Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 07:00

Ian-Rankin-L-etrangleur-d-Edimbourg.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ian RANKIN
L’étrangleur d’Edimbourg
une enquête de l’inspecteur Rebus
titre original
Knots and Crosses (1987)
traduit de l'anglais (Écosse)
par Frédéric Grellier
Le Livre de poche, 2004


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Ian Rankin est né en Écosse en 1960. C’est un auteur de romans policier, d’espionnage mais aussi de critique littéraire.

Sans le soutien de son professeur d’anglais il ne se serait probablement jamais lancé dans l’écriture, car sa famille n’approuvait pas ce choix. Mais il finit par aller à l’université et étudier la littérature. Il obtient son diplôme en littérature anglaise avec une spécialisation en littérature américaine en 1982. Rankin commence à écrire en même temps qu’il rédige sa thèse de doctorat, dans les années 1982 à 1986.

Avant d’être reconnu comme écrivain, il fut musicien, journaliste, chercheur en alcoologie puis professeur de littérature à l’Université d’Édimbourg. Son premier nom de plume est Harvey (du nom de jeune fille de sa femme).

Il a vécu en Angleterre mais aussi dans le Périgord pendant plus de dix ans ; c’est d’ailleurs là qu’il va écrire sept enquêtes de l’inspecteur Rebus ainsi que tous ses romans publiés sous le nom de Jack Harvey. En 2007 on compte 18 enquêtes de l’inspecteur Rebus traduites en 26 langues. Ian Rankin est devenu en quelques années l’auteur de roman policier le plus lu en Angleterre. Sa carrière lui vaut d’être décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique en 2002. De plus, certaines de ses œuvres sont étudiées en littérature dans les plus grandes universités du pays.

En 2005, il reçut le Grand Prix de la littérature policière pour son roman La mort dans l’âme. L’auteur français qui a reçu ce prix cette année est Karim Miske pour son livre Arab Jazz. Cette distinction littéraire a été fondée en 1948 par Maurice-Bernard Endrèbe, elle a pour but de récompenser le meilleur roman policier français et étranger,  publié dans l’année. Depuis la création du prix, on a pu voir des lauréats comme Mary Higgins Clark (La Nuit du renard, 1980), Thomas Harris (Le Silence des agneaux, 1991) ; le premier vainqueur français a été Léo Malet en 1948 avec Le Cinquième Procédé.

Il a également reçu le Gold Dagger Award, prix littéraire britannique qui récompense le meilleur roman policier de l’année. Créé en 1969, le prix change de sponsor plusieurs fois ; on retiendra le dernier qui fait changer le nom du prix pour celui de Duncan Lawrie Dagger, il accorde la somme de 20.000€ au vainqueur, ce qui en fait le prix du roman policier le plus richement doté. Parmi les lauréats il y a Fred Vargas (L'homme à l’envers, 2005) ; Ian Rankin a quant à lui obtenu le prix en 1997 pour L’Ombre du tueur.


 
L’Étrangleur d’Edimbourg

L’Étrangleur d’Edimbourg, ou Knots and Crosses, a été publié en 1987 en Angleterre et en 2004 en France.  Les  autres enquêtes de l’inspecteur Rebus seront publiées en France à un rythme soutenu, environ deux par an.

Selon moi, le titre anglais est plus en accord avec l’œuvre en elle-même, car il fait référence au jeu malsain auquel joue le meurtrier. De plus le titre original laisse planer un certain mystère.


Personnages principaux

John Rebus : inspecteur de police, ancien des forces spéciales et des SAS.

Michael Rebus : frère de John, il s’est assuré une vie confortable en faisant le dealer pour un gang.

Jack Morton : collègue de John, qui fait surtout le travail pénible (comme les appels à témoins…).

Gill Templer : chargée des relations publiques dans le commissariat où travaille John ; au fil de l’histoire, ils deviendront amants.

James (Jim) Stevens : journaliste judicaire qui soupçonne les frères Rebus d’être complices dans le trafic du cadet.

L’étrangleur (Gordon Reeve) : ancien membre des forces spéciales, et plus particulièrement des SAS ; il fut le compagnon d’isolement de John, et s’est senti trahi lorsque ce dernier fut choisi pour continuer l’entraînement en le laissant derrière lui ; ils avaient pour l’habitude de jouer au morpion (knots and crosses).


Personnages secondaires

Sammy Rebus : elle est la fille de John, mais aussi l’un des pions de l’étrangleur dans son désir de vengeance.

Rhona : ex-femme de John.

Andrew Anderson : amant de Rhona et jeune poète.

William Anderson : commandant de police, supérieur hiérarchique de John ; son fils est le nouvel amant de l’ex de Rebus.


Résumé

Ce roman policier est basé sur deux enquêtes, l’une menée par la police et l’autre par un journaliste.

La première est menée de front par toute une équipe ; la police est sur le qui-vive dans Édimbourg : un tueur en série sévit dans la ville historique. Ce meurtrier kidnappe des jeunes filles entre huit et douze ans ; ses victimes sont au nombre de quatre : Sandra Adams, Mary Andrews, Nicola Turner et Helen Abbot. Ces kidnappings et meurtres mettent la ville en émoi et les enfants restent prostrés chez eux, une sorte de panique s’installe en ville. L’inspecteur Rebus participe à l’enquête et fait de son mieux pour comprendre le meurtrier ; d’autre part, il reçoit des messages étranges d’un inconnu : « IL Y A DES INDICES PARTOUT » (p.28), « POUR CEUX QUI LISENT ENTRE LES LIGNES » (p. 56), « TU FAIS DU SUR-PLACE. DU SUR-PLACE, HEIN ? SIGNE… » (p. 114), « TU N’AS TOUJOURS PAS DEVINE, HEIN ? TU N’AS PAS LA MOINDRE IDEE, AUCUNE IDEE DANS LE CRANE. ET MAINTENANT ON TOUCHE AU BUT. C’EST PRESQUE TERMINE. NE VIENS PAS DIRE QUE JE NE T’AI PAS DONNE TA CHANCE, TU NE PEUX PAS DIRE CA. » (p. 166). Rebus reçoit ces lettres tant à son travail qu’à son domicile ce qui l’inquiète. Comment celui qui le menace a-t-il trouvé son adresse ? Chacune de lettres contient des nœuds en corde ou bien des croix en allumettes (référence au titre original). L’enquête fait du surplace et la fille de Rebus disparaît.

La seconde enquête est celle menée par le journaliste, Jim Stevens ; il enquête sur le milieu de la drogue à Édimbourg. Il va se rendre compte que le frère de l’inspecteur John Rebus est un trafiquant notoire dans les quartiers chic ; il suppose donc que les deux frères sont complices dans le trafic.


Les jeux de mots

Ils sont très importants dans le roman. Une fois que l’on se rend compte de leur présence, tout prend sens et l’on peut deviner qui en veut réellement à Rebus.

Tout d’abord, il y a le nom du personnage principal : John Rebus ; ce nom fait référence au rebus que l’on trouve dans l’œuvre ; en effet, si on prend chaque première lettre des prénoms et noms des victimes, on obtient le prénom de la fille de Rebus : SAMANTHA. Le meurtrier doit donc connaître personnellement Rebus pour tenter de lui faire deviner que son ultime victime sera sa fille.

Ensuite on a le personnage de Ian Knot : principal suspect dans l’enquête, son nom signifie nœuds ; cela  fait référence aux nœuds que Reeve (=Knot) envoie à Rebus pour le tourmenter.

Enfin, il y a le jeu « naughts and crosses » : c’est notre jeu du morpion,  Reeve envoie des petites croix à Rebus ainsi que des ronds en corde.  Cela renvoie au jeu que les deux hommes pratiquaient quotidiennement lors de leur détention par les SAS.

Reeve joue donc sur le sens des mots mais aussi sur leur écriture.
 


L’œuvre de Rankin

Le cadre des œuvres

Les romans de Rankin se situent principalement dans la ville d’Édimbourg. On suit surtout le personnage de l’inspecteur Rebus ; on peut constater l’évolution de sa vie et de sa carrière dans les différentes œuvres qui le mettent en scène.
 
Rankin décrit une ville d’Édimbourg sombre, que les circuits touristiques ne montrent pas, que les gens refusent de voir et ignorent. Ian Rankin dira d’ailleurs :

 

« Il y a véritablement deux Édimbourg. Il y a la cité que les touristes visitent, avec son château et ses joueurs de cornemuse, vêtus de kilts. Ça, c'est le côté Disneyland. Mais il existe aussi une cité qui vit et qui respire sous cette apparence, et que les gens voient rarement. Dans les années 1980, Édimbourg avait de sérieux problèmes de drogue et le pire taux de Sida de toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pensé que quelqu'un devait écrire des romans traitant de ces choses de la vie réelle contemporaine ».

 

C’est d’ailleurs cet intérêt pour la noirceur qui explique qu’il soit plus attiré par la littérature américaine que par les romans policiers britanniques.


Le personnage de John Rebus

John Rebus est un personnage ambivalent, il est quelque peu alcoolique et a un côté très sombre. Rankin dit d’ailleurs qu’il s’est inspiré de Docteur Jekyll and Mister Hide pour créer et donner de la substance à son personnage de Rebus, et tout particulièrement pour son roman L’Etrangleur d’Édimbourg (Knots and Crosses en anglais) ; on voit bien dans ce livre la complexité psychologique des deux personnages principaux, à savoir Rebus et son adversaire.

Rebus travaille dans un commissariat d’un quartier mal famé d’Édimbourg ; c’est un enquêteur d’une cinquantaine d’années qui vieillit au fur et à mesure de la parution des œuvres de Rankin. Il est divorcé et ne voit que peu sa fille Samantha. C’est un homme ambigu auquel il peut arriver de ressentir de l’empathie pour les criminels qu’il traque.

John Rebus est un forcené de travail, c’est sa raison de vivre ; dans une interview pour le magazine Alibi Ian Rankin décrit son personnage principal : « son travail n’a pas de fin car la criminalité n’a pas de fin. Sans ça, il deviendrait fou. Il a besoin de faire quelque chose pour remplir sa vie. Parce qu’il est alcoolique. […] il a besoin de trouver des réponses aux questions pour sa propre satisfaction ».

La carrière d’un policier se terminant à 60 ans, on aurait pu s’attendre à ce que la série « Rebus » prenne fin en 2007 (début en 87, Rebus étant alors âgé d’une quarantaine d’années), les fans de l’inspecteur ont été jusqu’à demander que la loi change pour étendre l’âge de la retraite des policiers à 65 ans. Néanmoins, la série continue encore aujourd’hui.

L’Étrangleur d’Édimbourg est la première enquête de l’inspecteur Rebus et donc le premier des romans où il apparaît. C’est d’ailleurs dans ce roman que se trouve l’explication du nom de l’inspecteur ; en effet, il doit résoudre un rébus dans une affaire. Plus tard, Rankin avouera que c’est un nom « vraiment stupide ». 

Dans tous les roman où l’inspecteur apparaît, on n’a pas de lui une description physique précise, on sait juste qu’il mesure environ 1m90 et qu’il est musclé, vu son passé dans l’armée.

L’inspecteur Rebus en livres : ce sont 18 enquêtes dont la dernière est sortie le 13 novembre en Angleterre.

Rankin signe également une deuxième série avec le personnage de Malcolm Fox que l’on rencontre à plusieurs reprises dans les enquêtes de Rebus.


Les retombées des œuvres de Rankin

Les œuvres de Ian Rankin ont été adaptées à la télévision à douze reprises. Avec cette médiatisation l’inspecteur Rebus est devenu le plus célèbre du Royaume-Uni. De plus, il y  a eu une vraie retombée touristique ; en effet, des tours ont été créés pour faire visiter la ville de Rebus et les lieux qu’il fréquente dans les romans. En Angleterre, Rankin est aussi reconnu que J.K Rowling ou Sir Arthur Conan Doyle ; il a vraiment obtenu la reconnaissance de ses pairs grâce au travail qu’il a fourni pour enrichir et développer le personnage de Rebus.



Conclusion

Je pense que c’est un livre qu’il faut lire deux fois. La première pour le plaisir, et pour la découverte. Mais une seconde fois pour approfondir. Lorsqu’on connaît l’histoire, on comprend une multitude d’autres petits détails qui nous on échappé, on est plus attentif à ce qui est écrit. On se demande si on aurait pu, dès le départ, savoir ce qui allait se passer. Cela dit, lorsque Rebus revient sur son passé dans les SAS on commence à se douter du fin mot de l’histoire.

J’ai trouvé que c’était un excellent roman car il y a un grand travail fait sur les personnages, ils sont vraiment complexes et torturés ; je pense également que c’est un roman policier vraiment original à cause de l’histoire que Rankin propose, car bien qu’il décrive l’une des villes les plus touristiques d’Europe, on en découvre un aspect que personne ne connaît ; cette réelle noirceur est vraiment intéressante, car on peut se dire que dans toute grande ville, il y en a en quelque sorte une seconde, que personne (à part les malfrats et les plus pauvres) ne veut voir, ni accepter.


Léa, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

 

Repost 0
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 07:00

dimanche 7 avril 2013
salle Vitez
dans le cadre de l’Escale du livre.

 

alaa-el-Aswani.jpgPhoto egyptesolidarite.wordpress.com

 

 

L’entretien se déroule dans une salle Vitez quasi comble et déjà totalement acquise  à l’auteur.

Il commence sur fond d’actualité puisque Alaa El Aswany  décrit sa vision de l’Égypte d’aujourd’hui. Les Frères musulmans ont été installés au pouvoir démocratiquement puis ont mis en place une forme de répression. On ne peut pas construire un futur laïque sans passer la barrière qu’ils constituent. Les Égyptiens ont compris que la politique et la religion ne doivent pas se mélanger : «  Ce sera un moment dur mais essentiel pour le futur ».



Continuant sur ce sujet, l’animateur pose la question de l’écrivain en politique : doit-il s’engager ?

Pour l’écrivain, la littérature est la défense artistique des valeurs humaines. On se doit donc de participer aux révolutions revendiquant la démocratie. Concernant les événements actuels dans son  pays, il s’agit de se libérer de la dictature sans que ce soit un acte politique.



Après avoir abordé la situation de l’Égypte, l’entretien bascule sur la vie de l’écrivain : comment est-il devenu écrivain ?

Son père était un écrivain connu en Égypte. Son milieu aisé lui a permis de bénéficier d’une éducation francophone jusqu’en 1960, lui permettant d’acquérir une meilleure éducation. Il fréquente au lycée français des professeurs ayant choisi d’enseigner plutôt que de d’accomplir leur service militaire. Le français est donc une vision du monde qui l’a construit, même si parfois la politique française l’a déçu. Cela dit avec beaucoup d’humour, l’écrivain ayant de ce fait mis très vite la salle dans sa poche. 

La littérature faisant partie de son quotidien familial, il rêve de devenir écrivain. Dès l’âge de onze ans, il se rend compte que l’on peut dessiner avec les mots, surtout avec les fables de La Fontaine, où il arrivait à voir l’imaginaire de la fable.


« Tu as du talent, mais tu dois rester fidèle à la littérature ». Cette phrase dite par son père lui montre qu’à ses yeux la littérature est la chose la plus importante. Il a donc commencé à écrire à partir de l’âge de onze ans. Cependant, son père lui a demandé d’apprendre un métier car aucun écrivain égyptien ne peut vivre de sa plume. Dans une faculté religieuse interdite aux femmes, il effectue des études de médecine et choisit la spécialité dentaire, sachant que ce métier lui donnera l’opportunité de connaître beaucoup de gens. En effet, il pourra parler avec ses patients, patients qui viennent en amis. Grâce à son cabinet dentaire à aspect social, il peut « sentir les gens ».

Il rencontre Naguib Mahfouz (unique prix Nobel de littérature égyptien) à l’âge de 21 – 22 ans ; il lui demande s’il écrit uniquement pour des questions d’argent ou pour le succès, mais sa réponse fut celle-ci : « Quand il y a quelque chose à dire, tu ne peux pas t’arrêter, tu a besoin de t’exprimer, écrire c’est se jeter dans l’océan. Pour écrire tu es seul et tu dois apprendre à écrire sans jamais être sûr du succès ».

Ayant subi de nombreux refus du Ministère de la culture égyptienne à ses demandes d’autorisation de publier, il décide donc en 1998 d’écrire un dernier roman pour en finir avec la littérature. Or, il se trouve que ce roman,  L'Immeuble Yacoubian, le révélera au grand public.

Confronté au succès de ce livre, Alaa El Aaswany déclare avoir arrêté d’écrire pendant un an pour oublier le succès et ses vices, comme celui de reproduire la même formule pour essayer d’avoir à nouveau du succès. Il dit aussi avoir eu peur de ne pas être à la hauteur et de décevoir son lectorat.

Pour lui, le succès change la vie, mais ne doit pas changer la personne. Pour garder la tête sur les épaules, l’auteur continue à exercer son métier de dentiste afin de conserver le contact humain avec des gens ordinaires, avec la rue. Il considère cela cpmme indispensable pour rester un bon écrivain, car c’est une « école » où il continue à apprendre l’expérience humaine ; cela se ressent dans ses écrits. On peut donc parler de « sociologie dentaire ».

L’entretien porte ensuite sur son dernier livre, Chroniques de la révolution égyptienne, et plus généralement sur son écriture.
Alaa-El-Aswani-Chroniques-de-la-revolution-egyptienne.gif
Pour cette œuvre Alaa El Aswani n’a pas écrit pas de manière différente, mais toujours comme un romancier. Les articles ne sont pas des analyses politiques, ols traduisent ce que l’auteur ressent. La littérature ne doit pas changer la situation directement, elle nous change nous. Elle doit être capable de décrire les sentiments humains, alors que les reportages ne font que relater la situation ; par exemple la situation de la femme opprimée et les sentiments de cette femme opprimée.

Pour l’auteur, l’élément humain dans le roman (la « comédie humaine ») est prépondérant. Le livre essaie de transmettre une situation humaine qui existe. Dans un roman c’est organique, lié à la vie ; ce n’est pas rationnel (parallèle avec les histoires d’amour).

 Concernant la durée d’écriture de ces livres (environ quatre ans), sa réponse est qu’il essaie de faire du mieux qu’il peut, mais un roman c’est créer un monde, et créer un monde ça prend du temps. Ce sentiment s’accentue avec le succès littéraire rencontré, il se responsabilise de plus en plus en raison du nombre croissant de ses lecteurs. De plus entre deux romans, il s’impose un programme de lecture pour sortir du monde créé et ensuite au bout de six ou sept mois, le temps est venu de se remettre à l’écriture, on sent que l’on a besoin de « dire notre mot ». Quand il se met à écrire, il se réveille le matin à 6h00 et à 6h30 il commence à écrire, cela cinq jours par semaine, car pour créer un monde il ne faut pas de coupure.

Concernant le style, il estime que des textes compliqués ne sont pas synonymes de pensée profonde ; il est facile d’écrire des choses que personne ne comprend. Son défi : écrire des textes à la fois simples et profonds.

La fin de l’écriture d’un roman est toujours un moment difficile, explique-t-il. Il y a des sentiments mélangés de fierté, de tristesse et de nostalgie à quitter le monde que l’on a créé et que l’on va partager. Comme un père le jour du mariage de sa fille !


Très influencé par les littératures russe et française jusqu’au XIXème, il est conscient que ce sont des maîtres qu’il ne faut pas copier, car les époques sont différentes. « Je n’arrive pas à concevoir un auteur qui n’a pas lu Balzac ».

 

 

 

L’entretien se conclut avec les questions de la salle.

 Quelle est la langue avec laquelle vous écrivez ?.
 

 

Il écrit en arabe, car en écrivant dans sa langue maternelle on a un texte invisible en plus du texte visible.



Les islamistes au pouvoir sont ils un danger pour votre vie ?.

Il constate que jusqu’à maintenant il n’y a pas eu d’assassinat d’intellectuel.


L’entretien se termine sur une ovation du public.


Guillaume, 2ème année bibliothèques

 

 

Alaa EL ASWANY sur LITTEXPRESS

 


alaa-el-aswany.gif

 

 

Article de Maude sur L'Immeuble Yacoubian

 

 

 

 

 

 

 

 

alaa el aswany chicago

 

 

 

Articles de Jean-Baptiste et d'Anaïs sur Chicago

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Guillaume - dans EVENEMENTS
commenter cet article
18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 07:00

Paul-Auster-La-Chambre-derobee.jpg









Paul AUSTER
La Chambre dérobée
Titre original
The Locked Room
traduit de l’américain
par Pierre Furlan
Actes Sud, 1988





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Chambre dérobée est un roman traduit de l’américain par Pierre Furlan. Il s’agit du troisième volume de la Trilogie new-yorkaise dont les deux premiers sont Cité de verre et  Revenants.

Paul Auster est poète, traducteur et romancier. Il est né en 1947 dans le New Jersey et réside maintenant à Brooklyn. Pour en savoir plus sur cet auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Auster



Les personnages

Nous découvrons trois personnages importants dans cette œuvre. Tout d’abord le narrateur, un journaliste, parfois critique pour un magazine. Nous n’avons pas beaucoup d’éléments sur lui. En effet nous ne connaissons même pas son nom. En revanche, il nous relate longuement l’histoire de son ami d’enfance Fanshawe. Celui-ci est au cœur du roman. Nous apprenons que le narrateur ne reçoit plus de nouvelles de lui depuis le lycée. Sophie Fanshawe, son épouse, apprend au narrateur que son mari a disparu depuis six mois la laissant seule avec un enfant de trois mois. Elle veut alors accomplir les dernières volontés de son mari, faire lire ses manuscrits à son meilleur ami qui devra décider de leur qualités, et s’ils sont assez bons, les envoyer à un éditeur.

Le narrateur a beaucoup d’admiration pour cet homme. Plus jeune, il était impressionné par son envie de profiter de la vie dans les moindres détails, par sa générosité et sa simplicité. Durant toute son enfance il a voulu le copier, le suivre partout, tout en sachant qu’il avait plus d’exigence que lui et qu’il ne se contentait jamais de ce qu’il avait. 

Fanshawe a une sœur, Ellen, qui est devenue folle. Sa mère l’accuse d’en être responsable car il a arrêté ses études et est parti, alors qu’il était le dernier homme de la maison. Son père étant avocat, il travaillait beaucoup et n’avait pas énormément de temps à consacrer à sa famille. Ensuite il mourut d’un cancer.



L’histoire

L’histoire se déroule dans les années 70. Le narrateur réussi à faire éditer et publier les œuvres de Fanshawe, ce qui marque le point de départ d’une relation amoureuse entre Sophie et lui.

 

« D’une certaine façon c’est ici que l’histoire devrait prendre fin. Le jeune prodige est mort mais ses écrits continueront à vivre, son nom ne sera pas oublié pendant les années à venir. Son ami d’enfance est venu au secours de la jeune et belle veuve, et ils vivront tous les deux heureux pour toujours. Voilà, il ne manque plus qu’à rappeler les acteurs pour un dernier applaudissement. Mais il se trouve que ce n’est que le début. » 

 

En effet nous apprenons alors que Fanshawe n’est pas mort et il envoie une première lettre à son ami. Nous apprenons que Fanshawe avait prémédité le rapprochement du narrateur et de sa femme et qu’il l’avait même espéré. C’est pour lui un acte de générosité et il tient à ce que le narrateur profite de l’argent reçu grâce au succès de ses œuvres.

 

« J’ai pris certaines décisions qui s’avéraient nécessaires et bien que certaines personnes en aient souffert, j’ai accompli en partant, l’action la meilleure et la plus généreuse de mon existence ».

 

Nous pouvons faire un parallèle avec la réaction que Fanshawe avait eue quand il était petit lorsqu’il s’est rendu à un anniversaire avec un camarade qui n’apportait pas de cadeau car il était trop pauvre. Fanshaw lui avait alors donné le sien (p 290).Ce sont deux actions incompréhensibles mais marquées par la générosité.

Ensuite, le narrateur essaye d’écrire son propre roman. Il a pour idée de faire une biographie de Fanshawe. C’est à partir de ce moment que l’ambiance se dégrade. Il va dépouiller les lettres que Fanshawe a écrites pour sa sœur. Dans celle-ci il raconte sa vie depuis le moment où il a interrompu ses études pour entrer dans la marine sur un pétrolier jusqu’au moment où Ellen eu sa premières crise de folie. Les rapports avec Sophie se détériorent, et il a complétement abandonné son roman qui n’est plus que la couverture de son obstination à rechercher l’endroit où se trouve Fanshawe.



Les thèmes

Le premier thème présent dans ce volume mais aussi dans la trilogie entière est la quête. En effet, ici le narrateur recherche une vieille connaissance et il n’arrivera pas à vivre sans l’avoir retrouvé. Cela l’obsède, le rend malade et à moitié fou. Il lui semble le voir partout. Il éprouve de la jalousie, de la haine envers Fanshawe et une envie de le tuer. Il se perd en le cherchant et il se renferme sur lui-même et en oublie qui il est.

Ainsi, le second thème est l’identité.

 

« Alors que j’avais cessé de le rechercher, il m’était plus présent que jamais auparavant. Le processus s’était entièrement inversé. Après des mois où j’avais essayé de le débusquer j’avais l’impression que c’était moi qui venais d’être découvert ».

 

Il devient dépendant de Fanshawe et plus l’histoire avance plus il se rend compte que tout se détruit autour de lui et au-dedans de lui.



Réalité et fiction

Ce dernier volume oscille entre réalité et fiction. En même temps nous pouvons remarquer un jeu de miroir entre les différents livres qui composent cette trilogie, entre les personnages, mais aussi avec l’auteur lui-même qui glisse des éléments qu’il a vécus, qu’il a entendus et qu’il a lus.

Tout d’abord, nous retrouvons des éléments de la vie de Paul Auster dans l’histoire de Fanshawe. En effet, nous savons qu’il est né dans le New Jersey, endroit où notre personnage est lui-même né et où il a passé son enfance. Tous deux sont partis dans la marine sur un pétrolier puis ont vécu en France, d’abord à Paris puis dans le midi. De plus ils sont écrivains, romanciers, poètes et traducteurs. Sophie, avant d’être le prénom de la femme de Fanshawe, fut celui de la fille de Paul Auster. Enfin, il donne son propre prénom au fils que Sophie et le narrateur ont eu ensemble.   

Nous retrouvons également des noms en commun dans le premier et le dernier volumes de la trilogie. Ainsi, le personnage principal appelé Quinn, dans Cité de verre, est un auteur de romans policiers qui est à la recherche d’un homme appelé Stillman. Dans le troisième volume, Sophie avant de rencontrer le narrateur, a fait appel à un détective dénommé Quinn,pour retrouver Fanshawe, qui a par la suite disparu tout comme le Quinn du premier volume. De plus le narrateur, dans La chambre dérobée, confond un homme appelé Stillman avec Fanshawe.

À la fin du roman, le narrateur déclare qu’il est l’auteur des deux premiers livres de la trilogie nous donnant l’impression d’une fiction dans la fiction (voir la préface de la trilogie). Nous comprenons alors que ce qui s’est passé avant, correspond à plusieurs versions d’une même histoire, plusieurs morceaux ou « stades différents d’une même conscience ».



Mon avis

La Trilogie new-yorkaise est un univers difficile à appréhender. Les personnages sont en quête tout comme nous. Nous sommes aussi tourmentés et malmenés qu’eux. Il est difficile de savoir où l’auteur veut en venir ce qui peut être troublant. La confusion entre la fiction et la réalité est bien présente et nous en ressentons tous les effets. Je trouve que cette œuvre est ingénieuse mais on peut facilement s’y perdre.


Émilie, 1ère année Bibliothèques

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, articles de Clément et  d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura et de Sarah.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 

 


 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 07:00

le 25 avril 2013

Francois-Guerif-Du-polar.gif

 

Pour de nombreux amateurs de polar et de roman noir, François Guérif est une figure emblématique de l'édition et un bienfaiteur pour ces genres longtemps méconnus. Il était présent en conférence à la librairie Mollat le 25 avril, pour promouvoir la sortie de son livre Du polar : entretiens avec Philippe Blanchet, paru chez Payot.

C'est ainsi que je me suis rendu pour la première fois au « 91 », la petite salle de conférence de la librairie Mollat, située rue Porte-Dijeaux. Arrivé un peu en avance, je retrouve sur le seuil l'auteur de romans noirs Hervé Le Corre. Comme je suis décidément trop partisan d'aborder ce genre d’événements avec spontanéité (ou manque cruel de préparation, c'est selon), je ne reconnais pas l'homme à la carrure imposante et aux cheveux poivre et sel près de l'entrée. Il faut dire qu'avec ses vêtements défraîchis et son apparence bourrue, il ne correspond pas vraiment à l'idée que je me faisais d'un éditeur aussi reconnu. Mais quand nous nous installons tous et que lui s'assoit à la table face au public, je remarque enfin la ressemblance frappante avec la photo de couverture du livre. C'est bien François Guérif, et je me sens ignare.

Tout le monde finit de s'installer, et je suis surpris de voir dans l'assemblée davantage de personnes mûres, voire âgées, que d'étudiants ou jeunes adultes de mon acabit.

Une gorgée d'eau pour chacun, et les hostilités peuvent commencer. L'animateur de la conférence est Bernard Daguerre, client fidèle du rayon polar de la librairie et expert du genre.

Nous débutons par une rapide présentation de M. Guérif, sans oublier de préciser son parcours. Passionné de romans noirs et de cinéma, il commence par tenir une librairie consacrée à ces domaines avant de franchir le pas et de devenir éditeur pour Red Label, puis pour Fayard noir.

À la question « Comment devient-on un bon éditeur ? », la réponse est simple et teintée de modestie : il publie les livres qu'il aurait voulu lire. En effet, dans les année 75, la science-fiction est en voie de s'imposer comme la nouvelle grande littérature populaire. Ce constat n'est pas dérangeant en soi, mais il occulte nombre d'autres genres intéressants mais peu connus, dont le roman noir, très bien représenté aux États-Unis. Une fois ce constat fait et grâce à sa connaissance de la scène polar américaine, l'aventure commence chez Red Label, collection de poche qui doit son nom à l'ambition vite déçue de se voir sponsorisée par la marque de scotch Johnny Walker.

De son propre aveu, cette première confrontation au monde de l'édition de romans noirs est tout à fait déroutante. En effet, le premier texte qu'il fait traduire en français lui revient amputé de près du tiers de sa substance et des pages entières, jugées inutiles, ont été barrées au feutre noir. C'est à cette occasion qu'il découvre une tendance uniformément répandue chez les traducteurs du genre, le formatage. Cette étape consiste à tronquer les manuscrits originaux pour obtenir un nombre de pages standard et à en donner une traduction francisée de manière à proposer des textes nerveux, rapides à lire, peu exigeants. Pour François Guérif, de telles pratiques sont à l'opposé de sa conception de la légitimité d'une œuvre et du respect de l'auteur. Contre les avis, il décide de proposer des traductions intégrales et fidèles aux textes originaux, ce qui deviendra au fil des ans une de ses préoccupations majeures.

James-Ellroy-Lune-sanglante.gif
Après l'arrêt de Red Label, puis de Fayard noir, il est contacté par Rivages pour lancer une collection de poche. C'est la naissance de Rivages/Noir, qui va décoller avec le premier roman de James Ellroy publié en France, Lune Sanglante. A ce moment de la conférence, je souris en songeant à l'inévitable succès que l'arrivée d'Ellroy n'avait pu manquer d'apporter. Mais Guérif me détrompe aussitôt. À cette époque, l'auteur est tout à fait méconnu au États-Unis, et son agent insiste pour signer un contrat portant sur trois titres. Le risque est donc conséquent pour une jeune collection de poche. Mais à la parution de Lune Sanglante, c'est la catastrophe. Un critique littéraire lit l’œuvre en diagonale et la déclare fasciste. Non seulement le lancement du livre s'en trouve immensément pénalisé, mais toute la collection elle-même est mise en péril. Un jour, alors qu'il parle au téléphone avec Jean-Patrick Manchette, la conversation s'oriente vers Lune Sanglante, que ce dernier a beaucoup aimé. Guérif saisit alors l'occasion pour lui demander s'il accepterait d'écrire une critique sur le roman et obtient une vague promesse. Mais quelque temps plus tard, sans nouvelles de Manchette, la critique paraît, et le succès du livre ne se fait pas attendre. La collection Rivages/noir est bel et bien lancée.

À ce moment deHervé le Corre 3 la conférence, la question s'oriente vers le lien que Guérif entretient avec ses auteurs. Il explique alors une notion déjà évoquée par  Hervé Le Corre lors de sa visite au Centre de Ressources de l'IUT Michel de Montaigne, le respect des auteurs. Avec modestie, cet homme pourtant charismatique et au parcours désormais impressionnant s'explique. Il souhaite que chaque auteur publié dans sa collection soit traduit intégralement et fidèlement, ou en d'autres mots, qu'il soit considéré comme un écrivain à part entière. C'est la raison qui le pousse à essayer de publier l’œuvre complète de ces auteurs, voire à retraduire des textes déjà publiés. Il évoque en guise d'exemple l’œuvre de Jim Thompson dont il a récemment fait l'acquisition. J'apprends alors avec stupeur que, jusqu’à une date très récente, le roman L'Assassin qui est en moi, porté à l'écran en 2010, était toujours disponible chez Folio amputé de près de 25 % de son texte ! Cette découverte me fait prendre conscience de l'authenticité du personnage, dont la préoccupation pour l’œuvre et son auteur dépasse les considérations commerciales. Bien sûr, il peut refuser un manuscrit, mais dès lors qu'il l'accepte, l'auteur a l'assurance de voir son œuvre et sa vision de l’œuvre respectées.


Hervé Le Corre à l'IUT Montaigne

 

Jim Thompson L assassin qui est en moi

Naturellement, la discussion s'oriente vers la relation privilégiée qu'il entretient avec les auteurs. En effet, ce respect mutuel est un lien souvent inhabituel pour des auteurs qui se sentent alors valorisés. Guérif nous explique ainsi comment la plupart d'entre eux s'ingénient à lui faire connaître de nouveaux écrivains méconnus chez eux. À l'écouter, on ne sent aucune hiérarchie dans ces rapports, et la simplicité des échanges s'en retrouve grandement améliorée.
 
Cette relation d'échange explique la tendance, inhabituelle pour l'époque, à étoffer le catalogue avec de nouveaux auteurs, dont il est alors soucieux de publier les anciens titres mais aussi les nouveaux. À travers ses mots, on sent toujours en filigrane cette volonté de faire accéder ces auteurs au statut d'écrivain. Mais cette volonté est d'autant plus appréciée qu'elle s'accompagne de fortes exigences. En effet, un auteur publié par Guérif peut légitimement s’enorgueillir de posséder un certain sens de l'intrigue, ingrédient indispensable au genre, mais aussi une sensibilité de plume qui agrémente le récit. C'est ce que les Anglo-Saxons entendent par le terme de voice, et que l'éditeur recherche avant tout.

Quand la discussion se porte sur la politique de la collection concernant les romans non polars des auteurs de Rivages/noir, la logique se poursuit : la volonté de publier l'ensemble d'une œuvre dans la collection procure à l'auteur un public fidèle, avide de lire l'ensemble de sa production. Cette position, délicate et discutée dans un premier temps a été un succès pour la collection, avec notamment des auteurs comme James Ellroy ou encore James Lee Burke.

Pour conclure l'entretien, M. Daguerre revient sur le parallèle entre les deux passions de Guérif, le cinéma et le roman noir. En effet, il considère que l'aspect très visuel du roman noir l'apparente fortement au cinéma. À l'inverse, l'éditeur nous explique que son appétit littéraire a été entretenu par le cinéma. Il prend alors l'exemple du  Faucon maltais, film qui lui a donné envie de lire le livre.

Alors que la conférence prend fin, je me surprends à aller serrer la main de cet homme, dont je mesure désormais davantage l'influence dans le milieu. L'intervention à l'IUT de Christophe Dupuis m'avait déjà fait percevoir l'importance de la démarche de Guérif, à contresens de tout ce qui se faisait alors, mais je comprends mieux à quel point ses convictions éditoriales ont façonné un genre que j'aime.


Julien, AS Éd.-Lib.

 


Repost 0
Published by Julien - dans polar - thriller
commenter cet article
16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 07:00

Ferrandez-Cuba-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre et Jacques FERRANDEZ
Cuba, père et fils
revue XXI n°2, printemps 2008
Casterman, 2008


 

 

 

 

 

 

 

 

Un album en duo

Pour présenter cet ouvrage très personnel, il est nécessaire d'introduire les deux auteurs. Comme annoncé par le titre, Jacques et Pierre Ferrandez sont père et fils. Jacques, bédéiste reconnu, est né en Algérie en 1955. Il débute dans les années 1980 en tant que dessinateur avec l'auteur Rodolphe, publiant ensemble la série Les Enquêtes du commissaire Raffini, des histoires policières se déroulant dans les années 1950. Sa carrière se composera ensuite d'éléments souvent très différents : ayant grandi en Provence, il raconte sa région chez Casterman avec Arrière-pays en 1982 et en adaptant Jean de Florette et Manon des sources de Marcel Pagnol en 1997. On découvre en 2006 sa passion pour le jazz quand il écrit et dessine la biographie de Miles Davis aux éditions BD Music. Mais Ferrandez père est aussi un auteur de l'ailleurs, du voyage, puisqu'il publie tout d'abord à partir de 1982 le premier cycle de la série Carnets d'Orient traitant de l'histoire de l'Algérie en cinq albums, puis entre 2002 et 2009 le second cycle, là aussi en cinq tomes. Auteur toujours très attaché à ses racines pied-noir, il réalisa l'album Alger la Noire, et publiera prochainement l'adaptation de L'Étranger de Camus. Il aura voyagé dans d'autres régions du monde, réalisant des BD-reportages sur la Syrie, l'Irak, le Liban, la Turquie ou encore la Bosnie-Herzégovine. On devine alors que Cuba, père et fils n'est pas son coup d'essai en la matière.

Pierre Ferrandez, son fils, est quant à lui étudiant à l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués lors de la publication de l'album, depuis diplômé. Après ses débuts de bédéiste, il serait aujourd'hui devenu graphiste et typographe à Londres.



L'ouvrage a vu le jour après deux voyages à Cuba en juillet puis en décembre 2008, le second à la demande de la revue XXI (revue trimestrielle de grands reportages, vendue uniquement en librairie) donnant pour mission aux deux hommes de réaliser un reportage en BD pour son prochain numéro. C'est donc plus tard dans l'année que Casterman édite l'album, composé des trente planches publiées dans XXI, retravaillées, et d'un carnet de voyage qui vient les compléter.


Ferrandez-Cuba-2.jpg

Une œuvre en deux parties

L'album s'ouvre en premier lieu sur la bande dessinée publiée dans la revue, une histoire traitant, dans la même logique que sa conception, d'un père et d'un fils :

Luis, un vieil homme toujours plein d'idées révolutionnaires, revient voir Hortensa, une femme de 22 ans sa cadette qu'il a lâchement abandonnée il y a une vingtaine d'années lorsqu'elle est tombée enceinte de lui. Ayant perdu sa situation confortable, possédant auparavant des « fonctions officielles », maintenant sans argent, sans objet de valeur, il décide de retourner voir cette famille non reconnue dans le but de récupérer sa vieille voiture, une Buick 1955, qu'il avait laissée en partant. Se faisant en toute logique mettre à la porte par Hortensa, il apprend que leur fils, Ronald, a retapé et remis en état la voiture, seul bien qui fait subsister toute la famille : en effet, celui-ci gagne sa vie et nourrit sa mère et sa grand-mère en conduisant et en faisant le guide dans la ville de Santiago. On suit donc le jeune homme dans sa vie quotidienne, arrivant ici à s'incruster dans les vacances d'une famille de touristes français pour leur faire visiter sa ville d'origine, Baracoa, et ainsi gagner plus d'argent. De retour à Santiago, il tombe sur son père qui tente de dérober discrètement la voiture pendant son sommeil, tel l'homme honnête qu'il est assurément...

L'histoire s'arrête peu après, avec les deux hommes partis en voiture, parlant de façon un peu houleuse de la situation à Cuba, ayant des opinions totalement différentes dues à leur différence de génération ; en pleine conversation, ils sont soudain pris et emportés en pleine tempête tropicale comme il en existe souvent aux Antilles, et reprennent ensuite leurs esprits au milieu de l'eau, coincés sur un banc de sable.

Plutôt brutal comme fin d'intrigue, pensez-vous ? En effet, cette manière de clore l’œuvre est somme toute assez frustrante et perturbante ; mais il faut garder en tête le support initial de publication, qui est une revue ayant évidemment des contraintes et imposant un nombre fini de planches. L'intérêt de cet ouvrage ne réside donc à mon avis pas exclusivement dans son reportage BD, mais aussi et surtout dans le carnet de voyage qui le suit.



Les auteurs définissent ainsi cette deuxième partie :

 

« Cette histoire autour des personnages de Luis, Hortensa et Ronald a été inspirée par des choses vues et entendues à Cuba lors de nos deux séjours en juillet et décembre 2007. La plus grande île des Caraïbes ne peut laisser indifférent pour peu qu'on s'écarte des complexes hôteliers "all inclusive" et qu'on aille le nez au vent à la rencontre de sa géographie et de ses histoires. Alors, la magie du voyage opère, à Cuba peut-être plus qu'ailleurs, surtout si le père et le fils sont mus par une même curiosité, un désir de voir et de témoigner à hauteur d'homme, chacun avec son regard... Les nombreux dessins, photos et notes rapportés, ici mis en commun, viennent compléter, approfondir ou préciser ce récit, Cuba père et fils. »

 

Ce carnet de voyage se révèle très instructif, nous présentant un résumé très synthétique et très bien réalisé de l'histoire lourde de l'île de Cuba, balayant la découverte du territoire par Christophe Colomb en 1492, la révolution cubaine – incontournable, les deux auteurs voulant bien nous faire comprendre que l'atmosphère-même est chargée de cet événement –, la crise des missiles, l'embargo américain ainsi que la situation économique difficile du pays aujourd'hui, tout cela sur une seule petite page. Il n'y a cependant pas dans ce carnet que des éléments historiques, que nous connaissons au final plus ou moins bien. Le carnet est en fait divisé en de nombreuses rubriques d'une seule ou plusieurs pages, illustrées de dessins, de croquis (dont nous parlerons ci-après), en catégories offrant un paysage de la vie quotidienne à Cuba. On nous parle par exemple de sa géographie, avec tout de même quelques repères historiques : il y a les grandes villes, bien sûr, comme Santiago ou La Havane et ses quartiers, La Habana Vieja, le Centro Habana, le Malecón (le bord de mer), mais aussi de petites villes telles que Trinidad ou Baracao, une agglomération beaucoup moins urbaine non loin de Guantanamo, et connue pour la culture du café, du cacao et de... la marijuana, et des villes industrielles que l'on n'imagine pas montrer aux touristes, comme Moa, capitale de l'exploitation du nickel.

D'autres rubriques viennent montrer la réalité de cette vie sous les cocotiers dont il ne faut finalement pas trop rêver, une réalité pleine de contradictions. « On dit que c'est à Cuba qu'on trouve les putes les plus instruites du monde » (p.11). On apprend par exemple qu'il existe deux monnaies en circulation, le peso pour les Cubains, et le CUC ou peso convertible, une monnaie indexée sur le dollar et réservée aux touristes, sachant qu'elle vaut tout de même vingt-cinq fois plus que le peso cubain. C’est notamment dans ce genre de rubriques liées au quotidien que l'on retrouve les témoignages des personnes rencontrées par le duo au cours de leurs deux voyages, de jeunes personnes, des musiciens, des professeurs qui leur racontent leur propre vision, leur vision de l'intérieur, de la politique et du climat actuel, de leurs rêves, de leur futur, très incertain.



Les illustrations : un message à part entière

Le style de ces illustrations est évidemment très différent selon qu'il s'agit de la bande dessinée ou du carnet de croquis. Concernant les vignettes de BD, on remarque un choix de nuances très axées sur les beiges si l’on est en ville, nous faisant ressentir le soleil, la chaleur harassante ; cependant, quand on quitte la ville pour aller dans les régions plus rurales, comme Baracao, les tons de vert dominent, beaucoup plus rafraîchissants. Les traits des personnages sont nets, directs, assez modernes.

Cependant, quand on laisse les dessins de narration, on entre dans un autre univers, celui du voyage de Pierre et Jacques, comme ils l'ont vécu. Au travers de simples esquisses, de gouaches, d'aquarelles, on se prend à s'imaginer les deux hommes sur place, crayon à la main, saisissant l'instant. Nous ne savons d'ailleurs à aucun moment qui des deux a dessiné quoi, se partageant sans mesure la paternité de l’œuvre.

Ferrandez-Cuba-3.jpg

Cuba, père et fils ne montre donc pas le Cuba touristique que l'on voit le plus souvent, très « plage et cocotiers », mais choisit un angle beaucoup plus réaliste, tourné du côté des habitants de cette belle île. Ne vous attendez donc pas à regarder la carte postale habituelle, mais plutôt à être éclairé sur les dissensions politiques réelles et le tragique désespoir de la jeunesse cubaine, n'attendant plus rien de la révolution, essayant simplement de vivre, jour après jour.


Séphora, 2ème année Édition-Librairie

 

 

 

Repost 0
15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 07:00

Comme du sable
Texte Sylvain LEVEY
Mise en scène et scénographie
Pascale Daniel-Lacombe

 

 

 

Avec Ophélie Marsaud – Mélanie Jaunay – Sophie Tzvetan – Audrey Le Bihan – Etienne Kimes – Léo Reynaud – Nicolas Orlando – Romain Louvet / Création lumière Xavier Baron / Création sonore Stephan Krieger /Son – Vidéo Clément Marie Mathieu / Plateau Stéphane Holvêque / Costumes Claire Bigot

création lumière xavier baron  / régie lumière yvan labasse / création sonore stephan krieger / son - vidéo clément - marie mathieu / plateau stéphane holvêque / costumes claire bigot / stage de formation danse Cie Ex Nihilo

production Théâtre du Rivage
coproduction TnBA Théâtre National de Bordeaux Aquitaine - Scène Nationale Bayonne - Sud Aquitain - Le Moulin du Roc Scène Nationale Niort - Théâtre Georges Leygues / Villeneuve sur Lot - Théâtre Le Liburnia / Libourne - OARA Office Artistique de la Région Artistique - Espace Michel Simon de Noisy le Grand - Conseil Général des Landes - Arguia Théâtre et la ville de Dax - Communauté d’Agglomération du Marsan

La compagnie du Théâtre du Rivage est conventionnée par le conseil Général des Pyrénées Atlantiques, soutenue par la DRAC Aquitaine, la Région Aquitaine. La compagnie est implantée à Saint Jean de Luz et  associée à le Scène Nationale Bayonne - Sud - Aquitain pour trois saisons

Le Théâtre du Rivage est implanté à Saint-Jean de Luz et associée à la scène nationale de Bayonne et du Sud Aquitaine.



Une critique à demi-voilée d’un monde sans concession

Scène ouverte, passerelle à mi-hauteur sur roulettes, siège en bois pliant, c’est un décor épuré et chaotique qui accueille le spectateur au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 3 au 6 avril 2013 pour Comme du sable. Les acteurs sont déjà là, regardant les gens qui s’installent. La salle se remplit bruyamment, les classes sont nombreuses et les spectateurs déconcertés par l’absence d’ouverture solennelle. Petit à petit, le silence se fait.
Sylvain-Levey-Comme-du-sable-01.jpg

© Xavier Cantat

 

Un jeune homme imposant et une jeune femme se retrouvent en milieu de plateau et s’embrassent longuement. La première scène est jouée par l’ensemble de la troupe : les répliques fusent et rebondissent dans les bouches. On comprend que ces deux-là sont américains, vivant dans une banlieue résidentielle, avec des voisins qui regardent avec joie un documentaire sur les rapports de classe entre les escargots.


Le couple est désabusé : victime de la crise des subprimes comme bientôt leurs voisins, dont le fils, banquier, «investit», ils ont tout perdu, et en particulier l’amour qui les unissait.

 

Sylvain-Levey-Comme-du-sable--03.jpg

© Xavier Cantat
 

 

Ce passage constitue l’introduction à une succession de courtes scènes qui invite le spectateur à se questionner sur la vacuité de sa société, de notre société. Ce fil rouge relie ces vingt et une propositions : vingt et un fragments de vie percutants, critiques d’un monde en crise qui pousse à la consommation de masse, qui laisse les gens se pendre devant la faillite, qui sous-estime le racisme ambiant autant que la solitude, qui met des enfants en prison sans se questionner sous couvert de peur pour soi-même... Les angles d’attaque sont nombreux et divers, les chutes inattendues et finement travaillées. Les raccourcis langagiers sont décortiqués, déconstruits. Comme ce parallèle entre « vie active » et « vraie vie ». Ou l’importance d’être « dynamique » avec un acteur survolté, presque hystérique. On rit jaune, on grimace plus volontiers. On se sent perdu par la musique, mal à l’aise avec l’ironie de ce texte engagé. On méprise certains personnages, on a pitié d’autres à première vue. Les mots mettent en lumière des situations criantes de banalité par petites touches. Cette présentation de faits divers met le spectateur face à ses propres failles, à son manque de logique et à sa demi-mesure. Et la prose fait son chemin dans sa tête... On ne ressort pas indemne de la représentation de Comme du sable, malgré l’apothéose de la dernière scène, potentiellement optimiste, énumérant des faits  historiques dans le désordre : « et au milieu à peu près de tout cela, dans ce beau bazar qui fait la vie, il y a moi, et puis vous, et puis on verra bien ce qu’il va se passer ».

 


Sylvain Levey Comme du sable 02

© Xavier Cantat

 

Un théâtre engagé qui se voit et se lit   

L’auteur, ancien comédien, est reconnu pour ses textes de théâtre dit pour jeune public. Il a écrit quatorze pièces et répond essentiellement à des commandes dans son écriture. Les productions que nous avons eu l’occasion de lire sont engagées et soulignent subtilement les souffrances des personnages1 et les incongruités et les cruautés de la vie. Contrairement à son habitude, il connaissait les acteurs et leur potentiel avant d’écrire. Revendiquant d’offrir au public «plusieurs portes d’entrée», soucieux que le public se pose des questions à la vue de ces pièces, Sylvain Levey a, à mon sens, magistralement relevé le défi.

Ses mots sont servis par une équipe d’acteurs assez inégaux et on regrette d’avoir peiné à entendre la prestation d’une des actrices qui ne faisait pas suffisamment porter sa voix, peut-être gênée par le bruit de la salle. Ces acteurs évoluent parfois dans une mise en scène épurée souhaitant rappeler le réel, sont parfois mis en avant, seuls, par la lumière.

Pas de nom, pas d’identité, ils sont « une femme », « un homme », « un couple ». Ici, le théâtre se voit et se lit. La densité du texte invite en effet à le lire2 pour prendre toute l'ampleur de la « claque » que l'on reçoit lors de la représentation. Car ce fut l’effet ressenti pour ma part, tant les tracas de tous les jours peuvent cacher des réalités bien plus graves. J’ai souri souvent et me suis demandé : « qu’est-ce que j’aurais fait, moi? Comment aurais-je réagi ? ». Je me suis sentie très bête, empêtrée dans mon quotidien, mais aussi un peu plus consciente de la réalité m’entourant.

Le texte est clairement ancré dans notre temps, des références sont faites aux derniers faits divers, notamment à certaines paroles d’hommes politiques. C’est à la fois sa force et sa faiblesse : il est facilement accessible au spectateur contemporain. Qu’en sera-t-il dans des décennies ? Une peinture sans complaisance d’une époque en crise, avec des éléments factuels servant un propos universel.   


Maude E., AS Bib.

 

Notes

 

1. On pense notamment à Alice pour le moment. L’héroïne y parle de ses parents : « Mes parents étaient comme des fauves qui cherchent toute la journée de quoi manger pour le soir. J’imagine que la tendresse est un luxe dont on peut jouir quand le gîte et le couvert ne sont plus un problème. ».Ou encore dans Cent culottes et sans papiers : « Kiabi ® / La mode à petits prix / Fabriquée dans le sud de l’Inde / Par des Indiens tout petits petits. ».

 

2. On remercie à cet égard Sylvain Levey qui a eu l'amabilité de nous donner à lire ce texte inédit après la représentation

 

Pour en savoir plus

Sur la pièce :  http://theatredurivage.com/?page_id=219

Sur la compagnie Théâtre du rivage : http://theatredurivage.com

Sur Sylvain Levey : http://www.editionstheatrales.fr/auteurs.php?choix_auteur=173

 http://theatredurivage.com/?page_id=231

 http://vimeo.com/channels/theatralesjeunessea10ans/32175455


À écouter

 

L’émission «Les mercredis du théâtre » du 2 mars 2011 sur France culture : http://www.franceculture.fr/emission-les-mercredis-du-theatre-10-11-quel-theatre-pour-le-jeune-public-2011-03-02


À lire

Par les temps qui courent, Éditions Lansman, 2004

Ouasmock ?, Éditions théâtrales, 2004

Enfants de la middle class / Ô ciel la procréation est plus aisée que l’éducation / Juliette (suite et fin trop précoce), Éditions théâtrales, 2005

Journal de la middle class occidentale, Éditions théâtrales

Pour rire pour passer le temps / Petites pauses poétiques, Éditions théâtrales, 2007

Alice pour le moment, Éditions théâtrales, 2008

Cent culottes et sans papiers, Éditions théâtrales, 2010

Comme des mouches, pièces politiques, Éditions théâtrales, 2011

Costa le Rouge, Éditions théâtrales, 2011

Lys Martagon, Éditions théâtrales, 2012


Avec Juan Cocho, Daniel Keene,

Court au théâtre, Éditions théâtrales, 2005


Avec Lancelot Hamelin, Philippe Malone (et AL)

L’extraordinaire tranquillité des choses, Éditions Espaces, 2006


Avec Michel Azama, Nathalie Papin (ET AL)

Les 120 voyages du Fou, Éditions théâtrales, 2008


À voir

L’agenda de la compagnie du Théâtre du rivage :
http://theatredurivage.com/?page_id=173

Repost 0
Published by Maude - dans théâtre
commenter cet article
14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 07:05

 

LOGO_complet_littbas_web.png

    Découvrez dès maintenant

 

 

 

 

 

Littexpress.fr

 

                             le site !

 

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 07:00

Larcenet-Blast-3-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manu LARCENET
BLAST – tome 3
La tête la première
Dargaud, 2012
204 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
On aime ou on n’aime pas, mais il faut bien reconnaître que Manu Larcenet, de son prénom Emmanuel, est aujourd’hui un des auteurs francophones de bande dessinée les plus connus et les plus reconnus. De ses débuts dans le magazine  Fluide glacial à la sortie du troisième et avant-dernier volume de la série Blast, intitulé « La tête la première », Larcenet a publié une grosse cinquantaine d’albums et a su faire évoluer son style. Personnellement j’adore, autant vous prévenir tout de suite !
 

 
L’auteur et son œuvre
 

larcenet

 Né en 1969 à Issy les Moulineaux, dans la région parisienne, Manu Larcenet a la quarantaine bien tassée. Dans  un entretien réalisé le 7 mars 2012 par François Busnel sur France Inter, il explique le parcours qui l’a amené à devenir auteur de bande dessinée, à la fois dessinateur et scénariste de ce « neuvième art ».


Enfant puis adolescent timide et introverti, il s’exprime déjà par le dessin et plus particulièrement dans le domaine de la bande dessinée. Il avoue lui-même être un grand dépressif (vingt ans de psychanalyse tout de même) et on peut sans trop d’efforts appréhender ses œuvres récentes par ce prisme-là !

Après un BTS en expression visuelle, option images de communication, il fait ses débuts professionnels dans la bande dessinée quand il est admis au sein de l’équipe du mensuel Fluide glacial en 1995. En plus de lui assurer un salaire, et donc de lui permettre de vivre de la BD, les dix années passées dans ce journal sont pour lui une école de formation accélérée. Avec pour « seule » obligation de rendre six planches par mois, et en fréquentant ses idoles d’alors (Gotlib, Edika, Goossens…), Larcenet peut développer un style qui sera en constante évolution par la suite.
 
Ses premiers succès sont des parodies à l’humour potache, au trait moqueur et à l’esprit punk, remplies d’absurde et de non-sens. Il créé ainsi des séries jouissives telles que Bill Baroud, La Loi des séries ou Les Superhéros injustement méconnus, compilant des histoires courtes parues dans les pages du journal.
Larcenet-Bill-Baroud.jpg
À l'occasion, il complète sa production plutôt « grand public » au sein du journal Spirou, en collaborant notamment avec des auteurs comme Gaudelette (pour Pedro le coati) ou Jean-Michel Thiriet (pour La vie est courte).
 
 Larcenet-Fe-de-ration.jpg
 
Il continue dans cette veine humoristique jusqu’à aujourd’hui, en détournant de grands personnages « mythiques » de façon hilarante (Attila le Hun, Vincent Van Gogh, Robin des Bois, Sigmund Freud) et en s’attaquant même à des personnages emblématiques de la BD francophone, avec par exemple son adaptation de  Valérian, l’agent spatio-temporel créé par Christin et Mézières.
 Larcenet-castor.gif
 Au cours de ses années chez Fluide glacial, il mène aussi des projets parallèles plus personnels et plus expérimentaux, en participant dès 1994 à la création des éditions  Les rêveurs de runes, où il publie notamment Dallas Cowboy ou Ex Abrupto, se permettant ainsi des réflexions plus personnelles sur la création ou sur la mort. C'est l’influence de  l’Association, et notamment de  Lewis Trondheim, qui commence à se faire sentir et qui se confirme dans les années suivantes.
 
Les années 2000 sont un tournant pour Larcenet, et ce à plusieurs « titres ». En 2000, il entre dans la collection « Poisson Pilote », chez Dargaud, et y publie Les Entremondes. Il y collabore par la suite avec Lewis Trondheim (il dessine la série Les Cosmonautes du futur) et créé d'autres séries telles que Nic Oumouk (toujours en cours, cette série est vraiment très drôle et je vous la conseille vivement) ou Le Retour à la terre (avec Jean-Yves Ferri).

Chez Delcourt il dessine, entre 2000 et 2007, les cinq tomes de Donjon Parade (une des déclinaisons de la série des Donjon qui parodie l'héroic-fantasy) en collaboration avec Lewis Trondheim et Joann Sfar, élargissant encore un peu plus son audience et sa réputation de dessinateur de BD.

Alors qu'il commence à dessiner sur des scénarios plus préoccupés de politique et de social dans la série Chez Francisque, écrite par Lindingre et qui évoque les conversations de comptoir dans la France « d'en bas » raciste et réactionnaire, il annonce en 2006 qu'il quitte Fluide glacial, en profond désaccord avec la nouvelle politique éditoriale. C'est en quelque sorte un nouveau départ pour Larcenet, qui revendique l'envie de « faire autre chose »;
 Larcenet-combat-ordinaire.jpg
C'est en 2003 que sa carrière prend vraiment un nouveau tournant, avec la sortie du premier tome du Combat ordinaire, qui reçoit en 2004 le prix du meilleur album de BD au Festival d'Angoulême. Les quatre tomes de cette série – le dernier est publié en 2008 – connaissent un énorme succès critique et public et deviennent rapidement des « classiques » de la bande dessinée.
 
 En parallèle d'un dessin qui gagne toujours plus en qualité technique et en précision, Larcenet évolue aussi dans les thèmes qu'il aborde. Il se frotte désormais à l'autobiographie (même si le Combat ordinaire n'en est pas une à proprement parler), à la psychologie et au rapport au père, aux rapports amoureux, à la critique sociale, au racisme, à la Guerre d'Algérie, à la thématique ville/campagne... et tout cela sans perdre de l'humour qui reste sa marque de fabrique ! « Georges ! Georges ! »


Il réalise ainsi une grande performance en prouvant au monde de la bande dessinée (aux éditeurs en particulier) qu'il est capable de mener des projets en plusieurs volumes et de toucher un public de plus en plus large. S'il avoue lui-même ne pas vraiment aimer aujourd'hui ce qu'il a fait hier, le Combat ordinaire est une étape importante de son œuvre, ouvrant la voie à des projets ambitieux qu'il peut maintenant « imposer » à ses éditeurs. C'est particulièrement le cas de la série Blast.
 

 
La série Blast et son tome 3 : La tête la première
 
Initialement prévue en cinq volumes, la série Blast en comptera finalement quatre, soit un total de 816 pages ! Autant vous dire qu’elle marque certainement un tournant dans l’œuvre de Manu Larcenet, tant par son format que par son contenu.
 

L’histoire
 
Le tome 1, intitulé Grasse Carcasse, s’ouvre sur une illustration en pleine page, celle d’un ciel nuageux au dessus d’une ville. Dès la deuxième page, le contraste est saisissant, avec l’image d’un homme en cellule, « accompagné » d’une étrange et imposante statue de l’île de Pâques. Cet homme, personnage principal de cette bande dessinée, s’appelle Polza Mancini. Ancien écrivain culinaire, 38 ans, marié, fils d’un routier italien communiste qui a élevé seul ses deux fils, Polza (prénom russe venant de l’expression « POmni Leninskie ZAvety », qui veut dire « Souviens-toi des préceptes de Lénine ») est physiquement repoussant. Énorme et gras, il s’imbibe d’alcool et se gave de barres chocolatées.
 
Le décor et l’intrigue sont rapidement posés. En garde à vue pour avoir fait du mal à une certaine Carole Oudinot (mais quoi ? cela restera en suspens jusqu’au tome 4), il est interrogé par deux policiers. Son sort paraît scellé et l’objectif de ces derniers est simple : « Maintenant que vous l’avez serré il faut le comprendre… Tant qu’il parle il reste accessible » leur dit le commissaire.
 
ILarcenet-Blast-3-pl-01.jpg
Toute la série Blast repose sur des allers-retours entre le huis clos du commissariat et des flash-back correspondant à ce que raconte Polza à propos de son errance et des personnages qu’il a rencontrés. Cette errance est centrale dans l’histoire et se termine donc dans ce commissariat. Bien que poussé par les policiers, Polza décide de prendre son temps pour la leur raconter, conscient que c’est sûrement là son dernier auditoire, les dernières personnes à qui expliquer son parcours.
 
C’est après un passage à l’hôpital où son père se meurt que Polza fait l’expérience du « blast » pour la première fois. Ce « blast » est un état second où tout est léger et suspendu, limpide et illimité, une explosion intérieure qui le pousse hors d’un corps trop gros et trop encombrant. Graphiquement ce sont les seuls moments où le dessinateur fait intervenir la couleur, en l’occurrence des dessins d’enfants. Pendant ces hallucinations de Polza, il y associe la représentation des statues de l’île de Pâques (aussi appelées moaï), qui suivront le personnage pendant toute la série.
 Larcenet-polza-voyageur.jpg
À la mort de son père, Polza décide de tout plaquer pour quitter la ville, devenir clochard et essayer de revivre ce phénomène du « blast ». Son errance commence alors et, petit à petit, il se détache de toutes les contingences matérielles d’un monde qu’il fuit. Ce processus de détachement, qui va aller croissant tout au long de la série, l’amène à vivre en forêt et à rencontrer toute une galerie de personnages exclus et marginaux, tels que ceux de la « République mange misère ». Son errance est souvent entrecoupée de passages à l’hôpital (de plus en plus psychiatrique au fil de l’histoire) en raison d’une insuffisance hépatique, due aux grandes quantités d’alcool ingurgitées, ou de graves blessures qu’il inflige lui-même à ce corps qu’il déteste.
 
C’est dans le tome 2, intitulé L’apocalypse selon Saint Jacky, que Polza rencontre un des personnages les plus sombres de ce chef-d’œuvre de Larcenet : Jacky. C’est aussi au début de ce dernier que l’on apprend la mort de Carole Oudinot, ou celle, plus ancienne, du frère de Polza (suite à un accident de voiture où Polza conduisait saoul).

Marginal, clochard et dealer, Jacky recueille Polza qui va passer l’hiver dans sa cachette, pleine de livres et de surprises. Il l’initie à la drogue dure et Polza renoue avec le « blast », bien plus puissant par ce biais. Mais tout a une fin et l’errance prend une nouvelle tournure suite à leur séparation, liée au fait que Jacky est un tueur de femmes… Quand je vous disais que c’était sombre je n’avais pas menti !
 

Le tome 3 :  La tête la première
 
Dans cette partie de la série, Polza est confronté au doute tout en squattant régulièrement des maisons abandonnées qui lui offrent un abri plus confortable que la forêt en période hivernale.
 
Citation : « J’avais cru tout quitter pour vivre mieux, je m’étais trompé… c’était pour mourir plus vite » (page 38).
 Larcenet-polza-moai.jpg
Après une scène très violente d’automutilation, il finit dans un hôpital psychiatrique qui va être synonyme de pause dans son errance, faite de médicaments, d’ennui et de passivité. Il y rencontre Roland Oudinot, le père de Carole, sculpteur de moaï sur troncs d’arbres et schizophrène à ses heures perdues…
 
Citation : « débarrassé de tout projet, de tout dessein je n’étais qu’un corps, qu’un tas » (page 62).
 
Obligé de s’évader pour reprendre le cours de son errance et de sa vie sauvage, il fait face au manque de médicaments et tente de se suicider en traversant une voie rapide « la tête la première ». Pour les policiers la question de sa folie se pose, et c’est bien une réflexion autour de la norme que nous livre l’auteur.
 
Mais la vie sauvage ce n’est pas seulement la nature estivale et accueillante, aux couleurs et à la lumière rappelant les tableaux de Bonnard, Monet ou Van Gogh. Suite à une horrible agression qu’il subit, faite de viols et de tortures, il est recueilli au bord de la route par Carole et son père. C’est la rencontre avec Carole et le début de leur cohabitation.
 
Citation : « Il ne me fallut pas bien longtemps pour l’aimer. Elle était taiseuse et taquine. Il y avait d’évidence quelque chose d’endommagé en elle. De la douleur, de la rage… quelque chose qui me la rendait irrésistible » (page 181).
 
Et pourtant…
 
 
Le dessin de Larcenet
 
Dans l’entretien radio cité au début de cet article, dont sont issues toutes ses citations, Larcenet avoue lui-même que la bande dessinée lui permet de s’exprimer et de s’adresser aux autres, lui qui n’est pas d’un naturel très sociable et expansif. D’un point de vue personnel, il définit ainsi l’acte de dessiner comme restant très « égoïste ».

N’étant « pas doué au départ » (ce n’est pas moi qui le dis !), il s’astreint depuis à dessiner une planche par jour et voit le dessin comme servant le propos, le texte et le scénario.
 
Son style a clairement fait son petit bonhomme de chemin depuis ses débuts et il affirme aujourd’hui avec aplomb que son métier est bien « dessinateur de bande dessinée » et non « vrai dessinateur ». Il dit détester relire ses albums, et trouver son vrai plaisir dans le premier jet du dessin, loin du perfectionnisme des « grands maîtres » de cet art.
 
Cet évident changement de style est important entre le Combat ordinaire, série de la « consécration » pour son auteur, et Blast, projet plus ambitieux. Chaque tome représente tout de même 204 pages où le noir et blanc est seulement « perturbé » par des dessins d’enfants en couleur au moment des « blasts » ressentis par Polza.
 
 Larcenet-blast-couleur.jpg
Larcenet se permet des planches où la dimension des cases reste aléatoire et où des tableaux de toute beauté se succèdent, avec des représentations de la nature, d’animaux en gros plan, de sensations ressenties par les personnages… La récurrence de dessins en pleine page saute aux yeux et on retrouve par exemple tout au long de la série le même ciel au-dessus de la ville, changeant selon les moments de la journée ou l’humeur du personnage. Quand on dessine plusieurs fois le même ciel qui prend 90% de la page c’est qu’on n’est pas sous la contrainte d’un format prédéfini pour son album…
 
On peut résumer tout cela par une phrase de Larcenet : « La différence avec Blast, par rapport aux albums précédents, c’est que quand j’ai envie de dessiner un oiseau sur la moitié d’une page eh bien je le fais ».
 
 
Mon analyse
 
Vous avez maintenant bien saisi que cette série m’avait marqué, bien plus encore que le Combat ordinaire, ce qui n’est pas rien croyez-moi ! Mais autant vous l’avouer tout de suite, si vous ne l’avez pas encore lu, on ne sort pas indemne de la lecture de Blast

Ici la noirceur du monde n’est pas passée sous silence, et Larcenet reconnaît qu’il avait la volonté de faire quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant. Selon lui « la rue est violente » et cette série ne pouvait donc qu’être noire, violente et sombre… C’est ce que l’on ressent à sa lecture et on peut donc penser que ce projet est une réussite de ce point de vue-là.
 
Je pense que c’est aussi une série où l’auteur et dessinateur Manu Larcenet arrive à maturité en allant titiller de près ses vieux démons (souvenez-vous, vingt ans de psychanalyse !). Ce projet de grande envergure tient le lecteur, ou la lectrice, en haleine et lui tord les tripes comme jamais.
 
Cette errance du personnage de Polza est une dérive dans une société pourrie où il n’a pas vraiment sa place, et elle ne peut que finir mal. D’ailleurs on connaît déjà la fin et ça en rajoute dans l’angoisse qui monte au fil des révélations qu’il fait aux policiers.
 
Polza est-il fou et peut-on le comprendre ? Je me garderai bien de répondre…
 
Je finis par une phrase de Larcenet qui en dit long sur ce chantier artistique qui pourrit sa vie, celle de sa famille et celle de ses amis : « Quand on veut bien parler du désespoir il faut le vivre ou l’avoir vécu ».
 
Vivement le tome 4 !
 
 Larcenet-blast-pluie.jpg
 
La bibliographie de Larcenet
 
Manu Larcenet est un auteur de bande dessinée très prolifique et il serait vraiment trop long et fastidieux d’indiquer ici la liste exhaustive de ses œuvres, parues chez sept éditeurs différents. Sa bibliographie complète est disponible sur son blog (lien :  http://www.manularcenet.com/blog/bibliographie).
 
 
Nico, AS Bib 2012-2013

 

 

 

 

Manu LARCENET sur LITTEXPRESS

 

Manut Larcenet Le Combat ordinaire 01

 

 

 

 

 

 

Articles d'Elise et d'Emeline sur Le Combat ordinaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 13:00

 

Après six ans de bons et loyaux services,

 

Littexpress

 

s'apprête à renaître sous une nouvelle forme,

 

plus esthétique, plus riche, plus conviviale.

 

LOGO_complet_littbas_web.png

 

workinprogress.jpg 

 

Découvrez dès maintenant

 

 

 

Littexpress.fr

 

le site !

 

 

 

 


Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 07:00

traductrice

odile demangeOdile Demange © P.B.

 

Pourriez-vous vous présenter ? Comment êtes-vous venue à la traduction ?

Je pense que comme beaucoup de traducteurs, j’y suis arrivée un peu par hasard. Il n'y avait pas toutes les formations qui existent aujourd'hui et ce n'était pas un choix au départ. Quand j'ai passé mon bac, je voulais être journaliste. J’aimais déjà l'écriture. J'étais plus littéraire que scientifique, alors que les membres de ma famille étaient des scientifiques. Dans les écoles de journalisme, on m'a conseillé de faire d’abord une licence. J'ai passé mon bac au Lycée français de Londres. Je suis revenue dans ma famille à Strasbourg où j'ai fait une licence d'Histoire. À la suite de quoi, mon envie de journalisme m’était passée et l’enseignement ne m’attirait pas du tout. J'ai suivi une formation de bibliothécaire et j'ai travaillé ensuite pendant un an et demi à la bibliothèque de la faculté d'Histoire où j'avais étudié. Je faisais parallèlement des recherches pour des professeurs et je leur traduisais certains textes car j’étais plutôt bonne en anglais et en allemand. Et puis un jour, en 1981, un professeur d'Histoire de l'art est venu me voir en me demandant si j’accepterais de traduire un article pour une publication dont il s’occupait. Je me suis lancée et ça m’a vraiment intéressée. Il m'a donné une lettre de recommandation et j'ai écrit à tous les éditeurs que je trouvais dans l'annuaire (une bonne quarantaine pour commencer). Une vingtaine m'ont répondu par la négative, 19 ne m'ont pas répondu du tout , mais j’ai rapidement reçu un appel de Fayard pour remplacer une traductrice sur la traduction d'un livre sur la crise économique. Je me suis engagée dans cette traduction en consultant un assistant de la faculté d'économie pour m’assurer de la correction des termes utilisés. L'été même, Fayard me demandait de participer à la traduction d’une biographie Wagner. Aujourd'hui, je travaille toujours pour Fayard, mais aussi pour d'autres éditeurs.



Comment avez-vous réagi quand vous avez reçu le prix Pierre-Francois Caillé ?

J'étais contente, fière, bien sûr ; en plus, ça me faisait gagner un peu d’argent ce qui n'est pas négligeable. Plus sérieusement, j’ai été étonnée car on m’a donné ce prix pour un livre qui ne m'avait pas posé particulièrement de problèmes. Alors que j'avais traduit, quelque temps auparavant, un livre de Leonard Bernstein bien plus compliqué et dont j’aurais trouvé que la traduction méritait davantage d’être récompensée.



Est-ce qu'une traduction, depuis toutes ces années, vous a plus marquée qu'une autre ?

Il y en a beaucoup, presque chaque année il y a au moins une traduction pour laquelle je me sens en osmose avec l'auteur. C’est sans doute particulièrement vrai pour les romans mais je n'ai pas commencé à traduire de la fiction dès le début. Pendant vingt ans je n'ai traduit que des essais, des biographies, des monographies. Il a fallu que les éditions Laffont me proposent un roman à traduire pour que je fasse mes débuts dans ce genre. J’étais très intimidée. Ils ont insisté, persuadés que j’en étais capable. Les relations avec les éditeurs sont très importantes. Dans certains cas, ils vous connaissent mieux que vous ne vous connaissez vous-même. La traduction de ce petit roman en allemand s’est bien passée et par la suite je me suis mise à faire du roman parallèlement au reste.

Parmi les romans que j'ai traduits, certains m'ont particulièrement marquéé comme celui de Chris Cleave Et les hommes sont venus, celui de Mark Haddon Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit ou le dernier livre de Tom Wolfe.

 

Mark-Haddon-Le-bizarre-incident.gif


Est-ce que vous avez des contacts avec les auteurs lors de la traduction ?

Très rarement. Je n'en ai vu qu'un qui a pris la peine de se déplacer pour me voir. J'ai la réputation de ne pas bouger de chez moi. C'était Arno Mayer, professeur d'Histoire à Princeton, qui tenait absolument à me rencontrer. Pour le reste, il m’est arrivé d’avoir des échanges par e-mails en cas de problèmes, ou par téléphone avec Chris Cleave quand il a reçu le prix du jury du livre de proche pour Incendiaire.

J’avoue que je ne me déplace vraiment pas beaucoup. C’est un métier où on aime être seul et je supporte très mal l'agitation parisienne.

Plus qu’avec les auteurs, j’ai évidemment des contacts avec les éditeurs qui sont nos référents. Sans aller jusqu’à dire qu’ils deviennent des amis intimes (on garde toujours une distance de travail), ce sont des gens avec qui je n'ai jamais eu le moindre problème et en qui j'ai toute confiance. Je sais qu'ils ne vont pas me proposer des choses que je ne peux pas faire et je considère la sortie d’un livre comme le fruit d’un travail d’équipe. On veut obtenir un produit qui soit bien abouti in fine. Ils nous font confiance pour faire du bon travail, et nous leur faisons confiance pour commercialiser le livre au mieux. C'est vraiment important d'avoir de bons rapports avec eux.



Justement, quelles sont vos méthodes de travail ? Vous faut-il du silence ?

Il me faut plus de calme que de silence à proprement parleŕ. Je suis très disciplinée en matière d’horaires. Je me lève à 6h le matin, à 7h je suis au travail. Je travaille jusqu'à 11h30, je vais promener mes chiens, je mange et je reprends le travail à 13h30 jusqu'à 17h ou plus tard s’il y a des urgences ou une charge de travail particulièrement lourde. C'est plus strict que si je travaillais dans un bureau. Je suis impitoyable avec moi-même ! Je pense que si on veut vivre de la traduction, il faut beaucoup travailler et donc avoir beaucoup de rigueur.



Et arrivez-vous à en vivre ?

Oui, j'arrive à en vivre confortablement mais je travaille beaucoup et vite, ce qui est un atout énorme. Depuis que j'ai commencé, le prix du feuillet n'a presque pas bougé : entre 20 et 23 euros le feuillet. Cette somme est un « à valoir », ce qui veut dire que si le livre se vend vraiment très bien, je touche une somme complémentaire. Ce n'est pas négligeable s’agissant de certains auteurs, comme Ken Follet ou P.D James. Ces droits d’auteur supplémentaires sont un peu comme un cadeau.

Ken-Follett-L-Hiver-du-monde.gif

Quand vous acceptez une traduction, faites-vous des recherches préalables ?

Oui, c’est inévitable. Il est vrai qu'internet a beaucoup facilité les choses. Les citations d'auteurs français peuvent poser beaucoup de problèmes. Je me souviens, tout au début de ma carrière, d'un livre qui contenait une citation de Montaigne en exergue, je l'ai cherchée dans tous les écrits de Montaigne (c’était avant Internet) et le passage en question figurait dans le dernier volume. Il y a toujours des recherches à faire. Par exemple pour Tom Wolfe, j'ai lu tous ses romans précédents, car certaines formules ou expressions reviennent d'un livre à l'autre, et il fallait que ma traduction soit en harmonie avec les publications précédentes.

Il arrive que l’on tombe sur des détails qui nous paraissent étranges dans l'original. Dans ce cas̀, on le signale à l'éditeur qui fait remonter l'information à l’auteur.



Pourquoi traduire à la fois de l'anglais et de l'allemand ?

L'allemand, je l'ai appris au lycée, j'habitais  Strasbourg, c'était presque obligatoire. Je détestais ça, je trouvais cette langue compliquée. Et puis quand je suis partie en Angleterre pour un an, j'étais très forte en allemand par rapport aux autres élèves ; mais ce n'était vraiment pas une passion. L'anglais j'aimais bien, ma mère était anglaise et c'était un univers que je connaissais.

Quand j'ai commencé ma maîtrise d'Histoire, j'ai travaillé sur la presse alsacienne et tout était en allemand, il a donc fallu que je m’y mette. En plus à l'époque j'ai commencé le chant classique, et à force de chanter du lied, je suis tombée amoureuse de l’allemand à travers tous ces poèmes.

Quand j'ai cherché du travail en tant que traductrice, ont m'a d'abord proposé des textes en allemand, parce qu'il y a beaucoup moins de traducteurs dans cette langue. L'allemand est même devenu un créneau pour les traducteurs car il fait partie des langues dites « rares » dans le monde de la traduction, ce qui n'était pas le cas quand j'ai commencé.

Il est utile d'avoir l'anglais car c'est une langue plus courante. Il y a évidemment plus de travail que dans d’autres langues.



Et avez-vous une préférence ?

L'anglais est plus facile pour moi, sans doute parce que j’en fais plus, mais j'aime bien travailler dans les deux langues. Comme je traduis souvent plusieurs livres en même temps, cela permet de varier le travail.



Avez-vous déjà traduit du français vers̀ l'anglais ou vers̀ l'allemand ?

Ce serait une catastrophe absolue ! On me le demande quelquefois mais c’est une chose que je ne sais pas faire, que je ne peux pas faire. On traduit toujours vers sa langue maternelle, et non l’inverse.



En parlant de plusieurs traductions, est-ce qu'il est difficile de passer d'un auteur à un autre ? Au niveau du style de l'écriture, vous faut-il un moment d'adaptation ?

Oui, il me faut toujours un petit temps d'adaptation au style et au ton employé par l'auteur. Le temps de trouver la petite musique de chacun.



En parlant de styles différents, continuez-vous à traduire des articles, des essais ou seulement des romans ? Quel genre préférez-vous ?

J'aime bien changer. C’est un peu ce que ce métier a de génial. On passe d'un style à l'autre, de la vulgarisation économique à un livre d'Histoire. Dans les romans aussi, c'est très varié. C’est ce qui me plaît le plus, je crois, de toucher à tout, d’apprendre de nouvelles choses tous les jours.

Henry-Kissinger-De-la-Chine.gif

Justement est-ce que vous avez la possibilité de choisir les textes que vous allez traduire ?

On ne m'impose pas les textes, parce que je peux toujours dire non. Mais en général, si je dis non, c'est que je n'ai pas le temps ou alors que les conditions de l'éditeur ne sont pas acceptables.



Avez-vous déjà proposé des traductions ?

Non. Il m'est arrivé de me dire « Ah tiens, ce livre-ci, j’aurais bien aimé le traduire ». Mais je ne lis que des livres en français parce que le soir, je suis saturée de langues étrangères. Je sais que certains traducteurs le font et que les éditeurs apprécient ces propositions, mais je ne l’ai jamais fait. Je pense que c'est le travail de l'éditeur de trouver les bons textes.



Le nombre de titres publiés chaque année augmente. Est-ce que cela a eu un impact sur le nombre de demandes de traduction des éditeurs ?

Non, je ne crois pas. Je refuse des traductions tous les ans mais pas beaucoup. D'un autre côté,́ je ne me suis pas arrêtée depuis que j'ai commencé, je n'ai jamais eu de périodes sans travail. Je dois refuser deux à trois propositions par an, pas plus. Je pense que les éditeurs travaillent toujours avec les mêmes traducteurs ce qui leur assure du travail, mais cela peut être un problème pour les jeunes traducteurs qui cherchent à percer.



Vous avez été d'abord publiéé par Fayard, mais comment avez-vous été́ repérée par les autres éditeurs ?

Par le bouche à oreille. Actuellement, je travaille avec Fayard, Laffont, Denoël, Buchet/Chastel et quelques autres, de façon plus épisodique. En plus de l'édition, je travaille sur des textes beaucoup plus courts, des articles notamment, pour des musées, pour la fondation Beyeler à Bâle, pour des opéras (livrets, textes pour les programmes).



Comment se passe la cotraduction ?

En général l’éditeur recourt à la cotraduction quand il est pressé, quand c’est un gros livre qu’il veut publier rapidement et qu’une seule personne ne peut pas le faire. Quand il s’agit d’essais ça ne pose pas vraiment de problème car le style s’harmonise assez facilement. J’ai souvent travaillé avec la même traductrice de chez Fayard, on s’échange des mails au cours de nos collaborations. Il y a aussi des traducteurs qui ne veulent pas du tout coopérer et préfèrent que chacun travaille dans son coin.

Il y a ensuite le cas du roman, comme par exemple pour Ken Follet, où nous sommes trois ou quatre. Dans ce cas, quelqu’un — il peut s’agir d’un éditeur ou d’un des traducteurs — est chargé d’uniformiser le tout. Dans ce genre de cas, on communique beaucoup sur certains points de traduction mais aussi sur des consignes, et on aboutit à quelque chose qui est assez homogène.

Ken Follett L Hiver du monde

Lorsque vous traduisez, lisez-vous le livre avant de commencer la traduction ?

En général non, car j’aime bien garder un peu d’« excitation » et me dire que demain, j’en saurai un peu plus. Je pense tout de même que c’est mieux de le lire, et il arrive que l’éditeur vous demande un rapport de lecture sur le livre.



Avez-vous rencontré des difficultés dans vos traductions (expressions par exemple) ?

Oui, je dirai qu’il a un problème de renouvellement du vocabulaire, c’est le cas même en français, on ne parle plus aujourd’hui comme on parlait il y a vingt ans. Il y a en anglais ou en allemand certaines expressions qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires et qu’on ne connaît pas parce qu’on ne les a pas apprises. En général on arrive à les trouver sur internet, ou alors par le contexte. Pour le francais c’est pareil, quand ce sont des jeunes qui parlent, je demande à mes enfants, tout simplement. En cas de difficultés, on frappe un peu à toutes les portes.

En ce qui concerne les essais, on peut avoir des problèmes de connaissances. Il y a deux ans j’ai traduit un livre sur l’économie qui abordait des thèmes dont certains m’étaient étrangers. J’ai pu contacter l’auteur qui habitait Paris et qui m’a beaucoup aidée. Les auteurs ont évidemment intérêt à ce que la traduction soit correcte, et s’ils peuvent coopérer, ils le font volontiers. J’ai d’ailleurs été étonnée de constater le grand nombre d’entre eux qui parlent français.



Avez-vous recours parfois à des notes de bas de pages, notamment dans les essais ?

Dans les essais on peut le faire, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Dans les romans on essaie de l’éviter le plus possible, car ça entrave la lecture. Dans Tom Wolfe, il y a quelques notes en bas de page parce qu’il y avait des phrases entières en espagnol.



Pour vous, qu’est-ce qu’un traducteur ?

Je fais bien souvent le parallèle avec la musique : le traducteur est par rapport à l’auteur dans la même position que l’interprète par rapport au compositeur. Nous avons un texte, ou une partition, et il faut la faire passer. Pour cela, il faut des compétences techniques, du métier, mais il faut aussi y mettre de soi. Tout ce qu’on peut avoir comme sensibilité, comme vécu, influe sur notre approche des différents auteurs ; c’est comme en musique, où un compositeur peut vous parler plus qu’un autre. Pour les essais, ce n’est pas comme des gammes, mais plutôt comme des études, quelque chose d’un peu plus austère et plus technique, mais où on apprend aussi des choses. Il faut davantage se concentrer sur le fond et y mettre moins de sentiment. Il faut que ça soit bien carré et bien juste.



Êtes-vous d’accord pour dire qu’une traduction relève de la cocréation ?

Je ne sais pas, je trouve le mot de « création » impressionnant. Je suis un peu en retrait par rapport à cela. Quand il y a création, tout vient de soi, alors que dans la traduction, on a quand même une trame de départ. Le créateur, c’est l’auteur, et nous sommes à son service avec tout ce que nous pouvons lui apporter. Nous sommes à son service tout comme un acteur peut être au service du réalisateur ou de l’auteur de la pièce. Ce sont deux métiers différents.



Y a-t-il des qualités à avoir en tant que traducteur ?

Il faut avoir une grande sensibilité et une grande rigueur de la langue, du français avant tout. Le reste, ce sont des questions de discipline, il faut accepter d’être seul, ce qui n’est pas facile pour tout le monde, c’est une question de caractère, ou avoir une vie extérieure qui vous apporte beaucoup.



Qu’est-ce qui vous plaît le plus et le moins dans la traduction ?

Presque tout me plaît. Je m’assois à mon bureau le matin, je pousse un « ouf ! ça y est, ça commence ! ». Il y a les chats sur le bureau, les chiens à mes pieds, c’est un peu le paradis. Il peut arriver bien sûr qu’il y ait des urgences pas toujours agréables, il faut tout laisser en plan parce que vite il y a un texte à traduire pour le musée et qu’il faut le rendre le soir même. Ou encore quand le téléphone sonne le dimanche et qu’il faut faire un truc en vitesse. C’est un travail qui est très prenant intellectuellement, qui demande beaucoup de concentration et qui est donc fatigant. On ne prend pas souvent de vacances, car il y a des délais à tenir, et moi j’aime bien être en avance, en espérant qu’on va me proposer quelque chose de génial qu’il serait dommage de devoir refuser. Il y a cette fuite en avant qui fait que l’on ne s’arrête jamais.

Au bout de 30 ans toujours aussi passionnée et même plus !



En moyenne combien de temps prenez-vous pour traduire un livre ?

Tout dépend de l’importance du livre, mais si je prends l’exemple de Tom Wolfe, qui comprenait 1 000 feuillets, je l'ai rendu au bout de trois mois en travaillant exclusivement sur cette traduction. Je travaillais 9h par jour et un peu le week-end, mais c’est faisable. En général tout de même, je peux prendre un peu plus de temps. Les délais sont précisés dans le contrat mais ils se négocient avant. Je n’ai jamais rendu de traduction en retard, et je pense que c’est un atout dans ce métier : les éditeurs peuvent compter sur vous, ils savent que vous êtes sérieux.

Quand un livre est bien écrit au départ, le travail de traduction est grandement facilité. Ça se fait presque tout seul.



La traduction doit-elle être parfaite ?

Pour moi, elle doit être parfaite, mais je sais que si je la reprends un mois plus tard, il y aura des choses que j’aurai envie de changer. Une traduction peut toujours être améliorée.


Propos recueillis par Aurélie et Mélodie, LP


Pour en savoir plus : Article de Fabian Schäfer pour Arte TV
 http://www.arte.tv/fr/un-vieux-monsieur-avec-une-sensibilite-de-jeunesse-incroyable/3766808,CmC=3758196.html

Repost 0
Published by Aurélie & Mélodie - dans traduction
commenter cet article

Recherche

Archives