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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 22:39





Paul AUSTER

La nuit de l'oracle, 2003
Traduit de l'américain par Christine Le Bœuf
Actes Sud, Babel, 2004


 
















Résumé de l'œuvre


 

C'est l'histoire de Sidney Orr, écrivain new-yorkais de 34 ans. Il sort tout juste d'un long séjour à l'hôpital.

Le récit commence donc trois mois après sa sortie, le 18 septembre 1982. Il est marié et vit avec sa femme Grace à Brooklyn, précisément. Il décide de se remettre à écrire afin de pouvoir éponger leurs dettes. Il se rend donc à la papeterie Paper Palace, tenue par un Chinois nommé Chang. Il y achète un carnet bleu « portugais ».

Suite à une conversation avec John Trause, ami d’enfance de Grace et aujourd’hui ami du couple, Sidney s'inspire de l’histoire de Flitcraft. Ce personnage, tiré du roman Le Faucon Maltais de Dashiell Hammett, alors qu’il échappe de peu à une mort certaine, décide de tout quitter et de tout recommencer dans une autre ville sans avertir personne.

Sidney prend donc pour personnage principal Nick Bowen, éditeur qui vit et travaille à New-York, tout comme Sidney. Il reçoit un manuscrit de Sylvia Maxwell, des mains de Rosa Leightman, sa petite-fille. Le titre du manuscrit de l’auteur reconnue et décédée n’est autre que « La nuit de l’oracle ». Le jeune homme se retrouve très vite attiré par la jeune femme malgré le fait qu'il soit marié.

Un jour, alors qu’il se promène dans la rue, une gargouille manque de peu l’écraser. Il échappe alors à la mort et décide, sur un coup de tête, de quitter New-York et de partir pour Kansas City sans rien dire à personne.

Là-bas, il fait la connaissance d’Ed Victory, chauffeur de taxi, qui l’embauche comme gérant de collection d’annuaires téléphoniques dans un abri anti-atomique. Cependant, le jour où il transporte Ed à l’hôpital et où ce dernier meurt, Nick se retrouve accidentellement enfermé dans le bunker et ainsi pris au piège du carnet bleu.

A partir de ce moment, Sidney ne trouve plus d’inspiration. Grace, sa femme, lui apprend qu’elle est enceinte mais n’envisage pas de garder l’enfant. C’est une décision que Sidney ne comprend pas. Lorsqu’il apprend la nouvelle à John, celui-ci semble vouloir qu’elle avorte. Il lui demande alors de rendre visite à son fils Jacob, violent et drogué, et qui, quand il était plus jeune, détestait Grace. Suite à cette rencontre, il décide d’écrire la « supposée » relation qu’auraient pu entretenir Grace et John avant qu’il ne les rencontre mais aussi pendant qu’il était malade. Mais cette relation n’est peut-être pas si imaginaire que cela …

Il jette alors le carnet pensant avoir écrit des horreurs. Cependant, en effectuant ce geste, il décide d’affronter la réalité de l’avenir. La fin du roman permet de garder espoir mais elle est aussi tragique.

Thématiques de l’œuvre

Il s’agit d’un texte écrit à la première personne du singulier : Je, c’est donc Sidney Orr, personnage principal de l’œuvre d’Auster, qui écrit cette histoire.

Paul Auster, comme dans tous ses livres, joue avec lun certain nombre de thèmes récurrents : notamment le hasard et la coïncidence avec le personnage de Flitcraft.

Dans ce livre, il nous mène vers la réflexion sur les mots et se demande si ce qu’il écrit ne va pas influencer le futur. Il aborde aussi les thèmes de l’écriture et de l’inspiration notamment avec le carnet bleu «  portugais » qui l’absorbe totalement. C’est à croire qu’il serait « magique ».

Il joue aussi avec la frontière réalité-imaginaire. En effet, il ajoute à son récit fictif, des éléments plutôt réels. Par exemple, Sidney Orr donne à son personnage de Rosa Leightman les mêmes traits physiques que sa femme Grace, la maison de Nick Bowen est la copie conforme de l’appartement de son ami John, Trause est l’anagramme d’Auster et le manuscrit s’appelle lui aussi « La nuit de l’oracle ».


Mon avis

Il s’agit d’une œuvre complexe. En effet, beaucoup d’histoires s’entremêlent (récit dans le récit) mais l’histoire est toujours accessible car Paul Auster utilise un vocabulaire plutôt simple et il essaie de ne pas tout mélanger en même temps.

Ce livre est très touchant, et je vous conseille de le lire.

 
Audrey M., 1ère année Ed.-Lib.

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:01



















Paul AUSTER,
Moon Palace
,
Actes Sud, 1993
















Biographie




On ne présente plus Paul Auster, ce célèbre romancier américain qui a offert au XXe siècle quelques-uns de ses plus grands romans : La Cité de verre
(1987), Revenants (1988), La Chambre dérobée (1988) qui forment la Trilogie new-yorkaise, mais aussi Léviathan (1993), La Nuit de l'oracle (2004) ou Brooklyn Follies (2005) et bien d'autres... En France, il est publié aux éditions Actes Sud. L'auteur vit aujourd'hui à Brooklyn et vient de publier son dernier roman : Seul dans le noir.
 






Citation

"Le soleil est le passé, la terre est le présent et la lune est le futur."
 
 
Moon Palace, c’est le récit d’une vie, d’une quête initiatique, d’un destin, celui de Marco Stanley Fogg, étudiant new-yorkais, qui se retrouve seul à la mort de son oncle. Passionné de livres, celui-ci lui en lèguera quelques milliers. Autant de livres que notre protagoniste lira un par un, jusqu’au dernier… [Clin d'oeil de la part de Paul Auster à son propre oncle, traducteur et féru de livres qui lui transmit également son goût pour la littérature ?] S’ensuit alors une longue période d’errance ; ruiné et perdu dans l’immensité de la ville, M.S. Fogg trouvera refuge à Central Park, où il frôlera la mort.  Mais des amis le retrouveront et l’aideront à sortir de cet enfer… Par instinct de survie, il luttera pour sa dignité ainsi que pour affronter son passé, son présent, et un futur qui lui réserve bien des surprises et des rencontres…

Destinée ? Hasard ?

Le hasard se serait-il mêlé de son étrange rencontre avec un vieillard revêche et capricieux dont il devient l’assistant ? Comment expliquer que leurs destins et leurs vies se rejoignent ? Quant à la lune, the « Moon », quel rôle joue-t-elle ? Fil rouge de l’histoire, elle est omniprésente de la première à la dernière page: dans l’évocation des premiers pas sur l’astre, dans le nom du groupe de clarinettistes de Chicago, les Howie Dunn’s Moonlight Moods, devenus plus tard les Moon Men, mais surtout, elle clignote depuis l’enseigne d’un restaurant dans Broadway : le Moon Palace.

La ville, piège ou berceau ?

New-York, ville de peur et de cauchemar lors de la période "Central Park", apparaît aussi comme un objet de fantasme dans l'esprit du protagoniste. Il la perçoit comme un territoire ambivalent, à la fois attirant et effrayant. On retrouve encore la thématique de la lune, car Fogg compare la ville à un paysage lunaire, dépourvu d'humanité.

Identité : origines du nom de Fogg

Attardons-nous sur le nom du personnage principal: Marco Stanley Fogg... Chaque partie de son nom fait appel à la thématique du voyage, de l'aventure : Marco pour Marco Polo, Stanley pour Henry Morton Stanley, célèbre explorateur, et enfin Fogg, en référence à Phileas Fogg, le héros du roman Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne.
 
Ce roman de Paul Auster montre une nouvelle fois le goût immodéré de l’écrivain pour les récits de quête initiatique: il fait du jeune Fogg un chevalier des temps modernes, un Perceval orphelin perdu dans la jungle urbaine de New-York… Les thèmes favoris de l’auteur sont rassemblés dans ce roman : l’errance, la famille, la quête initiatique, mais également la question de la création littéraire.

Parce qu'on a tous un oncle passionné de littérature, ou par solidarité, on s'identifie à ce fragile personnage et on lutte à ses côtés... Un très bon roman, une leçon intelligente sur le sens de la vie, une belle découverte.


Valérie Ximenez, 1ère année Ed.-Lib.

Deux autres articles sur Moon Palace : ceux de Joséphine et de Laura.

Voir également :




Trilogie new-yorkaise
, articles de Marine et de Fiona,







M
r Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,










Smoke
, article de Louise,






La Nuit de l'Oracle
, article de Caroline.




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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 19:08







J
ørn RIEL

La vierge froide et autres racontars

traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet
10-18, Domaine étranger
1993














Biographie


Jørn Riel est né au Danemark en 1931. En 1950, il part avec l’expédition du Docteur Lauge Koch dans le Nord-est du Groenland où il restera 16 ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d’ouvrages très populaires en Scandinavie.


Le versant arctique des écrits de Jørn Riel est constitué de la série des «racontars arctiques» ("racontars" du danois skröner que l'on peut également traduire par "boniments"). La Passion secrète de Fjordur et autres racontars vient clore la trilogie finale puisqu'il est précédé par La Vierge froide et autres racontars (1993) et Un Safari arctique et autres racontars (1994).


Les épisodes de la saga groenlandaise peuvent donc se lire séparément ; néanmoins, elle constitue un univers cohérent dans lequel on retrouve les personnages d'un recueil à l'autre. Certaines allusions contenues dans ce troisième tome ne se goûtent pleinement qu'au souvenir des récits précédents.

Jørn Riel vit aujourd’hui en Malaisie, histoire de décongeler, dit-il. «J’aime la nature, quand il y en a assez, les étendues de glace de l’Arctique et la jungle tropicale».



La Vierge froide et autres racontars


Ce recueil regroupe dix racontars arctiques. C'est une suite de fictions brèves qui a toujours pour «héros» les derniers trappeurs du nord-est du Groenland, bourrus bienveillants, aimant se retrouver pour parler autour de tord-boyaux qui les aident à affronter la nuit polaire, les tempêtes, la solitude et surtout le manque de présence féminine sur la banquise ! Ils sont les derniers hommes libres de ce siècle, hors d'atteinte de la folie de "ceux d'en bas", ainsi qu'ils désignent l'humanité qui vit en dessous du 73ème degré de latitude Nord.


Ces chasseurs, installés par groupes de deux, vivent isolés et ne se croisent que rarement durant la longue nuit hivernale. Le seul moment qui rompt cette solitude vient avec l'été, la fonte des glaces et l'arrivée du capitaine Olsen sur son bateau La Vesle Mari. Une fois par an, ce navire ravitaille les hommes et récupère les peaux des animaux tués au cours de l'hiver.


Emma...ou les ravages de la parole

Le style de Jørn Riel est simple. C'est une écriture sans fioritures associée à une langue très orale qui transporte dans une ambiance et donne un certain réalisme. Il faut ajouter à cela une bonne dose d'humour. Riel est un vrai conteur !


La parole a une réelle importance au sein de ces aventures qui nous livrent « un monde où la littérature ne se lit pas mais se dit, où l’épopée se confond avec le quotidien, où la parole a encore le pouvoir d’abolir le présent et de faire naître des légendes ».(Michèle Gazier, Télérama)


Ainsi, tous les personnages s'amourachent d'une créature imaginaire prénommée Emma, dont l'existence, uniquement verbale, passe de couchette en couchette et fait même l'objet de marchandages acharnés. L'un des prétendants, transis, propose même en échange de cette maîtresse chimérique son tatouage sur le dos...

L'idée que la vérité naît à mesure qu'elle s'énonce, tout enjolivée par l'imagination, est omniprésente dans ces contes à la frontière du vraisemblable.


Une saga nordique haute en couleur

Ce sont des récits picaresques, truculents, parfois dramatiques. On découvre une vie difficile, rythmée par la chasse, les soirées bien arrosées, la solitude, dans un décor de neige et de froid. Mais une sorte de joie de vivre se diffuse à travers l'oeuvre entière de Jørn Riel.


D'un recueil à l'autre, les personnages nous deviennent familiers. Riel nous balade sur la banquise et nous fait croiser la route d'une multitude de personnages tous plus étonnants les uns que les autres. Après nous être acclimatés aux noms étranges, nous faisons peu à peu connaissance avec Valfred, Anton, Herbert, William le Noir, Lodvig ou Magnus von Veile (dit le Comte), Mads Madsen ou encore  Lasselille...Cette série de portraits met en scène des hommes qui n'ont que les histoires comme échappatoire pour ne pas sombrer dans la folie et s'entre-tuer. Ils forment une communauté où le moindre événement a de l'importance. C'est dans ce monde clos que les anecdotes naissent...


Délire et chute glacés

Cette succession de petites histoires croustillantes révèle les passions secrètes, d'incroyables vantardises et des aventures extravagantes. L'imagination fertile vire parfois au délire collectif... Le point commun à tous ces récits est leur originalité et la chute inattendue.

On peut dégager une sorte de gradation dans l’intensité narrative des nouvelles et même au sein du recueil. L’auteur accentue les éléments de ses histoires jusqu’à l'apogée finale… et inattendue. La nouvelle du cochon "Le Roi Oscar" marque le paroxysme du recueil. Mais je vous laisse découvrir par vous-même...!

«Un dernier phénomène à signaler : tout fait ou tout être plongé dans l'encre de Jørn Riel suscite une forte poussée de rire, même dans des cas a priori défavorables..». (Le Matricule des anges)


Camille Le Jeune, AS Bibliothèque

Lire également l'article de Marine sur Un gros bobard et autres racontars.
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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 18:07






René BARJAVEL,
Ravage
,

Editions Denoël, Paris, 1943
























Pour connaître en détail la vie de René Barjavel, voici un lien vers sa biographie sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Barjavel

Barjavel aurait appartenu pendant quelques années aux groupes Gurdjieff. Aujourd’hui, on dénonce ces groupes apparentés à des sectes, présents un peu partout dans le monde, qui font subir à leurs élèves embrigadés des sévices physiques et psychologiques. Pour en savoir plus, suivez ce lien : http://www.unadfi.com/IMG/pdf/Le_Systeme_Gurdjieff_3eme_partie.pdf

Quoi qu’il en soit, son appartenance à ces groupes expliquerait en partie pourquoi il a choisi d’écrire un roman sur la société moderne :
 
« (…) Deux ans avant la guerre, j'avais fait partie des groupes Gurdjieff. Cela avait orienté ma pensée vers une critique fondamentale de notre société moderne. Quand je suis rentré de la guerre, j'ai continué mon activité avec ces groupes. Je me suis aperçu, à un moment donné, à quel point cette société si développée, si puissante, capable de faire des guerres formidables, était vulnérable. Pourquoi ? Parce qu'elle dépend entièrement de l'énergie. J'ai donc écrit une histoire, au début de l'Occupation, dans laquelle une civilisation connaît soudain une privation totale de ses sources d'énergie. »

Ravage ; Paris, 2ème moitié du XXIème siècle.

Blanche Rouget, une jolie jeune femme élevée à la campagne, décide de venir à Paris pour intégrer l’Ecole nationale féminine qui forme les mères de famille d’élite. Pour s’amuser un peu, elle participe au concours organisé par le plus grand canal d’information national, Radio 300. Immédiatement charmé par la grâce et les formes harmonieuses de Blanche, le patron de Radio 300 décide de faire d’elle la danseuse vedette de sa chaîne. Même s’il ne lui plaît pas, Blanche est fermement décidée à user de son pouvoir de séduction pour accéder à la haute bourgeoisie parisienne. Son ami d’enfance, François, vaguement macho et jaloux, vient la rejoindre à Paris pour la forcer à quitter ce monde frivole dans lequel elle est en train de basculer. Les choses en sont là quand une panne d’électricité immobilise la ville.

Dans cette société imaginée par Barjavel, l’homme a progressivement remplacé chacun de ses gestes par une machine alimentée à l’électricité. En matière de culture par exemple, on a abandonné les champs, trop sensibles aux divers fléaux naturels (maladies, insectes, gel, grêle…). « Légumes, céréales, fleurs, tout cela pousse [désormais] à l’usine, dans des bacs ».

Cette panne d’électricité a pour conséquences de figer toute l’économie nationale et d’immobiliser l’ensemble du réseau de transport, mais c’est surtout la privation d’eau et de nourriture qui va générer la panique. En effet, quand les Parisiens prennent conscience que ces ressources qui leur sont vitales vont manquer, ils s’engouffrent en masse dans les magasins pour se constituer des réserves. La peur les pousse à piller, à assassiner les propriétaires qui essayent de protéger leurs commerces. Des centaines de personnes meurent étouffées dans des bousculades, mais on ne s’en soucie pas. Des bandes se forment et s’affrontent chaque nuit pour se voler les quelques sacs de céréales qu’elles avaient réussi à obtenir. Le tout formant un abominable champ de bataille.

Soudain, un incendie se déclenche et ravage en quelques heures la capitale. Les Parisiens croient subir la colère de Dieu : ils se mettent à genoux, implorant le Pardon, jusqu’à être balayés par les flammes. Scène horrible et profondément pathétique à la fois.

François, Blanche et quelques autres personnes décident de gagner la Provence, de rejoindre leur village natal où leurs parents – rares paysans encore en activité - continuent à cultiver des céréales et élever des bêtes. Le chemin est semé d’embûches : les bandes ennemies, les pillards, l’incendie, la fatigue – rappelons-nous que l’homme avait complètement oublié le goût de l’effort - la soif et la faim… Finalement, quand ils atteignent la Provence, ils ne sont plus que quatre : deux hommes et deux femmes. François ayant naturellement imposé son autorité dès le départ, est nommé chef du village. Il instaure donc la polygamie pour repeupler la région et apprend aux enfants le respect de l’eau. Ensuite, il fait brûler tous les livres et punit celui qui refuse de fournir un travail physique. Mais l’homme est fainéant par nature…

Barjavel a imaginé Paris dans le futur comme beaucoup d’autres ont imaginé les villes modernes : un réseau de transport très dense, de nombreuses avancées technologiques, une architecture fondée sur la  hauteur et le verre… Il était plutôt proche de la réalité :
  1. Réseau routier très dense
2. Le téléphone à images dont parlait Barjavel, ou  la visioconférence
3. Des gratte-ciel atteignant parfois plusieurs centaines d’étages, construits en verre


Quand l’auteur décrit les scènes de panique dans Paris, il tend à montrer que l’homme par nature est faible et égoïste. L’homme ne peut pas vivre seul, c’est pourquoi il accepte de se sociabiliser, mais ces principes d’éducation, de partage, de respect, sont vite abandonnés dès lors qu’il se sent menacé.

En tant que lecteur, on apprécie beaucoup de voir les personnages principaux, Blanche et François, évoluer, gagner en maturité. Celle-ci, un peu frivole et ambitieuse au début, devient une femme courageuse et pleine de sagesse. Quant à lui, il devient patriarche, chef aimé de tous. Ces deux jeunes gens sont le moyen pour Barjavel de nous montrer qu’il faut revenir à certaines valeurs, celles prônées par Pétain : l’amour de la terre, l’effort, le courage, la fierté, l’amour de la famille.
 
En refermant le livre, le lecteur se pose beaucoup de questions sur la nature humaine, l’avenir de la société. Il y a trop de similitudes entre le monde décrit par Barjavel et celui dans lequel nous vivons aujourd’hui pour que Ravage nous laisse indifférent. Effrayant et passionnant.

Elise, 2ème année Ed.-Lib.

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 18:15






Marie Nimier,
Les Inséparables
,
Gallimard, 2009


















Dans les Inséparables, Marie NIMIER nous raconte le lien fusionnel qu’elle entretient avec Léa, une amie d’enfance. Cette amitié improbable n’en est pour autant pas moins forte. Alors que tout les sépare, l’une timide, introvertie, l’autre exubérante et impulsive, les deux filles éprouveront le besoin de se retrouver à différents moments de leurs vies. En effet, ce récit chronologique déroule l’évolution de leur relation.


L’auteur tisse un portrait sensible et juste de son amie. Elle regarde Léa, peu à peu, noyer ses fêlures dans la drogue et la prostitution, consciente de son impuissance, consciente que son amie manifeste des angoisses et souffrances qu’elle-même n’arrive pas à exprimer. Mais la narratrice a foi en cette amitié. Elle se fait l’écho de la volonté de survie de chacune.

Marie NIMIER utilise des phrases simples pour atténuer la noirceur du texte. Elle est également attentive au choix des mots. Trouver le bon mot. Ne pas trahir les pensées de son amie. Un souci qui transparaît dans la question du sens qui habite l’auteur depuis l’enfance et sa croyance du mot.

Lors de l’Escale du Livre, vous pourrez découvrir une lecture dansée de l’œuvre chorégraphiée par Claudia GRADINGER : l’une dit avec son corps ce que l’autre cache derrière ses mots.

Samedi 4 avril 18h00
TnBA Studio

Aurélie, Camille, Samantha et Hélène


Retrouvez cet article sur la gazette de l'Escale du livre 2009

Quelques liens

Programme de l'Escale

Site
Le Web littéraire

Entretien avec Marie Nimier
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 20:18
RUPPERT ET MULOT, O[BD]NI -
OBJET [BANDE DESSINEE] NON IDENTIFIE


Sélection officielle Angoulême 2009 pour Le Tricheur (L'Association) et tenanciers de maison close.

Dimanche 5 avril à 14h00 - IUT Bordeaux 3 Plateau TV

Escale du livre : 3, 4, 5 avril 2009

Pour découvrir leur travail : http://www.succursale.org/


Planche Sol carrelus



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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 07:44

      Rencontres, lectures, tables rondes : deux jours pour mieux comprendre la poésie d'aujourd'hui

      Vendredi 20 mars (10 h - 17 h)
      (Cette journée s'adresse plus particulièrement aux bibliothécaires et professionnels du livre)
     

et Samedi 21 mars (15 h - 17 h)

Bibliothèque Mériadeck -
85, cours du Maréchal Juin - 33 000 Bordeaux –
 Inscription et renseignements auprès de la Bibliothèque municipale de Bordeaux :
05 56 10 30 95 - c.gonzalez@mairie-bordeaux.fr
05 56 10 30 00 / 02 -  n.bouchekhchoukha@mairie-bordeaux.fr

Une production des éditions Le bleu du ciel, pour la manifestation « Poésie espace public » dans le cadre du Printemps des Poètes 2009. En partenariat avec la Bibliothèque municipale de Bordeaux, l'Arpel Aquitaine, la Bibliothèque départementale de prêt de la Gironde et le service culturel de l'Université de Bordeaux 3.

PROGRAMME

Vendredi 20 mars

10h00 Accueil du public
Ouverture par les partenaires

10h30 1ère table ronde : Un centre-ressource pour la poésie contemporaine
Présentation des actions du cipM
Avec Emmanuel Ponsart, François Lespiau, Jean Daive

12h00 Lecture de Jean Daive

14h00 2e table ronde : Le cipM et les auteurs
Rencontres, lectures, résidences, colloques, ateliers de traduction… du point
de vue des auteurs et des éditeurs.
Avec Christian Prigent, Jean Daive, François Lespiau
Modérateur : Didier Vergnaud

15h00 Lecture de Christian Prigent

15h30 3e table ronde : CCP, Cahier Critique de Poésie
Présentation de la revue critique éditée par le cipM
Avec Emmanuel Ponsart, Eric Pesty, Marie-Laure Picot

16h30 Bilan de la journée et échanges avec le public.


Samedi 21 mars
15h00 sitaudis.com
Présentation du site www.sitaudis.com par Pierre Le Pillouër
15h30 Lectures de Jean Daive, Michel Deguy, Pierre le Pillouër et Eugène
Savitzkaya.

Les invités

Le cipMLieu de création et de diffusion de la poésie contemporaine, le cipM organise des lectures publiques, des rencontres et des expositions autour des poètes contemporains français et étrangers, ainsi que des colloques thématiques, des résidences d’écrivains, des ateliers de traduction et des actions de sensibilisation. Depuis 1990, date de sa création à l’initiative de la Ville de Marseille, le cipM a accueilli ainsi plus de 1500 auteurs. Cette activité est complétée par le travail de la bibliothèque spécialisée (qui conserve aussi les archives du centre), le site internet, et une politique éditoriale de grande ampleur.

Emmanuel Ponsart
dirige le cipM.

François Lespiau, administrateur du cipM, est poète et traducteur (il signe ses ouvrages de son second prénom, David). Il a codirigé avec Éric Pesty la revue Issue (2002-2005). Il a publié deux titres aux éditions Le bleu du ciel : L’épreuve du Prussien (2003) et Quatre morcellements ou l’affaire du volume restitué (2006).

Éric Pesty, écrivain, traducteur et éditeur, a codirigé avec François Lespiau la revue Issue. Il est secrétaire de rédaction de CCP, cahier critique de poésie, qui recense toutes les parutions de poésie francophone.

Jean Daive, poète, traducteur et producteur-chroniqueur sur France Culture, est également le président du cipM. Il a codirigé plusieurs revues dont la revue Fin publiée par la galerie Pierre Brullé. Son dernier ouvrage, Une femme de quelques vies, vient de paraître aux éditions Flammarion. Il en lira des extraits.

Michel Deguy est poète, philosophe, rédacteur en chef de différentes revues dont Po&sie. Il a publié deux titres aux éditions Le bleu du ciel : Poèmes en pensées (2002) et une anthologie de textes critiques, Grand cahier Michel Deguy (2007).

Pierre Le Pillouër est poète et fondateur du site de poésie comparative sitaudis.com. Ouvert à toutes les écritures confrontant la tradition et les exigences du présent, le site se réclame de la collecte, de l’écoute et de la vitesse qui (sitôt dit) permet le tri dans la masse proliférante de l’expression contemporaine. Pierre Le Pillouër a publié trois titres aux éditions Le bleu du ciel : Poèmes jetables (2002), Chair jaune, avec R. Federman (2007), Ajouts contre jour (2008).

Christian Prigent est poète, créateur de nombreuses revues de poésie dont la légendaire TXT. Il a publié la plupart de ses ouvrages aux éditions P.O.L. et deux titres aux éditions Le bleu du ciel, Peep-show (2006) et naufrage du litanic (2008) dont il lira des extraits.

Eugène Savitzkaya est poète, scénariste de film et dessinateur. Son oeuvre est essentiellement publié aux éditions de Minuit au à L’Atelier de l’Agneau. Il est actuellement accueilli en résidence d’écriture par l’Arpel Aquitaine.

Marie-Laure Picot est directrice de l’association Permanences de la littérature qui organise des résidences d’écritures et le festival d’art et de littérature « Ritournelles ». Elle est membre du comité de rédaction de la revue CCP.

Didier Vergnaud est directeur des éditions Le bleu du ciel qui organise la manifestation Poésie espace public.

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 07:42


Petite biographie

Née le 24 août 1961 au Pays basque, Son Altesse Royale Sophie Audouin-Mamikonian est l’héritière du trône d’Arménie. Elle est aujourd’hui mariée et a deux filles, Diane et Marine. Passionnée de littérature depuis son plus jeune âge, elle aime particulièrement Tolkien et Homère. Surtout connue pour sa décalogie Tara Duncan,  la princesse Sophie a également publié Clara Chocolat une série pour les plus petits et La Danse des Obèses un roman policier pour adulte.



Entretien

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?


Une crise d’appendicite à 13 ans. Je m’ennuyais tellement que j’ai commencé à écrire…et n’ai jamais arrété !

Tara Duncan : les sortceliers est votre premier livre. Pourquoi avoir choisi de commencer par des romans destinés à la jeunesse avant de vous lancer chez les adultes ?

J’avais tout juste 25 ans lorsque je l’ai écrit…je me considérais encore comme une ado je crois.

Vous êtes-vous inspirée d’autres œuvres (livres, films…) pour créer l’univers d’Autremonde ? Si oui, qu’elles sont ces œuvres ?

Shakespeare, Homère, Agatha Christie, Alexandre Dumas.

D’où vous est venue l’idée d’utiliser un langage aussi naturel, aussi peu littéraire ?

Curieusement, mon écriture est très littéraire par les mots, mais le langage me semblait artificiel, transcrit de cette façon. Du coup, j’ai préféré le rendre très naturel.

Comment avez-vous réagi lorsque vous vous êtes rendu compte du succès de votre décalogie ?

Je n’ai pas réagi d’une façon particulière, je suis trop occupée à essayer de rendre les tomes suivants…percutants ! lol !

Beaucoup ont comparé cette ascension fulgurante à celle du phénomène Harry Potter. Qu’en pensez-vous ? Vous considérez-vous comme la « J.K. Rowling » française ?

Sophie : Moi non, mais les journalistes n’arrêtent pas de me comparer à elle, ce qui est très flatteur.

A la fin du Continent Interdit vous annonciez que le prochain tome s’intitulerait La planète des dragons. Finalement, vous l’avez intitulé Dans le piège de Magister. Pourquoi ce changement ?

Pfff, on a coupé plein de scènes, du coup, elle ne passait pas tant de temps que ça au Dranvouglispenchir. D’où le changement de titre.

Depuis le début de la saga vous avez changé deux fois d’éditeur. Pour quelles raisons ? Désaccords littéraires ?

Hou, plein de raison. Je détestais les couvertures du Seuil et ils ne m’écoutaient pas, je suis partie, Flammarion n’écoutait pas non plus lorsque je proposais des choses originales et leur arracher la moindre concession demandait des heures d’effort, sans compter que la directrice qui s’occupait de moi ne comprenait ni mon texte, ni mon humour, ce qui est un peu ennuyeux. A chaque fois que c’était drôle, elle barrait et notait « infantile ». Ca a fini par me fatiguer, je suis partie. Mais chez XO, tout va bien, ils sont géniaux, ils sont jeunes et dynamiques et je m’éclate !

Les fans de votre saga sont particulièrement attachés au merveilleux et à la magie d’Autremonde. Pourquoi avoir décidé de prendre le risque d’un passage sur grand écran ?

Ah, je suis une fille de l’audiovisuel, je suis née avec la télé, et pour moi Tara est comme un scénario de 5000 pages ! Donc le cinéma en live sera l’accomplissement de la création de Tara.

La sortie d’un jeu vidéo est-elle également prévue ?

Oui, mes filles adorent jouer à la wii, donc, j’espère pouvoir faire bouger les taraddicts avec Tara !

Peut-on avoir quelques spoilers sur le prochain tome, Tara Duncan : les fantômes d’Autremonde ! ?

 Ah ah, on va a la pèche hein ! hum, cela commence dans le bureau du président des Etats-Unis. Et des choses terribles vont se passer à la fois sur Terre et sur AutreMonde…


Marine, L.P.

Lien vers le blog de Sophie Audouin

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 07:20











Eric-Emmanuel SCHMITT
La Part de l’autre

Albin Michel 2001
Livre de Poche 2003











Biographie


Né en 1960, Eric-Emmanuel SCHMITT est un auteur français agrégé de philosophie. Cette discipline se retrouve en filigrane dans la plupart de ses œuvres parmi lesquelles La Part de l’autre. Cet auteur, qui n’est désormais plus à présenter, a plus d’une trentaine d’œuvres à son actif (pièces de théâtre, romans, adaptations cinématographiques…). En 2004 le magazine Lire effectue un sondage pour connaître les livres qui ont changé la vie des lecteurs. On retrouve aux côtés de La Bible, des Trois Mousquetaires et du Petit Prince, le touchant Oscar et la dame rose qui sera d’ailleurs prochainement adapté au cinéma.

Bibliographie

 Ci-dessous une bibliographie non exhaustive, mais plutôt personnelle de l’œuvre  d’Eric-Emmanuel SCHMITT :
  

 Théâtre
  
 - La nuit de Valognes, 1991 (réécriture de Don Juan)
 - Hôtel des deux Mondes, 1999 (sur le coma)
 - Petits crimes conjugaux, 2003 (sur le couple)


Romans

- La secte des égoïstes; 1994 (sur la piste d’un philosophe oublié)
- Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, 2001 (deuxième livre du cycle de l’Invisible, sur l’Islam)
- La Part de l’autre, 2001
- Oscar et la dame en rose; 2002 (dernier livre du cycle de l’Invisible, au sujet de la mort)
- La tectonique des sentiments, 2008 (sur la passion amoureuse)


La Part de l’autre

Le roman est divisé en deux histoires, chacune habitée par un personnage. D’un côté Hitler, le dictateur que l’on ne connaît que trop bien, et de l’autre Adolf H., un artiste, imaginé par l’auteur. La première histoire fait figure de biographie du chancelier du Troisième Reich ; biographie très proche de la réalité puisque les dates et les faits mentionnés ont été vérifiés par des historiens. La seconde partie du livre est une uchronie puisque l’on imagine ce qui se serait passé si Hitler avait été reçu aux Beaux Arts. Les deux histoires alternent à chaque chapitre, et c’est d’ailleurs ce concours d’entrée aux Beaux Arts de Vienne qui va faire diverger les deux existences, jusque là quasi identiques, des deux Adolf.

Mais au fond, est-ce vraiment l’échec, ou la réussite, à cet examen qui sépare les deux protagonistes ? Mon sentiment est tout autre. Effectivement les deux Adolf ont déjà un caractère très différent et ce sont leurs différents choix qui ne les éloignent que davantage. Par exemple, tous deux ont le même passé : mort prématurée de leur mère. Arrivés à la puberté, les deux Adolf rencontrent des problèmes et des blocages vis-à-vis de la gent féminine. A une différence près entre Adolf et Hitler : le premier sait qu’il a un problème et décide de se soigner. A contrario, Hitler, qui a une confiance aveugle en lui, est persuadé que son aversion pour les femmes est on ne peut plus légitime, puisqu’il estime qu’elles sont une perte de temps. Cette évidence le fera rester vierge jusqu’à plus de quarante ans. En parallèle, le nouvel Adolf, désormais guéri par le docteur Freud, fait du sexe son meilleur atout.

En somme cet exemple illustre, selon moi, que ce n’est pas tellement le concours qui les sépare mais plutôt leur caractère et encore plus leurs choix. On constate par là que la théorie de Schmitt est en opposition avec celle de Zola qui voudrait que l’on soit déterminé par nos origines sociales voire, comme on peut encore l’entendre, nos gènes. Pour Schmitt, ces deux hommes au même passé, ont choisi librement leur futur.

La notion de « part de l’autre »

J’ai ressenti « la part de l’autre » comme un concept à la fois philosophique et religieux. Cette idée voudrait que l’on ait deux facettes : d’un côté le Mal et d’un autre le Bien. C’est en cela qu’elle se rapproche du dualisme, doctrine religieuse selon laquelle la réalité, la matière et l'esprit, le corps et l'âme sont constitués de deux principes antagonistes, le Bien et le Mal, en lutte perpétuelle l'un contre l'autre, le Bien finissant par l'emporter.  Cependant, on constate que pour Eric-Emmanuel SCHMITT le Bien ne l’emporte pas toujours puisque la Seconde Guerre mondiale a bien eu lieu et que le Mal est toujours présent au fond de chacun, un Mal que l’on pourrait matérialiser par un monstre qui sommeillerait en chacun de nous. Ce concept est également philosophique puisque l’auteur va à l’encontre du déterminisme et met au contraire en exergue la notion de liberté (liberté de choisir, de décider) accessible à tous.

« Mon livre sera un piège à cette idée [l’idée qu’Hitler n’était pas humain mais un monstre]. En montrant qu’Hitler aurait pu devenir autre qu’il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu’il pourrait devenir Hitler. »
Extrait du journal automne 2000-été 2001

La difficulté de l’écriture

On trouve dans l’édition de poche le journal qu’a tenu l’auteur tout au long de l’écriture de ce livre. Ce journal est passionnant et fait partie intégrante du roman. Effectivement, il rappelle qu’Hitler reste un tabou, comme les camps de concentration ont pu l’être, mais qu’il demeure essentiel d’en parler, non pour pardonner mais au contraire pour comprendre et éviter que cela recommence. Au fond, se taire ce serait accepter. Cependant, on découvre dans ce journal la difficulté de l’écriture, difficulté qui a principalement deux origines. La première est « les autres », ses amis qui lui déconseillent voire interdisent d’écrire sur ce monstre, de peur qu’il le pardonne. L’autre est la souffrance d’écrire, de raconter. Souffrance qui a touché beaucoup de rescapés des camps d’extermination comme Primo Levi qui, las, finira par se suicider. Ce supplice il le ressent lorsqu’il écrit la partie d’Hitler, lorsqu’il cherche les mots, lorsqu’il est à la limite de pénétrer son esprit, ses pensées. La peur de finir par lui ressembler le gagne.

« Où vais-je ?
Je deviens taciturne. Comme lui.
J’ai mal aux genoux. Comme lui.
J’écoute du Wagner. Comme lui.
Je n’ai pas envie de faire l’amour. Comme lui.
Je ne pratique plus l’amitié. Comme lui.
Où vais-je ? »

Extrait du journal

Une seule issue : s’en débarrasser en l’écrivant d’une seule traite.


« Ce soir, lorsque je suis descendu à table, les enfants se sont immédiatement écriés :
-Ça y est, tu l’as tué !
A mon sourire, ils l’avaient deviné »

Extrait du journal

Avis personnel

« Quelqu’un me dit apprenant le sujet de mon livre :
- Décidément, vous êtes le roi du sujet casse-gueule. Freud et Dieu dans Le Visiteur, le solipsisme dans La Secte des égoïstes, Pilate, la morale dans Le Libertin, le coma dans Hôtel des deux Mondes, l’islam dans Monsieur Ibrahim.
Je tremble. Il ajoute :
- Et cependant, vous ne vous cassez jamais la gueule ! »

Extrait du journal

Un sujet délicat, une idée originale, une écriture fluide. Eric-Emmanuel SCHMITT a selon moi réussi son pari. Il parvient via ces deux histoires à faire comprendre que rien n’est déterminé. Nous sommes libres. Libres de nos choix. Libres de laisser dormir le monstre en chacun de nous. Mais également responsables de le réveiller.

Dernière page tournée. Réécrire une vie et changer le cours de l’Histoire… malheureusement seulement le temps de quelques centaines de pages.


Marlène, 2ème année Ed-Lib


Autre étude sur Eric Emmanuel Schmitt

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 07:19
















Philippe DOUMENC,

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary : roman
,

Editions Actes Sud, 2007














« Une dernière convulsion la secoua, elle perdit définitivement conscience ; et enfin elle partit, abandonnant le terrain, laissant aux autres leur existence médiocre, leurs rêves avortés, leur sinistre entourage, leurs abominables problèmes d’argent, leur méchanceté, leur malveillance, et surtout ce cynisme, cet affreux cynisme que, même dans ses amours, elle avait rencontré ces derniers temps.
Etait-ce seulement la peine d’avoir fait tourner quelques têtes ; et d’avoir été aussi jolie qu’on le disait ?
Le jour où elle mourut, Emma Bovary n’avait pas encore vingt-six ans. »


Le temps se fige ; Emma est morte, le lourd balancier de l’horloge s’est arrêté. Plus rien ne bouge. On est en mars mais l’hiver n’en finit pas. Chacun est calfeutré chez soi, bien à l’abri… Mais la rumeur, insidieuse comme la bise, se coule entre les planches mal jointes des volets. Dans la chaleur des foyers, on doute, chuchote : pourquoi donc la police a-t-elle été dépêchée à Yonville ? Cela a-t-il un rapport avec la mort de Madame Bovary ? De toute évidence oui ; et ainsi apprend-on de la bouche de Rémi, jeune policier envoyé aux côtés du commissaire Delévoye, qu’une contre-enquête a été ouverte. Trop de zones d’ombres subsistent autour de ce décès… Alors, Emma, suicidée ou assassinée ?

Tout le génie de Doumenc a été de saisir le potentiel tragique de l’histoire pour en faire une œuvre hybride, à la croisée entre l’enquête policière et l’exercice de style. Mais attention : il ne s’agit pas pour autant d’un authentique pastiche de la plus pure facture flaubertienne ; car, si l’atmosphère, lourde d’ennui et chargée d’un érotisme latent, est fidèle à celle du roman originel, on sent poindre parfois l’accent gionien à travers le personnage de Rémi. Entre médiocrité et faux-semblants petits-bourgeois, celui-ci n’aura de cesse de chercher la vérité, se fondant littéralement dans la peau d’Emma, revivant son histoire à sa manière. Ne peut-on donc échapper au désoeuvrement ? Les divertissements valables sont-ils seulement l’amour et la mort ?

Le secret aussi… Car il s’agit bien de savoir comment Emma est morte. Autopsie, rapport d’interrogatoire, pressions, mensonges… Doumenc exploite avec panache les codes du roman noir, n’hésitant pas à multiplier les suspects, à fouiller dans la fange des âmes, à interroger les psychologies... Les rebondissements se succèdent avec rythme et le caractère composite du roman lui donnerait presque la saveur de l’authenticité. Un doute finirait même par s’installer : tout cela aurait-il vraiment existé ? Madame Bovary, après tout, a bien été inspiré à Flaubert par un fait divers… Au-delà de la seule question de la vérité, Doumenc pose celle du rôle de l’auteur à travers une remarquable postface.

Une contre-enquête en guise d’hommage à Flaubert donc, et plus généralement à la littérature. Une postface qui donne envie de se replonger dans les grands classiques et en tout premier lieu dans Madame Bovary.

Marion, 2ème année Bib.


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