Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 17:51

Braitigan-Journal-japonais.gif














Richard BRAUTIGAN
Journal japonais
traduit de l'américain
par Nicolas Richard

Le Castor Astral, 2003










Né aux États-Unis en 1935, Brautigan avait moins de dix ans pendant la Seconde Guerre mondiale, et il a haï les Japonais comme tout enfant américain baigné dans la propagande.

Il en a tué, des Japonais, entre ses six et dix ans.

Et puis la guerre s'est terminée et il s'est désintéressé du peuple nippon, maintenant qu'il avait perdu.

Pendant des années, Brautigan a grandi avec la conviction que les Japonais étaient des « infra-humains ».

C'est à dix-sept ans qu'il prend un nouveau départ avec le Japon et le voit sous un nouveau jour, grâce à sa poésie. Issa et Basho deviennent ses auteurs de chevet, il s'intéresse au raffinement de la peinture nippone, à la culture de ceux qu'il considère désormais comme un peuple civilisé, sensible et amical. À partir de cet un instant, il sait qu'il ira au Japon un jour.


Et il ira. Plus de vingt ans plus tard, il ira. Malgré son dégoût des voyages.

Il y écrira son Journal japonais, plus recueil que journal, dans lequel il déposera ses impressions, croquées par de petits haïkus en hommage à ses poètes favoris, mais également par des poèmes plus « occidentaux ».

Assez original par sa forme de recueil, Journal japonais est aussi déstabilisant par son contenu : Les courts textes sont de petits instantanés de situations, d'impressions auxquelles il est difficile parfois de s'accrocher. Des références personnelles ponctuent les textes, les mots sont mis à nu, ils ont pour fonction première de rappeler un détail, une situation à celui qui les écrit. Les poèmes sont subtils, dépouillés et humbles, mettant en avant l'impression première du voyageur dans sa simplicité. Nul besoin de description, c'est le sentiment dans sa pureté qui est noté. C'est ce sentiment de trop, de tant qui ressort dans ce livre. Tous les sens en éveil, le voyeur s'oblige presque à se concentrer sur de petits détails qui peuvent être dits sans perdre trop de temps. On retrouve également l'impression que Brautigan se concentre pour croquer ses textes rapidement, pour ne pas perdre le fil de la vie japonaise qui continue de passer à côté de lui.

Certains poèmes ont été terminés après son retour aux États-Unis, ce qui renforce cette idée. Brautigan a pris le parti d'écrire pendant son voyage, mais pour ne rien louper, il écrit clair, il écrit juste. Droit au but. Seulement l'important ; le reste, il peut le voir et le vivre.


Citation de Jim Harrison (Légendes d'automne, Entre Chiens et Loup, ...) à Brautigan à propos du livre (http://www.alapage.com/m/ps/mpid:MP-BE525M2076139#moid:MO-BE525M3511632) :


« Que veux-tu que je te dise ? Rien ne m'a plus touché que ton travail, si peu maniéré et si exact dans son insistante nudité.
Tout le contraire d'une juxtaposition de paroles : bel et bien un Livre.
Un long poème qui offre sa générosité par fragments, sous la forme légendaire, peut-être inconsciente, du périple.
Il y est question du courage et de la solitude majestueuse nécessaires pour s'embarquer vers ces terres étranges : à la fois le Japon et la vraie nature du poète, ce lieu où plus rien ne nous empêche d'avouer et de tout louer.
J'aime ce livre car c'est une chanson vraie qui n'annonce aucune lumière au-delà de sa brillance propre.
Mais ce que l'on y trouve surtout, c'est cette pureté vers laquelle, en cette drôle de dérive, nous croyons maintenir le cap. »


Flore, 2e année Éd.-Lib.



Richard BRAUTIGAN sur LITTEXPRESS

babylone.jpg



Article de Léa sur Un privé à Babylone









articles d'Adèle et de Marianne sur La Pêche à la truite en Amérique.

Repost 0
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00
Sepulveda-Le-Monde-du-bout-du-monde-Metailie.gif









Luis SEPÚLVEDA
Le Monde du bout du monde

Traduit de l’espagnol (Chili)
par François Maspero
Métailié, 1993
Points Seuil, 1995
Rééd Ponts 2010













Encore une fiche de lecture sur une œuvre de Luis Sepúlveda ! Encore une louange de cet écrivain au succès écrasant et international, engagé sur tous les fronts et à toutes les époques : contre la dictature au Chili, pour les Shuars – une tribu amérindienne –, aux côtés des sandinistes, avec Greenpeace. Il faut (re-)dire qu’il l’a échappé belle, il a bien failli passer près de trente dans les geôles de Pinochet. C’est la section allemande d’Amnesty international qui l’a sauvé. Il dut cependant s’exiler, d’abord en Suède puis à Hambourg.

Cet homme fait rêver parce qu’il synthétise l’art et l’engagement, le combat pour l’humanisme et la beauté du monde. Facteur de réjouissance supplémentaire, Sepúlveda est traduit en français par François Maspero, autre icône politico-littéraire. Il ne faut donc pas en vouloir aux étudiants des années 2000 en métiers du livre s’ils viennent tout naturellement vers cet auteur, solaire et au charisme bienfaisant qui fait figure de boussole sur cette planète patraque à cette époque quelque peu détraquée.

moby-dick.gif

LES RÉFÉRENCES

C’est En Patagonie de Bruce Chatwin qui m’a menée à Sepúlveda et j’ai aimé que le Chilien cite l’Anglais dès le premier chapitre. L’ouverture du roman convoque aussi d’emblée une autre figure tutélaire, ou plutôt quatre : le roman Moby Dick, le narrateur Ismaël, le capitaine Achab et la baleine. Il y a un effet de miroir qui mêle auteurs, narrateurs, personnages et romans qui nous rappelle que toutes les littératures sont un vaste palimpseste.


LES VOYAGES
en-patagonie.gif

Le narrateur est exilé depuis vingt-quatre ans. La lecture de En Patagonie lui donne la nostalgie du retour alors que la peur précisément l’empêchait de revenir. La première partie du roman est un voyage dans le voyage, en Patagonie et dans le temps : le narrateur nous raconte des bribes de son enfance, son oncle Pepe qui le nourrissait de livres de Jules Verne, Jack London et lui transmit Moby Dick. A seize ans, il ne résiste pas à « l’appel du Sud » et part pendant les vacances scolaires. Sur les recommandations de l’oncle, il est autorisé à embarquer sur le navire d’un capitaine yougoslave qui lui fera éplucher des tonnes de patates. Il sera embauché par un autre marin, un Basque, sur un baleinier. Rencontres humaines et animales. L’adolescent se rend compte que la chasse ne lui convient guère, ce qui a le don de plaire au capitaine. Celui-ci a conscience que les animaux se font de plus en plus rares : « l’heure est venue de les laisser en paix ».


LE POLAR ÉCOLOGISTE

Le narrateur est journaliste au sein d’une agence d’information dissidente à Hambourg, dédiée aux problèmes environnementaux, se donnant pour mission de « répondre aux mensonges employés par les nations riches pour justifier le pillage des pays pauvres ».  Le narrateur compte parmi ses associés un ordinateur connecté à des agences écologistes et répondant au doux nom de Bromure, appelé ainsi en hommage à l’informateur de Pepe Carvalho, personnage de Manuel Vázquez Montalbán. Dans ce bureau, un fax livre une dépêche concernant un bateau-usine japonais signalant la perte de 18 membres de son équipage. Ce bateau est apocalyptique : il mesure 100 m de long, la pêche se pratique avec un aspirateur gigantesque, tous les animaux des mers sont engloutis, même les bébés dauphins finissent en charpie. Après son passage, la mer n’est plus qu’une « soupe noirâtre ». Cette usine à tuer et Greenpeace sont déjà de vieilles connaissances : les Zodiacs de l’ONG surmontés du drapeau arc-en-ciel avaient déjà été engagés dans des actions visant à empêcher la pêche à la baleine et à alerter l’opinion publique. Parallèlement, un marin chilien, sentinelle des mers, va lancer un appel au secours et proposer de mettre son navire à disposition. Cet homme, Jorge Nielsen, fils d’un navigateur danois et d’une indienne Ona, racontera son histoire et celle douloureuse des peuples de la Terre de Feu.


LES BALEINES ET LE MYTHE


Cet homme, rompu aux histoires d’extinction, appelle à la rescousse les militants écologistes de Hambourg pour signaler ces navires qui sans vergogne tuent les baleines à la chaîne. Il veut témoigner de l’horreur : les tueries la nuit, avec un hélicoptère comme pour la chasse aux chevaux en Australie, l’odeur de sang dans la baie, les lambeaux de peau flottant partout. Et aussi raconter un miracle… Le narrateur (un mélange de Sepúlveda, d’Ismaël et de militant écologiste) sera le réceptacle de ce récit bouleversant.

Par égard pour ceux qui voudraient lire ce roman, je ne puis expliquer en quoi consiste  le mystérieux prodige. Soyez certains que cette histoire véridique ou mythique, quasi biblique ou animiste, n’en finira pas de bercer votre imaginaire
et vos espoirs d’un monde préservé, d’humain respect.

Delphine, L.P. Bib.-Méd.



LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





sepulveda.jpg


Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental
Repost 0
Published by Delphine - dans polar - thriller
commenter cet article
24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 07:00
lackberg LA PRINCESSE DES GLACES










Camilla LÄCKBERG
La Princesse des glaces

Actes Sud
Collection Actes Noirs




















Quelques mots

Ce qui attire l’œil dans La Princesse des glaces, c’est bien sûr la maquette de sa collection : la même que celle de la trilogie Millénium. Tout comme Stieg Larsson, Camilla Läckberg est suédoise mais les comparaisons s’arrêtent là. Il ne faudrait pas chercher à comparer La Princesse des glaces à Millenium car mise à part la nationalité de leurs auteurs et la collection dans laquelle ils sont édités, ces deux ouvrages n’ont aucun point commun.


L’histoire et les principaux thèmes
fjallbacka2.jpg

Erica Falck, l’héroïne de cette histoire, est auteur de biographies. Célibataire et bien entrée dans la trentaine, elle s’est installée dans la maison de ses parents à Fjällbacka pour régler les frais de succession liés à leur subite disparition. Un jour Erica découvre le cadavre de sa meilleure amie d’enfance Alexandra Wijkner. Les poignets tailladés et plongée dans une baignoire d’eau gelée, Alexandra est la Princesse des glaces. Néanmoins la vérité saute aux yeux d’Erica : son amie n’a pas pu se suicider. Mandatée par la famille d’Alex, Erica mène son enquête et se bat sur tous les fronts : l’enquête, ses intuitions, l’inspecteur Patrick Hedström (éperdument amoureux d’elle depuis le bac à sable), et ses problèmes familiaux.

L’intrigue est pleine de rebondissements et l’enquête progresse rapidement. Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre. Chaque personnage incarne une strate de la société suédoise. Ainsi, on explore le parcours de chacun.

— L’artiste à la fois marginal et génial, qui produit des toiles de toute beauté mais qui ne souffre pas les regards que lui portent les habitants de la ville.

La femme battue qui, par amour pour ses enfants, refuse de voir la vérité et met toute la volonté du monde pour justifier les coups que lui assène son odieux mari.

L’héroïne célibataire qui se comporte tour à tour telle une enquêtrice et telle un pré-ado amoureuse (de nombreuses scènes font d’ailleurs écho au Journal de Bridget Jones).

La vieille bourgeoise acariâtre et sèche qui tente d’acheter tout le monde avec sa grande fortune et misetout sur les apparences.

Chaque partie adopte le point de vue d’un personnage, son vocabulaire et ses intonations. On pénètre ainsi d’autant mieux dans le quotidien de ces personnages, dans les peurs, les petites histoires et les tragédies qui ont fait partie de leur vie. Chaque personnage semble avoir un mobile pour le meurtre d’Alexandra puisqu’ils ont tous une part d’ombre et des secrets bien gardés pour sauver les apparences.

Fjällbacka est une ville paisible en hiver (car les touristes n’y sont pas). Mais le poids du qu’en-dira-t-on a une influence énorme sur les habitants qui s’efforcent d’être le plus insignifiant possible. Plus en progresse dans l’histoire et plus on se rend compte que c’est la peur du regard des autres et du qu’en-dira-t-on qui régit la vies de ces habitants.

fjallbacka.jpgFjällbacka

Mon avis

Mis à part quelques petites choses qui m’ont un peu déçue, La Princesse des glaces est un roman agréable à lire. Je commencerai donc par aborder les points négatifs (histoire de rester sur une note positive car c’est un bon livre).

Tout d’abord, je trouve que l’intrigue est moment un peu trop centrée sur Erica Falke (l’héroïne) et ses petits états d’âme. On vire carrément à la caricature de Bridget Jones jusqu’au réchauffage de la mythique scène de « vais-je choisir la culotte de grand-mère ou bien le string dentelle ? ».

Je trouve dommage également que les personnages soient si prévisibles : les méchants sont de « vrais méchants » et n’ont absolument rien pour plaire, ce qui rend l’intrigue quelque peu manichéenne.

Enfin, (et fini les critiques après), ce livre n’est certainement JAMAIS passé entre les mains d’un correcteur car il est truffé de fautes de traduction, de maladresses et autres erreurs qui gênent la lecture.

Néanmoins, La Princesse des glaces est un bon roman qui se lit rapidement, le style est quasi oral et nous donne l’impression de lire une histoire fraîchement racontée. L’intrigue est plutôt bien menée : durant toute la lecture, on soupçonne, on soupçonne mais on ne découvre l’identité du tueur que dans les dernières pages.

On se projette dans la tête des différents personnages grâce à l’écriture de Camilla Läckberg qui change parfois de registre et de ton pour s’approprier l’état d’esprit de certains personnages.

L’enquête rebondit sans cesse sur de nouveaux indices, ça existe et ça va vite. Commencer ce livre, c’est le finir !


Sandrine, L.P. librairie



Le polar scandinave sur LITTEXPRESS

Ake-Edwardson--Ce-doux-pays-2.gif



Article d'Adrien sur Ce doux pays d'Ake Edwardson








Article de Julie sur Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson








La fille qui rêvait d’une allumette et d’un bidon d’essence
, publié par Actes Sud en 2006 : voirl'article de Sandrine









Camilla Läckberg, La Princesse des glaces, article de Valentin

Repost 0
Published by Sandrine - dans polar - thriller
commenter cet article
23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 08:10
Dans le cadre de la 5e BIENNALE DES LITTÉRATURES D'AFRIQUE NOIRE
organisée par l'Agence de médiation culturelle des pays du Sahel
en partenariat avec l'IUT Métiers du Livre Bordeaux 3




Les étudiantes des Métiers du Livre
vous convient à un
déjeuner littéraire
le mercredi 24 mars à 11h30
au restaurant universitaire Le Cap’ U
- 6 rue Jules Guesde –  Bordeaux.



Des débats
sur le polar africain avec
Abasse Ndione (Sénégal)
Emmanuel Dongala  (Congo)


Sur l’édition africaine avec
Béatrice Lalinon Gbado, Éditions Ruisseaux d’Afrique (Bénin)
Moussa Konaté, Éditions du Figuier (Mali)


Contact : 06.15.83.40.69




Voir le programme complet sur OULIBO
Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 07:00
Longtemps qualifié de « sous-genre », le roman policier acquiert aujourd’hui ses lettres de noblesse, avec un nombre incalculable de collections et d’auteurs phares. Aujourd’hui, le polar attire un public toujours plus large. Par conséquent, la plupart des éditeurs accordent une place de plus en plus importante au polar et plus particulièrement au polar étranger. Après l’émergence de pays comme l’Islande ou la Suède dans le développement du polar, on peut également constater que le continent africain tend progressivement à se faire une place au sein de la littérature policière.


Le polar en Afrique noire

Depuis quelques années, les auteurs africains prouvent qu’ils peuvent faire aussi bien voire mieux que leurs homologues occidentaux, puisqu'une vraie littérature émerge du continent africain ainsi qu’une littérature « noire » (sans mauvais jeu de mots).

Le dynamisme de l’Afrique dans le domaine du polar se ressent d’autant plus que des pays comme le Sénégal organisent de grandes manifestations autour du roman policier.



« Polar à Dakar »


Premier festival de cette envergure sur le territoire africain, il a néanmoins attiré de nombreux amateurs du genre en février 2000.

Entre projections cinématographiques, ateliers d’écritures et divers débats sur la légitimité de l’Afrique en tant que continent de littérature policière et sur les influences de la culture africaine sur le roman policier. Des nouvelles furent écrites au terme de ce festival qui permit à de nombreux auteurs sénégalais de rencontrer le public, de se faire connaître et de faire connaître leur travail.

 Ainsi, des auteurs ont pu s’imposer comme les chefs de file du polar africain.


Abasse Ndione


 Ndione-La-vie-en-spirale.gifNé en 1946 au Sénégal, Abasse Ndione publie pour la première fois La vie en spirale  aux Nouvelles éditions africaines. Ce roman est publié en deux partie, la première en 1982 et la seconde en 1987.

En 1998, ce texte est repris par les éditions Gallimard, qui l’intègre dans la collection « Série noire ».

Ce roman met en scène le périple de cinq garçons de la campagne sénégalaise dont le principal loisirs consiste à consommer du cannabis (yamba). Jusqu’au jour où ils se retrouvent en rupture de marchandise. C’est alors que l’un d’eux, Amuyaakar Ndooy prend la décision d’entrer dans la spirale infernale du trafic de drogue. Il met le doigt dans l’engrenage et devient un sipikat (trafiquant).

Par sa thématique principale, ce roman provoqua un véritable scandale à sa sortie. Il s’est pourtant vendu à plus de 5000 exemplaires et est également étudié dans certaines classes. Par la présence du thème du cannabis tout au long du roman, Abasse Ndione dut se justifier à de nombreuses reprises et se défendre d’avoir voulu faire une apologie de cette drogue dans son roman.

Ndione Ramata
Après avoir pris une retraite anticipée de son métier d’infirmier, Abasse Ndione se consacre à l’écriture et publie un deuxième roman : Ramata.


D’abord publié chez Gallimard dans la collection « Noire », ce roman parait en poche chez Folio Policier en 2008.
   
Enfant de la campagne, Ramata Kaba devient l’épouse du procureur général de Dakar et accède ainsi au statut de femme respectée dans la haute bourgeoisie sénégalaise. Ce roman raconte la vie de ce personnage, qui par son arrogance, a bien du mal à nous paraître sympathique, ainsi que son destin tragique. Mais outre la destinée de Ramata, ce roman est aussi celui de la haute bourgeoisie sénégalaise, dont les manipulations, les vices et les excès de corruption gangrènent le pays. C’est donc le pessimisme qui règne sur les pages de ce roman noir, salué par la critique.
Lucio-Mad.gif


Cependant d’autres auteurs comme Lucio Mad s’illustrent sans le polar. En effet, c’est sous forme de clin d’œil à son ami Abasse Ndione qu’il reprend le thème du cannabis dans son roman Dakar en barre. Il est également l’auteur de Paradis B, Les Trafiqueurs, publiés eux aussi en « Série noire » Gallimard.








Polar et Maghreb


Il n’y a pas que l’Afrique noire qui investit le domaine de la littérature policière. Le Maghreb n’est pas en reste avec une identité à part et des représentants tels que Yasmina Khadra.


Identité et guerre d’AlgérieAkkouche-Avis-decheance.gif

Les auteurs de polar maghrébin sont tiraillés entre leur statut d’immigrés, leurs difficultés au quotidien et la nostalgie de leur pays d’origine. Ces polars ont pour cadre la guerre d’Algérie ou les banlieues françaises où la vie d’immigré n’est pas de tout repos.
   
C’est en 1998 que Gallimard publie dans la « Série noire » deux romans ayant le Maghreb comme trame principale. Mouloud Akkouche raconte dans Avis Déchéance, l’enquête dans les milieux toxicomanes de Paris de son héroïne, une femme flic d’origine maghrébine. Le second roman est le fruit du travail d’une journaliste, Catherine Simon, qui raconte la guerre d’Algérie sur un ton caustique et cynique dans Un baiser sans moustache.


Khadra-quatuor-algerien.gifYasmina Khadra

Cet auteur-phare originaire d’Algérie a choisi le polar pour raconter son pays d’origine. Ses romans sont d’abord publiés aux éditions la Baleine dans la collection « Instantanés » avant d’être publiés en poche en Folio Policier. Son héros, le commissaire Llob nous entraîne par ses enquêtes, à la découverte d’une Algérie meurtrie par la guerre, mêlant le tragique au surréalisme dans les romans Morituri, Double blanc ou encore L’automne des chimères.

Dans Morituri, le commissaire Llob se lance à la recherche d’une jeune femme, Sabrine, avec pour seul indice, une photographie de celle-ci.

Cette enquête nous plonge au cœur de la ville d’Alger, entre cicatrices de la guerre civile et fanatisme religieux.



CONCLUSION

On peut désormais affirmer que le continent africain occupe une place grandissante dans la littérature policière. Avec une augmentation du nombre de collections chez les éditeurs et des auteurs talentueux, l’Afrique donne un souffle nouveau au polar en lui apportant une part de son identité.


Julie, L-P Librairie.


 
A noter également : Mali : Moussa Konaté





Repost 0
22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 07:00
Mrozek-Le--Petit-Mrozek-illustre.gif







Slawomir MROZEK
Le Petit Mrozek illustré

Traduction :
Erhard Grazyna, Jean-Yves Erhel, André Kozimor
illustrations de Chaval 
Editions Noir sur Blanc, 2005















Récit de voyage ou satire sociale ?

Portrait-Mrozek.jpg
Slawomir Mrozek est né en 1930 à Bozecin. Il a trois ans lorsqu’il déménage avec sa famille vers la « grande ville », Cracovie. Issu d’un petit village et très attaché à ses racines, il garde un lien affectif avec le peuple et la petite bourgeoisie. Après son baccalauréat, il s’investit au Parti. En pleine révolte contre ses origines et le manque de culture, il trouve un écho dans les idées qui y sont développées : « La proposition communiste, totalitaire mais déguisée en révolutionnaire, venait très à propos dans ma vie. » Par la suite il trouve une place dans le Journal polonais puis devient chroniqueur et dessinateur dans une revue. Il découvre par le journalisme son goût pour l’écriture.

En 1953, la mort de Staline provoque un réveil, une certaine libéralisation. Un fort besoin de changement se fait ressentir. La littérature polonaise, libre de toute censure, allait pouvoir renaître après un trou noir de quinze ans. Slawomir Mrozek démissionne du journal.

Cependant l’appareil de répression se rétablit, l’exil s’impose alors à Mrozek. En 1963, il part pour l’Italie.  Puis de nombreux démêlés avec la Pologne le forcent à dire au revoir, une nouvelle fois, à son pays natal. Déchu de sa nationalité, il prend le chemin de Paris où il obtient le statut de réfugié politique. Il deviendra citoyen français en 1973.  Si en Italie il se sentait « en garde à vue », la France lui procure un sentiment de liberté. En décembre 1989, il rejoint le Mexique.  Lorsque qu’en 1996, un climat violent s’y fait ressentir, Mrozek décide de rentrer en Pologne après trente-trois ans d’éloignement. Le-Mrozek-de-poche.jpg

Il y reprend sa vie sans difficulté et est très bien reçu par la société polonaise. Toutefois ,après une si longue absence, et surtout une si longue période vécue à l’étranger, Mrozek doit se réadapter à un certain mode de vie, reprendre des habitudes qu’il avait vite perdues : « J’ai été formé par la Pologne, puis ailleurs. Je me suis senti à contre-courant, avec des moyens et une ambiance qui ne sont pas les miens. Je me sens comme parachuté, tombé du ciel. » Sept ans plus tard, il commence à cohabiter avec celui qu’il était il y a trente-trois ans et analyse cela comme une « sorte de schizophrénie apprivoisée. »

Slawomir Mrozek est l’auteur de nombreux recueils de nouvelles, mais il est avant tout reconnu pour son théâtre dit de l’absurde, à l’image de Beckett ou Ionesco. Hors du bloc soviétique, l’absurde c’était la vie, a contrario en Pologne « ce qui était absurde c’était la situation dans laquelle nous étions enfermés. »

Mrozek connaît une autre passion, celle du dessin. Il l’assimile au théâtre puisqu’il « s ‘agit de concevoir une situation dramatique et une dynamique qui crée des conséquences. »

Que ce soit dans l’écriture ou le dessin, Slawomir Mrozek manie avec une extrême justesse le grotesque, la dérision, l’humour noir et la satire sociale.


Le petit Mrozek illustré

Le recueil de nouvelles que nous livre ici Slawomir Mrozek est un savant mélange entre l’essai satirique et le récit de voyage.

Ecrivain de l’exil, il nous fait part de ses expériences et de ses rencontres. Il observe et relate le mode de vie des habitants de chacun des pays qu’il a été amené à traverser. Sans cesse en opposition, refusant ce que le commun conçoit, Mrozek met tout en doute et révèle le détail qui fait mouche. Ainsi, sous couvert d’une situation banale, il pointe les habitudes, les petites manies de chacun jusqu’à dévoiler le pouvoir qu’elles exercent sur nous-mêmes. Toutes sortes de sentiments traversent alors le lecteur. Il oscille entre l’incompréhension, l’étonnement et le rire. Il  ne peut que sourire à la lecture d’une expérience qui lui est familière.

Car, chez Mrozek, c’est ici que tout réside. Ses nouvelles sont gorgées d’humour, de cet humour noir qu’il maîtrise si bien. Il use de l’ironie pour tourner en dérision les absurdités du quotidien. Il ne s’agit plus de confronter des cultures, mais bien de mettre en avant toute leur incongruité. Il dresse une véritable satire sociale mise en lumière par les illustrations de Chaval.

Le critique littéraire Marcel Reich-Ranicki résume parfaitement l’homme et ses écrits : « C’est un humoriste, donc il ne plaisante pas. C’est un satiriste, donc il ne raille le monde que pour l’amender. C’est un homme de l’absurde, donc, s’il montre des aberrations, c’est pour faire réagir la raison. »


Lucile, L.P.

Repost 0
21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 07:00
Gueraud-La-brigade-de-l-oeil.gif








Guillaume GUÉRAUD
La Brigade de l’œil

Editions du Rouergue.
collection doAdo noir, 2007
Folio SF 2009.
















   
Un monde sans image. Ni photo, ni dessin, ni peinture… une dictature de fer menée par une impératrice trop intransigeante. Une sanction des plus horribles pour les récalcitrants : la vue perdue à jamais. Pourtant un jeune garçon, attiré depuis toujours par ce monde interdit, va essayer de changer les choses. Pour plusieurs comme lui, les images doivent réapparaître au grand jour. À travers un monde de restrictions et de sous-entendus, l’auteur nous entraîne dans une mafia d’images avec le point de vue d’un adolescent, Kao.
  

GUERAUD-LA-BRIGADE-DE-L-OEIL-2.gifL’auteur alterne cela avec la vie d’un membre de cette police spéciale, « la brigade de l’œil ». L’inspecteur Falk combat donc les images même s’il a grandi avec elles. Les raisons de son combat restent obscures malgré sa violence et sa détermination. Cependant rien n’est jamais définitif…


Ce livre destiné aux adolescents, est écrit dans un style bien particulier, allant jusqu’au vulgaire. Rien n’est proscrit : la violence décrite ne pourrait l’être plus, les sentiments ne manquent pas de franchise et certaines scènes peuvent être choquantes. Tout cela fait que ce roman est aussi très abordable (sans ennui) par les plus âgés, même s’il y a un air de déjà vu : l’influence du 1984 de George Orwell se fait très largement sentir. Heureusement, rien de tout cela n’enlève son charme au parcours du jeune garçon.




Léa, 2e année Bib.-Méd.




Guillaume GUÉRAUD sur LITTEXPRESS



gueraud-gibier.jpg



Échange d'impressions autour de Je mourrai pas gibier.
Repost 0
Published by Léa - dans dystopies
commenter cet article
20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 07:00
La première fois que je suis entrée dans les bureaux des éditions P.O.L., c’était pour clore mon diplôme par un stage dans l’édition. Paul était absent ce matin-là de mai. On m’a installée à un bureau, au milieu des livres aux couvertures blanches et à la typographie bleue nuit. Mon premier travail a été de trier et classer deux gros dossiers : l’un concernant des articles sur les éditions P.O.L., l’autre sur Paul Otchakovsky-Laurens.
 
Et je m’y suis plongée. La matinée s’est déroulée, je lisais des articles, certains anciens, d’autres récents. J’ai alors découvert sa carrière. On a tous commencé stagiaires ; lui chez Christian Bourgois, avant d’intégrer de grandes maisons d’édition, de devenir directeur de collection, puis de quitter ces grands groupes pour monter SA maison en 1983, avec l’aide de Flammarion. Aujourd’hui, les éditions P.O.L. sont toujours là, avec une belle année 2009, et de beaux jours en perspective.

Pour apercevoir une miette de ce que j’ai lu, nous (Louise et moi) vous conseillons d’aller voir ICI
, même si l’article est un peu vieux ; mais intéressant, et en accès libre sur internet…

C’est par un après-midi de novembre que nous nous rejoignons, Inès et moi, au Quartier latin. Il fait déjà nuit  ; la fontaine Saint-Michel bat son plein, agressée par les flashes incessants des touristes du monde entier. Nous sommes en avance. Avec les éternels problèmes du métro parisien on a préféré prévoir large… La boule au ventre, les yeux scintillants, le sourire crispé, c’est avec un grand trac que nous nous dirigeons rue Saint-André-des-Arts à la rencontre d’un grand Monsieur de l’édition. Il a tout de suite accepté de nous recevoir, répondant promptement et très poliment au mail d’Inès. Relecture rapide des questions préparées, un dernier regard appuyé entre nous pour se donner du courage et on sonne au numéro 33 de la rue. Une plaque indique qu’à cette adresse se côtoient les éditions Joëlle Losfeld, Verticales, Alternatives et P.O.L. Il fait déjà sombre dans la petite cour pavée que nous traversons. On patiente un peu devant une relectrice, et le voilà qui arrive, grand, élancé, yeux clairs : Excusez-moi j’étais au téléphone, suivez-moi, mon bureau est ici… Intimidées, ne pouvant plus reculer, nous suivons alors Monsieur Paul Otchakovsky-Laurens dans les couloirs des éditions P.O.L.



logo-pol.jpg


Louise : On va vous poser des questions sur les métiers du livre, évidemment, et, notamment, en rapport avec les polémiques actuelles, donc nous allons parler de votre présidence à la Scelf, du livre numérique, des prix littéraires et du Salon du livre 2010.

P.O.L : D’accord.


Inès : Donc voilà, on va introduire l’entretien par une question plus générale : vous avez votre maison d’édition depuis 1983, vous avez commencé comme stagiaire chez Bourgois, donc en résumé cela fait longtemps que vous êtes dans le milieu du livre, donc la question serait : qu’est-ce que vous avez pu voir changer, entre hier et aujourd’hui.

P.O.L : Alors écoutez, oui, ça fait donc 40 ans que je travaille cette année dans ce milieu-là, alors pour moi ce qui a changé principalement c’est un gain extraordinaire de productivité, c’est-à-dire que l’introduction de l’informatique, c’est pareil dans tous les milieux évidemment, mais dans l’édition ça s’est traduit par un maintien par exemple du prix du livre et du coût du livre, même une baisse relative du coût du livre par rapport à ce que c’était il y a 40 ans, c’est-à-dire que aujourd’hui on fait un livre de manière plus économique qu’on le faisait il y a 40 ans, ça c’est la chose la plus frappante à mes yeux. Sinon pour le reste il y a eu évidemment des mouvements de concentration extraordinaires, il y a eu un certain nombre de maisons qui sont passées du statut de maison familiale ou maison indépendante à celui de filiale de groupe plus important. Ça c’est une évolution très notable aussi. Pour le reste, les fondamentaux du métier sont restés les mêmes ; c’est le choix de livres, c’est un certain nombre de risques que prennent les éditeurs pour imposer des politiques éditoriales qui sont plus ou moins bien acceptées par le public, voilà.


Inès : On parle beaucoup en ce moment du livre numérique.

P.O.L :
Oui je n’ai pas cité le livre numérique parce qu’on n'en est encore qu’aux balbutiements, ce n'est pas encore un bouleversement, pas pour l’instant.



Inès : Oui mais vous commencez peut-être à numériser vos ouvrages…

P.O.L :
Oui, oui, on est en train de numériser, ça nous est plus facile que Gallimard par exemple, mais on est en train de numériser la totalité du fonds.


Inès : Et vous procédez comment ?
 
P.O.L
: C’est une entreprise, c’est un sous-traitant.


Inès : L’entreprise est venue vous chercher, e-pagine je crois, ou c’est vous qui avez fait la démarche ?

P.O.L :
C’est-à-dire qu’on a été démarchés, mais comme la maison fait partie du groupe Gallimard, on a pris les mêmes fournisseurs que Gallimard tout simplement.


Louise : C’était un choix ?

P.O.L :
C’était un choix … disons que bof, je pense qu’on serait allés naturellement de toute façon vers e-pagine, mais il se trouve que comme c’était le choix de Gallimard, on a trouvé plus rationnel de suivre le même…, parce que ça nous permet des tarifs ensemble, etc., c’est une économie d’échelle importante.


Inès : Justement pour vous, qu’est-ce que le livre numérique peut apporter en plus de la version papier ? Vous n’avez pas peur d’une perte de lectorat ou …

P.O.L :
Non écoutez, pour l’instant je ne suis pas devin alors je ne sais pas ce qu’il va apporter ou ce qu’il va retirer, ce que je constate, ce que j’imagine plutôt que constater, c’est que c’est un nouveau canal qui a ses qualités et ses défauts ; ses qualités, c’est par exemple l’achat d’impulsion, d’ici quelque temps quand quelqu’un entendra parler d’un livre à la télévision (son téléphone sonne) attendez excusez moi…
Oui donc quand on verra un film à la télévision ou quand on lira un article dans le journal on pourra tout de suite cliquer sur son e-book ou sur son téléphone, sur son ordinateur et recevoir le fichier et donc, il y a quelque chose d’assez intéressant de ce point de vue-là. Le revers de la médaille, c’est que ça risque de mettre à mal le réseau des librairies qui est quand même indispensable ; donc il faut absolument qu’on arrive à associer les libraires à cette évolution ; parce que le réseau des librairies est indispensable,  parce que l’objet livre est un objet qui a ses propres qualités qui ne sont pas celles du livre numérique ; d’une part, ça induit un type de lecture qui n’est pas le même que celui des livres numériques, notamment une lecture contextualisée alors que le livre numérique peut autoriser une lecture décontextualisée avec le fichier numérique.  Mais sinon il y a un marché nouveau qui s’ouvre, c’est évident oui, c’est important mais bon voilà, il y a un certain nombre de problèmes qui vont se poser qu’il faudra résoudre les uns après les autres. Et notamment celui du prix unique du fichier numérique, etc. Il y a toute une série de questions qui se posent, le prix unique du livre a préféré la librairie en France,  la diversité de l’offre et a maintenu le prix du livre à un niveau raisonnable ; si le livre, le fichier numérique n’est pas soumis aux mêmes contraintes on peut imaginer que ça aura des effets très néfastes sur l’évolution du prix unique.


Inès : On va rester dans les nouvelles technologies, les sites internet aujourd’hui des maisons d’édition se développent, vous avez été l’un des premiers à créer un site internet assez performant avec des interviews d’auteurs, tout ça, je crois que vous êtes en train de le refaire, alors, justement, qu’est-ce que vous pensez amener de plus ?

P.O.L :
Disons que c’est une évolution surtout pour que le site n’est pas l’air trop démodé  pour commencer,  parce qu’il commence à dater un petit peu esthétiquement et puis on y ajoute de nouvelles fonctionnalités, comme des parcours thématiques à l’intérieur de la production et du catalogue, on y introduit aussi des ateliers, on appelle ça des ateliers, où chaque auteur pourra, s’il le veut, faire part de ses travaux en cours, de ses réflexions, tenir un espèce de blog, voilà on essaye de suivre ça… Mais il y a toujours des vidéos et ,en plus, des sons maintenant ; les vidéos sont sonores évidemment mais il y a en plus des catégories sons avec des interventions radio, des choses comme ça.


Inès : Vous chercher par cela à fidéliser le lectorat, ou à amener de nouveaux lecteurs ?

P.O.L :
Écoutez, les nouveaux lecteurs, par définition, on ne les connaît pas, c’est extrêmement volatil comme notion. Mais oui, c’est pour fidéliser, c’est pour animer autour de la maison bien entendu, c’est pour créer une sorte de communauté de lecteurs autour de la maison.


Louise : On l'a vu, le secteur du livre a évolué et on doit chercher à s’adapter ; il y a aussi de plus en plus d’adaptations audiovisuelles ; donc vous, vous êtes président de la Scelf, est-ce que vous pouvez définir en quelques mots la raison d’être de cette société ?

P.O.L :
Alors donc cette société, Société Civile des Éditeurs de Langue Française, c’est une société qui est comme la SCAM (la Société Civile des Auteurs Multimédia), la SACEM (la Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique), c’est une société de perception et de répartition de certains droits générés, dans le cas de la Scelf donc par les adaptations audiovisuelles, par les représentations et adaptations théâtrales, par les lectures publiques essentiellement. La Scelf reçoit, soit directement, soit par l’intermédiaire de sociétés d’auteur déjà existantes comme celles que j’ai citées, des fonds qu’elle répartit ensuite entre ses adhérents, c’est-à-dire la totalité de l’édition française.
À charge pour les éditeurs, ensuite, de répartir ce qui leur revient, et aux auteurs. La Scelf est, si vous voulez, l’institution qui matérialise la qualité de cessionnaire des éditeurs. Les éditeurs sont cessionnaires des droits de leurs auteurs, ils ne leur appartiennent pas, ils sont juste cessionnaires, gestionnaires si vous voulez en quelque sorte, et ils perçoivent pour le compte des auteurs et pour le leur évidemment, suivant les répartitions contractuelles qui ont été décidées. Les éditeurs se sont réunis pour créer cet organisme qui intervient, ou bien auprès des producteurs indépendants ou bien auprès des chaînes de télé, ou bien auprès des sociétés d’auteurs qui ont elles-mêmes perçu, pour le compte de la Scelf.


Louise : La Scelf c’est un peu finalement prendre les devants par rapport à des propositions qu’on aurait des producteurs…

P.O.L :
Non non, la Scelf ne démarche pas les producteurs, ça c’est le travail des éditeurs, mais ensuite à partir du moment où un contrat est conclu entre un éditeur et un producteur, le contrat est domicilié à la Scelf, ça veut dire qu’il est déposé à la Scelf et la Scelf suit son application et notamment pour ce qui concerne l’argent qui éventuellement viendra de l’exploitation, du film qu’on aura tiré du livre. Ce n’est pas prendre les devants, c’est avoir une organisation qui gère les fonds générés par l’exploitation des adaptations.


Louise : Justement, comment procédez-vous lorsque que vous avez une proposition de producteur ? C’est à vous qu’on fait cette proposition, où à l’auteur directement ?

P.O.L :
Ça peut arriver que ce soit à l’auteur, mais à partir du moment où l’auteur nous a cédé la gestion des droits de l’adaptation cinématographique c’est nous qui sommes les interlocuteurs privilégiés du producteur. Alors ça se passe de différentes manières, là, bon aujourd’hui on vient d’accorder une option non pas à un producteur mais à un scénariste qui est très intéressé par un livre qu’on a publié et qui se fait fort de trouver un producteur alors voilà on lui a donné une option pendant un an. Cette personne va pouvoir parler, non pas en notre nom, mais oui en quelque sorte, en tout cas va pouvoir démarcher des producteurs en étant sûr que nous de notre côté nous ne démarcherons pas d’autres producteurs.


Louise : Et donc comment ça se passe plus précisément, vous avez des discussions avec l’auteur ? Vous lui soumettez la proposition ou c’est vous qui avez le seul pouvoir de décision ?

P.O.L :
On a le pouvoir de décision par contrat,  mais il est évident que pour conserver des bonnes relations avec l’auteur et puis simplement par respect pour l’auteur, c’est tout à fait légitime, on le tient au courant de ce qu’il se passe, on lui demande son avis, il y a aussi le respect de droit moral. Si un producteur nous propose une adaptation qui est totalement insensée par rapport à ce que contient le livre, il se peut que l’auteur ne soit pas d’accord et qu’il estime que son droit moral est bafoué, donc ; il nous appartient d’abord d’éviter ça bien sûr, mais de toute façon de demander son avis à l’auteur à chaque étape.


Louise : Le premier marché des droits audiovisuels s’est tenu au Salon du livre de Paris en 2009, apparemment ça a été un franc succès…

P.O.L :
Oui, oui ça a attiré beaucoup de monde oui, oui., c’était bien.


Louise : Vous allez réitérer l’expérience en 2010 ?

P.O.L :
Oui on recommence cette année oui tout à fait. Si possible, il faut régler ça parce que ça coûte cher parce qu’il faut travailler en amont.


Louise : Vous allez l’aborder différemment ?

P.O.L :
Non pas du tout ; enfin, on va l’aborder différemment dans la mesure où la salle sera plus grande, ce sera un peu plus confortable… On a été un petit peu dépassés par notre succès l’année dernière, donc ça va être heu… après, non c’est sur le même principe, c’est-à-dire des speed dating, enfin des rendez-vous comme ça, pendant une journée, ce sera un peu plus long, non il n’y a pas de changement fondamental, il y a préparation avec un catalogue, voilà, voilà, oui, bien sûr..


Louise : Donc les éditions P.O.L. seront présentes au Salon du livre de Paris cette année ?

P.O.L :
Oui bien sûr.


Louise : Hachette Livre a fait savoir qu’il réduirait sa présence, qu’en pensez-vous ?

P.O.L :
Je désapprouve (rire) tout simplement, je trouve que c’est un moment assez unique pour faire la promotion du livre donc je trouve que c’est … je ne trouve pas opportun de manifester de manière aussi spectaculaire son désaccord ou sa volonté de ne pas poursuivre. Hachette trouve que ça coûte très cher mais bon on peu aussi ne pas dépenser beaucoup d’argent tout en étant présent.


Louise : C’est vrai que du coup ça a amené toute une réflexion sur ce moyen de communication qui bien qu’efficace d’après les éditeurs, est tout de même coûteux… Est-ce qu’il faudrait repenser la formule ?

P.O.L :
Coûteux mais enfin, bah, écoutez, on est en train, là, enfin, au syndicat, ils sont en train de beaucoup réfléchir. Déjà cette année la formule est un peu différente puisque les invités, pour le trentième anniversaire, sont les auteurs, enfin ils le sont chaque année mais l’année prochaine on reviendra en 2011 avec les pays du nord, ce seront les pays du nord. Mais heu… non la formule je ne sais pas s’il faut la changer la formule. L’année dernière on a eu un accroissement de fréquentation ce qui est plutôt bon signe donc bon, voilà, je trouve que ça fonctionne ;  moi je suis pour le Salon du livre. Peut-être faut-il faire payer moins cher les emplacements parce que les petits éditeurs souffrent beaucoup, il y a toute une réflexion économique à mener sans doute, mais je trouve que le principe du Salon est une bonne chose…


Louise : Une réflexion économique générale même peut-être quand on pense notamment au Salon d’Angoulême également menacé, il faudrait repenser ça, les Salons sont visuellement importants pour les éditeurs mais…

P.O.L :
Mais ça coûte cher, ou,i c’est vrai, mais cela dit vous savez, ça coûte à peine plus cher qu’une publicité dans un journal de grande diffusion, en tout cas pour un éditeur comme nous.


Inès : On va reparler plus précisément des éditions P.O.L ; vous avez reçu le prix Goncourt l’année Atiq-Rahimi.gifprécédente, on voulait savoir s’il y avait eu un grand changement entre avant le Goncourt, et après, quelles évolutions ?

P.O.L :
Ecoutez le grand changement, c’est qu’on a fait un beau chiffre d’affaires cette année-là quand même, ça c’est une chose évidente heu… le changement ben vous voyez que la maison n’a pas déménagé, on reste dans le même cadre et avec le même nombre de personnes, heu... Je suis bien placé pour savoir que les années se suivent et ne se ressemblent pas et ce n’est pas parce qu’on a eu le Goncourt une année qu’on l’aura tous les ans d’une part, et qu’on aura des chiffres d’affaires comparables les années qui suivent, donc on est raisonnable. On a un petit peu augmenté la production, mais ça tient au Goncourt dans la mesure où l’on a été un peu plus au large, mais surtout parce que la production est assez limitée, entre 40 et 45 livres par an et comme il y  chaque année de nouveaux auteurs, avec des publications de plus en plus longues, on a un petit peu désengorgé la file d’attente, je dirais, des publications cette année, mais pas beaucoup. On a publié 5 livres de plus je crois à peu près, donc ce n’est pas très significatif. Heu… non l’évolution principale c’est qu’on reçoit beaucoup plus de manuscrits. On reçoit beaucoup plus de manuscrits, c’est pas forcément une production plus intéressante pour autant…parce que ce sont des gens, des écrivains, des auteurs qui ont découvert la maison par le prix Goncourt et ils ne savent pas très bien ce que l’on publie, ils sont… voilà…


Louise : Que pensez-vous des gagnants 2009, prix Renaudot et prix Goncourt ?

P.O.L :
Eh bien écoutez, j’ai pas vraiment de jugement à porter ; Marie NDiaye est un écrivain, c’est certain, heu, j’ai même publié un livre d’elle il y a quelques années. Heu, Frédéric Beigbeder, bon ben voilà, c’est un personnage public, c’est pas un écrivain pour lequel j’ai…mais c’est un personnage public, voilà c’est les prix


Louise : Justement, il y a eu une polémique déclenchée par Eric Raoult (député UMP de Seine-Saint-Denis), qui a parlé du devoir de réserve des lauréats du Goncourt…

P.O.L. :
Oui, ça c’est une totale invention, c’est ridicule, ça n’a pas de sens.


Louise : Quand on représente la littérature française, est-ce qu’on a le droit de tout dire finalement ?

P.O.L. :
Ben oui, le travail des écrivains c’est de dire ce que personne n’ose dire de toute façon. Donc, non, non c’est complètement stupide cette intervention, à mon avis.


Inès : Donc, on va conclure cet entretien, est-ce que vous avez des projets à long ou moyen terme pour les éditions P.O.L. ?

P.O.L. :
Non, mon seul projet c’est de continuer, de trouver des auteurs intéressants. J’ai pas de projet de développement, publier un peu plus de littérature étrangère, sans doute, ça c’est une évolution bon un petit peu inévitable mais sinon, non, je n’ai pas de projet de développement. Je trouve qu’on a atteint une taille au-delà de laquelle je ne suis pas sûr que l’équipe actuelle pourrait maîtriser la situation. Je n’ai pas envie d’entrer dans la spirale de la croissance, en quelque sorte, et je trouve que pour moi la limite, c’est…comment dire, c’est ma capacité de lecture, et je trouve qu’ une cinquantaine de livres, ça va, c’est bien, et je n’ai pas envie de publier des livres que je ne lirai pas.

Louise : Eh bien, merci beaucoup.

Inès : Merci

P.O.L. :
Merci à vous, c’est gentil.

Propos recueillis par Inès Adam et Louise Lefaux.


Repost 0
Published by Inès et Louise - dans Entretiens
commenter cet article
19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 07:00
Miano-Les-Aubes-ecarlates.gifMiano--L-Interieur-de-la-nuit.gif






Léonora MIANO
L’Intérieur de la nuit,
Plon, 2005
Pocket, 2006
Les aubes écarlates,
Plon, 2009
Contours du jour qui vient,
Plon, 2006Miano-Tels-des-astres-eteints.gif
Miano--Contours-du-jour-qui-vient.gif
Pocket, 2008
Tels des astres éteints
Plon, 2008


















Biographie et bibliographie

Léonora MIANO est née en 1973 à Douala au Cameroun et vit en France depuis 1991. Dès 8 ans, elle écrit ses premiers poèmes et durant l’adolescence commence à rédiger des romans, mais ce n’est que vers 30 ans qu’elle décide de se faire publier.

2005 : L’Intérieur de la nuit, Plon. Prix Louis Guilloux 2006.
2006 : Contours du jour qui vient, Plon. Prix Goncourt des lycéens 2006.
2007 : Tels des astres éteints, Plon.
2008 : Afropean Soul et autres nouvelles, Etonnants Classiques, Flammarion : cinq portraits et tranches de vie du monde afro-européen.
2009 : Soulfood équatoriale, Exquis d’écrivains, NiL Editions : fiction inspirée des douceurs de la table.
2009 : Les aubes écarlates, Plon.


Suite africaine

« Suite africaine » est le nom que donne Léonora MIANO à sa trilogie comprenant L’Intérieur de la nuit, Les Aubes écarlates et Contours du jour qui vient. Les deux premiers volets se suivent directement, le troisième, sorti en second, peut se lire à part, même si on y trouve quelques clins d’œil aux précédents.

Dans L’Intérieur de la nuit, on se trouve plongé dans le Mboasu, un pays imaginaire d’Afrique équatoriale ressemblant à tant d’autres, sous le joug d’une dictature post-coloniale et d’une rébellion menant une guerre civile.

L’action se situe dans un petit village isolé, Eku, où l’on vit toujours selon les coutumes ancestrales, même si les hommes sont partis en ville et qu’il ne reste que les femmes, les enfants et les vieillards. Depuis quelques jours, le village est encerclé par les miliciens rebelles.

Nous suivons le personnage d’Ayané, une jeune fille qui revient au pays après ses études en France pour voir sa mère mourante. Mais elle n’est pas une jeune fille comme les autres au village, sa mère est une étrangère d’une ville voisine, elles sont donc toutes deux considérées comme des sorcières. De plus, Ayané ayant suivi des études, n’est plus en phase avec les lois traditionnelles du clan.

Une nuit, les miliciens débarquent au village. Il veulent enrôler des hommes dans leur armée afin de renverser le pouvoir en place et de restaurer l’unité et l’âme du peuple africain. Afin de retrouver cette communion entre les clans, ils font sacrifier un jeune garçon et en enlèvent neuf autres.

Malgré ce drame, le lendemain matin, la vie reprend son cours, Ié, la doyenne veut que le clan continue à vivre pour le futur, pour les enfants encore présents et ceux à venir. Philosophie du déni qu’Ayané ne peut comprendre. Après le mort de sa mère, elle retourne à Sombé, la capitale économique du Mboasu, où elle retrouve Epupa, un ancienne camarade d’université, considérée comme une hystérique, prêchant nue la nécessité pur les Africains de reconnaître leurs fautes.



Les Aubes écarlates reprend l’action où on l’avait laissée à la fin de L’Intérieur de la nuit. A Sombé, Ayané recueille Epa, un des jeunes garçons enlevés par les miliciens et dont le petit frère a été sacrifié, qui lui raconte son histoire.

Lors de cette nuit du sacrifice, Epa partageait les idées des rebelles et leur a même servi d’interprète. Après son enlèvement, il est, avec les autres, embrigadé en tant qu’enfant-soldat, effectuant des rapts, massacrant et violant des villageois comme ceux d’Eku. Il a des visions de son frère et d’autres hommes enchaînés dont il ne peut voir le visage, qui lui demandent de sauver les autres enfant du village, qui n’ont pas réussi à s’enfuir avec lui.

La rébellion se révèle en fait n’être qu’une vaste fumisterie idéologique ; ses meneurs, ne voulant que récupérer le pouvoir et le garder entre leurs mains, se lancent dans des luttes intestines et finissent par accepter les accords de paix qui n'ont pour eux qu'un intérêt économique.

On retrouve également le personnage d’Epupa, dont la grossesse apporte aussi des visions de femmes enchaînées réclamant souvenir et paix.

Ces visions sont en fait celles des esclaves de la traite négrière qui n’ont pu accoster de l’autre côté de l’Atlantique et ont péri en mer. Oubliés par les leurs et sans sépultures où reposer en paix, leurs âmes hantent l’Afrique.

La Traite est ici considérée comme la tragédie primordiale du Continent, dans laquelle les Africains sont certes les victimes mais également les bourreaux. Le sous-titre de l’ouvrage, Sankofa cry, illustre bien cette idée. « Sankofa est le nom d’un oiseau mythique, il vole vers l’avant, le regard tourné en arrière, un œuf coincé dans son bec. L’œuf symbolise la postérité. Le fait que l’oiseau avance en regardant derrière lui signifie que les ressorts de l’avenir sont dans le passé. Il ne s’agit pas de séjourner dans l’ancien temps, mais d’en retirer des enseignements. » (p. 225).



Contours du jour qui vient se passe dans la ville de Sombé où l’on retrouve Musango, une enfant chassée de chez elle par sa mère qui la prend pour une sorcière. Nous l’avions déjà croisée rapidement dans Les Aubes écarlates où elle faisait partie d’un groupe d’enfants abandonnés recueilli par Ayané.

Après diverses péripéties, Musango se retrouve seule et se fait enlever par un pseudo-groupe religieux servant de couverture à un réseau de prostitution.

Après s’être enfuie, elle décide de retrouver sa mère et pour cela écume divers groupes religieux plus ou moins corrompus qui prospèrent dans la ville.

Tout l’ouvrage est construit comme un monologue de Musango adressé à sa mère. Elle veut la comprendre, lui pardonner et reconstruire leur relation. Il s’agit d’une véritable quête de soi, une envie d’aller de l’avant sans pour autant faire table rase du passé mais en l’acceptant.


Cette « Suite africaine » peut se résumer en 3 étapes.

Tout d’abord le cri de l’enfant sacrifié dans L’Intérieur de la nuit ainsi que celui d’Ayané qui refuse de subir les démons de l’Afrique. «  Après l’avoir dépouillé de ses vêtements, , on étendit à terre le jeune Eyia. Il avait cessé de se débattre. Ibanga tendit à Esa le couteau qui lui avait servi quelques instants plus tôt à mettre Eyoum à mort, et dont la lame étaient encore maculée de son sang noir. Les deux autres lui maintenaient les membres au sol. Esa voulut lui couvrir la bouche de sa main pour l’empêcher de crier, pendant qu’ils lui perforeraient la poitrine. Isango s’approcha et lui fit signe d’ôter sa main, et de prélever en premier lieu les organes génitaux de l’enfant. D’une main mal assurée, les yeux baignés de larmes, il s’exécuta. Il dut s’y reprendre à plusieurs reprises, pour découper l’ensemble. Le petit poussa un cri aigu, qui devait s’imprimer à jamais dans la mémoire de chacun. Le hurlement envahit la nuit, grimpa par delà les collines, sembla atteindre la cime des arbres, et chaque villageois le reçut en plein cœur. De là ou elle se trouvait, Ayané sentit son sang se glacer. » (p. 121).

Les aubes écarlates suit le quotidien d’enfants-soldats soumis à un rébellion en perte totale de sens. Par l’intermédiaire des visions des esclaves enchaînés, on y voit la nécessité pour le peuple africain d’accepter ses fautes, sa responsabilité dans sa situation actuelle.

Pour clore cette trilogie, Contours du jour qui vient, en suivant l’essor des églises évangélistes, montre la volonté de certains Africains de trouver le salut par des moyens surnaturels, tandis que d’autres en profitent pour les escroquer voire en faire de nouveaux esclaves. Pourtant, grâce à Musango et à sa volonté de pardonner, on comprend que la salut ne passe que par soi-même, qu’on ne peut aller de l’avant qu’en se reconstruisant de l’intérieur. « Notre peuple n’a pas soudain enfanté une génération de petits êtres malfaisants, et bien des démons n’existent qu’au fond de nous. C’est ce que nous croyons qui finit par prendre corps, et par nous dévorer. Je crois profondément, mère. Non pas aux joies factices qui tapent des pieds et des mains sous les voûtes des temples ou sous l’éclairage phosphorescent des boîtes de nuit, où selon sa sensibilité, on cherche le même délire. Je crois à l’authentique plaisir de vivre l’alternance de la mélancolie et de la joie, et je crois que la misère est une circonstance, non pas une sentence. » (p. 145).

Tels des astres éteints


Contrairement aux précédents, l’action de cet ouvrage se situe à Paris, où l’on suit le quotidien et les interrogations de trois personnages.

Amok est le fils d’une riche famille africaine qui a « collaboré » avec le colonisateur. Il rejette son identité car il se considère comme un « traître à son peuple ».

Shrapnel vient d’une famille pauvre et son rêve est de concilier les cultures des peuples africains encore en Afrique, celles de la diaspora africaine, et la culture européenne, en construisant un centre culturel.

Amandla est antillaise et veut retrouver sa culture africaine.

Tous ces personnages se retrouvent dans le milieu indépendantiste kémite (africain) dont la volonté est de couper toute relation avec l’Europe, considérée comme la nouvelle Babylone, et de revenir aux origines de la culture africaine : les pharaons noirs. Dans ce milieu, l’Afrique est considérée comme martyre de la colonisation européenne. Les trois protagonistes finissent par se détacher de cette idéologie en prônant des notions de rassemblement, de pardon et de métissage.

L’ouvrage fait énormément référence à la culture afro-américaine notamment à Martin Luther King, Malcom X, ainsi qu’à la musique (jazz, soul, funk…).


On y voit l’Afrique par les yeux des Afro-Européens et on est plongé dans leur difficulté à trouver une place dans la société puisqu’ils ne sont plus africains mais pas européens non plus.


La construction musicale des romans

« La musique m’influence beaucoup lorsqu’il s’agit de créer la structure de mes livres. La théorie littéraire est rapidement mise de côté et je compose toujours un roman comme si c’était une pièce musicale », dit Léonora Miano.

Ainsi, dans Tels des astres éteints, de nombreuses références sont faites aux grands classiques de la musique afro-américaine et les titres des chapitres font en fait référence à des œuvres musicales.

Les différentes parties de Contours du jour qui vient sont les mêmes que dans un morceau de musique : prélude, premier mouvement, interlude, second mouvement et coda.

L’Intérieur de la nuit et Les Aubes écarlates reprennent la composition des pièces de jazz.



Opinion personnelle

Les romans de Léonora MIANO sont extrêmement prenants et intenses,le style est très poétique ave des pointes de mysticisme et d’onirisme. On y a une vision de l’Afrique sans concession de l’Afrique et des africains, mais malgré cette noirceur, on aperçoit toujours une lueur d’espoir.

Anne-Claire, L.P. Bibliothèques


Sources

http://www.leonoramiano.com/ site officiel de l’auteur.

http://www.plon.fr/accueil.php
site de l’éditeur.






Léonora MIANO sur LITTEXPRESS

Miano Les Aubes écarlates


Article de Sophie sur Les Aubes écarlates






MIANO001.jpg



Entretien réalisé en 2008 par Béatrice.

Repost 0
Published by Anne-Claire - dans Littératures africaines
commenter cet article
18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 19:00
REGARD INTIME, REGARDS CROISÉS



IONESCO001





avec
IONESCO002.jpg
Marie-France Ionesco

fille de l’écrivain


 


Michel Suffran

écrivain bordelais



image003.jpg
 


Vendredi 19 mars 18 h



                                                                                                                                     Bibliothèque Mériadeckimage004.jpg

Grand auditorium

85, cours du Maréchal Juin

05 56 10 30 00

www.bordeaux.fr

 

 

 


Entrée libre et gratuite

 

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article

Recherche

Archives