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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 19:00

 
Comme tous les après-midi de Zoyâ PIRZÂD

& Broderies de Marjane SATRAPI.

 

 

 

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Zoyâ PIRZÂD
Comme tous les après-midi
Zulma, 2007
LGF/Le Livre de poche, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme tous les après-midi est un recueil de nouvelles iraniennes. Des nouvelles qui, à travers leurs singularités, parlent de la société iranienne dans son ensemble et de l'humanité en général. Les phrases, brèves, peignent le quotidien d'hommes et de femmes avec des détails a priori anodins mais porteurs d'une poésie singulière.


« Je ne connais pas la voisine d'en face bien que de ma fenêtre je l'aperçoive chaque jour dans sa cuisine ou dans sa cour. Tous les matins, elle y porte son linge pour l'étendre sur une corde tendue entre deux vieux platanes. Puis, elle retourne à sa cuisine où elle prépare le déjeuner. Moi aussi, au même moment, je suis en train de faire le déjeuner dans ma propre cuisine. Je fais exactement les mêmes choses au même moment. Seules une ruelle étroite et une petite cour séparent nos activités identiques. »

Avec tristesse, joie ou résignation les personnages font part des gestes de tous les jours, des souvenirs d'une vie. L'écriture est particulière, proche de la voix intérieure. Le timbre d'une expression tellement personnelle qu'on peut y adjoindre son propre monologue, sa propre pensée, celle-ci faisant écho à la lecture.

Nous entrons dans l'intimité d'un foyer iranien, dans la tête de cette mère de famille qui prépare le dîner tout en pensant à sa journée du lendemain, à cet homme qui vit les premiers jours angoissants de sa retraite, à cette petite fille qui regarde par la fenêtre et voit chaque année l'arbre fleurir, rythmant le cours de sa vie d'enfant puis de femme.


Parler de l'Iran est souvent synonyme de discussions passionnées faisant état des conditions archaïques imposées aux femmes. Ce livre ne fait jamais allusion aux sujets polémiques liés au pays. Au contraire, il livre une vision libre de la femme et de la famille iraniennes, une femme qui ne peut s'habiller comme elle l'entend mais qui possède cette liberté inaliénable de penser, foncièrement indépendante.


 

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Marjane SATRAPI
Broderies
L’Association
Collection « Côtelette », 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un mode d'expression différent, le travail de bande dessinée de Marjane Satrapi, Broderies, explore lui aussi les rouages intimes d'une fratrie ( exclusivement des femmes ).

Marjane Satrapi est connue pour être une jeune auteur et illustratrice dont le travail engagé est fortement lié à la politique iranienne. Que ce soit dans Persépolis ou dans ses autres ouvrages, tel Broderies, l'histoire a pour toile de fond sa vie, sorte d'autobiographie au travers de laquelle elle explore les liens qui unissent les gens entre eux et ceux qui les unissent à leur Histoire, notamment à l'histoire politique de l'Iran.

Dans Broderies, le cadre du récit est défini par les quatre murs entre lesquels les personnages, les femmes de la famille (mère, grand-mère, tante, fille, amie etc.), se racontent, sur le ton de la confidence, leurs histoires de coeur, leur rapport aux hommes, bref, tout ce qu'on peut se raconter entre femmes.


De la même manière que pour Zoyâ Pirzâd, ces confidences sont saisissantes par leur liberté de ton, liberté accentuée par le dessin volontairement naïf et rapide de Marjane Satrapi, sorte d'instantané jamais censuré.

En lisant Broderies on se blottit dans une alcôve, un espace où l'expression libre surprend et réjouit puis conforte dans l'idée que, qu'elle que soit la société dans laquelle on se trouve, totalitaire ou démocratique, la communauté est un espace privilégié, où l'on se construit.

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Claire Lebourg, Année Spéciale Édition-Librairie

 

 

Zoyâ PIRZÄD sur LITTEXPRESS

 

Zoya Pirzad Un jour avant Paques

 

 

Article de Karine sur Un jour avant Pâques.

 

 

 

 

 

 

 

La littérature iranienne sur LITTEXPRESS

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 Article d'Adeline sur La Muette de Chahdott Djawann

 

 

 

 

 

 

 

 


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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 07:00

Murielle-Szac-Victor-Hugo-ceux-qui.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Murielle SZAC
Victor Hugo : « Non à la peine de mort »
Actes Sud Junior
Collection « Ceux qui ont dit NON »




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Depuis toujours, il y a dans le monde des hommes et des femmes qui ont su dire NON à ce qui leur paraissait inacceptable.»                                                                                              

Actes Sud Junior

 






Livre commandé par Actes Sud Junior, pour la collection « Ceux qui ont dit NON », Victor Hugo : « Non à la peine de mort » a été écrit par Murielle Szac car ses écrits sont reconnus pour avoir une trame politique ou sociale. Elle mêle engagement et  écriture, et effectue un travail de recherche sans égal pour parler avec véracité de ses sujets. C’est à elle que revient la tâche de diriger la collection.

 Elle a également été choisie par la maison d’édition parce qu’elle est passionnée de Victor Hugo et de ses œuvres, à l’instar des autres auteurs de la collection qui vouent tous une admiration pour leurs écrivains/personnages. En effet, chaque livre met en scène les personnages sous forme romanesque, ainsi Victor Hugo, Rosa Parks, Victor Jara et bien d’autres deviennent les héros de cette collection hors norme.

 « Ceux qui ont dit NON » est une collection destinée à éveiller et ouvrir l’esprit critique des jeunes adolescents en leur montrant des figures fortes de l’histoire qui ont su se battre pour leurs convictions. La forme originale du livre, écrit sous forme de récit simple, permet de rendre l’œuvre accessible à tout le monde. Chaque livre est composé du récit à proprement parler, d’un dossier documentaire et d’un support photo. Grâce au dossier documentaire, elle leur montre aussi que le combat n’est pas terminé et qu’eux aussi doivent se lever et dire NON.

Entre imaginaire et réalité, Murielle Szac raconte la vie de Victor Hugo et de ce qui l’a poussé à se lever et dire NON à la peine de mort. Aussi, au fil de la lecture, suivons-nous un Victor enfant, adolescent, adulte mais aussi mari, amant, père et grand-père.  Nous découvrons le combat et l’exil d’un homme qui s’est battu pour ses idéaux. L’auteur montre également les arguments que peuvent avoir les partisans de la peine de mort, notamment dans le discours d’un homme de lettres venu écouter les dernières lignes écrites par Victor Hugo :

« – Mon ami, vous jouez sur la corde sensible, vous cherchez à nous émouvoir. Et certes vous y parvenez assez bien. Mais cela masque le peu d’arguments de fond que vous pouvez opposer à la peine de mort. Tout de même, un assassin est un être nuisible et dangereux. La société a le devoir, d’une part de s’en préserver, afin d’éviter qu’il récidive, et d’autre part de le punir. J’ajouterais que ces exécutions publiques ont valeur d’exemple, et servent aussi à dissuader de futurs assassins de basculer dans le crime.

En entendant ces mots, Adèle ne put réprimer un petit sourire. Elle savait bien que son Victor n’attendait que cela. Les arguments de la peine de mort, il les connaissait par cœur, et pouvait tous les réfuter. »

 

 

Victor-Hugo-pendu.jpgPortrait de pendu peint par Victor Hugo

 

 

Le dossier documentaire met en scène les autres hommes ou femmes qui, à travers les âges, se sont battus dans le même but. Ainsi, de 1776 au XXIe siècle, des voix du monde entier se sont élevées contre la peine de mort. Parmi les plus célèbres, on trouve Jean Jaurès, Albert Camus, Arthur Koestler et bien sûr le ministre de la justice sous Mitterrand, Robert Badinter  qui fît voter la loi de l’abolition de la peine de mort le 17 septembre 1981. Cependant des voix inconnues se sont aussi fait entendre, comme celle de  Colette Berthès,  Sœur Hélène Préjean ou  Michel Taube qui fonda l’association « Ensemble contre la peine de mort ». Elles montrent qu’il n’est pas nécessaire d’être écrivain, journaliste ou même ministre pour lutter et faire respecter les droits inaliénables de chacun.

 « Se laver les mains est bien, empêcher le sang de couler serait mieux. »
Préface du Dernier jour d’un condamné.

 

 

Marlene Demen, 1ère année édition-librairie

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 19:00

Maurice-Pons-Delicieuses-Frayeurs.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maurice PONS
Délicieuses Frayeurs

Le Dilettante, 2006

Magnard,

Coll. Classiques et contemporains, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Avec ironie (« La Vallée », « Noël au champagne »), Maurice Pons se moque de ses personnages et de leur envie de liberté. Il en devient parfois cynique, tout en gardant une légèreté incroyable, et renoue avec la tradition de ces nouvelles aux chutes en une phrase qui vous clouent sur place. »
Mikaël Demets

 

L’auteur

Maurice Pons est né à Strasbourg en 1925. Il a suivi des études de philosophie et, après avoir été comédien amateur, s’est destiné au journalisme. Il a publié quelques œuvres qui reçurent de très bonnes critiques (Métrobate, La Mort d’Éros, Virginales) et certaines seront mêmes adaptées au cinéma (Les Mistons, François Truffaut). Il vit actuellement au Moulin d’Andé dans l’Eure et dit de son travail qu’ « écrire, c’est aligner les voyelles et les consonnes dans un certain ordre pour en faire des corbeilles de beauté ».

 

L’œuvre

Délicieuses Frayeurs, dans la version publiée aux éditions Magnard est un recueil de cinq nouvelles qui ont très peu de liens entre elles et n’ont pas été écrites en même temps. Ainsi, il y a dix ans d’écart entre la parution de « La Fenêtre » et celle de « La Vallée », publiées respectivement dans les années 50 et 60, l’une pour la première page du Figaro Littéraire et l’autre pour les Lettres nouvelles.

Les nouvelles n’ont donc pas été conçues pour être réunies dans un même recueil, et cependant elles disposent de plusieurs points communs comme par exemple la tonalité qui est très sombre. De plus, dans chacune de ces microfictions, l’auteur s’inspire de la réalité pour réinventer le monde avec ses mots, à l’image de Franz dans « La Fenêtre », qui décrit le paysage qu’il voit par la fenêtre de la chambre pour ses compagnons d’hôpital, incapables de bouger, leur permettant ainsi de rêver et de se souvenir de ce qu’était le monde :

« Bientôt, pour évoquer mieux ces images qu’ils connaissaient déjà par cœur – et je veux dire : avec le cœur – Franz inventa des noms pour leurs amis d’au-delà les vitres. Quand il disait qu’Anna Lise attendait sur un banc, chacun espérait que Gerbrant, le marin, ne tarderait pas à venir. »

Dans trois de ces nouvelles, les personnages sont animés par une grande force d’espérance :

– « La Fenêtre » : les malades rêvent de s’approprier le lit près de la fenêtre pour ne pas avoir « pour seul horizon la blancheur des murs ».

– « Noël au champagne » : le jeune matelot, Nansen, au début de sa soirée, croit dur comme fer qu’il est quelqu’un d’important, que tout le monde le respecte : « Eût-il à lui seul libéré son pays d’un joug trois fois séculaire et repoussé de ses mains des colonnes d’envahisseurs blindés, il n’eût pas défilé sur les avenues avec plus de morgue qu’il n’en affichait ce soir-là sur les trottoirs. »

– « La Vallée » : les habitants souhaitent de toute leur âme quitter leur vallée infernale pour atteindre l’Eden dont leur ont parlé deux étrangers de passage et qu’ils s’imaginent être le « pays merveilleux de derrière la montagne, où les mères tricotent pour leurs fils des écharpes blondes aux yeux bleus, où l’on va pieds nus dans des lacs d’eau claire sous un éternel printemps ».

À chaque fois, cette quête du bonheur que fait naître l’auteur sera déçue, brisée. Les personnages devront faire face au poids de la réalité et subir les conséquences de leurs illusions.

Les protagonistes sont souvent des êtres perdus qui ne savent plus où ils en sont. Ainsi, dans « À l’ombre d’un bouleau », Eftychia, la grand-mère, ne comprend pas les implications de l’occupation de son île. Elle reste imperméable à ce qui l’entoure et se contente de poursuivre ses habitudes comme si de rien n’était, comme elle l’a fait toute sa vie. Pourquoi changerait-elle des habitudes vieilles de plus d’un demi-siècle ? Pourquoi n’irait-elle pas voir sa nièce, Aptasie, qui est la meilleure blanchisseuse de tout le pays, pour lui donner son linge ? Pour quelles raisons l’occupant voudrait-il empêcher une vieille femme inoffensive de passer ? Mais voilà, son monde a changé tandis qu’elle reste figée dans son quotidien.

De la même manière, dans « Délicieuses Frayeurs », le narrateur est confus. Il voit, ou croit voir une ambulance hollandaise coincée dans un passage souterrain avec un ambulancier qui lui confie une boîte étrange à remettre à l’hôpital, ce même hôpital qui semble avoir mystérieusement disparu, remplacé par le chantier d’une « luxueuse résidence des Alalouettes ». Et lorsque, curieux et complètement perdu, il se décide à ouvrir la boîte, l’horreur de son passé ressurgit, semant les graines de la folie…

Chacune de ces nouvelles nous montre une facette du désarroi. Chaque personnage sera détruit par l’auteur, qui les fait tous tomber de leur piédestal. Chacun sombrera dans l’horreur de l’existence.

 

Mon avis

C’est une œuvre très simple à lire et très rapide (pas plus d’une après-midi de lecture). L’auteur a un style peu complexe et très prenant, assez agréable. Un livre léger, mais qui ne marque pas forcément.

 

Clémence De Ginestet, 1ère année Bib.- Méd., 2010

 

 

 

 

Maurice PONS sur LITTEXPRESS

 

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Article de Matthieu sur Les Saisons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 07:00

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Marie-Sabine ROGER
Attention, fragiles
Éditions du Seuil,
Collection Karactère(s), 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Sabine-Roger.jpgL'auteur

Marie-Sabine Roger est née en 1957 à Bordeaux. Elle a écrit environ quatre-vingts ouvrages, romans adultes, romans jeunesse et albums chez différents éditeurs. Autrefois institutrice, elle se consacre aujourd'hui entièrement à sa passion, l'écriture.
   
Son premier métier, l'enseignement, explique peut-être sa justesse dans sa manière de s'adresser aux enfants et ados avec des histoires parfaitement narrées et adaptées à leur âge. Ou comment traiter des sujets délicats et douloureux avec humour, finesse et poésie, sans jamais toutefois sombrer dans la mièvrerie...

Nous allons le voir, cet écrivain prolifique s'intéresse régulièrement à différents thèmes rarement traités en jeunesse, points sensibles difficilement abordables. Dans sa bibliographie nous trouvons des sujets comme la mort, le racket, les situations familiales compliquées, les handicaps comme la mal-voyance ou encore les sans-abri.

Marie-Sabine Roger étonne et détonne, par ces sujets mais également par son écriture à la fois simple et fluide, maniant avec art la polyphonie. Chaque personnage  a ses récurrences linguistiques, ses expressions, son vocabulaire propre selon son âge, son histoire personnelle et son caractère.

   
L'histoire

C’est un récit à la première personne, un roman choral où les différents narrateurs, personnages principaux et secondaires, prennent la parole à tour de rôle. Nous les suivons pour certains quelques mois durant, pour d'autres seulement pour un moment de vie. Nous prenons ainsi connaissance de leurs espoirs, de leurs doutes et de leurs failles.

Nous faisons connaissance en premier lieu avec Nel, jeune adulte d'une vingtaine d'années, lycéen aux cheveux bleus et lunettes noires. Les lunettes noires c'est parce qu'il est aveugle. Les cheveux bleus, ...c'est une autre affaire ! À défaut de voir les autres, les autres ne peuvent que le voir. Ultime contestation contre un monde qu'il vomit. Nel ne supporte plus sa vie, ses proches, le comportement des gens face à son handicap qui gêne et met mal à l'aise. La « Grande Couveuse », sa mère, l'insupporte terriblement par ses attentions constantes, son trop-plein d'affection.

« Ma mère m'apporte mon blouson. Elle veut m'aider, mais si, mon grand, ça va plus vite. Je me dégage d'un geste un peu trop brusque, contre lequel elle n'ose protester. Je lui arrache au vol mes gants, c'est bon, je les mettrai moi-même ! C'est pénible, l'amour d'une mère, parfois. J'ai des envies d'indifférence. Tu le comprends ça ? J'ai vingt ans. »

Chacun est précautionneux avec lui, trop doux, trop prévenant, ce qui, à vingt ans, peut très rapidement se révéler agaçant. Il devient alors cinglant. Ses mots sont précis et affûtés. Son vocabulaire des sensations est on ne peut plus riche, il analyse constamment ce qu'il entend, entre le ton employé par les gens autour de lui, le son de leur démarche, les bruits alentour. Si les couleurs ne lui parlent pas, chaque son est précisément répertorié. On suit ainsi son ennuyeuse routine, lycée, café, copains. Et puis arrive Cécile, une nouvelle. Qui comme tout le monde commence par mettre les pieds dans le plat, le trouvant affecté avec ses cheveux azur et ses lunettes de soleil en plein hiver. Et puis, comme tout le monde, elle se mord les doigts quand elle se rend compte de sa bévue. Et puis, comme tout le monde.... Ah non. Contrairement aux autres elle n'est pas précautionneuse. Franche et directe seraient des termes plus appropriés. Après des débuts houleux, ces deux jeunes gens s'apprivoisent et se plaisent rapidement. Mais comment s'assurer de la réciprocité ? Pas par un regard, certes. Mais c'est faisable, avec une certaine dose de hardiesse...

Le récit de Nel est notamment entrecoupé par ceux de Laurence et Nono (et Baluchon !).

Au départ, leur vie était simple. Laurence était en couple avec François, beau-père du petit Bruno. Leur histoire fonctionnait plutôt bien. Seulement la vie fait que quelquefois tout ne tourne pas rond à l'infini, la machine vrille et pile. François perd son emploi, devient maussade, mauvais puis violent. Un soir, n'y tenant plus, Laurence part brutalement, Bruno sous le bras, sac rapidement bouclé, sans oublier Baluchon (un panda en peluche qui n'a pas sa langue dans la poche) et ils vont… Eh bien plus ou moins nulle part. Pas d'amis, pas de famille. Les papiers sont restés chez François, peu d'affaires et d'argent emmenés. Tout était au nom de monsieur. Alors quoi ? Alors la rue, la descente aux enfers. Insidieusement, l'hiver s'installe. La petite famille vivote dans un carton de réfrigérateur sur lequel est écrit « Attention fragile ». Bruno est déscolarisé, il passe la journée à discuter avec Baluchon aux alentours du carton, pendant que sa mère fait la manche à la gare, refusant que l'enfant assiste à ce triste spectacle. Si Laurence survit, c'est pour deux raisons, l'instinct maternel qui dans son cas est celui d'une louve, et la rage. Laurence était une femme plutôt cultivée, son récit est un mélange de mots d'amour pour son garçonnet et de colère contre la société.

Après que la pluie a détrempé leur abri en carton :

« Ma vie était sinistre, la voilà sinistrée. (…) Je me croyais tout en bas de l'échelle. Non : une trappe vient de s'ouvrir au ras du sol ! On peut tomber plus bas. Toujours, toujours plus bas. C'est un sale vertige. »

Nono, lui, n'est pas en colère. Il est trop petit pour tout comprendre. Il est lui aussi régulièrement narrateur, avec ses mots enfantins et ses discussions avec la peluche adorée. L'auteur saisit les incompréhensions, craintes et mots d'enfants avec tact.

Discussion entre le panda en peluche et l'enfant, sachant que la peluche est toujours celui des deux qui râle :

« – Moi, j'aimais mieux quand on était à l'autre maison, la grande, avec maman et François, et que je dormais dans le lit.
– Ben oui, mais c'est comme ça. C'est comme ça et pis c'est tout, et si tu nous embêtes, on te jette sur la voie ferrée, et le train te crabouille ! »

Les personnages secondaires qui prennent à leur tour la parole sont un vieux gardien de parc qui a remarqué l'étrange duo que sont Laurence et Bruno, et Cécile.


Leur point de vue est intéressant car extérieur. Celui de Cécile l'est d'autant plus que son interprétation des faits et moments passés avec Nel est quelquefois différente de celle du jeune homme.

 

 

On aime bien

La variété des personnages et des histoires. Le fait qu'à deux reprises, sur un pont, Nono et Nel se croisent. Point clé de l'histoire, car à la seconde rencontre Cécile révèle à son ami que l'enfant est en bien piteux état, ce que ne pouvait pas deviner le garçon.

Les différentes voix qui racontent chacune son histoire, morceau de vie.


On aime moins

Que tout finisse bien. Le livre a beau être à partir de 13 ans, les lecteurs ne sont pas si naïfs à cet âge-là... Tout ne finit pas toujours bien. Cela dit la fin n'est certes pas idyllique non plus, mais on ne s'attend pas à un revirement de situation heureux durant les deux derniers chapitres.

Une chute un peu rapide peut-être.

 

 

 

Différents prix remportés par Attention Fragiles :

Prix France Télévisions du roman Jeunesse 2001 (11-14 ans)
Prix des lycées professionnels du Haut-Rhin 2001
Prix Ramdam du Roman ado 2002.


Joanie Soulié, 1ère Année Éd-Lib.

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 19:00

Molière scène d’Aquitaine
Vendredi 26 novembre
18h30

 

 

Judith Elbaz et Christophe Lambert dansent le tango et lisent des textes écrits par Judith elle-même et Stéphane Marte.

Au début, la scène s’éclaire et nous découvrons nos deux protagonistes. Judith est debout à gauche, et Christophe à droite.

Dans le silence, ils se penchant sur leurs jambes. Ils remontent leurs pantalons noirs jusqu’à leurs genoux et une guêtre noire et rouge leur permet de faire tenir le tissu, dévoilant leurs mollets.

Christophe rejoint Judith, et ils entament une marche étrange en se tenant par la taille. La jambe dévêtue de Judith et celle de Christophe sont vers l’intérieur du couple. Judith avance sa jambe avec la guêtre, puis Christophe fait de même, puis ils avancent leur deuxième jambe, en même temps sur les premières notes de cette chanson.

 

Très vite, nous comprenons qu’on suggère la présence d’une troisième personne. Un danseur, ou une danseuse, qui aurait deux guêtres rouges et noires et marcherait entre eux : c’est aussi ce que dit la chanson : « hay un secreto entre los dos ».

J’ai trouvé sur internet les paroles de cette chanson et leur traduction, elles donnent le ton du reste du spectacle  :

Se arrastran los compases compadrones     Se traînent les mesures compadrones
del tango que se encoge, que se estira...       du tango qui se trouble et qui s’étire
Su música doliente pareciera                            Sa musique douloureuse paraissait
sentir que una amenaza se aproxima.           Sentir qu’une menace se rapprochait
Viviremos los dos el cuarto de hora              Nous vivrons tous deux notre quart d’heure
de la danza nostálgica y maligna.                    De la danse nostalgique et maligne.
Escuchemos latir los corazones                       Écoutons battre les cœurs
Al amparo de Venus Afrodita.                          Sous la protection de Vénus Aphrodite
Placer de dioses, baile perverso,                     Plaisir des dieux, danse perverse
el tango es rito y es religión;                              Le tango est rite et religion
orquestas criollas son sus altares                   Orchestres criollos sur leurs autels
y el sacerdote, su bandoneón.                         Et comme prêtre, le bandoneon
Quiero sentirme aprisionado                           J’aime me sentir emprisonné
como en la cárcel de mi dolor,                         dans la cellule de  ma douleur
guarda silencio, mitad de mi alma                  Garde le silence, moitié de mon âme
que hay un secreto entre los dos.                   Il y a un secret entre nous deux
Se arrastran los compases compadrones    Se traînent les mesures compadrones
del tango que se adueña de las fibras.           Du tango qui s’empare de nos fibres
El juego de tus rulos en mis sienes                 Le jeu de tes mèches sur ma tempe
será la extremaunción de mi agonía.            Sera l’extrême onction de mon agonie
Te invito a penetrar en este templo              Je t’invite à pénétrer le temple
donde todo el amor lo purifica.                      Où tout amour se purifie
¡Viviremos los dos el cuarto de hora            Nous vivrons tous deux, le quart d’heure
de la danza nostálgica y maligna!                   De la danse nostalgique et maligne.


Ils vont s’asseoir chacun de son côté, et pendant que Christophe commence à lire le texte de Stéphane, Judith enlève sa guêtre.

Commence une alternance de textes, qui n’ont pas forcément de rapports entre eux.

Le texte de Stéphane parle souvent d’oiseaux. Oisillons tombés de nid, par sa faute, avec lesquels il fait un parallèle : la première fois où il est lui aussi sorti de son nid pour aller dormir chez un camarade d’école. Il a le réflexe de tendre la joue au père de son ami qui rentre, mais l’homme lui tend une main virile. Trop tard, le mal est fait, son camarade a été témoin de son erreur. « Quelle humiliation ! »

Il va s’asseoir devant le public pour casser des œufs dans un saladier de verre tandis que Judith prend la parole. Son texte est très souvent coupé et haché, peu de verbes, enchaînement de substantifs, il faut une grande attention pour suivre le fil de son développement.

Christophe reprend ses feuilles pour nous lire une nouvelle anecdote. Il parle d’œufs, et de sa peur quand il fait des œufs à la coque d’avoir cuit un futur être en devenir. Il parle du sentiment de soulagement qui le saisit à chaque fois qu’il brise la coquille et découvre un jaune vierge : il n’a tué personne, aucun oisillon cette fois-ci.

Judith a enlevé sa chemise, et ils se lancent dans un tango rapide.

Pendant les cinquante minutes que dure la représentation, les yeux des spectateurs sont arrimés aux jambes des danseurs. Tout est très chorégraphié et manque un peu selon moi de spontanéité. Mais quelle maîtrise !

Christophe va également lire un passage qui raconte une gastro-entérite, et à quel point le narrateur était satisfait de sa fatigue extrême, qui le conduisait à n’avoir que deux points fixes dans sa vie : son balcon et l’herbe qui se jette dans la mer, la plage : en effet il ne fait que se traîner d’un de ces endroits à l’autre et il est parfois aujourd’hui nostalgique de cette période où tout lui semblait si simple. Il se trouvait dans un pays ou les perruches sont aussi fréquentes que les pigeons à Paris, alors toutes les hypothèses sont permises : Inde ? Brésil ?

Judith quant à elle rebondit sur le thème des oiseaux, elle lit d’abord le texte en anglais puis en français : elle est sur une plage « surrounded by birds » et elle décrit la « nage vigoureuse » d’une jeune femme, et la détermination de l’athlète qui nage vers le large.

Dans les textes de Stéphane, quelques formules inouïes et savoureuses. Une réflexion sur le travail d’écriture : « On ne dit pas « phallus en érection » comme on dit forêt d’arbres. Des considérations stylistiques : « Une seule lettre Q pour changer mouette en moquette. »

Et dans les textes de Judith, du lyrisme, des gens qui avancent dans le « cylindre pailleté de l’horizon »…

L’avant-dernier texte lu par Judith est à nouveau une suite de mots. On comprend qu’elle parle du monde de la télévision, ou du cinéma, Christophe ajoute parfois à son énumération « un plateau » mais elle l’ignore.

Le dernier texte est partagé entre eux deux. Il s’agit d’un homme qui pleure sur un banc. Une femme le console. Elle lui masse la nuque. Il vient de lui raconter son infidélité à lui, mais c’est elle qui le rassure. Comme le dit Judith, « elle lui apprend les insultes qu’il devra lui dire plus tard. » Elle parle à la troisième personne. Christophe parle à la première personne, il est le mari adultère.

Le dernier morceau sur lequel les danseurs s’élancent est le même que le premier. Mais cette fois-ci, ils se sont attaché à la taille une laisse de chien, rouge pour Judith, verte pour Christophe.

Ils les ont données à deux spectateurs du second rang, situé tout à gauche pour Judith, et tout à droite pour Christophe.

Quand le couple se reforme sur scène, les laisses délimitent un triangle au sommet duquel le couple virevolte. Quand ils tournent les laisses s’enroulent autour d’eux. Mais ils finissent toujours par tourner en sens inverse et par s’en libérer.

Peut-être s’agit de la représentation de leur histoire passée, de ces extraits de vie qu’ils nous ont lus, et qui ne les empêchent pas de danser ensemble, ni ne freinent leur danse, mais les rattachent à leur passé, chacun de son côté.

Anne, A.S. Éd.-Lib.


RITOURNELLES 2010 sur LITTEXPRESS

 

 

 Article de Claire sur Les Axes de la terre et sur Medea.

 

Article de Sébastien sur Flanquées.

 

 

 


 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 07:00

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Rosie PINHAS-DELPUECH
Suites byzantines
Bleu Autour, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suites byzantines a été pour moi une porte d’accès à la littérature turque qui m’était alors totalement inconnue.

Pour mieux comprendre ce livre, il faut auparavant connaître l’auteur et son histoire.

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Rosie Pinhas-Delpuech se définit comme une auteur turque. Elle vit jusqu’à l’âge de dix-huit ans à Istanbul, où elle grandit entre un père francophone et une mère germanophone. Elle voyage ensuite entre la France et Israël pour s’établir enfin à Paris où elle enseigne la littérature et la philosophie. Plus tard, elle devient traductrice du grand novelliste turc  Sait Faik Abasiyanik et écrivain. En parallèle, elle dirige la collection « Lettres hébraïques » d’Actes Sud ainsi que la publication de l’œuvre en français de Sait Faik Abasiyanik pour Bleu Autour.

Rosie Pinhas-Delpuech peut ainsi faire figure de pont entre les cultures et les littératures franco-turques.

Son livre se présente comme une incitation au voyage. Un voyage à travers l’enfance, la sienne, à travers sa famille et les diverses langues qui sont représentées, à travers Istanbul et la Turquie des années 60.

Suites byzantines est un livre en deux parties. Chaque chapitre est en fait un nouvel épisode de sa vie. Bien que ces épisodes évoquent plusieurs années de la vie de l’enfant, l’impression de continuité dans la narration n’est jamais mise à mal. La seconde partie offre cependant une vision plus hétéroclite de moments qui peuvent sembler désordonnés. C’est une période plus brève (elle dure un été) que la première durant laquelle l’on ne suit pas la progression de l’enfant mois par mois ou année par année (comme c’est plus le cas dans la première partie).

« Suites byzantines » : La première partie du livre propose des épisodes de la vie de l’enfant qui s’étalent de la période avant sa rentrée à l’école maternelle turque jusqu’à la fin du cycle et aux tests d’admission des lycées allemand et français. On y découvre sa famille, son école, Istanbul et ses rues, Atatürk et les rebelles. C’est l’occasion pour l’enfant d’apprendre à connaître le monde extérieur, son pays et les diverses tensions et passions qui y règnent. C’est également une période pendant laquelle l’enfant se construit et commence à s’affranchir d’une identité très problématique.

« Entre les îles » : La seconde partie du livre se déroule sur l’île de Burgaz ou l’enfant passe l’été avec sa famille. Sorti d’Istanbul et d’une ville foisonnante l’on se retrouve à naviguer entre les îles grecques alentour mais surtout entre les personnalités de l’île. Cet été est celui qui succède à l’échec aux tests d’admission au lycée allemand et à sa réussite partielle au lycée français. C’est un été marqué par l’apprentissage du français écrit qui vient compléter le français parlé de la maison. On retrouve ainsi une souffrance première de l’enfant : celle de ne pouvoir dompter les mots.


C’est d’abord dans son enfance, dans son monde que l’on voyage. Pour elle qui baigne dans un plurilinguisme permanent, la langue, ou plutôt les langues sont des éléments fugitifs, sauvages et intrigants qu’il lui faut apprivoiser. Elle évolue dans un monde de sons qu’elle dirige. Pour nous, elle fait sonner l’allemand de la mère, le français du père puis l’espagnol des juifs que parle sa grand-mère, le turc, le grec, l’arménien ! Tous ces éléments sonores et linguistiques font corps et créent une nouvelle unité. Dans ce monde-là, les qui et les que sont rassurants et attachent les bouts de réalité ensemble quand le flot des mots ne se laisse pas saisir, pique, gratte et serre « comme l’élastique de la culotte ». Son monde d’enfant, elle le construit notamment grâce à sa grand-mère qui lui raconte les mythes juifs et les contes d’Andersen, Grimm et Perrault. C’est ainsi que le bouton de la radio, le Blaupunkt, devient l’œil de Dieu comme pour Caïn et Abel.

Pour elle le rapport à la langue est d’emblée problématique. A l’école turque, les autres enfants lui demandent : « quelle est ta langue mère ? » mais elle n’a pas de langue mère. Son identification à une langue est ici un élément clef, c’est ce qui lui permettra de s’affirmer en tant qu’être. Mais c’est un chemin rude et escarpé qui présente de nombreux ravins et précipices. Lorsqu’elle entre à l’école turque, l’enfant peut enfin s’approprier une langue. Cela commence par l’apprentissage de l’alphabet et de la première lettre, le A, tracé par sa grand-mère dans la table de la pointe du couteau. Plus tard, lorsqu’elle doit se familiariser avec la grammaire et la conjugaison françaises, ce travail d’identification reprend. Il est encore une fois marqué par les dictées et les fautes signalées dans la marge par  des bâtons rouges. Pour Rosie, ces bâtons sont de véritables mutilations corporelles. Du couteau aux bâtons rouges, l’apprentissage et l’identification à une langue, un groupe, s’impose comme un thème important dans la construction de l’enfant.

La réflexion sur la langue va ici de pair avec un goût prononcé pour le voyage et le dépaysement des sens. Que ce soit une carte (« La statue du commandeur »), un attroupement dans la rue ou une peinture (« Yol »), une photo (« Montagne »), un éboueur (« Ahmet l’éboueur ») tout incite à partir vers d’autres horizons. Tantôt c’est la Suisse, puis l’Anatolie et les steppes, l’île de France, la Russie, l’Allemagne … On se laisse emporter par l’enfant et ses rêveries. Cependant, ces rêveries s’avèrent pleines de bon sens et laissent souvent la place à des considérations simples sur les hommes, les rapports qu’ils entretiennent. Parfois même l’enfant dresse le bilan d’une société encore à cheval entre deux mondes. D’un côté une tradition « de débauche », celle de la Turquie d’avant Atatürk, et de l’autre une société qui se tourne vers l’avenir, qui remanie sa langue pour créer le « vrai turc » ou qui se trouve déchirée par des conflits politiques. Aussi, là où l’enfant parle, on peut toujours déceler l’œil observateur et l’oreille critique de l’adulte et traductrice.

L’écriture de Suites byzantines, reste naturelle, fraîche et simple. Pas de longues phrases biscornues ni d’effets de style éblouissants, la prouesse de l’auteur se révèle plus dans les thèmes forts qu’elle développe que dans une virtuosité stylistique.

Alice, A.S. Éd.-Lib.

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 19:00

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Marie CAILLET

L'Héritage des Darcer

Michel Lafon,

octobre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Marie Caillet, 19 ans aujourd'hui, a vu l'histoire de sa jeune héroïne Mydria enfin publiée grâce à sa victoire au concours de jeunes auteurs lancé par les éditions Michel Lafon fin 2009. Avec une écriture pleine de poésie, et très mature pour son âge, elle a su charmer des personnalités littéraires telles que Anne Robillard, l'auteure de la série Les Chevaliers d'Émeraude, ou encore Barry Cunningham, l'éditeur anglais d'Harry Potter.

Cette jeune auteure ne nous a pas encore montré toutes les facettes de son talent, et je pense qu'elle a encore beaucoup de choses à nous dévoiler sur son écriture et son immense imagination.

=> Auteur à suivre !

 

 

 

 

Peux-tu présenter l'histoire de l'Héritage des Darcer ?

L'héritage des Darcer, c'est l'histoire de Mydria Siartt, dite My, qui est, au début de l'histoire, la fille unique d'une puissante famille noble. Elle apprend à l'âge de 16 ans qu'elle est une enfant adoptée, qu'elle est en réalité la dernière des Darcer, une dynastie qui a disparu deux siècles auparavant. Le seul moyen pour cette dynastie de revenir au pouvoir, c'est de retrouver le trésor familial caché quelque part dans le royaume. My est tenue de se lancer dans la chasse au trésor à la suite de ses ancêtres, avec un sifflet comme unique aide. Sauf que My souhaite simplement faire le mariage le plus prestigieux possible et ne voit pas du tout l'intérêt de se lancer dans une quête pareille. Elle s'enfuit donc, et tombe tout à fait par hasard sur Orest, un assassin qui va lui arracher son secret. My se retrouve finalement contrainte de se lancer dans sa chasse au trésor, aux côtés d'une Guilde de brigands en tous genres.

C'est donc une histoire qui mélange deux thèmes, tous deux issus de clichés : cette chasse au trésor, et une histoire d'amour qui va finir par naître entre les deux personnages principaux (princesse/assassin).


Comment t'est venue l'idée de ce livre ?

Au détour d'une conversation msn avec une amie. Comme on écrivait toutes les deux et qu'on avait toute une pile de scénarii en stock, on a eu l'idée d'échanger tout ça et de voir si on pouvait écrire une histoire à quatre mains à partir de nos idées. On a partagé le travail en deux parties : j'ai relevé un scénario qui me plaisait pas mal, avec l'idée d'une chasse au trésor et d'une dynastie disparue, la base de l'histoire a donc été fournie par mon amie ; je me suis occupée de mon côté à la développer pour en faire une histoire complète : en ajoutant les personnages, puis le monde, et le contexte général.


Quels ont été tes sources d’inspiration pour écrire cette histoire ?

Alors là c'est difficile à dire, honnêtement. Pour les personnages (princesse, assassin) j'ai repris des clichés, qui au fil de l'écriture ont fini par avoir leur propre caractère. Pour le monde en lui-même, c'était à moitié de l'improvisé (les épreuves qu'ils traversent, les créatures qu'ils rencontrent) et l'influence du merveilleux et de la fantasy.


Pourquoi le merveilleux et/ou la fantasy ?

Merveilleux et fantasy sont des genres que je ne distingue pas, qui font partie de l'imaginaire, pour englober le tout. Il y a beaucoup de choses que j'aime dedans : d'abord une très grande liberté que je ne rencontre pas dans les lectures contemporaines, avec des univers et des ambiances avec un air "d'ailleurs". La magie, rêver ne fait pas de mal dans un monde beaucoup trop terre-à-terre à mon goût. Mais aussi les personnages : qu'ils soient créatures ou êtres humains, j'aime beaucoup les suivre dans mes lectures, eux, leurs destins, leurs évolutions, voir comment quelqu'un qui habite dans un monde différent du nôtre peut appréhender la vie. D'une certaine manière, si j'aime la littérature de l'imaginaire, c'est parce qu'elle m'aide à élargir mon point de vue sur beaucoup de choses.


Pourquoi avoir participé à ce fameux concours qui t'a permis de te faire publier ?

Pour tenter ma chance tout simplement. Ce roman-là n'est pas né pour participer au concours, j'avais vraiment envie de l'écrire pour lui-même. Mais à partir du moment où il était fini à temps, je me suis dit, bon ben envoie-le, ça vaut toujours le coup d'essayer !


Quand as tu appris ta victoire, et comment as-tu réagi ?

J'ai appris la nouvelle début janvier, et pour ma réaction... un peu difficile de me rappeler mais c'était pas la zénitude. En tout cas j'étais stressée : de me dire que si je ne gagnais pas, j'allais sûrement mal le vivre, mais que si je gagnais, ça allait quasiment être aussi affreux parce que la douce vie de scribouilleuse toute seule dans son coin allait devenir beaucoup plus sérieuse, avec l'édition derrière et tout plein d'exigences... (et j'avais raison, c'était stressant). Mais quand même, quand j'ai appris la nouvelle, j'étais hyper, hyper heureuse. J'ai mis du temps à réaliser aussi (deux bons mois, je crois). Donc voilà, tout plein de bonheur et d'appréhension, c'était une période intense que je ne suis pas près d'oublier.


Pourrais tu raconter un petit peu par quelles étapes est passé ton premier manuscrit pour en arriver au texte final ?

Cela s'est fait en plusieurs étapes : d'abord un rendez-vous avec les responsables d'édition (elles sont deux dans le secteur jeunesse chez Lafon) où on a discuté du texte et des modifications à apporter : elles avaient à peu près les mêmes critiques que moi, et ça portait surtout sur la fin, trop rapide. Donc j'ai eu plusieurs mois pour réécrire tout ça (comme je suis une chipoteuse, j'ai corrigé et réécrit 150 pages au lieu de 50). Ensuite, les autres réunions ont surtout servi à discuter du titre et de la couverture, jusqu'en août, où il y a eu les épreuves (le manuscrit imprimé, où on a le droit et même le devoir de faire plein de ratures dessus) et où j'ai passé une journée à la maison d'édition pour qu'on voie le texte en détail et pour confronter mes retouches à celle de l'éditeur.


Ce n'est pas trop difficile de confronter son texte à des professionnelles ?

Oui et non en fait... C'est dur de soumettre son texte en général, mais le plus dur, c'est surtout de soumettre mon texte à moi-même. Parce qu'il y a forcément des premiers jets, dont je suis obligée de me prendre tous les défauts dans la figure et de regarder mon travail en face pour savoir comment améliorer. L'étape la plus dure est celle-là. Mais quand j'envoie mon texte à l'éditeur, c'est quand il est finalisé, et que j'ai suffisamment confiance en lui. Donc oui c'est dur, mais quand on a suffisamment bûché dessus, sauf si on est de mauvaise foi, et qu'on est satisfaite de ce qu'on a fait, le plus dur est déjà derrière. Enfin, c'est ce qui s'est passé pour le moment, ça se passera peut-être moins bien par la suite.


Quels sont tes projets d'écriture à venir ?

Pour cette année, je vais écrire le second tome de l'Héritage des Darcer. Ensuite, j'ai deux autres projets qui attendent, qui me tiennent énormément à coeur : une histoire d'anges gardiens et une histoire qui date un peu, que j'avais abandonnée parce que ça devenait trop compliqué, mais je suis très attachée aux personnages et je pense la modifier en profondeur pour l'écrire quand même.

 

Blog de l'auteur : http://mariecaillet.20minutes-blogs.fr/

 

Suzy, 1ère année Éd./Lib.

 

 


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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 07:00

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Nikolaï Vasilievitch GOGOL

Le Journal d'un fou

J'ai Lu

Librio, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Gogol


Le Journal d'un fou
 
Cette nouvelle d'une trentaine de pages paraît en 1835 dans un recueil intitulé Arabesques. Le personnage de Gogol, Proprichtchine, s'incrit en tant que contemporain de l'auteur, à une période où une forte répression, un conservatisme poussé à l'extrême et la corruption de l'administration russe sévissaient sous le règne de l'Empereur Nicolas 1er. C'est dans cet univers glacial qu'évoluent à la fois l'anti-héros et la folie qui le ronge.


L'anti-héros amoureux
 
Dans ce récit « en lambeaux », présenté sous forme de journal intime fragmenté, Proprichtchine un modeste fonctionnaire du Ministère, d'âge moyen, nous dévoile peu à peu ses secrets, ses désirs et ses peines. Pris de passion pour la charmante et élégante Sophie, la fille de son directeur, il va voir son existence prendre une tournure tragique.


Il vit dans un appartement avec sa domestique finnoise Mavra, une vie subie, plate, terne et faite essentiellement de déplaisirs. Les seules échappatoires qui le consolent encore au début de la nouvelle sont le théâtre et l'écriture. Ambitieux, l'anti-héros montre tout de même sa détermination à poursuivre et à pister les moindres dires, faits et gestes de sa promise. Méprisant et fier, il exécute ses tâches de l'ordre de la taille de crayons et du classement de dossiers. Jaloux de la condition sociale de ceux qu'ils l'entourent, il critique la hiérarchie, le peuple et les nobles, et doit faire face à une union impossible.

 

Le Roi d'Espagne
 
Les prémices de la folie sont notables dès les premières pages : Proprichtchine comprend une conversation tenue par deux chiens. L'un d'entre eux est le chien de Sophie. S'ensuivent quelques péripéties et Proprichtchine dérobe finalement la correspondance épistolaire des deux animaux. De nombreux éléments l'amènent à en lire toujours plus, l'intéressent, le passionnent mais pour mieux l'anéantir. Il comprend que sa chère Sophie est en fait amoureuse et promise à un gentilhomme de très bonne famille. Cette nouvelle l'accable le renvoyant à sa misérable condition sociale.


La lecture se fait alors plus effrénée en raison de la montée en puissance de la folie du personnage. Elle se caractérise par des idées farfelues, des propos irrationnels et se traduit dans le texte par l'incohérence des dates, des mois, des années. La folie dévoile son vrai visage quand Proprichtchine se persuade d'être le Roi d'Espagne, et quand il devient un danger pour les autres et pour lui-même au point qu'il porte finalement la camisole.


Ce que c'est que d'être fou
 
La folie, état difficile à définir, peut se traduire par le bouillonnement de nombreuses idées et d'anarchiques pensées au sein d'un même individu. 

 

Ici, on peut comprendre que la folie est un refuge, un moyen de sortir de soi et de ne plus se confronter à une réalité désastreuse. Certes, on a donc tous un petit grain de folie, mais Proprichtchine a succombé à la tentation de cette amère et dangereuse douceur.


Une critique sociale par la folie ? Ou la folie d'un homme et le dégoût de la vie ?


Chloé Chevalier, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 

GOGOL sur LITTEXPRESS

 

Gogol Nouvelles de Petersbourg

 

 

 

 

 

Article d'Anaïs sur Nouvelles de Pétersbourg

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 07:00

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William GIBSON
Johnny Mnemonic
In Gravé sur Chrome,
Titre original
Burning Chrome
Traduction de
Jean Bonnefoy
éditions J'ai lu, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Johnny Mnemonic, écrit en 1981 par William Gibson et publié la même année dans le magazine Omni, n'est pas n'importe quel texte de science-fiction dans la mesure où il marque une rupture franche avec un certain genre de SF à la fois par la fraîcheur de son style, de ses idées et de ses thèmes. En ce sens, il va très rapidement accéder au rang de texte fondateur du mouvement cyberpunk, genre qui saura inspirer un souffle d'électronique et de crasse en phase avec les années 80 à l'inverse d'une certaine SF des années 70 parfois considérée par certain critiques comme trop nombriliste.


Johnny-Mnemonic.jpg

Résumé de l'histoire (ce qui suit dévoile l'intégralité de l'intrigue)


Le récit commence par l'arrivée de Johnny Mnemonic au Drôme, un bar crasseux et dangereux, fréquenté par les clients les plus dangereux et louches de toute la ville. Sous couvert d'une nouvelle identité obtenue grâce à quelques coups de bistouri, Johnny parvient à s'asseoir à la table de Ralfi Face, son dernier commanditaire qui cherche depuis leur dernière transaction à éliminer Johnny. S'ensuit un intense duel verbal, plein de tension à la manière des duels de western, durant lequel Johnny apprend pourquoi Ralfi Face tente de l'éliminer : les données que Ralfi a implantées dans le crâne de Johnny sont des informations dérobées au Yakusa, la plus grande multinationale du crime au monde. Car Johnny, comme il se définit, est un « joli tas de barbaque bourré d'implants où fourrer le linge sale », un disque dur vivant qui sert de transporteur d'informations codées de valeur destinées à être revendues illégalement. Comme il le dit lui même,  

 

« les données à stocker sont introduites par l'intermédiaire d'une série modifiée de prothèses antiautismes microchirurgicales . Le code du client est mis en mémoire sur une puce spéciale. En dehors des squids, il n'existe aucun moyen de récupérer la phrase clé. Ni par la drogue, ni par le bistouri, ni par la torture. Moi même,je ne le sais pas, je ne l'ai jamais su. »

 

Johnny Mnemonic exerce donc la fonctin de mule de l'information et porte en lui des données implantées par Ralfi Face et qui appartiennent au Yakusa.

Lors de leur entretien haletant, fusil à double canon sur la table, il tombe sous l'emprise d'un disrupteur neural qui le paralyse entièrement et le met à la merci de Ralfi Face. Au moment où Lewis, l'acolyte de Ralfi s'apprête à mettre fin aux jours de Johnny en espérant ainsi calmer les velléités du Yakusa, une jeune femme inconnue arrive et s'installe à leur table en leur proposant de la free base à huit mille le gramme. Après une sanglante démonstration de sa part qui effraie Ralfi Face, l'inconnue annonce qu'elle cherche du travail en tant que mercenaire. Une enchère s'engage alors entre Ralfi et Johnny (libéré du disrupteur). Molly sympathise avec Johnny et décide de travailler pour lui en commençant par sortir du Drôme avec Ralfi qu'ils forcent à venir sous la menace du fusil de Johnny. Au moment où ils sortent du sordide établissement, ils tombent nez à nez avec un curieux personnage :

 

«  il attendait dehors. L'allure du touriste techno classique : sandalettes en plastique et chemise hawaïenne ringarde avec, en guise de motif imprimé, un agrandissement du microprocesseur le plus vendu de sa boîte ».

 

L'homme, modifié génétiquement, fait jaillir de son pouce un filament monomoléculaire qui dépèce en une fraction de seconde le malheureux Ralfi Face : Molly et Johnny parviennent à s'échapper et comprennent qu'ils ont affaire à la crème des tueurs asiatiques dépêché par le Yakusa afin d'effacer toute trace des informations stockées dans la mémoire de Johnny. Deux choses se profilent alors : la soif de combat de Molly Millions qui souhaite affronter à nouveau le tueur du Yakusa («  Ce mec, je vais me le faire. Cette nuit. C'est le meilleur, le numéro un, le grand prix, la classe. ») et le désir de Johnny d'extraire les données de sa mémoire pour pouvoir faire à son tour chanter le Yakusa et mettre fin à la menace qui pèse sur lui.

Molly connaît un ancien militaire junkie capable d'accéder aux données de Molly, un certain Jones qui vit dans une fête foraine à laquelle se rendent les deux partenaires.

 

« C'était plus qu'un dauphin, même si du point de vue de ses congénères il l'aurait été plutôt moins. Je le regardai s'ébattre dans la cuve galvanisée. L'eau qui en débordait me mouillait les chaussures. C'était un surplus de la dernière guerre. Un cyborg. Il jaillit de l'eau, nous révélant les plaques incrustées le long de ses flancs : comme un calembour visuel, sa grâce annihilée sous cette armure articulée, balourde et préhistorique. De part et d'autre du crâne, deux excroissances avaient été aménagées artificiellement pour abriter des capteurs ».


Moyennant une injection d'héroïne, le dauphin parvient à décrypter le code des données stockées en Johnny qui se rend alors avec Molly chez un hacker de la Cité de la Nuit pour extraire le programme. Johnny espère alors dissuader le Yakusa de le tuer en lui envoyant la moitié du programme comme preuve qu'il possède les fameuses informations et qu'il s'engage à ne pas les divulguer si le Yakusa accepter d'arrêter d'essayer de le tuer. Mais les informations mettent du temps à parvenir jusqu'à la multinationale du crime et Johnny et Molly se voient contraints de se réfugier dans le mail, une cité d'échafaudages qui surplombe la plus crasseuse partie de la ville où vivent les LowTechs, des minimalistes de la technologie amis de Molly.

« Éclairé par le fin pinceau de la torche de la fille, il nous considéra de son oeil unique, puis sortant une impressionnante longueur d'épaisse langue grisâtre, pourlécha ses canines démesurées. Je m'étonnai que la transplantation de crocs de doberman soit considérée chez eux comme de la technologie minimaliste. L'accroissement du volume dentaire entravait son élocution. Un filet de salive coulait de sa lèvre inférieure déformée. »

Poursuivis par le tueur techno, Molly réclame aux LowTechs de pouvoir utiliser le Plancher qui Tue pour affronter cet adversaire, une piste de danse perchée à plusieurs kilomètres au-dessus de la ville et pourvue de capteurs qui déclenchent de la musique assourdissante au gré des pas de danse effectués. Le tueur arrive et le combat d’anthologie s'engage :

« Alors ce fut comme si Molly laissait quelque chose se libérer en elle et c'est à ce moment-là que sa danse de chien enragé commença pour de bon. Elle sautait, se tordait, se cabrait, se cambrait et finit par atterrir à pieds joints sur un bloc moteur en alu […] mais les suspentes tinrent bon et le Plancher ondulait comme une mer de métal et de folie. Et sur cette mer, Molly dansait. » 

Vaincu par la danse de mort de la splendide Molly, le techno préfère se suicider. Johnny ne mourra pas ce soir, il reste vivant à la fin de la nouvelle où il explique son choix de vivre en compagnie des Lowtech où il se sent en sécurité tout en s'associant avec Molly et Jones le dauphin pour extraire et monnayer à son tour toutes les données qu'il a encore stockées dans le crâne jusqu'au jour où il aura assez d'argent pour enlever toutes ses puces mémorielles. Johnny Mnemonic a pris son destin et sa mémoire en main : il en est devenu le maître.
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Un texte novateur et fondateur du cyberpunk

La nouvelle Johnny Mnemonic, par la forme et les thèmes qu'elle embrasse, doit être considérée à juste titre comme un texte fondateur du mouvement cyberpunk dont la paternité revendiquée échoit à William Gibson.

Ce mouvement littéraire, avant qu'il ne revête une ampleur artistique bien plus large (à la fois musicale, cinématographique et surtout graphique) rassemble une palette de thématiques nouvelles qui émergent avec le développement des nouvelles technologies de communication et d'information dans les sociétés occidentales modernes de la fin des années 70. Ainsi, les notions neuves de réseau, de dématérialisation, d'informatique et de société d'information qui caractérisent l'accélération technologique et numérique du dernier quart du XXe siècle vont être assimilées par de nouveaux jeunes auteurs de science-fiction intéressés par ces mutations sociétales majeures. Sur ces problématiques nouvelles et fécondes pour la création de textes d'anticipation se greffe une esthétique particulière forgée autour des codes visuels et sociaux de la contre-culture punk et rock de cette époque. Le cyberpunk, terme popularisé en 1984 dans un article du Washington Post par Dozai (alors éditeur de la fameuse revue Asimov's Science-Fiction Magazine) se révèle alors au milieu des années 80 au grand public comme la conjugaison de cette esthétique sombre et pessimiste de la contre-culture punk et de l'extrapolation futuriste des sociétés d'information et de communication modernes. Comme le dit alors Bruce Sterling, père de la revue Cheap Truth qui verra publier tous les auteurs majeurs du mouvement, « le courant cyberpunk provient d'un univers où le dingue d'informatique et le fou de rock and roll se rejoignent dans un bouillon de culture où les tortillements des chaînes génétiques s'imbriquent ».

Johnny Mnemonic constitue les prémices concluantes de ce qu'allait devenir le mouvement cyberpunk. D'un point de vue formel, la prose de Gibson, très inspirée de ses lectures personnelles, des romans noirs et des oeuvres de la contre-culture beat américaine (Burroughs, Kerouac, Bukowski, etc.) se détache de celle traditionnellement employée par les auteurs de science-fiction de l'époque. L'utilisation de phrases incisives, d'images originales à la fois sombres et cyniques, relevées par la dichotomie d'un vocabulaire à la fois argotique et technique confère au texte une ambiance ténébreuse et réaliste typique des récits de cyberpunk. L'unité temporelle courte – Gibson fait courir son récit riche en action sur une seule nuit en seulement trente pages — inspire à Johnny Mnemonic une intensité haletante et un rythme soutenu, autre trait typique de ce que donneront les textes cyberpunk à venir. La narration est brève, fugace, rapide comme le sont les nouvelles technologies de communication dont Gibson s'inspire pour nous livrer son récit. Le choix d'une narration interne et de nombreux dialogues écrits dans un registre familier voire vulgaire soulignent davantage la volonté de Gibson de faire pénétrer le lecteur, pris entre le feu des réflexions de Johnny et les répliques cinglantes de Molly, dans son monde futuriste dur mais probable, violent mais envisageable. Le lecteur retrouve, par le style teinté de pessimisme et de cynisme de l'auteur, un univers presque familier, une impression de quotidien futuriste différent mais connu qui confine par ses repères de langage familier au vraisemblable et permet alors de le toucher plus aisément.

William-Gibson-Neuromancien.gifOutre le style et la forme du récit, Johnny Mnemonic aborde de nombreuses thématiques nouvelles qui deviendront des classiques du cyberpunk. Néanmoins, et il est nécessaire de le préciser, cette nouvelle n'aborde que très peu la notion fondamentale de cyberespace créée par Gibson, néologisme pour lequel l'université de Coastal Carolina lui décernera le titre de docteur honoris causa en sciences humaines. D'autres nouvelles, plus tardives comme l'excellente « Gravé sur Chrome » ou le « Marché d'hiver » – publiées d'ailleurs dans le même recueil que Johnny Mnemonic – approfondiront cette notion effleurée par Johnny Mnemonic (sans compter le célèbre Neuromancien, seul roman de SF triplement récompensé par les prestigieux prix Hugo, Nebula et Philip K. Dick en 1983). Pourtant, Gibson nous livre dans cette nouvelle un monde dystopique propre à ceux du cyberpunk. Il extrapole un monde urbanisé dominé par de grandes multinationales connues ou non du lecteur (Adidas, Ono-Sendaï) qui écrasent les hommes et réduisent leurs existences à une violence quotidienne amplifiée par un communautarisme marqué. La reprise d'entités économiques ou de marques existantes comme Adidas permet à Gibson, et aux futurs auteurs de cyberpunk qui reprendront le même procédé, de justifier son univers fictif par des repères connus qui contribuent à l'impression de plausibilité de l'œuvre. De la même manière que le communautarisme mis en scène (Low Tech, Techno, etc.), Gibson ne reflète que celui qui se profile et que ressent l'auteur dans la société américaine au début des années 80 avec les phénomènes de constitution de bandes et de gangs urbains marqués par des codes esthétiques et des goûts artistiques tranchés et exclusifs. En ce sens, la réclusion des minimalistes LowTech, et leur relative autarcie (n'oublions pas que Johnny comprend que les cigarettes chinoises qu'il trouve chez eux proviennent d'un commerce avec l'extérieur) peut être perçue comme une critique ou une transposition futuro-hyperbolique de la mosaïque des groupes communautaristes qui éclatent la culture et les valeurs tout azimuts de nos sociétés contemporaines.

L'aspect hypertechnique que présentent certains passages de Johnny Mnemonic préfigure également l'avenir du cyberpunk, dont l'assise technologique, comme base d'extrapolation littéraire, apparaît comme plus importante que dans la science-fiction des auteurs futuriens ou celle de Dick ou de Clarke par exemple. Comme l'utilisation Kim-Stabley-Robinson-Mars-la-rouge.gifde noms d'entreprises déjà connues du lecteur, le recours aux justifications techniques et scientifiques pointues confère un caractère tangible et possible au propos de Gibson. L'exemple de l'utilisation des squids par Jones est probant : l'auteur utilise une technologie existante (un sytème de radar complexe développé lors de la Seconde Guerre mondiale) pour lui attribuer une application futuriste logique et donc envisageable. Ce procédé, même s'il n'est pas neuf dans l'écriture de science-fiction, deviendra une composante essentielle du cyberpunk qui le poussera parfois à l'extrême, les auteurs du mouvement se targuant de rester très proches et très au courant des dernières avancées technologiques. Ce procédé de recours à l'intervention d'explications et de justifications scientiques de haut vol inspirera par la suite les écrivains de la Hard Science qui baseront l'intégralité de leurs productions sur des hypothèses mathématiques, physiques ou chimiques très en pointe (Mars la Rouge de Kim Stanley Robinson par exemple). Le contrecoup indirect de ce procédé réside dans la lecture contemporaine que nous pouvons faire aujourd'hui d'un certain nombre de ces textes complètement obsolètes d'un point de vue scientifique et qui leur confère alors involontairement une saveur poétique surannée, un goût de futur périmé (les cyberpunks produiront de nombreux récits autour des disquettes complètement disparues aujourd'hui par exemple).

L'absence de morale qui sied aux personnages de Johnny Mnemonic, leur manque de valeurs supérieures véritables marque également le texte du sceau du cyberpunk. Que l'on considère l'extravagante Molly Millions qui ne cherche qu'argent et combat digne de sa qualité ou encore Jones, le dauphin cyborg héroïnomane, aucun personnage n'incarne de vertu ou de valeur morale universelle. Aucun personnage ici n'est vertueux, aucun non plus n'est maléfique ou vicieux, tous cherchent à survivre dans un monde brutal et sans espoir. L'on peut ressentir ici le désarroi de l'écrivain oppressé par une société des années 80 en proie à des mutations soutenues par les avancées technologique qui tendent à un monde sans cesse plus rapide et violent mu par les nécessités de performances et de résultats. L'usage banalisé de la drogue comme échappatoire pour Jones qui fuit la sordide réalité de sa cuve et de ses souvenirs, deviendra également une thématique fétiche du cyberpunk qui saura élégamment s'inspirer des thèmes dickiens (Substance Mort, Ubik) ou même d'autres auteurs (Les Portes de la Perception de Huxley). L'exploration amorale des substances psychotropes trouve un écho similaire dans la violence et la brutalité normales, admises par tous et célébrées comme art de vivre par le personnage de Molly Millions. Personne ne s'offusque de son agressivité démesurée quand elle tranche négligemment le poignet de Lewis en voulant s'asseoir à la table de Ralfi Face. Gibson nous livre la vision d'un monde dédouané de la morale et consumé par l'argent et l'égoïsme, comme un pythique miroir de la société des années 80 à laquelle il appartient.

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Une critique de nos sociétés d'information

Mais le coeur du propos de Johnny Mnemonic concerne la thématique de l'information, qui constitue l'essence même du texte. Toute l'histoire de la nouvelle tourne autour de la notion d'information qui s'érige au rang de valeur suprême, de monnaie ultime. Le Yakusa, tout comme Ralfi Face et même Johnny, tous vivent grâce au trafic de l'information dans le monde créé par Gibson. Les valeurs comme la force, le sexe ou encore l'argent, pourtant présentes dans le récit, restent en arrière-fond comme un fade succédané de pouvoir comparé à la détention du savoir. L'essence de l'action, les péripéties nombreuses qui arrivent à Johnny, réceptacle humain de l'information, résident dans la possession de celle-ci comme valeur absolue et qui justifie les plus âpres déchaînements de violence (telle la mort sanglante de Ralfi Face). Gibson a déjà compris, dès le début des années 80, que plus que jamais, le savoir est le pouvoir et que la détention d'une information unique constitue une valeur réelle et tangible dont il fait endosser l'incarnation à son héros Johnny Mnemonic. Vecteur de l'information enfin matérialisé sous forme d'un homme, mule d'un trafic planétaire qui le dépasse, le héros se voit entièrement dominé par son gagne-pain, par cette information qu'il ne comprend pas et sur laquelle il ne possède aucune emprise (il ne peut que la transporter et réciter bêtement sans comprendre). Gibson adresse ainsi en filigrane d'une nouvelle de science-fiction pleine d'action une mise en garde, sinon une critique, contre la société d'information moderne et les risques qu'elle laisse se profiler. Très clairement, quand il écrit

 

«  Nous sommes dans une économie de l'information. C'est ce qu'on vous apprend à l'école. Ce qu'il oublie de vous dire, c'est qu'il est impossible de se déplacer, de vivre, d'agir à quelque niveau que ce soit sans laisser de trace, des indices, des éléments, des fragments d'informations personnelles anodins en apparence. Fragments qu'il est toujours possible de récupérer, d'amplifier... »,

 

l'auteur a déjà conscience des risques liés au développement des réseaux et canaux de communication et énonce, en prophète de la paralittérature, de la contre-culture aux balbutiements de l'ère internet, les dangers pour l'intime et le secret, pour la vie privée et le respect des individus que représentent les nouvelles technologies de la télématique.

Mais peut-être plus qu'une critique ou une mise en garde formulé à l'encontre des sociétés de communication qui se déploient sous ses yeux, Gibson nous livre par le biais de Johnny Mnemonic une critique plus profonde de l'homme moderne transformé par l'émergence de ces mutations technologiques. À travers un certain nombre de thèmes, de personnages et de réflexions, la nouvelle recèle une véritable dénonciation de l'homme dépossédé de son identité par une société d'information et de consommation effrénée, par une société réticulaire rampante et annihilant la personnalité humaine. Dans cette optique, la présence très marquée de la chirurgie esthétique dans l'histoire appuie cette idée. Tous les personnages recourent aux vertus des opérations de chirurgie esthétique (les LowTech ou Ralfi Face pour se conformer à un idéal physique) ou nécessaire (Johnny pour approcher Ralfi Face) au point de ne plus pouvoir s'identifier à leur nature originelle. Quand Johnny dit « je me mirai dans la paroi latérale d'une machine à café  : visage classique de blanc », ou quand il décrit les Sœurs Chiennes magnétiques — les gardiennes du Drôme — en disant que « l'une était noire, l'autre blanche. Mais à part ça, elles étaient aussi semblables que peut le permettre la chirurgie esthétique », le lecteur ressent une impression de lissage des êtres humains du monde créé par Gibson, une uniformisation physique qui fait perdre dans un sens la notion même d'identité physique. L'homme devient inconstant, insaisissable en tant qu'être matériel dont il peut altérer l'enveloppe charnelle au gré de ses envies ou besoins. Plus encore, quand Johnny décrit certains badauds du Drôme, «  certains étaient noyés sous une telle masse de muscle greffés qu'ils n'avaient presque plus de figure humaine », le lecteur sent les interrogations que soulève William Gibson quant à la définition même de la nature humaine. L'homme peut-il se définir comme tel sans l'apparence ? Le corps reste-il un fardeau, une simple coquille superflue et « customisable » de la condition humaine ? De même, les LowTechs, minimalistes de la technologie qui adoptent un mode de vie tribal et se font greffer des canines de doberman pour correspondre davantage à leur idéal, restent-ils des hommes ? Sont-ils toujours humains malgré leurs choix de vie éminemment décadents et à rebours de l'évolution logique d'une espèce désormais portée par l'élan de la technologie et de la science qui va jusqu'à modifier les individus au niveau génétique (comme Molly et le tueur techno dépêché par le Yakusa) ? La question de l'humanité se pose également pour le séduisant personnage de Molly Millions, cette tueuse implacable modifiée génétiquement, assoiffée de combat et mue par l'unique idée de prouver sa supériorité sur des adversaires de sa trempe. Cette femme amorale, qui subit le joug du désir de performance et de résultats, qui ne parvient pas à dominer la violence de sa condition de mercenaire sanguinaire reste-elle humaine ? Le lecteur apprendra, à la lecture de l'excellent Neuromancien, que Molly, autrefois, fut une prostituée plongée en léthargie neurale pour se livrer inconsciente aux pires fantasmes de ses clients et pouvoir ensuite s'offrir les modifications génétiques qui font d'elle une femme redoutable... Gibson ici, ne porte pas de jugement et se contente encore une fois de suggérer les questions. Mais surtout, le personnage de Johnny Mnemonic, ce réceptacle, ce vecteur, cette mule, cette prostituée de l'information apparaît comme totalement déshumanisé par sa fonction d'homme-objet incapable d'accéder aux données qu'il contient. Quand il réfléchit sur lui même — « et la pensée me vint soudain que je n'avais pas la moindre idée de ce qui était en train de se passer... À vrai dire, c'était précisément mon lot puisque j'avais consacré l'essentiel de mon existence à jouer les réceptacles aveugles destinés à recueillir le savoir d'autrui pour être ensuite vidangé, crachant un flot de langage synthétique à jamais incompréhensibles pour moi... » ou plus loin « c'est alors que je compris à quel point j'étais vide et creux, que j'en avais assez d'être un vulgaire récipient » — Johnny prend conscience de sa condition d'humain en quelque sorte incomplet, dépossédé de sa mémoire qu'il prostitue au service d'autrui sans pouvoir accéder aux richesses qu'elle contient. Johnny se ressent comme un humain dépossédé de son identité, d'une partie de son humanité, écrasé par sa condition de convoyeur d'information trop dense et complexe pour être comprise et assimilée. Johnny Mnemonic incarne la menace concrète que Gibson tente de dénoncer: L'information permanente et incontrôlée noiera l'humanité sous son flot annihilant les consciences et la réflexion.

Mais William Gibson n'est pas aussi pessimiste qu'il peut le laisser entendre tout au long de sa nouvelle car à la fin, Johnny a la ferme intention de réapprendre, ou d'apprendre tout court, à devenir pleinement humain :

«  Et un de ces quatre, je demanderai à un chirurgien de m'extraire toutes ces puces encartées dans mes amygdales et je vivrai alors avec mes propres souvenirs, ma mémoire à moi, et celle de personne d'autre comme tout le monde. »

L'auteur, en quelques dizaines de pages seulement, nous donne une magistrale leçon de confiance et nous assure donc qu'il reste de l'espoir pour le salut de l'humanité, qu'il n'est pas trop tard, ni pour Johnny ni pour nous, pour apprendre à être humain...

 

 

Romain, A.S. Éd.-Lib.

 

 


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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 19:00

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Un extrait du roman Mort à Crédit dans lequel le petit Ferdinand est placé chez Courtial de Perreires, un inventeur imposteur sans scrupules.


Pour la beauté de la science, ce moralisateur poussera l'enfant Céline à bout.


Il ne faut pas rater la diction de l'acteur au service de ce texte magnifiquement vert, mis en scène par Renaud Cojo.

Où ? Dans le quartier des Chartrons au Petit Théâtre, 8 - 10 rue du Faubourg des arts.

Tram ligne B, arrêt Chartrons.


Quand ? Les jeudi, vendredi et samedi soir à 20h30 jusqu'au 31 janvier.


Combien ? 15 euros.

Pensez à réserver (la salle est petite) au 05.56.51.04.73

Clément, A.S. Éd.-Lib.

 

Plus d'informations ici.

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