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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 07:00

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Andrea H. JAPP
La Petite Fille au chien jaune
Le Masque

Collection Le Masque jaune, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Andrea H Japp est née à Paris en 1957. D’abord toxicologue, experte auprès de diverses entreprises, elle commence l’écriture de romans policiers en 1990 avec La Bostonienne qui remporte le prix du festival de Cognac en 1991. Elle s’essaie à la fois à la comédie policière et au suspense, notamment dans La Parabole du tueur, thriller qui met en scène Gloria Parker-Simmons.

 

Résumé
 
La Petite Fille au chien jaune est une comédie sur fond d’enquête policière que l’on pourrait aussi qualifier de polar fictif. L’histoire commence avec la ravissante Ariane Saint Tolber qui attend sur les bancs de la police de pouvoir rencontrer un inspecteur qu’elle a choisi en fonction de la « couleur » qu’il dégage, c’est-à-dire son aura. En effet, la jeune femme est médium, et communique avec l’au-delà (il s’agit de trois entités aux caractères très différents qui viennent lui rendre visite de temps en temps comme elle le dit elle-même).

La raison de son déplacement au commissariat est qu’elle a eu une vision d’une jeune fille jouant avec un chien jaune et pleine de vitalité. Or elle a lu dans les journaux que ladite fille serait morte :

« – J’ai lu dans les journaux que vous pensiez que la petite Karin était morte, assassinée. […] elle n’est pas morte. Je veux dire que la petite fille que vous avez trouvée n’est pas Karin.
[…]
– Comment le savez-vous ?
– Parce que j’ai vu Karin jouer avec un gros chien beige, hier. Or, selon vous, elle serait morte depuis trois jours.
– Et où l’avez-vous vue ?
– Je ne sais pas. C’était une grande ferme, un peu vétuste, et il y avait quelque chose de rouge vif dans un arbre. »

Elle vient donc rétablir la vérité. Malheureusement, l’inspecteur, Jacques Belfand, l’accueille fraîchement, ne croyant pas un traître mot de ce qu’elle lui dit. En effet, en plus d’être misogyne, il a horreur de tout ce qui a trait au surnaturel. Grâce à ses relations, la jeune voyante réussit à devenir l’associée de l’inspecteur. Nous plongeons donc au cœur d’une histoire qui va porter sur le trafic de nouveau-nés. En parallèle avec cette enquête, l’inspecteur va voir ses sentiments envers la jeune femme évoluer au fil de l’histoire. Bien qu’il ait toujours un certain mal avec son don de médium, et  qu’il soit agacé par ses constantes sautes d’humeur et son caractère de petite fille « pourrie gâtée », il l’apprécie énormément. Jacques Belfand vit d’ailleurs seul avec son fils et son chat. Son enfant est très perspicace car il se rend vite compte que son père a un faible pour la jeune femme. Aidé, en plus, d’amis restaurateurs qui lui offrent un repas en amoureux, il fait tout pour la séduire. Malheureusement, ce repas se terminera par un échec, car la jeune femme est végétarienne. Heureusement, après moult rebondissements, l’histoire finit bien pour l’enquête ; quant à l’histoire entre Jacques Belfand et Ariane Saint Tolber, l’auteur nous laisse imaginer nous-mêmes la suite.

 

Analyse

 Pour commencer, il ne faut pas se fier au titre car la « petite fille au chien jaune » n’est citée qu’une fois. Cette intrigue devient vite secondaire au profit de découvertes plus sombres. Le chien jaune est complètement oublié et la petite file n’est que nommée. Peut-être est-ce dû à des coupures de texte ou tout bonnement à un effet d’annonce, ce titre étant peut-être jugé accrocheur.

 Néanmoins, ce livre, en plus de présenter une enquête policière sur fond de trafic de nouveau-nés, s’intéresse aussi et surtout à la relation entre Belfand et Ariane Saint Tolber. Deux mondes qui ont bien du mal à cohabiter et à se comprendre ; en effet, le premier est enfermé dans ses manières un peu rustiques et a bien du mal à s’exprimer tandis que la seconde est ancrée dans son savoir-vivre et son haut train de vie de femme du XVIe arrondissement de Paris. Cela donne lieu à des scènes plutôt comiques quand il s’agit de communiquer.

Le langage est plutôt vulgaire, mais le livre se lit facilement. C’est une lecture de loisir, de détente, qui ne demande pas trop de réflexion. Les péripéties s’enchaînent vite et ne nous laissent pas le temps de nous ennuyer.

Pour résumer, La Petite fille au chien jaune est un livre agréable qui nous entraîne facilement dans l’histoire, qui nous amène à réfléchir sur le commerce illégal d’enfants, mais aussi sur la difficulté d’adopter.

 

 

Marion, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 


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Published by Marion - dans polar - thriller
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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 07:00

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Jean M. AUEL                                
Les enfants de la Terre

1. Le clan de l’ours des cavernes
traduit par Philipe Rouard

Presses de la cité, 2002

Pocket,   2005




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imaginez-vous un monde où l’Homme n’est encore que Néandertal, où l’ère des machines et de l’industrie n’existe pas encore. Une petite homo sapiens nommée Ayla est recueillie par une tribu ancestrale de Néandertaliens. On la voit grandir et évoluer dans un univers préhistorique après l’ère glaciaire, il y a 35 000 ans. On découvre des Hommes proches de la nature mais devant malgré tout lutter pour vivre.

image-2.jpgAprès des études documentaires poussées, Jean Auel, l’auteur de cet ouvrage, en a fait une saga de sept volumes qui à ce jour n’est pas encore terminée. Un long métrage, tiré du roman, sera notamment réalisé en 1986 par Michael Chapman, Le Clan de la caverne des ours, avec Daryl Hannah dans le rôle d’Ayla. L’auteur nous dépeint un monde préhistorique très détaillé qui nous permet d’apprendre de façon divertissante. Des plantes médicinales à la fabrication d’outils, on va étudier les coutumes et les modes de vie de nos ancêtres.

Le personnage étant très humanisé, le lecteur s’identifie à lui et se plonge dans un contexte qui lui fait oublier le monde dans lequel il vit.

Ayla n’est pas comme cette tribu qui parle par signes et sons gutturaux. Elle pleure, rit et parle. Pourtant elle doit renoncer à être ce qu’elle est. Elle va devoir lutter pour se faire accepter, respecter des coutumes et des lois qu’elle ne comprend pas. Comment grandir parmi des gens qui nous rejettent chaque jour et analysent sans arrêt nos actes ?

« Il est défendu de regarder dans le foyer du voisin, lui signifia Creb sévèrement. C’est mal, et c’est mal aussi de répondre quand un homme parle. Très mal. C’est compris ?
[…] Ayla était effondrée. Jamais Creb n’avait fait preuve de dureté envers elle. Elle le croyait content de son application à apprendre leur langage et voilà qu’il lui interdisait de regarder les autres pour en apprendre davantage. Décontenancée, blessée, les larmes lui vinrent aux yeux et coulèrent doucement le long de ses joues.
Iza appela Creb, soudain inquiet. Viens vite ! Ayla a quelque chose aux yeux. Les membres du Clan ne pleuraient que lorsqu’ils avaient une poussière dans l’œil ou s’ils avaient pris froid. Mais ils n’avaient jamais vu des yeux se remplir de larmes de chagrin. »

Elle incarne la fougue, l’impétuosité, la rébellion, mais aussi la solitude et la tristesse. En elle, Auel met en scène une jeune féministe de l’ère préhistorique, ce qui témoigne de son originalité. Contre toute loi, elle apprend à chasser comme les Hommes et sera maudite par la communauté à deux reprises.

Dans la préface de l’ouvrage, Jean Philipe Rigaud, Conservateur général du patrimoine et directeur du Centre National de Préhistoire, évoque ses impressions de spécialiste après la lecture du roman.
 
« À l’évidence, Jean Auel était bien documentée sur la faune préhistorique, sur la technologie de l’Homme de Neandertal ou sur celle de l’homme de Cro-Magnon. Elle [a su] tirer parti judicieusement d’un débat de spécialistes qui divisait depuis peu les Préhistoriens : l’homme de Neandertal, que l’imagerie populaire assimilait à tort à un homme primitif poilu et brutal, avait rencontré en Europe, il y a 35 000 ans, les premiers hommes modernes, l’homo sapiens sapiens. »

Il est intéressant de voir cette transition dans l’évolution de l’Homme, cette idée de lutte au sein de la même espèce qui évolue. Les Néandertaliens ne veulent pas changer, sont très attachés aux coutumes et aux traditions. C’est pour cela qu’Ayla est mise à l’écart. Dévalorisée et rejetée, elle est en réalité enviée. Elle leur fait peur car elle les menace. C’est ce qu’elle représente qui met en péril l’extension de leur race.

On n’est pas face à des barbares comme ils peuvent être vus par le grand public ; ce sont des êtres civilisés, qui image-3-coffret-saga.jpgont des convictions, des valeurs, des peurs et des envies, et surtout des sentiments. Ils prennent vie sous la plume d’Auel, et le lecteur est touché par cette émotion qui est transmise.
 
Ce qui frappe dans cette œuvre, c’est ce lien de communauté que valorise Auel. Dans la société actuelle où le bonheur individuel est primordial, on est nostalgique d’un monde où la vie semblait plus simple.

Mais pour un lecteur averti, derrière cet aspect de divertissement se trouvent en filigrane des explications plus complexes, avec notamment des références sur l’apparition de religions, sur la présence précoce de principes politiques, ou encore sur la condition de la femme.

Ce premier tome est le plus violent ; on est confronté à la soumission des femmes, à la brutalité d’un système dictatorial. On aperçoit petit à petit à travers la saga, des civilisations différentes qui nous permettront de découvrir la démocratie, l’amour ou l’amitié.
   
Le roman du clan de l’ours des cavernes et les autres tomes de la saga visent un certain public. En effet, d’un point de vue historique, ils s’adressent à un public envieux de découverte, à des personnes qui aiment lire et n’ont pas peur des longues descriptions.

De même, on peut donner une limite d’âge étant donné que certaines scènes peuvent être violentes (notamment quand Ayla va être violée), ou que de nombreuses scènes érotiques seront présentes dans les différents tomes de la saga.

L’auteur nous plonge ainsi dans un univers archaïque et peu connu, et nous passionne autant pour le monde qu’elle nous décrit, se fondant sur des faits archéologiques et historiques, que sur l’histoire d’Ayla.

C’est en conjuguant le côté intellectuel d’une fresque historique et le côté divertissant du roman, que Jean Auel arrive à conquérir ses lecteurs.

 

 

Élodie Lapierre, 1ère année Éd.-Lib.



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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 07:00

Luc Rigoureau est un traducteur de l’anglais qui travaille principalement sur de la littérature jeunesse. Il a notamment traduit beaucoup de livres de la collection Blackmoon, dont la saga Twilight, et les ouvrages de Meg Rossof, ainsi que quelques livres de Meg Cabot, pour les plus connus.


Fascination.gif

Comment êtes-vous devenu traducteur ? Avez-vous suivi un cursus spécifique ? Pourquoi ces choix ?

Si je n’ai suivi aucune formation particulière aux métiers de la traduction (ce qui m’a d’ailleurs été parfois reproché par les Internautes !), j’ai toujours pratiqué thème et version à travers mes études (bac trois langues, classes préparatoires à Normal Sup puis maîtrise de langue) et mes divers emplois (prof de français à l’étranger, interprète et traducteur pour une compagnie d’export, responsable des publications en langues étrangères dans une imprimerie, etc.).
Comme souvent dans la vie, c’est le hasard qui m’a amené à devenir traducteur de littérature jeunesse, après m’être d’abord frotté à la réécriture d’ouvrages français. J’avais auparavant co-traduit un ouvrage de langue anglaise adulte, la traduction ayant toujours été un exercice auquel je prenais beaucoup de plaisir. Peu à peu, j’en ai fait mon métier.


Avez-vous choisi l'orientation jeunesse des ouvrages sur lesquels vous travaillez ou s'est-elle imposée à vous ?

Comme précisé précédemment, j’ai commencé à travailler en jeunesse par le plus grand des hasards, ce que je ne regrette en rien, car ça a représenté une excellente formation au métier. Il m’arrive aujourd’hui d’œuvrer également dans la littérature adulte. Devenir traducteur jeunesse a cependant impliqué un énorme travail préalable de lectures pour les éditeurs et, durant des années, j’ai activement participé à la sélection d’ouvrages de langue anglaise pour les différentes maisons qui m’employaient, lisant plus que je ne traduisais. C’est par la suite que l’équilibre s’est inversé, et que, faute de temps, j’en suis venu à privilégier la traduction à la lecture. Pour autant, ces années d’intense lecture m’ont aidé à me « spécialiser » en littérature jeunesse.


Meg-Cabot-Populaire.gifPensez-vous que travailler sur de la littérature jeunesse demande une manière de faire spécifique ?

Oui. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, mais les maisons d’édition françaises ont une approche très particulière de la littérature jeunesse, considérant que leur rôle dépasse largement le simple cadre de la publication d’œuvres étrangères traduites telles quelles. Il est en général demandé aux traducteurs de « s’approprier » l’œuvre originale et de s’adapter au lectorat ciblé (niveau de langue, contexte socioculturel plus ou moins évident, rédaction éventuelle de notes de bas de page en cas de références précises, etc.). Il y a donc « interventionnisme » de la part du traducteur, à plus ou moins grande échelle, selon : 1) la sensibilité du traducteur ; 2) les exigences de la maison d’édition ; 3) la qualité de l’ouvrage original ; 4) l’écriture spécifique à nombre d’ouvrages jeunesse contemporains.
1) Il arrive que des traducteurs poussent très loin l’appropriation, certains allant jusqu’à carrément ré-écrire l’ouvrage. Pour ma part, je m’y refuse farouchement, considérant que la fidélité s’impose. À mes yeux, le traducteur fait certes œuvre d’écrivain, mais il est avant tout le « passeur » d’un texte écrit par quelqu’un d’autre. Ce rôle implique forcément quelques « trahisons », ne serait-ce que parce que les structures linguistiques ne sont pas les mêmes d’une langue à l’autre (l’anglais et le français pour ce qui me concerne) ; il n’empêche, il faut savoir respecter certaines limites et, avant tout, la voix de l’auteur original.
2) Il est des maisons d’édition qui aiment à « imprimer leur patte » et poussent beaucoup, par conséquent, à l’adaptation, l’appropriation, la réécriture des œuvres étrangères qu’elles choisissent de publier. D’autres, au contraire, ne donnent aucune consigne particulière à leurs traducteurs. La majorité oscille entre ces deux positions. L’attitude éditoriale a toutefois beaucoup évolué au fil du temps. Très longtemps, de grands auteurs (l’Abbé Prévost pour Richardson, par exemple) ont pratiqué une traduction très personnelle, n’hésitant pas à couper, à transformer les dialogues en paragraphes au style indirect libre, etc., donnant (parfois mais pas toujours hélas) lieu à ce qu’il est coutume d’appeler « de belles infidèles ». Ainsi, bien des grands classiques anglais encore en vente de nos jours et faisant toujours référence présentent de surprenants faux-sens, contre-sens ou coupes. Plus prosaïquement, et plus récemment, des éditeurs se sont lancés dans la traduction en « amateurs », le but étant de faire découvrir le plus rapidement possible aux Français des pans de littérature étrangère (je pense ici à la superbe aventure de la Série Noire chez Gallimard), et ce sans trop s’embarrasser de justesse ou de fidélité. Il me semble que, aujourd’hui, les choses ont tendance à changer pour aller vers une plus grande fidélité aux publications originales.
3) Il est clair que la qualité intrinsèque d’une œuvre originale joue énormément dans le degré d’intervention du traducteur. Cela est vrai en jeunesse comme en adulte. Qui songerait à ne pas respecter Nabokov à la lettre ? Malheureusement, tous les écrivains ne sont pas Nabokov, loin de là. J’ai quelquefois eu la chance de traduire des romans quasiment mot pour mot, parce qu’ils étaient formidablement écrits. En général, cependant, force m’est d’intervenir quand je suis confronté à des écrivains moins solides, qui multiplient les répétitions de situation par exemple (un défaut très courant chez les auteurs américains contemporains), ce qui est également dû en partie à la façon dont fonctionne l’anglais par rapport au français, une donnée à ne jamais négliger. La mode étant aux « gros » livres, beaucoup d’écrivains délaient, se redisent, ce qui, de temps en temps, nécessite de resserrer le texte. Une pratique que, là encore, j’évite dans la mesure du possible.
4) Il est remarquable de constater que la majorité des ouvrages jeunesse actuels sont narrés à la première personne du singulier, ce qui suppose l’expression d’une « voix », voix que le traducteur se doit de comprendre, ressentir, assimiler. Sans doute le plus difficile quand on entame la traduction d’un roman, qui exige de travailler beaucoup la transcription de cette parole. Là encore, la sensibilité personnelle joue un grand rôle. Il est rare, mais cela arrive, que le traducteur ait du mal à se glisser dans la peau de son héros-narrateur, ce qui n’est jamais très bon signe en matière de résultat final. Je crois qu’on traduit mieux un livre qu’on aime, qu’on rend mieux la parole d’un héros pour lequel on a de la sympathie. D’où l’importance du travail de lecture en amont, qui permet de « choisir » ses traductions, comme je l’ai déjà expliqué.


Travaillez-vous toujours avec les mêmes éditeurs, et pourquoi ?

J’ai eu la chance de travailler avec la majorité des grands éditeurs français jeunesse. Pour certains, notre collaboration a cessé, pour d’autres elle se poursuit. Bien connaître la politique éditoriale d’une maison est important, cela facilite grandement notre tâche. Quant aux raisons qui font qu’on travaille chez untel ou untel, elles tiennent surtout à une bonne entente (notamment quant à la politique éditoriale) et à la satisfaction mutuelle du travail fourni.


De manière générale, comment vous organisez-vous pour travailler ? (lisez-vous le livre en entier une première fois, prenez-vous des notes, traduisez-vous directement...)

La plupart du temps, j’ai lu l’ouvrage avant de le traduire (comme je l’ai précisé auparavant mes années de lecteur participant à la sélection des livres). Lorsque j’ai affaire à une série, j’avoue avoir tendance, faute de temps, à découvrir les tomes suivant le premier au fur et à mesure que je les traduis. Cela présente parfois l’avantage d’entretenir la flamme, l’intérêt, la curiosité. Lorsque certains ouvrages présentent un monde particulier plus ou moins fantastique ou fantasmagorique impliquant la création d’un glossaire spécifique, il va de soi que la prise de notes s’impose.


Vivez-vous de votre métier de traducteur ? Si oui, est-ce que ça a toujours été le cas ?

Oui. Depuis plus de dix que j’exerce ce métier, j’en ai toujours vécu, plus ou moins bien, certes. Mais cela a exigé de beaucoup traduire, une dizaine de livres par an minimum. Ce qui est possible en jeunesse, moins me semble-t-il en « grande » littérature adulte (c’est-à-dire, ce qui n’est pas littérature de genre). Par ailleurs, il arrive, dans la vie de certains traducteurs, qu’un ouvrage connaisse un grand succès, synonyme de droits d’auteur plus ou moins consistants (mais c’est rare !).


Avez-vous l'opportunité de sélectionner les propositions qui vous intéressent ?

La plupart du temps, oui, car je l’ai dit plus haut, on traduit d’autant mieux les ouvrages avec lesquels on a des affinités. Il m’est arrivé de refuser certains ouvrages, d’insister pour en traduire d’autres. Aujourd’hui que j’ai quasiment renoncé à mon activité de lecteur, j’ai tendance à réagir aux propositions des maisons d’édition plutôt qu’à leur suggérer certains titres.


Vous êtes le traducteur de Twilight : est-ce que le succès de cette saga a changé quelque chose pour vous ?

Pour moi, personnellement, non. Je suis toujours le même, avec les mêmes doutes et les mêmes interrogations quant à mon métier, à chaque nouveau livre. Aux yeux du public, j’ai été assimilé à l’œuvre de Meyer, soit de façon positive, soit de façon négative. Sans entrer dans les détails, j’avoue avoir été blessé par certains reproches faits à ma traduction de la saga. Par ailleurs, je regrette l’assimilation, car j’ai traduit bien d’autres livres fort beaux dont j’aurais aimé que les fans de Twilight prennent la peine de les lire.


Il semble que vous traduisiez beaucoup d'ouvrages destinés à un public féminin : est-ce un choix ? cela demande-t-il une traduction particulière ?

Nombre de maisons d’édition considèrent, à tort ou à raison, que leur public jeunesse est essentiellement féminin. Je n’entrerai pas dans cette polémique. Ce positionnement a eu pour effet de donner beaucoup d’importance à la chick-lit il y a quelques années, notamment à cause du succès de certains romans de langue 16-lunes.gifanglaise (Le journal de Bridget Jones, Le diable s’habille en Prada), etc. Cette tendance a ensuite cédé la place aux ouvrages à environnement fantastique (vampires, sorcières, etc.), là encore destinés à un public féminin, puisque l’amour y occupe une place importante. Rien de particulier au niveau de la traduction, sinon que, encore une fois, il faut être en adéquation avec l’héroïne-narratrice.


À propos d'écriture particulière, dans 16 Lunes, il y a un certain vocabulaire spécifique : la traduction de ces termes relève-t-elle d'une initiative personnelle ?

Je ne sais pas à quoi vous faites référence quand vous parlez de vocabulaire spécifique. S’agit-il du panthéon des Enchanteurs, de leurs divers sortilèges et lieux de prédilection ? Si oui, je me suis contenté de retranscrire au mieux (et pas toujours de manière très satisfaisante, je l’avoue) les inventions très habiles des deux auteurs de l’original.


Dans ce même livre, la façon de s'exprimer d'Ethan est plutôt "datée" : avez-vous développé cette caractéristique ? par vous-même ? en concertation avec l'éditeur ? Prenez-vous plaisir à adopter ce type de langage particulier ?

Tout comme pour la Bella de Meyer, l’Ethan de la saga 16 Lunes ne s’exprime absolument pas comme l’adolescent américain typique. La volonté des auteurs de distinguer leurs héros-narrateurs par leur langage est très clairement évidente : ils recourent à une richesse de vocabulaire fort éloignée de la pauvreté de celui de leurs contemporains moyens, tout en restant dans leur époque, c’est-à-dire en employant des expressions familières, voire grossières. J’aime ce mélange des genres, que je trouve toujours enrichissant en matière d’écriture. Comment, en français, distinguer un ado d’un autre par son langage ? FoMeg-Rosoff.gifrcément en lui prêtant des mots rares, voire précieux, quitte à ce que le lectorat visé ne les connaisse pas. Par ailleurs, il émane de l’environnement de 16 Lunes un parfum de vieux Sud prisonnier dans son passé, synonyme de bonne éducation et d’un certain niveau de culture. Si Ethan semble désuet, c’est que son monde l’est, ce qu’il regrette au demeurant sans arriver toutefois à s’en échapper.


Une dernière question "bonus" : quel est le livre que vous avez préféré traduire ? Et pourquoi ? et celui que vous avez préféré lire ?

Pardonnez-moi, mais je déteste le concept de « préférence » en matière de littérature (comme de musique ou de peinture d’ailleurs). Je n’ai donc préféré traduire aucun livre, mais je reconnais avoir de grandes affinités avec les deux ouvrages de Meg Rosoff sur lesquels j’ai eu l’honneur de travailler (Si jamais et Ce que j’étais), de même qu’avec celui de Julie Hearn, L’Ange de mai. Je suis très dans mon élément avec des auteurs comme Barry Jonsberg ou Jerry Spinelli, et Mon bel amour, de Jacqueline Woodson m’a fort ému. Mais j’ai aussi pris un plaisir immense à traduire les romans féminins fort drôles de Meg Cabot, ou des ouvrages pour les plus jeunes lecteurs.

Quant à mes bonheurs de lecteur, je regrette de ne pas avoir pu traduire certains ouvrages de très grands auteurs jeunesse. La liste est longue, et je me contenterai ici de citer I am the Messenger et The Book Thief de Marcus Zusak.

 

 

Propos recueillis par Loriane et Flore, L.P. Éditeur

 

 


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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 19:00

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David B.
L’Ascension du Haut-Mal
L’Association collection Éperluette, 1996-2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intro

David B est un indépendant avant tout, un expérimental. Scénariste et dessinateur, son œuvre est plurielle. Résumer ses créations, du Haut Mal au Roi rose, et le moteur de celles-ci n’est guère envisageable. Je vais tâcher de vous présenter de façon ouverte ses livres, pour ensuite vous parler du plus instructif de tous, l’Ascension du Haut Mal.


David-B-jpgL’auteur, sa biographie

Il naquit dans le froid de février de l’année 1959, le neuf pour être précis. Pierre-François Beauchard. David, comme vous le devinez, étant son deuxième prénom. Inutile de vous dire ce que représente le B. Pour l’anecdote, ses deux premières œuvres furent publiées sous le pseudonyme de David Beauchard, il trouva cela trop long. Le B apparut lors de la troisième publication. « Il choisit de suivre les cours de publicité de l'école des Arts appliqués Duperré à Paris, car Georges Pichard y enseignait. »1  (Auteur clairement pour adultes, mais qui attirait les foules par ses aplats noirs. Il attira également Gotlib, Bernar, Blum… sans doute pour la même raison que les foules.) David B s’essaye pour la première fois à la bande-dessinée en écrivant un scénario pour Olivier Legan (Pas de samba pour capitaine Tonnerre, Glénat). Il poursuit en tant que dessinateur du Timbre Maudit pour Okapi. Cette bande-dessinée sera éditée par Bayard en 1986. Il travaille ensuite pour un certain nombre de revues, telles Chic, Zèbre, À Suivre… En 89, il réalise des illustrations et des récits complets didactiques ("Les premiers escaliers mécaniques", "Le P'tit Lu : un biscuit moderne", "Géronimo", "Duel pour le Pôle Nord", "L'invention de l'aérosol", etc.) pour Tintin Reporter. En 1990 commence l’aventure d’une vie, si je puis me permettre : il fonde l’Association, éditeur de BD indépendante, il s’y livre à de la recherche graphique dans sa revue Lapin et par le biais des ouvrages pour le moins hors norme que publie cette coopérative d’auteurs parisiens. Ses compagnons de route dans la création de cette maison d’édition sont : Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et Mokeït. « La plupart de ses publications des années 90 furent regroupées dans le Cheval blême et les Incidents de la nuit. »2  04-roi_rose.jpg

Par la suite il ne cessera de publier nombre d’ouvrages, que ce soit chez L’Association ou chez d’autres éditeurs. Il se séparera d’ailleurs de l’Association en 2005. Divergences de point de vue avec Menu et croissance non adaptée à la renommé de ses auteurs font mauvais ménage. Sans oublier l’ego de chacun des artistes qui n’arrange pas les choses. Il travaille avec d’autres auteurs, en tant que scénariste, tels Blain, Sfar, Guibert, ou encore Micol.

L’inspiration de son trait vient d’un peu partout. Le noir et blanc restant sa principale façon de travailler, citons Tardi, Munoz, Pratt, et Pichard. Grand admirateur de Pierre Mac Orlan, il s’inscrira dans sa veine pour certains de ses scénarios, il adapta d’ailleurs Le Roi Rose.

 

 

Le Roi rose

 

 

 

Son œuvre

« Entre 1996 et 2003, il créa L'Ascension du Haut Mal, une série autobiographique de 6 tomes.»3

« Sans être exhaustif, David B. signala en 1996 l'éventail des revues auxquelles il collabora : Circus, Chic, Okapi, À Suivre, L'Écho des savanes, Viper, Rare et cher, Labo, Lapin, Strappazin (Suisse), Kaiser (Allemagne), Nosotros las muertas (Espagne), El Building, Baraka, Fusée, Révolution, La Vie ouvrière, Fripounet, Perlin, Info-Junior.

En 1997, la collection « Roman B.D. » de Dargaud propose son Tengû carré, tandis qu'il scénarise pour Christophe Blain Les Singulières aventures d'Hiram Lowatt et Placido pour ce même éditeur. Les deux titres de cette série sont  « La Révolte de Hop-Frog », puis « Les Ogres ». On découvre ensuite d'autres facettes de son talent dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis. Il développe en avril 2000 l'univers de l'écrivain Marcel Schwob dans Le capitaine écarlate, un récit fantastique dans la veine de Pierre Mac Orlan, illustré par Emmanuel Guibert, puis il s'attaque à une allégorie personnelle sur la guerre et ses destructions dans La Lecture des ruines (2001). Pour cette dernière œuvre d'une grande puissance graphique, les couleurs claires ou éclatantes de Tomasine viendront soutenir son incomparable maîtrise du noir et blanc sans la diluer. »4
07.jpg

L’Ascension du Haut Mal, tome I

Il semblerait que cette œuvre ait eu un certain succès et soit centrale dans l’œuvre générale de David B. La mort est très présente dans cet ouvrage qui traite de son enfance et surtout des crises d’épilepsie de son frère. Dans le plus pur style graphique de l’auteur, en aplats noirs, la bande-dessinée est autobiographique, ou bien est-ce de l’autofiction ? Selon l’auteur pas vraiment car les souvenirs d’enfance sont toujours transformés. David B. ne se cantonne pas à un découpage classique, faisant interagir le jeune Pierre-François et le David dessinateur (ce qui n’est pas sans rappeler le style de Federman), faisant des sauts dans le temps pour raconter l’histoire de ses grands-parents, de ses arrière-grands-parents, s’y introduisant même parfois. Dans ces six tomes, au-delà de la mort, il aborde la métaphysique, l’univers du rêve, le fantastique… David B. cherche à évoquer à la fois des éléments oniriques et biographiques, en partant de sa jeunesse.

Les six tomes de cette série reçurent de « multiples nominations comme au Festival d'Angoulême : en 2000, où le tome 4 reçut l'Alph'art du meilleur scénario et en 1998 et 2004, les tomes 2 et 6 furent nominés pour le Prix du meilleur album. Enfin le 6e volume, gagna le Prix International de la Ville de Genève en 2003. »5
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Reprenons depuis le départ et réfléchissons.


«  Je voulais raconter trois choses : la maladie de mon frère, la construction de mon imaginaire, et la vie de ma famille, avec les parents, les grands-parents, etc. » Voilà comment David B. voit l’AdHM. L’autobiographie est parfois mise à mal tant les éléments extérieurs empiètent sur sa vie. L’ensemble est harmonisé par la maladie de son frère plus que par David lui-même. La projection de son inconscient (très visible sur les couvertures, avec l’ascension des figures oniriques noires au fil des tomes, la perte du sourire et le vieillissement des personnages) nous éloigne parfois de la vie même de l’auteur, à moins qu’elle nous y plonge plus profondément encore. 06-copie-1.jpg

Comment est-il arrivé à ces six tomes ? Comment le Haut Mal, qui figure au-delà de la maladie de son frère tous les maux de la famille selon Renaud Pasquier dans son article « Le Sommeil du monstre », peut-il être représenté par ce dessinateur, et pourquoi ? Il nous donne lui-même la réponse dans l’entretien avec Gilles Ciment et Thierry Groensteen : « Cette rage qui me prenait quand on me disait qu’on n’avait pas d’explication pour ce phénomène, ni de solution crédible et efficace à proposer. »

Alors David créa le Monstre. Je ne vais pas vous parler du Monstre, présent dans le Haut Mal, et dans la plupart des œuvres de l’auteur. Il joue un rôle symbolique majeur. Digresser sur ce point m’obligerait à faire un mémoire, ce qui n’est ni le sujet ni le but. Toujours est-il que la maladie est représentée par le Monstre, mais le Monstre est présent  réellement chez son frère. Pulsions dictatoriales, monde du cauchemar, côtoiement singulier avec ces êtres étranges, figure récurrente d’Hitler, et autres persécuteurs célèbres, la famille Beauchard semble pleine de problèmes. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’auteur ne parle plus à ses parents depuis le tome 3, ceux-ci refusant de le considérer comme leur fils depuis la publication. Sa sœur, qui a écrit la préface, joue alors le rôle de la mémoire, prenant leur suite, confrontant ses souvenirs aux siens. Au reproche d’avoir écrit une semi-autobiographie, David B. répond qu’elle est de toute façon difficile. Ainsi ses parents très présents dans les premiers tomes pouvaient raconter le même événement de façon différente, l’interprétation changeant, le souvenir s’effaçant ou s’augmentant de détails nouveaux.


Conclusion

Je pourrais continuer pendant longtemps encore à discourir sur la vie de cet auteur, parfois névrosé. Je tomberais peut-être dans une analyse de la société. Je terminerai sur ces quelques mots. Les six tomes de l’Ascension du Haut Mal nous donnent un aperçu de la société du XXe dans une famille lambda vivant un drame, nous découvrons en même tant que les protagonistes l’apparition des médecines occultes, celles qui seront considérées comme faisant partie de la vague New-Age, l’apparition aussi de mai 68, de la haine des « Bicots », du traumatisme de la guerre d’Algérie, nous découvrons comment un jeune, puis moins jeune, garçon interprète ces faits, ces passages de vie quotidienne, et quelle fut la vie de l’époque chez Monsieur Tout-le-monde. L’onirisme surprésent nous fait comprendre combien l’ésotérisme, les légendes, les mythes, ont joué un rôle déterminant dans la vie de l’auteur. Les cauchemars traduisant son inconscient nous renvoient à nos propres inquiétudes, voire névroses. Comment parler d’une œuvre, alors qu’elle éclaire les autres ? Comment ne pas parler du reste de la  création de l’auteur ? Le cheval blême et les Incidents de la nuit prennent leur sens, Par les chemins noirs devient lumineux, Le cercueil de course se conçoit, la dispute avec l’Association se comprend, le travail avec certains auteurs s’explique … Pour lire David B. il ne suffit pas d’une bd, il faut l’intégralité de son travail, et, si vous me permettez un poncif, il faut avoir vécu.


Je terminerai sur cette phrase : « Je dessine des monstres, je produis des monstres.»6

Éloi, 2e année Éd.-Lib.

Notes

1. Source : Edition Dargaud
2. Source : Wikipédia
3. Source : Wikipédia
4. Source Editions Dargaud.
5. Source Wikipedia
6. L’Ascension du Haut Mal, tome VI.


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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 07:00

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David B.
L’Ascension du Haut Mal
L’Association

collection Éperluette, 1996-2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cher toi,

Je t’écris cette lettre pour te parler du dernier livre que j’ai lu, L’Ascension du Haut Mal de David B. Cette fois-ci, c’est sur un œuvre entre la bande dessinée et le roman graphique que s’est porté mon choix, je pense qu’elle te plaira, du moins je t’en recommande la lecture.

Une particularité dont j’aimerais d’abord te faire part est la maison d’édition l’Association dont David B est l’un des fondateurs. Elle est originale dans sa forme pour ses dessins en noir et blanc, ses différents formats (la collection Éperluette produit des formats A4) et, dans son contenu, pour sa volonté de publier des bandes dessinées dites alternatives ou indépendantes. Ce sont des œuvres différentes, intelligentes, foisonnantes, mais aussi dérangeantes, perturbantes et même parfois obscures…

David B. est à la fois le dessinateur et le scénariste ce qui, je trouve, donne à ses bandes dessinées une dimension absolument personnelle. Son style n’est pas la jonction de deux talents mais une projection directe de lui-même, de ses expériences, de ses ressentis, de sa plume et de son pinceau.


L’Ascension du Haut Mal est une série de 7 tomes aujourd’hui achevée, publiée de 1993 à 2003, qui raconte l’évolution de la maladie du frère de l’auteur, atteint d’épilepsie.

(Le « haut mal » était l’expression utilisée au Moyen-âge pour parler de l’épilepsie).

DavidB-Haut-Mal.jpg En faisant des recherches, j’ai trouvé  une interview pour BD paradisio où  David B. emploie l’expression « mythologie familiale » pour l’Ascension du Haut Mal. Cette expression illustre assez bien son travail qui en effet, à la fois sur le fond et sur la forme, peut s’apparenter à une légende.

L’histoire de Pierre-François (le vrai nom de l’auteur, David B. est une sorte de nom de scène, comme tu t’en doutes) semble lointaine au lecteur lambda, dans le sens où son passé n’est pas commun et l’atmosphère fantasmagorique qu’il met en place par son dessin et ses visions d’enfant peut faire penser à une fresque racontant un récit atypique ou un parcours initiatique.

 Oui, un parcours initiatique, car le jeune Pierre-François découvre la vie à travers des épreuves. Il expérimente avec ses parents l’évolution d’une maladie dans son cercle familial. Une épreuve qu’on ne peut fuir sans se sentir lâche, mais qui éprouve la force (à la fois physique et psychologique). L’influence et l’omniprésence de pratiques orientales y est aussi pour quelque chose. Je ne veux pas te dévoiler tous les détails de l’histoire, mais pour lutter contre la maladie, les parents de l’auteur vont essayer toutes sortes de pratiques aussi extrêmes les unes que les autres.

Le dessin est en noir et blanc et très expressif. On pourrait même penser que ce style personnel est cathartique. Il y a une certaine violence dans son dessin qui est atténuée par la monochromie des images. Je ne sais pas si tu seras de mon avis, mais les scènes de guerre de la bande dessinée me font particulièrement penser au style de Tardi avec des traits épais et ronds. Les images sont métaphoriques et contiennent une symbolique animale très forte qui rejoint la dimension légendaire et initiatique dont je parlais un peu plus haut. Cet imaginaire m’a fait me poser une question : est-ce une vision d’enfant ou d’adulte ? Car c’est un enfant qui écrit… mais c’est un adulte qui écrit cet enfant… Je ne t’en dis pas plus et te laisse à tes nombreuses lectures. En attendant de tes nouvelles,

Amicalement,

Marina

 

PS2 : c’est David B. qui a encouragé et influencé l’œuvre  Persépolis de Marjane Satrapi !

 

Marina P., 2e année BIB

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 07:00

Marjane-Satrapi-Persepolis.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Marjane SATRAPI
Persepolis
L’Association
Collection Ciboulette, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

marjane_satrapi.jpgQuelques mots sur l’auteur

Rasht 1969 : naissance de Marjane.


Fille unique d’un couple bourgeois de Téhéran et actuellement scénariste, dessinatrice et réalisatrice de bandes dessinées, Marjane Satrapi grandit au sein d’un Iran fragilisé par la révolution et épuisé par la guerre contre l’Irak en 1980. En réaction contre la république islamique et les règles imposées par les mollahs, elle quitta le pays à l’âge de 14 ans pour s’installer en Autriche où elle obtint son baccalauréat. Titulaire d’une maîtrise de communication visuelle reçue aux Beaux Arts dès son retour à Téhéran, Marjane fuit de nouveau sa terre natale en direction de Paris en 1994, où elle décrocha presque aussitôt une place à l’atelier des Vosges. Ayant intégré le groupe des jeunes auteurs de bande dessinée, elle s’initia à la littérature jeunesse puis, faute de soutien des maisons d’édition, se trourna vers la bande dessinée. Ainsi, c’est encouragée par ses collègues, Joann Sfar ou encore Christophe Blain, et suite à la lecture de L’Ascension du haut mal de David B., que Marjane Satrapi décida de raconter sa vie et son pays dans cet ouvrage intitulé Persepolis vendu à plus de 170 000 exemplaires en France.


Gros plan sur L’Association…

Auteurs de bands dessinée, Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Matt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas ou encore Mokeït sont à l’origine en 1990 de L’Association, petite maison d’édition indépendante connue essentiellement pour son exigence et son souci de qualité formelle.

Optant pour le noir et blanc, des couvertures soignées ou encore des formats non conventionnels, les publications de L’Association se détachent immédiatement du reste de la production française. En outre, l’absence de code-barre imprimé, le design soigné et les esthétiques variées permettent de reconnaître les ouvrages.
   
Cette petite maison d’édition a permis également de faire connaître au grand public des auteurs contemporains et novateurs tels que Joann Sfar ou encore Marjane Satrapi, dont le succès — Persepolis s’est vendu à plus de 170 000 exemplaires en France — a contribué à la survie de L’Association.
   
Diverses collections, généralistes ou thématiques, sont identifiables au sein de cette maison d’édition. Leurs noms peu communs et leurs différents formats la situent en marge de la logique commerciale. On distingue entre autres Éperluette au format A4, Ciboulette au format « roman », dans laquelle figure Persepolis, Patte de mouche où l’on trouve de courts récits en petit format, et Côtelette dans un esprit carnets pour n’en citer que quelques-unes…
   
Depuis 2005, plusieurs membres fondateurs ont quitté L'Association (David B., Lewis Trondheim, Stanislas et Patrice Killoffer), le comité de rédaction a été dissous, et Joann Sfar a annoncé qu'il cessait sa collaboration.
   
Néanmoins, L'Association reste un modèle associatif d'indépendance et de réussite dans son domaine ; son style émancipé et sa démarche novatrice ont suscité un réel engouement.


Satrapi-Persepolis-1.gifPersepolis, tome 1.

Téhéran 1980.


Petite fille de dix ans, Marjane Satrapi songe à l’avenir et se voit en prophète pour soigner le mal de genoux de sa grand-mère et sauver son pays de la tyrannie. Éduquée par des parents modernes et cultivés, elle imagine un monde meilleur en s’entretenant tous les soirs avec Dieu et en s’instruisant sur le «matérialisme dialectique» pour lequel elle manifeste un fort engouement. Victime d’un Iran en quête d’identité, cette petite fille voit ses rêves s’envoler et ses ambitions disparaître quand l’obligation du port du voile annonce des transformations définitives dans la société iranienne. Ainsi, déterminée à imiter ses parents, elle s’identifie à Che Guevara et commence à manifester avec ses amis dans le jardin en criant : « À bas le roi ! ».

Impressionnée par le récit de son oncle Anoush qu’elle retrouve lors d’un repas de famille, elle voit son imaginaire d’enfant se transformer en un véritable petit univers où il est question de torture et de détermination. Fière d’avoir des héros dans sa famille !

Cependant, la guerre contre l’Irak est déclarée et la petite vie de Marjane bascule très rapidement, laissant place aux bombardements et aux contrôles exercés par les mollahs.

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Tome 2

La situation économique et politique de Téhéran s’aggrave et les espoirs de Marjane s’effondrent quand elle apprend la fermeture des universités :

« plus d’universités… et moi qui voulais devenir chimiste. Moi qui voulais faire comme Marie Curie. […] Misère ! À l'âge où Marie Curie est allée en France pour étudier, j'aurai sans doute dix enfants », écrit-elle.

Les codes vestimentaires, les bombardements, la violence exercée par les gardes de la Révolution et les restrictions imposées au peuple font d’elle une adolescente consciente des terreurs que peut engendrer une guerre. La succession des drames, la rigidité de l’école, et l’endoctrinement des jeunes garçons n’effraient pas Marjane. Toujours aussi déterminée, elle se moque avec ses amis des rituels imposés et grandit en conservant son esprit de rébellion à tel point qu’elle commence à défier l’autorité de ses parents et celle du gouvernement. Devenue une jeune fille, elle désire désormais attirer le regard des garçons, s’émancipe en fumant sa première cigarette et en séchant les cours. Voulant également se créer une identité propre, elle porte des chaussures Nike et écoute du Michael Jackson, musique prohibée par le régime totalitaire. De fait, l’Iran est sous surveillance : alcool, jeux de cartes ou encore musique sont interdits au nom d’une religion contrôlée par les mollahs. C’est pour cela, et en raison des bombardements que les parents de Marjane décident de l’envoyer en Autriche en lui promettant qu’ils lui rendront un jour visite.


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Tome 3

À 14 ans, Marjane Satrapi apprend à vivre seule dans un pays étranger. Elle est hébergée chez les bonnes sœurs et redécouvre le plaisir de faire les courses et de vivre librement. Timide et triste, elle s’adapte petit à petit à la nourriture et aux habitudes qu’offre la vie occidentale. Elle entre à l’école et commence à se faire remarquer du fait de ses origines et de ses capacités intellectuelles. S’intégrant dans un petit groupe d’amis, elle  comprend très vite les habitudes des jeunes Occidentaux : sexe, alcool et cigarette. Puis vient sa transformation physique. Marjane grandit et voit son corps se développer. En quête d’identité, elle essaie tout type de coiffure et se rend compte qu’elle trahit les préceptes de son père : « N’oublie jamais qui tu es ». Revendiquant ses origines, elle connaît petit à petit l’amour et la misère, la drogue et les longues nuits dans les rues d’Autriche. Après de terribles épreuves, dont une hospitalisation, elle décide de regagner son pays.

 

 

 

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Tome 4

Après quatre ans passés loin de sa famille en Autriche, elle retourne avec impatience en Iran. Cependant les choses ont changé dans le pays : les décorations murales honorent désormais les martyrs et certaines rues portent leurs noms. Accueillie par sa famille entière, il lui faut tout redécouvrir : ses amis, ses habitudes et SON pays. Cette période de troubles et d’angoisse la fait sombrer dans la dépression et la tentation du suicide. Mais heureusement, elle reprend progressivement sa vie en main, se met à l’aérobic, tombe amoureuse, reprend ses études et enfin se marie… Elle devient une vraie femme et n’a pas peur de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Elle divorce quelque temps après pour repartir en France en 1994. Après s’être recueillie sur la tombe de son grand père, être partie en voyage avec sa grand-mère et s’être rendue à la prison où a séjourné son oncle, le 9 Septembre 1994, Marjane Satrapi part définitivement pour la France, fière d’être devenue une femme émancipée. « La liberté a un prix… »

 

 

 

 

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Petite réflexion et avis personnel…

Une trame narrative à la fois émouvante, humoristique et réaliste. Persepolis témoigne selon moi d’un véritable travail de réflexion intime. L’auteur d’après ses propos « puise très loin dans ses souvenirs » ( http://mapage.noos.fr/marjane.persepolis) et dévoile ainsi à ses lecteurs l’image d’une société iranienne éloignée de celle qu’imagine l’Occident.


L’emploi de la première personne contribue à nous émouvoir. On ne peut qu’être attendri par les événements vécus par cette jeune fille qui forge son caractère au gré des soubresauts qui agitent son pays. Marjane Satrapi mêle des faits historiques avec des incidents privés, rendant ainsi le récit encore plus attrayant pour le lecteur. L’emploi d’un langage simple permet d’accentuer la force des souvenirs.

Le trait en noir et blanc mêle avec précision le vécu subjectif d’une jeune enfant qui se transforme petit à petit en adulte et l’objectivité des événements. Le dessin parle lorsque le récit des bulles est court ; le lecteur peut facilement inventer l’histoire à la lecture des images aux formes arrondies dont la simplicité sert l’authenticité.

C’est donc une bande dessinée que je conseille vivement car elle est capable de nous transporter tantôt dans un univers d’euphorie, tantôt dans la  tristesse et l’anxiété. L’occasion de découvrir la bande dessinée indépendante à tendance autobiographique.



Site conseillé pour avoir de  plus amples informations sur Marjane Satrapi et ses œuvres :

 http://mapage.noos.fr/marjane.persepolis/


Angélique Bouzage, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

 



Marjane SATRAPI sur LITTEXPRESS

 

Marjane Satrapi Broderies

 

 

 Etats d'âme en Iran : Zoyâ Pirzâd et Marjane Satrapi, article de Claire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 07:00

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Thomas PYNCHON
Vice caché
Titre  original :
Inherent Vice
Traduction française :
Nicolas Richard
Première parution aux États-Unis en 2009
Seuil, collection Fiction & Cie, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thomas Pynchon

Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Pynchon#Biographie


Bibliographie

V, roman,  1985
L’Homme qui apprenait lentement, nouvelles, 1985
 Vente à la criée du lot 49, roman, 1987
L’Arc-en-ciel de la gravité, 1988
Vineland, roman, 1991
Mason & Dixon, roman 2001
Contre-jour, roman, 2008
Vice caché, roman, 2009

 

Vice caché

 

Vice caché était un roman très attendu. Septième œuvre de Thomas Pynchon, après les très remarqués V, Vente à la criée du lot 49, Vineland, Maxon & Dixon, il s’essaie ici au polar.  

 

Vice caché est le récit des pérégrinations de Doc Sportello, détective privé à Los Angeles dans les années 70. Le surf rock a le vent en poupe, Charles Manson vient de faire des ravages, on roule dans de grosses voitures, internet en est encore à l’ARPANET, et la ville se construit peu à peu. C’est une époque charnière que vit Los Angeles, et Doc Sportello est un peu perdu. Surtout égaré dans des nuages de fumées illicites.

 

Comme tout bon privé, il n’aime pas traîner avec la police, et bizarrement, son meilleur ami, meilleur ennemi, n’est autre que le flic Bigfoot qui aime fracasser des portes à coups de pied, et enfermer les hippies comme Doc. Mais c’est ensemble qu’ils vont devoir résoudre le mystère de la disparition de Mickey Wolfmann, promoteur véreux et douteux, mais également de Shasta, l’ancienne petite amie de Doc, du garde du corps de Wolfmann qui faisait par ailleurs partie d’un gang néo-nazi, et d’un saxophoniste junkie revenu d’entre les morts. Doc va ainsi avoir le loisir de croiser diverses gens vraiment louches, surtout peu fréquentables, repris de justice, néo-nazis, mafieux… On suivra Doc des rues de Los Angeles jusqu’à Las Vegas, entre crises de paranoïa, drogues, rock’n’roll, ses divers déguisements et ses conquêtes, mais on suivra surtout les digressions de Pynchon dans une époque, les seventies, et une ville, Los Angeles. car Vice caché est un récit riche et foisonnant.

 

Et il est là le vice caché, dans cette ville entre deux époques, remplie de paumés junkies, extrémistes de tous poils, et dirigée par une mafia peu conciliante. Sans parler des petites frappes à qui Doc est plus enclin à accorder sa confiance qu’à la police. Peut-être encore un éclair de paranoïa, ou un délire de drogué, ou bien alors des restes de santé mentale et d’auto-défense. Assurément, la faune de personnages plus excentriques et typiques les uns que les autres vaut le coup d’œil. Mais rien n’est dit, et c’est là le talent de Pynchon. On sent bien qu’il y a un malaise, que quelque chose cloche, sans pouvoir mettre le doigt dessus. On a bien une idée avec toutes les références à Charles Manson et aux émeutes de Watts, tous ces gars qui ne croient qu’en la surf musique, la drogue, ou le surf. Mais cette ville embrumée, plongée dans un smog lourd et moite n’est que le reflet d’une Amérique passée. Le récit oscille donc entre nostalgie et regrets.

 

Car c’était une époque magnifique, de liberté, musique, insouciance, mais ça c’est ce qu’on veut bien voir, et en dessous du vernis, en dessous de sa ressemblance avec un polar, et de ses références au genre, ou de ses allures de fiction rock’n’roll, c’est une critique acerbe de l’illusion des seventies qu’on lit. Et c’est avec un arrière-goût qu’on le referme, comme si en fait, ce n’était pas si fun que ça, et que ça ne devait pas être si marrant que ça de se retrouver là-bas.

Enfin, un mot sur l’écriture de Pynchon. Assurément, c’est dense, très dense. Pas toujours évident de suivre le fil de l’histoire, qui n’est d’ailleurs souvent là que parce qu’il faut une histoire. On se raccroche à ce qu’on peut et il faut accepter de  se laisser aller aux délires de l’auteur, ou aux élucubrations des différents protagonistes. Car l’enquête en elle-même n’a que peu d’intérêt, le vrai intérêt comme on l’a vu plus tôt se trouve dans les personnages, et la ville. Ça n’a donc rien d’un polar traditionnel, et ça en fait une œuvre complexe, bourrée de références à la culture underground, mais pas toujours accessible si l’on n’est pas habitué.

Florian, 2e année Éd.-Lib.

 

Thomas PYNCHON sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Delphine sur V.

 

 

 

 

 

 


 

thomaspynchon.jpg

 

 

 

 Article de Maïlys sur Vente à la criée du lot 49.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 07:00

Jim-Dodge-Stone-Junction-1.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jim DODGE
Stone Junction
Publié aux Etats-Unis en 1990
par The Atlantic Monthly Press
Traduit de l’anglais
par Nicolas Richard

Préface de Thomas Pynchon

Le Cherche Midi,

Collection Lot 49, 2008

10-18, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stone Junction est l’histoire de Daniel Pearse, mais c’est aussi celle d’Annalee Faro Pearse, de Jessal Voltrano ou Volta, ou encore de Jennifer Raine.

Stone Junction est un roman initiatique, mais aussi la quête d’un diamant, ou encore le récit d’une vengeance.

Enfin Stone Junction, c’est aussi de l’humour, de la noirceur, de la folie et enfin de l’amour.

Comme le dit l’auteur, Stone Junction est «une grande oeuvrette alchimique ».

« Daniel Pearse est né le 15 mars 1966, par un matin pluvieux. Il n’a pas eu droit à un deuxième prénom car sa mère, Annalee Faro Pearse, avait déjà eu toutes les peines du monde à lui trouver un prénom et un nom de famille — le nom de famille surtout. Elle avait beau se creuser la tête, le père de Daniel aurait pu être n’importe lequel parmi sept hommes ».

Daniel naît ainsi, sans père, mais avec une mère formidable qu’il aimera toute sa vie. Ils font ensemble la connaissance de l’AMO, ce qui signifie Alliance des Magiciens et Outlaws ou Alchimistes, Magiciens et Outlaws (selon ce qu’en dit chaque membre), société secrète qui protège les hors-la-loi. Cependant leur vie va être bousculée par l’apparition de Shamus Malloy : « Un contrebandier professionnel, un alchimiste métallurgique, un bandit révolutionnaire », de qui Annalee tombe amoureuse. Elle prend ainsi part à la quête improbable de Shamus : voler de l’uranium à l’État américain. Cependant, sans que l’on sache comment, Annalee est tuée par l’explosion d’une bombe.

 
Un apprentissage

À son réveil à l’hôpital (il était avec sa mère), Daniel fait la connaissance de Volta, un des membres les plus importants de l’AMO, qui lui propose de rejoindre son organisation et d’être éduqué par nombre de ses professeurs. Proposition à laquelle Daniel consent, sous réserve de pouvoir ensuite chercher qui a tué sa mère.

Daniel part ainsi dans un ranch où il fait la connaissance de Wild Bill. Durant un an, Daniel doit méditer matin, midi et soir. Il travaille avec Wild Bill sur ses problèmes psychiques, notamment son incapacité à rêver depuis la mort de sa mère. Il va être soumis à la vision de la mort de sa mère, épreuve à laquelle le contraint son professeur.

Ensuite, Daniel part dans une exploitation agricole et rencontre son nouveau professeur : Mott Stocker. Celui-ci l’initie aux drogues en tous genres.

Le troisième professeur est William Clinton, crocheteur de coffres, dont le but n’est pas d’obtenir ce qui est dans le coffre mais « simplement » de l’ouvrir.

Daniel rencontre ensuite Bad Bobby Sloane, joueur invétéré, qui va apprendre à Daniel à exceller dans tous les jeux possible.

Apparaît peu après Jean Bluer, maître du déguisement mais aussi des arts martiaux.

Enfin, après tous ces précepteurs, Daniel reçoit l’enseignement de Volta. Celui-ci a la capacité de devenir invisible, pratique dangereuse à laquelle il ne se soumet plus, de peur de ne plus pouvoir « revenir » dans le monde réel. Volta constitue l’achèvement du parcours initiatique de Daniel.

 
L’alchimie, une science qui s’attache aux quatre éléments de la nature

« L’air », « La terre », « L’eau » et « Le feu » sont les quatre chapitres du livre. Chaque chapitre arrive à un point culminant de l’histoire.

On passe au chapitre 2, « La terre », lorsque Daniel accepte d’entrer dans l’AMO. Puis on arrive dans le chapitre 3 quand Daniel réussit pour la première fois à disparaître. Enfin, le chapitre 4 commence quand Daniel doit rencontrer son alter ego : Jennifer Raine.

Cette division du livre montre la rigueur de l’auteur dans son raisonnement et l’attachement qu’il accorde à la logique de l’histoire.

 

Une quête

Lors de l’enseignement de Volta, nous apprenons que son but est de voler un diamant gros comme une balle de bowling, détenu par le gouvernement américain. Ce diamant apparaît à Volta dans ses rêves. Daniel va utiliser son pouvoir de disparaître pour voler le diamant. Ce vol est ce qui va causer sa perte. En effet, le pouvoir du diamant va être supérieur et il va obséder Daniel à tel point que celui-ci va le pousser à fuir sur les routes afin de continuer à posséder le diamant. Le dernier tiers du roman est dominé par le vol du diamant et l’obsession de Daniel.

Enfin, lors de sa déchéance, Daniel fait la rencontre de Jennifer Raine, jeune échappée d’un hôpital psychiatrique qui a une fille imaginaire. Ces deux personnages vont se correspondre totalement car dès le départ, sans que cela soit vraiment expliqué ou même explicable, Daniel voit sa fille, Mia. Le dernier chapitre raconte leur rencontre et l’amour immédiat qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Cependant Daniel est toujours obsédé par le diamant et va, à la fin, se retrouver happé par lui.

 
La noirceur des personnages

La folie et la malfaisance de certains personnages peut frapper.

Ce n’est qu’au milieu du livre que l’on prend conscience de la folie de Shamus Malloy. Celui-ci, dans des accès de violence rare, se révèle schizophrène. Il parle avec sa main gauche, brûlée par de l’argent lors d’une expérience. Sa main représente le mal qui est en lui.

L’auteur fait aussi la critique de notre société, par l’utilisation de personnages secondaires cruels et égoïstes. Comme ce patron de pizzeria qui insulte ses employés ou ce tueur professionnel cruel…

Enfin l’auteur critique le fonctionnement des institutions gouvernementales comme la CIA en utilisant des personnages incompétents.

 
Stone Junction est un livre très complet qui a pour vocation principale de détendre mais aussi de nous amener à une réflexion sur le fondement du mal et de la folie. Les dernières phrases du livre, qui sont extraits du journal intime de Jennifer Raine illustre l’état d’esprit du livre entier :

« Je sais que dalle. Ça doit vouloir dire que je suis saine d’esprit. Ce qui est un excellent point de départ pour redevenir dingue ».
 

Marine G., 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 07:00

Oscar-Wilde-Le-Fantome-de-Canterville.gif

 

 

 

 

 

 

Oscar WILDE
Le Fantôme de Canterville

et autres contes 
Titre original :  

The Canterville Ghost
Traduction : Jules Castier

Librairie Générale Française, Le Livre de Poche
Coll.Les Classiques de Poche, octobre 2009
1ère édition : 1891


Liste des éditions :

Marabout-Gérard (1972),
Livre de Poche (1988, 1991, 1992, 2009),
Livre de Poche jeunesse (1988, 1995, 1998, 2001),

Flammarion (1996),
Gallimard jeunesse ( 1994, 1997, 2007)
 

 

 

 

 

Oscar_Wilde.jpgL’excentrique auteur

Oscar Wilde, de son nom complet Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, naît  à Dublin le 16 octobre 1854. Jane Francesca Elgee, sa mère descend de la lignée du révérend Maturin, célèbre auteur de romans noirs, et est elle-même poétesse. Robert Wills Wilde, son père est un chirurgien réputé. Irlandais dans l'âme, Oscar Wilde est également anglais dans ses manières très étudiées qui transparaissent dans l'ensemble de son œuvre et qui ne font guère l'unanimité parmi les artistes de l'époque qui ne manquent pas de le critiquer.

Quelques années après la mort de sa sœur cadette Isola en 1867, Wilde commence ses études au Trinity College de 1973 à 1874, à Dublin, puis les poursuit au collège de Magdalen à Oxford de 1874 à 1878. Il découvre là-bas un monde de subtilité dans les nuances et de fins esprits qui ont un goût prononcé pour la beauté des arts anciens de la Renaissance et de l'Antiquité grecque. Wilde suit d'ailleurs quelques mois les cours de John Ruskin, homme de tête du  mouvement « esthète » dont l'intérêt se porte sur la littérature, la peinture et la musique et qui prône le Beau. Ses années à Oxford font de lui un personnage excentrique, vêtu de costumes de dandy. Brillant élève, son écriture peu descriptive, recèle cette étincelle d'esprit qui colore ses propos et leur donne l'éclat qui est tant admiré dans ses œuvres.

Installé à Londres en 1879, il est alors reçu par les plus hauts aristocrates tels que la duchesse de Portland ou Lord Pembroke, comme le signale Jean-Luc Steinmetz dans les commentaires qu’il fait du Fantôme de Canterville, (Le Livre de Poche, collection Classiques, octobre 2009). Il séduit par son « talent de causeur émérite », crée des mondes par sa simple parole, les colore par l’invention de mots, les fait vivre par une étincelle d’esprit qui habite tous ses discours.

En 1884, il épouse Constance Lloyd avec qui il aura deux fils, Cyril et Vyvyan, alors qu’il décide de mettre un terme à ses excentricités et d’améliorer l’image qu’il donne de lui. Il rédige plusieurs contes dont Le Fantôme de Canterville (1887). Cependant, il reprend très vite sa personnalité d’excentrique.

En 1891 paraît l’unique roman de Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, l’œuvre qui lui offrira la célébrité et des critiques concernant l’immoralité du héros et son extrême audace à parler de la force du plaisir. On y voit notamment une transposition de sa relation avec Lord Alfred Douglas qu’il rencontre la même année et avec qui il vit une relation passionnée. Mais en affichant publiquement son homosexualité, à une époque où elle est très mal considérée, il s’attire les foudres de la justice anglaise qui le condamne à une peine de deux ans de travaux forcés en 1895. A sa sortie, il s’exile en France, brisé, puis rejoint Lord Alfred Douglas en Italie. Il meurt le 30 novembre 1900 à Paris.


Son œuvre

Oscar Wilde adhère au mouvement esthète, et recherche le beau dans chacune de ses œuvres, autant dans la recherche de ses mots, de ses métaphores que dans l’esprit qui imprègne ses écrits.

Il n’écrit qu’un seul roman qu’il publie en 1891 sous sa forme achevée, Le Portrait de Dorian Gray. Il connaît le succès avec son œuvre mais choque également les Anglais pour ses personnages immoraux.

Il rédige des contes pour ses fils, The Happy Prince and Other Tales (Le Prince joyeux et autres contes), et des recueils de nouvelles dont notamment Le Crime de Lord Arthur Savile (Lord Arthur Savile’s crime, 1891) ou encore Le Fantôme de Canterville (Canterville Ghost, 1887). Il écrit aussi beaucoup de pièces de théâtre qui seront pour certaines censurées et interdites de représentation telles que Vera (1880), qui sera retirée de l’affiche la veille de la première.


Résumé

Le Fantôme de Canterville, une nouvelle écrite en 1887, raconte l’histoire d’une famille américaine qui s’installe dans un château hanté d’Angleterre sur le domaine de Canterville Chase. Les clichés et l’humour sont de mise avec un père ministre américain nommé Hiram B. Otis qui ne veut pas croire qu‘un certain fantôme nommé Sir Simon — qui a tué sa femme Eleanore de son vivant — hante les lieux depuis trois cents ans, une paire de jumeaux surnommés “Stars and Stripes” qui font des farces au pauvre Sir Simon, un jeune homme appelé Washington, qui s’active avec du détergent pour effacer une tache de sang qui réapparaît chaque matin dans la bibliothèque. Et enfin, une jeune fille, Virginia, dont la pureté rivalise avec les jeunes princesses stéréotypées des contes. Sans oublier Mme Otis, bonne mère de famille, qui apporte au fameux fantôme un élixir pour calmer d’éventuelles indigestions suite aux affreux cris qu’il lance le soir dans le château. Ainsi, cette famille américaine, très pragmatique, ruine le “métier du fantôme” qui aime raconter au lecteur tous les déguisements terrifiants qu’il a inventés et qui ont toujours fait leur effet sur les hôtes anglais du château. Il rappelle, non sans plaisir, qu’il a quelques illustres morts de peur à son actif.

Mais cette cruauté cache en réalité un cœur tendre, qui a été condamné à demeurer à Canterville Chase jusqu’à ce que l’amour d’un jeune enfant lui permette le repos éternel. Ici, le jeune enfant est incarné par Virginia à qui il raconte cette prophétie. La jeune fille, sensible, accepte de le suivre jusqu’à l’endroit où se trouvent ses restes, c’est-à-dire derrière un mur. Finalement, Sir Simon s’en va reposer en paix dans le Jardin de la Mort.



Analyse

Le Fantôme de Canterville veut s’inscrire dans la tradition anglaise des récits fantastiques. Cependant, Wilde s’amuse à détruire cette tradition gothique, qui cherche à terrifier un public amateur d’émotions fortes, en accumulant tout un ensemble de stéréotypes tels que les phénomènes atmosphériques qui précèdent l’arrivée de la famille Otis sur le domaine de Canterville Chase. En effet, un orage tonne et les éclairs zèbrent le ciel, comme pour annoncer un événement terrible qui n’aura finalement pas lieu. En outre, le manoir comporte des éléments qui montrent son ancienneté et plantent le décor de cette histoire « terrifiante » : les lambris, les vieilles armures. Puis, une tache de sang, preuve du meurtre d’Eleanore par son mari, Sir Simon, ne cesse d’apparaître dans la bibliothèque alors que le jeune Washington essaie différentes lotions détergentes pour la faire disparaître. 


Le métier de spectre

Le Fantôme de Canterville est bien évidemment le personnage principal de ce récit. Il tient par ailleurs son rôle de spectre très à cœur : en effet, il doit apparaître dans les couloirs du château de Canterville une fois par semaine et pousser des cris atroces les premier et troisième mercredi du mois. Mais alors que le lecteur s’attend à un terrifiant spectre qui hanterait les couloirs en traînant ses chaînes, Wilde s’applique à démystifier ce stéréotype. Effectivement, ce fantôme se montre théâtral, et peut-être trop, ce qui prête plus à rire qu’à effrayer : il s’applique à choisir plusieurs déguisements, qui portent tous un titre exagéré parmi lesquels « Daniel le Muet, ou le Squelette du Suicidé », « Jonas sans Tombe, ou le Voleur de Cadavres de Chertsey Barn ». En outre, il règle ses apparitions comme de véritables mises en scène :

« Vers le soir, il y eut un violent orage, et le vent était tellement déchaîné que toutes les fenêtres et les portes de la vieille maison tremblaient et claquaient. Bref, c’était précisément le temps qu’il aimait. Voici quel était son plan de bataille : il devait se rendre sans bruit dans la chambre de Washington Otis, lui adresser, du pied du lit, du baragouin inintelligible, et s’enfoncer par trois fois le poignard dans la gorge aux sons d’une musique lente. Il en voulait tout particulièrement à Washington, car il savait fort bien que c’était lui qui avait l’habitude d’effacer la célèbre tache de sang de Canterville avec de l’Extra-Détersif Pinkerton. Ayant ainsi amené le jouvenceau téméraire et imprudent à un état de terreur abjecte, il devait alors se rendre dans la chambre occupée par le ministre des États-Unis et sa femme, et là, poser une main moite sur le front de Mrs. Otis, cependant qu’il susurrerait, à l’oreille de son mari, les secrets effroyables du charnier. »
 

Cependant, alors que ces terrifiants déguisements, apportèrent un certain succès au fantôme en effrayant plusieurs hôtes précédents de Canterville, dont « la jolie Barbara Modish » qui rompit ses fiançailles avec le grand-père de Lord Canterville, c’est loin d’être le cas avec cette famille américaine. Ses tentatives désespérées pour la terrifier sont toutes mises en échec par les jumeaux qui s’amusent à le faire tourner en bourrique : en effet, ils fabriquent un spectre de toutes pièces afin d’épouvanter Sir Simon, ce qui fonctionne à merveille puisque le fantôme détale « en trébuchant sur son suaire ». Une autre fois, alors qu’il s’apprête à les effrayer en entrant dans leur chambre, il reçoit un seau d’eau, ce qui le fait fuir, rouge de honte. Par ailleurs, les jumeaux ne sont pas les seuls à briser ses « effets » pour faire peur : alors qu’il traîne ses chaînes dans les couloirs du château en plein milieu de la nuit, empêchant toute la famille Otis de dormir, Mr. Otis va à sa rencontre afin de lui donner de l’huile pour gaisser ses chaînes. Le fantôme ne fait plus peur, bien au contraire, il prête à rire.

De plus, loin d’être un spectre comme les autres, Sir Simon a des caractéristiques humaines : il peut se servir de la quatrième dimension à sa guise pour se matérialiser, ce qui, cependant, ne lui sert pas puisqu’il se prend les pieds dans les fils tendus par les jumeaux à travers les couloirs, glisse sur une pente savonneuse soigneusement réalisée par les mêmes garnements, ou bien attrape un gros rhume après avoir reçu un seau d’eau sur la tête.

Enfin, et pour terminer cette analyse sommaire, on comprend vite que Wilde n’épargne pas la famille américaine dans la caricature. Effectivement, la famille Otis affiche un pragmatisme à toute épreuve, et refuse de croire qu’un fantôme hante le château, même lorsque celui-ci se manifeste à plusieurs reprises. Mr. Otis lui fournit de l’huile pour ses chaînes, Mrs. Otis un élixir en croyant qu’il a des maux d’estomac, Washington s’efforçant d’effacer la tache de sang avec des lotions détergentes, inventions récentes à l’époque. C’est une satire des Américains, peuple qui, selon Wilde, croit que tout peut s’acheter avec de l’argent, même les fantômes.


Mon avis

Il ne faut, certes, pas s’attendre à un chef-d’œuvre avec Le Fantôme de Canterville, mais le mélange du réalisme et du fantastique est drolatique et fait sourire, notamment grâce à la démystification plaisante qu’opère l’auteur sur ce fantôme, prêt à tout pour faire son « métier » de spectre, la dernière chose qui lui reste. Une activité mise à mal par les plaisanteries cruelles des jumeaux Otis. On assiste avec un mélange de pitié et d’amusement à ces séances de brimades grotesques. Par ailleurs, l’élément le plus burlesque est, sans aucun doute, le rapport inversé entre celui qui fait peur et celui qui est effrayé. Il est vrai que finalement, c’est le spectre qui est victime des jumeaux et non l’inverse, comme cela devrait être.

Le Fantôme de Canterville est un livre à lire au coin du feu, un après-midi de pluie.
 

Élodie M., 1ère année édition-librairie


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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 07:00

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Harry CREWS
La Foire aux serpents
Titre original : A Feast of Snakes
Traduit de l'américain
par Nicolas Richard                                 
Éditions Gallimard
Collection Folio Policier
1994 pour la traduction française.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Il ne savait pas ce qu’était l’amour. Il ne savait pas à quoi ça servait. Mais il savait qu’il se le coltinait partout où il allait, c’était une scabreuse tache de pourriture, de contagion, qu’on ne pouvait pas guérir. Que la rage ne guérissait pas. Que l’indulgence ne faisait qu’empirer, attiser, se développer comme un cancer. Et ça avait fichu sa vie en l’air. »

Joe Lon Mackey est l’ancien quaterback vedette du lycée de Mystic, en Géorgie. Son incapacité à lire correctement l’a condamné à une vie médiocre dans son village où il a récupéré le magasin de whisky paternel. Cet analphabétisme l’a surtout empêché de suivre son amour de lycée, Bérénice Sweet, à l’université. Il épouse donc Elfie, une femme qu’il n’aime pas et a deux enfants pour lesquels il semble pas ne avoir le moindre intérêt.

Joe Lon vit au diapason de sa folie. Devenu violent, alcoolique et plein de frustration, il tabasse régulièrement sa femme, ravagée par ses deux grossesses consécutives qui lui ont laissé un corps flasque et qui n’est plus que l’ombre de la jeune fille qu’elle était.

« De derrière, elle ressemblait toujours à la femme qu’il avait épousée. Mais par-devant, c’était la catastrophe. […] Ces seins splendides et bandants qu’elle avait encore deux ans auparavant pendouillaient maintenant comme deux poches énormes. […] On aurait dit qu’elle dissimulait un ballon de basket sous sa robe ».

Son père, Joe Lon également, mais que l’on appelle Big Joe, est alcoolique et à moitié sourd. Il dresse des pitbulls et les entraîne pour les combats de chiens. Les combats sont décrits avec la violence primitive qu’on leur imagine et sont orchestrés par Big Joe avec une cruauté aveugle à tout ce qui pourrait empêcher ses cabots de ramasser le pactole. A tel point que le chien Tuffy, par exemple, se retrouve à affronter son vieux père souffrant, la veille d'un combat, pour se faire les dents :

« Tuffy brisa sa laisse et traversa la fosse pour se ruer sur son père en un mouvement aveugle de crocs acérés, de volutes de poussière et d’éclaboussures de bave scintillante. […] Il ne fallut pas plus de quarante-cinq secondes à Big Joe pour comprendre que c’était la mise à mort. Tuffy était accroché à sa gorge. Le bruit du sang se mêlait déjà à son souffle au fur et à mesure que Tuffy améliorait sa prise et secouait le vieux comme une peluche. Big Joe laissa Tuffy prendre tout son temps, le laissa mâcher à volonté jusqu’à ce qu’il se retire finalement en jetant un regard sombre et apaisé au corps lacéré et sanguinolent. »


La soeur de Joe Lon, Beeder, vit toujours chez Big Joe. Devenue zinzin suite à la mort de sa mère, elle regarde la télévision à haut volume toute la journée dans sa chambre. Dès que Joe Lon est en sa présence, il se remémore ses années glorieuses, sur lesquelles il repose depuis qu'il a quitté le lycée.

« J'ai connu mon heure, se dit-il, chacun son tour. » 

« Tant que ça avait duré, il en avait tiré une énorme satisfaction, mais ses souvenirs subsistaient maintenant dans sa mémoire comme en rêve. Ils ne signifiaient plus rien, il regrettait que tout cela lui soit arrivé. »

Beeder fait ressortir l'humanité, la compassion et, au final, peut-être les seuls sentiments non physiques et primitifs de Joe Lon. Il tente vainement de lui ouvrir les yeux, de chercher les mots qui la ramèneront dans le monde réel, hors de sa chambre et du poste de télévision.

« "– Je veux dire, enfin, merde. Putain, on va pas te laisser devant la téloche jusqu'à la fin de tes jours. Tu crois, fit-il en montrant l'écran du doigt, qu'ils vont te laisser regarder ce branleur toute ta vie ?
– Je fais de mal à personne. […] Y vont me chasser d'ici, c'est ça ?
– Nom de Dieu de merde !" s'exclama-t-il. Il regrettait d'avoir laissé la bouteille dans le pick-up. […] Joe Lon avait le sentiment qu'il suffirait de la prendre par le paletot, de la secouer un bon coup et de lui demander d'arrêter de déconner, pour qu'elle redevienne normale. En fait, il avait déjà essayé plus d'une fois, lorsqu'il était soûl ou qu'il picolait : "Nom d'un chien, Beeder, lui disait-il, t'as intérêt à arrêter de faire l'idiote. Allez cesse ton petit jeu, arrête de faire l'imbécile." »


Cet extrait illustre assez bien l'incapacité de Joe Lon à rester calme, à ne pas se laisser dominer et posséder par l'attrait de la violence physique, même pour sauver sa sœur. Il craque face à la frustration et à l'incapacité de faire quelque chose pour l'aider.

Cette fascination pour l'échange physique définit d'ailleurs l'essence même du personnage :

« L'idée d'étudier, de rester assis et d'apprendre des trucs pour ensuite les recracher lui paraissait profondément répugnante. Toujours été comme ça. Sauf s'il était question de violence. Il aimait bien la violence. Il aimait bien le sang et les bleus, même quand c'était lui qui en faisait les frais. »

Tous les personnages sont d'ailleurs attirés par tout ce qu'il y a de plus terre-à-terre et de plus cru dans les contraintes physiques de l'homme.

Beeder, toujours, s'enduit de ses propres défécations sous les yeux de Joe Lon :

« Elle s'extirpa des couvertures, et vint s'asseoir à côté de lui.
" – Je le tuerais si je pouvais", dit-elle, et elle se pencha, saisit une merde et se l'écrasa dans les cheveux. »



Je voudrais présenter un dernier personnage qui traverse le roman en restant toujours au second plan, mais dont la profondeur et la fascination pour les serpents fait peut-être de lui le plus symbolique de l'œuvre.

Lottie Mae est noire, elle travaille pour Big Joe. Depuis que le shérif Matlow, vétéran du Viet-Nam à la jambe de bois, l'a violée dans la prison en présence d'un serpent, elle cultive une fascination destructrice pour ces reptiles.

« Il tenait un seau en métal. […] Il renversa le seau du bout de sa jambe de bois, et un crotale épais comme un poing d'homme et long d'un bon mètre roula sur le sol. […]
"– Un de nous deux va venir te rejoindre à l'intérieur, le serpent ou moi. C'est toi qui choises ? [...]
– J'aime encore mieux vous", dit-elle sans quitter le serpent des yeux. […]
Il fit vite et – pour le reste – fut silencieux. Juste son corps lourd se ruant par secousses sur elle. On ne voyait que ses mains et ses genoux relevés dépasser sous lui, ça et son visage détourné contre son torse, qui regardait, les yeux exorbités, le serpent qui la fixait sans cligner les siens. […]
Elle ne se souviendrait de rien, ni du poids écrasant de Buddy Matlow, ni de ses pieds nus sur la route caillouteuse. Le serpent avait chassé tout le reste. Elle n'avait plus en tête que les motifs en écailles et les yeux sans paupières. »

Depuis cet épisode donc, les serpents deviennent une obsession pour Lottie Mae. Elle a oublié le shérif et est donc traumatisée par le serpent comme si c'était lui qui l'avait violée.

Ce spectre la hante au milieu de ses nuits :

« Lottie Mae avait rêvé de serpents. Des serpents ballonnés par les rats. […] Elle essayait de s'en débarrasser, mais impossible, car le serpent faisait partie de son corps. Son bras était un serpent. Son autre bras était un serpent. Ses deux bras glissaient autour de son cou, son coup froid comme de la glace, luisant de bave de serpent. »

Inévitablement, Buddy Matlow revient voir Lottie Mae, à la fin du roman, pour se promener dans sa voiture de shérif. L'apogée de leur confrontation est imminente et la revanche de Lottie Mae sur le serpent, inévitable.

« "–Tiens, regarde ce que j'ai là. Regarde donc. Là. Tu vois. "
Sans même regarder, elle sut que c'était pour ça qu'il l'avait recherchée, qu'il n'y avait rien à faire, qu'il fallait qu'elle regarde. Elle tourna la tête et aperçut un serpent sur ses genoux. Exactement entre ses cuisses, un serpent se dressait raide comme un fil à plomb. Il n'était pas du tout enroulé mais dressé comme une flèche, le haut du corps étiré. Elle voyait les crochets aussi acérés que de minuscules épées. C'était le serpent qu'elle attendait, le serpent qu'elle avait attendu.[...]
" – Quesse t'en dis ? "
Elle ne répondit pas, mais, en un mouvement qu'elle avait mentalement répété toute la journée, elle se pencha en avant pour atteindre sa cheville où elle avait le coupe-chou fourré dans sa chaussure, et en un seul mouvement fluide lui en donna un coup entre les cuisses, se retrouvant avec le serpent dans la main, la tête flasque toujours avec ses crochets effilés dépassant de son pouce et de son index.[...] Elle leva les yeux sur Buddy Matlow. […]
De la main, il montrait ses cuisses d'où une fontaine de sang jaillissait en l'air, puis s'écoulait sur ses jambes et s'égouttait sur le plancher de la voiture.
"– Tu... tu... me l'as coupée", réussit-il finalement à articuler. »


Tous ces personnages interfèrent au cours du roman avec pour toile de fond la douzième édition de la Foire aux Crotales de Mystic, l'occasion pour les fadas de reptiles et les freaks dégénérés de se rassembler et de créer une atmosphère idéale pour stimuler les pulsions primaires de nos protagonistes.

« Les héros crewsiens portent tous un même fardeau, celui de vouloir donner un sens à leur vie minable et "merdique", une vie qu’ils ressentent comme obscène, intolérable. La surenchère fécale des romans est donc utilisée pour exprimer la dualité tragique des êtres, leur réalité animale et leur statut d’enveloppe charnelle destinée à mourir. » nous dit Maxime Lachaud, spécialiste français d'Harry Crews dans son essai Du corps abject à une métaphysique de l'obscène, l'œuvre de Harry Crews.

Ce même Maxime Lachaud, dans son essai Violence et carnavalesques, les motifs horrifiques de La Foire aux serpents, déclare :

« Si l’on considère, par exemple, l’horreur comme une confrontation au monstrueux, le monstrueux est bel et bien du côté de la normalité chez Crews tandis que ses "monstres" et phénomènes de foire apparaissent comme des sages dans un monde chaotique et décentré. La Foire aux Serpents est une étude quasiment anthropologique de ce monde des « normaux » où les personnages se livrent à une orgie de nourriture, de défécations, de sexualité, avec en plus les idées de compétition et toutes les valeurs inculquées par la société américaine. De ce fait, il s’agit d’un roman monstrueux, un roman qui donne à voir, qui montre l’horreur cachée au plus profond de l’être humain. L’horreur est intérieure pour Crews, elle est humaine, pour ainsi dire. Telle une célébration de la corporéité de l’homme et par là même une affirmation de son existence, le sang y exprime ce que les personnages ne peuvent exprimer avec des mots. »

En lisant cette oeuvre, le lecteur est toujours dans une position ambiguë. Dès qu'il parvient à s'identifier à Joe Lon par exemple, à le comprendre, ce dernier réagit de façon complètement déjantée ou monstrueuse qui relèque le lecteur à des années-lumières des personnages.

Le lecteur se rapproche sans cesse des personnages, pour que, dès qu'il pense enfin avoir ciblé ou fait le tour de tel ou tel protagoniste, Crews envoie tout valser et redéfinisse leur relation de façon complètement différente.

Rien n'est normal, les personnages « normaux » ne finiront pas l'histoire entiers. L'histoire est une apologie du primitif, du monstrueux, de l'irrationnel. De tout ce qui n'est pas réfléchi, mais ressenti et subi. C'est en ce sens que chacun de ces personnages est une victime. Victime de son enfermement à Mystic, dans cette micro-société qui cultive la violence pour la violence et dans laquelle se sont formés les piliers de sa façon de penser. L'extrême violence est la forme ultime de la décadence.

Je me suis promené sur quelques sites de vente en ligne pour voir quelle réactions je pouvais trouver concernant ce livre. A regarder les commentaires laissés, on réalise bien vite que cette œuvre a créé une véritable répulsion chez certains lecteurs. Harry Crews a été accusé de racisme, de haine envers le Sud des États-Unis, de violence gratuite. Au final, tous les commentaires laissés sont très engagés, que ce soit pour accuser ou pour encenser La Foire aux serpents. Ce qui prouve que cette œuvre soulève les passions et ne laisse pas indifférent.

Et il est vrai qu'il y a quelques scènes ou déclarations « chocs » dans cette œuvre, présentes pour révolter le lecteur bien pensant :

Joe Lon dit à Bérénice :

« – L'amour, c'est de te l'ôter de la bouche pour te la carrer dans le cul.
– Oui, oh, oui c'est...
– Mais l'amour véritable, ajouta-t-il, le vrai amour à la con, c'est de te la retirer du cul pour te la carrer dans le bec. »

Aucune de ces déclarations n'est gratuite. Toutes servent à souligner la dégradation de ces âmes condamnées qui vivent dans le cru, le brutal, l'instinctif, le sexuel. À créer une distanciation avec le lecteur. Tout ce qu'il y a de physique chez l'homme prime. Ce genre de phrases est là pour définir tous les préjugés que pourra avoir le lecteur sur le Sud tout en les confirmant. A partir du moment où Joe Lon dit ça, le lecteur bien pensant sait qu'il n'aura aucun intérêt à chercher à s'identifier à lui. Le but de l'œuvre n'est pas là. Il se contentera simplement de le suivre foncer tête baissée vers un climax inévitablement brutal, meurtrier et monstrueux.

« Non, y nous tuera pas. Si au moins il nous avait tous tués... Mais on peut pas demander ça à quelqu'un. »

 
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L'auteur

Harry Crews est né le 7 Juin 1935 et a grandi en Géorgie. Il raconte son enfance dans son autobiographie Des Mules et des Hommes. La Foire aux Serpents est publié pour la première fois en 1976. Il est considéré comme l'un des auteurs majeurs du genre Redneck, mêlant à sa littérature le Roman Noir et la littérature gothique. Les paumés et les monstres qui peuplent ses romans forment une fresque grotesque de l'Amérique profonde.

Patrick Galmel déclare :

« Harry Crews, à travers ses romans, n'a de cesse de mettre en scène l'envers du décor du célèbre rêve américain où tout n'est que beauté et réussite. Harry Crews montre ces hommes des campagnes perdues, ces jeunes gens qui subissent ou s'inventent des subterfuges, des substituts, pour se croire les plus forts, les plus beaux, tentant d'oublier leur insignifiance. »


Pour conclure l'article,

cette vidéo, poignante et très représentative de ce que peut être Harry Crews :

 

 

 

Illustration de l'interview de Harry Crews par Maxime Lachaud sur Bibliosurf.

 

 



Loïk, 1ère année Éd.-Lib.

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