrire n’importe quoi à des moments, du moment que ça se tient pour le lecteur ça pourrait passer (rires). Quand je finis ma traduction je l’apporte à Pierre et il met des annotations, ça peut-être une blague qu’il n’a pas comprise, des fois des changements de place de virgule, il ya toujours quelque chose, pas forcément à toutes les pages, mais ses corrections sont toujours les bienvenues, c’est très rare que je proteste. Je ne suis pas du genre à crier : « Nan, je veux ma virgule ici !! » (rires).Terry-Pratchett-a-science-du-disque-monde.gif


Lors de votre collaboration avec Lionel Davoust pour La Science du Disque-Monde avez-vous changé de manière de travailler ?

Non, pas du tout. On avait chacun des chapitres différents, le principe de La Science du Disque-monde est d’avoir un chapitre qui se passe dans le Disque-monde et ensuite un chapitre scientifique donc pas écrit par Terry Pratchett mais par les scientifiques Jack Cohen et Ian Stewart. Ils commentent scientifiquement et expliquent ce qui est dit dans la partie « rigolote » écrite par Pratchett. Je ne traduisais que la partie marrante et un autre traducteur, Lionel Davoust, traduisait le côté scientifique. J’avais le côté le plus facile !


Quelles sont les œuvres que vous avez particulièrement aimé traduire et pourquoi ?

Pratchett évidemment ! Et puis les premiers tomes des chroniques d’Alvin Le Faiseur d’Orson Scott Card, que j’avais lus avant de traduire, et j’avais beaucoup aimé, les suivants moins. Par contre je peux dire que je n’ai pas vraiment aimé Les Journaux de voyage de Jean-Jacques Audubon, c’était plutôt rébarbatif.


Aimeriez-vous traduire d’ une autre langue que l’anglais ?

Il faudrait que j’apprenne d’autres langues ! J’ai fait de l’allemand au lycée, j’étais d’ailleurs meilleur en allemand qu’en anglais. Mais je passerai trop de temps dans les dictionnaires. Cela dit, pour mon premier ouvrage (Vaurien, Mémoires de Jim Thomson), j’ai passé mon temps dans les dictionnaires, je vérifiais tout, maintenant mon vocabulaire s’est enrichi.


Discutez-vous parfois avec d’autres traducteurs de certains aspects/difficultés du métier ?

Non, on ne parle pas trop boutique. Éventuellement, on se demande : « qu’est-ce que tu traduis en ce moment ?». Pour ce qui est des difficultés, il y a un site internet, «les Babélistes », où la plupart des traducteurs de fantasy se retrouvent. Quand l’un d’eux a un problème avec un terme, une expression, il pose la question, obtient rapidement une dizaine de réponses et il choisit celle qui lui convient. Mais oui, il y a ce genre d’échange entre traducteurs, par mails.


Vous avez déclaré que vous aviez du mal désormais à lire de la littérature traduite et préfériez lire des auteurs français. Lisez vous en langue originale ?

En langue originale, c’est rare. Pierre m’a fait lire le prochain roman que je vais traduire, je l’ai lu avant, pour une fois ! Sinon, je lis des biographies de musiciens, qui ne sont jamais traduites en français.

En français, je lis peu, beaucoup moins qu’avant, j’ai moins le temps, mais j’aime beaucoup Simenon ! C’est un style d’écriture que j’aime beaucoup, qui paraît limpide, simple, et couler de source et puis pas tant que ça !


Vous vous considérez davantage comme un traducteur ou un musicien ?

Quand on me demande mon métier, je dis musicien. On me répond souvent : « Oui mais comme vrai métier ? » Pour la plupart des gens c’est un truc qu’on fait à côté. Mon vrai métier c’est musicien, et comme passe temps, je fais des traductions.


Justement, ça se passe comment l’organisation de la journée type de Patrick Couton ?

Le matin je me mets devant mon ordinateur pour traduire mais comme je le disais précédemment, dès qu’il ya une difficulté je m’arrête, pour regarder la télé et aussi, – j’ai toujours un instrument à portée de main –, je m’arrête, je joue vingt minutes, une demi-heure, pour travailler quelque chose, donc c’est mêlé. L’après-midi je traduis peu, on n’est pas efficace en début d’après-midi ! Et après entre 17 et 19 heures, là, on donne à fond car c’est la bonne heure pour le travail intellectuel.


Quels sont vos projets de traduction ?

Actuellement je termine un Pratchett, le quatrième volume de Thiphaine Patraque du Disque-monde, et puis après sans doute un premier roman d’un jeune auteur américain de fantastique SF. Pour dire, je l’ai lu avant celui-là ! (rires)


Et vos projets musicaux ?

Alors là, des tonnes ! Discographique déjà. J’ai deux projets de CD et j’ai l’idée d’un troisième, et sinon des projets de tournées. L’année prochaine, à partir d’octobre, je vais travailler une nouvelle fois pour les jeunesses musicales de France (JMF), concerts donnés dans toute la France à des scolaires. J’ai fait ça déjà il ya trois ou quatre ans, ça marche pas mal même s’il y a de moins en moins de bénévoles. Ils peinent actuellement à trouver la relève.

Merci, Patrick !


 

pos recueillis par Marine et François, L.P. éditeur.

 


 

Lire également :  Interview sur Vade-Mecum, site francophone des  Annales du Disque-Monde



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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:00

John Cheever Dejeuner de famille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John CHEEVER
Déjeuner de famille
Textes issus de
The Stories of John Cheever (1978)
Traduit de l’américain
par Dominique Mainard
et  Florence Paolini
Joëlle Losfeld, 2007
Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
Enfant maudit des lettres américaines, John Cheever resta longtemps sur le seuil de leur panthéon, frappant inlassablement à la porte. Oublié, sans doute, parce qu’il n’écrivit que de faux romans, préférant l’art plus ingrat de la short story où il arriva  trop tard, après son maître Raymond Carver. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui il est certain que ses talents de nouvelliste lui donnent enfin le précieux ticket pour la postérité et que son œuvre prend une place de choix dans l’histoire de la littérature américaine.   

En France, Déjeuner de famille paraît en 2007 aux Éditions Joëlle Losfeld et regroupe quelque seize nouvelles extraites de Stories of John Cheever, un recueil  qui reçut le prix Pulitzer de la fiction en 1978. Ces histoires courtes, il en écrira plus de 200, notamment  pour le New Yorker où elles seront publiées pendant vingt ans.

Cheever laisse derrière lui une œuvre fragmentaire bien qu’aboutie, tableau flamboyant de la « middle class » des banlieues pavillonnaires qu’il est le seul à  raconter avec autant d’acharnement. Une obsession qui lui vaudra le surnom de « Tchekhov des banlieues » quand ses pairs  préféreront les extrêmes, des personnages démesurément riches (Gatsby le magnifique, Fitzgerald) à la pauvreté de la classe ouvrière (Mort d’un commis voyageur, Arthur Miller) en passant par la vie vagabonde de la Beat génération.
   
Ici, c’est un entre-deux que décrit l‘auteur, un espace médian peuplé de personnages trop ordinaires aux vies sans intérêt. Déjeuner de famille c’est l’évocation d’un lieu sain, mais c’est aussi les tensions, les haines latentes et une unité que l’on tend à sauvegarder, du moins en apparence («  Adieu mon frère »). Derrière le titre se cache la fébrilité des valeurs morales et d’un certain style de vie. Décortiqués sous la lumière crue de son style, Cheever montre leur impossibilité à satisfaire ses protagonistes. Avec un ton subtil, juste et tendrement cynique, il présente des personnages qui nourrissent des espoirs et des aspirations dont on sait d’avance qu’ils seront déçus. Une question se pose alors : l’échec est-il inhérent aux fantasmes, aux rêves ?

Malgré quelques récits new-yorkais, les nouvelles ont donc toujours pour toile de fond ces lotissements américains. Ils sont l'inquiétant décor dans lequel se dessine toujours un drame qui cependant n'arrive que rarement ou en en demi-teinte. Ces villes sont des geôles où la révolte se fait muette. La transgression s’y exprime au détour d’un adultère (Le bus pour St James), d’une gifle, et à peine s'est-elle manifestée que l'on retrouve l'ordre initial. En effet, il n'existe pas de réelle chute à ses histoires, les situations que Cheever installe ne se résolvent jamais ou pas de la manière attendue. Autant d'épisodes sans conséquences que l'auteur laisse en suspens, comme si l'important n'était pas tant dans la résolution de ces fausses intrigues, que dans la description de quelques gestes étouffés. Et tandis qu’il refuse la révolte à ses personnages, Cheever les prive d’un exutoire, ne laissant que la résignation ou une certaine forme de mélancolie tenir lieu de morale dans la chute.

Cependant l’auteur n’en oublie pas le comique, et l’humour grinçant s’il n’est jamais évident, se révèle jubilatoire. Dans « La chasteté de Clarissa » , le protagoniste échouant  à séduire une femme magnifique, trouve finalement le stratagème parfait:

« Le soleil qui éclairait ses cheveux avait disparu, mais il régnait encore assez de lumière dans la pièce pour permettre à Baxter de voir que, tandis qu’elle lui faisait part de ses opinions, son visage s’enflammait et ses pupilles se dilataient. Il écoutait patiemment, car il avait compris qu’elle voulait juste qu’on la prenne pour ce qu’elle n’était pas -que la pauvre fille était perdue.

Vous êtes très intelligente, répétait-il de temps en temps. Vous êtes incroyablement intelligente.

C’était aussi simple que ça ».


Entre métaphysique du barbecue et de la  pelouse parfaite, Déjeuner de famille est la critique cinglante d’une Amérique pavillonnaire et conservatrice. Une fresque dont certains diront qu’elle est une parabole biblique, récit contemporain de la chute d’Adam et Eve.

Mathieu, A.S. Éd.-Lib.
     
   
 John CHEEVER sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Pauline sur Une Amérique instruite.   
   
   










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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 07:00

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Jeudi 27 janvier 2011, 18H30, à la librairie Georges (Talence),

Craig Johnson nous a fait découvrir sa conception de l’écriture.


 
Craig-Johnson-The-cold-dish.jpgAuteur de romans policiers publiés chez Gallmeister (The Cold Dish, Death Without Company, Kidness Goes Unpunished, Another Man’s Moccasins entre autres), il remporta le prix du roman noir 2010 avec Little Bird, deuxième volet de la série du shérif Walt Longmire. L’écrivain vit actuellement dans un ranch sur les contreforts des Bighorn Mountains, dans le Wyoming. Son CV ne manque pas d’originalité : policier à New York, camionneur, pêcheur, charpentier avant de devenir écrivain. Curieux de nature, pour lui, cette polyvalence et sa grande capacité d’adaptation furent nécessaires afin de devenir écrivain à part entière. Entouré de livres dès son plus jeune âge, il a toujours voulu écrire. Cette envie de découvrir le monde qui l’entoure se révèle très tôt. Pour l’anecdote, à l’âge de huit ans, alors qu’il vivait près d’une voie de chemin de fer, il sauta un jour dans un wagon et parcourut 600 kilomètres ! Cette forte personnalité ne l’a jamais quitté. Accumulant les expériences, les rencontres et les lieux, il possède alors le matériau dont il a besoin pour écrire, critiquant ouvertement les « writing schools », refusant toute inspiration « non naturelle ».
 
Dans ses livres, notamment  dans Little Bird et Le Camp des morts (premier voletCraig-Johnson-Little-Bird.jpg de la série de Walt Longmire), Craig Johnson a toujours refusé de traiter les enquêtes policières telles que montrées par les médias, où l’argent et les technologies sont mis en avant. C’est sur l’aspect social, les rapports entre les personnes qu’il insiste. Dans ses dialogues, il n’utilise aucun verbe de déclaration, chaque personnage possédant une caractéristique propre (son niveau de langue, un humour sadique…).

Ses romans se déroulent dans un lieu imaginaire, le comté d’Absaroka,  dans le Wyoming, aux États-Unis. L’auteur ne voulait pas être limité par la réalité. La nature s’y révèle hostile, les personnages sont confrontés à la mort et font preuve d’une grande ténacité. Expliquant cela par son expérience personnelle, il attribue aux femmes dans ses livres une personnalité aussi forte que celle des hommes. La note sentimentale dans ses romans le différencie des autres polars américains. Il montre que la relation entre Blancs et Indiens est possible sans aucune condescendance. Pour lui, les Indiens doivent d’abord être vus comme des gens normaux, puis comme des Indiens. Très proche d’eux, l’écrivain transforme les stéréotypes, refusant le cliché de cet indien impassible, détail qui semble plaire davantage au public français qu’américain.

 

Lorsqu’on demande à l’auteur s’il se sent concerné par le Nature Writing, il répond bien évidemment par l’affirmative. Vivant dans un village isolé de vingt-cinq habitants, il transmet à travers ses romans sa perception de la nature : « On ne peut pas ignorer la force de la nature, c’est un appel que tout le monde peut comprendre. On peut se cacher de tout sauf de soi-même. »
 
Craig Johnson pense que chacun d’entre nous possède un potentiel d’écriture. Tout homme menant une vie ordinaire en est capable. Et pour lui, l’écriture est un processus continu. L’auteur se lève tôt le matin, et nourrit ses animaux, c’est là qu’il trouve l’inspiration. Puis, il rejoint son bureau et se laisse guider par sa plume.
 
Site de l’auteur :  http://www.craigallenjohnson.com/

 

 

Clémence, 1ère année Bib -Méd.

 

 


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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 07:00

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Oscar WILDE
Le Portrait de Dorian Gray
Titre original
The Picture of Dorian Gray
Traduction de Michel Etienne,
revue par Daniel Mortier
Pocket Classiques, 1991
1ère édition : 1890

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L'âme est une réalité terrible. On peut l'acheter, la vendre ou l'échanger, l'empoisonner, ou la rendre parfaite. Chacun de nous a une âme. J'en suis sûr. »

Le Portrait de Dorian Gray débute dans l'atelier du peintre Basil Hallward, qui réalise le portrait d'un jeune homme à la beauté sensationnelle et d'une innocence sans tache, Dorian Gray. Le drame se noue dans un lieu semblable au jardin d'Éden où Adam et Ève ont perdu leur innocence en croquant dans la pomme de la connaissance, et où Dorian perdra la sienne, son âme corrompue par les paroles envoûtantes d'un dandy blasé qui rappelle Wilde lui même, lord Henry. Prenant conscience du caractère éphémère de sa jeunesse et de sa beauté, Dorian fait le vœu insensé qui le conduira à sa perte : « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi . Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

Le premier acte de la tragédie dont Dorian est le héros, à peine ouvert, se referme déjà sur la perte de son innocence. Un héros, oui, jeune, à la beauté parfaite que ni les signes du temps ni les turpitudes du destin ne peuvent altérer, mais un antihéros également, dont le narcissisme sans borne, la cruauté développée par l'assurance de son impunité causent la mort de toutes les personnes qui l'ont réellement approché, et le poussent inexorablement vers sa propre mort.

La première à subir les conséquences des agissements de Dorian est une jeune actrice dont il tombe passionnément amoureux, Sybil Vane. Subjugué par son jeu d'actrice, il la demande en mariage. Mais en découvrant la réalité de l'amour, Sybil a perdu le sentiment de réalité que le théâtre lui inspirait et par là même a perdu son talent. Déçu, Dorian la quitte de façon cruelle et rentre chez lui. Mais à son retour, la bouche de son double peint a un pli cruel qu'il ne lui avait pas remarqué. Il prend alors conscience qu'il a mal agi – « Pourtant, il devait à ce portrait de savoir combien il avait été injuste et cruel envers Sybil Vane. » – et décide de réparer son erreur en se faisant pardonner par Sybil. Mais au matin, lord Henry lui apprend qu'elle est morte dans la nuit.

La mort de Sybil est un moment charnière du roman, le moment à partir duquel il n'y a pas de retour en arrière. Le portrait, reflet de l'âme du jeune homme, a perdu son innocence, la fatalité est déjà en marche, sa vision de la vie a déjà changé ; il n'est plus capable de ressentir la réalité des choses, les moments passés avec Sybil lui apparaissent lointains et il ne ressent pas de peine réelle quand il apprend sa mort :

 « Cependant je dois reconnaître que cet événement ne m'a pas ému autant qu'il l'aurait dû. Il m'apparaît comme le dénouement sublime d'une pièce étonnante. Il a toute l'effrayante beauté d'une tragédie grecque, une tragédie où j'ai joué un grand rôle mais d'où je sors indemne. »

Quant à Lord Henry, le seul intérêt de la mort de la jeune fille à ses yeux est esthétique :

« Sa mort à quelque chose de si beau ! Je suis heureux d'appartenir à un siècle où s'accomplissent de tels prodiges. Ils nous font croire à la réalité de tout ce que nous avions pris pour des jeux : le romanesque, la passion, et l'amour. »

Ces deux extrait nous donnent à voir ce qui va devenir la philosophie de vie de Dorian à partir de ce moment : la quête du beau, des plaisirs, l'hédonisme. Il s'entoure de belles choses, tapisseries, pierreries, tandis que son portrait par un mouvement inverse gagne en laideur. Comme Des Esseintes, le héros du petit livre jaune dont Dorian dit qu'il l'a ensorcelé, qu'il est resté prisonnier de son influence pendant de nombreuses années (il s'agit de À Rebours, de Joris Karl Huysmans), il s'abîme dans des plaisirs de plus en plus pervers afin de se sentir vivre, de ressentir des émotions que ni les œuvres d'art ni les maîtresses ne lui procurent plus : « Il avait des appétits insensés qui, une fois repus, se révélaient plus dévorants encore. »

De nombreux autres seront victime de l'attirance fatale qu'exerce Dorian sur ceux qu'il rencontre. Basil qu'il rencontre par hasard un soir de brouillard lui reproche l'influence néfaste qu'il a eue sur certains jeunes hommes, et la déchéance qui semble toucher tous ceux qui l'approchent de trop près. C'est donc le peintre qui sera la deuxième victime du Dorian Gray. Après lui avoir montré le reflet de son âme, le portrait qu'il a lui même réalisé, pris d'un accès de haine incontrôlé envers Basil Hallward, il le poignarde. Et de nouveau, son crime atroce n'éveille que peu d'émotions en lui. Son âme est trop corrompue pour qu'il puisse encore ressentir quelque sentiment que ce soit. Il se contente de régler les détails de la disparition du corps, soumettant pour cela un jeune chimiste de sa connaissance à un chantage qui aura pour conséquence le suicide de ce dernier, mais pas avant qu'il n'ait fait disparaître le corps du peintre. La disparition du corps par des procédés chimiques est une nouvelle forme de merveilleux dans le roman, non plus le merveilleux traditionnel du souhait insensé qui se réalise mais un merveilleux moderne qui illustre les prodiges que permettent les avancées de la science.

La dernière personne qui meurt parce qu'elle a croisé la route de Dorian est le frère de Sybil, James Vane. Il n'a eu de cesse de se venger depuis la mort de sa sœur mais ne connaît de Dorian que ce surnom de Prince Charmant que Sybil lui avait donné. Un soir, dans un bouge des bas-fonds de Londres, il entend une prostituée appeler Dorian « Prince Charmant » et le poursuit dans la rue pour le tuer. Mais quand il le rejoint, l'homme qu'il a sous les yeux est bien trop jeune pour avoir tué sa sœur presque vingt ans auparavant. Il le laisse donc partir avant de s'apercevoir de son erreur. Alors qu'il a suivi Dorian dans un pavillon de chasse où celui-ci passe le week-end avec des amis, il se fait accidentellement tirer dessus. C'est la délivrance pour Dorian Gray qui décide de changer, de devenir meilleur.

« Culture et corruption, répéta Dorian Gray. J'ai connu passablement les deux. Maintenant, je suis effrayé de découvrir qu'elles sont toujours inséparables. J'ai un nouvel idéal, Harry. Je vais changer. Je crois que j'ai déjà changé. »

Impatient de voir les changements sur son portrait, de constater le début de rédemption de son âme, il se rend dans la pièce où est entreposé le tableau. Ce n'est pas le retour de l'innocence qu'il constate alors, mais le masque de l'hypocrisie.

Désespéré, il transperce le tableau avec le même couteau qui a tué Basil. On retrouvera le corps d'un vieillard défiguré au pied du portrait qui, lui, montre de nouveau le beau jeune homme innocent que fut Dorian.

Le Portrait de Dorian Gray synthétise plusieurs des influences d'Oscar Wilde, et il y fait plus ou moins directement référence dans le roman.

On retrouve une grande figure de la décadence romaine, Pétrone : « Il trouvait un plaisir subtil à s'imaginer qu'il était pour le Londres de son époque ce qu'avait été pour la Rome de l'empereur Néron l'auteur du Satyricon [de Pétrone] »

Il fait également référence à Théophile Gautier : « Pour eux, il était de ceux qui, selon Dante, cherchent à atteindre la perfection par le culte de la beauté. Pour lui, comme pour Gautier, ''le monde visible existait'' »

On trouve également des références à Walter Pater, qui fut le maître de Wilde à Oxford, et qui a contribué à définir l'esthétisme, courant illustré par Lord Henry à de nombreuses reprises dans le roman :

« nous ne savons plus donner de jolis noms aux choses et pourtant les noms sont tout. C'est pourquoi je déteste le réalisme vulgaire en littérature. L'homme qui appelle une bêche une bêche devrait être condamné à en tenir une toute sa vie. Il n'est bon qu'à cela. »

Cependant, l'influence la plus marquante dans ce livre est sans nul doute celle de Joris Karl Huysmans et de son œuvre À Rebours. C'est le livre jaune donné par Lord Henry qui ensorcelle tant Dorian, et de nombreuses références implicites y sont faites, notamment dans tout le chapitre sur les objets que Dorian Gray collectionne (pierreries, tapisseries, parfums...) qui est une reprise plutôt fidèle de plusieurs chapitre de À Rebours.

« Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d'un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ; de péridots vert poireau ; d'olivines vert olive ; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d'un rouge violacé, jetant des paillettes d'un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l'intérieur des futailles. »

La façon dont Des Esseintes séduit et influence un jeune garçon dans À Rebours est assez semblable à l'influence qu'a exercée Lord Henry sur Dorian au début du livre.

Je conseille vraiment la lecture de ce roman, et comme Daniel Mortier le dit dans sa préface, « Parmi les livres qu'on a lus, il y a ceux qu'on oublie, alors même qu'ils vous ont apporté un grand plaisir […] Et puis il y a les livres dont le souvenir reste gravé et vous accompagne. ». Pour moi, Le Portrait de Dorian Gray fait partie de la deuxième catégorie.


Filmographie : voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Portrait_de_Dorian_Gray

Informations sur la vie de l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde


L.F., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Oscar WILDE sur LITTEXPRESS

 

 

Oscar Wilde Le Fantome de Canterville

 

 

 

 

 

 

 

  Article d'Élodie sur Le Fantôme de Canterville.

 

 

 

 

 

 

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 07:00

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John STEINBECK
Le Meurtre et autres nouvelles
Gallimard,
collection Folio n°4846
Traduit de l’américain
par Marcel Duhamel et Max Morise
Nouvelles extraites du recueil
La Grande Vallée (Folio n°881)
Première édition

pour la traduction française :

1946, Gallimard.









L’auteur

En 1929, la crise qui secoue les États-Unis et les millions de chômeurs qu’elle engendre donne à de nombreux intellectuels une conscience politique et sociale nouvelle.

John Steinbeck, écrivain des années trente, est né en février 1902 à Salinas, en Californie, dans une famille typiquement américaine, laborieuse et provinciale. Pendant ses études à l’université, il travaille dans des ranchs et y découvre la vie des journaliers mexicains. Ces expériences l’inspireront pour ses romans.

En 1962, il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre mais plus particulièrement pour son grand roman épique Les raisins de la colère paru en 1939. Il décède en décembre 1968 à New-York.


Les nouvelles

Le meurtre et autres nouvelles rassemble quatre courts récits situés dans le comté de Monterey, non loin de Salinas. Les personnages diffèrent par leur classe sociale mais tous ont à leurs côtés une femme qui va influer sur leur destin : l’une est chétive et malade mais parvient tout de même à garder son mari dans le droit chemin, l’autre, parfaite et silencieusej arrive à faire se réaliser la prophétie de son beau-père, une autre semble être une hallucination tellement elle est mystérieuse et enfin la dernière est une mère de famille obligée d’envoyer son fils en terrain hostile.

« Le harnais » : Peter Randall, fermier du comté de Monterey hautement respecté de ses pairs, vit avec Emma, sa femme malade. Lorsque celle-ci décède, Peter ne sait plus où il en est car sa femme le maintenait dans le droit chemin. Le harnais évoqué dans le titre est ici un élément physique et moral.
 « Je ne sais pas comment elle s’y prenait pour me faire faire les choses, mais elle y arrivait. » (p.20).

« Le meurtre » : Jim Moore, propriétaire d’un terrain avec maison dans le canyon de Castillo, vit une vie paisible avec sa femme Jelka. Cette dernière est une maîtresse de maison parfaite et une épouse remarquable. Toutefois, le couple ne communique pas. Un soir, Jim est sur le chemin de Monterey mais son voisin vient à sa rencontre et lui annonce qu’il a découvert la carcasse d’un de ses veaux. Jim décide alors de surveiller son troupeau puis rentre chez lui. À son arrivée, il découvre avec tristesse pourquoi sa femme était si pensive. Une chose effroyable va alors se produire et ce que lui avait conseillé son poivrot de père va se réaliser.
« Il est pas un homme, celui qui lui corrige pas un bon coup, sacré bon Dieu ! » (p.42)

 


« Le serpent » : Le jeune Phillips, docteur en biologie à Monterey, fait des expériences dans son « petit laboratoire commercial » lorsqu’une femme se présente. Habitué à recevoir les curieux, il l’invite à découvrir son travail mais elle souhaite seulement voir le serpent à sonnette mâle du laboratoire. Elle l’achète et désire le nourrir avec un des rats destinés à la nourriture des serpents. Cette manoeuvre si banale pour ce jeune docteur le dégoûte désormais. La femme énigmatique souhaite également que ce serpent garde son venin et elle veut pouvoir venir le voir. Or... elle ne reviendra jamais.
« Ses yeux noirs étaient sur lui, mais ils ne semblaient pas le voir. » (p.70)

« Fuite » : Mama Torres vit dans sa ferme sur la côte sauvage de Monterey avec ses trois enfants : Pépé, l’aîné, et Emilio et Rosy, les cadets. Pépé est un garçon gentil mais paresseux. Un jour, Mama confie à Pépé la mission d’aller chercher un remède et du sel à Monterey. C'est une initation qui doit faire de lui un homme. À son retour, Pépé apprend à sa mère qu’une chose irréparable s’est produite lors de son séjour chez l’amie de la famille, Mme Rodriguez. Pépé doit alors fuir dans le canyon où le déracinement tragique du voyage se fait vivement ressentir.
 « Quand Pépé est-il devenu un homme ? demanda Emilio. » (p.101)


Analyse

Ces quatre nouvelles nous plongent dans des univers clos, souvent limités aux habitations à part dans la première et la dernière nouvelle, où les protagonistes s’éloignent de leur ferme. Mais cela fait alors ressentir au lecteur l’emprisonnement dans lequel ils se trouvent. Ils ne peuvent échapper à leur condition.

On trouve dans ces récits de nombreuses descriptions montrant l’état des hommes. En particulier dans la nouvelle « Fuite » où le lecteur suit pas à pas le trajet lent et laborieux de Pépé dans le canyon.

Les hommes de ces récits cherchent à savoir qui ils sont. Or, la quatrième de couverture – comportant le résumé fait par l’éditeur – met en avant les femmes de ces récits. En effet, ces femmes sont les points de repère de ces hommes. Elles sont souvent mystérieuses. Le lecteur ne sait pas beaucoup de choses sur elles, mais il peut constater que sans elles les hommes ne seraient pas ce qu’ils sont.

Les hommes et les femmes de ces récits sont associés à des animaux qui les représentent : Jelka est un chien gémissant mais fidèle, la femme mystérieuse de la troisième nouvelle est clairement une femme-serpent qui fait naître de l’attirance et de la répulsion chez le jeune docteur (le serpent est le symbole phallique par excellence) et Pépé finit en animal traqué. Ainsi, l’être humain semble être un animal, tantôt dominant tantôt dominé, se battant pour sa survie.

Steinbeck semble être un héritier des écrivains naturalistes notamment lorsqu’il met en évidence l’influence du contexte familial dans lequel évolue l’individu et ldécrit les fléaux sociaux tel l’alcoolisme. En effet, l’alcool, la solitude et la fatalité imprègnent les récits.


Point de vue

J’ai trouvé ces récits agréables à lire. Steinbeck sait créer un suspens afin que le lecteur ait envie de connaître la suite et la fin de ces portraits familiaux. On retrouve dans ces nouvelles la sympathie de l’auteur pour les opprimés, les déclassés. Il porte un regard sur les personnages sans pour autant les juger.

La vallée de Salinas fait l’unité de ce recueil. L’auteur montre l’attachement qu’il apour sa région natale et ses habitants.

Enfin, cette oeuvre permet d’avoir une approche du style de Steinbeck et m’a donné envie de lire d’autres oeuvres de lui.

Ainsi, je vous conseille ce recueil (si vous avez envie de lectures rapides et agréables) et également, du même auteur, Tortilla Flat (1935), chronique burlesque d’un groupe de « paisanos » californiens qui mènent une vie de bohème et qui moquent de la morale bourgeoise.

 

 

Bibliographie sélective

La Coupe d’or (1929)
Les Pâturages du ciel (1932)
Tortilla Flat (1935)
En un combat douteux (1936)
Des souris et des hommes (1937)
Les Raisins de la colère (1939)
À l’est d’Eden (1952)


Maureen, A.S.-Bib.

 

 

 

Lire aussi le carnet de voyage d'Elisa sur les traces de Steinbeck, Miller et Kerouak.

 

 


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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 07:00

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Christopher COAKE
Un sentiment d’abandon
titre original :
We’re in Trouble
Harcourt, 2005
traduit de l’anglais (Etats-Unis)
Par Michel Lederer
Albin Michel,

Terres d'Amérique, 2006
Le Livre de Poche, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recueil de nouvelles d’un écrivain américain des plus prodigieux, ce livre, c’est d’abord un recueil de douleur, de solitude, de noirceur et surtout un recueil de la vie, la vie sans artifices, sans dorures ni papiers cadeaux, la vie telle qu’on peut l’affronter dans les tréfonds de notre âme Ce recueil se fait témoin des déchirements de l’esprit mais aussi du cœur humain. A travers une multitude de dilemmes, de coups fatals, la genèse du drame affleure et se répand ensanglantée sur les pages.

Mais dans leur malheur, les protagonistes repensent tous à leur passé, empreint d’un bonheur mélancolique, et l’incompréhension s’impose, ce fameux mais comment j’en suis arrivé là  ?

Du jeune enfant innocent kidnappé par son pédophile de père au couple junkie prisonnier des glaces et de sa « désintégration » sociale, de l’amant damné à la femme esseulée, tous embrassent un passé idéalisé, un présent trouble, un avenir incertain. Un avenir, oui, des plus radieux, rien n’est moins sûr. Souvent le cadavre gît, se décompose mais pour le vivant, celui qui reste, se dessine le choix d’un nouveau fragment d’existence, un nouveau départ pour une nouvelle page, un nouveau départ pour un lien brisé.

Les non-dits envoûtent, la complexité des passions tambourine, frappe la conscience du lecteur.

Mais c’est surtout la justesse des émotions, l’ambiguïté car il n’y a pas de fins, juste un état des lieux, des situations, des personnages qui marquent le lecteur.

Et puis ce conseil qu’il semble nous murmurer : il n’y a pas de bons ni de méchants , juste des gens seuls. Et la solitude paraît le pire des maux.

Cette œuvre évoque une atmosphère hypnotique, lancinante comme une plaie qui se déchire et, lambeaux par lambeaux, la vérité humaine (la lâcheté, l’égoïsme, la fatalité, le désespoir mais aussi l’héroïsme, la candeur, la passion, le respect) s’esquisse.

Il est des œuvres qui nous évoquent une musique, Un sentiment d’abandon en fait plus que partie. Loin d’une ritournelle qui nous fait chavirer, où l’on se sent balloté d’un bout à l’autre, déchiré par mille voix ; la grâce mélancolique qui plane sur l’œuvre se marie parfaitement à celle de l’air Hey There Delilah de Plan White T’S. Une poésie toute nouvelle, osmose de la mélodie et l’écriture est née.

Par ailleurs, les titres des nouvelles se font écho, du plus évasif au plus intimiste (de « À travers le pays » à « À travers la maison », la solitude, l’abandon sont omniprésents ; les espaces sont vides ; de « On a tous des ennuis » à « En cas de décès », plus de précision dans la gravité de la situation). Une phrase peut être reconstituée : les mots s’assemblent, s’encastrent. Les titres des nouvelles sont à l’image de pièces d’un puzzle : «On a tous des ennuis, à travers le pays, solos ;  en cas de décés, un moment d’effroi, un sentiment d’abandon à travers la maison ».  Ils semblent constituer une suite logique.

– « On a tous des ennuis »
Multitude de mini-nouvelles
Topic : *secrets amers et amour secret
          *homosexualité et bébé : la mort qui rôde
          *couple du troisième âge, la vieillesse, le renoncement, le désarroi et le triste amour enraciné

– « À travers le pays »
Topic : un enfant hyperactif kidnappé par son père dérangé qui l’aime profondément, peut-être même un peu trop…

– « Solos »
Topic : une mère plus qu’une amante. Une femme délaissée par son mari reporte tous ses espoirs, toute sa tendresse sur son fils. Accablée par la peur constante, la terrible crainte de la mort de son époux, du père de ses enfants, en montagne, elle voit le monde s’effondrer une seconde fois pour elle lorsqu’elle apprend que la chair de sa chair semble vouloir suivre cette même destinée.

– « En cas de décès »
Topic : la mort de ses meilleurs amis pousse un jeune homme un peu perdu, sans réel but dans la vie à choisir son chemin, à tracer sa voie : assumer son rôle de parrain ou laisser tomber l’enfant devenu orphelin et poursuivre ce que sont les ébauches de sa vie.

– « Un moment d’effroi »
Topic : une femme plus attachée à son époux par leur passé commun, l’admiration et la pitié hésite entre l’alliance du danger et de l’éphémère en la personne de Jimmy et la confiance rassurante, permanente que lui apporte de son époux. Son cœur balance.

– « Un sentiment d’abandon »
Topic : un couple de marginaux, sur un coup de tête, sacralise son amour dans un chalet à la montagne. Mais bientôt, une tempête dévaste tout et révèle que les cicatrices ne sont pas toutes refermées.

– « À travers la maison »
Topic : un shérif trompe la confiance de son meilleur ami en faisant l’amour avec la femme de celui-ci et du même coup trompe également sa propre femme. En conséquence, le meilleur ami dans un geste de folle ire, pour le blesser et avoir le dernier mot, tue sa femme et toute sa famille.

 

 

Florilège de citations

« Je te la laisse plus belle que jamais », « À travers la maison ».

« La chaleur et la douceur de la nuque du garçon. Sa main posée dessus. Ses doigts qui se recourbent pour en épouser la forme », « À travers le pays ».


Cependant, tous mes mots seraient vains pour décrire combien sont belles et poignantes ces nouvelles, aussi je laisserai le mot de la fin à Nick Hornby :

« Parfois quand on lit ses nouvelles on en oublierait presque de respirer »


Liens

 http://www.albin-michel.fr/Un-sentiment-d-abandon-EAN=9782226169839

 http://www.livredepoche.com/livre-de-poche-3127651-christopher-coake-un-sentiment-d-abandon.html

 

 

 

Lucie, 1ère année Éd.-Lib. 2010

 

 

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