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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 07:00

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Neil GAIMAN
Sandman
Premières publications
de 1989 à 1996.
Urban Comics – Vertigo Essentials, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Neil Gaiman est un auteur anglais contemporain né en 1960. Livres, nouvelles, comics, scénarios pour la télévision ou le cinéma, il est un touche-à-tout au succès sans cesse confirmé.

Après des études de journalisme, il écrit son premier livre en 1984 : une biographie du groupe Duran Duran aujourd’hui très recherchée ; ainsi que de nombreux articles pour Knave Magazine à la même époque.

Dans les années 90 il sera révélé par le comics Sandman (publié à partir de 1989). Il écrit également son premier roman,  De bons présages, en collaboration avec Terry Pratchett et se lie d’amitié avec Alan Moore. Prolifique, il scénarise aussi deux romans illustrés anglais avec son vieil ami et collaborateur favori Dave McKean : Violent Cases et Signal to Noise. Ainsi, très  tôt, il s’entoure des plus grands.

Le passage d’auteur comics à auteur de romans se confirme avec  Neverwhere, roman en solo publié en 1996, puis Stardust en 1999 et enfin American Gods en 2001 avec lequel il raflera tous les prix (il gagne les prix Hugo, Nebula et Locus Fantasy Awards et est nominé pour le British Science-Fiction Award et le British and World Fantasy Award).

Par la suite il sera régulièrement récompensé tout d’abord pour  Coraline, prix Hugo et Nebula en 2003, puis un roman jeunesse,  L’étrange histoire de Nobody Owens, qui sera le premier livre à remporter à la fois la médaille Newbery (prix américain pour une œuvre jeunesse) et Carnegie (prix anglais pour une œuvre jeunesse) en 2010.

Neil Gaiman s’aventure également dans le domaine du scénario avec des participations à des séries TV (Doctor Who, saison 6 épisode 4), et la collaboration aux adaptations de ses livres au cinéma (Stardust en 2007, Coraline en 2009).

 

L’œuvre

Scénario : Neil Gaiman,  dessin : Collectif (Sam Kieth, Mike Dringenberg, Malcolm Jones III, Chris Bachalo, Michael Zulli and Steve Parkhouse).

Sandman est un comics publié de 1989 à 1996 (75 numéros) narrant les aventures de Morpheus, seigneur des rêves. Sandman est le seul comic-book à avoir gagné le prix World Fantasy pour Songe d'une nuit d'été (1991) et un des rares à figurer sur la liste de best sellers du New York Times. Sandman est aussi connu pour sa popularité hors de la sphère habituelle du lectorat de comics. Norman Mailer a décrit la série comme « une bande dessinée pour intellectuels ». Chaque couverture de la série a été réalisée par Dave McKean.

Ici, le recueil regroupe les numéros 1 à 16 soit de 1989 à 1990 :

Morpheus, le seigneur des rêves, a été emprisonné en 1916, par un groupe occulte. Après avoir fomenté son évasion pendant presque un siècle, il réussit à s’échapper et se lance dans une quête pour redevenir le Maître des songes. Hantant les cauchemars et les désirs des hommes, il ira jusqu’en enfer retrouver son dû.

Œuvre dense et riche, Sandman regroupe tous les thèmes récurrents de l’œuvre à venir de Neil Gaiman.

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La figure du dieu / être mythologique

Morpheus, seigneur des rêves est un infini, frère du Désir et de la Mort. Ni dieu ni homme, il est pourtant très humain avec des doutes, des désirs et autres sentiments. Ses actions sont guidées par l’idée de responsabilité (il fait son travail de seigneur des rêves) mais sont également influencées par le contexte et l’environnement. Il n’est donc pas toujours rationnel ou objectif puisque dès sa libération, son but est la vengeance, action qui ne suit pas de logique raisonnable mais sentiment typiquement humain.

De même, à travers un « pari » lancé avec un humain consistant à le rendre immortel en le défiant de ne jamais finir par vouloir mourir (selon Morpheus, la mort fait partie de la vie et l’humain ne peut être satisfait sans elle), Morpheus dévoile en réalité sa solitude. Il cherche en effet en premier lieu un compagnon de jeu à travers la forme même du pari, mais également un ami. C’est l’humain qui le lui révélera et le forcera à l’admettre. Ainsi cet épisode révèle à la fois les sentiments qui tiraillent cet être mythologique (solitude, ennui) mais également son raisonnement subjectif et ses actions inconscientes (sous prétexte de tester un être humain, il répond en réalité à ce sentiment de solitude mais n’en a pas conscience et refuse dans un premier temps de l’admettre).

 

« Vous savez, je crois que je sais pourquoi on se retrouve ici, siècle après siècle, ce n’est pas que vous voulez savoir ce qui arrive quand un homme ne meurt pas. Vous avez déjà vu ça. [..] Je crois que vous êtes ici pour autre chose. – Et pourquoi, je te prie ? - L’amitié. Je crois que vous êtes seul. – Tu oses suggérer que j’aurais un mortel pour ami ? Qu’un être tel que moi puisse avoir besoin de compagnie ? »

 

Morpheus part en colère mais reviendra un siècle plus tard, comme prévu.

 

« Je … Je n’étais pas sûr de vous voir. – Vraiment ? J’ai toujours entendu dire qu’il était impoli de faire attendre ses amis. »

 

À l’inverse, il est également très distant de l’humanité, ce qui fait de lui un personnage complexe et ambigu. Plusieurs fois au cours de ses aventures, il fait face à la cruauté humaine sans ressentir d’empathie envers les victimes. De même, il est amené à tuer des humains lors de son parcours, tâche qu’il exécute froidement et sans pathos. Il est même prêt à tuer une jeune fille qu’il a auparavant sauvée car c’est son devoir et il doit l’appliquer.

On retrouve ces êtres mythologiques principalement dans American Gods où ils sont les personnages clefs du roman avec notamment Voyageur, compagnon du héros humain, mi-cruel mi-attachant (on ne connaît sa « fonction » mythologique qu’à la fin du roman, je ne la révèle donc pas ici). De même, les héros Rampa et Aziraphale dans  De bons présages sont respectivement démon et ange avec une affection marquée pour le plan humain (qu’ils essaient d’ailleurs de sauver).

Dans chaque roman, l’existence des êtres mythologiques n’est pas reconnue par les humains qui ne croient plus aux vieilles légendes (thème d’American Gods par exemple) mais ils influencent pourtant concrètement la vie de ces humains. Ici, par exemple, Morpheus se trouve responsable de certains décès qui seront vus par la population et la police comme des meurtres ou agissement de psychopathes. On retrouve d’ailleurs un petit clin d’œil à l’univers de Batman avec un personnage sorti d’Arkham Asylum (asile renfermant les ennemis de notre héros chauve-souris) qui utilisera le pouvoir du seigneur des rêves pour semer la destruction…

 

La quête d’aventure se transforme en quête initiatique

Dans Sandman, le seigneur des rêves traverse maintes épreuves pour retrouver ses pouvoirs et remettre de l’ordre dans son royaume. Il s’agit donc d’une aventure avec ses péripéties, ses affrontements et ses énigmes. En réalité, au fil des pages, la quête devient de plus en plus introspective avec des questionnements de Morpheus sur lui-même, le sens de ses actions et ses responsabilités. Il admettra d’ailleurs lui-même à sa sœur (la Mort) que le chemin à parcourir pour retrouver ses pouvoirs lui permettait d’avoir un objectif auquel se raccrocher et que son aboutissement le laisse perdu. Elle lui montrera en réponse, un certain sens de la vie et de la tâche incombant au seigneur des rêves qu’il avait besoin de retrouver.

Or le seigneur des rêves n’est pas le seul à se chercher, on croisera tout au long de ses péripéties des bouts de vie de personnages secondaires également en quête d’eux-mêmes ou d’un sens à la vie. On peut constater ce glissement de l’aventure vers la recherche de sens dans d’autres œuvres qui suivront, comme  Neverwhere, où un homme banal se retrouvera projeté dans un monde différent pour aider une jeune fille, finissant en réalité par découvrir qui il est et questionner sa vie grise et terne en en cherchant le sens.

De même, le héros d’American Gods est d’abord décrit comme quelqu’un qui ne s’affirme pas (son nom est Ombre) et ne cherche pas de sens à ce qui lui arrive, puis il se retrouve au cœur d’une guerre entre les dieux nouveaux et les dieux traditionnels. Il doit alors choisir son camp, mais également comprendre et affirmer qui il est.

 

Le détournement du conte

Sandman est avant tout l’incarnation même d’un personnage de conte. Il s’agit du traditionnel marchand de sable qui endort avec sa bourse de grains dorés. Ici, le sable est toujours présent mais le héros est plus rock’n roll (cheveux ébouriffés, long manteau noir à flammes rouges ou jean slim noir/ tshirt noir) et surtout plus torturé. Le conte n’est plus destiné à un public d’enfants mais en garde parfois les aspects formels. Ce même procédé est utilisé dans  Coraline, conte détourné pour enfants, c’est-à-dire histoire à la narration et au contenu enfantins mais dans un univers plutôt gothique, plus sombre qu’un conte traditionnel, avec parfois un côté presque glauque (par exemple le passage où la petite fille doit retrouver un objet dans la cave de ses faux-parents pour pouvoir s’échapper est assez perturbant…) De même, Stardust emprunte clairement la forme du conte mais cette fois le détourne de manière plutôt loufoque avec des personnages et des situations hautes en couleur !

Ici, la forme du conte est utilisée pour tout un chapitre, « Contes dans le sable » (Sandman #9), qui narre l’histoire d’amour née entre la reine d’un royaume du désert (Nada) et  le seigneur des rêves (Kai’ckul dans le dialecte local) qui mènera à la destruction du royaume et à la damnation éternelle de Nada. En voici l’introduction :

 

« Il est des contes maintes fois racontés. Certains contes qu’on dit aux enfants, pour leur apprendre l’histoire de la tribu, ce qui est bon à manger ou pas. Des mises en garde. Il y a ceux que disent les femmes dans la langue secrète jamais apprise aux hommes-enfants que les vieux sont trop sages pour apprendre, et on ne dit pas ces contes aux hommes. Il y a des contes que se disent les hommes dans leur hutte, le soir […]. Il y a les contes que toute la tribu se raconte aux fêtes et aux banquets […]. Des contes petits et grands, dits et entendus maintes et maintes fois. Un seul conte n’est dit qu’une fois. »

 

 

La présence de la mort

Dans ce recueil, la mort est omniprésente. Dès les premières pages, Morpheus est capturé par un ordre qui vénère la mort et tente de la piéger. Sa captivité entraîne alors « la maladie du sommeil » : les gens s’endorment pour ne plus se réveiller. Certains, comme Stefan, jeune garçon ayant menti sur son âge pour pouvoir participer à la guerre des tranchées, se retrouvent dans l’incapacité de dormir. Envahi par ses cauchemars même lorsqu’il est éveillé le jeune soldat se suicide un an après son départ de l’armée. Par la suite, la mort survient souvent dans le sillage de Morpheus.

Elle est traitée comme quelque chose de totalement naturel, participant à l’équilibre des choses mais jamais elle n’est traitée de façon dramatique. Même lorsqu’elle touche un personnage que l’on a suivi de près, elle n’apparaît qu’en filigrane ; à un moment, le personnage reprend sa vie en main et commence à avancer. Ainsi, la mort apparaît comme nécessaire, immuable et naturelle. Elle est d’ailleurs un personnage à part entière : la sœur de Morpheus. Personnage léger, drôle et attachant, elle apparaît quand Morpheus achève sa quête de vengeance pour l’aider à retrouver un sens à sa responsabilité de Seigneur des rêves.

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« Je commence à m’interroger sur l’humanité. Ils accueillent si étrangement le don de ma sœur. Pourquoi craignent-ils le pays des ombres ? Mourir est aussi naturel que naître. Mais ils la craignent. La redoutent. Cherchent à l’amadouer. Ils ne l’aiment pas. Il y a des millénaires, j’ai entendu une chanson dans un rêve, un chant mortel qui célébrait son don. Je m’en souviens encore. […] Ce poète oublié comprenait ses dons. Ma sœur a une fonction à remplir, comme moi. Les Infinis ont leurs responsabilités. Je marche à ses côtés et les ténèbres se lèvent de mon âme. » Le bruit de ses ailes (Sandman #8)

 

La présence de la Mort est récurrente dans l’œuvre de Neil Gaiman où elle est souvent un moment clé du récit. Dans  Neverwhere, un personnage doit mourir pour pouvoir faire avancer la quête des deux héros, dans American Gods le héros côtoie celle-ci de près à plusieurs reprises et elle lui permet d’avancer. Elle est également incarnée dans le roman par un personnage à part entière. Enfin, dans  L’étrange histoire de Nobody Owens, elle est constamment présente puisque les parents du jeune garçon décèdent, amenant celui-ci à vivre dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes.



Conclusion

À travers un récit entraînant et un dessin magnifiquement recoloré pour la sortie chez Urban Comics, Sandman est un classique indispensable à la bibliothèque de tout fan de comics, ou de tout fan de Neil Gaiman, ou même encore de tout lecteur ouvert à des univers oniriques, sombres, riches et originaux.

« Dis-moi Lucifer, Astre du Matin… Et demandez-vous, vous tous… Quel pouvoir aurait l’enfer si ceux qui sont captifs ici ne pouvaient pas rêver du paradis ? »


Karine, AS édition-librairie

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Neil Gaiman neverwhere couverture

 

 

 

Article de Laure sur Neverwhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 

Neil Gaiman L etrange vie de Nobody Owens

 


 

 Article de Mehdi sur L'Etrange Vie de Nobody Owens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Karine - dans bande dessinée
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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 07:00

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Aurélien BELLANGER
La théorie de l'information
Gallimard, 2012

 





 

 

 

 

 

 

 

Ce premier roman de Aurélien Bellanger (il écrivit déjà un essai sur Michel Houellebecq en 2010) fut l'une des sensations de la rentrée littéraire 2012. Il faut avouer que ce livre avait tout pour se faire remarquer : c'est un premier roman de plus de 500 pages, ce qui n'est pas banal. De plus le sujet (la théorie de l'information) est tellement technique qu'il ne peut laisser les critiques littéraires que dubitatifs. Enfin le héros de ce roman, Pascal Ertanger, est directement inspiré d'un personnage réel très médiatique, le patron de Free, Xavier Niel. Toutes ces raisons ont attiré les critiques sur le livre mais ne nous disent rien sur la qualité littéraire de celui-ci et son intérêt pour les lecteurs.

Dès le début, il est évident que ce livre est très particulier. On se demande toujours si l'on est dans un roman ou dans une biographie. Le style est très simple, certains disent transparent, et entretient l’ambiguïté. D'autant plus que tous les personnages, à l’exception de Pascal Ertanger / Xavier Niel, portent leur vrai nom dans le livre ; on croise ainsi Jean-Marie Messier, Thierry Breton, Nicolas Sarkozy et d'autres encore.

Au travers de Pascal Ertanger, nous suivons l’évolution de l'informatique et des technologies de communication en France depuis les années 1980 jusqu'à nos jours. Cela commence avec les premiers ordinateurs individuels et leurs programmes en basic, jusqu'au développement d'internet à haut débit, en passant bien sûr par le minitel. Ce monde des technologies informatiques nous est présenté comme un véritable far-west, un monde sans foi ni loi, où il est possible de gagner beaucoup d'argent si l'on a assez peu de scrupules. Et Pascal Ertanger n'en a absolument aucun, et il réussit donc très bien. C'est en vendant des programmes de jeux dans la cour de son lycée que Pascal Ertanger obtient ses premiers gains. Puis il va faire fortune dans le minitel rose en s'alliant avec un patron de sex-shops parisiens ; enfin il va réussir dans internet en lançant les premières box haut-débit, sans oublier au passage d’éjecter ses partenaires qui le gênent un peu trop. Si Pascal Ertanger réussit dans les affaires, il n'a pas le même succès dans ses relations sociales et amoureuses, son obésité ne l'aidant pas vraiment. Il tombe pourtant amoureux d'une strip-teaseuse qu'il rencontre lors de ses débuts dans le minitel rose. Toutefois il ne réussira jamais à s'en faire aimer totalement, même si elle accepte de l’épouser, Pascal Ertanger privilégiant toujours l'argent. En plus de l’évolution personnelle de Pascal Ertanger, c'est aussi une petite histoire de France que nous offre Aurélien Bellanger dans ce livre. Ce double récit histoire est passionnant, un vrai roman d'aventure.

 

Émilie, du reste, s’intéressait de moins en moins aux affaires de Pascal. Elle considérait qu'Internet était moins amusant et moins sincère que le Minitel, et avait à cet égard très mal pris la vente du 3615 ELYANGE, d'autant que Pascal n'avait pas jugé utile de la consulter. […] Dans le petit monde de l'internet français, on commençait à craindre, à admirer et à imiter Pascal Ertanger. La distribution massive et gratuite des kits de connexion s'imposa très vite comme un standard marketing. Mais surtout, on voulut comprendre comment faisait Demon pour être, à vitesse et à débit équivalents, le moins cher et le plus rentable des FAI.

 

Intercalées au milieu des chapitres romanesques, se trouvent des notices Wikipedia (c'est l'auteur qui le dit) sur la théorie de l'information selon Claude Shannon. Malheureusement cela casse le rythme du récit, et à moins d’être un grand spécialiste on n'y comprend rien. Il est d'ailleurs probable que ce n'est pas fait pour être compris, ni même lu, mais simplement pour renforcer le côté « geek » du livre.

 

Après avoir caractérisé l'information  et découvert une formule permettant de la mesurer, Shannon va définir son unité élémentaire. Il s'appuie pour cela sur une source dont l'alphabet se limite aux deux seuls caractères a et b. Son entropie s’écrit, si l'on applique la formule H :

                        H(a,b) = - p(a)logp(a) + p(b)logp(b)

On peut représenter la courbe que décrit H en fonction des différentes valeurs prises par p(a) et p(b) : il s'agira d'une parabole, dont le sommet, situé au-dessus de l'endroit où les deux probabilités s’équilibrent, atteint la valeur maximale de 1. C'est bien le résultat attendu par Shannon : la quantité d'information délivrée par une source est maximale quand ses tirages sont équiprobables – le destinataire du message ne disposant alors d'aucun biais statistique sur lequel fonder des prédictions fiables. Dans la mesure où toutes les sources, quelle que soit la complexité des alphabets qu'elles utilisent, peuvent être représentées par des chaînes de 0 et de 1, la quantité maximale d'information contenue dans cette source élémentaire fournira l’unité de base pour mesurer l'information. On baptisa cette unité le bit.

 

 Ce côté « geek » est totalement assumé dans la troisième partie du récit, où l'on quitte la réalité pour entrer dans la science-fiction. La théorie de l'information se transforme alors en un récit d'anticipation, auquel malheureusement je n'ai pas du tout adhéré et il me fut vraiment difficile de finir les dernières pages.

Si Aurélien Bellanger possède un vrai potentiel, dans ce premier roman il s'est un peu laissé emporter par son sujet et sa volonté de faire un roman balzacien. Il aurait mérité d’être plus court et plus concentré sur le parcours de Pascal Ertanger et sur cette petite histoire de France de la fin du XXème siècle.


Christophe, AS édition-librairie

 

 


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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:00

Sous-les-neons-Matthew-OBrien.jpg

 

 

 

 

 

Matthew O'BRIEN
Sous les néons
Vie et mort dans les souterrains

de Las Vegas
Titre original :
Beneath The Neon
Huntington Press, 2007
Traduit par Caroline Dumoucel
éditions Inculte,
collection Afterpop, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditions Inculte

La maison Inculte a été fondée en 2004 avec la revue du même nom ; elle a tout d'abord été diffusée par les Belles Lettres, puis par Naïve et enfin et toujours aujourd'hui par Actes Sud, et donc distribuée par Union Distribution.

Depuis 2009 l'entreprise s'est transformée en société : la société des Amis d'Inculte qui compte sept actionnaires aujourd'hui mais est ouverte à un maximum de trente. Un actionnaire de la maison possède 1% du capital et a la possibilité d'assister aux réunions semestrielles évoquant le programme éditorial à venir. Pour devenir actionnaire le droit de souscription est de 2000 €.

Le catalogue compte 70 ouvrages toutes collections confondues et chaque année 4 revues, 4 rééditions et 6 nouveautés grand format sont publiées.

Les essais sont classés dans la collection « Temps réel », tout ce qui est fiction ou non-fiction liée à la culture populaire se retrouve dans la collection « Afterpop », la troisième collection s'appelle « Monographie » et la dernière « Rééditions de l'Arc ». Au niveau des revues ce sont Inculte, Le Believer, Multitudes et Le Ciel vu de la Terre qui sont publiées par la maison.

Le design des collections, très graphique, a été primé de nombreuses fois, principalement aux États-Unis par l'AIGA (association professionnelle de design à Seattle), en France par le Concours des plus beaux livres français puis en Chine et au Méxique.



Matthew O'Brien

C'est un journaliste devenu écrivain. Né à Las Végas mais ayant grandi à Atlanta, il retourne en 1997 s'installer dans sa ville natale de laquelle il tire ses thèmes d'écriture. En 2000, il devient rédacteur en chef et directeur de publication au Las Vegas City Life, un journal alternatif de la ville. A côté il lance un projet communautaire appelé Shine a light qui a pour buts principaux de fournir un toit aux sans abri et de leur proposer des actionss de prévention contre les drogues. Matthew O'Brien a été marqué par l'histoire vraie de Timmy Weber, un Américain qui, poursuivi par les forces de l'ordre pour le meurtre et le viol de sa petite amie et de ses enfants, prend la fuite par les égoûts. Fait divers qui va le pousser à se lancer dans l'exploration de réseau pluvial souterrain de Las Vegas, ce qui lui permet d'écrire :



Sous les néons, vie et mort dans les souterrains de Las Vegas ,

d'abord publié aux États-Unis en 2007 chez Huntington Press puis en France en 2012 dans la collection Afterpop des éditions Inculte, traduit par Caroline Dumoucel. La publication française comporte, à la fin de l'ouvrage, un cahier de 15 photos en noir et blanc prises pendant l'exploration.

Ce livre est considéré comme de la non-fiction, c'est un témoignage, un récit de vie fondé sur un travail journalistique d'exploration.

Le titre a été choisi en référence au célèbre panneau « Welcome to the fabulous Las Vegas » situé à l'entrée de la ville, passage obligatoire des touristes qui s'immortalisent dessous. Les caractères du panneau clignotent en néons orangés et c'est du tunnel le plus proche, dont l'entrée est juste en dessous, que commence l'exploration. C'est donc « sous les néons » que Matthew nous emmène, dans l'envers du décor de la ville du vice, sous les apparences. La couverture du livre est orange pour la même raison, en référence au panneau, et au centre dans un cercle très graphique se détache la silhouette de l'auteur à l'entrée d’un tunnel, photo prise lors de l'une de ses escapades.

Il faut savoir que Las Végas est situé dans une zone géographique très aride ; lorsqu'il se met à pleuvoir l'eau ne peut pas s'infiltrer dans le sol et monte donc très vite. Ainsi Matthew O'Brien va partir explorer l'immense réseau de collecteurs pluviaux, un ensemble de tunnels très longs qui permettent d'évacuer l'eau de la ville et d'éviter les crues. Lorsqu'il pleut l'eau peut monter de plus de 30 cm par minute à l'intérieur, et les tunnels deviennent vite le lieu de drames.

Au départ il accompagne son collègue Josh dans son projet d'écrire une série d'articles sur ce réseau. Mais très vite il ambitionne d'en faire un roman et se lance seul dans cette aventure, non sans appréhension. Il n'imaginait pas un instant que ce dédale souterrain puisse être habité. Il explore une zone ignorée tant par les touristes que les habitants de Las Végas,

 

« pour une ville qui servait de toile de fond à tant de films et de séries télévisées, disséquée dans la presse et les livres, nous avions posé le pied en territoire vierge – un monde underground (littéralement et au sens figuré) […] » (p. 133).

 

Pour chaque expédition il se munit d'un magnétophone accroché à sa taille avec un micro au col qui lui permet d'enregistrer toutes les conversations qu'il a avec les gens rencontrés en sous-sol, d'une Maglite (lampe-torche) et d'une mini Maglite, de piles de rechange en quantité, d'une matraque, d'une bouteille d'eau et d'un bonnet en laine.

Le livre compte huit chapitres et un épilogue. À chaque chapitre il donne un nom en fonction du collecteur qu'il « visite », en fonction de ce qui s'y est passé, des personnes qu'il y rencontre... Par exemple le premier chapitre s'appelle « Le collecteur Weber », parce que c'est dans ce tunnel que Timmy Weber a fui. Le quatrième s'appelle « Le collecteur de minuit » parce qu'il l'a exploré en pleine nuit, et le dernier « Le collecteur en crue » parce que lorsqu'il était à l'intérieur il s'est mis à pleuvoir et que le tunnel s'est rempli d'eau. L'épilogue nous renseigne sur ce qui est arrivé aux personnes qu'il a rencontrées après son enquête, il est retourné les voir, mais ne les a pas toutes retrouvées.

Il va donc faire de nombreuses rencontres, toutes plus étonnantes les unes que les autres comme Lauwrence, un cuisinier qui écrit de la poésie et des nouvelles (page 43). La plupart se retrouvent à vivre dans les souterrains pour échapper à une addiction, ou ruinés à cause de celle-ci, que ce soit le jeu, l'alcool ou la drogue. On peut parler d'un repaire de camés, de personnes rejetées de la société, avalées par la ville du vice. Beaucoup sont très terre à terre, très lucides sur leur situation, c'est la ville qui les a perdus. Mais nombreux sont ceux qui pensent et veulent s'en sortir, peu sont ceux qui y parviennent réellement.

Le journaliste est également étonné par les campements qu'il rencontre ; certains sont très sommaires mais d'autres vivent très bien équipés, se sont fabriqué une cuisine, des lits en hauteur pour se protéger de l'eau, des garde-manger... Un monde insoupçonné.

Matthew compare certains tunnels à d'autres réseaux existants : «  Dans les années 1980 et 1990, le métro et les tunnels ferroviaires de New York abritaient des milliers de personnes. » (page 36). Il songe également à la Cappadoce, une région historique et géographique de l'ancienne Turquie qui compte plus de 400 cités souterraines.



Avis

Sous les néons, best-seller aus États-Unis et dans de nombreux pays d'Europe est intéressant parce que c’est le récit d'une réalité que l'on ne pouvait pas imaginer. Grâce aux techniques d'enregistrement utilisées, les conversations sont retranscrites fidèlement. Matthew O'Brien nous fait constater ce qu'il a découvert. Le réalisme de cette non-fiction est saisissant, on ressent pleinement la peur du journaliste lors de ses investigations dans le noir complet, souvent obligé de ramper ou de marcher le dos courbé et les genoux pliés.

Je conseille cette lecture qui m'a plu, la typographie originale le rend très agréable à lire, c'est un beau livre, tant sur la forme que sur le fond.


Mégane Peinturaud, 1ère année édition librairie

 

 

Matthew O'BRIEN sur LITTEXPRESS

 

 

Couv. Blue Angel Motel

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Blue Angel Motel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 07:00

Kawakami-Mieko-Seins-et-oeufs.gif

 

 

 

 

KAWAKAMI Mieko
川上未映子
Seins et œufs
乳と卵
(Chichi to ran)
Première publication : 2007
Traduction
Patrick Honnoré
Actes Sud, 2012
 













Quatrième de couverture de l’éditeur

« À quarante ans, Makiko est envahie par l’obsession de se refaire les seins, une lubie que sa fille de douze ans ne supporte absolument pas. Conflits mère-fille, vertiges de la puberté, les choses prennent un tour très compliqué quand l’adolescente se mure dans le silence. Toujours plus déterminée dans ses choix, Makiko décide de rejoindre sa sœur cadette à Tokyo ; de dix ans sa cadette, Natsu est célibataire, et c’est dans son minuscule appartement que mère et fille vont lui imposer leurs problèmes. Alternant le récit de Natsu et le journal intime de l’adolescente, ce livre percutant, provocant et drôle explore le regard de trois générations de femmes japonaises liées par une tendresse muette face à leur propre représentation de la féminité. Au cœur de la mégapole et le temps de quelques jours, les cartes de chacune sont redistribuées et le jeu de rôle est ouvert. »
 

Kawakami Mieko est une jeune auteure et chanteuse japonaise. Diplômée de philosophie, elle a reçu en 2007 le Prix Akutagawa, qui est le prix littéraire le plus prestigieux au Japon, pour son roman Chichi to Ran (Seins et Œufs). Elle a également reçu en 2008 le prix de Femme de l’année décerné par le Vogue japonais.
 
Ce roman traite principalement de deux sujets autour des problèmes et réflexions que vivent trois femmes de la même famille : la relation entre une mère et son adolescente, et les relations que les femmes entretiennent avec leur corps.
 
 

Les personnages

  • Midoriko


Midoriko a 12 ans. Elle a décidé de ne plus parler avec sa mère autrement qu’à travers un petit carnet qu’elle garde toujours sur elle. Cette décision a été prise suite à une dispute entre elles, dans le but de ne plus faire souffrir sa mère, de ne plus lui imposer sa présence et ses problèmes :

 

« Je repense souvent à la dispute que j’ai eue avec maman,pour une bête question d’argent, pendant laquelle je lui avais répondu par colère : « Mais pourquoi tu m’as mise au monde d’abord ? » Sur le coup j’ai pensé, zut, c’est pas une chose à dire, ça m’a échappé. Elle était fâchée mais elle n’a rien dit, ça m’a laissé un sale goût dans la bouche. C’est à ce moment que j’ai décidé qu’il valait mieux ne plus parler avec maman […]. » (p. 61)

 

C’est une jeune fille apeurée par la puberté, qui refuse de grandir. Elle est obsédée par sa terreur des premières règles, elle ne comprend pas pourquoi son corps change alors qu’elle ne lui a rien demandé :

 

« Aujourd’hui, nous allons encore parler des seins. Je n’en avais pas, et maintenant ils me poussent. Je ne leur ai pourtant rien demandé. Pourquoi ils poussent ? D’où ils sortent ? Pourquoi je ne reste pas comme j’étais ? » (p. 77-78)

 

Elle refuse la fatalité liée à son sexe, qui fait que ce sont les femmes qui portent et donnent la vie. Elle est dégoûtée de tout ce que son corps contient pour la reproduction (le sang des règles, les ovules, l’utérus) :

 

« C’est l’horreur de penser qu’avant même de naître j’avais déjà tout ce qu’il faut pour faire naître des bébés. Et pas qu’un peu ! C’est pas juste écrit dans les livres, ça se passe en ce moment dans mon ventre ! » (p. 68)

 

Elle s’inquiète beaucoup pour sa mère, mais à cause de sa peur de la blesser de nouveau, elle ne sait pas comment le lui dire et garde tout pour elle :

 

« Et puis, aux Etats-Unis aussi, il paraît que la proportion de suicides chez les femmes qui ont eu une opération d’augmentation mammaire est trop fois supérieure à la moyenne. Elle sait ça, maman ? Si elle ne le sait pas, c’est grave ! Si elle le savait, elle changerait peut-être d’idée. Est-ce que j’y arriverai ? Est-ce que j’arriverai à lui demander pour de bon ? Pourquoi tu fais ça ? » (p. 83)
 

 

  • Natsu


Natsu, la narratrice, a trente ans, elle est la tante de Midoriko. Elle est célibataire et vit toute seule dans un petit appartement à Tokyo. Même si elle n’en parle qu’une fois dans le roman, son travail  n’est pas gratifiant et ne la comble pas : « En fait, on ne peut pas dire que ça marche fort niveau boulot. Y a-t-il même de quoi appeler ça un boulot ? Un rêve de boulot, tout au plus. » (p. 52) Pour la société japonaise, sa vie est un échec car elle n’a pas vraiment de travail, et n’a même pas d’enfants ou de mari.

Elle ne comprend pas le besoin de sa sœur de se faire refaire la poitrine, mais ne lui donne jamais son opinion. En réalité, Natsu est un personnage fade, qui donne l’impression de n’être que spectatrice de ce qu’elle regarde et entend, ne s’imposant pas, ne prenant jamais parti dans n’importe quelle situation. Si elle ne parlait pas à la première personne du singulier, on pourrait tout à fait croire qu’il ne s’agit que d’un narrateur extérieur :

 

« Makiko a sorti un mouchoir rouge de derrière de son pantalon et a commencé à essuyer par petits coups répétés le crâne plein d’œuf de Midoriko, avec sa main elle a commencé à démêler ses cheveux, à essayer de les passer derrière ses oreilles, ça a duré un long moment, sans parler, elle lui caressait le dos. » (p. 102-102)

 

  • Makiko


À environ quarante ans, elle essaie d’élever seule sa fille dont elle n’a jamais revu le père depuis la naissance. Pendant son voyage chez sa sœur, ivre, elle dit : « Je suis allée voir le père de Midoriko ! » (p. 92) mais on ne sait pas si c’est la vérité. Exploitée par son employeur, elle peine à joindre les deux bouts :

 

« Alors petit à petit, on lui a demandé des choses qui dépassaient le cadre ce pour quoi elle avait été engagée. […] Et comme elle est toujours payée à l’heure, même en travaillant six jours sur sept, je ne sais pas combien elle arrive à gagner par mois. » (p. 18)

 

 

Elle en veut à sa fille de ne plus lui parler, mais ne le lui confie pour la première fois que lorsqu’elle est ivre, ce qui ne facilite pas vraiment la communication entre la mère et la fille : « Dis donc, toi ! Si tu me parles plus, moi je suis su-su-supposée faire quoi, hein ? » (p. 95)

Elle est obsédée par l’idée de se faire refaire la poitrine. Elle a constitué une collection de brochures de différentes cliniques afin d’évaluer les différentes techniques d’augmentation mammaire : « […] je les ai amenées pour toi, pour te montrer les différentes possibilités. Et encore, j’ai en plein plein d’autres à la maison, mais j’ai pris les plus belles pour te faire voir. » (p. 32) Son obsession la pousse à en parler tout le temps, pendant des heures, mais également à regarder, volontairement ou non, les poitrines des autres femmes sans aucune pudeur, notamment quand sa sœur et elle se rendent aux bains publics :

 

« Et là, je me rend compte que Makiko, loin de regarder un point précis, ne voit en fait que là où ses yeux inconsciemment la portent, passant d’une poitrine à l’autre sans aucun intervention de sa volonté. » (p. 53)
 
 

 

La relation mère/fille

Midoriko et Makiko ont toujours vécu seules, car le père de l’adolescente était déjà marié. Il s’agit d’une grossesse non voulue pour Makiko, qui lui a en quelque sorte pris sa vie :

 

« Avant d’être avec moi il avait déjà une femme, il ne l’a jamais quittée pour de vrai, et dès le début je savais qu’il retournerait là-bas. Alors pourquoi il m’a fait un gosse, hein ? » (p. 58)

 

Sa fille ne lui parle plus, mais tout au long du roman, on a la sensation que Midoriko n’est qu’un fantôme à ses yeux, qu’elle ne la voit même pas, car plusieurs fois elle ignore ses réponses – muettes, certes, mais réponses écrites. Midoriko vit très mal cette situation. Comme nous l’avons déjà dit, elle ne parle plus de peur de dire à nouveau quelque chose de blessant pour sa mère. Mais à cause de cette distance entre elles deux, elle se retrouve toute seule pour gérer de grands bouleversements dans sa vie de jeune fille en devenir, et elle n’arrive pas à appréhender sereinement ces changements étant donné que les seules informations qu’elle obtient sur le sujet proviennent de discussions avec ses copines de classe ou d’émissions de télévision :

« […] Il y avait une quantité de serviettes hygiéniques dans des paquets géants comme les paquets de couches-culottes modèle éco. Comme il n’y en a pas chez nous, on va dire histoire de faire mon apprentissage même si je trouvais ça un peu répugnant, j’ai grimpé sur la cuvette des toilettes pour voir de plus près. » (p. 20)

Midoriko est à ce point contre la reproduction et la sexualité parce qu’elle a dû percevoir le malaise autour de sa propre naissance, c’est-à-dire le fait qu’elle soit le fruit d’une relation illégitime et d’être une « charge » pour sa mère, qu’elle doive se tuer au travail pour subvenir à leurs besoins : « Je voudrais vite devenir adulte et lui apporter de l’argent » (p. 62) et

 

« Elle parle avec les gens de sa clinique, alors pour entendre je m’approche sans faire de bruit. "C’est depuis que j’ai eu ma fille, parce que je l’ai allaitée au sein." Comme d’habitude. […] Mais si c’est ça, il ne fallait pas m’avoir ! Toute sa vie aurait été meilleure si elle ne m’avait pas eue. » (p. 78)

 

Le rapport des femmes à leur corps

Les trois personnages du roman constituent trois cas de figure.

Celle qui déteste ce qu’elle n’est pas encore, ce qu’elle devient : Midoriko. Elle refuse la fatalité de la puberté, et tous les changements que cela implique pour une jeune fille : avoir ses premières règles, voir apparaître sa poitrine… De plus, les sociétés de tous temps ont toujours véhiculé l’image de la femme matrice, destinée à enfanter, faisant de la conception d’un enfant une mission sacrée pour perpétuer la race humaine. Midoriko est en rébellion totale contre ce schéma, et contre son corps, qu’elle rejette et considère comme un être extérieur à sa personne :

 

« Et que soi-disant, nous devenons femmes à partir du moment où il y a du sang qui nous sort de par-là, et qu’en tant que femmes, nous sommes des donneuses de vie, tout ça. Franchement, il y a de quoi être fières ? Et franchement, franchement, il y en a qui pensent personnellement pour de vrai que c’est bien ? Moi non, en tout cas. Moi je crois que c’est ça qui fait que tout me répugne. » (p. 30)

 

Celle qui ne s’aime pas sans vraiment se détester : Natsu. La vision qu’elle a de son corps correspond parfaitement à l’image de personnage en demi-teinte qu’elle offre. Le roman finit sur ses propres réflexions sur son corps, et on peut se demander s’il ne s’agit pas là des premières failles face à l’appel de la chirurgie esthétique : «  Je me regarde : d’où ça vient, tout ça ? Où ça va ? Aucune idée. Mon corps est là à flotter, coupé par le cadre du miroir, indistinctement, éternellement là. » (p. 108)
 

Celle qui veut changer ce qu’elle est : Makiko. Même si elle dit à sa sœur que ce n’est pas pour rajeunir qu’elle souhaite se faire opérer, cela semble être la seule raison. C’est à travers l’écriture de Midoriko, dans son journal intime, qu’elle entend sa mère dire  « C’est depuis que j’ai eu ma fille, parce que je l’ai allaitée au sein. » (p.78) On peut aussi se demander si elle ne fait pas cela pour reconquérir le père de Midoriko, mais comme elle ne le cite qu’à deux reprises, cela reste une supposition.

 

 
Un débat de société

Dans les pages 38 à 44, l’auteure aborde à travers les souvenirs de Natsu un débat de société concernant la chirurgie esthétique. Cette discipline, et plus particulièrement les augmentations mammaires, sont-elles le fruit d’une société basée sur la satisfaction du désir de l’homme ? Peut-on vouloir se faire refaire la poitrine pour notre seule satisfaction ou est-ce une volonté forcément induite, de manière consciente ou non, par le désir des hommes ?
 
 

L’écriture

L’écriture de Kawakami Mieko est simple et épurée. Les phrases sont généralement courtes et expriment sans méprise ou quiproquo possible l’idée qu’elles portent. L’écriture à la première personne, ainsi que l’introduction d’éléments a priori autobiographiques rappellent le style shishōsetsu ; d’après le Nouvel Observateur, l’auteure, qui a été élevée par une mère célibataire enchaînant les petits boulots, « faisait le service dans un club du quartier nord d’Osaka, payait ses cours de philosophie par correspondance et la scolarité de son frère avec ses cachets de musicienne rock. »

 Le roman se lit vite et facilement, d’autant plus qu’il n’y a pas de réelle intrigue, avec des rebondissements ou un dénouement, les problèmes entre Midoriko et Makiko ne semblent pas résolus, et on ne sait pas si Makiko se fait finalement opérer ou non.
 

Aurore, 2ème année Bibliothèques

 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 07:00

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Asgard
Scénariste : Xavier DORISONDorison-Meyer-asgard2.jpg
Dessin et couleur : Ralph MEYER
Éditeur : Dargaud

1er tome paru en 2012
2ème tome paru en 2013
Série terminée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Xavier Dorison est né en 1972. Il débute avec la bande dessinée Le Troisième Testament en 1997. Après de nombreux autres travaux, on le retrouve en 2006 pour Les Brigades du Tigre. On le connaît davantage pour son travail sur Long John Silver, d'après le fameux roman de Robert Louis Stevenson. Depuis 2009, il enseigne le scénario à l’École Émile-Cohl de Lyon.

Ralph Meyer est né en 1971. Il participe à la création de Berceuse assassine, polar en trois tomes. On le retrouve également aux commandes du spin-off de XIII Mystery : la Mangouste. Sa dernière création est Asgard.



L’histoire

Tome 1 : Asgard et un « sräeling », un infirme maudit depuis sa naissance et normalement condamné à mourir de la main de son père. En effet, il lui manque une partie de sa jambe droite. Surnommé « Pied-de-fer », c’est un ancien guerrier de la Hilde (garde rapprochée des rois vikings). Devenu chasseur renommé du Fjördland, on lui confie bientôt la mission de traquer un monstre marin qui massacre les pêcheurs et leurs villages. Accompagné par un prêtre fanatique, une veuve guerrière, un seigneur de la Hilde et une jeune esclave, il se lance à la recherche du terrible serpent de mer, soi-disant envoyé par les dieux et annonciateur de la fin du monde…

Tome 2 : après avoir perdu deux de leurs compagnons, on retrouve Asgard, Sieglind et la veuve guerrière. Ayant abîmé leur drakkar lors du premier affrontement et persuadés d’avoir vaincu le monstre, ils se retrouvent contraints de retournerà pied dans leur village. Mais le Fröst approche et les conditions météorologiques se dégradent. Parvenus à un comptoir d’esclaves, ils se rendent vite compte que le village est désert. Surpris, ils ne se doutent pas que le Serpent-Monde les traque et qu’il est à l’origine du massacre des villageois. Se rendant compte trop tard que le monstre se trouve encore sur place, les trois Vikings ne peuvent s’échapper. Afin de laisser une chance aux autres de s’enfuir, la veuve guerrière se sacrifie. Ne voulant pas renoncer et souhaitant venger la mort de leurs compagnons, Asgard et Sieglind continuent de traquer la bête, jusqu’à l’affrontement final…

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Analyse

Reprendre une histoire de viking était risqué. En effet, après le succès deThorgal et compte tenu de sa place incontestée dans le monde de la bande dessinée, on pouvait se demander si le sujet n’était pas déjà épuisé. De la même manière, la chasse au monstre marin avait déjà fait l’objet de nombreuses histoires dont la plus emblématique reste Moby Dick d’Herman Melville. Mais heureusement, on se laisse prendre au jeu de cette traque qui semble au départ perdue d’avance.

Asgard, héros puni par les dieux dès sa naissance obtient tout de suite notre sympathie. Homme travailleur et habile de ses mains, il a tout de même réussi à se faire une place auprès des plus grands. Mais malgré tous ses efforts, son statut de « sräeling », le poursuit. Au départ taciturne et aigri, il va peu à peu s’ouvrir au contact de ses compagnons d’infortune. La jeune Sieglind, pêcheuse et esclave, va obtenir une place particulière dans le cœur de cet homme qui commence à vieillir.


L’aventure commence très mal car suite au premier affrontement, l’équipage perd deux hommes. Grâce àun dessin magnifique, on se trouve tout de suite plongé au cœur de l’affrontement. Personne ne sait à quoi ressemble le monstre et tous s’attendent à une grosse anguille de mer. Dès ce premier combat, on sent également toute la perversité et l’intelligence de ce monstre.

Cet affrontement, qui signe la fin du tome 1, montre également la détermination d’Asgard à détruire la bête. On sent qu’aucun n’abandonnera tant qu’un des deux ne sera pas mort. Tout au long de ce premier tome, on découvre le monde des vikings, les traditions, les conditions de vie… Peuple de chasseurs, que ce soit d’animaux ou d’hommes, les Vikings n’ont peur que d’une seule chose, les dieux. Plus sanguinaires et cruels que les Vikings, les dieux ont droit de vie et de mort sur le peuple qui les vénère. Nourri de légendes toutes plus cruelles les unes que les autres, le peuple se trouve à jamais lié aux dieux et contraint de vivre dans la peur.

Ce Serpent-Monde, fils de dieux du panthéon viking, symbolise l’arrivée de la fin du monde. En cherchant à le tuer, Asgard se met donc en travers du chemin des dieux. Un homme, maudit qui plus est, peut-il se hisser au même niveau que les dieux ? Asgard semble le penser et l’affrontement final permettra de déterminer qui a le contrôle du monde des hommes : les dieux ou les hommes eux-mêmes.

On découvre donc le vrai visage du monstre à la fin du premier tome. En effet, on avait déjà eu l’occasion d’assister aux attaques du monstre sur les bateaux de pêcheurs et sur les villages mais jamais son corps n’avait été montré. Ce suspens laisse le lecteur dans l’attente et l’angoisse. Quelle sorte de créature peut infliger ce genre de dégâts ? Quel peut-être le but de cette créature ? Est-elle envoyée par quelqu’un ou est-ce un phénomène naturel ? Cette dernière hypothèse est évoquée par Asgard. En effet, il pense que ce n’est qu’une anguille de mer qui n’a cessé de grandir, ne rencontrant aucun prédateur à sa taille. Ayant goûté une fois à de la chair humaine, elle se décide à en traquer davantage car c’est une viande qui lui plaît. On peut donc trouver une explication rationnelle à sa présence et à son comportement jusqu’à ce qu’on la rencontre pour la première fois. Trop intelligent et trop pervers pour être un animal sauvage, il semble être une créature magique, ce qui sera confirmé par la suite. On suit donc le parcours des combattants à travers le Fjördland, servi par des dessins très réalistes.
 
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Dans le deuxième tome, on retrouve nos trois rescapés. Déterminés à rentrer chez eux, mais privés de drakkar, ils entreprennent de rentrer à pied. Persuadés que la bête est morte, ils ne se doutent pas du mal qu’elle a fait pour se venger. Enfin arrivés dans un village désert, ils se rendent compte que la bête est toujours vivante et prête à se venger.
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Le lecteur se doute également de quelque chose. Le scénariste et le dessinateur arrivent à faire passer une tension qui fait penser au pire. Contraints de fuir, Asgard et Sieglind se trouvent bientôt acculés avec une bête folle à leurs trousses. Ne pouvant faire autrement, ils plongent dans le fleuve afin de passer une barre rocheuse. Comme s’il avait prévu cette action, le monstre les retrouve et les attaque sous l’eau. Le dessinateur réussit presque à nous faire suffoquer et paniquer. On arrive à s’imaginer à la place des ces deux hommes, nus et sans défense, affrontant un monstre qui ne renoncera jamais et qui se trouve dans son élément, l’eau. On est comme pris d’une crise de claustrophobie et on regarde impuissant le monstre porter ses derniers coups de grâce. Le dernier affrontement, au cœur d’un lieu sacré, porte à son apogée la tension accumulée au fil des pages. L’animal blessé, les Hommes blessés se retrouvent presque à égalité pour le combat final. Aucun ne veut renoncer et les auteurs de cette bande dessinée haletante font tout pour maintenir le suspens jusqu’à son dernier soupir.

La mort du monstre signifie-t-elle la mort des dieux ou du moins la perte de leur emprise sur le monde des hommes ? Faut-il envoyer un monstre afin d’affaiblir des hommes qui pouvaient se rapprocher des dieux ?

Au contraire, la mort du héros Asgard signifierait-elle la victoire des dieux sur le monde des hommes ? Mais la nouvelle vie de Sieglind symbolise également le passage à autre chose, un nouveau départ que l’on espère heureux et sans violence.


À la fois quête initiatique, confrontation entre la volonté des dieux et les croyances des hommes, cette bande dessinée renouvelle le genre viking et apporte une nouvelle dimension à la notion de héros.



Mon avis

Peu familière de ce genre de bande dessinée, c’est le dessin qui m’a dans un premier temps séduite. Au départ, il a été difficile de plonger dans ce récit, plein d’expressions et de coutumes que je ne comprenais pas. Après avoir fait quelques recherches, le monde que proposait Xavier Dorison s’est révélé plus limpide. La présence du Krökken et sa représentation m’ont tout de suite fait penser à des monstres mythiques comme celui du Loch Ness. En revanche, je n’avais jamais vu de monstre aussi teigneux et pervers que celui-là. C’était à la fois fascinant et dérangeant. La façon dont il est dessiné, au départ invisible mais présent et à la fin visible dans toute sa longueur et sa puissance arrive à nous faire peur.
 
Les personnages sont également très attachants et on sent dès le départ qu’Asgard et Sieglind seront présents pour s’épauler l’un l’autre. Environné par des paysages magnifiques, leur voyage prend une dimension de rite de passage à l’âge adulte pour Sieglind.

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée, que ce soit grâce aux dessins ou à la tension que le scénariste et le dessinateur ont réussi à introduire dans le récit. À sa lecture, j’ai ressenti beaucoup de peur, de joie et de soulagement. Je vous laisse découvrir par vous-même la fameuse histoire du Krökken, fils des dieux d’Àsgard…

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Pauline, 2ème année ‘Edition-Librairie

 

 

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Published by Pauline - dans bande dessinée
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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 07:00

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Pascal GARNIER
Nul n'est à l'abri du succès
Zulma, 2001, réédition en 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Pascal Garnier est un auteur français contemporain, né en 1949 à Paris, qui s'est éteint en 2010 en Ardèche, laissant derrière lui une œuvre littéraire de près de cinquante ouvrages, partagée entre romans noirs et publications pour la jeunesse. Il décide d'écrire assez tardivement, à l'âge de 35 ans, et suite à un essai malheureux dans le monde du rock'n'roll. Auteur infidèle, il commencera à publier chez POL mais finira chez Zulma, en étant passé par Fleuve Noir, Flammarion ou encore Nathan... Nul n'est à l'abri du succès a obtenu le prix du festival « Polar dans la ville » de Saint-Quentin-en-Yvelines en 2001, année de sa parution.

Mais plutôt que de vous assommer de détails biographiques, je vous conseille de lire la rubrique « Pascal Garnier par lui-même », qui débute ainsi : « D'après mes papiers, je suis né le 4 juillet 1949, à Paris, 14e. Je ne m'en souviens plus, mais admettons. » Elle se trouve sur cette page qui vous donnera également quelques éléments de critique :  http://www.zulma.fr/auteur-pascal-garnier-100.html. Vous pouvez également la retrouver sur cette fiche de lecture-ci :  http://littexpress.over-blog.net/article-pascal-garnier-53495070.html. Quant à cette page-là, elle vous propose un entretien avec l'auteur et une bibliographie :  www.encres-vagabondes.com/rencontre/garnier.htm.



L'histoire

Tout commence par un prologue sous-titré « état des lieux » dans lequel le narrateur, Jean-François Colombier, alias Jeff, nous présente son fils, Damien, son ancienne petite amie, Hélène, et sa femme, Ève. Celle-ci l'a rencontré après une séance de dédicaces car Jeff est un écrivain, brutalement devenu célèbre grâce à son dernier ouvrage, pour lequel il vient de recevoir un prestigieux prix littéraire. Il a très peu de points communs avec son fils, il ne le connaît presque pas, ayant été, durant une grande partie de son enfance, une présence principalement financière. Seuls de petits souvenirs de moments partagés çà et là les relient. Pourtant, pour s'éloigner du flot de célébrité et de reconnaissance qui l'envahit, c'est chez Damien que Jeff trouve refuge.

Après avoir partagé une ligne de cocaïne, ils partent ensemble à Lille car Damien est appelé pour y exercer son devoir de dealer professionnel. La voiture qu'ils empruntent semble étrangement familière à Jeff, et pour cause, père et fils ont un nouveau point commun, Hélène, qui a quitté le premier pour sortir avec le second et à qui appartient ladite voiture. Arrivés à destination, une grande et sombre maison, où se mêlent musique bruyante, alcool et substances illicites, Jeff se perd et rencontre Agathe, une jeune femme au look punk, qui le guide jusqu'à une brasserie dans laquelle elle lui vole son portefeuille. Perdu, sous les effets de la drogue et de l'alcool, il erre dans les rues de Lille, jusqu'à un bar dans lequel il noie un peu plus profondément son désespoir dans l'alcool. Il y passe un coup de fil à un avocat, « un nabot aux bras si courts qu'ils font penser à des ailerons de poulet », que Damien et lui ont rencontré sur la route, Me Billot. Il lui propose de venir chez lui, le reçoit autour d'un cognac et écoute ses mésaventures. Il connaît Agathe, c'est une de ces clientes, il dit à Jeff qu'il va récupérer son portefeuille, en attendant il l'autorise à rester, se resservir un verre et profiter du canapé pour faire un somme.

Lorsque l'écrivain émerge de son cauchemar, une joue en sang sans qu'on en connaisse l'explication, il est face à une vieille dame qui le menace du canon de son flingue. Elle est la mère de Me Billot. Elle apprend à Jeff qu'il n'a pas affaire à un avocat mais à un homme malhonnête qui profite du malheur ou de la malchance des gens pour faire sa fortune, qu'il partage avec elle. Ayant évité la mort par balle de justesse, il se retrouve à danser avec la vieille femme quand le prétendu avocat rentre avec une Agathe rouée de coups. Elle prétend que l'auteur a tenté de la violer, qu'elle s'est débattue et qu'il a perdu son portefeuille dans le feu de l'action. Jeff refuse d'être accusé à tort, repense à l'arme qui a atterri sous l'armoire, va la récupérer et les menace avec. Premier coup de feu. « De fil tordu en aiguille courbe », Agathe et Jeff s'enfuient ensemble de l'appartement. Deuxième coup de feu. Au milieu de la Grand-Place, l'écrivain s'effondre...



L'écriture

Outre ce qui transparaît du résumé (les relations père-fils compliquées, la célébrité soudaine, la drogue, l'alcool...), Pascal Garnier nous parle de la maturité à sa façon. Son « héros » n'arrive pas à grandir, ou plus exactement, à vieillir, il veut rester jeune, et relativement insouciant, à tout prix. Ce voyage avec son fils, c'est une quête de sa jeunesse, durant laquelle il comprend finalement qu'il doit en faire son deuil. Elle se transforme alors en réflexion sur la brièveté de la vie et l'imminence de la mort qui pourtant semble ne jamais vouloir arriver... Du moins, jamais quand ni là où on l'attend.

Pascal Garnier nous fait naviguer dans des atmosphères diverses avec une déconcertante facilité : où qu'il nous amène, on a l'impression d'y être. Il ponctue son roman de petites touches acerbes, de remarques désobligeantes que le second degré nous permet de prendre avec le sourire. Loin d'embellir la société, il en souligne les défauts, sans pour autant nous les présenter comme des problèmes : ce ne sont que des réalités, des banalités...

La mise en abyme de son propre métier au travers de Jeff nous dévoile les coulisses du succès, ce que l'on ne soupçonne pas, à savoir, le fait que l'auteur célèbre est un être aussi paumé voire encore plus perdu que n'importe quel quidam... Il n'est pas « à l'abri du succès », il n'est pas à l'abri de quoi que soit et il est rarement épargné au cours du roman. Une tragédie pas si tragique que ça, aux notes grinçantes...


Lola Favreau, 2ème année Édition-Librairie

 

 

Pascal GARNIER sur LITTEXPRESS

 

GARNIER

 

 

 

 

 Article de Benjamin sur l'auteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:00

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Lionel SALAÜN
Le Retour de Jim Lamar
Liana Levi, 2010
Collection Piccolo, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lionel-salaun.jpgSi le visage de Lionel Salaün vous est familier, c’est que vous avez peut-être eu l’occasion de le rencontrer lors de l’événement littéraire Lire en poche du début d’année scolaire, en septembre 2012. Cet auteur français est né en 1959 à Chambéry. Avec Le Retour de Jim Lamar, il signe son premier roman, paru en 2010 chez Liana Levi, qui a été largement salué par la critique. Il a reçu de nombreux prix, une dizaine dont la majorité est attribuée par des lecteurs, et notamment celui de Lire en poche.

Le Retour de Jim Lamar est un ouvrage de plus de 200 pages et il aborde des thématiques très fortes. Ce livre raconte le retour d’un homme, Jim Lamar, soldat américain ayant servi au Vietnam, dans sa ville natale, des années après la fin de la guerre. Mais ce retour tardif n’est pas celui qu’il attendait car ses parents sont morts, sa maison a été pillée et les villageois n’ont aucune envie de le voir s’installer sur une propriété qui aurait pu devenir la leur. Tout semble le pousser à repartir, mais c’est compter sans la rencontre avec un jeune garçon : Billy.

Ces deux-là ne semblent pas avoir beaucoup de points communs à première vue car ils abordent la vie avec une vision du monde assez différente. Le premier, Jim, a beaucoup souffert et en particulier lorsqu’il a vu mourir sous ses yeux ses trois frères d’armes : Chet, Butch et Sonny Boy et le second, Billy, n’est encore qu’un enfant qui a atteint l’âge de treize ans. Pourtant un surprenant rapprochement se crée et une tendresse naît entre eux. Peut-être est-il dû au fait que les deux personnages soient courageux chacun à leur manière ou tout simplement peut-être que c’est leur amour pour le fleuve Mississippi qui les lie :

 

« Pour moi, aimer le fleuve était une évidence. Pas besoin d’en faire un plat. Mais là, c’était bien l’écho de mes propres pensées, toutes simples et toutes bêtes, qui me revenait aux oreilles et au cœur avec la voix de Jim Lamar ».

 

Le thème fort qui est abordé dans ce livre, c’est tout d’abord la guerre et cela avant même le commencement de l’histoire car elle apparaît dans une citation avant le premier chapitre : « Comme cette guerre est âpre et dévastatrice. Elle nous a volé le printemps de nos jours […] ». L’écrivain par cette utilisation de l’intertextualité puisqu’il s’agit d’une lettre « trouvée sur un jeune soldat vietnamien » focalise directement son texte autour du sujet principal. Donc ce qui est très important ici c’est le contexte historique de la guerre puis de la guerre froide. Il intervient à de nombreuses reprises et est très puissant. Les exemples suivants l’illustrent très bien :

 

« il avait été enrôlé en 68, à vingt ans, dans les forces de l’Oncle Sam pour aller combattre les diables rouges […], loin, très loin de chez nous, la menace communiste, à en croire les journaux télévisés, reprenait de la vigueur avec l’arrivée au pouvoir en France d’un allié de Moscou. Désormais l’ultime frontière entre nous et notre ennemi mortel se résumait à l’océan Atlantique. »

 

La guerre, sous tous ses aspects, est explorée. On la perçoit à travers le regard et les impressions des habitants qui en ont entendu parler grâce aux médias. C’est pourquoi on accède à ce discours de la part de certains et notamment du père de Billy qui n’apprécie pas que son fils côtoie Jim :

 

« T’es trop jeune pour savoir certaines choses, garçon ! reprit-il enfin. T’as pas idée de c’que ces gars ont fait quand y z’étaient là-bas, dans c’putain d’pays d’sauvages ! […] c’qu’y z’ont fait chez les Viets, ça s’raconte pas tellement c’est moche ! »

 

La guerre est évoquée par tout un lexique de l’horreur, de la violence comme on l’observe à la page 80 : « Y t’a parlé de tous les gens qu’y z’ont tué, des vieux, des vieilles qu’y z’ont cramés dans leur bicoque, des femmes violées, des gosses massacrés ! » On voit aussi ce qu’elle provoque sur les êtres humains. Le héros a changé par sa faute : « L’immense, le colossal Jimmy semblait bien avoir perdu le sens de l’humour ». L’impact et les conséquences de la guerre sont dénoncés à travers ce texte. Et plus on avance dans le récit, plus Jim se livre à Billy et nous en apprend sur son expérience traumatisante avec l’aide de longs monologues qui ne le laissent pas de marbre : « je vis perler à sa paupière les premières larmes ». Ce qui est caractéristique de ses paroles c’est qu’il met en avant l’injustice de la guerre avec l’utilisation de nombreuses interrogations et de « Pourquoi » :

 

« Pourquoi nous qui avions quitté le pays en fanfare, comme des héros, les sauveurs du monde libre étions-nous revenu aussi discrètement que possible, presque en catimini, ignorés par les politiciens, méprisés par ceux qui après l’avoir soutenue avaient fini par avoir honte de cette guerre, insultés par des gamins de notre âge […] ».

 

Jim brosse au fur et à mesure un portrait de la société de l’époque lorsqu’il décrit ses trois compagnons du Vietnam, qui font leur apparition vers la moitié du texte, et il aborde alors les différences entre les populations des États-Unis : les Californiens, les habitants de Chicago, les étudiants… Mais c’est aussi le racisme et la ségrégation qu’il évoque ainsi que la naissance de l’espoir avec l’arrivée du pasteur King et la détresse à sa mort.

En plus d’être un livre sur la fraternité et l’amitié, Le retour de Jim Lamar évoque également les relations familiales parfois compliquées, l’alcoolisme, le travail agricole. Grâce au personnage de Billy le jeune adolescent, on voit une remise en question de l’autorité et donc une réflexion sur la religion et une critique forte et brutale de l’hypocrisie sociale propre à toutes les sociétés :

 

« D’un coup, sans crier gare, avec la violence d’une pelletée de cailloux lancée dans un entonnoir en plastique, tous ces foutus salopards qui s’envoyaient les paroles de l’Évangile comme un laxatif pour évacuer leurs humeurs perfides, le pasteur Clark qui bien souvent partageait leurs idées […] cette somme de simulacres déboula dans mon cerveau avec un bruit de tonnerre […] Ma décision était prise ; je n’irais plus. »

 

Cet ensemble de thèmes s’ancre dans un décor, un environnement imposant : les États-Unis et plus précisément Stanford. Le lecteur ne peut oublier les lieux dans lesquels se déroule l’intrigue étant donné qu’ils l’influencent. Même la musique qui est évoquée est caractéristique de cette ambiance et est propre au pays ; tous les sens sont convoqués. La place occupée par l’arrière-plan est considérable comme on le voit dans ces passages : « Les silos, à Stanford, comme un peu partout dans la région, ce n’est pas ce qui manque […] dans un pays aussi plat qu’une tranche de bacon », « Comme eux il avait chassé les grenouilles dans les marais, comme eux il avait pêché le black-bass et le bluecatfish dans le Mississippi ». Et c’est plus précisément le fleuve Mississippi qui occupe une place centrale et qui cause l’admiration des personnages principaux. Lorsqu’il est décrit, c’est avec beaucoup d’adjectifs et une exacerbation des sensations, des émotions. Tout de suite, une certaine poésie habite le texte lorsque l’on parle du cours d’eau :

 

« Un monde aquatique, gorgé de lourdes exhalaisons de terre détrempée et de bois mouillé, au sol gras où chaque pas marque et s’accompagne d’un bruit de succion, un monde vert, luisant, hanté par la musique monocorde de la pluie ruisselant […] ».

 

Le fleuve est aussi un outil de comparaison et de métaphore pour l’auteur. Il l’aide à mettre des images sur des choses aussi insaisissables que la mémoire de Jim Lamar :

 

« Embarqué une fois encore dans les méandres de sa mémoire, je me laissais porter au gré de son courant aussi tortueux que celui du Mississippi. Un instant, je crus que nous étions engagés dans un bras mort au fond duquel, pris dans la vase, nous allions devoir patienter jusqu’aux prochaines grandes eaux pour faire marche arrière et reprendre le fil du fleuve. »

 

Cet écrit n’est pas manichéen et réserve de nombreuses surprises à celui qui veut bien s’y plonger. Il y a une intéressante évolution des personnages qui sont plus complexes qu’ils n’y paraissent. Pour illustrer mes propos, on peut citer l’exemple de Billy qui à la fin du texte prend une décision pleine de conséquences : il met le feu à la maison de Jim pour le pousser à prendre un nouveau départ.

Ce texte est assez accessible car l’écrivain se rapproche du lecteur en utilisant le pronom « on » par exemple ou le « je » qui nous place auprès du narrateur : Billy, en employant des questions rhétoriques ou encore en utilisant le langage courant : « des gens pas comme nous, des gens d’ailleurs, des étrangers, quoi ! ». Il l’est également car il utilise l’humour et une dose importante d’ironie :

 

« Dès les premiers jours et comment les en blâmer, de bonnes âmes charitables étaient venues arracher à leur sort tragique tout ce que poulaillers, clapiers, soues, pigeonniers et autres comptaient de pensionnaires […] Comme il va de soi qu’il aurait été stupide, et regrettable, de laisser gâcher bêtement les conserves préparées avec soin par Edna, certains, sinon les mêmes n’écoutant que leur conscience, s’étaient enhardis à forcer la serrure de la maison pour ratisser les étagères ».

 

Chaque personnage possède un langage particulier, il y a donc une identité propre à chacun. Il est plus châtié lorsque Jim s’exprime et moins lorsque le père de Billy prend la parole. Cela nous permet de situer un personnage par rapport à sa fonction dans la société et son niveau d’études. Ce texte n’est donc pas monotone. De plus, il y a une polyphonie qui tient le lecteur en haleine et captive son attention. Les pensées des personnages sont en italique et interviennent dans le récit des lettres de soldats, les écrits et les poèmes de Jim qui tient un cahier. C’est donc un livre dynamique. L’auteur joue aussi avec le rythme du récit et une alternance de phrases longues lorsque Jim raconte et de phrases courtes lorsque l’action devient plus soutenue (par exemple lorsque Billy se fait poursuivre par un ours).

Tous ces éléments en font un livre fort et foisonnant qui nous éclaire sur la nature humaine et sa complexité. Si vous souhaitez savoir pourquoi Jim Lamar, tel Ulysse, a tant tardé pour rentrer chez lui, ce livre est pour vous.


Marie D., 2ème année Édition/Librairie

 

 

 

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 07:00

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Jack LONDON
Martin Eden (1909)
Traduction
Francis Kerline
Phébus
Collection Libretto, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est au coeur d'une belle demeure que notre histoire commence.

Un jeune marin de vingt ans découvre pour la première fois l'univers raffiné de la bourgeoisie, où règnent la culture, le savoir et l'aisance. Pour lui, c'est un autre monde, décalé du sien. Une sphère  privilégiée où l'on peut découvrir la quiétude et les secrets de l'esthétique. C'est donc dans cette maison bourgeoise que Martin Eden, très impressionné, verra pour la première fois Miss Ruth Morse, étudiante en lettres, dont il tombera immédiatement amoureux.

Lui a grandi dans la pauvreté, la violence, l'imprévu. Il se trouve confronté à la vue d'une jeune femme qui depuis toujours, vit au cœur de la richesse matérielle et intellectuelle.

Dés les premières pages, nous est livrée l’exaltation ressentie par le jeune homme pour cette jeune personne bien éduquée qui semble incarner la beauté, la délicatesse, la pudeur et l'intelligence.

 

« Il la compara à une fleur d'or pâle frémissant sur sa tige. Ou plutôt non : c'était un esprit, une divinité, une déesse ; une beauté aussi sublime n'était pas de ce monde. » (p.15).

 

Martin Eden idéalise sans même la connaître cette jeune femme cultivée. Il ressent immédiatement une profonde admiration, mêlée à une crainte fébrile, celle du ridicule. En effet, le jeune homme s'exprime avec un langage brut, âcre et vulgaire, celui des bas-fonds du monde ouvrier. À l'opposé, Ruth et les siens manient la grammaire avec habileté, en employant naturellement de belles tournures de phrases.

 

« Oubliant sa réserve, il la dévorait des yeux. Vivre pour elle, pour la conquérir ; se battre et...mourir pour elle. Les livres disaient vrai. Il y avait des femmes comme elle sur terre. Elle en était la preuve . » (p.19)

 

Pour la conquérir, Martin est déterminé à braver les conventions, à franchir le gouffre qui les sépare, du fait de leur position sociale respective. Martin Eden déploiera une énergie impressionnante, une volonté d'acier qui lui permettra d'acquérir rapidement un savoir encyclopédique, une très grande culture qui affinera son esprit vif et son discernement. Cette première rencontre sera décisive dans l'existence de ce jeune homme, visiblement fasciné par la présence de Ruth. Jack London décrit avec subtilité les sensations et les sentiments, la sensibilité à fleur de peau d'un jeune homme émerveillé par la découverte d'un univers si différent du sien.

 

« En l'entendant rire, il avait senti de délicieux petits frissons lui parcourir le dos. Comme un ruissellement de clochettes d'argent, se dit-il et, l'espace d'un instant, il s'imagina dans un pays lointain, fumant une cigarette sous un cerisier en fleur, tandis que les clochettes d'une pagode appelaient à la prière les fidèles en sandales de paille. » (p. 20)

« La beauté idyllique et l'élévation spirituelle des livres devenaient réalité. » ( p. 27).

 

La force et la pureté de l'amour qu'il éprouve pour Ruth sont sans aucun doute une des clefs du récit. Cet amour puissant va l'inciter à découvrir en profondeur les connaissances culturelles et le monde bourgeois.

Peu à peu, le jeune homme portera un regard nouveau, critique et progressiste sur les courants de pensée et les œuvres de divers auteurs, notamment contemporains. Cette acuité intellectuelle, associée à son expérience «  crue » et concrète de la vie, feront de lui un être à part, à la personnalité incomprise. Au fil des pages, Jack London nous dépeint le destin exceptionnel d'un homme pétri par ses voyages, ses lectures éparses, ses ambitions, mais également ses désillusions douloureuses face à la nature humaine.



Le deuxième rencontre qui marquera profondément l'existence de Martin est celle de Russ Brissenden, riche intellectuel tuberculeux, avec qui il se trouvera de nombreux points communs et dont il apprendra beaucoup. Cet homme, autodidacte comme Martin, possède un talent immense en matière d'écriture, mais ne veut en aucun cas être connu du grand public. Martin ressent une profonde admiration mêlée de respect pour cet homme atypique.

 

« Vous m'avez montré ce qu'était un écrivain. Quel génie ! Non, c'est plus que du génie, ça transcende le génie . C'est la vérité devenue folle. » (p. 334).

 

Au fil des pages transparaît le caractère attachant de Martin Eden : un homme sensible, spontané, généreux, impulsif, rêveur, doté d'une grande vivacité d'esprit, d'une imagination remarquable et d'une santé hors du commun.

Ce roman, publié en 1909, est certainement la plus autobiographique de toutes les œuvres de Jack London. En effet, l'histoire de Martin Eden présente de nombreuses similitudes avec celle de son créateur. Jack London vient d'un milieu pauvre, a effectué de nombreuses professions dans le monde ouvrier. Tout comme son personnage, Jack London est un autodidacte qui se forge une culture personnelle et non conventionnelle ; c'est aussi un aventurier, un vagabond qui a soif de liberté et de justice.

À l'âge de neuf ans, Jack London  fait la découverte des Contes de l'Alhambra de Washington Irving ainsi que de l’œuvre de la romancière anglaise Ouida intitulée Signa, relatant l'histoire d'un enfant de ferme italien sans éducation qui devint un célèbre compositeur d'opéra. Outre sa vie personnelle, ce livre est peut-être une des sources d'inspiration de son roman Martin Eden.

Ce roman passionnant aborde avec richesse et psychologie de nombreux thèmes qui s'entremêlent harmonieusement : l'amour, l'apprentissage de l'existence et sa complexité, la force de l'amitié, la dureté de l'intolérance, les distinctions sociales, la confrontation d'idées, la beauté et la vigueur de la vie qui palpite, mais aussi le désenchantement.


Quitterie, 1ère année édition-librairie

 

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

 

jack london

 

 

 

 

 

Dossier d'Anne-Laure et Loïk. Fiches sur Martin Eden, Le Talon de fer, Le Vagabond des étoiles, L'Appel de la forêt, Parole d'homme, Le Loup des mers, Contes des mers du sud.

 

 

 

 

 

 

Jack London Croc-blanc01

 

 

 

 

Article de Yaël sur Croc-Blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jack-london-le-talon-de-fer.gif

 

 

 

Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Jack London Le peuple d'en bas

 

 

 

Article d'Esilda sur Le Monde d'en bas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jack London Le bureau des assassinats

 

 

 

 

Article de Tiphaine sur Le Bureau des assassinats.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Quitterie - dans fiches de lecture 1A
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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 07:00

Jean-Yves Reuzeau, né en 1951 à Laval (Mayenne), est un écrivain et poète français.
Jean-Yves-Reuzeau-Jungle.JPG
Il anime la revue Jungle, depuis 1977 et la revue Inuits dans la jungle depuis 2008. Il est l'auteur d'anthologies, de biographies de musiciens (Jim Morrison, Janis Joplin) et a publié des recueils de poèmes. Cofondateur des éditions Le Castor Astral à Bordeaux en 1975, ilJean-Yves-Reuzeau-Inuits-dans-la-jungle.gif a travaillé longtemps pour le label Elektra, celui des Doors. Il travaille également à mi-temps aux éditions de L'Archipel à Paris. Il a récemment publié une troisième biographie sur Jim Morrison, cette fois-ci chez Gallimard.

Faisant mon stage au Castor Astral à Pantin, j'eus la chance de côtoyer quotidiennement Jean-Yves Reuzeau. Je lui demandai donc si ça ne le dérangerait pas de m'accorder un peu de son temps dans le cadre de mes études pour un entretien, ce qu'il accepta immédiatement. Il m'accueillit chez lui, à deux pas du local de la maison d'édition. À peine franchi le seuil de sa porte, il me mit tout de suite à l'aise en me faisant couler un café et en me laissant regarder et piocher dans les livres qui garnissaient les murs de sa petite mais conviviale maison que la façade terne ne laissait aucunement présager.
 


Depuis quand écrivez-vous ?
 
Le souvenir le plus ancien que j'ai, j'étais en cinquième. C'est bizarre, l'écriture... Je me rappelle que j'avais commencé, quel âge je pouvais avoir ? J'avais vaguement écrit avant une sorte de petit récit qui se passait au temps des Romains, enfin disons que c'était de l'expression, mais là où j'ai vraiment senti que ça me travaillait quand même c'était bien en cinquième, là j'ai écrit des poèmes et j'avais écrit un récit de science-fiction, c'est bizarre, alors que c'est maintenant le genre littéraire que je déteste le plus... Mais en fait mes deux trois potes d'alors adoraient ça donc j'écrivais pas en cours mais en étude et ils s'arrachaient ça, ils lisaient ça, alors que c'était vraiment des trucs... heureusement que ça n'existe plus.

Voilà ça c'est les premiers souvenirs que j'ai. Mais la véritable affaire c'était quand même la poésie.
 


Et quand est-ce que c'est né ?
 
En cinquième c'était là mais de temps en temps ; là où vraiment ça a décollé c'était je dirais quand j'étais en seconde parce que là on était quand même quelques-uns à en écrire un peu et après ça a été mais j'ai peu publié, pour différentes raisons, mais ça me préoccupe tout le temps, voilà, j'y pense tout le temps, ça ne m'a pas lâché, je n'ai jamais lâché l'affaire, puis bon c'est ce que je préfère lire... regarde les livres de ma bibliothèque c'est des livres de poésie en priorité, c'est ma passion quoi...
 


Quels sont les premiers auteurs qui vont ont donné envie d'en écrire ?
 
Ce qui était le plus audacieux quand j'étais encore au collège c'était les surréalistes, c'était encore ce qui passait pour plus révolutionnaire, c'est ça qui nous excitait le plus, le surréalisme était encore ce qu'il y avait de plus attirant mais quand tu commences à en écrire et à en lire tu finis par tomber sur des poètes contemporains, alors tu te dis ok, oui d'accord, il y a le surréalisme mais il y a aussi autre chose, après tu achètes des anthologies, après tu lis des revues, après tu trouves dedans tes auteurs préférés et après tu vas vers les livres de ces gars-là... À l'époque il y avait un énorme phénomène de revues, il y en avait partout ; nous aussi d'ailleurs, on avait une revue de poésie qu'on vendait très bien mais ça s'est vraiment perdu par contre, il y en a encore mais avant elles se vendaient plus que maintenant, avant on arrivait à en rentrer en librairie il y a encore une vingtaine d'années... Aujourd'hui on en a une superbe mais les ventes sont misérables, je ne connais pas une revue qui se vende en poésie, je pense que c'est dû au manque de curiosité, aux rayons revues qui se sont resserrés et puis c'est chiant à tenir pour un libraire... et puis il y en a plus beaucoup qui s'y connaissent vraiment en poésie.
 

Il y en a quelques-uns encore...
 
Non je ne dis pas qu'il n'y en a plus mais il reste moins de cent libraires qui reçoivent les offices de poésie et sur les cent je dirais qu'il y en a peut-être quarante en France qui connaissent bien l'affaire quoi... allez cinquante je vais être sympa, ça va pas plus loin...
 


Combien de recueils avez-vous publiés ?
 
En fin d'année prochaine on devrait pas être loin de publier notre millième livre.
 


Non mais je parle de vous...
 
Le problème c'est que je fais difficilement la distinction entre les deux ; j'ai pas trop le temps de publier mes bouquins d'ailleurs parce que je passe mon temps à publier ceux des autres... Un truc que je vis moyennement bien parce que publier les autres c'est un peu comme si je me publiais, c'est assez bizarre ce qui se joue là, je suis aussi content quand je publie le bouquin d'un autre que quand je publie mon propre bouquin. C'est curieux. Je me fais engueuler par plein de gens qui me disent putain mais publie-toi au lieu de publier la poésie des autres.
 


Vous pourriez vous publier au Castor Astral en plus ?
 
Non je pense que je le ferais pas au Castor, bah non parce qu'on va dire : il se publie chez lui, il va à la facilité. Je pense que personne ne me le dirait vraiment mais ça ferait bizarre un peu donc si j'ai l'opportunité de le faire ailleurs je le ferai ailleurs. Sauf si je veux faire un livre super beau qui me fasse plaisir...
 


De quel héritage votre écriture est-elle redevable ? Qu'est-ce que vous avez d'abord essayé d'imiter en termes d'écriture ? Et maintenant où en êtes-vous vis-à-vis de vos influences ?
 
Tout au début tout au début un peu les surréalistes mais sans exagération et très vite j'ai été interessé par une poésie très réaliste et non plus surréaliste qui a vraiment été très percutante au début des années 1980, donc là on était un petit noyau, ça se passait autour des revues. À l'époque il y avait une revue qui s'appelait Exit qui était superbe ; attends je vais te la montrer... elle est dans des cartons. C'était une revue qui était beaucoup mieux foutue que les autres, qui travaillait avec des galeries, avec des peintres, etc. Donc là on était un noyau dur d'une douzaine d'auteurs qui parlaient beaucoup du quotidien dans leurs écrits... dont je me suis un peu dégagé ; ça évolue après, tu trouves une voie un peu à toi. Chacun a développé son travail mais à l'époque c'était vraiment une volonté, on voulait écrire vraiment sur le quotidien  il y avait des numéros spéciaux de revues sur le réalisme.
 


Et par quels procédés ? J'ai l'impression que vous avez une écriture assez cursive avec des phrases courtes...
 
J'ai presque toujours...
 


Cette manière est instinctive ? Ça me fait penser à des auteurs beat...
 
Oui, c'est sûr, je suis très marqué par ça car après les surréalistes je suis passé par la beat generation en gros, bon évidemment c'est plus diffus que ça... En gros il y a eu un peu de surréalisme et beaucoup de beat generation, c'est vrai que c'est ma grande découverte et puis sinon il y a eu des auteurs français comme Franck Venaille, Daniel Biga, la revue Chorus aussi qui était presque aussi importante que la revue Exit, voilà je te montrerai tout à l'heure quelques exemples, notamment un numéro sur le nouveau réalisme... je te le préterai mais tu me le rendras parce qu'aujourd'hui c'est introuvable. Voilà c'était ça ma base.
 


Et vous quand vous écrivez, ça marche comment ? Vous avez un sujet en tête ou c'est encore indistinct quand vous vous y mettez ?
 
En général je pars d'une idée ou ça peut partir... d'un vers qui apparaît comme ça et puis après le reste se développe autour. Mais des fois ça peut être un thème alors tu te dis : je vais écrire sur tel truc, ça peut être la mort de mon père, mais c'est un exemple extrême, c'est rare que ce soit aussi concret que ça. Mais ça peut être dans la journée, tu es marqué par un truc et tu te dis enfin tu sens que le poème va partir de là même si on ne sait jamais où il arrivera ; c'est avant tout une sorte de flash, un truc, une association de mots, le poème part d'un petit détail et souvent il arrive ailleurs, donc c'est assez excitant, tu te relis quelques jours après et tu te dis : putain je suis arrivé là et là, évidemment, c'est très étrange, tu pars d'un point et tu arrives à un autre, c'est ça qui est génial dans la poésie parce que tu ne peux pas dire ça d'un roman. D'un poème tu peux partir mais avec une contrainte tout de même qui t'appartient parce que tu as tes formes d'écriture. Par contre dans le développement du texte c'est bien ? tu es vachement surpris.
 


Donc ça peut donner des résultats inégaux entre différents poèmes ?
 
En général ils sont très proches dans la longueur, il y a quelques exceptions mais en général à cinq vers près ils font tous la même longueur.
 


Comme Kerouac dans Mexico City Blues qui s'était imposé d'écrire des espèces de chorus sur une page justement pour se donner..
 
Oui, moi, j'essaie justement de faire des poèmes d'une page, après c'est pas que ça s'épuise mais c'est ma longueur, quoi, j'ai écrit juste un très long poème que je te montrerai qui est peut-être ce que j'ai fait de mieux ; c'est bizarre parce que c'est un truc qu'on m'a commandé en plus... C'est la ville de Pantin qui m'a commandé un poème sur Pantin et évidemment comme ça faisait très longtemps que j'étais sur Pantin, c'était très imprimé en moi et tout d'un coup là, oui, il s'est passé un truc. Et c'est un poème qui est extrêmement structuré, assez peu différent de ce que je fais mais là il est vraiment par strophes ce que je ne fais jamais... C'est venu comme un chant, c'était très particulier, c'était un peu comme la dette que j'avais par rapport à la ville... où mine de rien j'ai vécu pendant presque quarante ans. Et je n'aurais jamais pensé à l'écrire de moi-même. Mais le nombre d'années ou j'ai vécu avait dû créer quelque chose tu vois.

Pour le coup, pour le faire, j'ai farfouillé dans la ville, j'ai cherché les noms de rues, des lieux, j'ai fait des recherches sur différentes choses. Tu verras le poème est très spécial.
 


Vous l'avez publié ?
 
Il a été publié par la ville de Pantin dans un petit recueil et aussi dans plusieurs revues. Dans ce recueil a aussi été publié un poète québécois Claude Beausoleil qu'on publie d'ailleurs au Castor Astral et qui vivait depuis quelques années à Pantin ; donc la ville lui avait également demandé. Aussi à Francis Combes qui dirige les éditions  Le temps des cerises qui a aussi un moment été installé à Pantin ; donc on était trois, en fait, je ne connais pas d'autres poètes qui vivent à Pantin, et puis il y avait aussi dans le recueil des photos de Pantin faites par des photographes de la ville.

Mon poème s'appelle Spleen de Pantruche ; le poème est très construit, chaque strophe est bâtie rigoureusement, avec un nombre égal de vers, c'ést assez long, je n'ai jamais écrit un truc aussi long en poésie.
 


Comment son écriture s'est-elle faite ?
 
Le gros du truc... Je m'y suis mis un soir à 21h et je l'ai terminé à 8h du matin. Après, j'ai retravaillé dessus mais il était globalement écrit à la fin de la nuit. Et je n'ai jamais travaillé sur la même durée un seul et même texte, c'était inédit. C'était pas une transe, faut pas charrier mais j'avais vraiment... J'avais rassemblé toute la matière, j'avais plein de notes de trucs, c'était bon et après ça s'est enchaîné.
 


Vous avez l'habitude d'écrire la nuit toujours ?
 
Ouais, essentiellement. J'écris presque toujours la nuit.
 


Vous êtes allongé et vous vous levez ?

Non, je ne suis pas allongé, je suis à mon bureau. Et surtout depuis quelques années j'écris presque toujours directement sur mon écran. Avant, je m'étais dit : jamais je n'écrirai sur un ordinateur mais toujours à la main et puis après, l'ordinateur, tu te rends compte que c'est tellement plus facile, tu rectifies un truc, en plus tu visualises mieux ce que tu es en train de faire. C'est la déformation de l'éditeur mais tu visualises mieux la mise en page, donc ça m'aide...
 


Mais vous ne pensez pas que ça a pu modifier votre rapport à l'écriture ?
 
Pas tant que ça... Je ne crois pas. Au contraire, je dirais que ça la facilite un peu même...
 


Vous avez l'impression d'être plus en direct avec...
 
Ah ouais je trouve ça plus excitant que d'écrire sur une feuille. Aujourd'hui, ce que je peux écrire sur un carnet c'est vraiment juste une note dans le métro que j'aurais peur de perdre. Maintenant je n'écrirai jamais un texte hors que devant mon ordinateur. Je crois que je n'y arriverais plus d'ailleurs. Car maintenant c'est bizarre mais j'ai un rapport avec la machine qui est quasiment... Parce que si tu veux, j'ai un gabarit et mes poèmes sont écrits directement mis en page. Et même quand j'écris des bios, je me fais un gabarit et j'ai besoin de voir ce que ça donne en bouquin.
 


Parce que ça fait partie même de l'esthétique... ?
 
Ouais, ouais, en plus ça me cadre, j'ai l'impression que ça me concentre sur le truc. Ça m'aide vraiment... Oh oui, c'est rarissime maintenant que j'écrive un poème sur une feuille, pour ne pas dire jamais.
 


Vous êtes aussi un écrivain biographe sur les musiciens, Les Stones, Janis Joplin ou The Doors.. Ma question est de savoir pourquoi s’intéresser à ces figures tutélaires du rock ?
 


Disons que moi, j'ai trois passions dans la vie, c'est le foot, le rock et la littérature.
 


C'est vrai que vous avez aussi écrit des livres sur le foot ?
 
Ouais... Bref quand j'étais adolescent... on peut aussi rajouter les filles... il y a que quatre trucs qui m’intéressaient. Ma passion pour la poésie a coïncidé avec le rock et c'était presque aussi dense ; après, si tu veux, c'est logique que j'aie travaillé dans le disque même si c'est arrivé par hasard. C'est même bizarre que je n'aie pas eu l'idée de le faire avant. Ça s'est fait naturellement mais un peu tard, finalement. Donc pour moi, littérature, rock et blues, ça s'imbrique. Donc, quand j'étais ado, la nuit, j'écoutais la musique sur le transistor parce qu'à l'époque il y avait pas internet, donc l'info elle arrivait soit avec les potes avec lesquels on se passait des disques et sinon les émissions de radio le soir et la nuit. Donc j'écoutais ça, comme j'ai toujours été disons pas insomniaque mais j'ai quand même toujours eu du mal à dormir la nuit. Puis un jour quand j'avais 15, 16 ans tout d'un coup je suis tombé sur un morceau des Doors...
 


C'est comme ça que vous les avez découverts ?
 
Ouais et je me suis dit : putain, ce truc-là c'est pas comme d'habitude. Il s'est vraiment passé un truc très fort et donc je suis resté fidèle aux Doors mais ça n'a pas été une obsession. Et puis un jour, après, ça a été un enchaînement. Un jour, on m'a proposé d'écrire un tombeau (genre littéraire qui vient du Moyen-Age), c'est un texte que tu écris en l'honneur de quelqu'un. Donc j'avais un copain qui était éditeur et qui avait créé la collection Tombeaux et il m'a demandé d'en écrire un. Choisis ce que tu veux il m'avait dit, sur un écrivain, donc ; je voulais le faire sur Emmanuel Bove car c'est mon romancier préféré mais bon comme pour lui aussi c'est d'ailleurs pour ça qu'on était pote, lui il l'a fait  donc, après, il m'a laissé choisir et c'est là que l'idée de Morrison est venue. Mais bon, oui, il avait écrit mais il était évidemment connu surtout comme musicien. Alors que la collection s’intéressait essentiellement aux écrivains.
 


C'est d'ailleurs vous qui avez contribué à ce qu'il soit plus reconnu comme un écrivain...
 
C'est un peu mon cheval de bataille. Ma thése c'est que c'est un écrivain qui est devenu chanteur. Je suis persuadé de ça. Il est venu à la musique presque par hasard ; adolescent, il n'écoutait presque pas de musique. Il s'était dit que la musique serait un très bon moyen pour faire lire et découvrir sa poésie. Il jouait très très vaguement du piano puisqu'il avait envoyé bouler les études de piano très très vite parce que ça lui cassait les pieds. Puis après il n'était pas du tout instrumentiste. Il n'avait jamais imaginé chanter avant de rencontrer Manzareck (organiste des Doors). Puis il ne pensait même pas être chanteur, il voulait être là et proposer ses textes. Mais Manzareck lui a dit qu'il fallait qu'il soit le chanteur. Intuitivement c'était là puisqu'il avait déjà des débuts de mélodies en tête. Quand Manzareck lui a demandé qu'il lui montre ses poèmes, Morrison les lui a chantonnés. Mais c'est pas pour ça que c'était un musicien du tout. Cependant il avait un sens de la mélodie. Comme un poète peut avoir une sorte de rythme, c'est d'ailleurs pour ça que j'adore entendre les poètes lire leurs propres poèmes, même si ce n'est parfois pas très bien tu sens qu'il y a un rythme qui vient de l’intérieur. Parfois c'est très chiant mais parfois il y en a qui l'ont vraiment et là tu sens qu'il se passe quelque chose.
 
Jean-Yves-Reuzeau-Jim-Morrison.gif

Ce qui est interessant avec les Doors, c'est aussi ce que vous montrez dans votre dernier livre publié chez Gallimard, c'est que c'est le groupe de rock qui a inclus dans la littérature un genre qui était très populaire... leur a en quelque sorte donné ses lettres de noblesse...
 
C'est que déjà tous les quatre étaient des étudiants, ce qui était assez inédit par rapport aux autres groupes de rock d'alors issus de milieux assez populaires. Ce n'était pas du tout leur cas. Le père de Morrison était le plus jeune amiral de la marine américaine ; le père de Krieger (guitariste du groupe) était assez bourgeois. Les deux familles des deux autres étaient moins favorisées mais c'était quand même la bonne middle class. Aucun ne venait des bas-fonds. Et c'étaient de jeunes intellos tous un peu marqués par l'éclosion de la beat generation. Même si sur le coup le batteur était celui qui n'y comprenait rien, il trouvait les textes de Morrison très bizarres. Jean-Yves-Reuzeau-Jim-Morrison-Castor.gifAprès c'est peut-être lui qui a le mieux vieilli en gardant son intégrité vis-à-vis de cette expérience contrairement aux deux autres qui se sont empressés d'exploiter l'image de leur défunt chanteur. Densmore (le batteur) l'a mieux compris au fil du temps, l'a vachement bien absorbé. Aujourd'hui son discours est nickel à l'inverse des autres.
 
 

Comment pourriez-vous qualifier votre livre Jim Morrison ou les portes de la perception publié chez Le Castor Astral ?
 
C'est une anti-bio, c'est un texte littéraire.

 

 

En même temps j'ai paradoxalement l'impression qu'il y a dans celui-la une plus grande volonté de toucher au mystère Morrison par ce procédé d'écriture... avec ces paroles de chansons ou de ses poèmes qui sont insérées au fil des pages de cette espèce de chant incantatoire...
 
Je pense que l'esprit est là mais c'est tout sauf une bio. Ce qui m'a excité là-dedans c'est d'aller vers l'esprit de Morrison et de jouer sur d'autres trucs comme le dédoublement de personnalité, c'est un truc qui m’intéresse. En aucun cas c'est l'histoire vraie de Morrison. C'est comme des morceaux de.
 


C'est ça qui est intéressant, c'est parce que c'est fragmenté.
 
Oui et puis c'était un peu un hommage à sa poésie, à la beat generation.
 


Vous avez donc écrit trois livres sur Jim Morrison, pourquoi ce ressassement ? Qu'est-ce qui vous fascine ?
 
Le personnage m'a toujours séduit. Même s'il n'avait pas été aussi connu... voilà, ça a été une rencontre quand j'avais 15, 16 ans. Ce gars-là m'a parlé, quoi, après il est resté toujours présent. Mon meilleur ami qui vit au Québec, lui aussi on a la même histoire à ce niveau-là. Il a été marqué très jeune par Morrison, il l'a vu d'ailleurs sur scène à cette époque-là. C'était central et quand il est venu ici, on a partagé cette passion. Et donc il m'a entretenu dans ce truc-là. Puis le coup de grâce, c'était la commande de ce pote et de son tombeau. Puis un jour, j'ai été contacté par un gars qui travaillait chez Librio musique qui m'a proposé d'écrire une biographie sur Jean-Yves-Reuzeau-Janis-Joplin.gifMorrison, ce que je n'aurais pas fait spontanément, tu vois. Ça a été le pas décisif.  Le librio a eu beaucoup de succès. Comme les gens se parlent, un jour j'ai été contacté par Gallimard, on m'appelle on me propose pour une collection de faire un livre sur Morrison ; au début je refuse puisque j'en avais déjà écrit un, je ne voyais pas ce que je pourrais faire de plus. Il me demande si j'ai une autre idée et je lui dis : oui, j'aimerais écrire une biographie sur Janis Joplin. Il me répond : peut-être, il fallait qu'il en parle au comité de lecture. Un mois et demi ou deux après, il m'appelle et me dit oui, donc je la fais. Il avait beaucoup aimé la bio sur Janis Joplin, il me dit : il faut absolument qu'on en fasse un autre ; il y a eu une réunion et on a déterminé les vingt sujets les plus importants à faire dans la collection et c'est le nom de Morrison qui apparaissait en cinquième. Il m'a dit : c'est toi sinon je vais le demander à quelqu'un d'autre ; je leur ai demandé quelques semaines de réflexion, car quand c'est ton sujet tu deviens chatouilleux, tu t'imagines quelqu'un qui va lire machin pour raconter les mêmes âneries que les autres... donc je me suis dit : il faut que j'y aille mais pas de gaieté de cœur. Même si j'avais été un peu frustré en écrivant celui de chez Librio, il était trop court, je devais répondre à la contrainte qu'imposait la collection. Donc finalement je l'ai fait. Mais maintenant c'est bon je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Enfin si, peut-être que si Bourgois réédite les œuvres complètes de Jim Morrison peut-être que je ferai la préface ou un truc comme ça.
 


Ils vont les rééditer ?
 
Ça me titille, cette histoire. En plus j'étais dans les meilleurs termes avec Christian Bourgois, il était très sympa avec moi. Les œuvres complètes ne sont plus disponibles, Bourgois continue à rééditer les recueils de Morrison mais séparément en collection de poche. Je vais bientôt voir son fils, je vais lui dire qu'il y a un problème, là, pourquoi ne pas rééditer les œuvres complètes ? Même s'ils ne le feront pas car j'ai entendu une histoire sur un problème contractuel... Je pense qu'il faudrait tout retraduire. Ça a été traduit par des gars qui étaient passionnés du truc mais qui n'étaient pas traducteurs donc... Hervé Muller c'est n'importe quoi ce qu'il a fait. J'ai beaucoup de respect pour lui, c'est génial qu'il l'ait fait en plus dans un super esprit mais tu ne t'improvises pas traducteur.
 


En plus Morrison tenait vraiment à chaque mot, à chaque phrase et leur imbrication sans quoi le sens final voulu partait en éclats... Est-ce que c'est traduisible d'ailleurs ?
 
Ca c'est le problème de toute poésie. Oui, à la limite, ce que je pourrais encore faire c'est m'occuper de ça, pas de la traduction mais comme j'en connais de très bons je pourrais les aiguiller sur ce travail. Sinon, en termes d'écriture sur Morrison, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus.
 


Et sinon en tant qu'écrivain qui écrit sur un autre écrivain, que pensez-vous de la valeur littéraire des écrits de Morrison ?
 
Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue c'est que c'est un gars qui est mort à 27 ans ; donc il y en a qui disent parfois : oui mais ce n'est pas si génial ; d'accord mais n'oubliez pas que c'est les œuvres complètes de quelqu'un qui est mort à 27 ans. On ne connaît pas beaucoup de poètes qui sont morts à 27 ans qui ont vraiment une œuvre si cohérente et puis il y a de la quantité. J'aurais bien aimé voir ce qu'il aurait écrit à cinquante ans surtout s'il s'était consacré exclusivement à l'écriture, ça aurait pu être phénoménal. Je trouve que c'est déjà super bien pour un poète de vingt-sept ans. Il y a des choses vraiment intéressantes. Il y a des fulgurances.
 


C'est aussi une écriture très inédite, très cinématographique, comme si l'on était l'oeil de la caméra des choses qu'il nous montrait...
 
Mais il a fait des études de cinéma...


 
Justement ce qui est intéressant c'est qu'il a réussi à retranscrire ça dans l'écriture poétique.
 
Ça justement c'était son affaire, son créneau.
 


Ça se ressent même dans ses chansons d'ailleurs
 
Ouais, ouais...
 


Bon, merci de m'avoir consacré un peu de votre temps.
 
Je t'en prie.


Propos recueillis par Maxime, AS édition-librairie

 

 

Liens

 

 

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Inuits dans la jungle.

 

 

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Published by Maxime - dans Poésie
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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 07:00

Graham-Hurley-Les-anges-brises-de-Somerstown.gif



 

 

 

 

 

Graham HURLEY
Les anges brisés de Somerstown
Titre original
Angels Passing (2002)
traduit de l’anglais
par Philippe Rouard.
éditions du Masque, 2004
Gallimard
Folio policier, 2006


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Graham Hurley est un écrivain britannique né en 1946 au Royaume-Uni, à Clacton-on-Sea, dans l’Essex. Il a vécu pendant trois ans à Portsmouth mais réside actuellement à Exmouth. Il est surtout connu pour sa série de romans policiers mettant en scène Joe Faraday, un inspecteur de police. Il est reconnu comme un grand auteur de romans policiers de procédure, en anglais police procedural.

Graham Hurley décrit avec précision les techniques policières et cela grâce à sa rencontre avec le chef de police de Portsmouth.

Sa série Joe Faraday est composée de 10 romans :

1. Disparu en mer, 2002
2. Coups sur coups, 2003
3. Les Anges brisés de Somerstown, 2004
4. La nuit du naufrage, 2006
5.  Les Quais de la blanche, 2007
6. Du sang et du miel, 2008
7. Sur la mauvaise pente, 2009
8. Beyond Reach, 2010
9. L’Autre Côté de l’ombre, 2011
10. Une si jolie mort, 2012

 

Je vais ici traiter du troisième livre de Graham Hurley publié en 2004.



Portsmouth


Portsmouth.jpgPortsmouth02.jpg
 

 

Pour un historique de la ville, voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Portsmouth




Le roman

Joe Faraday est un inspecteur de police de Portsmouth, dans le sud de l’Angleterre. Il est en charge de la police criminelle dans les quartiers nord de la ville.

Helen Bassam, jeune fille de quatorze ans, dont les parents sont divorcés, est retrouvée en bas d’un immeuble de vingt-trois étages, la tour Chuzzlewi. On pense à un suicide mais Doodie, un petit garçon de dix ans dont la mère ne s’occupe pas, a été vu avec Helen peu avant sa mort par Grace, la grand-mère d’une amie d’Helen qui habite dans l’immeuble. Faraday va chercher à découvrir s’il s’agit d’un suicide ou d’un meurtre et où se trouve à présent ce garçon. Après la mort d’Helen Bassam, un autre cadavre est découvert, celui de Bradley Finch, vingt ans, petit dealer de Portsmouth. Il est retrouvé à moitié nu, pendu à un arbre à Hilsea Lines. Il ne porte qu’une culotte de femme. Son corps semble avoir été roué de coups et cela élimine la thèse du suicide.

La ville est confrontée à la violence, à la drogue, aux trafics. On ne fait plus attention aux enfants, même les parents ont baissé les bras. La mère de Gavin Prentice, surnommé Doodie, ne s’occupe pas de son fils ; peu lui importe où il va. Doodie vit dans un cinéma désaffecté qui peut s’effondrer à tout instant. Il déteste l’école et frappe ses professeurs. Même sa mère pense qu’il vaut mieux qu’il n’y aille plus, qu’ils seront mieux sans lui.

Helen Bassam, elle, est enceinte et folle amoureuse d’un Afghan, Niamat Tabibi, marié, qui lui donne des leçons particulières en français et en mathématiques. Son père n’est jamais présent. Il est parti avec une autre femme et pour tout cadeau ne lui envoie que de l’argent de poche. Sa mère et elle ne s’entendent plus et Helen passe tout son temps chez sa meilleure amie, Trudy Gallagher, l’arrière-petite-fille de Grace. C'est donc Niamat Tabibi qui est le premier suspect.

Bradley Finch, que l'on retrouvera pendu, est un petit dealer de peu d’envergure. Il est amoureux de Louise Abeka, serveuse au Happy Stake Café. Mais Kenny Foster, un dealer important, désire Louise. Finch l'a dénoncé un cambriolage chez Brennan et Foster est furieux.

Les jeunes sont livrés à eux-mêmes, les parents baissent les bras, et la police n’a pas assez de moyens pour agir. C’est une ville en pleine déliquescence. Pour les gens de Portsmouth, ville qui a connu de nombreuses guerres, l’ennui est peut-être la raison de toute cette violence. Les gens n’ont plus aucun ennemi pour se battre. De ce fait, ils se battent entre eux.

On découvre aussi la vie de Faraday et de Paul Winter, deux inspecteurs que la vie n’a pas gâtés. La femme de Winter est décédée d’un cancer, de même que celle de Faraday. Faraday a dû élever seul son fils malentendant, J.J., 23 ans, revenu au bercail après que sa femme, Valérie, l’a trompé avec un autre homme. Faraday doit s’occuper à la fois de sa vie familiale et des meurtres qui semblent se multiplier dans la ville. Faraday voit une femme mariée,  Marta. Il ne n’ose pas révéler la véritable nature de sa relation à son fils, de peur que celui-ci ne lui en veuille.  J.J. va se retrouver plus ou moins lié à Doodie car il anime un cours de théâtre au centre culturel de Portsmouth où Doodie se rend régulièrement.

On découvre également les procédures policières. Les forces de l’ordre semblent totalement dépassées par les événements. Ce ne sont plus les gros dealers que l’on poursuit mais des jeunes gens, des adolescents, des enfants totalement perdus qui ne croient plus en rien, ni aux adultes, ni à l’école, ni à la justice, ni même à leur parents. Ils n’ont plus d’espoir en l’avenir. Les policiers n’ont pas assez de moyens ni de personnel pour gérer tous ces problèmes. Les politiciens veulent de la qualité en dépensant le moins possible. Ce sont deux choses incompatibles. Lors de l’intervention chez Brennan, le magasin cambriolé, le superintendant qui gère les comptes hésite à envoyer une équipe sur place le soir même pour prendre les voleurs en flagrant délit. Winter n’a reçu qu’un simple coup de téléphone anonyme et ce n’est pas une preuve suffisante pour envoyer des équipes alors qu’ils ont déjà dépassé leur budget ; cependant Hartigan accepte. Hartigan, le superintendant, négocie et est obligé d’assister à de nombreux séminaires, de jouer sur les mots, de faire de longs discours pompeux dans le seul but d’obtenir un plus large budget annuel. 

Les policiers sont en difficulté et les gens n’ont plus aucun respect pour eux ni pour leur travail. Les bonnes vieilles règles de la police, les procédures à suivre en cas d’interrogatoire sont totalement caduques. Le monde n’est pas rose, les gens ne disent pas la vérité, ils mentent pour échapper à la justice, pour cacher quelque chose. Sullivan, le jeune nouveau policier que Winter garde sous son aile, sort tout juste de l’école. Il ne comprend pas les méthodes de celui-ci. Winter n’a pas peur de menacer, de jouer avec les sentiments des gens, de faire irruption sans prévenir. Il n’a aucun respect pour les citoyens et leur vie privée. Il pose les questions sans aucune gêne. Sullivan idéalise le métier de policier. Pour lui, être inspecteur c’est chercher à faire le bien, à résoudre des enquêtes. La confiance des citoyens dépend du respect que les policiers ont pour la police et Winter est l’opposé de l’inspecteur modèle. La vie est loin d’être ce qu’on leur apprend à l’école de police. La police a du mal à faire respecter la loi. Derrière une ville en apparence charmante, se cache énormément de violence, de drogue, des mères aux foyers qui ont du mal à joindre les deux bouts et d'autres qui ont abandonné l’éducation de leurs enfants. Il s’agit de ce que les policiers voient tous les jours, la misère, la réalité sociale. Portsmouth est une société malade que les pouvoirs publics préfèrent ignorer. Par exemple, on préfère faire passer la mort de Helen Bassam pour un suicide dû à la drogue plutôt que de mettre au grand jour les difficultés sociales. On ne dévoile que certaines faces de la vérité. Les policiers font le « sale travail ». Ils ne sont pas travailleurs sociaux, et pourtant on leur laisse le « boulot » qui devrait être donné aux politiciens. C’est à eux de changer les choses, de soigner la société, non aux policiers.



Conclusion

Ce roman est la dénonciation parfaite d’une société malade. Les gens souffrent, les enfants sont lâchés sans personne pour les guider, les policiers doivent jouer un rôle qui n’est pas le leur. Les politiciens préfèrent ignorer ces problèmes, se voiler la face. On préfère préserver les apparences que s’attaquer aux réels problèmes.


Les Anges brisés de Somerstown est donc un roman que je conseille fortement. Les descriptions de la ville sont très bien faites et très réalistes. Les lieux sont décrits avec précision. Je trouve que l’histoire est assez proche de ce qui se passe actuellement dans la société. La violence, la drogue, la déchéance sont des faits dont on entend parler régulièrement. L’histoire est vraiment prenante et il est impossible de connaître la vérité avant la fin. Le suspense est garanti.


Stéphanie, 1ère année bibliothèques

 

Graham HURLEY sur LITTEXPRESS

 

 

Hurley les qyais de la blanche

 

 

 

 

 

 Article de Lory sur Les Quais de la blanche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Stéphanie - dans polar - thriller
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