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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 19:00

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Hervé GUIBERT
À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie
Gallimard, 1990

Folio, 1992

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Hervé Guibert, en 1990, révèle sa séropositivité dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, le roman fait scandale et révèle l’écrivain au grand public. Écrit et publié dans un contexte où l’épidémie de SIDA faisait de très nombreuses victimes en l’absence de traitement efficace, l’ouvrage dès sa sortie connaît un grand retentissement. Ce roman sera le premier d’une trilogie, composée également du Protocole compassionnel et de l’Homme au chapeau rouge dans lesquels l’auteur décrit de façon quotidienne l’avancée de sa maladie.

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie est une autofiction, un roman que l’auteur désirait comme le plus authentique de tous mais qui contient néanmoins lui aussi de manière inévitable sa part de mensonge. Dans une interview accordée en mars 1990 à Libération, Hervé Guibert déclare ceci à propos de son ouvrage :

« […] Je parle de la vérité dans ce qu’elle peut avoir de déformé par le travail de l’écriture. C’est pour cela que je tiens au mot roman. Mes modèles existent, mais ce sont des personnages. Je tiens à la vérité dans la mesure où elle permet de greffer des particules de fiction comme des collages de pellicule, avec l’idée que ce soit le plus transparent possible. Mais il y a aussi des grands ressorts de mensonge dans ce livre. »

Le roman est composé de souvenirs, numérotés de 1 à 100, dont les plus anciens datent du début des années 80, et les plus récents de la fin des années 80 (après la découverte de sa contamination) jusqu’au début des années 90. Ce laps de temps de 8 à 10 ans équivaut d’ailleurs approximativement à la durée d’incubation du virus mortel comme nous l’apprend assez rapidement Hervé Guibert.

Le roman, dès la première page, met en place un suspens avec une phrase plutôt étrange qui interpelle le lecteur : « J’ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement j’ai cru pendant trois mois que j’étais condamné par cette maladie mortelle qu’on appelle le sida. »

Dans un premier temps, peu chronologique, Hervé Guibert évoque des souvenirs de son ami Muzil (Michel Foucault) et nous parle des signes qu’il perçoit ou pressent de son propre destin à travers l’agonie et la mort de celui-ci. Dans un deuxième temps, quand, à partir de janvier 1988, Hervé Guibert apprend qu’il est atteint du sida, le récit des souvenirs devient beaucoup plus ordonné, chronologique et rigoureux. Guibert porte alors une attention minutieuse à la progression de son mal, notée au jour le jour, comme en témoignent notamment des descriptions cliniques voire scientifiques de sa propre maladie :

« Le processus de détérioration amorcé dans mon sang se poursuit de jour en jour, assimilant mon cas pour le moment à une leucopénie. Les dernières analyses, datées du 18 novembre, me donnent 368 T4, un homme en bonne santé en possède entre 500 et 2000. Les T4 sont cette partie des leucocytes que le virus du sida attaque en premier, affaiblissant progressivement les défenses immunitaires. Les offensives fatales, la pneumocystose qui touche les poumons et la toxoplasmose le cerveau, s’enclenchent dans la zone qui descend en dessous de 200 T4 ; maintenant on les retarde avec la prescription d’AZT. »

L’auteur, par moments, semble développer un rapport étrange voire ambigu avec sa maladie : il l’accepte et l’aime d’une certaine manière, tant il apprécie « l’incroyable perspective d’intelligence qu’ouvre le sida dans [s]a vie », cette « maladie merveilleuse […] qui donnait le temps de mourir, et qui donnait à la mort le temps de vivre, le temps de découvrir le temps et de découvrir enfin la vie […] »

Mais même si l’auteur semble ainsi parfois se complaire dans sa maladie, il ne manque pas de nous évoquer sa peur d’être démasqué, de la dégradation physique et de la mort imminente :

« J’ai senti la mort venir dans le miroir, dans mon regard dans le miroir, bien avant qu’elle y ait vraiment pris possession. Est-ce que je jetais déjà cette mort par mon regard dans les yeux des autres ? »

Seuls quelques-uns de ses amis proches en effet sont mis dans la confidence lorsqu’il apprend qu’il est atteint par le virus mortel. Hervé Guibert, au moment de l’écriture, a deux amants, dont l’un, Jules, est lui aussi atteint du sida et au courant de la contamination de son ami, et l’autre pas. Dans ce contexte de non-dit la contamination semble latente entre tous ces personnages appartenant au milieu homosexuel et le sida prend alors l’apparence d’une véritable bombe à retardement.

D’ailleurs, quand son « ami » Bill, un Américain, patron d’une entreprise pharmaceutique, se déclare au cours d’un dîner détenteur d’un vaccin capable de soigner le sida, il ne sait pas encore qu’Hervé Guibert est malade :

« Bill est dans un état d’excitation indescriptible, qui va emporter avec lui notre dîner, et monopoliser toutes nos conversations : il nous annonce tout de go qu’on vient de mettre au point en Amérique un vaccin efficace contre le sida […] »

Un immense et bouleversant espoir naît alors chez l’auteur, qui lui fait croire à une guérison possible, comme en attestent les premières phrases du livre. Quand par la suite Bill apprend la séropositivité de Guibert, il lui promet une injection rapide du vaccin une fois que les derniers tests auront été effectués mais n’en fera finalement jamais rien, reculant chaque fois l’échéance, prenant la fuite régulièrement à l’autre bout du monde, ne donnant plus signe de vie, etc. Bill finira même un jour par faire à Hervé Guibert cette déclaration stupéfiante : « De toutes façons tu n’aurais pas supporté de guérir. »

Commence à s’éclairer alors l’étrange titre de l’ouvrage : À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie est en fait une dédicace à Bill, qui deviendra au fur et à mesure un véritable imposteur aux yeux d’Hervé Guibert. La dernière page de l’ouvrage, teintée d’ironie, apparaît tel un doigt d’honneur hautement dressé vers Bill et clôt l’ouvrage de la manière suivante :

« La mise en abîme de mon livre se referme sur moi. Je suis dans la merde. Jusqu’où souhaites-tu me voir sombrer ? Pends-toi Bill ! Mes muscles ont fondu. J’ai enfin retrouvé mes jambes et mes bras d’enfant. »

Non, « Ce livre n’est pas un testament », comme le déclarera l’auteur après la publication de son roman, mais « un livre qui donne des clés pour comprendre ce qu’il y avait dans tous les autres livres et que parfois [il] ne comprenais pas [lui]-même […]». Aux réticents donc : ce livre n’est ni larmoyant, ni même dénonciateur, mais plus simplement un livre exutoire et une certaine quête de vérité.

Mathilde, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Hervé GUIBERT sur LITTEXPRESS

 

Guibert Mauve le vierge

 

 

 

 

 

Article de Laura sur Mauve le vierge. 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 07:00

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Hervé GUIBERT
Mauve le vierge
Gallimard, 1988

L'Imaginaire, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mauve le vierge est un recueil de dix nouvelles qui sont toutes des récits à la frontière de l’autobiographique et de l’imaginaire. La première, « Mauve le vierge », donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’un jeune garçon, Mauve, dont la mère a tué le père. Ce dernier avait entrepris de peindre dans la chambre de son fils une fresque demeurée inachevée. Le jeune Mauve voue une véritable obsession au bleu particulier des vagues dans un coin de cette fresque.

Puis les récits se suivent, sans jamais se ressembler, sauf peut-être dans leur prose douce-amère, cruelle et mélancolique à la fois et dans la passion parfois obsessionnelle pour des images, des situations, des atmosphères et de jeunes garçons. Dans « L’auscultation », un enfant refuse de se déshabiller devant le médecin si ce dernier ne se bande pas les yeux ; avec « Mémée Nibard », une concierge découvre l'amour avec un Arabe moitié plus jeune qu'elle, qui la quittera, bien que lui-même cul-de-jatte par accident du travail, tandis qu’elle finira hémiplégique et aphasique. « La tête de Jeanne d’Arc » est sans doute un des récits les plus étranges : le narrateur, venu faire un reportage au Musée Grévin, tombe éperdument amoureux de la tête en cire de Jeanne d’Arc, qui s’avérera en fait être celle du jeune Louis XVII, un garçon donc. Notre protagoniste  courtisera pendant des années la directrice du musée pour obtenir cette tête qui finira dans une vitrine de son salon à effrayer les visiteurs.

La nouvelle où la part autobiographique est la plus forte est certainement « Les secrets d’un homme », un hommage à l’ami Michel Foucault et à son génie intellectuel, détruit par la maladie. Guibert est nommément présent à l’enterrement de son ami, mort du sida en 1984. Ce récit préfigure le roman À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie dans lequel la place de la maladie et de la vie intime sera de plus en plus prépondérante, avec la présence de Foucault sous le pseudonyme de Musil.

Mais il y a aussi des récits tels que « Le tremblement de terre », où le narrateur cherche son amant après une violente secousse dans la ville parmi les décombres et les corps éparpillés ; « Les trois quarts du monde » qui met en scène un homme avec un problème de vision : il ne voit pas le monde dans son intégralité, ce qui lui donne un visage particulier et suscite à la fois l’amour et la haine de son partenaire ; « La jeune fille d’à côté » où l’on découvre la voisine pianiste qui joue chaque jour et dont la musique, parce qu’imparfaite, obsède le narrateur qui ne parviendra jamais à capturer ces instants de grâce ; et enfin « Le citronnier » où un ami dont le narrateur est amoureux enterre deux de ses doigts sous un citronnier après un accident ; le narrateur, scandalisé d’un tel outrage, s'emploie à les déterrer et finit par en manger un, pour s’approprier le corps de l’être désiré....

Difficiles à résumer, ces récits gagnent à être lus pour être pleinement ressentis. C’est moins l’histoire que l’émotion intense qui accompagne ces courtes nouvelles qui importe.

Mauve le vierge met en scène des histoires hétéroclites et des personnages curieux. Guibert nous offre ici un mélange de vie et de mort, de réel et d’irréel, comme s’il était lui-même déjà à moitié hors du monde réel, par désir de s’en évader et par impossibilité d’y rester plus longtemps. On retrouve le jeune homme à chaque page, incarnant plusieurs personnages, comme s’il se démultipliait en tous pour mieux se cerner et nous donner à voir à nous, lecteurs, un Guibert sans fard et sans pudeur.

La couleur mauve du titre pourrait évoquer le sarcome de Kaposi associé au sida. Mais pourrait aussi être inspirée d’une plante, la Grande Mauve du latin omnimorbia, qui signifie « toutes les maladies », et est prétendument dotée de propriétés adoucissantes, comme si ces textes procuraient à l’auteur une forme d’apaisement, un moyen de sortir de lui-même, de la maladie pour réinventer sa réalité comme cela lui plaît. Le mauve enfin est aussi la couleur du deuil, évoqué lors de l’enterrement de Foucault : un « ruban de taffetas mauve » qui entoure les gerbes de fleurs.

Les textes montrent la capacité de l’auteur à jouer de la grande proximité d’éléments quotidiens et d’éléments fantastiques, pour construire au final l’autofiction. À travers des récits brefs, proches du journal intime voire du fragment, qui mêlent des souvenirs, des anecdotes et l’imaginaire, Guibert nous plonge dans son introspection. La nouvelle agit comme lieu du dévoilement et de tous les fantasmes : un espace malléable, érotique, que la concision rend plus vif. La brièveté des récits fait qu’ils semblent saisis dans l’instant, en véhiculant une énergie prise sur le moment. La nouvelle est chez Guibert une forme mouvante et dynamique qui souligne de façon incisive l’essentiel d’une rencontre, d’un échange, ou d’un geste.


Laura, A.S. Éd-Lib.



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Published by Laura - dans Nouvelle
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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 19:00

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Emmanuel DONGALA,
Jazz et vin de palme,

éditions du Serpent à plumes,

Collection Motifs, 1982.
rééd. Hatier international, 1992.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Données biographiques

Emmanuel Boundzéki Dongala naît en 1941. Il grandit au Congo-Brazzaville, où il enseigne par la suite.

Il fuit le pays en 1997 pour des raisons politiques. La mobilisation d’amis tels que l’écrivain Philip Roth lui permet alors de s’installer aux États-Unis. Il y enseigne la chimie et la littérature africaine francophone.

Les conflits armés ayant lieu au Congo-Brazzaville à la fin du XXe siècle marquent les écrits de Dongala : chaos politique et oppression en sont des thématiques récurrentes, tout comme l’observation des « effets collatéraux » de ces conflits. Il lie en virtuose faits politiques globaux et situations individuelles spécifiques.

Pour plus de détails

 http://www.africultures.com/php/index.php?nav=personne&no=3506
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Dongala

 
Points de repère politiques

Le Congo Brazzaville prend son indépendance à la fin des années 1950, s’émancipant du pouvoir colonial français.

 La guerre froide oppose alors les États-Unis et leurs alliés à l’URSS et à leurs partisans. Ces deux blocs, en phase d’affrontement idéologique, s’opposent aussi par « mouvements de libération interposés » et cherchent entre autres à se constituer des « satellites », pays alliés, notamment en Amérique latine et en Afrique.

C’est la raison pour laquelle Moscou veille à favoriser la création du PCT, le Parti Congolais du Travail. Ce dernier, nouveau parti unique dit marxiste-léniniste, voit le jour le 31 décembre 1969. Sassou Nguesso, un des membres fondateurs du parti, deviendra chef du gouvernement congolais de 1979 à 1992.

Les élites de ce gouvernement se font former à Moscou (comme Dongala le décrit dans la nouvelle « L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali-Tchikati »). Ils rentrent ensuite au Congo-Brazzaville et cherchent à y asseoir leur pouvoir en distillant auprès de leurs concitoyens la doctrine soviéto-communiste fraîchement apprise. On est ici loin de l’utopie égalitariste et émancipatrice de Karl Marx (« l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes »[1]), mais plus près des excès staliniens.



Jazz et vin de palme

Le recueil s’organise comme une forme de voyage. Les cinq premières nouvelles nous emmènent au coeur du Congo-Brazzaville. La sixième nouvelle nous fait prendre un peu de hauteur géographique, puisqu’empreinte d’une dimension internationale. Les deux nouvelles qui clôturent le recueil nous amènent à nous focaliser à nouveau sur un lieu précis : New York.


Les élites caricaturées

Toutes les exactions commises par le régime dictatorial sont justifiées par le fait qu’il faut rendre la « révolution rouge » effective. La phrase contradictoire suivante illustre cette idée : « C’était la règle depuis le dernier coup d’État qui, après avoir réajusté la révolution, avait imposé dans tous les villages le socialisme scientifique librement choisi par le peuple. » (« Le procès du Père Likibi »).

L’écriture « pince sans rire » de Dongala constitue un des charmes indéniables de son écriture : il adopte un ton sérieux tandis que son propos acerbe se gausse allègrement des élites et de leurs sbires :

« Il arriva donc à Madzala dans une Land Rover administrative et, comme tout homme de progrès, il était sobrement vêtu, ignorant les fioritures qui caractérisent les vêtement des bourgeois bureaucrates tels que veste, cravate, chemise avec boutons de manchettes, et ignorant également les emberlificotages et autres chinoiseries qui caractérisent la réaction, la superstition, telles les largeurs et amplitudes des grands boubous africains qui entravent l’efficacité. Sobre et révolutionnaire : une chemise kaki sans col que les progressistes appellent « col Mao » mais que les mauvaises langues appellent « trou de cabinet », un pantalon du même tissu. Comme chaussures, il portait des sandales en caoutchouc taillées dans de vieux pneus d’automobile, bien sûr dans le style de l’héroïque Vietcong du temps où il combattait l’impérialisme américain. Lunettes, attaché-case bourré de papiers et un poste de radio à transistors et à piles, afin d’être immédiatement renseigné au cas où des commandos fascistes, manipulés par l’impérialisme, essaieraient de franchir le fleuve pour agresser la révolution en marche, qui remportait chaque jour des victoires de plus en plus grandes.

[…] M.Konimboua mit ses lunettes polarisées pour regarder l’immense plateau inondé de lumière. Une mouche, bien nourrie, bourdonna nonchalamment à ses oreilles ; en voulant la chasser, il l’écrasa contre sa joue et eut une moue de dégoût révolutionnaire à l’égard de cet insecte antisocialiste qui jouait au provocateur. » (« Le procès du Père Likibi »).

Pour mettre en place cette satire, Dongala expose également la position paradoxale des élites congolaises au pouvoir à l’égard de la tradition. En effet, l’idéologie soviéto-communiste est anti-Dieu, et les propos de Marx (« la religion est l’opium du peuple »[2]) sont réutilisés pour insister sur une idée claire : la mise en place de la Révolution constitue une tâche qui ne saurait se voir concurrencer par fétichisme, animisme ou autre vodou. Or les élites elles-même, malgré un solide formatage moscovite, ne parviennent pas aisément à renier leur foi (lire « L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali-Tchikati » ou « Le procès du Père Likibi »).

 Ce paradoxe se traduit aussi par une tentative d’éradication même du mot :

« Ne savez-vous pas que depuis le réajustement de notre révolution ce mot de tribu n’existe plus, qu’il a été supprimé, radié, barré, effacé, gommé, extirpé, exclu de notre vocabulaire et depuis cette décision salutaire les résultats sont là, le pays se porte mieux car le tribalisme a disparu avec le mot. Nous sommes ici à la recherche de la contradiction principale qui existe dans notre pays et vous, vous persistez à nous parler d’un mot qui n’existe pas ! Continuez dans cette voie et vous allez voir. » (« Le procès du Père Likibi »).

La nouvelle de « science-politique-fiction » « Jazz et vin de palme » voit quant à elle se développer la satire d’une autre forme d’élite. Une armée d’extraterrestres envahit le Congo-Brazzaville. Les instances internationales se révèlent incapables de réagir à cette situation de crise et totalement inefficaces lorsqu’il s’agit de prendre une décision collective. Dongala en profite pour adresser une pique aux puissances politico-économiques mondiales, soi-disant pro-paix mais ne se gênant pas pour guerroyer lorsque cela les arrange, comme par exemple les États-Unis au Vietnam.


Les individus face à l’oppression

« La cérémonie », nouvelle narrée par le personnage principal, nous amène à suivre le discours d’un individu sur le point d’accueillir dans son village une personnalité éminente du Parti au pouvoir. Ce villageois semble vouloir s’attirer les faveurs du politique, en louant le Parti et ses représentants. Son propos est en réalité à double tranchant : la candeur du personnage (cette nouvelle fait d’ailleurs quelque peu penser au Candide de Voltaire), celui-ci reproduit la doctrine du Parti, mais également la verve satirique de Dongala :

« Si vous avez devant vous deux personnes possédant toutes deux des voitures de luxe, une villa de luxe, dînant au champagne, etc., voici la méthode infaillible : celui qui est membre de notre Parti unique et historique d’avant-garde est un « haut-responsable » révolutionnaire et tout ce qu’il possède, ce ne sont que les bases matérielles pour l’aider dans sa tâche ; celui qui n’est pas du Parti est, par contre, un bourgeois bureaucrate, compradore, exploiteur du peuple, qui a volé tout ce qu’il possède à ce dernier.
De temps en temps, comme vous vous en êtes certainement déjà rendu compte, toutes ces phrases, tous ces slogans, tous ces termes appris en même temps provoquent un embouteillage dans mon cerveau, mais à tout prendre, mieux vaut un embouteillage suivi d’un léger mal de tête que rater une promotion de quinze mille à trois cent mille francs par mois, n’est-ce pas ? » (« La cérémonie »).

 Si cette nouvelle nous donne à voir une réaction individuelle de soumission, Dongala met également en scène des personnages ancrés dans une posture résistante, comme dans la nouvelle « L’homme », récit d’une traque lancée contre l’assassin du Président du Congo-Brazzaville. Les femmes que l’on découvre dans « Une journée dans la vie d’Augustine Amaya » font preuve quant à elles d’une sorte de persévérance que l’âpreté de leur environnement rendrait presque absurde :

« Les vedettes arrivaient, accostaient, débarquaient des commerçantes qui criaient, hurlaient, se disputaient avec les douaniers. Ces derniers, maîtres absolus des lieux, empoignaient les commerçantes, les rudoyaient, aboyaient des ordres, n’hésitant pas à lever la chicotte quand elles ne s’exécutaient pas assez vite à leur gré ; ou alors, ils confisquaient les marchandises qu’ils ne rendaient que contre gratification. Mais ces femmes ne trouvaient rien d’anormal à ces bastonnades, à ces injures et outrages que les douaniers leur faisaient subir, car, depuis leur naissance, toutes les autorités, coloniales ou postcoloniales, rénovatrices ou rédemptrices, réactionnaires ou révolutionnaires, adeptes du socialisme bantou ou du socialisme marxiste-léniniste, toutes les avaient toujours traitées avec le même mépris ; et se figurer un monde où des citoyens et citoyennes seraient traitées avec un peu plus de dignité, de compassion et de compréhension était au-delà de leur imagination la plus folle. Et elles étaient là tous les jours, bousculées, étouffant sous le soleil, redoublant de vigilance chaque fois qu’un douanier ou autre personnage louche s’approchait trop de leurs marchandises. » (« Une journée dans la vie d’Augustine Amaya »).

 
« Mon métro fantôme » dépeint un autre type d’oppression, un autre type d’absurde que celui du totalitaro-communisme congolais : celui du système libéralo-capitaliste américain, du vide du quotidien alimenté par l’incitation au consumérisme. La nouvelle commence avec un personnage principal heureux de sortir du travail et de reprendre contact avec le soleil du dehors. Alors qu’il descend dans le métro cette bonne humeur s’efface. La nouvelle est alors ponctuée d’affiches impératives (« défense de cracher ») et publicitaires (« soyez sociable, prenez un coca »), qui rythment sa dégringolade morale.

Plusieurs occurrences de l’opposition « j’aime » / « je hais » surviennent. Commençant par dire qu’il « adore les New-Yorkais », le narrateur déclare quelques phrases plus loin, alors que les portes de la rame de métro s’ouvrent et que chacun joue des coudes pour y entrer, « Ces New-yorkais comme je les hais. Toujours lutter pour une place, pour sa place dans la vie. ». Cette contradiction donne à voir un monde dans lequel le droit de vivre ne s’obtient que si l’on se « fait une place ». On n’y existe et n’y survit économiquement qu’à cette condition, alors même que le système est organisé pour qu’il n’y ait pas de place pour tout le monde.

Outre cette forme d’injonction contradictoire, les alternances « j’aime » / « je hais » semblent revêtir l’avantage de rendre ses propres échecs supportables au narrateur (et peut-être à l’individu de manière générale) : j’aime les blondes, je tente d’en séduire une, elle m’éconduit, mais peu importe puisque je hais les blondes.

 Les travers racistes de la société américaines sont pour leur part dépeints dans la dernière nouvelle du recueil, « A Love Supreme », particulièrement au moment de la chute, tragique, abrupte, mais fine et subtile.
 
Ainsi le pays de la liberté est-il présenté comme oppressant, mais d’une autre manière que le régime congolais.


Réflexions sur la création

On ne saurait cependant réduire l’œuvre de Dongala à une série de dénonciations politiques. Il s’exprime clairement à ce sujet dans une interview réalisée en mars 2010 : « pour régler les comptes je n’écris pas un roman mais je publie des articles dans la presse, je le dis à la radio. Le travail d’un écrivain n’est pas celui du journaliste. » [3 ] .  L’œuvre de Dongala est empreinte d’une démarche artistique particulière, dont certaines caractéristiques sont perceptibles dans les deux dernières nouvelles du recueil.

L’alternance « j’aime » / « je hais » du « métro fantôme » sonne comme un écho à l’idée de l’artiste incompris, qui a soif de l’amour du public mais hait ce même public qui ne le reconnaît pas. Cette idée apparaît plus explicitement dans la dernière nouvelle, « A Love Supreme », lors d’une conversation entre Dongala et John Coltrane, jazzman saxophoniste américain :

« – Sans le public je ne suis rien car ma musique est une musique populaire. Je veux bien prendre en considération le goût du public si lui de son côté me laisse chercher ce qui me satisfait… Ah c’est bien difficile tout cela.

– Peut-être serait-il plus sage de jouer au public ce qui lui plaît, dis-je, et jouer ce qui vous plaît quand vous êtes seul ; après une séance, par exemple.

– Non, non ! dit-il vigoureusement. Ce serait hypocrite. Un musicien, un créateur doit donner ce qu’il ressent profondément, véritablement. – sa voix était devenue chaude, passionnée – il y a trop de faux dans ce monde, trop de frelaté. Les relations entre les hommes sont si fausses, l’argent gâche tout, la sincérité n’est pas conseillée pour qui veut devenir riche ou puissant ; alors il nous reste, du moins à moi, il me reste l’art, la musique. C’est la seule chose qui compte pour moi. Luttons au moins pour qu’elle reste pure. » (« A Love Supreme »).

Comme Coltrane avec la musique, Dongala formule dans ses oeuvres un discours politique réel, veillant à ne pas édulcorer son propos pour convenir. Il reste cependant soucieux de parler aux gens.

Cette nouvelle finale établit un pont entre le morceau « A Love Supreme » de Coltrane et la nouvelle « A Love Supreme » de Dongala : si j’écoute le morceau, j’accéderai à des clés de compréhension de la nouvelle. La lecture de la nouvelle m’invitera quant à elle « relire » différemment le morceau.

 

Camille, A.S. Bib-Méd.

[1] Marx, Karl. Adresse inaugurale et statuts de l’association internationale des travailleurs, 1864.

[2] Marx, Karl. Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1844

[3] L’interview complète est disponible à l’adresse suivante : http://littexpress.over-blog.net/article-dejeuner-litteraire-africain-aux-capucins-48565147.html

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA sur LITTEXPRESS

 

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 Article d'Eva sur Johnny chien méchant

 

 

 

 

 

 

 

 

dej litt1

 

 

 

Déjeuner littéraire africain

aux Capucins (mars 2010)

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 07:00

Ian-McEwan-Le-Reveur.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ian McEWAN
Le Rêveur
titre original : The Daydreamer
éd.originale Jonathan Cape, Londres, 1994
traduit de l'anglais par José Strawson
Gallimard jeunesse, folio junior, 1999
 illustration de Anthony Browne
 
 

 

 

 

 

 

 

 

Ian-McEwan.jpgQuelques mots sur l'auteur et ses œuvres
 
Ian Mc Ewan est un romancier, novelliste et scénariste anglais né le 21juin 1948 à Aldershot dans le Sud de l'Angleterre. Étant donné qu'il suit son père qui est militaire, il passera une grande partie de son enfance en Extrême-Orient, en Afrique du Nord et Allemagne. Il fait ses études à l'université de Sussex puis de East Anglia.
 
Il est membre de la Royal Society of Literature ( RSL), société regroupant les meilleurs hommes et femmes de lettres britanniques, de la Royal Society of Arts et de l'American Academy of Arts.
 
Il est considéré comme un des meilleurs auteurs britanniques de sa génération. Il reçoit de nombreux prix ; tout d’abord le prix Somerset Maugham en 1976 pour son premier recueil de nouvelles Premier Amour, dernier rite (First Love, Last Rites et In-Between the Sheets) présenté en France en un seul volume au lieu de deux. L'Enfant volé (The Child in the Time) publié en 1987 reçoit le prix Fémina étranger en 1993. Enfin, en 1998, il reçoit le Booker Prize pour Amsterdam qui est l'un de ses romans les plus connus aujourd'hui. Dans ses œuvres, il développe essentiellement les thèmes de la sexualité et des rapports entre les hommes et les Ian-McEwan-Expiation.pngfemmes, mais également le passage de l'innocence au crime, les désillusions, les obsessions, l'amour et la haine et enfin les enjeux spirituels et scientifiques de notre siècle.


Voir la liste complète de ses publications  ici. Reviens-moi.jpg

 

 

Il participe également à l'écriture du scénario de l'adaptation de son roman  Expiation (2001) par Joe Wright, avec Keira Knightley, Saoirse Ronan et James McAvoy (titre français : Reviens-moi).
 
Il vit actuellement à Londres.
 
 

 

 

 

Le Rêveur
 
Ce petit livre de littérature jeunesse est en rupture totale avec le reste de ses oeuvres. Il peut être considéré comme un recueil de sept nouvelles dont le personnage principal (Peter Fortune) serait toujours le même ou bien comme un petit roman dont chaque chapitre serait une de ses aventures, sans qu'il y ait un lien temporel ou narratif entre elles. L'auteur lui-même a choisi de les appeler chapitres plutôt que nouvelles.
 
Ce recueil est en rupture totale avec ses autres œuvres puisque destiné à un jeune public. Le personnage principal, Peter Fortune, 10 ans, est un rêveur incorrigible qui passe ses journées à rêvasser. À la maison, à l'école, dans le bus... partout, il s'imagine vivre des aventures fantastiques. Pendant ces moments-là son esprit est comme en dehors de son corps : «  À l'école, il lui arrivait souvent de laisser son corps assis à son pupitre pendant que son esprit partait vagabonder » Parmi ses différentes aventures on peut citer celle dans laquelle les poupées ( en grand nombre) de sa sœur cadette l'attaquent sous prétexte qu'on lui a donné une nouvelle chambre et pas à elles, ce qu'elles vivent comme une grande injustice, au point même qu'elles lui arrachent une jambe. Il y a également le moment où il fait disparaître toute sa famille grâce à une crème dite « évanescente » ou encore lorsqu'il vieillit en une nuit pour sortir le lendemain avec une étudiante de sa connaissance pendant les vacances. Nous pouvons citer aussi quelques phrases de l'aventure dont la quatrième de couverture est tirée et dont l'illustration de la première de couverture est représentative (Peter échange son corps avec celui de son chat Guillaume) :

« C'était la chose la plus étrange que de mettre pied hors de son propre corps, d'en sortir, purement et simplement, et de l'abandonner sur le tapis comme une chemise qu'on viendrait d'enlever. [...]Quelle merveille que de se déguiser en chat ! Ce n'était pas visqueux comme il imaginait être l'intérieur d'un corps ; il y faisait sec et chaud. Il se mit sur le dos et enfila les bras dans les pattes de devant de Guillaume. Puis il glissa tant bien que mal ses jambes dans les pattes de derrière. »
 
L’écriture de Ian Mc Ewan est donc, comme nous pouvons le voir, agréable à lire, fluide, et même si les formulations et mots compliqués sont évités étant donné que le livre se destine aux enfants, nous n'avons pas affaire à une écriture simpliste et avare en vocabulaire.
 
Mc Ewan déclare dans un interview à Gallimard qu'après avoir écrit chaque chapitre, il allait le raconter à ses enfants qui jouaient le rôle de critiques et dont il prenait en compte les avis et conseils. Il avoue également que Peter est en fait en quelque sorte ce qu'il était enfant, et que c'est cette créativité qui a nourri son imagination.
 
Pour conclure, je pense que même si ce livre est destiné en premier lieu aux enfants, il n'est pas pour autant interdit aux adultes ! Peut-être ne touchera-t-il pas les plus terre-à-terre mais il plaira sans nul doute aux rêveurs en tout genre, et/ou aux adultes qui n'ont pas encore totalement perdu leur esprit d'enfance. Une jolie découverte en ce qui me concerne.
 
 
Catherine, 1ère année Bib.-Méd.-Pat. 2010.

 

 

Ian McEWAN sur LITTEXPRESS

 

Ian McEwan Expiation

 

 

 

Article d'Hélène sur Expiation.

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 19:00

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Etgar Keret
Un homme sans tête et autres nouvelles

traduit de l'israélien

par Rosie Pinhas-Delpuech

Actes Sud, 2005

Babel, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Écrivain, scénariste de BD, cinéaste et acteur, Etgar Keret est né à Tel-Aviv en 1967. Il fait partie des auteurs les plus populaires en Israël.  Il commence à écrire en 1992, et son œuvre littéraire est principalement composée de nouvelles. En France, il est publié aux éditions Actes Sud. Véritable best-sellers dans son pays d’origine, ses romans, traduits en seize langues, ont été accueillis avec enthousiasme à l’échelle internationale. Certaines de ses nouvelles ont aussi été adaptées au cinéma et au théâtre. Lauréat de nombreux prix littéraires, il a également reçu les honneurs du ministère de la Culture Israélien. Il est actuellement conférencier au département du film à l’université de Tel Aviv. Puisant son inspiration dans les œuvres de Kafka, Etgar Keret transmet à travers ses récits courts et percutants sa vision de la société israélienne, refusant toute dimension politique.

 

Bibliographie de ses ouvrages traduits en français

—          KERET, Etgar. Pipelines, nouvelles. Actes Sud, 2008
—          KERET, Etgar. Pizzeria kamikaze. Actes Sud, 2008
—           KERET, Etgar. Un homme sans tête et autres nouvelles. Actes Sud, 2005
—          KERET, Etgar. Fou de cirque. Albin Michel, 2005
—           KERET, Etgar. Crise d’asthme.  Actes sud, 2002
—           KERET, Etgar. La colo de Kneller. Actes sud, 2001

 

 

Filmographie


Petits suicides entres amis, Le Sens de la vie pour 9,99$, Histoires de droits de l’Homme, Les MédusesA Buck’s Worth.
 

 Analyse de l’œuvre

Le titre est énigmatique et laisse perplexe : Un homme sans tête. Mais de qui parle-t-on ? On découvrira vite au cours des trente-quatre nouvelles qui constituent ce recueil que celui-ci s’adresse à tous. Vous, moi, nous, chacun trouve ici son portrait dessiné au travers de ces nouvelles quelquefois très brèves mais d’autant plus percutantes : naïveté enfantine et troublante lucidité.

Sur le thème de la déception et du mensonge, ce recueil qualifié de « doux-amer » (site Fnac) mélange une fantaisie dérangeante et une réalité impitoyable.  Avec un style contemporain et minimaliste comme à son habitude, Etgar Keret flirte avec le surréalisme, et c’est au travers de ces morceaux, anecdotes de la vie quotidienne, qu’il nous conte la société israélienne. Ayant découvert très jeune la cruauté du monde des adultes, il est inquiet pour le présent et le futur de son pays qu’il souhaiterait voir enfin en paix, une société israélienne instable qui remet en cause des questions simples telles que l’amitié, l’amour, la vie tout simplement. Chaque histoire nous procure une forte émotion, la délicatesse et la subtilité se mêlent avec la folie, et la naïveté enfantine avec une troublante lucidité.

Qu’ils soient grands ou petits, tous les personnages sont à la recherche du bonheur, et s’interrogent sur leur propre identité. Néanmoins, ils devront faire face à des difficultés sans issue : la méchanceté des uns envers les autres, la non-communication au sein des couples, des familles ou entre amis, la dureté du jugement social, les femmes et les hommes réduits à de simples objets de consommation sexuelle, etc. Le lecteur est rapidement emporté dans l’errance des personnages, de ces antihéros, la terreur et l’humour sont les maîtres mots.
 

Pour en savoir plus sur l’écriture d’Etgar Keret

«  Pourquoi avez-vous choisi la forme de la nouvelle ?

Etgar Keret : — Je crois plutôt que c’est la nouvelle qui m’a choisi. Je ne sais jamais à l’avance ce que je vais écrire. J’écris dans l’instant. Je veux être le premier lecteur de mes histoires. Je deviens alors très impatient. Je n’aime pas les détails insignifiants. Il faut vite que je sache ce qu’il va arriver. C’est comme être dans un bateau que l’on déleste pour avancer plus vite. Je n’aime pas le surplus. »

 

La suite de cet entretien sur  Evene.fr (Propos recueillis par Nadia Ali-Khodja et Mathieu Menossi)

 
Clémence.M., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 07:00

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KAWAKAMI Hiromi
Les Années douces
(Sensei no kaban)
traduit du japonais
par Elisabeth Setsugeru
Philippe Picquier, 2003
Picquier Poche, 2005






 

 

 

 

 

Kawami-Hiromi.jpgL'auteure

Kawakami Hiromi est née à Tōkyō le 1er avril 1958. Diplômée de l'école pour femmes Ochanomizu, elle a reçu plusieurs prix littéraires pour ses écrits dont le prix Akutagawa pour Hebi (w)o furu (Marcher sur un serpent) en 1996 et le prix Tanizaki pour Les Années douces (sensei no kaban ou La Sacoche du professeur) en 2001. Sa première nouvelle, Kamisama (Dieu) fut publiée en 1994 et lui a permis de lancer sa carrière d'auteure encore très en vogue aujourd'hui au Japon.
   

 

 

 

Sensei no kaban

On chercherait bien en vain dans ce livre de l'action palpitante ou des énigmes trépidantes. Les Années douces relatent l'histoire de Tsukiko, quadragénaire et célibataire endurcie, et sa relation ambiguë avec l'un de ses anciens professeurs au lycée, Matsumoto Harutsuna. La rencontre a lieu bien des années plus tard, dans un petit troquet près de la gare et Tsukiko a bien du mal à se souvenir de cet homme dont les cours de littérature ne l'intéressaient guère. Le passé remonte alors tranquillement dans leur conversation autour d'une bouteille de saké.

Par la suite, Tsukiko et « le maître », comme elle tend à l'appeler le plus souvent, se retrouvent régulièrement dans ce petit bar en compagnie du tenancier, puis au marché, puis s'instaure une relation amicale entre eux, un lien ténu qui pourtant ne cesse de grandir durant ces quelques échanges, ce temps passé ensemble.

Le livre est bâti sur une succession de petites vignettes, des instants de vie sans réelle importance, si ce n'est le souvenir. Ils forment la porte qui nous permet de comprendre comment, au bout de tant de temps, une relation plus sérieuse a pu s'installee entre Tsukiko et « le maître ». Le ton du texte est léger, détendu, presque nostalgique pendant que l'on observe en silence les errances des deux protagonistes. On en vient même à trouver naturel de les voir si liés, ensemble, presque par hasard.

De plus, ces pages de vie nous permettent également d'avoir un aperçu de la culture japonaise, et des différence entre les générations, notamment avec les manières de servir le thé, les petits rites du voyage ou même les habitudes de vie.

Ce n'est pas l'un des meilleur livres que j'aie lus jusque là, mais il y avait dans l'écriture un sentiment de paix sereine et tranquille qui semblait dire : « ce n'est pas grave si tu ne me li pas vite, prends ton temps et découvre ». Cette impression, je l'ai retrouvée dans un ou deux autres livres d'auteurs asiatiques avec cette manière de laisser les choses se faire, s'installer, et de décrire les plus petites scènes, parfois d'une banalité affligeante. Mais c'est cette banalité qui en fait tout la richesse, car la puissance de la vie ne s'exprime pas par ce qu'elle est en tout exceptionnelle et mouvementée, mais dans la manière dont on se souvient de ces petits instants de bonheur perdus dans le temps. L'instant éphémère est très présent dans les cultures asiatiques qui ont appris à le chérir, en particulier lors des si célèbres Ō-hanami (grande vision des fleurs), fêtes, ou tout simplement retrouvailles, dans des parcs pour admirer des cerisiers en fleurs, puisque cette floraison ne dure en général que très peu de temps.


Bibliographie

 

Site Picquier

 

Shunkin.net

 

 Wikipedia

 

 

Marine, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

Shoten

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 19:00

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TANIZAKI Jun.ichirô
Journal d'un vieux fou
Titre original : Fûten Rôjin Nikki
Traduit du japonais par Cécile Sakai
Editions Gallimard, 1998.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Héritier d'une lignée de riches commerçants, Junichirô Tanizaki doit sa vocation pour l'écriture à sa rencontre en 1910 avec un enseignant féru de belles lettres et de pensée bouddhique. Sa fascination  pour la culture occidentale et la Chine exotique influencera ses premiers écrits : une pièce de théâtre, Naissance, suivie de Le Tatouage, Les Jeunes Garçons et Tourbillon.

Frappés par la censure, les premiers textes de Jun.ichiro Tanizaki annoncent déjà les thèmes  provocateurs qui alimenteront toute son oeuvre : le désir sexuel, la domination, le fétichisme...

Son déménagement pour Kyôto en 1923 suite au séisme de Tôkyô marquera la fin de cette première période littéraire. Désormais, son oeuvre va prendre un nouveau tournant. L'auteur confrontera  la culture du vieux Japon à sa veine moderniste scandaleuse. Jusqu'à sa mort, son écriture va être alimentée par son obsession toujours plus grande pour la provocation et la perversion. Ce plaisir atteint son paroxysme dans son dernier ouvrage : le Journal d'un vieux fou.  Il utilisera l'illusion comme axe central à la fois dans le fond et dans la forme de ses oeuvres.

En jouant sur la frontière entre réel et imaginaire, comment Tanizaki réussit-il à se révéler à travers le personnage du grand-père ? Comment arrive-t-il à faire illusion et persuader le lecteur qu’il s'agit d'une oeuvre autobiographique ?

On s'intéressera dans un premier temps aux caractéristiques de l'écriture de soi dans l'oeuvre. Ce qui nous permettra dans une deuxième partie de mettre en lumière l'image du « vieux fou ». Enfin, on se penchera sur la relation sulfureuse que le grand-père entretient avec sa belle-fille.

 

 

L'écriture de soi

Âgé de 76 ans, le narrateur tient un journal intime dans lequel il évoque sa vie quotidienne. Stimulé par son imaginaire, le vieil homme décide de poser sur le papier les événements les plus exaltants de sa fin de vie. Soumis à une souffrance physique récurrente et lancinante, le narrateur n'hésite pas à donner les détails de sa maladie : « la névralgie à ma main gauche me fait davantage souffrir, et ma peau est de plus en plus engourdie » (p.13).

Le narrateur réussit à persuader le lecteur qu'il s'agit d'un témoignage vrai. Cette dimension authentique du récit, se retrouve dans le projet littéraire énoncé par le vieil homme :  « J’écris un journal parce que je m’intéresse à l’acte d’écrire. Je n’ai pas pour but de le faire lire. » (p.48).


Le récit est donc un objet d'exhibition qui plonge le lecteur au coeur des fantasmes frustrés du vieil homme.


L'image du «  vieux fou »

Comédien et capricieux, le grand-père trompe son entourage avec délectation en contrariant particulièrement sa femme à toute occasion. Loin d'être sage à son âge avancé, il se définit lui-même comme un « vieux fou » :

« Puisque fou j'étais, advienne que pourra, me dis-je, et c'est alors – et malencontreusement – que, subitement, je recouvrai mes esprits, prenant peur devant cette folie qui me guettait. Dès lors et d'évidence, je me mis à jouer la comédie, imitant délibérément les manières d'un enfant gâté et capricieux » (p.138).

 À l’approche de la mort, il relate avec émotion sa jeunesse et projette en toile de fond l'univers du vieux Japon : « Les femmes de l'Ère Meiji, belles ou pas, déambulaient ainsi, exactement comme des oies » (p.102).

Animé par les petites cruautés quotidiennes, le grand-père est un homme cynique qui éprouve un penchant prononcé pour les individus mauvais :

« Par un fait curieux, même quand je souffre, j'éprouve du désir sexuel. Ou plus exactement, mon désir est plus fort quand je souffre. Autrement dit encore, je suis davantage séduit, attiré par les personnes de l'autre sexe qui acceptent de me faire du mal. On peut, si l'on veut, parler de tendance masochiste. Je n'ai pas le souvenir d'avoir eu ce goût dans ma jeunesse, mais j'en suis arrivé là au fil de ma vieillesse » (p.37).

 

 

La relation du grand-père et de sa belle-fille

Stimulé par ce plaisir sensuel de la souffrance, il tombe amoureux de sa belle-fille, Satsuko, danseuse de music-hall. Consciente de l'affection qu'elle suscite chez le vieil homme, elle profite de sa faiblesse pour obtenir de nombreux présents onéreux :

« Voilà qu'envoûté par le charme de ma belle-fille, je m'étais délesté de trois millions de yens pour lui offrir un oeil-de-chat en échange du droit de petting » (p.101).

En contrepartie, elle éveille les pulsions fétichistes du grand-père en ne lui accordant que de maigres faveurs. La jeune fille vénale fait preuve d'une cruauté malsaine en jouant avec les sentiments du vieil homme frustré.

Rattrapé inéluctablement par sa mauvaise santé et son impuissance, le grand-père tente d'éloigner l'idée de la mort par ses  pensées érotiques. Mais plus son impuissance physique grandit, plus le vieil homme fantasme et sombre dans la folie obsessionnelles des pieds :

« Au départ, j'avais l'intention de cacher à Satsuko la raison pour laquelle je voulais estamper son pied […] mon projet de faire graver son empreinte sous le pied d'un Bouddha en pierre, de me faire enterrer dessous, et d'en faire ainsi la tombe du nommé Utsugi Tokusuke » (p.189).


Analyse

À cheval entre le monde imaginaire et le réel, Jun.ichiro Tanizaki réussit à créer l'illusion d'une autobiographie. Il se révèle, éprouve du plaisir à se raconter et à raconter la nature humaine sur laquelle il ne porte aucun jugement moralisateur ou religieux. Tel un observateur détaché, il s'attache uniquement à décrire les vices psychologiques humains construits autour de deux thèmes centraux : la séduction et la menace de mort (relation sadomasochiste entre le vieil homme et Satsuko). Ces vices ne font pas partie du monde de l'irréel, ils sont présentés comme des facettes de la nature humaine. 

C'est à travers cette veine moderniste que Tanizaki s'inscrit en rupture avec la mentalité des Japonais de son époque. Le mal triomphe face au bien, les rapports de domination s'inversent. Avec une sensibilité particulière, Tanizaki joue finement avec les modèles établis, avec le lecteur, avec lui-même.

 

 

L'écriture 

En écho avec le Tatouage et La Clef, le Journal d'un vieux fou expose l'univers singulier et percutant d'un auteur controversé ne laissant aucun lecteur indifférent.

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Adaptation cinématographique

de Journal d'un vieux fou.

 

Titre original : Diary of a Mad Old Man , 1987.

 

 

 

 

 

 

 

Lara Richard, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Eloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 07:30

Tanizaki-le_chat_son_maitre_et_ses_deux_maitresses.jpg

 

Fiches de Justine et de Perrine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIZAKI  Jun.ichirô
Le chat, son maître et ses deux maîtresses
titre original: Neko to Shozo to futuari no onna
traduit du japonais
par Cécile Sakai et Jean-Jacques Tschudin.
Gallimard, collection Folio, 1994

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Tanizaki.jpgL’auteur

Jun.ichirô Tanizaki ( 1886-1965) est un auteur japonais très apprécié en Europe.


Originaire d'une famille de riches marchands, il étudie la littérature japonaise à l’université de Tokyo. Suite à la reprise de l’affaire familiale par son père, un homme faible de caractère et peu attentif aux évolutions de la société japonaise, l’entreprise fait faillite, en 1910. Sa famille se retrouve obligée de réduire son niveau de vie, et lui demande d’arrêter ses études.

C’est cette même année que va réellement démarrer la carrière d’écrivain dont Tanizaki rêvait depuis plusieurs années. Il publie dans la revue Shinshichô, créée avec des amis, une nouvelle sur une jeune courtisane tatouée d’une araignée : Le Tatouage. Cette nouvelle fait partie du recueil Neuf nouvelles japonaises.

Le scandale qui va naître autour de ce texte va être à l’origine d’un énorme succès. Tanizaki, soucieux de dévoiler les passions humaines qu’il voit comme naturelles chez l’Homme, suscitera bien d’autres scandales. La morale spirituelle ou religieuse n’est pas un obstacle à son inspiration. La surveillance et la censure de ses écrits par les autorités, vont être fréquentes.

Ses œuvres mettent en valeurs des traits de caractère considérés comme des vices. Il aborde les questions du désir, de la haine, de l’attachement, de la paresse, de la suspicion… ainsi que des sujets controversés comme l’homosexualité, le fétichisme, l’érotisme ou la libération de la femme.

Sa passion et son admiration pour la culture occidentale sont visibles dans ses œuvres. Mais, comme beaucoup d’auteurs de sa génération, il hésite entre la modernité occidentale et les traditions de son pays.
 

L’œuvre
 
Dans le recueil de nouvelles, Le chat, son maître et ses deux maîtresses , Tanizaki, montre toute la subtilité de son écriture et nous entraîne dans les passions, les peurs de ses personnages.

Dans la première nouvelle, éponyme, le chat est le personnage central. Un animal souvent source d’inspiration pour la littérature japonaise.

L’histoire est donc centrée sur la chatte Lily, animal adorée par son maître Shozo, plus qu’il ne faudrait. La nouvelle épouse et l’ex-femme de ce dernier vont tout faire pour que le lien d’amitié qui unit l’homme et le chat se brise.

Son ex-femme, Shinako jalouse et humiliée par son divorce, va vouloir accueillir cet animal. Un chat qu’elle n’a jamais apprécié. Mais elle espère ainsi pouvoir récupérer son mari, ou au moins le faire souffrir.

Sa femme, Fukuko, va, sur les arguments de Shinako, réaliser que son mari accorde une importance démesurée à son chat. Pour garder la première place dans le cœur de Shozo, elle lui demande de céder Lily à sa rivale Shinako. Shozo, sous la contrainte, cède.

Mais, déprimé et inquiet, il va alors tout faire pour retrouver son chat. Il tente d’échapper à la surveillance de sa femme jalouse et incompréhensive, pour aller récupérer Lily chez son ex-femme. Le chat de son côté va également souffrir de cette séparation et, désorienté, va essayer de s’enfuir de chez sa nouvelle maîtresse.
La chute inattendue, ou prévisible pour certains, montre que l’animal ne se soucie pas au fond des passions humaines.

 
 
L’œuvre de Tanizaki aborde la jalousie et l’obsession sous un angle léger et humoristique, équilibré d’une touche d’émotion. Un récit très agréable à lire.
On retrouve dans cette nouvelle des personnages attachants guidés par leur jalousie et leurs sentiments .
 
Tout d’abord Shozo, un personnage passif, « un homme paresseux, inapte au travail, lourdaud ». Un homme naïf , qui ne s’affirme pas. On peut voir ici l’image que se fait Tanizaki de l‘homme, un reflet de l‘image paternelle qu‘il a connue.

Shozo est très attaché à son chat. De façon excessive. Il en perd le sens des priorités (maritales, familiales…). Il est posé en victime tout au long du récit. On lui enlève ce qu’il a de plus cher. Il ne réagit presque pas, se laisse faire. Mais il va beaucoup souffrir du départ de Lily. L’affection forte qu’il a pour son chat peut paraître excessive, mais pour un homme très peu considéré par son entourage, il est sûrement normal de trouver dans un chat, un ami, une relation à laquelle se rattacher. En effet, Shozo n’est pas entouré des personnes les plus bienveillantes. Les femmes de son entourage dominent sa vie, décident pour lui.

Son ex-femme, Shinako, jalouse et désireuse de se venger. Sa femme, peu préoccupée par les sentiments de son mari, souhaite juste être la première à ses yeux.

Sa mère, trop protectrice et soucieuse de l’image et de la richesse familiales, impose ses choix à son fils. Elle est la cause du premier divorce de Shozo, pour la raison qu’elle ne supportait plus sa belle-fille. Elle choisit également sa nouvelle femme. Ce qui se révèle, d’ailleurs, ne pas être un choix judicieux.
 
La dernière femme à être très présente dans la vie de Shozo, celle qui occupe tous les esprits, la cause de toutes les jalousies et les tristesses, Lily, la chatte. Elle est très humanisée dans la nouvelle, par les sentiments qu’elle semble ressentir et ceux que Shozo lui accorde. Mais son instinct animal a le dernier mot. Entre son maître et ses deux maîtresses, le choix ne se pose pas, seule lui importe une vie paisible.


Justine Genois, 1ère année édition/librairie.

 

 

 

 


 

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     Fiche de Perrine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Un auteur de génie controversé

 

Romancier japonais issu d’une riche famille marchande de Tōkyō, Jun.ichirō Tanizaki est né à Tōkyō le 24 Juillet 1886 et meurt le 30 Juillet 1965. Provocateur, il aura déconcerté la critique tout au long de sa vie et provoqué les foudres de la censure jugeant ses œuvres « immorales ». On l’a d’ailleurs entre autres qualifié de diabolique, charlatan, pervers sexuel, masochiste et esthète décadent… Il est vrai qu’il aimait multiplier sciemment les provocations au grand dam de ses contemporains. À ce sujet la critique s’interrogera et essayera de comprendre ses motivations : est-il sincère ou ne fait-il que jouer les dandies pour avoir trop lu Baudelaire ? Aussi n’est-ce qu’après sa mort, lorsque les remous de ses frasques se sont calmés, qu’on lui a véritablement collé l’étiquette de « classique » qu’il conservera par ailleurs dans l’histoire de son pays.

 

 

(Photo de l’auteur datant des débuts de sa carrière en 1913)

 

Né à Tōkyō, il vécut une enfance insouciante au sein d’une famille bourgeoise avant d’entamer de brillantes études le menant en 1908 à la prestigieuse Université Impériale (aujourd’hui Université de Tōkyō). Ses débuts furent difficiles et en septembre 1910 il dut interrompre ses études lorsque son père ruina l’entreprise durement construite par son grand-père (Kyūemon Tanizaki). Cette même année, il fit une entrée fracassante dans le monde des lettres en publiant dans une revue (qu’il venait de créer avec des amis) une nouvelle scandaleuse : Le Tatouage. Ses débuts seront salués par Nagai Kafû, chef de file des naturalistes, et l’illustre médecin-romancier, Mori Ogai. Son style nerveux et concis, le cynisme cruel dont il fait preuve dans ce conte sont en totale opposition avec le néoromantisme et le naturalisme à la mode au début du siècle et donnent le ton pour la suite de sa carrière.

Cette nouvelle fut suivie par beaucoup d’autres réunies dans divers recueils. On sait aussi de lui qu’il écrivit quelques pièces de théâtre, s’essaya au jeune cinéma et à la traduction.

Parmi les faits marquants de sa vie, il est à noter qu’il s’est une première fois marié en mai 1915 à l'âge de vingt-huit ans avec Chiyo Ishikawa, une geisha âgée de dix-neuf ans. De ce mariage naîtra une fille en mars 1916. Très vite il se rend compte que la personnalité de son épouse ne lui convient pas et qu’il ne supporte pas son enfant. Suite à plusieurs démêlés sentimentaux dus à un quatuor amoureux, il fait publier en 1930 l’annonce de « la cession de l’épouse de Tanizaki » à Haruo Satō, non sans polémiques.

 En 1923, Tanizaki survécut au tremblement de terre qui ravagea la région de Tōkyō. Cet événement lui permit de voyager et d’en apprendre davantage sur les coutumes de la région de Kyōto-Ōsaka-Kōbe qui enrichirent ses œuvres de manière appréciable.

Il se remarie en 1931 et divorce en 1935 de Tomiko Furukawa, une jeune journaliste de vingt-quatre ans. Puis épouse en troisièmes noces Morita Matsuko la même année. Il exprimera dans un essai les satisfactions psychologiques et physiques que lui procure cette nouvelle vie conjugale.

En 1936, Tanizaki publie Le Chat, son maître et ses deux maîtresses (Neko to Shōzō to futari no onna).

A cinquante-sept ans il se lance dans la traduction de Genji monogatari (le Dit du Genji) qu’il publiera en 1939-1941 et sera censuré. Loin de se calmer avec l’âge, Tanizaki renoue avec ses fantasmes profonds, il publie ainsi une série d’œuvres défrayant la chronique dont le célèbre Kagi en1956 (ou La Clef aussi traduit La Confession impudique) où il traite sans détours du problème du désir sexuel dans un couple. L’opinion publique réagit vivement, en s’interrogeant et en se demandant si c’est une simple œuvre pornographique.

Son état de santé s’aggrave après 1960. A partir de ce moment, on retrouvera dans ses œuvres  son désir de se libérer de sa souffrance physique  et son obsession de la mort en particulier dans le  Journal d’un vieux fou (1961). Dans ses derniers essais, Jun.ichirō Tanizaki se souviendra de sa préférence pour la fiction romanesque plutôt que pour le récit autobiographique, avec cette célèbre formule : « Je ne m’intéresse qu’aux mensonges ».

Il s’éteint le 30 Juin 1965, laissant une œuvre considérée par tous comme l’une des plus importantes du XXe siècle japonais.

 


Bibliographie

 

Le Dictionnaire des auteurs, Robert Laffont (1989) p449-452. Ainsi que l’article de Wikipedia .

 

 

 

Résumé

Le chat, son maître et ses deux maîtresses (ou Neko to Shōzō  to futari no onna) peut être considéré comme un « brillant divertissement » nous narrant l’histoire d’un étrange triangle amoureux où le chat devient otage et objet de manipulation. L’histoire commence par une lettre de Shinako à Fukuko. Cette dernière est la nouvelle femme de l’ex-mari de Shinako, Shōzō. Dans cette lettre, la première femme demande à la seconde de lui céder la chatte de Shōzō, Lily. Elle tente ainsi de convaincre Fukuko en lui parlant de son « attachement » pour Lily et en partageant ses craintes avec elle. En effet Shōzō aime démesurément cette chatte, aussi Shinako est-elle préoccupée par l’incidence que cela pourrait avoir sur le tout jeune ménage. Cela n’étant bien sûr qu’un prétexte de la part de Shinako dont l’intention est d’attirer son ex-mari dans ses filets et de semer la discorde dans le nouveau couple. Nous suivrons donc à travers cette nouvelle l’évolution des personnages et de leurs sentiments suite à la « passation » de la chatte…


L’oeuvre


Étude des personnages et de leurs relations complexes

Bien que cela puisse sembler paradoxal, il me semble évident de commencer par celle qui est selon moi le personnage principal : Lily. Après tout, le titre de l’œuvre est Le chat, son maître et ses deux maîtresses. Le chat, c'est-à-dire Lily, est donc placé en première place avant même que l’on ait lu l’ouvrage. De même, au fil de la lecture, on commence progressivement à se demander si cette jolie petite chatte écaille de tortue, n’est pas finalement la véritable « maîtresse de Shōzō ». En effet, la manière qu’il a de déifier chacun de ses gestes, l’émotion à l’évocation de leurs souvenirs communs, leurs jeux secrets presque sensuels, le fait qu’il fasse cuisiner des « chinchards marinés » à sa femme pour ensuite les lui donner traduisent la profondeur de son affection pour elle. Après tout il l’aurait lui-même dit à Shinako : « Nous, on peut bien se séparer, mais je ne pourrais jamais me séparer de la chatte ».

Ce qui est intéressant aussi, c’est de voir l’évolution des sentiments des deux « maîtresses » vis-à-vis de Lily. D’après Fukuko, les critiques de Shinako sur la relation de son mari avec le chat lui ont permis de gagner le cœur de Shōzō. En effet, qu’y a-t-il de plus ridicule que de jalouser une chatte ? En outre, autant Lily fut pour la première épouse cause de souffrance (lorsque son mari les laissait seules toutes deux à la maison pour aller voir sa maîtresse), autant pour la seconde épouse elle est une chance de se faire bien voir de l’homme qu’elle convoitait. Mais et Lily dans tout ça ? Je dirais qu’elle est autant victime de Shōzō que ces deux femmes car après tout, elle sera lâchement cédée par son « maître » pour ménager la jalousie de sa jeune épouse fortunée. Pourtant, dans les premiers temps de son exil chez Shinako, elle lui restera fidèle, refusant de manger et tentant de s’enfuir, mais finissant par adopter la même attitude que sa nouvelle maîtresse : la résignation. Au final, on peut se demander si elle n’est pas la seule à pouvoir réellement obtenir vengeance, car lorsque Shōzō n’y tenant plus finira par céder en allant la voir chez Shinako, Lily ne daignera même pas le saluer et le boudera.

Le choix de l’auteur quant au fait de prendre un chat comme lien entre les personnages est par ailleurs assez intéressant. Nous savons que Tanizaki aimait profondément ces animaux et qu’il avait décidé de leur consacrer un ouvrage avant sa mort. Mais est-ce si étonnant ? Cet animal est en effet très aimé des Japonais qui le voient dans certains cas comme un symbole de chance ou au contraire de malheur. D’ailleurs le comportement de Lily n’est pas sans rappeler celui du bakeneko (monstre-chat) du folklore japonais, dont elle possède certains des attributs : une dizaine d’années et une longue queue. Selon certaines légendes ce  Yōkai (ou démon) aurait des attitudes humaines et pourrait, dans certain cas, dévorer sa maîtresse et en prendre sa place. Or Lily est plus importante dans le cœur de son maître que ses femmes. On peut donc dire que d’une certaine façon, elle a pris la place de la « maîtresse ».

Néanmoins, il est peu probable que Tanizaki ait pris cette légende comme source d’inspiration. En effet, le Japon du début du siècle se passionne plus pour la littérature étrangère que pour ses propres légendes. Il est donc plus raisonnable de penser que l’auteur se soit inspiré de la nouvelle Le Chat noir, d’Edgar Allan Poe dont on sait que Tanizaki aimait les ouvrages. Cette histoire, nous narre la vengeance d’un chat envers son ancien maître et bourreau qui l’a tué sur un coup de folie. Il n’est donc pas exclu au vu des points communs avec la nouvelle de Tanizaki que ce dernier s’en soit inspiré.


Si on se réfère au titre, c’est ensuite par le « maître » ou Shōzō qu’il faut poursuivre.


Ce dernier est décrit comme un bon vivant, une sorte de grand gamin uniquement doué en cuisine et qui se repose sur sa mère, O-Rin, avec qui il tient le commerce familial. Son air enfantin fait qu’on lui passe facilement ses caprices et compense son manque de charme par un certain charisme. Shōzō a, dans sa jeunesse, commencé plusieurs apprentissages abandonnés en cours de route et c’est durant l’un deux qu’il a ramené Lily. Il a épousé en premières noces une servante, Shinako, et en seconde Fukuko, la riche fille de son oncle et par conséquent sa cousine. Il n’est pas décrit comme une personne très fine mais plus comme un homme manquant d’autorité face aux femmes de sa maison et facilement influençable. Ce qui n’est pas sans rappeler le propre père de l’auteur qui, rappelons-le, a causé la faillite de l’entreprise familiale, et dont l’auteur parlait comme d’un homme faible de caractère et ayant du mal à s’imposer. De plus Shōzō doit à sa propre inconstance et aux manigances de sa mère (et du frère de celle-ci) sa relation avec sa cousine, elle-même n’était pas non plus étrangère aux manigances des deux aînés pour évincer la première épouse. Il est aussi à noter dans le choix du nom une certaine ironie de l’auteur : en effet Shōzō peut signifier selon le sens que l’on choisit pour le caractère Shō, « celui qui fabrique », soit de la « stabilité » ou « platitude » soit de la « solennité ».
 
Ensuite viennent les deux « maîtresses ».

La première épouse, Shinako, est d’après la signification de son nom la « femme marchandise de qualité ». Cette dernière s’est en effet donnée corps et âme dans le commerce de son mari allant jusqu’à vendre ses biens pour mieux l’aider, supportant toute les brimades de sa belle-mère sans sourciller et finissant par se retirer sans faire de scandale lorsque son mari la remplaça par Fukuko. Pourtant, au début du roman, la manière dont elle est décrite nous laisse penser qu’elle est une personne méprisable. Impression renforcée par sa lettre où les propos mielleux qu’elle tient dans le but de cacher le venin du doute qu’elle cherche à instiller dans l’esprit de sa rivale nous laissent imaginer une femme aigrie et médisante, une vraie vipère. Jugement qui sera renforcé par le comportement qu’elle adoptera vis-à-vis de Lily dans un premier temps, en cherchant à se faire aimer d’elle pour mieux l’utiliser. Mais progressivement, il va y avoir un changement d’attitude chez elle, et elle va peu à peu abandonner sa vengeance pour une relation plus proche de celle qu’entretenait Shōzō avec Lily. Cette dernière devient rapidement son seul compagnon d’infortune dans l’exil qu’elle subit. Au final, on découvre un nouveau visage de Shinako, celui d’une femme aimante cherchant juste à retrouver l’homme qu’elle aime et dont on l’a séparée. Shinako va se sacrifier pour pouvoir offrir à Lily le même confort dont elle jouissait chez son maître car elle représente son dernier lien avec son amour. Et finalement dans leur exil elles finiront par se consoler mutuellement et entretenir un lien qu’elles n’auraient peut être jamais entretenu si Fukuko n’avait pas été chassée par son mari.

Puis vient la deuxième épouse, Fukuko, qui est la femme du « bonheur ». Cette dernière s’est très vite adaptée à la vie qu’elle mène avec son mari car sa belle-mère étant sa tante elle n’a pas eu à faire « des manières » avec elle. Fukuko est issue d’une famille riche et a suivi un véritable enseignement, contrairement à sa rivale. Mais ses frasques de jeunesse ont terni sa réputation, aussi son père et sa future belle mère décidèrent-ils de manigancer un complot contre Shinako, satisfaisant ainsi leurs désirs respectifs : marier une fille dont on ne savait que faire et se débarrasser d’une bru que l’on détestait. Au début du roman, Fukuko nous apparaît comme une femme, sinon parfaite, du moins meilleure que Shinako. Cependant, on la découvre peu à peu manipulatrice. Elle a ainsi manigancé avec ses parents et a fait semblant d’affectionner Lily pour dévaloriser Shinako et prendre sa place. Puis elle torture verbalement et physiquement son mari à coup de griffes durant la nuit pour lui faire céder la chatte à Shinako et du même coup se débarrasser de l’animal qu’elle juge maintenant nuisible à son couple. De même, elle est capricieuse et ne s’investit que peu dans le ménage, laissant les corvées à sa belle-mère et jouissant de la rente ou plutôt de l’« argent de poche » qu’elle reçoit de son père. L’exemple le plus flagrant et dégoûtant étant lorsque Shōzō montre à sa mère les linges maculés de sang de sa femme qui les cache dans un coin de la chambre conjugale pour ne pas avoir à les laver et qui en rachète au fur et à mesure. Au final, tout cela se retournera contre elle, car lorsque son mari va rendre secrètement visite à Lily, étant elle-même manipulatrice, elle va penser que c’est la « maîtresse » qu’il va voir et non le chat, se mettant ainsi dans une rage folle qui fera fuir Shōzō. Mais, a-t-elle vraiment tort ? Car après tout, cette obsession et cet amour proche de la passion qu’éprouve son mari pour cet animal, nous font douter de l’identité de sa véritable « maîtresse ». Ainsi Tanizaki avec l’exemple de Fukuko illustre le principe de « l’arroseur arrosé ».


Analyse personnelle et impressions de lecture.

D’après mes propres impressions, je dirais que la nouvelle qui pourrait presque être qualifiée de court roman – au vu de sa longueur  – est intéressante par l’évolution de ses personnages. Ainsi, par l’écriture, l’auteur nous permet d’entrer dans la psyché de ses personnages et de comprendre leurs sentiments et comportements. C’est l’évolution de Fukuko qui m’a notamment le plus fascinée. Voir la dignité de cette femme qui petit à petit va s’attacher à cette chatte qu’elle détestait pourtant et finir par retrouver, grâce à elle, une certaine stabilité est selon moi magnifique. Le personnage de Lily en lui-même ou plutôt l’influence qu’elle a sur son entourage est par ailleurs tout aussi intéressant. Quand à Shōzō et à sa nouvelle femme, ces derniers ne m’ont inspiré que mépris, bien que comprendre leurs raisonnements et idées m’aient parfois fait sourire et amusée. Tanizaki fait pour moi preuve d’un véritable talent et mérite bien son surnom de « génie », il a ainsi su nous dépeindre ce triangle ou plutôt quatuor amoureux (si on compte Lily) avec brio. En effet, il n’y a selon moi rien de plus banal que ce genre d’histoire amoureuse, mais la manière dont il nous en parle la rend intéressante et ô combien « divertissante » pour reprendre le dos de la jaquette du livre. À travers les pensées des personnages, il a su les rendre vivants à nos yeux et l’habileté dont il fait preuve n’est peut-être pas étrangère à sa propre expérience personnelle. Car je tiens à rappeler que son deuxième mariage s’est fini en quatuor amoureux entre lui, sa belle-sœur (la cadette de son épouse), sa femme et l’amant de cette dernière.

Néanmoins, entrer dans l’œuvre est assez difficile dans un premier temps, car la lettre de Fukuko par laquelle commence le livre est tellement enrobée de phrases doucereuses, que le style en paraît lent et ennuyeux. De plus, l’auteur a, si j’ose dire, la manie d’enchâsser au milieu du récit de longs paragraphes de retour en arrière sur l’histoire et les événements (qui ont conduit les personnages au point où ils en sont). Ce qui a tendance à désorienter un peu le lecteur et parfois même à l’agacer. Mais cela ne m’a personnellement pas gênée ; au contraire, cela empêche la monotonie de s’installer et ne motive que davantage pour connaître la fin de l’histoire. Ce qui est, selon moi, le plus appréciable dans une œuvre, car le lecteur n’aime pas être ennuyé.

Perrine, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

 

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

 

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 Article d'Hélène sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Eloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 


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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 19:00

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Jørn RIEL
Le Naufrage de la Vesle Mari et autres racontars
traduit du danois
par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet
éditions Gaïa, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Jørn Riel est un écrivain danois né en 1931. Il s’engage en 1950 pour une expédition dans le Groënland. Il trouvera là-bas une source d’inspiration pour ses livres et y restera seize ans.

Jorn Riel vit aujourd’hui en Malaisie, « histoire de décongeler », dit-il.


Le dépaysement

Une des clés de son succès : le lecteur est totalement immergé dans un univers glacial, masculin et rude. Univers totalement inconnu qui peut au début rebuter : la chasse au phoque, le bain annuel et le tannage des peaux ne sont pas des sujets qui accrochent vraiment au départ. Puis peu à peu on se fait à ce quotidien, les aventures s’enchaînent, le paysage reste le même mais les personnages varient sauf quelques irréductibles qui persistent.

Le dépaysement est un peu la signature de Jørn Riel peut-être même plus que son style d’écriture. Il faut savoir qu’avant Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars il y a neuf autres volumes. Tous se passent dans le Groënland, avec des personnages récurrents.

Dans certains volumes, il y a de nombreux termes et expressions laissés dans la langue originale et donc mis en italique. Cela gêne la lecture et peut même décourager le lecteur. Dans cette œuvre, en revanche, très peu de mots sont en italique et quand ils le sont ils sont expliqués, un peu comme si c’était un mode d’emploi et de découverte du Groënland.


L’humour

Un humour burlesque et décalé : la mort de Museau, dans la première nouvelle, est franchement déroutante. Il meurt en effet après avoir pris son bain annuel dans un lac gelé et, pour se réchauffer, s’être brûlé le postérieur sur un feu. L’humour est présent tout au long des nouvelles, même lors des enterrements. Le style de l’auteur est également cocasse, avec des comparaisons ou des métaphores qui font toujours sourire.

Parfois l’auteur se joue de nous, c’est comme s’il nous testait pour voir jusqu’où le lecteur est prêt à le suivre. Il profite du fait que le Groënland est un pays méconnu pour nous faire croire ce qu’il veut.


L’œuvre

L’histoire entière serait trop longue à présenter mais le fil conducteur de ce volume est la fin de l’aventure au Groënland. En effet, un bureaucrate a décidé de mettre fin à la chasse aux phoques et les personnages doivent donc soit se recycler dans un autre métier sur la banquise, soit retourner au Danemark pour trouver autre chose.
Le temps dans les nouvelles varie ; parfois elles se chevauchent, parfois non.


Bjorken

Cette nouvelle raconte un duel entre deux personnages, Olsen et Bjorken. Olsen est le capitaine de la Vesle Mari. Il doit emmener Bjorken au Danemark mais celui-ci aurait préféré rejoindre son élève resté au Groënland. Bjorken tente alors de saboter la Vesle Mari. Il y arrive avec l’aide de mère nature et des glaciers. En contrepartie, Olsen soustrait les précieuses peaux d’ours de Bjorken.  Cette nouvelle se déroule donc pendant le naufrage lent et désespéré de la Vesle Mari tout près des côtes. Le capitaine essaye d’écoper un maximum d’eau. Pendant plus d’une journée il pompe et arrive à retarder un peu l’inévitable.

Le comique de cette nouvelle réside sans aucun doute dans la présence des spectateurs du naufrage réunis sur la côte, qui parient sur le temps pendant lequel la Vesle Mari restera à flot ou sur l’issue de l’affrontement entre Olsen et Bjorken. Cela engendre de véritables joutes verbales dont le public devient juge. Puis le débat évolue lorsque la Vesle Mari commence à être happée par les profondeurs. Lorsque Bjorken et Olsen sont seuls sur le bateau, les juges argumentent, ils se demandent si oui ou non Bjorken doit sauver Olsen de la noyade ou bien s’il doit lui laisser son honneur. Au final, Bjorken monnaye et récupère ses peaux contre le sauvetage d’Olsen.

Bjorken est un philosophe parce qu’il est le seul à parler latin. Du coup tout le monde le respecte. Il faut savoir qu’il a un caractère assez particulier, puisqu’il préfère faire exploser sa demeure plutôt que de la laisser à des étrangers.

Cette nouvelle montre bien la rudesse du climat et des hommes, mais aussi l’entraide qu’il y a parfois, les éternelles disputes étant généralement de pure forme ou destinées à les occuper en l’absence de femmes.


Citations

« Quand j'étais gosse, dit Mortensen doucement, j'étais fou de bonbons. J'avais jamais ma dose de ces cochonneries, je piquais des ronds dans le porte-monnaie de mon père ou dans la commode, pour satisfaire ce besoin. J'étais évidemment le gros de la classe, mais personne ne se moquait vraiment, vu que je pouvais tabasser même les plus grands. J'étais insatiable, Doc, j'avalais tout ce que je pouvais trouver de sucré. » Il tendit la main devant lui. « Mais ça, Doc, c'est une sucrerie pour l'âme. On s'en lasse jamais, on peut y goûter encore et encore. »

« Valfred voyageait léger. Quatre bidons d’eau-de-vie de myrtilles, dix-neuf boîtes de sardines à l’huile, son 89 et un sac de voyage avec quelques vêtements de rechange. »

« Nous devons accueillir nos invités propres et fringants … Bien entendu, en tant que chef de station, je commence et me réserve cette marmite d’eau chaude. Puis Museau se lavera avec la même eau, et en dernier Lasselille, qui, étant le plus jeune, n’a matériellement pas eu le temps ni le loisir de devenir aussi sale que nous autres. »


Laura Vincent, 1ère année Éd.-Lib.

 


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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 07:00

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Historique de son parcours

J’ai commencé par faire beaucoup de traductions du français au danois avant de créer  Gaïa. C’était mon travail avant. On traduit toujours dans sa langue maternelle. Il faut traduire de la langue étrangère vers ta propre langue. Par exemple Lena qui traduit  Mazetti est suédoise et jusqu’à présent elle avait toujours travaillé avec un co-traducteur français pour la version finale afin d’enlever les petites erreurs que l’on fait quand on ne traduit pas dans sa langue maternelle. Pour le Caveau de famille, Léna travaille seule. Bernard pense que ce n’est pas possible qu’elle ait travaillé seule puisqu’il n’y a rien qui dévoile le fait qu’elle ne soit pas de langue maternelle française alors qu’on le retrouve toujours. Moi, si j’essayais de faire une traduction on devinerait que je ne suis pas française de langue maternelle et je n’essayerais jamais car je ne m’en sens pas capable ! J’ai d’abord fait beaucoup de traductions d’auteurs français pour des éditeurs danois et ensuite Bernard a eu l’idée de faire la maison d’édition qui a été créée en 1991 et on a commencé à publier en 1993. A cette époque-là, je continuais de faire des traductions vers le Danemark. Le dernier livre que j’ai traduit c’est Les Rivières pourpres de Jean-Christophe Granger. À la même période, avec Bernard, nous avons commencé ensemble à traduire du danois les racontars de Jørn Riel : nous avons traduit les dix volumes.
 

Est-ce plus difficile de traduire à deux ?

Quand on travaille à deux c’est plus long. C’est plus rapide de faire une traduction seul parce que quand tu travailles à deux tu es obligé de faire un tas d’allers-retours, et de tout le temps consulter l’autre. Je ne sais pas comment travaillent les autres traducteurs qui collaborent en tandem mais avec Bernard je fais une première traduction tout en sachant qu’il va passer derrière. Je reste assez proche du texte pour dire exactement ce que l’auteur a voulu dire même dans un français que Bernard appelle « petit nègre ». Ensuite Bernard retravaille le texte pour faire un vrai texte français, pour éliminer les choses qui montrent trop la langue derrière. Ensuite je repasse encore une fois en relisant et en comparant avec l’original pour voir si nous ne nous sommes pas éloignés de l’original ; il faut éviter les déviations. Ce que je fais beaucoup c’est que si j’ai un doute sur la façon dont Bernard va percevoir une tournure ou un mot, je n’hésite pas à écrire une longue parenthèse où j’explique de long en large le sens que je voudrais que Bernard retrouve. Donc, on discute beaucoup à l’intérieur du texte. C’est un travail très très long.
 
 
Fais-tu une traduction mot à mot ou te permets-tu de réécrire des passages ?

Quand tu lis dans ta langue maternelle, tu vois de belles petites nuances que tu voudrais retrouver dans une traduction en français. C’est pour ça que je n’hésite pas à beaucoup expliquer. Nous en parlons beaucoup, nous nous disputons même pour arriver à trouver ce qui semble correspondre le mieux à l’original alors que Bernard ne lit pas le danois. C’est une question de communication.
 

Quand tu changes un passage, est-ce que tu en fais part à l’auteur ?

Quand on reste dans la traduction, tu peux remplacer une traduction danoise par une expression française qui est peut-être très différente mais dont la signification reste la même. À ce moment-là tu ne demandes pas à l’auteur car c’est vraiment de la traduction. Tu ne peux pas traduire une expression qui n’existe pas en français ; tu vas trouver son équivalent. Par contre, si jamais tu veux changer le sens, là c’est tout à fait autre chose ; je veux dire qu’en tant que traducteur tu n’as pas le droit de changer le sens, tu n’as pas le droit de modifier le texte. Il peut arriver qu’une déclaration faite par un personnage du roman peut ne pas heurter un public danois mais pourrait par exemple heurter un public français. Là on peut se poser la question de demander à l’auteur de reformuler cette phrase parce qu’elle est perçue différemment en France. Je me souviens d’un texte de  Katarina Mazetti qui parlait de religion. Ce n’est pas une traduction de moi ni de Bernard. On s’est rendu compte que ce texte était très différent en français et en suédois parce que les Français prennent la religion d’une manière différente des Suédois. Là où Katarina dans son texte se veut légère, en version française ça ne passe pas vraiment. Dans ce texte-là, on s’est rendu compte qu’on n’abordait pas les choses de la  même manière, qu’on ne pouvait pas aborder les sujets de la même façon d’un pays à l’autre. Ce n’est pas une question de langue mais de culture.
 

La littérature scandinave a-t-elle été difficile à insérer en France ?
 
En tant que traducteur non et en tant qu’éditeur pas vraiment. Nous avons proposé une littérature nordique très différente de celle qui était connue en France. Les racontars de Riel étaient suffisamment différents et originaux pour qu’ils attirent très rapidement l’attention. Depuis, il y a eu beaucoup de changements et maintenant la littérature nordique est tellement à la mode en France que les jeunes traducteurs ont autant de travail qu’ils le veulent.
 
 
Est-ce que Gaïa était une des premières maisons à publier de la littérature scandinave ?

Non. Il y toujours eu des sortes de vagues. Il y a des maisons qui ont eu des périodes où elles ont publié de la littérature nordique. Je pense que la vague avant nous était Actes Sud qui ont depuis leurs débuts développé un domaine nordique assez fort. C’est un phénomène de mode. Actuellement, c’est le polar scandinave surtout suédois qui est très à la mode.
 

Le choix de la littérature scandinave a-t-il été fait par envie ou parce que vous pensiez que ça pouvait fonctionner ?

Au début on n’a rien choisi du tout. Notre envie était de publier des livres du monde entier, peu importe la géographie, et même peu importe le genre littéraire. On avait quelques auteurs pour démarrer comme Jørn Riel qui est danois, on avait une Américaine,  une Nigérienne. On a publié des documents historiques comme Le Nil Blanc de l’Australien Alan Moorehead, un essai sur l’évolution de l’homme d’Elaine Morgan qui est anglaise. On avait vraiment envie de faire des choses vraiment diversifiées parce que notre but était de faire des livres qu’on aimait et qu’on avait envie de voir traduits en français. Mais très vite on s’est rendu compte qu’on se dispersait. C’est pour ça qu’on a choisi la littérature nordique. De plus, moi, je suis danoise et je parle les trois langues scandinaves : le norvégien, le suédois et le danois. Cela a permis de créer des relations privilégiées avec les auteurs et les éditeurs. Puisque ce sont de petits pays, les relations personnelles sont importantes. On s’est rendu compte que c’était un avantage énorme. Pour un éditeur ou un auteur, avoir un interlocuteur  français avec qui on correspond en anglais n’a rien à voir avec le fait d’avoir un interlocuteur avec qui on peut échanger dans sa propre langue. Aujourd’hui on entend des auteurs nordiques dire qu’ils refusent des contrats avec de très grandes maisons au profit des petites maisons à cause de la proximité qu’elles offrent. Ils savent qu’ils ne vont pas être perdus, qu’ils auront un interlocuteur stable contrairement aux grandes maisons qui subissent beaucoup de changements. Ce qui est étonnant à une période où tout bouge dans tous les sens, où on voit tout en grand ! On voit à quel point il est important pour les auteurs nordiques de trouver une « maison » dans le sens nordique du terme c'est-à-dire un foyer chaleureux et familial où on a une relation amicale et un travail de qualité avec les professionnels. Ce qu’il faut c’est arriver à faire connaître, promouvoir et vendre les livres. Même si les conditions ont beaucoup changé, je me rends compte que c’est d’une certaine manière en notre faveur.
 
 
Vois-tu le traducteur comme un auteur ? Ont-ils le même statut ?
 
Le traducteur fait un travail de création. Ceci dit, son travail de création est limité, le traducteur n’est pas libre. Il recrée quelque chose qui lui est imposé par l’auteur. En général, le traducteur est très fidèle à l’auteur car il se sent responsable de rendre dans une autre langue la même chose qu’a écrite l’auteur. La question n’est pas de les traiter à des niveaux différents mais de voir en quoi ils ont des rôles différents. Souvent, je trouve que le rôle du traducteur quand on oublie son existence est accompli. C’est aussi une question de mentalité, un traducteur doit être capable d’accepter d’être dans l’ombre. Ça peut être pénible pour un traducteur de passer inaperçu et de ne pas être remarqué, car il a en général fait un travail extraordinaire. Mais, il ne faut pas qu’il oublie que  quand on l’oublie c’est qu’il a réussi. Quand dans un texte on remarque la présence du traducteur, soit parce qu’on est impressionné par la qualité de la traduction car quand un texte est très difficile, si la traduction est réussie on peut être impressionné par le travail du traducteur, mais pour des textes plus courants comme les polars, si on oublie l’existence du traducteur, celui-ci devrait être heureux. Étant traductrice moi-même, je sais qu’on n’aime pas non plus être totalement oublié.
 

Est-ce plus facile ou plus difficile de traduire le même auteur ? Devient-on moins vigilant ?

Non, c’est beaucoup plus facile. C’était difficile au début parce qu’il fallait vraiment trouver le ton. Chaque personnage a sa propre personnalité et son propre langage. Avec Bernard, on a mis un an à faire la première traduction car on ne voulait pas se tromper. La première traduction était de toute évidence la plus difficile et plus on a avancé dans l’œuvre et dans le temps, plus c’est devenu facile. Les personnages nous sont tellement familiers qu’il est pour nous facile de traduire les racontars. Cela s’explique aussi par la qualité des textes qui sont constants. Les personnages sont pour Riel bien différents et distincts ; on ne peut jamais les confondre. Quand on a affaire avec Walfred on a affaire avec Walfred !
 

Comment as-tu découvert Jørn Riel ?

J’ai commencé à lire Riel dès mon adolescence parce que les racontars étaient très connus au Danemark. Ce qui est moins le cas aujourd’hui. Je constate que les jeunes ne connaissent pas très bien l’œuvre de Jørn Riel. Dans les milieux littéraires, tout le monde connaît le nom mais beaucoup de gens ne le lisent pas, parce que la littérature de Riel est considérée comme très populaire et non pas littéraire alors qu’en France il a eu une reconnaissance dès la première publication. La reconnaissance littéraire ne lui vient que maintenant au Danemark. Là, par exemple, fin novembre, il va recevoir le grand prix de l’académie danoise qui est peut-être le prix littéraire le plus prestigieux au Danemark. Il reçoit ce prix pour ses quatre-vingts ans, ce qui est un très beau cadeau.
 

Est-ce que cela a été difficile de contacter l’auteur, pour lui soumettre votre projet ?

Ça a été très facile. J’ai été voir son éditeur danois qui m’a donné ses coordonnées en Asie car à l’époque il vivait encore en Thaïlande. Maintenant, il vit depuis vingt ans en Malaisie. Je leur ai donc écrit une lettre  et nous nous sommes rencontrés dans la ferme de sa femme en Suède. On leur a expliqué notre projet de créer Gaïa, il a été très enthousiaste et prêt à signer un premier contrat.
 
Jorn Riel Un gros bobard
Concernant les racontars, est-ce un style propre à Jorn Riel ou est-ce un style répandu au Danemark ?

Non, c’est vraiment spécifique à Riel. Le mot danois pour racontars est un peu vieillot et fait référence à une histoire un peu bancale. Si tu vas au Danemark et que tu parles des racontars arctiques, tout le monde va savoir que tu parles de Jørn Riel.
 

Les réimpressions.

Comme il y a des titres qui sont épuisés, comme La Maison de mes pères ou La Vierge froide, on ne pouvait plus les trouver. On souhaite que toute l’œuvre reste disponible, c’est pourquoi on fait des réimpressions.
 

Riel a deux styles différents avec ses racontars et ses romans.

Il a beaucoup de styles différents car il a aussi écrit de la poésie, des livres pour enfants, des essais mais les deux genres les plus importants dans son œuvre sont les romans et les racontars qui parlent du Groënland : Le jour avant le lendemain, Le Garçon qui voulait devenir un être humain, Heq, Arluk Soré. Entre ces deux genres, tu as La Maison de mes pères qui est une trilogie. Dans ce livre tu as plein d’anecdotes et d’histoires drôles comme dans les racontars et en même temps c’est vraiment un roman qui raconte l’histoire d’un enfant et adolescent qui grandit dans le Grand Nord canadien avec ses deux pères possibles et ses trois oncles. C’est à mi-chemin entre les deux genres. La Maison de mes pères est le tout premier livre de Jorn Riel, publié au Danemark en 1968 qui a connu un succès phénoménal immédiat.
 

Vous ne souhaitez pas publier ses essais ou sa poésie ?

Pour l’instant, on est encore dans les racontars et les romans. Sans doute dans quelque temps on ira chercher les autres parties de son œuvre, mais il y a encore des choses à faire dans les racontars et romans groënlandais.

 


C’est le dernier tome des racontars qui vient d’être publié ?

Les dix volumes racontent le nord-est du Groënland. Ensuite, Jørn a écrit quelques autres racontars où on suit les mêmes personnages mais ailleurs. Peut-être qu’on va les publier mais je trouve que les deux derniers tomes des racontars qu’on a publiés racontent la fin d’une époque. C’est l’histoire de trappeurs du nord-est du Groënland, une époque qui a vraiment existé et qui s’est terminée au début des années 50. La fin de cette époque est décrite dans les deux derniers volumes ; cela clôture cette saga. C’est pour ça que je trouve qu’il faut un peu de temps avant d’envisager les autres publications des racontars, pour ne pas se mélanger.
 

Riel s’est-il inspiré de ses rencontres pour créer ses personnages ?

Il est arrivé au Groënland au début des années 50. Ses premières années de vie là-bas correspondaient aux dernières années de vie des trappeurs du nord-est du Groënland. Donc il a connu tout un tas de gens qui étaient encore chasseurs là-bas et il s’est inspiré de leur vie quotidienne, de leurs coutumes, pour créer ses personnages. Il est resté très proche de tous ces gens, qui pour beaucoup sont partis au Danemark une fois les stations de chasse fermées. Il raconte que les anciens lui reprochent dans ses racontars de ne pas tout raconter, de ne pas aller jusqu’au bout de la vérité. Et Jørn leur répond toujours que s’il avait tout écrit personne ne l’aurait jamais cru !
 

Ses histoires t’ont-elles donné envie de voir ce pays ?

Je suis allée une première fois au Groënland quand j’avais 18 ans et j’y suis retournée il y a quelques années mais jamais dans le nord-est. Tu ne peux pas aller en touriste dans le nord-est, c’est très compliqué puisque c’est un parc national fermé. Il faut des autorisations spéciales, donc je ne suis allée que dans l’ouest.
 

As-tu retrouvé des choses de ses histoires là-bas ?


La nature grandiose ! Elle est très présente dans l’œuvre de Jørn Riel notamment dans ses racontars alors qu’il y a beaucoup d’action, de personnages et de mouvements dans ses textes. On est vraiment dans le Groënland quand on lit les racontars.
 

C’est plus qu’un coup de cœur qu’il a eu pour cette région ?

Il dit toujours qu’il est parti pour une année et seize ans plus tard, il y est revenu, pour aller ensuite se décongeler en Asie !
 

Comment Jørn Riel a-t-il été vu en France ?

Je trouve que ça a tout de suite fonctionné ! Les Français se sont toujours intéressés à l’Arctique pour son côté exotique et grâce aux explorateurs français qui y sont allés. Et c’était de la littérature drôle tellement différente, rien à voir avec les carnets de voyage !
 

Un livre t’a-t-il plus marquée dans son œuvre en tant que lectrice ?

Il y en a tellement que j’aime ! Déjà il y a tous les romans ! Dans les racontars mes préférés sont les cinq premiers volumes parce qu’au fil des volumes c’est un véritable fil romanesque qui s’installe alors que c’est très drôle et plein d’émotions. Avec Bernard, nous avons pleuré en lisant les racontars car il y a des moments très forts où on assiste au destin grave de certains personnages et moi je trouve ça fabuleux de pouvoir s’amuser tout en ayant des sentiments d’une telle profondeur !
 

Et en tant que traductrice ?

Avec Bernard on ne traduit que les racontars, et bien évidemment nous avons chacun nos histoires préférées. J’aime beaucoup Une condition absolue, Le Tatoueur, Une épopée littéraire ! Il y en a tellement ! Et dans les derniers volumes j’aime particulièrement le dernier racontar car il arrive à mettre une fin et à raconter cette fin d’époque.

 

 

Propos recueillis par Hélène, L.P. Éditeur.

 

 


 

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Ouvrages de Gaïa sur Littexpress

 

Katarina-Mazetti-Le-Mec-de-la-tombe-d-a-cote.gif

 

 

 

 

 Article de Clara sur Le Mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti.

 

 

 

 

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Article de Marine sur Un gros bobard de Jorn Riel.

 

 

 

 

 

Baldursdottir Karitas

 

 

   Article d'Emeline sur Karitas, Sans titre de Kristín Marja Baldusdöttir  
   

 

 

 

 

 

Gunnar-Staalesen-La-nuit-tous-les-loups-sont-gris.gif

 

 

 

 

 Article de Guillaume sur La Nuit tous les loups sont gris de Gunnar Staalesen.

 

 

 

Anne Delaflotte Mehdevi La relieuse du gue

 

 

 

 Article de Rachida sur La Relieuse du gué d'Anne Delaflotte Mehdevi 
   

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Published by Hélène - dans traduction
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