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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 07:00

E-E-Schmitt-Oscar-et-la-dame-en-rose.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT
Oscar et la dame rose
Albin Michel, 2002
Magnard, 2006



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oscar et la dame rose est le troisième volet des cinq récits du « Cycle de l’Invisible » écrit par le désormais très populaire et mondialement lu écrivain franco-belge Éric-Emmanuel Schmitt. Après s’être fait connaître par ses pièces de théâtre, l’auteur s’est attelé à l’écriture de ce cycle dont le thème commun est la religion : bouddhiste dans Le Sumo qui ne pouvait pas grossir, musulmane avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, judaïque avec L’Enfant de Noé. Dans l’œuvre dont nous traitons ici, Eric-Emmanuel Schmitt s’intéresse au christianisme. Oscar et la dame rose, c’est l’histoire d’un leucémique de dix ans, en fin de vie, qui écrit à Dieu sur le conseil d’une dame rose de l’hôpital. Celle-ci l’accompagnera dans ses réflexions durant les douze derniers jours de sa vie au point d’en bouleverser la sienne.

 
1ère et 2e lettres

 « On m’appelle Crâne d’Œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. »

Ainsi se présente Oscar lors de sa première lettre à Dieu. Ces quelques mots dressent le portrait d’un garçon lucide et intelligent. En effet, malgré le silence des adultes et des enfants qui l’entourent, Oscar comprend très vite que sa greffe de moelle osseuse n’a pas réussi, qu’il est « devenu un mauvais malade, un malade qui empêche de croire que la médecine, c’est formidable. » Pourtant, une personne ne restera pas dans le silence de sa mort prochaine : Mamie-Rose, une dame rose franche aux mots parfois crus, qui n’hésite pas à se faire passer pour une ancienne catcheuse. Ses récits de combats sur le ring donnent à Oscar force et courage tout au long du récit. Le petit garçon et la vieille dame se rapprochent et Mamie-Rose commence à lui expliquer qui est Dieu, dont il n’a jamais entendu parler. Elle lui conseille d’écrire à Dieu pour lui livrer tout ce qui lui pèse. Oscar s’y attellera tous les jours et cela lui permettra de réfléchir sur sa vie. Puis, pour faire accepter le sursis qui s’impose à l’enfant, la dame rose invente un jeu : « À partir d’aujourd’hui, tu observeras chaque jour en te disant que ce jour compte pour dix ans ». Ainsi, Oscar se voit offrir une vie entière. Chaque jour va donc correspondre à chacune des différentes périodes de la vie que le petit garçon va découvrir. Apprenant officiellement qu’il va mourir en écoutant à la porte du bureau du docteur, Oscar découvre par la même occasion la difficulté de ses parents à recevoir une telle nouvelle. Sa réaction est alors égoïste et irréfléchie puisqu’il se met à détester ses parents. Il commence à être désespéré, angoissé. A ce moment-là, l’auteur évoque la difficulté de chacun à se rendre compte qu’il a besoin d’aide. Oscar obtient celle de Mamie-Rose qui sera autorisée à venir le voir tous les jours pendant les douze jours qui lui restent, selon l’estimation du docteur.

 
3e lettre : l’adolescence

Durant ce troisième jour, Oscar va découvrir « l’âge ingrat » : la puberté avec son lot de problèmes. Du côté des filles, le petit garçon avoue à Mamie-Rose qu’il s’intéresse à Peggy Blue. La dame rose le pousse donc à le lui avouer mais son ami Pop Corn lui fait croire qu’il est déjà le copain de Peggy Blue. C’est là qu’Oscar rencontre un nouveau problème, il embrasse Sandrine qui le met au défi devant ses copains : « En me retournant, je vois tous les copains qui m’observent. Pas moyen de me dégonfler. Faut être un homme. » Puis le petit garçon se retrouve face à ses parents à qui il parle peu et insolemment, comme un véritable adolescent. Finalement, Mamie-Rose convainc Oscar de retourner voir Peggy Blue qui lui demandera à son tour un baiser mais sincère, par amour. L’auteur n’omet donc aucun aspect de l’adolescence dans cette lettre et y intègre l’évolution et la compréhension qui s’effectuent dans l’esprit du garçon, aidé par la dame rose.

 
4e et 5e lettres : la vie adulte

Au cours de ses deux premiers jours d’adulte, Oscar continue de comprendre les filles et se marie avec Peggy Blue lorsqu’ils passent la nuit ensemble. Il découvre le sens des responsabilités lorsqu’il se pose la question des enfants : « C’est vrai, c’est pas tout d’avoir des gosses, faut encore avoir le temps de les élever. » Il subit également les difficultés à surmonter dans la vie familiale lorsque Peggy se fait opérer. De son côté, Mamie-Rose se rapproche de plus en plus d’Oscar et le défend même lorsque les infirmières le retrouvent dans le lit de Peggy. Mais cette relation de protection s’effectue dans les deux sens quand le petit garçon comprend que, malgré sa disponibilité, Mamie-Rose possède ses propres problèmes. Oscar décide alors de l’adopter pour la rassurer. Leur lien d’amour se tisse plus intensément à partir de ce jour-là. Enfin, la dame rose continue de faire connaître Dieu au petit garçon qu’elle emmène à la chapelle de l’hôpital. Elle lui montre la souffrance physique de Jésus-Christ sur la croix et son visage, au contraire, paisible. Elle lui explique que la souffrance physique est un fait à subir, comme la mort, et qu’il doit l’accepter. Elle lui apprend à ne pas avoir peur de mourir, à avoir confiance. Oscar commence à évoluer dans sa foi : il abandonne un vœu à Dieu parce qu’il reconnaît qu’il a vécu une bonne journée et parce qu’il sait s’en contenter.

 
6e lettre : la crise de la quarantaine

 À quarante ans, notre petit héros se confronte aux problèmes de couple. Sandrine est venue avouer à Peggy Blue qu’Oscar l’avait embrassée. Les événements s’enchaînent : quitté par sa femme, il se laisse embrasser par Brigitte, une enfant trisomique, sous l’œil indiscret d’Einstein, un copain. Oscar pense donc qu’il ne pourra plus récupérer Peggy. Mamie-Rose le console en lui expliquant que tous les hommes de son âge ont besoin de se rassurer : « Ils vérifient qu’ils peuvent plaire à d’autres femmes que celles qu’ils aiment. » Et elle lui conseille d’aller dire à Peggy Blue qu’il n’aime qu’elle.

 
7e lettre : les réconciliations de Noël

Pour sa cinquième dizaine et à l’occasion de Noël, Oscar va apprendre à demander et recevoir le pardon. Il commence d’abord avec Peggy Blue qui en est heureuse aux larmes : « Alors c’est curieux, on s’est retrouvés tous les deux à sangloter mais c’était très agréable. C’est chouette, la vie de couple. Surtout après la cinquantaine quand on a traversé des épreuves. » Ensuite, le petit garçon se rend compte qu’il va devoir supporter ses parents pour Noël alors qu’il les déteste toujours. Il organise donc sa fugue en montant clandestinement dans la voiture de Mamie-Rose. Après l’avoir découvert, la dame rose s’attelle à faire comprendre à Oscar le comportement de ses parents en lui expliquant que c’est la maladie qui leur fait peur mais qu’ils l’aiment tel qu’il est. Elle lui fait prendre conscience qu’eux aussi vont mourir, comme tout le monde, et que ce n’est pas parce qu’il sera le premier qu’il doit être égoïste. On remarque ici qu’Oscar reste un petit garçon qui ne reconnaît pas encore toutes les évidences. « Excusez-moi, j’avais oublié que, vous aussi, un jour, vous alliez mourir », ce sera la phrase clé qui améliorera désormais la relation du petit garçon et de ses parents. Ce sera le dernier Noël et la dernière sortie d’Oscar.

 
8e, 9e et 10e lettres : la vieillesse

De soixante à quatre-vingt-dix ans, Oscar va se rendre compte que vieillesse est synonyme de fatigue : il est content de rentrer à l’hôpital, il sort très peu de sa chambre et écrit des lettres de plus en plus courtes. L’émotion ressentie par le lecteur augmente doucement. Oscar continue de réfléchir sur les questions de la foi et de Dieu, mais aussi sur la vie et la mort. Il en tire sa propre conclusion : « Il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. » Le petit garçon aux questions enfantines est encore présent, mais Oscar commence à atteindre ce qu’on pourrait appeler la sagesse de l’âge. Ainsi, il va ôter des épaules du médecin le poids de la culpabilité qui le ronge à chaque fois qu’il vient voir Oscar. On observe une grande évolution chez le petit garçon devenu paisible. Pourtant, cela va disparaître le jour où Peggy Blue part définitivement de l’hôpital, son opération ayant réussi. En effet, il subit soudainement la solitude d’un veuf et en vient à dire à Dieu : « Aujourd’hui, je ne t’aime plus. » Sa foi n’est pas acquise, il est en colère contre Dieu.

 
11e, 12e, et 13e lettres : la fin de vie

Sur les trois derniers jours de sa vie, Oscar donne définitivement un sens à la vie qu’il essaiera d’expliquer à ses parents : pour lui, la vie est un cadeau. Dieu lui fera un autre cadeau, celui de le visiter en pensée. Il se réconcilie donc avec Dieu quand il voit l’aube se lever : « J’ai compris que tu étais là. Que tu me disais ton secret : regarde chaque jour le monde comme si c’était la première fois. » Il a atteint la finalité dont chacun peut rêver à propos de sa foi, du sens à donner à sa vie. Il se sent bien même s’il sait que c’est la fin pour lui comme en témoigne sa dernière lettre : « Cher Dieu, Cent dix ans. Ça fait beaucoup. Je crois que je commence à mourir. Oscar. » Le petit garçon n’a même pas ajouté son habituel « À demain ». Pour le lecteur, l’émotion monte crescendo.


14e lettre : Mamie-Rose

Une dernière lettre est écrite par Mamie-Rose, tel un épilogue qui confirme le décès d’Oscar. L’émotion est alors à son comble pour le lecteur qui découvre véritablement les sentiments qu’éprouve la dame rose pour son protégé. On comprend qu’Oscar l’a véritablement aidée dans sa vie, dans sa foi. On remarque alors que son attachement au petit garçon est inhabituel et c’est donc pour en éviter les conséquences qu’il y a normalement un règlement qui impose aux dames roses de ne visiter les enfants que deux fois par semaine.

 Finalement, Eric-Emmanuel Schmitt offre l’histoire d’une découverte de la foi qui laisse libre le lecteur de croire ce qu’il veut, mais aussi l’histoire d’une vie entière dont le personnage principal s’est pris au jeu, conscient de ne rester qu’un petit garçon mourant. Cette vie permet aux lecteurs de toutes générations de s’y reconnaître à un moment ou à un autre. De même, ce récit est accessible à tous par son écriture simple de petit garçon, mais aux réflexions profondes, et avec des paroles rapportées d’adulte qui sont celles de la dame rose. Enfin, ce récit montre, au travers des yeux de l’enfant, la difficulté et la douleur éprouvées par les parents qui vont perdre leur enfant prématurément. Des parents maladroits qui auront besoin de la force et du courage de leur fils pour s’en sortir.

 
Prolongement

Éric-Emmanuel Schmitt étant dramaturge, on peut retrouver Oscar et la dame rose sur les planches, mis en scène pour une seule actrice tenant le rôle de Mamie-Rose, rapportant elle-même les lettres d’Oscar. Une de ces adaptations françaises a été jouée par Danielle Darrieux à qui le livre est dédié.

Enfin, le roman a aussi été adapté au cinéma en 2009. Le film reste très fidèle à l’esprit du livre puisque c’est l’auteur lui-même qui l’a réalisé. Il prend tout de même la liberté de transformer la vieille dame rose en vendeuse de pizzas, mère de deux enfants, et dont on peut suivre la vie en dehors de l’hôpital.



Soizic, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

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Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

 

 


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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 07:00

Margaret-Atwood-La-Servante-ecarlate.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Margaret ATWOOD
La Servante écarlate
titre original : The Handmaid's Tale

traduction de Sylviane Rué

Robert Laffont,
Coll. Pavillons poche, 2005
rééd. J'ai lu
, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Margaret Atwood publie La Servante écarlate en 1985.


Ce titre, en 2010, n’accuse pas une ride. Peut être parce qu’il s’agit d’une dystopie, et que ce genre est intemporel, peut être aussi parce qu’Atwood a un style que le temps n’érode pas.

Ce livre se présente sous la forme d’un journal. La narratrice se nomme Defred. Defred n’est pas son vrai nom. C’est le nom qu’elle a dû prendre en entrant au service de son nouveau Commandant.

« Defred ne fournit aucun indice car à l’instar de Deglen ou Dewarren, il s’agit d’un patronyme composé de l’article possessif et du prénom du monsieur en question. » (p..500)

À chaque fois que Defred change de maison, elle change de nom, comme les autres servantes écarlates :

« Puis quand elle est encore plus près, je comprends. Ce n’est pas Deglen. Elle est de la même taille, mais plus mince, son visage est beige et non pas rose. Elle s’approche de moi, s’arrête.  (.. .)

Je questionne : "Deglen a-t-elle été transférée , déjà ?" Mais je sais qu’il n’en est rien. Je l’ai vue pas plus tard que ce matin. Elle me l’aurait dit. "Je suis Deglen", répond la femme. Imitation parfaite. Et, bien sûr, elle est Deglen, la nouvelle, et l’autre, où qu’elle soit, n’est plus Deglen. » ( p. 464)

Nous ne sommes pas dans 1984, où le novlangue s’attaque même aux noms communs, mais dans La servante écarlate les gens perdent leur identité, et sont désignés par des noms génériques.

Il y a les Épouses qui régentent la vie de la maison, les Commandants, leurs époux, qui ont des postes haut placés dans le gouvernement. Dehors il y a les Gardiens, les Anges (les soldats), les Yeux (des espions à la charge du gouvernement qui vérifient que tout se passe selon les règles édictées)… Il existe encore quelques foyers pauvres, avec des éconofemmes, des femmes qui se chargent de toutes les tâches dans le foyer à la fois. Dans les maisons des commandants, il y a les Martha qui s’occupent de la cuisine — leur uniforme est une robe vert terne —, et les Cora avec leurs robes bleues, qui s’occupent des servantes écarlates, comme Defred, véritable matrice sur pattes, dont le rôle est de procréer puisque la natalité a drastiquement baissé. Voilà ce qu’en dit Defred :

« À quoi Dewarren va-t-elle donner naissance ? À un bébé, comme nous l’espérons toutes ? Ou à autre chose, un non-bébé, avec une tête comme une tête d’épingle, ou un museau de chien, ou deux corps ou un trou dans le cœur ou des mains et des pieds palmés. On ne peut pas le savoir. On le pouvait jadis, avec des machines, mais c’est maintenant interdit. A quoi cela servirait-il de le savoir de toutes façons. On ne peut pas les laisser passer ; dans tous les cas, il faut mener la chose à terme.
Les chances sont d’une sur quatre, nous l’avons appris au Centre. L’atmosphère est devenue trop saturée un jour de produits chimiques, rayons, radiations ; l’eau grouillait de molécules toxiques, tout cela prend des années à se purifier, et entre temps cela vous rampe dans le corps, assiège vos cellules graisseuses. Qui sait, votre chair elle-même est peut être polluée. » (p.184)

Voilà donc la raison pour laquelle Gilead (qui est à la fois le nom de la capitale et du pays dans lequel Defred réside) a succombé à la tentation du pouvoir totalitaire.
Defred raconte aussi comment les gileadiens en sont arrivés là quand elle fait appel à ses souvenirs. Les femmes se sont vu bloquer l’accès à leur comptes bancaires et leur argent a été reversé à leurs maris, ou au personnage masculin le plus proche d’elles. Sous la pression de groupes armés, leurs employeurs ont dû les licencier.

« Nous sommes renvoyées ? ai-je demandé. Je me suis levée. Mais pourquoi ? (…) Il est timbré, a dit quelqu’un tout haut, alors que nous pensions sûrement tous la même chose. Mais je pouvais voir ce qui se passait dehors dans le couloir : deux hommes y étaient postés, en uniforme, avec des mitraillettes. C’était trop théâtral pour être vrai, et pourtant ils étaient bien là. » (p. 296)

Defred sort des bureaux, et va s’acheter des cigarettes dans un kiosque. Mais sa carte ne passe pas. Elle rentre chez elle avec l’impression de rêver, et appelle une de ses amies à qui elle raconte ses mésaventures.

« Quand j’ai eu terminé, elle a demandé : As-tu essayé d’acheter quelque chose avec ton Ordinacarte aujourd’hui ?
— Oui. Je lui ai raconté aussi cela.
— Il les ont gelées, a-t-elle dit. La mienne aussi. Celles du collectif aussi. Tous les comptes qui portent un F au lieu d’un M. Il leur suffit d’appuyer sur quelques boutons. Nous sommes coupées. » (p. 299)

Par la suite, les femmes qui ont prouvé leur fertilité en ayant déjà des enfants en sont séparées puis on leur propose une alternative : devenir une servante écarlate ou bien être envoyée avec les Anti-femmes (les militantes féministes) dans des camps de travail proches des camps d’extermination ou elle sont employées à faire pousser des céréales et des légumes pour nourrir le reste de la population. La mère de Defred, ardente féministe, y a été déportée. Defred décide de devenir une servante écarlate avec l’espoir secret de retrouver sa fille et son ami, Luke.

Voilà, le décor a été posé, et c’est celui dans lequel Defred évolue, et nous avec elle. Un univers où chaque petite joie quotidienne est bonne à prendre : rayon de soleil, tracé irrégulier des pavés sur le trottoir, sensation douce d’un œuf à la coque au creux de la main, où le plaisir est prohibé, où des œillères empêchent Defred de regarder autre chose que le sol sur lequel elle marche.

Seule la nuit lui appartient, elle peut rêver de son ancien amant Luke, de « la petite fille morte » ainsi qu’elle désigne sa fille qui lui a été enlevée. Le jour aussi elle se prend à divaguer, elle voudrait pouvoir voler un couteau dans la cuisine, ou le sécateur de l’Épouse de la maison, elle voudrait que le plafonnier n’ait pas disparu pour pouvoir s’y pendre avec ses draps, mais elle ne fait rien parce que si son larcin est découvert avant qu’elle ait pu mettre son dessein à exécution, elle sera envoyée au camp rejoindre les antiFemmes.

Ce livre se clôt sur des Annales historiques qui éclairent notre lecture : sans nous rassurer directement sur le sort de Defred, elles nous renseignent sur l’avenir de l’humanité, que ce livre nous faisait entrevoir bien sombre sinon inexistant.


Le prix Arthur C. Clarke a été décerné en 1987 à Margaret Atwood pour ce roman.
Son livre a été adapté en film en 1990 par Volker Schlöndorff, et a reçu de nombreux prix.

L’œuvre dystopique de Margaret Atwood a fait son chemin et est aujourd’hui à ranger sans conteste dans sa bibliothèque entre Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, et 1984 de Georges Orwell.

 

 

Anne, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 

 

Margaret ATWOOD sur LITTEXPRESS


 

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 Article d'Elise sur La Servante écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Anne - dans dystopies
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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 19:00

Ivo Andric Contes de la solitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ivo ANDRIĆ
Contes de la solitude
rraduction de Sylvie Ckakic-Begic
et préface de Pedrag Matvejevitch
Belfond, 1999,
L'esprit des péninsules, 2001,
Le livre de poche Biblio en 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 





L’auteur en quelques points

Ivo Andrić est un homme qui consacre sa vie à la politique et à la littérature. Il naît le 9 octobre 1892 dans un petit village près de Travnik en Bosnie-Herzégovine. Il grandit dans une famille catholique d’artisans pauvres et fait des études d’histoire et de littérature.

Ses premiers poèmes paraissent en 1911 dans la revue Bosanska vila (La Fée bosniaque) puis en 1914 dans l’anthologie Hrvatska mlada lirika (Nouvelle Poésie croate).

Il connaît les prisons autrichiennes et l’exil lors de la Première Guerre mondiale à cause de ses prises de position et de son engagement dans les rangs de l’organisation révolutionnaire « Jeune Bosnie ». Ces événements lui inspirent deux livres, Ex Ponto (1918) et Inquiétudes (1920).

Il devient éditeur à Belgrade en 1918 et s’intègre au milieu littéraire de cette ville. Belgrade reste toute sa vie durant son point d’ancrage. En 1941, Andrić refuse de prêter allégeance au régime de Milan Nedic, le pays étant sous le régime d’administration militaire du troisième Reich. La publication de ses livres est interdite durant l’occupation nazie. Lorsque Belgrade est bombardée, en 1941, il refuse de se réfugier en Suisse, et se fait héberger par un ami. C’est là qu’il se plonge dans la rédaction de ses deux œuvres les plus connues, Le Pont sur la Drina et La Chronique de Travnik, qui paraissent après la guerre.

C’est à ce moment-là que ses carrières de politicien et d’auteur atteignent leurs points de culminance. Après la Seconde Guerre mondiale, Andrić entre au Parti communiste de Yougoslavie, il devient député à l’Assemblée nationale de la République populaire de Bosnie-Herzégovine et à l’Assemblée fédérale de la République socialiste fédérative de Yougoslavie. Il est également membre de la rédaction de plusieurs journaux et en 1946 il devient membre de l’académie serbe des Sciences et des Arts, puis président de l’Association des écrivains serbes.

Sa carrière d’auteur est ponctuée de nombreux prix littéraires en Yougoslavie et en 1961 il obtient le Prix Nobel de Littérature. Cela permet à son œuvre d’être traduite en Europe, aux États-Unis, en Turquie et dans de nombreux pays arabes.

Ivo Andrić meurt en 1975 à Belgrade. C’est l’auteur le plus connu et le plus traduit (40 langues) de la littérature serbo-croate.


Une préface à ne pas négliger

Le recueil Contes de la solitude débute par une préface de Pedrag Matvejevitch. Comme Andrić, il est partisan d’une Yougoslavie unitaire et il milite encore. Il connaît également la prison pour avoir revendiqué ses idées avec virulence. Matvejevitch est aussi détenteur de plusieurs prix littéraires parallèlement à sa vie de politicien. C’est alors un homme qui, par certains côtés, ressemble à Andrić, ce qui nous apporte un éclairage sur l’auteur.

La préface nous fait entrer dans l’ambiance du recueil. En effet, Matvejevitch nous fait partager sa vision d’Andrić d’une façon très personnelle. Nous découvrirons des lambeaux de vies tout au long du recueil, présentés  d’une façon très intime et en même temps très lointaine. Andrić nous est décrit également de cette façon par Matvejevitch. Celui-ci nous apparaît comme quelqu’un d'extrêmement proche et en même temps de très renfermé sur lui-même. Homme public et politicien, Andrić semble protéger son être de la vie extérieure et ne faire partager qu’un bout de lui-même lorsqu’il se retrouve en société.

« Je l'observais discrètement à la cérémonie de son quatre-vingtième anniversaire à Sarajevo : il lut, d'une voix à peine audible, indifférent, comme s'il parlait de quelqu'un d'autre, quelques courtes phrases simples, peut-être même banales. L'auteur se cachait derrière un masque qui lui servait en fait de bouclier. Il devait protéger cette partie de lui à laquelle est liée son œuvre. C'est à cette condition qu'il sauvait cette œuvre même. »

On pourrait presque établir un parallèle entre cette attitude et la construction de Contes de la solitude. Des personnages qui souffrent de la solitude en silence et un auteur qui semblent être seuls même au milieu de tous.

«Je m'aperçus que les mouvements d'épaules et des mains de Andrić, les expressions de son visage et de ses yeux ne ressemblaient pas à ceux que je connaissais : ses attitudes étaient vraisemblablement intérieures.  »


Andrić et le recueil Contes de la solitude

Le recueil se compose d’un prologue et de quatorze nouvelles.

Tout d’abord le prologue nous fait découvrir le cadre du recueil : une maison de Sarajevo. Nous apprendrons quelques lignes après qu’Andrić y a passé les étés de son enfance. Il nous la décrit d’une façon très précise, les étages n’ont alors plus de secret pour nous.

Andrić crée une ambiance particulière entre le cotonneux du songe qui s’éloigne et la douceur d’un matin d’été. Cette sensation de douceur et de souvenir est ce qui précède l'écriture des nouvelles. Andrić attend dans cette maison que ses souvenirs volatils remontent à la surface pour les fixer sur le papier. Il est en embuscade, il s’impose une discrétion envers lui-même pour ne pas troubler ses réminiscences.

«  Ensuite, lorsque je me prépare et me mets au travail, ne cessent d'affluer, avec une multitude de détails minutieux, personnages des récits et fragments de leurs conversations, réflexions et comportements. Je dois maintenant me défendre et me cacher d'eux, m'emparant du plus de détails possible, jetant tout ce que je peux sur le papier déjà prêt. »

Débutent alors les récits de ce qu’Andrić réussit à capturer. Nous plongeons dans des bulles qui renferment les secrets les plus intimes des personnages. Nous sommes témoins de leurs destins, de leurs misères et de leurs solitudes. Toutes ces bulles semblent individuelles et pourtant elles sont similaires. Des personnages qui sont dans une solitude profonde mais qui se ressemblent par cette caractéristique commune. Personne n’est à l’abri de ce sentiment comme nous le montrent la pluralité des personnages et leurs origines sociales complètement différentes. Peu importe leurs religions, leurs mœurs ou leurs défauts, nous assistons à un bout de leur vie sans nous positionner en juge. En mettant ainsi en scène les plus grandes faiblesses humaines sans la dimension morale, elles apparaissent alors comme une véritable force. Ce rapport à la faiblesse qui est indissociable de la nature humaine souligne alors la grandeur de l’homme. Il n’est pas question de héros fantastiques et intouchables ; ici, il s’agit de l’homme entier avec ses forces et ses faiblesses.

 Andrić nous invite à une véritable remise en question et ses nouvelles sont un appel à la tolérance et à la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Tous différents mais pourtant tous similaires. On retrouve ici l’influence de ses idées politiques, Andrić ayant été un fervent défenseur d’une Yougoslavie unitaire durant sa vie.

Chaque nouvelle est en fait un souvenir qu’Andrić nous fait partager. Il s'y met lui-même plus ou moins en scène. Les nouvelles nous apparaissent alors soit comme des souvenirs de l’auteur soit comme les souvenirs des personnages qui viennent les partager avec Andrić.

« Géomètre P., de S., répète-t-il en soulignant chaque mot. Je le regarde et force en vain ma mémoire. Je ne trouve nulle part parmi mes connaissances ni ce nom ni ce visage, ni dans le présent ni dans le passé. Mon invité attend patiemment puis il m'aide discrètement. Il parle d'une rencontre dans un train, d'un voyage de Belgrade à Novi Sad. Il y a longtemps... il y a bien des années.»

Le rapport au temps est très présent dans les nouvelles, c'est une confrontation permanente entre présent et passé. Comment restituer un passé qui ne nous appartient pas, et surtout comment lui donner un sens ? Andrić réussit avec finesse à nous faire partager un bout de passé étranger de façon que nous nous sentions concerné par ces destins. Ils ne nous inspirent pas de la pitié ou du dégoût, mais au contraire un véritable désir de comprendre l'action humaine.

 
Pour conclure, il est important de mentionner ce qui caractérise Andrić, il est un véritable pont entre l'Orient et l'Occident. Cet homme qui semblait « isolé même lorsqu'un grand nombre de personnes se tenaient à ses côtés » réussit pourtant à nous faire vivre de manière très intense la destinée d'un homme. Le recueil Contes de la solitude est une œuvre intemporelle qui retrace le cheminement de sentiments universels.

Margaux, 1ère année Éd.-Lib.


Ivo ANDRIĆ sur LITTEXPRESS

 

Ivo Andric Contes de la solitude 2

 

 

 

 Article de Myriam sur Contes de la solitude.

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Published by Margaux - dans Nouvelle
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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 07:00

Après avoir contacté M. Desmond, nous étions convenus d'un rendez-vous chez lui autour d'un café dans la campagne libournaise. Malheureusement, la pénurie d'essence a déjoué nos plans et nous avons dû faire une interview par mail, moins chaleureuse.


Comment êtes-vous devenu traducteur ?

Goût pour les langues, plus un certain don, goût de l'écriture et une rencontre avec un directeur de collection, chez Denoël, qui m'a fait confiance et m'a donné ma première traduction, à une époque où le métier était exercé par n'importe qui ou presque, c'est-à-dire avant sa professionnalisation


Quand avez-vous commencé à traduire ? Quel est le premier texte que vous ayez traduit ?

Première traduction : 1976, Premier texte traduit: Alan Watts, Être Dieu, Denoël.

Desmond-Holdstock.gif
Parlez-vous d'autres langues ?

Plus ou moins bien : l'allemand et l'espagnol, quelques notions d'italien.


Vous démarche-t-on ou est-ce vous qui démarchez pour traduire des textes ?

Ce sont les éditeurs qui achètent les droits auprès des agents littéraires, la plupart du temps. Ensuite, ils s'adressent à un traducteur. Autrement dit, je suis non pas «démarché» mais sollicité. Il est évident que les éditeurs sérieux ont un groupe de traducteurs attitrés, auxquels ils font appel en fonction du type de texte.


Pourriez-vous nous décrire votre carrière ?

Elle a consisté à me faire un nom auprès de plusieurs éditeurs; qui ont pris l'habitude de me confier régulièrement des textes; j'ai fini par devenir le traducteur attitré de certains auteurs : Donna Leon chez Calmann-Lévy (tous ses titres traduits) et Stephen King pour la plupart de ses romans publiés chez Albin-Michel

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Beaucoup de traducteurs disent commencer par lire le texte en entier pour s'en imprégner. Est-ce votre cas ? Pouvez-vous nous dire comment vous procédez pour traduire un texte ?

Je lis bien entendu l'ouvrage en entier. Le cas est un peu différent avec Donna Leon, car il s'agit d'une série, avec des personnages récurrents que je connais par cœur, et je peux me contenter de lire les chapitres juste avant de les attaquer. Mais c'est une exception.
Quant au processus de traduction, je ne peux que vous renvoyer à mon recueil d'articles : Paroles de traducteur [De la  traduction comme activité jubilatoire], Peeters, Louvain 2005. Il s'agit de textes qui décrivent de manière vivante et ludique les processus de la traduction. Je ne peux pas résumer cela en quelques lignes, bien entendu.


 

 

Dans un livre, y a-t-il une partie plus complexe à traduire ?

Cela peut arriver, mais les difficultés ne sont pas là où le profane les attend. Les mots « compliqués » n'existent pas car plus un mot est rare, plus son sens est étroitement défini, la plupart du temps. Les vraies difficultés se trouvent souvent dans des phrases tout à fait simples, que l'on comprend parfaitement, mais que l'on ne parvient pas à « équivaler » en français, si vous me permettez ce néologisme. La faiblesse de la ponctuation américaine, dans certains textes, laisse souvent perplexe et demande une analyse attentive de la structure syntaxique. En dernière analyse, un texte difficile est un texte mal écrit dans la langue de de départ, car l'éditeur (et le lecteur) exige un texte de qualité – en quoi ils ont bien raison, d'ailleurs. Autrement dit, le traducteur se trouve dans la position de « remonter » le texte de départ, tout en en conservant le sens et l'atmosphère, dans la mesure du possible.


Le traducteur ne connaît pas l'angoisse de la page blanche. Avez-vous d'autres angoisses ?

Question très indiscrète, mais je suppose que vous voulez dire par rapport à mon travail ?  Dans ce cas, absolument pas. La seule que je pourrais avoir serait de me retrouver sans travail, puisque j'ai un contrat par livre, et qu'un éditeur n'a aucune autre obligation envers moi, une fois le manuscrit remis et réglé. Certains traducteurs, ayant du mal à gérer leur temps, peuvent avoir l'angoisse de remettre leur travail en retard.


Utilisez-vous des outils spécifiques pour travailler (ouvrages de référence, dictionnaires, etc.) ?
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Bien entendu. J'ai beaucoup utilisé et utilise encore parfois le Grand Larousse Universel. J'ai des ouvrages de grammaire, le Bescherelles des conjugaisons, des ouvrages sur l'argot américain ; j'ai en permanence à portée de la main la Bible et tout Shakespeare (en anglais et en français). Mais à la limite, tout ouvrage peut devenir un ouvrage de référence. Aujourd'hui, avec Internet, je trouve une bonne partie de mes renseignements via Google. Quand on sait trouver les bons mots-clefs, on peut avoir la solution en quelques secondes.


Quel est le dernier texte que vous avez traduit ?

Un polar de Donna Leon (voir image).


Avez-vous des délais pour rendre une traduction ?

Bien entendu. Ils sont calculés en fonction de la dimension du livre, telle qu'on l'a évaluée.

À paraître en février 2011

 

 

Selon vous, quels sont les aspects positifs et négatifs de votre travail ?

Positifs : travail extrêmement créatif (nous sommes d'ailleurs classés auteurs de nos traductions par la loi sur la propriété intellectuelle), passionnant, toujours renouvelé, exigeant, enrichissant sur le plan personnel.
Négatifs : zéro sécurité d'emploi (un livre, un contrat), comme dans une profession libérale, manque évident de reconnaissance (on oublie régulièrement de citer le nom du traducteur alors que le nom de la coiffeuse est cité au générique d'un film!) et un niveau de rémunération qui n'a rien de mirobolant, si l'on tient compte du niveau de compétence exigé (je suis Bac+6 et loin d'être le plus diplômé dans ma profession).


Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon traducteur ?

Je préfère employer le terme aptitudes. Une fois qu'on a dit qu'il faut une excellente connaissance de la langue de départ et de la langue d'arrivée et un certain talent d'écrivain – conditions sine qua non – l'aptitude la plus fondamentale est un trait de personnalité qui s'appelle l'empathie : la  capacité que l'on a à voir les choses à travers les lunettes d'une autre personne. Il faut être capable, et capable spontanément, d'entrer dans la logique interne de l'auteur, dans sa vision du monde, dans sa sensibilité, exactement, d'ailleurs, comme un comédien rentre dans la peau d'un personnage. Sauf que nous incarnons tous les personnages d'un roman, tour à tour, et en plus devons tenir compte des idiosyncrasies de l'auteur.


Y a-t-il des difficultés propres à la langue (français) ? Lesquelles ? Pouvez-vous nous donner un exemple pour illustrer ?

Forcément, mais tout l'art est de jouer avec. Exemple, pris entre le français et l'anglais : les pronoms personnels se rapportent à l'objet désigné en anglais, au sujet en français. Ainsi, si j'écris : He took her book je dois traduire par Il prit son livre, si bien que lecteur ne sait pas forcément si c'est le livre du sujet ou d'un autre personnage, alors que le her, en anglais, renvoie au possesseur du livre. Il faut donc trouver des moyens de faire comprendre qui est qui ou quoi au lecteur français. Pour l'anecdote, le sommet du genre est la traduction d'une scène d'amour, je vous passe les détails.


Avez-vous déjà refusé de traduire des textes ? Si oui, pourquoi? Est-ce pour la difficulté ou l'absence d'intérêt ?

Oui, pour l'absence d'intérêt.


Y a-t-il des auteurs que vous auriez aimé traduire ?

Des tas... à commencer par  Stevenson.


Votre métier est très diversifié. Combien d'écrivains avez-vous traduits ?

Je n'ai pas compté, mais plusieurs dizaines, certainement. J'ai traduit, au dernier comptage, dans les 210 livres.


À qui soumettez-vous vos traductions ? Quelqu'un en particulier les relit ?

Au directeur de collection. C'est en général lui qui les relit, plus une préparatrice et un correcteur, dans les bonnes maisons.


Quelle est votre formation scolaire ?

Maîtrise de philo, plus deux ans de Beaux-Arts... pas beaucoup de rapport.


Est-ce qu'il est nécessaire pour rester au plus près des intentions de l'auteur de le connaître ou de travailler en étroite collaboration avec lui ?

Absolument pas.  En revanche, il n'est pas mauvais de les consulter s'il y a des points qui vous échappent. En général, ils collaborent volontiers. 


Il existe deux écoles de traduction, Ceux qui prônent l'esthétique de l'effacement contre ceux qui défendent la traduction de recréation. Qu'en est-il pour vous ?

William-Desmond-Icare-a-Babel.jpgC'est le type même de la fausse bonne question. Le voudrait-on, qu'on ne pourrait s'effacer complètement. Par ailleurs, on est au service d'un texte, et il faut s'attacher à en recréer le sens, mais aussi l'atmosphère, la sensibilité, les non-dits, tout ce qu'une machine à traduire ne pourra jamais faire, puisque que la notion de sens n'a pas de sens pour elle.


Vous avez écrit trois romans (Voyage à Bangor, L'Encombrant et Bouillie bordelaise). Est-il plus facile de traduire ou d'écrire ?

Je viens également de publier un recueil de nouvelles chez Jean-Claude Lattès, Icare à Babel. (voir image) Il est (je ne parle que pour moi) beaucoup plus difficile d'écrire que de traduire. Traduire relève partiellement de l'artisanat, écrire de l'art pur. On peut se mettre au travail tous les matins et descendre X pages de traduction ; quand on écrit en tant qu'auteur, on ne sait jamais quand on commence, où ça va vous mener, etc.

 

 

Propos recueillis par Héloïse et Marine,  L.P. bibliothécaire.





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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 19:00

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Stefan ZWEIG
Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
traduit par Olivier Bournac et Alzir Hella,
Le Livre de Poche, 2003.

Stock, Cosmopolite, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stefan Zweig est né à Vienne en 1881. Il n'a que 23 ans lorsqu'il s'essaie à l'écriture et son attrait se porte d'abord sur la poésie, qui lui vaudra le prix Bauernfeld. Il se diversifie très vite et se lance dans les traductions, les drames, les biographies, le théâtre et les nouvelles.

Parmi ses nouvelles célèbres, nous pouvons retenir, entre autres, La Confusion des sentiments (1926) ou encore Le Joueur d'échecs (1943)


Résumé

La pension de la Riviera, jusqu'alors parfaitement calme, connaît, un soir, une agitation particulière. Madame Henriette, mariée et mère de deux enfants, s'est enfuie avec un charmant jeune Français qu'elle ne connaissait à peine que depuis vingt-quatre heures. Parfait scandale dans ce milieu bien pensant et haut placé... ce qui donne l'opportunité aux langues de se délier et aux gens de jaser. Seul le narrateur défend cette femme, se mettant ainsi à dos tous ses compagnons sauf Mrs C., petite dame anglaise de 67 ans qui, après l'avoir longuement interrogé, se décide à lui dévoiler un épisode de 24 heures de sa vie.

Elle lui raconte comment elle a été amenée à sauver la vie d'un jeune homme passionné de jeu et comment, en si peu de temps, sa vie a basculé au point de pouvoir lui faire commettre un acte insensé et irréparable par passion pour un homme.




Analyse de l'oeuvre


L'oeuvre est entièrement traversée par un thème récurrent dans l'écriture de l'écriture de Zweig : la passion.

Ici, elle est déclinée sous deux formes: la passion amoureuse et la passion du jeu.


La passion amoureuse se traduit à travers le personnage de Mrs C. Au début, tout part d'une bonne action. Elle veut sauver la vie de ce jeune homme polonais. Elle ne se doute absolument pas qu’il pourrait lui arriver quelque chose : elle est veuve, mère de deux enfants et âgée de 42 ans alors que lui en a seulement 24. Elle aurait presque l'âge d'être sa mère !

Mais une nuit et une journée passées avec lui suffisent à faire basculer le cours des choses. Ce n'est que lorsque le jeune homme quitte sa chambre avant leur dernier rendez-vous qu'elle a conscience de ce qui lui arrive : « ce qui alors me fit tant de mal [...]à cette seconde j'étais perdue et liée à lui pour toujours. » (page 109) et « […] j'essayai de réfléchir, […] qui pénétrait en moi, toujours plus implacable. » (pages 102-103).


L'amour passionnel survient donc au moment le plus fort de la relation. Il se traduit par un état psychique tout particulier dans lequel l'être aimé envahit toute la sphère personnelle de Mrs C. Elle est dans un état d'exaltation et d'euphorie qui lui ôtent complètement toutes ses facultés d'analyse critique. Elle ne pense plus qu'à lui, n'agit que pour lui et en fonction de lui. Mrs C. vit donc les choses beaucoup plus intensément. Sa passion pour ce jeune homme la pousse à accomplir des gestes inconsidérés qu'elle cherche à excuser : « Quelle importance si on a eu un moment de folie, un seul. »

Et en effet, sur 67 ans ( donc 586 920 heures d'existence) elle n'a connu que 24 heures de folie... 24 heures que l'on aura donc tendance à pardonner.


Mais la passion est une sorte de poison qui se glisse dans nos veines et qui coule...qui coule jusqu'à nous empoisonner... comme la passion du jeu.


Le jeu est comme une drogue. Lorsque l'on sombre dedans, on ne peut plus s'en passer. Au début, le jeu n'est qu'un divertissement, une récompense offerte par un oncle à son neveu qui vient de réussir brillamment ses examens. Mais, malheureusement pour notre jeune homme polonais, son oncle a la main chanceuse au Prater...et l'argent amassé aussi facilement fascine son neveu. Dès lors, cette réussite crée un engouement qui se transforme en passion et finit en dépendance, celle de « la rage du jeu » (page 87).

Le jeu devient donc plus fort que la volonté du jeune homme. Celui-ci est, en effet, décidé à changer de vie, à ne plus entrer dans un casino... mais cette volonté ne suffit pas. L'argent lui brûle les doigts..., l'argent est synonyme de jeu. Ces deux choses ont plus de valeur que tout... et plus de valeur que la parole donnée (ce qui n'est pas sans importance car n'oublions pas que pour ce jeune homme, descendant d'une vieille famille aristocratique, la parole donnée a une valeur et un prix inestimable) ou que le serment fait dans une église sous le seul regard de Dieu et de Mrs C.

À partir de là, le jeu devient un véritable danger. Comme la drogue qui mène à l'overdose, le jeu conduit au désespoir et au suicide... Suicide qui se présente comme le seul avenir de cet homme puisque le jeu est devenu sa seule et unique raison de vivre.



Conclusion


Une fois encore, Zweig nous plonge dans une nouvelle passionnante et sa superbe écriture, pleine de musicalité et de poésie, nous tient en suspens jusqu'à la fin. Le style, fluide et entraînant, nous emmène, page après page, en nous plongeant dans un univers particulier et récurrent dans les oeuvres de Zweig.


Lorraine Guimbelot, A.S. édition-librairie


Source : www.stefanzweig.org

 

 

Stefan ZWEIG sur LITTEXPRESS

 

 

 

Stefan Zweig Un soupcon legitime

 

 

Articles de  Manon et d'Antoine sur Un soupçon légitime.

 

 

 

 

 

 


 

Zweig Lettre d une inconnue

 

 

Article de Pauline sur Stefan Zweig

 

 

 

 

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Article de Sandra sur La Confusion des sentiments,

 

 

 

 

 

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articles de Pauline, Marion  et Coralie sur Amok,

 

 

 

 

 

vingt-quatre-heures.jpg

 

 

 

 

de Claire et de Charlotte sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme,

 

 

 

 

 

parallèle de Mélaize entre Zweig et Gombrowicz.

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 07:00

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Fiches de Marine et de Suzy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite YOURCENAR
Nouvelles orientales
Gallimard
L'imaginaire, 2010
Première édition : 1938



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Marguerite Yourcenar, est née sous le nom de Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour le 8 Juin 903 à Bruxelles. Elle est décédée en 1987 à Bangor, aux États-Unis. C'est une romancière, poète, essayiste, critique et traductrice. Elle entre en 1970 à l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique, puis en 1980 devient la première femme élue à l'Académie Française et ce avec le soutien de Jean d'Ormesson.

Elle publie en 1921 son premier poème, Le Jardin des chimères, sous le nom de Yourcenar, anagramme de son nom de naissance : Crayencour. En 1929 elle publie son premier roman, Alexis ou le Traité du vain combat. En 1951, Les Mémoires d'Hadrien sont publiés ; ce fut un succès mondial.



Quelques oeuvres de Marguerite Yourcenar

1931 : La Nouvelle Eurydice (roman)
1943 : Le Denier du rêve (roman)
1934 : La Mort conduit l'attelage
1936 : Feux (poèmes en prose)
1938 : Les Songes et les Sorts
1939 : Le Coup de grâce (roman)
1954 : Électre ou la Chute des masques
1963 : Qui n'a pas son Minotaure ?
1968 : L'Œuvre au noir
1974 : Souvenirs pieux
1979 : La Couronne et la Lyre (poèmes traduits du grec)
1981 : Mishima ou la vision du vide (essai)
1982 : Comme l'eau qui coule
1983 : Le temps, ce grand sculpteur (1983)
1984 : Les Charités d'Alcippe (poème)
1984 : Cinq Nô modernes de Yukio Mishima (traduction)



Les Nouvelles orientales


L'ouvrage de Marguerite Yourcenar, Les Nouvelles orientales, recueille un ensemble de dix nouvelles écrites séparément avant l'entrée dans la Seconde Guerre mondiale, entre 1929 et 1939. Période pendant laquelle l'auteur voyage beaucoup en Orient ( îles grecques, Athènes, Constantinople...).

La première nouvelle de l'ouvrage, « Comment Wang-Fô fut sauvé », m'a permis d'expliquer le lien entre la littérature et la peinture, et ce par l'écriture de Marguerite Yourcenar que symbolise le pinceau des tableaux décrits tout au long de la nouvelle.

Les personnages présents dans les nouvelles du recueil créent un lien supplémentaire entre la littérature et la peinture et nous allons les étudier.


Les personnages

Dans la première nouvelle du recueil on retrouve le lien entre la littérature et la peinture dans la fonction du personnage principal dont le nom apparaît dans le titre de la nouvelle : « Le vieux peintre » Wang-Fô. C'est le premier personnage nommé par Marguerite Yourcenar ; dès les premiers mots de la nouvelle son nom apparaît et son métier aussi. C'est par l'intermédiaire du regard d'un peintre que nous allons déambuler dans le Royaume de Han, en Chine du Nord.

Ce peintre, qui parfois boit pour « se mettre en état de mieux peindre », va tout au long de la nouvelle transmettre « l'image des choses » assisté du disciple qui l'accompagne, Ling. Il va lui permettre d'avoir une vision du réel transcendée par le pouvoir de la peinture. Aussi, lorsque Ling aura peur de l'orage, Wang-Fô lui fera-t-il admirer «  la zébrure livide de l'éclair » et grâce au regard que le maître va lui offrir celui-ci n'aura plus peur, ne voyant que la beauté de la chose, de sa forme et de ses couleurs, son aspect artistique.

Aussi très rapidement en lisant cette nouvelle, comprenons-nous que le peintre va exercer sur son disciple Ling un réel pouvoir d'initiateur, il va changer son regard. D'une scène qui pourrait être dérangeante, Wang-Fô va révéler les couleurs jusqu'à lui donner une beauté fragile que seul l'initié peut percevoir. Dans un bar chinois où des hommes boivent appuyés sur des tables recouvertes de nappes tachées par l'alcool, ce n'est pas la laideur ni la pesanteur d'une scène alcoolisée que Wang-Fô perçoit mais « la beauté des faces de buveurs estompées par la fumée des boissons chaudes » ainsi que « l'exquise roseur des taches de vin parsemant les nappes comme des pétales fanés ». Et c'est cette vision que le peintre va donner à son disciple, c'est aussi de cette manière, poétique, que le lecteur va la recevoir.

Ainsi, le lecteur peut être associé au personnage de Ling puisque, comme le disciple, il reçoit la vision du monde perçue par le regard du peintre qui interprète, détourne, dépasse le réel et remplit auprès de lui sa fonction d'initiateur. Le regard du lecteur sur les tableaux qui nous sont peints par Wang-Fô est alors semblable à celui de Ling.

Ling est un personnage dévoué qui subvient aux besoins du maître d'un point de vue matériel (achat de pinceaux, de peinture, d'un repas...) tandis que Wang-Fô, dans son rôle de maître et d'initiateur, enrichit Ling par l'esprit. Aussi ces deux personnages sont-ils complémentaires et attachants car la relation de pouvoir que peuvent laisser supposer les termes de « maître » et de « disciple » employés dans cette nouvelle est effacée par la complicité qui unit les deux personnages, liés par la ferveur d'une quête artistique.

On peut trouver plusieurs pinceaux dans cette oeuvre, celui de Wang-Fô qui agit pour peindre les tableaux, que je nommerai « l'objet pinceau », puis un second, plus abstrait, qui va agir sur l'esprit de Ling et va redessiner sa perception du réel. Enfin, un troisième pinceau, celui de Marguerite Yourcenar qui dessine l'ensemble des tableaux présents dans cette nouvelle par le biais de son écriture très imagée, poétique, subtile. Ainsi se crée le lien entre la littérature et la peinture.

Le pinceau, qu'il soit visible ou non, est à mes yeux un véritable personnage de cette nouvelle, délivré par Ling (il le finance), guidé par les mains de Wang-Fô et dirigé par les mots de Marguerite Yourcenar.

Un troisième personnage apparaît dans la nouvelle, L'Empereur du Royaume de Han qui a grandi enfermé entre quatre murs avec pour seule vision du monde extérieur « l'image des choses » transcendées, par le biais des peintures de Wang-Fô. Lorsqu'il découvre le monde extérieur, il l'observe avec un regard simple, non initié et ne parvient pas à en avoir une image qui dépasse le réel, comme celle du peintre. Il n'interprète pas les couleurs mais les reçoit comme telles. Le soleil qui se couche est pour lui rouge et n'a pas la « couleur d'une orange prête à pourrir ».

Ce personnage fait rupture avec l'interprétation de Wang-Fô puisqu'il reste attaché aux « choses elles-mêmes » et reçoit les tableaux du peintre comme une trahison, un mensonge sur le monde qui l'entoure, il comprend que « le sang des suppliciés est moins rouge que la grenade figurée sur [ses] toiles ».

Ainsi « le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner » n'est pas le Royaume de Han mais celui où Wang-Fô pénètre par « le chemin des Mille Courbes et des Mille Couleurs ». L'Empereur décide donc de mettre fin aux jours de Ling, et de couper les mains du peintre, « les deux routes » qui mènent « au coeur de son empire » ainsi que de lui crever les yeux, « portes magiques de son royaume ».

Malgré le châtiment réservé aux deux hommes, Wang-Fô se voit accorder par l'Empereur le droit de peindre un dernier paysage. Ainsi, le monde de Wang-Fô, inspiré du réel mais transcendé par la peinture, va lui permettre de rester en vie au côté de Ling qui a adopté le regard de son maître. À la fin de la nouvelle le peintre disparaît avec Ling dans les couleurs du dernier paysage qu'il peint et dans lequel les deux personnages finissent par se fondre.

La quête artistique et spirituelle menée par les deux hommes l'emporte sur le réel et le pouvoir terrestre représenté par l'Empereur. C'est ainsi que Wang-Fô fut sauvé.

On trouve dans le recueil Les Nouvelles orientales de M. Yourcenar un autre personnage de peintre qui figure dans le titre de la dernière nouvelle de l'ouvrage, « La tristesse de Cornélius Berg ». « Un vieux vagabond fatigué», isolé, qui était l'élève de Rembrandt et qui a peint toute sa vie des portraits. Il revoit défiler toute son existence sous le regard des peintures qu'il réalisait du monde qui l'entoure. Un monde peint par Dieu, « peintre de l'Univers », dont on semble ne jamais avoir fait le tour, c'est là la tristesse de Cornélius Berg.

Ainsi, le recueil de M. Yourcenar s'ouvre sur les tableaux du peintre Wang-Fô, en quête de beauté et de dépassement du réel, puis se referme sur l'image de Cornélius Berg déçu de savoir que jamais il ne connaîtra tous les tableaux de l'Univers.

Marine Vacher, 1ère année Bibliothèques/Médiathèques


 

 

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Fiche de Suzy

 

 

 

 

 

 

 

 

Marguerite YOURCENAR
Nouvelles orientales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Marguerite Yourcenar, de son véritable nom Marguerite Cleenewerck de Crayenncour est née le 8 juin 1903 à Bruxelle; sa mère meurt en la mettant au monde. Ses parents étaient de riches notables. Elle passa son enfance au Mont-Noir, immense domaine regroupant un grand nombre d'exploitations agricoles. Dès son plus jeune âge, elle lut beaucoup. Elle ne fit pas d'études, mais apprit quand même seule le grec, le latin et l'italien, et l'anglais avec l'aide de son père. Elle passa le baccalauréat de latin-grec à seize ans, mais n'obtenant que la mention "passable", abandonna l’ambition d’aller plus loin. Elle suivait son père dans toutes ses expéditions, ce qui lui donna très tôt le goût du voyage.

Elle commença sa carrière d'auteur en 1921 avec Le Jardin des chimères un recueil de poèmes dialogués. Elle continua sa carrière à la fois comme poétesse, comme historienne, avec beaucoup de livres sur elle et sa famille mais aussi sur des héros de l'Antiquité, comme essayiste, romancière et traductrice.

Elle fut naturalisée américaine en 1947. Grâce à son talent d'écriture, et ses grands succès, elle entra à l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1970 puis, en 1980, fut la première femme élue à l'Académie française.

Ses grandes oeuvres sont : Les Mémoires d'Hadrien, L'Œuvre au noir ou encore Alexis ou le Traité du vain combat.



L'oeuvre


Les Nouvelles orientales ont été publiées en 1938 par Gallimard. Le recueil est composé de dix nouvelles. Leur thème est l'Orient, zone qui va des Balkans et de la Grèce, en passant par l'Albanie ou l'Inde, jusqu'à la Chine et au Japon. L'auteur s'est beaucoup inspirée de tout ce qu'elle a pu voir ou entendre pendant ses voyages. Du coup, beaucoup des nouvelles sont inspirées de contes et légendes, voire même romans des différents pays visités, mais certaines nouvelles sont aussi complètement inventées. Seule exception, « La tristesse de Cornélius Berg », dont l'histoire se déroule à Amsterdam. Marguerite Yourcenar a voulu l'ajouter comme pour clore le recueil sur le même thème que la première nouvelle, la peinture.

L'auteur apporta plusieurs corrections à son oeuvre au fil des années, changeant des fins de nouvelles, ou le titre de certaines.



Présentation de deux nouvelles


« Comment Wang-Fô fut sauvé »

Wang-Fô, un peintre chinois, voyage de village en village avec son disciple Ling. Cet artiste laisse derière lui une grande renommée, celle de donner vie à ses tableaux. S'arrêtant dans une auberge, il apprend qu’il est convoqué par le prince du pays. Ce dernier le condamne à mort parce qu'il n'a vécu son enfance qu'avec les tableaux de Wang Fô comme fenêtre sur le monde extérieur. Lorsqu'il a vraiment découvert ce qu'il y avait en dehors des murs, il a été déçu de ce qu'il a pu voir. Mais avant de mourir le peintre doit finir une de ses oeuvres inachevées. À chaque nouveau coup de pinceau le tableau prend vie, ce qui permet à Wang Fô de « s'enfuir » sur les eaux qu'il est en train de peindre.


« Notre-Dame-des-Hirondelles »

Thérapion, un moine, décide de développer le christianisme dans un petit village de Grèce. Bien que les villageois le respectent et commencent à croire en ce nouveau Dieu, ils n'arrivent pas à oublier les Nymphes. Ils continuent à les honorer même si elles tuent leurs bétails et leurs enfants. Le moine décide alors de les piéger, en les enfermant dans une grotte, la fermant avec une petite chapelle, lieu dans lequel les Nymphes n'osent s'aventurer. Le moine est fier de la réussite de son objectif, et ne ressent pas de pitié, ni les entendant pleurer, ni à la pensée qu'elles sont en train de mourir petit à petit. Une jeune femme, Marie, vient et "sauve" les Nymphes en les transformant en hirondelles. Elle dit alors à Thérapion qu'elles reviendront chaque année, et qu'il aura comme obligation de leur donner asile dans cette chapelle.


Mythologie et surnaturel


Ce qui frappe le plus dans cette oeuvre est peut être la présence d'une certaine mythologie. Cela paraît normal, vu qu'elle est très présente en général dans les légendes.

Tout d'abord, certaines scènes ou réactions des personnages sont surnaturelles, comme par exemple, le fait que Wang Fô arrive à naviguer sur la rivière qu'il vient de peindre, retrouvant dans la barque son disciple Ling qui venait pourtant de mourir.

Ensuite, il y a des personnages tout droit sortis des mythes et légendes, des religions. Nous avons les Nymphes, ou encore, l'apparition de la Vierge Marie.



Le féminin

 

L'on peut voir que le surnaturel est souvent apporté par les femmes, ou plutôt par des êtres féminins, par leur rôle. Certaines sont bienfaisantes, comme Marie venue sauver les Nymphes, mais elles ont parfois un triste sort, comme la femme du disciple Ling qui après avoir posé pour une oeuvre de Wang Fô se retrouve délaissée par son mari qui lui préfère la peinture, et finit donc par se suicider.

Mais la plupart ont un mauvais rôle, elles incarnent des tentatrices comme les Nymphes qui attirent les enfants pour les faire ensuite tomber des falaises.

Ce ne sont pas les seules facettes du féminin dans ce recueil. Nous avons aussi des femmes désespérées qui se laissent posséder par leur passion (la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent qui essaye irrémédiablement d'obtenir l'amour de son prince, ou Aphrodisia qui vole le corps de son amant mort), et certaines sont même méchantes (comme la veuve du pacha Scutari qui fait infliger les pires tortures à Marko pour se venger de lui).


Des personnages complexes


Dans toutes les nouvelles, il y a un passage, une action, ou un personnage qui a un côté négatif. Les histoires sont tantôt tragiques, tantôt tristes, violentes, presque malsaines ; elles inspirent de la pitié pour les personnages. Cela permet aussi de voir plusieurs dimensions des personnages, de leur donner une certaine complexité que l'on aurait pu manquer à la première "rencontre". On en vient souvent à aimer d'autant plus les histoires ou les personnages, qui nous surprennent, nous laissant parfois perplexe.



Mon avis


J'ai énormément aimé ce recueil. Il a su me faire voyager, ce qui a été possible grâce au merveilleux style de Marguerite Yourcenar, qui arrive avec seulement quelque mots à dresser le portrait de personnages et et à élaborer des histoires complexes.

 

Suzy, 1ère année Éd.-Lib.

 


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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 19:00

Du 11/12/10 au 12/12/10 à Blaye s’est tenu le 18e salon du livre.


Blaye est une jolie petite ville d’environ cinq mille  habitants qui se situe au nord de Bordeaux, au bord de l’estuaire de la Gironde. Elle possède une citadelle qui a été classée en 2008  au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 Depuis maintenant 18 ans, un salon du livre se tient dans cette citadelle pour promouvoir tous les éditeurs, les auteurs et les librairies régionales. Il a de multiples partenaires comme l’ECLA, le Conseil Général, le ministère de l’Éducation nationale ou encore, le cinéma de la ville, Le Monteil.

 

Cette 18e édition proposait de multiples animations : conférences le premier matin, rencontres d’auteurs et d’éditeurs, dédicaces, heures de contes au sein même de la citadelle ou dans la bibliothèque voisine.

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Les professionnels du livre étaient séparés en deux espaces. Dans une salle se trouvait tout ce qui avait trait à la jeunesse et dans une seconde la littérature générale et régionale.

Dans l’espace jeunesse, à l’entrée, étaient exposés les résultats du concours organisé pour les scolaires. Cette année les jeunes devaient réaliser une planche de BD sur un thème bien précis, soit celui d’une carte représentant une île, soit un dialogue entre un vieil homme et deux garçons. Voici le thème, et les gagnants :

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Dans cette salle, plusieurs stands, répartis aléatoirement, soit par auteurs, soit par éditeurs. Mention spéciale à la maison d’édition « Lire c’est partir » qui proposait à la vente tous ses livres à 0,75€.

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 Éditons Karybencila

 

 

 

Dans la salle dédiée à la littérature générale, on pouvait découvrir de nombreux auteurs, mais aussi des maisons d’édition et des librairies, des œuvres régionales portant sur le Blayais ou la Haute-Saintonge.

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Pour conclure, une après-midi agréable et un salon à visiter seul ou en famille, qui peut convenir à tous, petits et grands. De plus, le cadre est très sympathique, et permet de découvrir la région. Ce salon vous est donc vivement recommandé  (une fois par an pour préparer ses cadeaux de fêtes par exemple) !!!

 
Pour en savoir plus,  le site.

 

 
Marion, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 07:00

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Natsumé SÔSEKI
À travers la vitre
Titre original : Garasudo no naka
Traduit du japonais
par René Ceccatty et Ryôji Nakamura
Éd. Rivages, 1993




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Natsume Sôseki (1867-1916), de son véritable nom Kinnosuke Natsumé, est un écrivain japonais diplômé de littérature anglaise à l’Université de Tokyo. Il fait partie de cette génération d’auteurs tournés vers l’Occident qui a vécu durant la modernisation du Japon. Une nation qui est passée d’un système traditionnel au pays que l’on connaît aujourd’hui avec une économie de marché à partir de l’ère Meiji.

Sôseki vit une enfance difficile car c’est un enfant non désiré qui est rejeté par sa famille. Il est obligé de vivre chez un couple de serviteurs jusqu’à l’âge de neuf ans avant de réintégrer son foyer d’origine à quatorze ans. C’est à cette époque qu’il assiste à la mort de son père, un événement qui l’affecte grandement et qui aura une grande influence sur son travail de romancier.

Au collège, il manifeste de l’intérêt pour la littérature chinoise et se destine à l’écriture. Après avoir obtenu un diplôme de littérature anglaise à l’université de Tokyo, il écrit plusieurs articles sur de célèbres poètes anglais et devient enseignant en 1893. Son expérience de professeur est à l’origine de son deuxième roman, Botchan (1906) ; un séjour universitaire à Londres inspirera plusieurs textes sur le monde occidental.

À son retour au Japon, Soseki décide de se consacrer totalement à l’écriture, notamment grâce au succès de son premier roman, Je suis un chat (1905), qui raconte les aventures d’un chat qui vit chez un professeur d’anglais et  porte un regard  naïf mais critique sur son maître en qui il n’est pas impossible de reconnaître l’auteur. Fort de la renommée de ses deux premiers livres, l’auteur effectue plusieurs voyages en Mandchourie (à l’époque sous domination japonaise) et en Corée grâce à ses relation dans l’administration coloniale, ce qui lui permet de parcourir le pays en toute liberté. Ces différents séjours susciteront plusieurs ouvrages.

À 45 ans, il tombe gravement malade et puise son inspiration dans la souffrance. Il décède finalement en 1916 d’un ulcère à l’estomac laissant son dernier roman, Meian, inachevé.

 

 

À travers la vitre (1915)

À travers la vitre est un journal de vie. Dans ce livre, Soseki exprime ses sentiments sur des événements marquants de son existence souvent liés à la perte d’un être cher, tels que son chien ou son frère, relate des erreurs passées qu’il se remémore avec amertume, comme le fait d’avoir eu un sourire inapproprié sur une photographie journalistique ou le dédain dont il fait preuve envers un de ses admirateurs qui lui demandait de lui écrire des haïkus et dont il a ignoré la requête.

Ce détachement et cette distance se manifestent à travers les commentaires et les poèmes de Sôseki ainsi que dans le titre même du livre. À travers la vitre, choix qui semble d’abord énigmatique, peut faire référence à une vision rétrospective de la vie que l’on regarde « à travers une vitre », métaphore qui traduit une certaine prise de recul par rapport à l’existence. Le thème central de l’œuvre étant la mort, on devine que derrière cette plume véridique et dérangeante se cache un auteur tourmenté qui cherche à se racheter de ses fautes avant de livrer son dernier soupir. À la lecture de cet ouvrage, que Soseki considère lui-même comme une confession, on comprend également que même si l’écrivain avoue avoir manqué certaines occasions ou avoir commis des erreurs par le passé, il reste attaché à l’existence et redoute la venue de la mort. On peut alors penser que ce livre, cette vitre littéraire à travers laquelle il nous offre de le découvrir, reste la dernière chose qui le raccroche à la vie.


Mon avis

Profondément ancré dans la culture japonaise, cet ouvrage m’a quelquefois mis mal à l’aise avec ses descriptions crues (par exemple la dépouille de son chien agonisant dépeinte avec un profond dégoût) ou bien à cause de son vocabulaire purement asiatique, car je ne possédais pas les connaissances nécessaires sur la vie du pays ou les mœurs de l’époque pour comprendre l’intérêt de cette œuvre. Deux lacunes qui m’ont empêché d’apprécier le récit à sa juste valeur.

On peut toutefois reconnaître la qualité du style, simple mais sévère, qui révèle une opposition entre la dureté de la vie, les tourments de l’auteur et les préoccupations souvent superficielles de la société japonaise qui se confrontent avec la volonté qu’éprouve Soseki de raconter les événements de manière sincère et originale, comme s’il souhaitait donner une dernière vision personnelle et testamentaire du Japon avant de disparaître.  

 

 

Valentin, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Natsume SÔSEKI sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Anthony sur Oreiller d'herbes.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 13:00

La librairie Guillaume Budé / Les Belles Lettres crée son blog : 

http://www.librairieguillaumebude.com

 

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Amateurs éclairés d’histoire et de littérature anciennes, vos contributions seront les bienvenues et vous serez remerciés en livres Belles Lettres.   


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Pour tout contact : pamela.ramos.moreau@gmail.com

 

 

Site des éditions Les Belles Lettres

 

 

 


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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 07:00

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Louis Ferdinand Destouches dit CÉLINE,
Casse-pipe
suivi du Carnet du cuirassier Destouches
Gallimard NRF, 1970

Folio, 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans Casse-pipe on touche à la quintessence de l'écriture saccagée de Céline ; phrases hachées, ponctuation furibarde, et surtout une langue délicieusement verte. En une centaine de pages, l'auteur de Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit (pour ne citer que ces deux œuvres majeures) dépasse ses excès passés.

Cette nouvelle est presque entièrement bâtie d'interjections décousues et abominables parfois commentées acidement par le narrateur.

Il nous brosse un tableau brut, une véritable "croûte" : point de description construite ici ; les personnages, les lieux, les actions, tout est entr’aperçu au travers de ces cris quasi incompréhensibles pour qui n'est pas familier de l'écriture de Céline ; cris bestiaux teintés de haine, de peur et de paresse.

"Ah !... Vous !... Dix heures !... Ah !... Ma... Maaa !... Hoe !..."

Et c'est une peinture de l'armée que l'on a devant les yeux, de l'antiépique saignant, on ne retient que bruit, crasse, puanteur et alcoolisme.

Céline ne nous offre aucun répit, ce n'est pas une descente aux enfers car l’enfer y est tout entier, du début à la fin. On ne sait ce qui est le pire des marches forcées désordonnées sous une pluie battante ou les arrêts dans des lieux confinés dans la sueur et la fumée, entouré de chevaux mal dressés et de leur crottin. L'horreur est partout et à chaque instant.

 
On peut évoquer la scène de l'écurie (on pense tout de suite aux écuries d'Augias) où les soldats du dix-septième cuirassiers de cavalerie lourde sont vautrés les uns sur les autres, emmêlés et étouffant dans le fumier, avinés et s'insultant, se piquant maladroitement de leurs armures encombrantes et inutiles.

 
C'est là le manifeste antimilitariste de Louis Ferdinand, conséquence d'un réel engagement le 28 septembre 1912 dans le douzième régiment (qui devient le dix-septième dans Casse-pipe) décrit avec désespoir dans le Carnet du cuirassier Destouches. Ce carnet incomplet recense des pensées sur l'armée, les comportements des soldats, son incompréhension de la hiérarchie et son désir de désertion qui se ressentiront dans Casse-pipe.

 

 

Clément, A.S. Éd.-Lib.

 

 

CÉLINE sur LITTEXPRESS

 

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Article de Florent sur D'un château l'autre.

 

 

 

 

 

 


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