Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 07:00

Bruno-Loth-Ouvrier.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bruno LOTH
Ouvrier

Mémoires d’Occupation,  Tome 1
Libre d’images / La Boîte à bulles
Coll. Hors Champ, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Initialement reconnu pour sa BD Ermo, Bruno Loth poursuit avec Apprenti puis Ouvrier le récit de la vie de son père, ouvrier aux chantiers navals de Bordeaux.

Une histoire que Jacques Loth consent à transmettre à son fils après quelques réticences pour la réalisation d’Apprenti, mémoires d’avant guerre (2010). Ouvrier, mémoires sous l’Occupation (2012) constitue le second volet de sa vie. Ne désirant pas parler de la guerre et de l’Occupation, c’est l’album terminé d’Apprenti en main qui le décide à se lancer dans un nouveau récit.

 

« Tu ne voulais pas écrire la suite ? »

Alors qu’Apprenti se déroule durant l’entre-deux-guerres, cet autre album raconte la vie ouvrière sous l’Occupation, loin du front et des combattants. Une histoire du petit peuple, presque anonyme. Celle d’un homme ordinaire qui devient pourtant une véritable aventure.

Le récit débute en avril 1938 à Bordeaux. Jacques est convoqué par le Conseil de Révision. L’ambiance s’installe et les couleurs grises des premières planches sont annonciatrices d’une période industrielle triste aux touches quelquefois rouges et douloureuses.

Et pourtant c’est avec légèreté que commence la narration, tournant en dérision la « visite médicale » préalable au service militaire. Jacques est pesé, mesuré, examiné dans toute sa nudité par les médecins forts de leur supériorité vestimentaire. Il est l’objet d’un intérêt particulier et ameute le corps médical qui observe en détail son cas de polythélie, quatre tétons, preuve irréfutable de nos origines lointaines. L’homme est finalement ajourné parce que trop chétif mais ne s’en vante guère à l’usine, le Pivertisme, mouvement pacifiste, n’y trouvant que très peu d’adhérents.

 Bruno-Loth-Ouvrier-02.jpg

Ainsi les idées et les activités de cette période sont évoquées tout au long des anecdotes qui composent l’album. Malgré ce temps d’avant-guerre, l’ouvrier garde une part d’insouciance comme lors du séjour en auberge de jeunesse avec son frère Marceau et ses amis Pedro, James et Hubert. C’est rythmé par un chant scout (La Fleur au chapeau) et une citation d’un poème de Baudelaire (Le Coucher du soleil romantique) qu’ils se rendent au Pyla. Mais ces bons moments ce sont aussi les visites à Cazaux pour des parties de pêche avec son oncle Raoul, les flirts, les sorties de sports d’hiver, le périple dans le Pays Basque. Des vacances occasionnées par des congés payés qui n’auront bientôt plus lieu d’être.

Cette suite d’anecdotes de quelques pages chacune donne un rythme fragmenté et laisse au lecteur le temps de redécouvrir les personnages.

Mais alors que Jacques Loth passe du bon temps, janvier 1939 est marqué par les débuts du régime franquiste et février par l’arrivée de 500 000 réfugiés républicains entassés sur les plages françaises aux allures de camps de concentration.

 Bruno-Loth-Ouvrier-03.JPG
Après une trentaine de pages vient la période de l’Occupation. Une cassure dans le récit oppose deux pages de planches pleines. Le vendredi 1er septembre 1939 la ville s’enfle des sirènes, l’ordre de mobilisation générale est placardé sur les murs. Hitler et ses troupes sont entrés en Pologne. La vie de Jacques est alors ponctuée par l’Histoire, celle que l’on apprend à l’école, celle que nos grands-parents nous racontent. Le récit apparaît  soudain moins décousu, plus fluide et ponctué par des transitions.

La Guerre est déclarée et l’idée de patriotisme germe dans la pensée de Jacques qui tente de s’engager avec son frère Marceau. Mais bien heureusement il est déjà trop tard. Alors que le gouvernement s’installe à Bordeaux pou fuir à Vichy à l’arrivée de la Wehrmacht, la vie est rythmée par l’heure allemande.

 « Toutes les pendules de la ville sont avancées d’une heure ! »

Cette période de la vie de Jacques est marquée par les bombardements, les rationnements, le couvre-feu, l’interdiction de réunion, de sortie, la suppression des auberges de jeunesse mais également par le départ de son frère, le décès de sa mère, les exécutions d’otages et amis.

C’est dans cette ambiance que l’on suit tour à tour Jacques dans ses habits d’ouvrier aux tons bleu-gris puis dans ses habits civils rehaussés de couleurs cependant froides. Les seules couleurs vives de l’album sont consacrées au drapeau nazi, aux drapeaux français puis italien et à l’avis d’exécution.

 Bruno Loth Ouvrier 04

Ce récit est un véritable témoignage qui fait prendre conscience de la réalité de la guerre. Une réalité ouvrière, une réalité pénible. Bruno Loth sait retranscrire avec brio les souvenirs de son père en y ajoutant des éléments historiques qui posent les repères narratifs.

Une lecture agréable et intéressante marquée par la situation industrielle de l'époque, par la Résistance et par les anecdotes aux élans nostalgiques.

 

Aurélie H., 2ème année Bibliothèques 2012-2013

 

Lien

 

Libre d'images, le site de Bruno Loth

 

 

 

 

Bruno LOTH sur LITTEXPRESS

 

convivialitté bruno loth 05

 

 

 

Compte rendu d'une rencontre avec Bruno Loth par Florence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Aurélie - dans bande dessinée
commenter cet article
27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 07:00

Hawthorne La Lettre écarlate







Nathaniel  HAWTHORNE
La Lettre écarlate
The Scarlet Letter

traduction
de Marie Canavaggia
GF Flammarion, 2008








 

 

 

 

 

 

L’auteur et son œuvre

La lettre écarlate paraît en 1850. À sa sortie, l’ouvrage fait les frais de multiples contestations dues aux thématiques abordées et à la remise en cause du puritanisme par son auteur Nathaniel Hawthorne. D’origine américaine, l’auteur dénonce les dérives du puritanisme en lien avec l’histoire de ses ancêtres puisqu’il est le descendant d’un des juges (John Hathorne) qui ont participé au procès des sorcières de Salem.



Le contexte historique de l’œuvre

L’auteur situe l’intrigue de son roman dans la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, dans la ville de Boston où de nombreux colons viennent s’installer. Parmi eux se trouve Hester Prynne, une jeune femme dont le mari, Roger Chillingworth, est porté disparu.

Dès le début, l’auteur nous présente la jeune femme, accompagnée d’un nourrisson du nom de Pearl, dans un contexte particulier, celui d’un jugement public où elle est l’accusée. L’auteur nous y dévoile l’objet de sa faute à savoir un adultère avec un homme dont les villageois ne connaissent pas l’identité mais qui n’est autre qu’Arthur Dimmesdale, le pasteur révéré du village.

Le drame se déroule donc sur sept années au cours desquelles le lecteur voit l’évolution d’Hester Prynne face à l'hostilité des villageois mais aussi celle de Pearl, son enfant.

En parallèle se déroule également la déchéance du pasteur, vécue comme une longue descente aux enfers.



Une œuvre symbolique

Au travers des personnages

Chaque  protagoniste joue un rôle clé dans le fil de l’œuvre et ce, notamment par le biais de leur évolution. Dès l’arrivée du mari disparu d’Hester Prynne dans le chapitre III, « la Reconnaissance », le récit prend une autre tournure avec l’apparition de cet homme bafoué qui voit sa femme humiliée aux yeux de tous et qui choisit volontairement d’intégrer le village sans révéler sa véritable identité, se faisant passer pour le médecin du village.

Une relation particulière va s’instaurer entre quatre personnages majeurs de l’histoire, Hester/Pearl et Roger Chillingworth/Arthur Dimmesdale. En effet, Pearl et Roger semblent jouer le rôle de bourreau, Hester et le Pasteur celui de victime.

Pearl s’illustre en tant qu’incarnation de la lettre écarlate que sa mère porte sur la poitrine, tout en elle le lui rappelle jusqu’à son surnom de « lutin » ou la comparaison avec les « feux-follets ». Pearl, dans la tourmente qu’elle fait subir à sa mère, revêt même à un moment le visage d’un démon puisque sa mère l’en croit possédée, dans le chapitre intitulé « Chez le gouverneur » (p.127). Cependant, vers le milieu du roman, la peur que su’elle inspire à Hester s’atténue et elle commence à jouer un rôle libérateur pour sa mère en lui permettant d’expier sa faute :

 

« N’était-elle pas chargée d’aider sa mère à venir à bout de la passion, en un temps toute puissante et, a présent encore, ni morte, ni endormie mais emprisonnée seulement dans ce cœur semblable à un  tombeau ? »  (« Hester et Pearl », p. 204).

 

Le rôle de bourreau joué par le médecin Roger Chillingworth, le mari d’Hester Prynne, est quant à lui nettement plus évident. Il découvre très rapidement l’identité du père de Pearl et la haine qu’il conçoit à l’égard du Pasteur va se décupler jusqu’à devenir folie et le pousser à commettre un crime. Tel un charognard, il va se repaître tout au long de l’ouvrage de la maladie qui ronge le pasteur ignorant de la véritable identité de son bourreau. 



Au travers de la lettre écarlate     

La lettre « A » est le signe de l’adultère commis par Hester Prynne et l’instrument de la punition qui lui a été infligée lors de son jugement public au cours du chapitre II. Elle doit la broder sur son corsage et la porter à la vue de tous. Cette « marque d’infamie » va petit à petit faire partie intégrante d’Hester Prynne jusqu’à devenir un élément de reconnaissance aux yeux des villageois dont la haine va évoluer au fil du roman en respect, face aux actes de charité et aux travaux de couture exercés par Hester. La lettre écarlate finit donc par devenir un symbole d’humilité et de générosité.

La lettre écarlate est également portée par le pasteur, même si elle est invisible, car à l’instar d’Hester Prynne, il souffre de cette marque du tourment, et alors qu’elle devient salvatrice pour Hester Prynne, pour le pasteur, elle est l’instrument de sa déchéance qui atteint son apogée dans le chapitre « la Révélation de la lettre écarlate », (p.282) lorsque le pasteur montre à la foule l’empreinte de la lettre écarlate sur son torse.



Au travers du wild

Dès le début de l’œuvre, l’auteur y fait référence avec l’arrivée du médecin qui était en réalité retenu chez les indiens. La maison de Hester, isolée dans les forêts de Boston nous apparaît également comme une sorte de lieu isolé, une terre d’asile, coupée de la haine des puritains. C’est également la forêt qui sera le témoin des retrouvailles d’Hester et du Pasteur qui se dérouleront du chapitre XVI au chapitre XIX (p.207-233).



Le style de l’auteur et les thématiques abordées dans La Lettre écarlate.

Dans son ouvrage, l’auteur fait office de narrateur. L’histoire est racontée de son point de vue et il interpelle le lecteur tout au long de son œuvre. Nombre de descriptions jalonnent le roman, que ce soient des personnages ou des lieux.


Du lyrisme se dégage également de l’œuvre et notamment dans les chapitres qui se réfèrent au wild tels que « Une promenade en forêt » (chap. XVI) où de nombreux éloges sont faits de la nature.

Quand au ton employé par l’auteur, il est surtout dramatique dans la description des sentiments et tourments de l’âme subis par les différents protagonistes. L’auteur s’évertue à nous restituer les souffrances de ses personnages en qui haine et passion s’entremêlent, douleur et souffrance sont jumelles.

Cependant, lorsqu’il s’agit de peindre les mœurs puritaines des villageois, le ton devient cynique et l’auteur l’emploie pour dénoncer l’ignorance et la peur constante du diable dans laquelle vivent les villageois. Même les personnages principaux sont en proie à ce mal, lorsqu’Arthur Dimmesdale se croit tourmenté par le diable, qui n’est autre que Roger Chillingworth, ou encore quand Hester pense sa fille possédée d’un esprit malin.



En conclusion, l’auteur nous offre donc, au travers de ce récit, un véritable portrait de la société puritaine du XVIIe siècle et de ses malheurs par le biais d’un récit empreint de symbolisme et de passion, porté par une héroïne aux mœurs modernes.


Célia, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Nathaniel HAWTHORNE sur LITTEXPRESS

 

Nathaniel Hawthorne Le Hall de l'imagination

 

 

 

 

 Article de Laëtitia sur Le Hall de l'imagination.

 

 

 

 

 

 

 

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

 

Articles d'Estelle et de Cynthia sur La Lettre écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:00

Sam-Millar-On-the-Brinks.gif



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sam MILLAR
On the Brinks
traducteur
Patrick Raynal
Seuil, 2013


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sam Millar est un ancien activiste de l'IRA devenu écrivain. Né en 1958 à Belfast, en Irlande du Nord, il a grandi dans l'atmosphère de conflits opposant catholiques nationalistes et protestants unionistes.

Plus tard, il se servira de son immersion dans cet épisode sanglant de l'histoire de l'Europe pour alimenter sa plume et vivre de ses romans. Mais il va vivre auparavant une vie difficile et dangereuse, faite d'engagement moral et de travail illégal. C'est cette vie qu'il nous livre dans le récit autobiographique On the Brinks.



Les débuts de la vie de Millar sont malheureusement assez courants dans le contexte de l'époque. Issu d'une famille catholique pauvre, il voit peu à peu sa mère devenir folle de mélancolie due aux absences répétées d'un époux marin qui peine à faire vivre les siens. Alors qu'il est encore enfant, une tentative de suicide va la conduire dans une institution spécialisée, ce que son père ne se pardonnera jamais vraiment. Rentré pour assurer l'éducation de Sam et de son grand frère, ses humeurs et son irritabilité permanente vont constituer un quotidien douloureux pour les deux garçons. Ce quotidien douloureux va être à l'origine d'un des traits les plus caractéristiques de Millar : son attitude rebelle. En effet, un jour que son père l'envoie effectuer une course, il refuse. Cependant, alors qu'il s'attend à recevoir une correction ou au moins un sermon, son père semble au contraire apprécier sa force de caractère. Cet épisode, passant inaperçu dans le récit de son enfance, est pourtant une ligne directrice dans la vie future du jeune homme. Car dès lors le ton du récit est posé, et les événements se précipitent au fur et à mesure que progresse l'antagonisme entre nationalistes et unionistes.

C'est durant son adolescence que tout dégénère. Accusé de faire partie d'une organisation illégale à la suite d'une marche contestataire, jugé par un magistrat connu pour sa sévérité à l'égard des nationalistes, Millar va écoper d'une peine de prison de trois ans dans la tristement célèbre « Long Kesh ». Il a alors 17 ans.

 

The Maze, surnommée « Long Kesh », va être le théâtre d'une rébellion désormais passée à la postérité, les « Blanket Men ». À son arrivée dans les lieux, Millar exprime d'emblée sa position : considérant qu'il est un prisonnier politique et non criminel, il refuse d'effectuer le travail forcé imposé à ces derniers, et par conséquent de porter leur uniforme. Qu'à cela ne tienne, il sera donc nu et confiné en isolement avec les autres rebelles. En guise de vêtement, ils ne pourront compter que sur la maigre protection d'une petite couverture (blanket en anglais).

Cela marque pour l'auteur le début d'une lutte morale menée contre l'autorité pénitentiaire, et à travers elle contre l'autorité britannique. Car cette contestation morale va devenir un des emblèmes de la lutte nationaliste et va alimenter les conflits entre l'IRA et le gouvernement, rapidement incarné par Margaret Thatcher.


Afin de durcir leurs revendications, les prisonniers vont par la suite ajouter à leur désobéissance et leur nudité le refus de se laver puis, pour certains, celui de s'alimenter. Sam Millar nous fait vivre ici de l'intérieur un douloureux épisode de l'histoire du Royaume-Uni qui va voir s'opposer la cruauté de l'administration carcérale à la détermination des prisonniers politiques. Rien ne leur sera épargné, humiliations, privations, torture physique et psychologique, et la promesse que tout peut s'arrêter dès lors qu'ils rentreront dans le rang en convaincra certains. Mais les plus déterminés ne céderont pas et poursuivront leurs efforts pour manifester leur insoumission, comme en témoignent une évasion camouflée en violente émeute ou les grèves de la faim dont la mort de Bobby Sands, récemment élu député malgré son emprisonnement, est le triste emblème.

C'est alors que, huit ans après sa condamnation, Millar est libéré de prison.



La deuxième partie nous transporte brusquement à New York, où Millar est arrivé clandestinement et exerce le métier de croupier dans un casino clandestin tenu par un ancien dirigeant de la mafia irlandaise. Bien vite, il va grimper les échelons et devenir le trésorier de tous les casinos de son patron. C'est alors qu'une idée va germer en lui. Celle de braquer un dépôt de la Brinks. Il va dérober avec l'aide d'un seul complice, armés de pistolets factices, la somme de sept millions quatre cent mille dollars.

Mais une telle somme devient un fardeau dès lors qu'on doit la cacher sans l'utiliser, même si la police et le FBI ne parviennent pas à en retrouver la trace. Chaque instant a des accents de menace et la récompense de la Brinks, faramineuse, alimente la paranoïa.

Pourtant, les choses se tassent peu à peu malgré la présence obsédante de l'argent, et Millar ouvre une boutique consacrée aux comics. C'est alors que tout dégénère. Le FBI est prévenu par un indicateur, et les recherches reprennent pour finalement aboutir à l'arrestation des voleurs.

S'ensuit un procès où la stratégie est plus importante que les faits, lors duquel les preuves de la culpabilité de Millar et ses complices sont écartées pour vice de procédure. Ne reste pour l'auteur que la condamnation pour clandestinité, qu'il va purger dans son pays natal.



Ce roman se termine sur une ambiguïté qui résume à elle seule l'histoire. À sa sortie de prison, l'argent a disparu, prétendument dilapidé par la personne qui en avait la garde. Mais on ne peut s'empêcher de se demander si c'est bien la vérité ou si au contraire Millar est désormais secrètement riche. Et il en est de même pour tout le récit.

En effet, une des caractéristiques de ce texte est d'être exempt de tout manichéisme, au point qu'on en vient à soupçonner l'auteur d'avoir voulu relativiser ses fautes. Quoi qu'il en soit, tout semble s'organiser de façon logique et naturelle. Une marche protestataire mène en prison, la clandestinité conduit au vol, puis de nouveau en prison. Mais jamais l'auteur ne se décrit comme une victime ni comme une personne au comportement maléfique.

Dès lors, la question demeure. Millar nous livre-t-il une version officielle expurgée de sa vie, ou est il réellement un homme élevé par un contexte historique aux valeurs biaisées, attachant, sympathique, parfois naïf mais toujours rebelle ?


Julien, AS édition-librairie 2012-2013

 

 


Repost 0
25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 07:00

Michel-Bussi-nympheas_noirs.jpg








 

 

 

 

Michel BUSSI
Nymphéas noirs
Presses de la Cité
Coll. Terres France, 2011

 

 

 

 









Michel Bussi (né le 29 avril 1965 à Louviers – Haute Normandie) est un auteur français de romans policiers et professeur à l’Université de Rouen.  



Synopsis

Un meurtre a eu lieu ce matin à Giverny, le petit village tranquille où le peintre Monet avait élu domicile. Ce meurtre est celui de Jérôme Morval. L’ophtalmologue du village n’avait rien à se reprocher ou presque… Bien que marié il collectionnait les femmes aussi bien que les tableaux et ne s’en cachait pas. Deux pistes que l’inspecteur Laurenç Sérénac et son adjoint Sylvio Bénavidès vont suivre… À moins que l’explication ne réside dans cette carte postale retrouvée dans la veste de la victime. Une carte d’anniversaire pour un enfant de 11 ans sur laquelle figure un second message : « Le crime de rêver je consens qu’on l’instaure. » Une dernière piste s’offre aux inspecteurs. Un enfant est mort de la même façon que Jérôme Morval, au même endroit et selon le même procédé. Un enfant de 11 ans et quelques mois, Albert Rosalba. Le souci ? Ce meurtre s’est produit en 1937 et notre récit se déroule en 2010.



Les personnages

Il y aurait bien trois personnes qui pourraient aider les inspecteurs à démêler cette histoire.

Fanette est la première. Du haut de ses onze ans c’est aussi la plus jeune. Très douée pour la peinture elle est passionnée par Monet. Elle compte d’ailleurs présenter sa version des Nymphéas au concours « Peintre en herbe » de la Fondation américaine Robinson. Pour cela elle reçoit l’aide de James, un vieux peintre américain qu’elle retrouve en secret et qui la conseille. Fanette rêve de parcourir le monde pour peindre aux côtés de son amoureux Paul. Des rêves de petite fille qui sont pourtant menacés. C’est James qui trouve la menace gravée dans sa boîte un peinture : « Elle est à moi ici, maintenant et pour toujours ». Le message se termine par une croix, telle une épitaphe.

Stéphanie Dupain est la seconde. L’institutrice du village de Giverny fait tourner la tête de bien des hommes par sa beauté. Le premier était Jérôme Morval. Le deuxième s’appelle Sérénac Laurenç, il est l’inspecteur chargé de résoudre le meurtre commis. Le dernier enfin n’est autre que Jacques Dupain, le mari jaloux de Stéphanie. Mais cet amour n’est pas réciproque. Pour l’institutrice, Jacques Dupain « était là. Pas pire qu’un autre. » La belle Stéphanie attend son prince charmant, celui qui viendra la délivrer et lui permettre de quitter Giverny. Dernière la beauté et le sourire de cette femme se cache une personne mélancolique, une femme en détresse, piégée elle aussi.

La sorcière ou la vieille : c’est ainsi que les habitants de Giverny la surnomment. On ignore sa réelle identité, on sait seulement qu’il s’agit d’une vieille femme de plus de 80 ans. Elle est née en 1926 : l’année de la mort de Monet. Elle habite le Moulin des Chennevières, aussi appelé le donjon de la sorcière, une tour de quatre étages qui fait office de point d’observation. Elle est celle qui conduit le récit, les personnages, elle nous conte son histoire. Principale narratrice, elle est omnisciente et sait des choses qu’elle ne devrait pas savoir. C’est elle qui découvre en premier le corps de Jérôme Morval ; elle en connaît d’ailleurs l’assassin. Si elle renonce à se rendre à la police elle confie le nom du tueur à Patricia Morval, la veuve. Bien que d’apparence insignifiante au vu de son physique et de son âge avancé celle vieille femme est au centre de l’histoire. Elle voit tout, connaît tout, même cet enfant assassiné dans les mêmes conditions que Jérôme Morval : Albert Rosalba, dont elle garde une photo…

Ces trois femmes représentent les trois âges de la vie ; à elles trois, elles retracent l’ensemble d’une vie. Elles sont liées par une volonté commune : quitter Giverny. Elles rêvent toutes de partir mais dès les premières pages la vieille femme nous avertit que de ces trois femmes une seule partira tandis que les deux autres devront mourir. Cette menace pèse sur ces femmes dès le commencement du livre et prendra différentes formes au fil des pages. Stéphanie et son mari jaloux, Fanette et celui qui menace le vieux peintre, la vieille femme et ses démons. Ces trois personnages sont également liés par leur goût pour la peinture. Fanette est douée pour la peinture, l’institutrice s’intéresse beaucoup aux artistes et sollicite sa classe pour le concours « Peintres en herbe ». Quant à la vieille femme, elle conserve caché un mystérieux tableau de nymphéas noirs… Toutes trois ont des relations plus ou moins difficiles avec les hommes. Elles ont leurs plaies et leurs romances.

Dans les Nymphéas noirs on jongle entre ces trois femmes, leurs récits se croisent et s’enchaînent. Les vies de ces femmes semblent bien distinctes, cloisonnées à la façon d’un triptyque et pourtant elles se croisent tout au long du roman.


Un autre personnage mérite d’être développé car il est difficile de résoudre un meurtre sans un agent de police.

Inspecteur Laurenç Sérénac : Sérénac est un amateur de peinture qui affiche des tableaux de maîtres dans son bureau. Sa venue ne ressemble en aucun cas à une coïncidence. Avant d’être nommé au commissariat de Vernon en Normandie il a enquêté dans le milieu du trafic d’art. Le hasard semble bien lourd et le confronte dès sa première enquête au meurtre d’un collectionneur à Giverny. Il s’agit là d’une grosse coïncidence, tellement évidente qu’elle sera soulevée par son adjoint. L’inspecteur Sérénac n’est pas un policier très à cheval sur les mesures. Il aime se fier à son instinct et à ses impressions plutôt qu’aux preuves physiques qui lui sont fournies. Ses démarches ne sont pas très morales ; en témoigne son obsession d’accuser Jacques Dupain tout en courtisant sa femme.

Les narrateurs : le narrateur est changeant. Tantôt la vieille femme, tantôt l’inspecteur ou encore Fanette. On a accès à leurs pensées, leurs sentiments. Pour la vieille femme et Fanette, la narration se fait à la première personne du singulier tandis que le récit des autres narrateurs se fait à la troisième personne. Le style d’écriture selon le narrateur. L’utilisation de la troisième personne du singulier donne un effet de distance entre le lecteur et le narrateur alors que Fanette et la vieille femme ont des styles particuliers (enfantin pour l’une, acide et moqueur pour l’autre). Mais la narratrice principale reste la vieille. C’est elle qui nous interpelle, nous questionne, mais aussi répond à nos questions. « Il n’existe aucune coïncidence dans toute cette série d’événements. Rien n’est laissé au hasard dans cette affaire, bien au contraire. »



Giverny

Présentation

 

Le village de Monet est le lieu principal de l’intrigue, il renferme bien des secrets. Mais ce livre est également un moyen de découvrir et de visiter le village du peintre. Les rues, la rivière, les champs, l’étang aux nénuphars, tout y est décrit précisément. Et au fil des pages on voyage dans ce village. L’histoire de Giverny nous est également expliqué. Les personnages nous content les difficultés de Monet à construire son étang, à racheter des terres pour empêcher qu’on en coupe les champs. Les décors de ses peintures Claude Monet les a achetés et à sa mort Giverny s’est vu figé à l’époque de ce peintre disparu. Pendant plus de cinquante ans après la mort de Monet les jardins ont été fermés et délaissés. Leur réouverture a transformé Giverny en un site touristique mondialement connu. Des peintres américains sont venus à Giverny au siècle dernier avant que cela ne devienne cette plate-forme touristique. Ils venaient rechercher le calme et la concentration ce qui n’est plus possible aujourd’hui.

Les sources et le travail d’écriture : pour traiter avec exactitude du village de Monet l’auteur a effectué un travail de pré-écriture et de recherches. La préface mentionne ce travail :

 

« les descriptions de Giverny se veulent les plus exactes possible. Les lieux existent, qu’il s’agisse de l’hôtel Baudy, du ru de Giverny, de l’église Sainte-Radegonde et du cimetière, de la rue Claude-Monet, du chemin du Roy, de l’île aux Orties. Il en est de même pour les lieux voisins, tels le musée de Vernon, celui des Beaux-arts de Rouen, le hameau de Cocherel. »

 

Dans ce roman policier Michel Bussi introduit, en dehors de Monet, les autres artistes qui ont été proches du village. Parmi eux on trouve Louis Aragon. « Le crime de rêver je consens qu’on l’instaure.»  Le vers de la carte d’anniversaire cité plus haut  provient d’un poème de Louis Aragon, « Nymphée ». Aragon était un habitué de Giverny, ce poème y ferait d’ailleurs référence. C’est l’un des premiers poèmes à avoir été censuré en 1942 par Vichy.


Le traitement de Giverny dans l’œuvre

Nymphéas noirs est un huis-clos qui se déroule à Giverny. L’intrigue, les meurtres s’y produisent, faisant du village le centre de l’histoire. Si la beauté des lieux est longuement décrite, tout comme la richesse de son histoire, l’image de Giverny est mise à mal dans ce livre. Sa principale détractrice est la vieille femme qui est l’œil critique du village. Elle en dénonce les idées reçues et démonte ce décor en carton. La vieille femme représente l’évolution du village depuis la mort du peintre. Elle est la mémoire de ce village mais elle n’a pas évolué avec lui, elle ne le comprend plus car ce n’est plus le Giverny du peintre et des impressionnistes mais celui des touristes désormais. Cette vieille femme qualifie le Giverny de 2010 de parc d’attraction mais aussi de « parc d’impressions ». Désormais Giverny c’est quatre gros parkings et la campagne de Monet est comparée à un décor d’hypermarché. Cette impression d’un faux Giverny est accentuée par la création d’une réplique exacte de la maison de Monet au Japon. Dans Nymphéas noirs, les personnages peinent à différencier le vrai du faux quand il s’agit de photographies, de simples images sur Internet. Si le village est si figé c’est parce qu’il s’est arrêté d’évoluer à la mort du peintre. A l’exception des parkings et du musée, le paysage est resté le même pour que les touristes puissent reconnaître les décors des peintures de Monet. C’est un emprisonnement à des fins touristiques, patrimoniales et financières

Dans cet ouvrage le village est associé à une prison. On a le sentiment d’un effet d’inertie autour de Giverny. Ses habitant peinent à en sortir voire sont condamnés à y rester. Il y a un paradoxe avec cette prison dorée qui s’oppose à la forte fréquentation du lieu par les touristes. Seul le va-et-vient des bus perturbe  cette impression de tableau figé dans le temps où les Givernois sont aussi figés que leur village. Des hommes et des femmes du monde entier se déplacent en masse pour venir passer quelques heures à Giverny tandis que les personnages de ce roman ne rêvent que d’en sortir. Pour l’institutrice, Stéphanie Dupain : « Ici, ce sont les pierres et les fleurs qui voyagent… Pas les habitants ! » Ce village-prison est aussi associé à un tableau dont on ne peut franchir le cadre. Plus qu’une prison, Giverny est un piège dans lequel les personnages de ce roman sont enfermés. C’est de l’intérieur que provient la menace qui plane dans ce récit.



Monet

Tout comme le village dans lequel il a passé la moitié de sa vie, Claude Monet est au cœur de ce roman policier. On y apprend des éléments sur la vie de l’artiste et son art. La démarche artistique de l’impressionniste est expliquée par les personnages principaux qui maîtrisent le sujet mais aussi par l’intervention d’un spécialiste du peintre qui est interrogé par l’un des inspecteurs. L’exploration de la piste du trafic d’art sert de prétexte à une meilleure connaissance de l’artiste. Le parallèle entre Monet et Giverny est aussi un élément récurrent dans ce roman. L’œuvre de Claude Monet est née d’une vie contemplative vouée à la nature. Sa série des Nymphéas en est la parfaite illustration.  Monet a peint des nénuphars dans le même étang jouxtant sa maison pendant vingt-sept ans. Toutes ces informations on les trouve au fil des pages de ce livre. Il y a une réelle documentation autour de Monet, des impressionnistes et de la peinture en général. Tout comme pour Giverny, les informations sur Claude Monet sont authentiques, qu’elles concernent sa vie, ses œuvres ou ses héritiers. C’est aussi le cas pour celles qui évoquent d’autres peintres impressionnistes, notamment Theodore Robinson ou Eugène Murer. Les vols d’œuvres d’art évoqués sont des faits divers réels.

Il y a donc une association de faits réels et fictifs. Dans l’affaire du vol de tableaux du 27 novembre 1985, quatre Monet, dont le célèbre Impression soleil levant, et deux Renoir, sont volés au musée Marmottan à Paris. Toutes les toiles seront retrouvées en 1991 à Porto-Vecchio. Dans Nymphéas noirs l'énigme du vol est résolue par le commissaire Laurentin, l’un des personnages du roman.

Le titre de cet ouvrage est directement lié à Claude Monet. La légende raconte que dans ses derniers tableaux l’artiste impressionniste lutte contre sa propre mort. Début décembre 1926, quand Monet a compris qu’il allait mourir il aurait peint un ultime tableau des nymphéas en utilisant la seule couleur qu’il se refusait à utiliser. L’absence de couleur mais aussi l’union de toutes : le noir. Cette légende aurait pu rester au titre de simple mystère, mais voilà dans ce livre on apprend très tôt que la vieille femme possède un tableau qu’elle cache tout en haut de sa tour. Un tableau de nymphéas, les Nymphéas noirs. Comme exergue à ce roman policier on trouve une citation qui fait étrangement écho à ce titre : « Non ! Non ! Pas de noir pour Monet, voyons ! Le noir n’est pas une couleur ! », mots prononcés par Georges Clemenceau, au pied du cercueil de Claude Monet.



Thématiques

Nous avons commencé à le voir, la peinture est un thème clé dans ce roman. Omniprésente, on la retrouve jusque dans les descriptions qui renvoient souvent à la peinture, notamment la peinture impressionniste. Ainsi le sang du cadavre de Jérôme Morval qui se dilue dans l’eau d’une rivière est comparé à un pinceau que l’on nettoie. « L’eau claire de la rivière se colore de rose, par petits filets, comme l’éphémère teinte pastel d’un jet d’eau dans lequel on rince un pinceau. » Le traitement des couleurs est important dans les descriptions mais aussi dans leurs significations (noir de la mort, les couleurs vives des peintures et de la maison de Claude Monet etc.).

Les personnages principaux ont tous un lien très fort avec la peinture, tout comme la victime Jérôme Morval qui collectionnait les tableaux. L’ophtalmologue avait une préférence pour l’impressionnisme. Son rêve était de posséder un Monet et plus particulièrement un Nymphéas.

Le temps qui passe, qui se fige, les âges qui se croisent jouent un rôle important dans ce roman policier. En dehors de Giverny, un autre lieu cher à Monet est abordé dans cet ouvrage. Il s’agit de la ville de Rouen où Monet a peint pas moins de 28 «  cathédrales ». Ces cathédrales sont toutes différentes selon l’heure de la journée ou le temps, tout comme les personnages de ce livre qui deviennent plus ou moins suspects selon la façon dont ils sont perçus à un instant précis.

Le dernier thème important à mon sens est celui du secret. Il n’est pas surprenant de trouver un tel thème dans un roman policier mais il est toutefois intéressant de le mentionner. Chaque personnage a ses secrets, ceux-ci font partie de la nature humaine mais ces secrets sont plus ou moins lourds. Le poids d’un meurtre n’est pas le même que le secret d’une petite fille qui se cache de ses amis pour aller peindre après l’école. La vieille femme a des remords, non pas d’avoir tué son mari, mais des secrets et informations qu’elle détient. Elle hésite à aller parler à la police.

Au cours du roman, une hypothèse survient : et si tous les Givernois protégeaient un même secret ? Ce secret renverrait en partie à des tableaux d’impressionnistes et de Monet cachés dans la maison de ce dernier et qui constitueraient le secret des Givernois. Les habitants du village seraient au courant des trésors dissimulés dans cette maison.



La structure du texte

L’intrigue se déroule dans un cadre d’espace-temps très précis. L’histoire débute le 13 mai 2010 et finit le 25 mai, soit une durée de treize jours. Chaque chapitre représente un jour de cette période, à l’exception de rares ellipses (le récit du 16 mai ne figure pas dans le roman et il y a un retour au 13 mai 2010 entre le 24 et le 25 mai 2010). En plus de représenter un jour précis, les chapitres sont classés par thématiques, chaque jour est rattaché à un ou plusieurs éléments forts qui se traduisent par un mot en titre de chapitre : « raisonnement », « enterrement », « affolement », « affrontement », etc.

Le roman se découpe également en deux tableaux : le premier se nomme « Impressions » et le second « Exposition ». Le titre du premier tableau fait bien évidemment référence à l’impressionnisme et aux impressionnistes. On peut également l’associer au tableau peint par Monet en 1872 et 1873 : Impression soleil levant, un tableau qui marque le commencement d’une journée, ici d’une histoire, d’un livre. L’impression enfin peut se rattacher à une enquête policière et à l’inspecteur Laurenç qui donne de l’importance aux premières impressions dans le déroulement de l’enquête. Dans le deuxième tableau, « Exposition », un basculement s’opère et on retourne au premier jour. Ce fameux 13 mai 2010 où tout a commencé ; c‘est ici que l’exposition commence réellement. C’est là que l’on commence à comprendre, l’histoire se déroule à nouveau et tous les éléments se dénouent.

Durant la première lecture les indices s’accumulent et on se pose de nombreuses questions alors que les mystères et les personnages s’accumulent sans que l’on arrive à en cerner les liens. Ce n’est qu’à la toute fin qu’un fil rouge viendra tout relier. Les explications sont simples, dramatiquement plus simples mais ce dénouement va venir remettre en question tout ce que l’on sait sur nos personnages.

 

C’est un roman qui joue beaucoup sur les impressions et nous pousse à tirer des conclusions trop hâtives. J’ai longtemps hésité à dévoiler la fin de cet ouvrage, non pas pour en révéler l’assassin mais pour mettre en lumière la structure du texte. En effet ce n’est qu’à la toute fin que l’on perçoit le travail d’écriture, de composition et de recomposition de l’auteur. Une écriture qui n’est pas si simple. Un livre est l’objet final, il découle de versions antérieures et différentes, un travail où chaque élément a du sens.


Marie, 1ère année bibliothèques 2012-2013


Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 07:00

Tardi-C-etait-la-guerre-des-tranchees.gif






 

 

 

 

 

 

Jacques TARDI
C’était la guerre des tranchées
Casterman, 1993
 





 

 

 

 

 

 

 

L’auteur et l’œuvre

JacquesTardi est un auteur et dessinateur de bande dessinée né à Valence en 1946. Son père était militaire de carrière ce qui lui valut d’être prisonnier en Allemagne (Tardi rend d’ailleurs hommage à son père dans une de ses bandes dessinées les plus récentes Moi, René Tardi, prisonnier au Stalag II B). L’univers de Tardi possède diverses caractéristiques, souvent des paysages urbains en particulier les faubourgs parisiens, l’anarchisme et la révolte, la guerre et les conditions de vie des soldats, et surtout la misère illustrée de manière extrêmement crue. Tardi recourt pour son dessin à la technique de la ligne claire, utilisée par Hergé, le créateur de Tintin.


Pour ce qui est des personnages, Tardi se plaît à ridiculiser le concept de héros et utilise des antihéros. Et la bande dessinée C’était la guerre des tranchées ne fera pas exception.

L’œuvre en elle-même est plus qu’un simple récit sur la Première Guerre mondiale, c’est une suite de petites histoires (un peu comme un recueil de nouvelles), toutes englobées dans l’atmosphère caractéristique de la guerre des tranchées. L’auteur réussit à recréer les conditions de vie atroces des soldats, la vie dans les tranchées, la violence physique et psychologique, la cruauté des officiers supérieurs.


Il nous décrit la guerre d’un point de vue interne avec ses habitudes, son quotidien, son langage et bien entendu ses combats tous plus meurtriers les uns que les autres.



L’univers de la Grande Guerre

 

« Les obus éventraient le sol torturé, à l’intérieur duquel se terraient des milliers d’hommes qui avaient creusé la terre et aménagé des abris. C’était La guerre des tranchées. »

 

Dans ce fragment du récit, Tardi résume toute l’horreur de la Première Guerre mondiale.

Au début de l’œuvre, Tardi fait un rappel historique et une présentation des conditions de vie, du quotidien ainsi que des souffrances des soldats des deux camps. Il insiste sur les bombardements quotidiens appelés par les soldats « le marmitage », il décrit cela de manière réaliste, on pourrait presque dire naturaliste. En effet la taille, le lieu de fabrication et le nom des sociétés productrices d’artillerie sont également mentionnés. L’atmosphère se caractérise par des paysages dévastés, lunaires, cauchemardesques, où les villages ravagés par les bombardements font place à l’horreur du no man’s land, où les cadavres projetés hors de leurs tombes viennent s’accrocher aux derniers arbres encore debout.

tardi_C-etait-la-guerre-des-tranchees-02.jpg

 

Cependant l’auteur ne s’arrête pas là ; il nous décrit également l’horreur des combats, la peur des soldats de sortir de la tranchée, de se faire faucher par des tirs de fusil ou de mitrailleuse. La traversée du no man’s land se termine toujours par un massacre. Toute la violence de cette guerre est représentée par des dessins et des paroles très crus.

 

 

Tardi-c-etait-la-guerre-des-tranchees-03.jpg

 

Les atrocités les plus innommables sont présentes : un soldat au ventre ouvert qui se suicide avec une grenade, un général fanatique qui fait tirer des obus sur ses propres soldats les jugeant trop lâches, les combattants fusillés pour l’exemple… Les mutilations volontaires sont également traitées, mais de manière plus implicite, il n’y a pas d’image illustrant ce geste, mais seulement un court texte narrant l’histoire d’un soldat qui a trouvé une solution pour sortir de la guerre. Les dangers liés aux gaz toxiques sont également présents ; dans cette guerre totale, Tardi nous fait bien comprendre que tous les moyens ont été utilisés. Les problèmes psychologiques dus à l’horreur des combats sont aussi mentionnés.

La bande dessinée se termine par un récapitulatif du nombre de soldats victimes de cette guerre atroce. Un bilan est dressé de tous les morts, blessés, mutilés, amputés. L’auteur évoque l’utilisation des populations colonisées par les Français et les Anglais. Le récit s’achève définitivement par la mort de deux soldats le jour de l’Armistice, le 11 novembre 1918.

Tout au long de l’œuvre, il n’y a ni paix, ni espoir, il n’y a que la misère et la guerre.



Les personnages : leur quotidien, leurs souffrances, leur langage.

Les personnages

Les personnages présents dans cette œuvre ont des caractéristiques communes : ce sont tous des antihéros désabusés, parfois cyniques qui essaient tant bien que mal de survivre à cet enfer.

Le premier personnage que l’on suit est le soldat Binet. S’inquiétant pour son ami Faucheux parti en reconnaissance dans la nuit, Binet sort de la tranchée et part à la recherche de son ami dans le No man’s land. Il finit par le retrouver mort, son corps gisant dans une flaque de boue. Mais à ce moment une mitrailleuse allemande lui tire dessus et il meurt dans de terribles souffrances. Juste avant de mourir, il voit apparaître un soldat derrière lui, ce soldat est le narrateur.

Tardi c etait la guerre des tranchees 04

 

Le narrateur est le seul personnage qui intervienne plusieurs fois dans le récit, c’est un homme désabusé qui survit tout au long de la bande dessinée, il se rend compte peu à peu de l’atrocité de la guerre et de la déshumanisation des combattants. Il subira les effets nocifs du gaz toxique, fera la connaissance d’un soldat désespéré qui se suicidera avec une grenade. Il finira par mourir à son tour à la fin de la BD, le jour de l’Armistice.

Le soldat Lafon est le personnage qui nous permet de voir comment la guerre avait commencé ; il observe le climat de passion et d’agressivité caractéristique du début de la Première Guerre mondiale. Il finira par mourir dans une tranchée à cause de l’explosion d’un obus.

 

 

Tardi-c-etait-la-guerre-des-tranchees-05.jpg

 

Le soldat Huet est le personnage qui illustre la violence psychologique de la Grande guerre, il se sent coupable d’avoir tiré sur des civils que les Allemands avaient placés devant eux comme bouclier humain. Rongé par la culpabilité il finit par sortir seul de la tranchée et meurt d’une balle dans le ventre

 

 

 

 

Tardi-c-etait-la-guerre-des-tranchees-06.JPG

Le soldat Mazure est un des rares combattants du début de la guerre (on reconnaît cela à son équipement différent des autres soldats du récit). C’est un personnage silencieux et blessé qui erre à la recherche d’un abri après une bataille sanglante, il finit par devenir le prisonnier d’un soldat allemand caché dans un village détruit, mais les deux hommes arrivent à cohabiter. L’arrivée d’autres soldats français va bouleverser la situation, l’Allemand sera tué directement, et Mazure sera jugé et condamné pour « abandon de poste devant l’ennemi et intelligence avec celui-ci ».

D’autres personnage sont également présents et vont subir les diverses atrocités de la guerre.


Le langage des tranchées

Pour pousser le réalisme à son plus haut point Tardi va jusqu’à employer un langage volontairement grossier, ordurier, afin que le lecteur soit véritablement immergé dans l’atmosphère de cette guerre.

Comme phrase typique de cette guerre on peut noter :

 

« Y avait pas intérêt à faire du potin avec les bouteillons de soupe, le jus, le bricheton, les gourdes de pinard, et tout le bordel qu’on trimballait. On était à moins de 50 mètres des lignes boches. Le coin était délicat, carrément à découvert ; plus d’une corvée c’était fait étendre à cet endroit. ».

 

On observe ici un véritable langage des tranchées compréhensible seulement après une documentation sur cet argot.



Conclusion

Jacques Tardi a réussi à recréer de manière très réaliste l’atmosphère et les personnages typiques de la Première Guerre mondiale. Cette œuvre est une véritable réflexion sur l’absurdité et la barbarie de la guerre, ainsi que sur la déshumanisation et le désespoir d’hommes condamnés à une mort quasi certaine.

Personnellement je trouve que cette œuvre n’est pas seulement une bande dessinée, c’est un véritable chef-d’œuvre graphique et historique, où la boue et le sang se mêlent au désespoir et à la folie des hommes qui s’embourbent dans une guerre absurde et interminable. Cette œuvre nous plonge et nous immerge dans l’atmosphère cauchemardesque de la Première Guerre mondiale.


Gabriel, 1ère année 2012-2013

 

 

Jacques TARDI sur LITTEXPRESS

 

Tardi Brouillard au pont de Tolbiac

 


 

 

Articles de Chloé et d'Anaig sur Brouillard au pont de Tolbiac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tardi new york mi amor

 

 

 

Article de Florian sur New York mi amor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Gabriel - dans bande dessinée
commenter cet article
23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:00

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Invisible
Roman traduit de l’américain
par Christine Le Bœuf
Henry Holt and Company, 2009
Actes Sud, 2010
Babel, 2012





 

 

 

 

 

 

 

 

L’écrivain

Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il a commencé à écrire vers l’âge de 13 ans. De 1965 à 1970, il a étudié les littératures française, italienne et anglaise à l’université de Columbia. Pendant cette période, il écrit plutôt des poèmes et des critiques cinématographiques dans le magazine universitaire. Il aborde plus tard le roman et le théâtre. Paul Auster n’est pas seulement écrivain, il est aussi réalisateur. Il a notamment réalisé  Smoke et Brooklyn Boogie en collaboration avec Wayne Wang.

C’est un passionné de littérature française, il a notamment traduit de nombreux poèmes français en américain. Cette passion pour la langue française, il la tient de son oncle dont la terre d’accueil était la France. Paul Auster a d’ailleurs vécu en France de 1971 à 1975. Il est dit de lui qu’il est le « plus français des écrivains américains ». Il a d’abord connu le succès en France avant de percer aux États-Unis. Toute son œuvre est aujourd’hui publiée chez Actes Sud.

Ses romans ont tous un décor urbain, souvent celui de la ville de New York. Il s’est d’ailleurs fait connaître avec la  Trilogie new-yorkaise. Il considère New York comme un « laboratoire humain ». Il y a toujours vécu, et il aime cette ville parce qu’il y voit des gens de tous les horizons. C’est l’endroit qu’il connaît le mieux et il ne le quitterait pour rien au monde.

Il a obtenu le prix Médicis étranger pour  Léviathan en 1993. Il est aujourd’hui l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages qui lui ont permis de s’imposer comme une référence de la littérature postmoderne. Son dernier livre est Chroniques d’hiver (2013) ; il est considéré comme un roman autobiographique, statut que Paul Auster nuance un peu en répondant à François Busnel sur France Inter :

 

« Ni autobiographie ni Mémoires. Ce n'est pas non plus un récit. C'est une œuvre littéraire. Elle est composée de fragments autobiographiques, avec la structure d'une œuvre musicale. Le livre passe d'une année à l'autre. Là, j'ai 4 ou 5 ans, puis au paragraphe suivant j'ai 60 ans… »

 

Pour en savoir plus sur Paul Auster et son rapport à la ville de New York, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil aux Carnets de route de François Busnel à l’adresse suivante :

 http://www.youtube.com/watch?v=TrOiZWjzbHk



Introduction au livre

Durant les premières pages du roman, le narrateur est Adam Walker. Adam est un jeune homme de vingt ans qui étudie à l’université de Columbia. On est alors en 1967 pendant une soirée. Et ce jeune homme va faire la rencontre de deux personnes qui vont radicalement changer sa vie. Ces deux personnes forment un couple singulier de dix ans plus âgé que lui. Elles se nomment Rudolf Born et Margot. Rudolf Born enseigne pour un an la politique à l’université de Columbia dans la School of International Affairs. C’est un personnage qui dérange dès les premières pages et dont on n’arrive pas à cerner les intentions :

 

 « Born déclara que Margot et lui étaient sur le point de partir quand il m’avait aperçu, planté seul dans mon coin, et m’avaient trouvé l’air si malheureux qu’ils avaient décidé de venir me remonter le moral – juste pour s’assurer que je ne me tranche pas la gorge avant la fin de la soirée. [...] Cet homme était-il entrain de m’insulter, ou essayait-il réellement de faire preuve de bienveillance envers un jeune inconnu égaré ? Ses paroles en elles-mêmes avaient un ton plutôt joueur, désarmant, mais il y avait dans les yeux de Born quand il les prononça une lueur froide et détachée, et je ne pus me défendre de l’impression qu’il me mettait à l’épreuve, qu’il me narguait, pour des raisons qui m’étaient totalement incompréhensibles. » (p. 10)

 

L’esprit de Born nous apparaît plus que complexe. Margot est quant à elle une femme plutôt mystérieuse et effacée. Adam Walker ne sait pas trop quoi penser de ces deux personnes et il aurait mieux valu pour lui qu’il ne les recroise jamais. Malheureusement il revoit Born dans un bar du campus. Celui-ci lui propose de créer son propre magazine littéraire. Adam se demande si Born ne se moque pas de lui, ils ne se connaissent qu’à peine. Mais il se lance finalement dans l’aventure.

Seulement, lors d’une soirée de ce printemps 1967 où tous deux se promènent à Riverside, Adam découvre la vraie nature de Born. Cela bouleversera sa vie, puisque comme il le dit : « Jamais je ne pourrais lui pardonner – et jamais je ne pourrais me pardonner, à moi. » (p. 71)



Un roman double

En poursuivant notre lecture jusqu’au second chapitre, on comprend que le premier n’est autre que la première partie du manuscrit d’Adam Walker : Printemps. Le narrateur est alors Jim, un ancien camarade d’Adam à l’université de Columbia. Ce second chapitre se déroule quarante ans après le premier. Adam écrit à Jim après des années d’absence car il a un urgent besoin d’aide. Il joint à sa lettre le manuscrit. Tous deux se sont toujours tenus en estime. On ne peut pas dire qu’ils aient été des amis proches, mais ils se sont toujours bien entendus sur leur passion commune : la littérature. Et Jim va finalement permettre à Adam d’achever son manuscrit, qui a pour titre 1967. Il ajoute au « Printemps » deux autres parties : « Été » et « Automne ». Alors qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il revient sur cette année 1967 et sur le personnage de Rudolf Born.

Il y a donc une intertextualité et des récits enchâssés. Ce sont des procédés que Paul Auster utilise régulièrement dans ses livres. Ici, le manuscrit d’Adam alterne avec le récit de Jim, chacun nous apportant à sa manière son lot de révélations.
 


Rudolf Born, un personnage diabolique

Adam fait le lien dès le début du livre entre Born et le poète du XIIème siècle du nom de Bertran de Born. Ce poète provençal fait dans son œuvre un éloge constant de la guerre. Quant à Rudolf Born, il dit que « la guerre est l’expression la plus pure, la plus vive de l’âme humaine. » (p. 11) Adam reprend l’image que Dante fait de Bertran de Born arrivant aux enfers. Et cela fait germer l’idée que Rudolf Born est sûrement lui-même possédé. C’est un personnage très impulsif, et on se demande s’il se préoccupe des autres. On s’interroge sur sa nature : est-il réellement humain ? Margot dit, en effet, de Born :

 

 «  Il y a de la violence en lui. Sous tout son charme et ses réparties spirituelles, il y a une vraie colère, une vraie violence » (p. 165)

 

Born est un homme charismatique, mais très lunatique comme nous le montre le passage suivant :

 

 « Ce Born-ci était différent de celui que j’avais commencé à connaître – le blagueur cassant et moqueur qui jubilait de ses propres mots d’esprit, le dandy expatrié, allègrement occupé à fonder des magazines et à inviter à dîner des étudiants de vingt ans. Quelque chose faisait rage en lui et, à présent que cet autre personnage m’avait été révélé, je me sentais pris de recul en sa présence, comprenant qu’il était le genre d’homme qui peut à tout moment entrer en éruption, quelqu’un qui prenait bel et bien plaisir à se mettre en colère. » (p. 38)

 

Rudolf Born est un opportuniste qui connaît la vie de Walker de long en large, sans que celui-ci lui ait raconté quoi que ce soit. Born est finalement bien plus puissant qu’il ne le laisse entendre. Il est loin d’être un simple politologue…



Adam Walker : un double de Paul Auster ?

Né juif, Adam a passé son enfance dans le New Jersey. Puis il a suivi des études littéraires à l’université de Columbia dans la ville de New York. C’est un jeune homme plutôt réservé et timide, malgré sa grande intelligence. Il participe tout de même aux publications de l’université et pratique le base-ball. Il affectionne tout particulièrement l’écriture et la lecture. Il se passionne pour la littérature française, qu’il traduit également.  Jim le décrit en ces termes :
   

«  De tous les jeunes inadaptés de notre petite bande, à l’université, Walker était celui qui m’avait paru le plus prometteur, et je considérais comme inévitable de commencer tôt au tard à entendre parler des livres qu’il aurait écrits ou à lire quelque chose qu’il aurait publié dans un magazine – poème ou roman, nouvelle ou article critique , peut-être une traduction de l’un de ses chers poètes français [...] » (p. 73).
   

Au cours de l’automne 1967, Adam Walker se rend à Paris où il participe au Junior Year Abroad Programm. Il y vit dans des conditions miteuses bien que propices à l’écriture. C’est un bel homme qui ne se rend pas compte de sa beauté, mais qui a beaucoup de succès auprès des filles. Il aime faire l’amour, et ne s’en cache pas tout au long de l’ouvrage.
   
Vous l’aurez compris : tous ces traits de caractère sont aussi ceux de Paul Auster. De plus, l’auteur place son personnage dans une période qu’il connaît puisque il l’a lui-même vécue. La guerre du Viêt-Nam est présente en Amérique et rend l’atmosphère terne et suffocante.
   
Mais Adam se différencie en bien des points de Paul Auster. Ce qui les sépare surtout c’est qu’il n’a pas poursuivi sa carrière d’écrivain et qu’il s’est finalement engagé « en faveur des humiliés et des invisibles » (p. 81). Dans ces conditions, 1967 reste la seule œuvre de sa vie.



L’exercice d’écriture

Paul Auster affirmait récemment durant l’interview sur France Inter :

 

 « Connaissez-vous cet écrivain américain spécialiste du sport, Red Smith ? Il a dit : "Écrire, c'est simple : ouvrez vos veines, et saignez." Les artistes sont des gens pour qui le monde n'est pas suffisant. Des gens blessés. Sinon, pourquoi nous enfermerions-nous dans une pièce pour écrire ? Essayons d'utiliser nos blessures pour rendre quelque chose à ce monde qui nous a tellement heurtés. »

 

Je trouve que cette idée s’applique aussi à Adam dans l’écriture de son manuscrit. Celui-ci a vécu quelque chose d’éprouvant qu’il voulait à tout prix retranscrire sur le papier. Mais il rencontre des soucis dans l’écriture de son livre :

 

 « En parlant de moi-même à la première personne, je m’étais étouffé, rendu invisible, je m’étais mis dans l’impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même, que je prenne du recul et que je libère un espace entre moi et mon sujet (moi-même en l’occurrence), et je revins donc au début de la deuxième partie et entrepris de la rédiger à la troisième personne. » (p. 86)

 

Finalement, Adam adopte donc la deuxième personne pour la partie « Été » et la troisième pour la partie « Automne ». Du Je on passe au Tu, pour terminer avec le Il. Paul Auster prend cette même distance dans Chronique d’hiver où il utilise la deuxième personne. Ces techniques d’écriture sont donc propres à Paul Auster et permettent d’une certaine manière de ne pas devenir Invisible.


Maud, 1ère année édition/librairie 2012-2013

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, articles de Clément et  d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura et de Sarah.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 

Paul Auster La Chambre dérobée

 

 

 

Article d'Emilie sur La Chambre dérobée.

 

 

 

 

 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 Article d'Émilie sur Invisible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 07:00

Ben-Katchor-Le-quartier-des-marchands-de-beaute-01.gif

 

 

Ben KATCHOR
Le Quartier des marchands de beauté
Julius Knipl, photographie immobilière
Traduction
Professeur A
 Rackham
Collection Le Signe noir, 2011

 

 

 

 

Ben Katchor est né en 1951 à Brooklyn. Il grandit au sein d'une famille juive puis entre à l'école d'art et de dessin de Brooklyn. Depuis toujours au contact de la presse, il publiera régulièrement des comic strips dans des journaux américains tels que The Raw, créé par  Art Spiegelman, ou The Forward. Il a une page mensuelle dans Metropolis, un journal sur l'immobilier. En fait, Ben Katchor est vite influencé par les strips de la presse quotidienne (il se rappelle son père qui lisait un journal communiste) ou les comics, qui sont très présents aux États-Unis dans les années 40-50. Cependant, il s'intéresse particulièrement aux dessins, plaçant les fictions des supers-héros en arrière-plan. Il est par exemple influencé par  Dick Tracy, célèbre bande dessinée policière de Chester Gould. Pour le dessinateur, le support est un élément central. Ben Katchor est un homme de terrain, il ne veut pas être exposé dans des musées ou des galeries, sur un mur. La presse l'intéresse car elle est imbriquée dans la culture actuelle au sens large, elle questionne la société, tout ce qui nous entoure. Ainsi, le public tombe sur les strips de l'artiste, il ne fait pas que les contempler comme dans un musée, il y a un véritable ancrage dans la société et dans les individus qui la constituent.

Ben Katchor a eu la bourse Mc Arthur en 2000 et est aujourd'hui professeur agrégé à Parsons, The New School for Design à New York.


Nous allons voir, à travers Le Quartier des marchands de beauté, comment son œuvre fait référence à sa vie. Cet ouvrage est le troisième du dessinateur et nous remarquons qu'il y a une certaine continuité, l'artiste y défend une vision des choses.

Le Quartier des marchands de beauté est édité en 2011 par la maison  Rackham. Elle publie principalement de la bande dessinée américaine, et s'occupe de rééditer des ouvrages. La traduction en français est du Professeur A.

Ben-Katchor-Le-quartier-des-marchands-de-beaute-03.jpg

Ben Katchor a travaillé dans une imprimerie à New-York, il a donc côtoyé des hommes d'affaires. Ces derniers le fascinent. Ce sont des hommes qui travaillent machinalement, sans forcément de passion ou d'envies. Il est également fasciné par le monde qui l'entoure, la société industrielle, économique. Il regarde le monde et se pose des questions, s'intéresse à la cité urbaine qu'est New-York et aux interactions entre les individus. Il s'intéresse à l'homme qui prend son café en terrasse, en contemplant la rue, en rêvant ou lisant. Cet homme fait abstraction de ce qui se passe autour de lui et n'imagine pas que derrière lui, des gens s'affairent en cuisine pour lui permettre de vivre ce moment. Katchor s'intéresse au lien entre les objets et les individus, entre le matériel et l'humain et nous propose dans son livre, un personnage assez similaire.

Julius Knipl est le personnage que l'on retrouve dans ses comic strips. Cependant, il est aux antipodes d'un personnage principal classique. Il est un fil conducteur, n'a pas vraiment de personnalité, c'est un non-héros. Il observe le monde qui l'entoure et propose au lecteur ce qu'il voit. On retrouve également une voix narratrice, qui sait des choses que Knipl ne sait pas. C'est au lecteur d'assimiler et de faire la différence entre ces personnages et leurs visions.

Ce livre est une « photographie immobilière ». Ben Katchor rassemble ici deux procédés pratiques, terre à terre, qu'il trouve particulièrement proches et représentatifs de la société.

L'artiste nous propose donc l'état des lieux d'une société économique. Même si elle rappelle fortement New-York, elle n'est pas réelle. Il ne voulait pas reproduire la société existante sinon le lecteur se serait ennuyé et il affirme qui lui aussi. Cette société que nous présente Katchor semble absurde. Il consacre huit vignettes à raconter une histoire qui n'a pas de sens, fait un gros plan sur un moment de la vie qui paraît insignifiant et cela peut, au premier abord, déstabiliser le lecteur qui se questionne. En fait, il nous propose une exposition d'hommes qui constituent un quartier d'affaires et c'est comme s'il parlait de l'absurdité de l'argent, de ces commerces, de ces échanges qui n'en sont pas vraiment. Il y a un regard assez nostalgique et un rapport à l'objet, à la collection. Nous pouvons prendre l'exemple de la page qui s'intitule « première femme ». Il s'agit d'un homme qui souhaite démontrer à son ami qu'il a eu une femme avant sa présente vie. Il recherche une certaine photographie qui prouvera l'existence de cette idylle. On comprend le pathétique de la vie de cet homme qui s'ennuie et éprouve le besoin de se raccrocher à son passé.

On peut se demander s'il y a une critique de la société actuelle, de son non-sens, de son absurdité, du fait que les hommes n'ont plus de passion, que la société industrielle qui a fabriqué des chaînes commerciales a tué le peu d'humanité qu'il pouvait y avoir dans les commerces à l'atmosphère particulière. Ce formatage place les hommes dans un moule et empêche la créativité. On ressent cette idée au fil des pages. Nous pouvons prendre l'exemple de l'histoire du stylo-bille : « La production de ces instruments d'écriture bon marché a largement excédé les exigences de l'inspiration poétique ». La dernière histoire, plus longue que les autres, présente le quartier des marchands de beauté comme un lieu où il y avait une école de pensée, philosophique, qui se reflétait dans chaque commerce à la théorie esthétique différente.

On remarque que tous les personnages qui ont un espoir ou une envie créatrice sont finalement déçus. C'est le cas dans la page intitulée « anciennes fournitures de bureau ». Un collectionneur est heureux de sa trouvaille absurde mais essentielle pour lui. Pourtant, celle-ci causera sa perte. Même Julius Knipl qui est le fil rouge de ces nouvelles sans aucun lien entre elles ne porte pas de jugement, il semble un peu vide face à la situation qu'il observe. Il est juste préoccupé par son travail et l'argent nécessaire pour vivre jusqu'à la fin du mois. Il erre dans la ville comme s'il était en quête de quelque chose, de connaissances, d'un intérêt qui donne un sens à sa vie.

 


Ben Katchor nous propose une bande dessinée pour adultes à la lecture dans un premier temps laborieuse. Dans ces nuances de gris, le lecteur doit trouver son chemin entre les pensées de Knipl, la voix narratrice et les dialogues des personnages. Mais cette exposition absurde et poétique d'une société mérite qu'on s'y attarde et pourquoi pas, qu'on l'apprécie davantage à la seconde lecture. L'auteur se compare aux surréalistes qui proposent un art dénué de raison, dénué des valeurs communes. Mais cela me fait également penser aux dadaistes qui répondent à l'absurdité de leur monde, de la guerre par un art absurde, automatique.

Cette lecture m'a donné envie de lire son dernier ouvrage, L'Odyssée d'une valise en carton, paru en 2012 aux éditions Rackham. Il semble y avoir une continuité. Il y parle de ce qui rassemble et désunit les peuples : le matérialisme. Car celui-ci bouche la communication, laisse place à l'individualisme, à la culture et consommation de masse qui empêchent l'imagination. Il parle de la crainte de l'autre et de la tristesse de la communication. Il fait également référence aux frontières culturelles.

 

Ben-Katchor--L-Odyssee-d-une-valise-en-carton.jpg

Camille, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ben KATCHOR sur LITTEXPRESS

 

 

ben-katchor-histoires-urbaines-de-julius-knipl.gif

 

 

Articles de Gaëlle et de Nicolas sur Julius Knipl photographe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Camille - dans bande dessinée
commenter cet article
21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 07:00

Baril-Guerarg-Menageries-01.gif







Jean-Philippe BARIL GUÉRARD
Ménageries
 Editions Naïve, 2013



 

 

 

 

 

 

 

 

WARNING !  : Objet non identifié s’attaquant à vos zygomatiques sans concession ni pudeur.

 

 

 

 

 

 

Biographie

Né à Plessisville en 1988, Jean-Philippe Baril Guérard est un auteur et comédien québécois. Il a prêté sa voix à de nombreux personnages en doublant plusieurs films et séries télévisées depuis 2010. Il a écrit plusieurs pièces et contes, dont Le Damné de Lachine et autres contes crades, Baiseries et Warwick. Son dernier spectacle de contes urbains, Ménageries, a été publié sous forme de recueil illustré aux Éditions de Ta Mère (Québec) en 2012 et en France, chez Naïve, en 2013. Auteur très peu connu en France, il vient bousculer nos rayons de librairie, par ses thèmes et son écriture aux accents et expressions québécois délicieux, qui nous semblent venir d’une autre planète !

 

 

 

Ménageries

 

Ménageries,  écrit par Jean-Philippe Baril Guérard  et illustré par Benoit Tardif, nous embarque dans un joyeux voyage au cœur d’une ménagerie pas comme les autres ! Tantôt hilarant, tantôt cynique ou tendre, Ménageries brosse un portrait trash de notre époque à travers quatre contes d’animaux totalement déjantés.

Dans le premier récit, « Cougar », nous suivons une équipe de hockey jeune espoir, les Tigres, qui partent affronter les Wildcats à Moncton. La veille du match, l’équipe va écumer les bars et l’un d’entre eux, le plus doué, va finir sa nuit en compagnie d’une femme d’un certain âge. Le lendemain, quelle n’est pas sa surprise quand la conquête de la veille se trouve être dans les tribunes pour encourager l’équipe adverse où son fils est joueur. Va s’ensuivre un match sanglant, où tous les coups seront permis et où le célèbre dicton « le malheur des uns fait le bonheur des autres » prendra tout son sens ...

« Porc », c’est l’histoire pas banale d’une vache qui vient de se trouver un copain sur un site internet. Elle a décidé que c’était l’heure pour elle d’avoir un enfant, et qu’importe qui sera le père. Son nouveau chum va l’emmener pour leur premier rendez-vous prendre un bain dans le Yamaska, le lac le plus pollué de la région. Le lendemain, la vache ressort avec une odeur pestilentielle provenant de ses parties génitales ; des pustules et des boutons recouvrent son vagin, elle décide donc d’aller voir un médecin. À ce moment-là, le docteur, qui n’a jamais vu une chose pareille, va apprendre à la jeune demoiselle l’histoire redoutable du lac Yamaska et de la malédiction qui tombe sur toutes les personnes qui osent s’y baigner.

 « Grizzly » se passe à Montréal dans le quartier gay, le Village. Nous y suivons Martin, un grizzly de quarante ans qui vient de s’amouracher d’un  petit jeune, tout droit sorti de l’UQAM et qui travaille au Starbucks du quartier. Martin est séropositif depuis cinq ans et craint qu’à l’annonce de sa maladie son compagnon ne le quitte. Il va mettre au point un plan des plus diaboliques et insoutenables avec l’aide de ses amis, pour remédier à sa peur d’être quitté.

 « Licorne » est la dernière histoire, elle met en scène une jument qui a en horreur les licornes et la fascination qu’elles exercent sur les hommes. La licorne représente pour nous, dans notre société, la jolie fille aux beaux attributs artificiels, objet de tous les fantasmes masculins, mais qui suscite bien des jalousies. Et quand le petit ami de notre jument se prend d’amour pour cette Marilyn Morin, une licorne en devenir et réputée intouchable, la guerre est déclarée et les ennuis commencent…

Ménageries, à travers ces quatre contes urbains, décrit notre société, au service de la consommation, avec ses effets de mode et l’avidité des gens à vouloir être les meilleurs, les plus riches et les plus beaux. 

Avec ce livre caricaturant l’immoralité de l’homme et injectant un humour noir totalement cinglé et jubilatoire, les éditions Ta mère nous livrent une véritable explosion de jouissance qui nous atteint tendrement. Grâce aussi, bien sûr, aux dessins de Benoit Tardif, qui viennent donner une touche d’insouciance et de couleur au texte qui déborde de sexualité, de sang et d’argent.

Au-delà de l’humour et de la caricature, Ménageries nous interroge sur les besoins que l’on se crée ou ceux que nous impose la société, à travers la jument dans le dernier conte qui critique les femmes aux seins refaits, mais qui finalement lorsqu’elle a l’argent nécessaire passe à l’opération pour plaire à son ami, le conte « Porc », qui vient donner un coup de projecteur sur ces rencontres faites sur internet, et cette tendance à faire un enfant pour soi, sans s’encombrer de mari ou bien encore la terrible histoire de « Grizzly » qui nous bouleverse et témoigne des difficultés à conjuguer l’amour et le sida mais qui montre que, au fil des années, cette maladie est assimilée par la société, qui s’en « accommode » et se contente, pour certains, de placer les gens dans telle ou telle catégorie, comme le dit Martin, le Grizzly Bear : « Aujourd’hui, le VIH, c’est pus une maladie, c’est une équipe dans laquelle on joue ou on joue pas. »

Tout au long de la lecture, nous sommes portés par le fameux joual québécois. Écrit dans un langage populaire, typiquement québécois, et farci d’anglicismes, le texte nous aprrendra entre autres que bobette signifie « culotte ». Le lecteur français se sentira certainement dépourvu au départ, pour ensuite succomber à cette langue dynamique et virulente, aux couleurs cosmopolites. Voici pour vous donner un aperçu, le début du conte « Porc » :

 

« Est-ce que j’ai le mot « conne » écrit dans le front ?

Je le sais que je suis pas très belle, pis que je suis pas, disons, la fille la plus excitante en ville. Je le sais que, vu que je suis célibataire depuis trois ans, je mérite pas de traitement royal, mais y a toujours ben des limites !

Si jamais je le revois, je vais lui arracher les testicules avec mes dents.

Quand y va être mort, je vais chier sur sa tombe.

Dire que pour lui, j’ai pris un bain de minuit dans la Yamaska. Un bain de minuit dans la Yamaska !

Laissez-moi vous expliquer avant de me juger, voulez-vous ?

Ça commence avec un homme, parce que ça commence toujours avec un homme. Je rencontre le gars sur Internet, sur un site de rencontre. Je sais que dit comme ça, ça peut avoir l’air loser, mais y’a l’air potable, le gars ! Pas con, pas laid, toute le kit. »

 

 

 

Ainsi, Ménageries, dans son langage brut et populaire, s’attache à grossir les travers les plus inavouables de l’homme, les histoires s’enchaînent dans une succulente bacchanale de tous les diables que l’on savoure à outrance ! Après avoir écarté les enfants de ces contes qui pour une fois s’adressent uniquement à NOUS les grands, préparez-vous à passer un pur moment de détente parsemé de fous rires garantis. 


Amélie, 2ème année édition-librairie 2012-2013

 

 

Repost 0
20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 07:00

Conan-le-barbare-01.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Brian WOOD (scénario)
Becky CLOONAN (dessin)
James HARREN (dessin)
Dave STEWART (mise en couleurs)
Conan le Barbare, tome 1 :
La Reine de la Côte Noire
Titre original
Conan the Barbarian,
Queen of the Black Coast, 2012
Traduit de l’américain
par Thomas Davier
Panini Comics, 2013

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Brian Wood : Après avoir été diplômé de la Parsons School of Design (New York) en 1997, il a officié en tant que designer dans le jeu vidéo. Il entra chez Marvel grâce à Warren Ellis, et depuis, il se consacre entièrement à la bande dessinée. Il est l’auteur de Northlanders, DMZ et contribue également aux Xmen et à Star Wars en plus de Conan le Barbare qu’il scénarise.

Becky Cloonan : Après avoir auto-publié ses travaux, elle entame en 2003 une collaboration avec Brian Wood sur plusieurs titres, dont Northlanders. En 2008, elle remporte, à égalité avec d’autres auteurs, un Will Eisner award pour 5, une anthologie de bande dessinée.

James Harren : Produit des années quatre-vingt, il officie en tant que dessinateur sur B.P.R.D. et Abe Sapien, séries dérivées de Hellboy de Mike Mignola, ainsi que sur certaines aventures des Xmen.



Un héros qui traverse les époques

Plus qu’un héros de bande dessinée, Conan le Cimmérien est avant tout un personnage de littérature « pulp » créé par Robert E. Howard en 1932 pour le magazine Weird Tales. Tout comme J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard (1906-1936) est incontournable dans l’histoire de la fantasy moderne. Malgré sa courte carrière, il contribuera à l’essor du genre avec des personnages tels que Solomon Kane, le Roi Kull ou encore Sonja la Rousse qui sera intégrée à l’univers de Conan par les scénaristes de bande dessinée. Son amitié épistolaire avec H.P. Lovecraft l’influencera et il ajoutera occasionnellement une touche de fantastique horrifique à ses récits.

Dès 1970, la maison Marvel s’empare du personnage par l’intermédiaire du scénariste Roy Thomas, et des dessinateurs Barry Windsor-Smith et John Buscema.


Après des centaines d’épisodes déclinés sur plusieurs séries, Marvel abandonne les aventures du Barbare en 2000. Quatre années plus tard, Dark Horse Comics ressuscite le personnage pour cinquante numéros avec Kurt Busiek et Cary Nord à la barre, et ce jusqu’en 2008.

C’est en 2012 que Dark Horse décide de repartir une fois de plus fois à zéro, avec une nouvelle équipe destinée à moderniser le héros et à s’affranchir des dessins très réalistes qui marquaient la série jusqu’à présent, et ce depuis 1970.

Pour cela, Brian Wood, suivant la demande de Dark Horse entame ce nouveau cycle par l’adaptation de La Reine de la Côte Noire, célèbre nouvelle de Robert E. Howard et finalement peu adaptée en comparaison de La tour de l’éléphant, par exemple, qui est une autre nouvelle emblématique de la saga du Cimmérien.

Conan-Couverture_Weird_Tales.jpg

Une vie d’aventures et de fureur

Conan est un Barbare originaire de Cimmérie, région dure et inhospitalière. Guerrier impitoyable mais au grand cœur, il voyagera toute sa vie, exercera divers métiers, participera à de nombreuses guerres tout en explorant le monde à la recherche de trésors enfouis et de mystères séculaires jusqu’à accomplir sa destinée : devenir roi d’un empire colossal. Chaque nouvelle est un fragment de la vie de Conan et se situe à un moment précis de sa vie. Le héros change, gagne en maturité, tandis que Howard livre ses textes à Weird Tales sans chronologie établie, tel un vieux conteur qui raconterait des bribes de la vie de Conan le soir, autour du feu, au fur et à mesure que ses souvenirs réapparaissent. Cette fragmentation est appréciable, insufflant un caractère très épique aux nouvelles narrant l’âge mûr de Conan et un aspect bien plus aventureux à ses péripéties de jeunesse.

Par l’intermédiaire de son héros, Howard dresse un impitoyable portrait de la Civilisation. Conan, barbare pragmatique et naïf lors de ses jeunes années, est confronté à l’hypocrisie des peuples civilisés, à l’injustice et à la trahison. Tel Robin des Bois, il franchira souvent les limites imposées par la Justice si elles sont en contradiction avec son propre sens moral. Vivant au jour le jour et au fil de l’épée, Conan savoure l’instant présent, et dépense ses revenus en alcool et en femmes de joie avant de repartir à l’aventure. Ne craignant que la magie et ce qui est invulnérable à l’acier tranchant de sa lame, il se forgera au fil de sa vie, dans le sang et la fureur, une réputation de guerrier impitoyable auquel personne ne résiste.

conan1.jpg

La Reine de la Côte Noire

La Reine de la Côte Noire est une nouvelle de Robert E. Howard parue dans Weird Tales en 1934.

 

« Crois-moi, les verts bourgeons s’éveillent au printemps,
L’automne peint les feuilles d’un feu sombre ;
Crois-moi, j’ai gardé mon cœur inviolé
Pour prodiguer à un seul homme mes désirs ardents. »
Le chant de Bêlit - Robert E. Howard


Conan a environ 25 ans lorsqu’il arrive à Messantia, ville côtière et gigantesque capitale de l’Argos pour trouver du travail. À cause d’un quiproquo malheureux, le Barbare est accusé, à tort, d’avoir participé au meurtre d’un garde de la cité dans une taverne. Traîné devant la justice, il tente vainement d’expliquer son innocence, mais son statut d’étranger joue en sa défaveur et il est reconnu coupable. Perdant patience, Conan s’échappe après avoir fendu le crâne du juge avec l’épée d’un garde et volé le cheval du gouverneur local. Après une poursuite dans les rues de la ville, il embarque de force sur une galère marchande, L’Argus, menée par le capitaine Tito, qui met les voiles vers le pays de Kush afin de commercer. Mais l’infortune guette Tito et ses marins quand les Dieux mettent sur leur route La Tigresse, navire craint par-delà les océans car mené par Bêlit, la redoutable Reine de la Côte Noire et sanguinaire pirate. Après un abordage d’une grande violence, l’équipage de l’Argus est décimé. Seul Conan survit, maculant le pont de La Tigresse de sang. Impressionnée, Bêlit rappelle ses hommes, et engage le redoutable guerrier à son bord pour une vie de piraterie et d’aventures exotiques. Conquis, non pas par les armes, mais par le cœur, Conan suivra celle qui sera le premier (et seul ?) grand amour de sa vie.

Ce résumé correspond environ à la première moitié de la nouvelle originale et de l’album de bande dessinée. Puis l’histoire diverge, car Brian Wood a pris la liberté d’allonger le récit de Howard en rajoutant des péripéties permettant ainsi d’étoffer la relation entre les personnages, notamment le chaman N’Yaga et l’amour naissant et scellé dans le sang entre Conan et Bêlit. La suite de cette aventure, en cours de parution aux États-Unis, sera publiée ultérieurement et devrait rejoindre à terme le récit original qui est marqué par un finale dont l’intensité dramatique frappera Conan à jamais.

La seconde partie de cette histoire dessinée nous embarque donc dans une aventure inédite exaltante dans laquelle Conan revient à Messantia en compagnie de Bêlit et son équipage pour organiser un acte de piraterie sans précédent et aux risques incommensurables.



Des choix controversés

Le souhait affirmé de Dark Horse est de dynamiser la licence Conan le Barbare afin de conquérir un public plus jeune, habituellement plus enclin aux super-héros costumés qu’aux adaptations de littérature populaire d’aventure des années 1930. Cependant, le public traditionnel, habitué aux dessins réalistes des prestigieux prédécesseurs de Becky Cloonan et James Harren a tendance à bouder ce nouveau départ, selon l’aveu même de Brian Wood dans l’interview qu’il donne à la fin de l’album. En proposant un changement de cette envergure, Dark Horse entraîne également un renouvellement de ses lecteurs.
conan2.jpg
Becky Cloonan et James Harren proposent au lecteur un style plus dépouillé que celui de Buscema, par exemple, notamment au niveau des personnages, tandis que certains décors sont très détaillés malgré un dessin qui tranche avec l’académisme habituel. Cependant, il se dégage un dynamisme parfaitement maîtrisé, autant dans l’émotion que dans les déchaînements de violence qui rendent hommage à l’écriture de Howard, très incisive, parfois abrupte et finalement très moderne. Certaines vignettes jouent habilement sur les perspectives afin d’offrir des cadrages osés, quasi cinématographiques et sont sublimées par une mise en couleurs travaillée qui s’attarde sur les modelés et les détails.

Contrairement au dessin, le récit reste plus classique. Certains dialogues sont directement issus de la nouvelle originale, et les textes descriptifs sont écrits avec une typographie rappelant celle d’une machine à écrire, comme pour faire un lien avec Robert E. Howard.

 

« Telle une perle dorée scintillant dans les eaux bleues de l’Océan occidental. Une cité où règnent l’aristocratie, la finance, les lois et la justice. Une cité où de grandes maisons de marchands avec terrasses perchées dans les collines dominent de sinistres taudis bordant les quais, des bazars où sévissent les crimes et où la corruption des classes supérieures se matérialise par un couteau logé dans les côtes d’un homme qui se meurt dans une impasse obscure. »

 

Brian Wood nous raconte les aventures d’un Conan jeune, peu expérimenté, à la musculature réduite, parfois enclin aux doutes et dont le cœur est encore à prendre. C’est pourquoi son travail sur Bêlit est très intéressant, car il propose avec ce personnage d’une grande force une sorte d’alter ego féminin à son héros, tour à tour objet de fantasme dans des rêveries, sanguinaire lors des combats et vulnérable face à qui saura prendre son cœur.

Cet album, dont la lecture s’est révélée très agréable passée la surprise due au graphisme, est une bande dessinée de qualité qui n’hésite pas à s’éloigner des précédentes séries consacrées à ce célèbre personnage pour proposer au lecteur une aventure rythmée, riche en péripéties dessinée avec talent et portée par des personnages bien écrits et attachants. Et par-dessus tout, cette nouvelle parution s’avère, dans l’esprit, très fidèle à l’œuvre originale de Robert E. Howard.



En complément

Pour les amateurs de fantasy et de littérature populaire d’aventure, notons  l’excellente et exhaustive réédition de l’intégrale de Conan le Barbare, parue en trois volumes chez Bragelonne.

 

Rémy de La Morinerie, AS Bib 2012-2013

 

 


Repost 0
Published by Rémy
commenter cet article
19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 07:00

Poppy-Z-Brite-Soul-Kitchen-01.gif





 

 

 

 

Poppy Z. BRITE
Soul Kitchen
Titre original
Soul Kitchen (2006)
Traduction
de Morgane Saysana
Au diable Vauvert, 2013







 

 

 

 

 

 

 

Soul Kitchen est le dernier opus d’une trilogie dont les deux premiers tomes sont Alcool et La Belle Rouge. Il peut toutefois être lu indépendamment des précédents. Soul Kitchen est un roman culinaire auquel se mêlent des histoires de meurtres et de mafia, sur fond de Louisiane et de découverte de ses habitants.



L’auteur 

Poppy Z. Brite est une auteure américaine de la Nouvelle-Orléans. Elle commence sa carrière par des nouvelles et des romans d’horreur et de fantastique. Les deux caractéristiques essentielles de son écriture sont la présence d’hommes homosexuels comme personnages principaux et la description crue d’actes sexuels, ainsi qu’une certaine froideur dans le récit d’actes choquants. C’est au début des années 2000 qu’elle commence à écrire des romans culinaires.



Résumé

Soul Kitchen est l’histoire de Rickey et G-man, partenaires à la vie comme au travail, deux chefs à succès qui semblent attirer les ennuis. L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, lieu où le monde culinaire est en continuel bouillonnement, en particulier dans le restaurant Alcool dirigé par les deux chefs. Leur restaurant est un des plus prisés de la Nouvelle-Orléans mais les choses se compliquent pour eux dans ce roman, d’une part avec l’arrivée de Milford Goodman, un brillant chef dont la carrière avait été suspendue en raison d’une accusation, à tort, du meurtre de sa patronne, à qui Rickey donne une nouvelle chance. Mais également à cause d’un nouveau projet dans lequel Rickey se lance, en entraînant Milford. Le projet est de créer un nouveau  restaurant qui va les amener à travailler avec deux riches mafieux de la Nouvelle-Orléans, dont un se révélera être lié au passé de Milford.

En parallèle, Rickey connaît lui-même des difficultés autant dans son restaurant que dans sa vie privée. Le roman suit donc l’histoire de plusieurs chefs et leur façon de gérer leurs différents ennuis.



Thèmes abordés

– La cuisine : c’est avant tout un roman dit culinaire. L’auteure aborde le côté technique de la cuisine avec des passages de description de conception des plats en s’inspirant de l’original menu du restaurant Alcool, dont le principe est de remanier des recettes en y intégrant une dose d’alcool. Exemples : le gratin de crevette Vermouth, ou bien un filet de veau à la sauce écrevisse-cognac, sans oublier le melon charentaise imbibé d’une sauce à la Saubbuca, liqueur au goût de dragibus.

Le roman étudie également le côté gustatif de la cuisine, notamment avec la scène de dégustation dans le restaurant de cuisine moléculaire, assez étonnante, même si la description des plats amène à douter de leur comestibilité.

 

« Voici notre assortiment chinois à la cajun, expliqua le serveur. Vous y verrez des pousses de quenouilles, des éclats d’écorce et de cyprès et de la poudre de filet. Il n’y a rien à manger à proprement parler : il s’agit juste de créer l’atmosphère et d’émoustiller vos sucs digestifs grâce aux arômes. »

 

Ou encore :

 

«…quand un autre plat arriva : trois minuscules ramequins contenant chacun deux cubes de gelée, perchés sur un bocal où deux combattants du Siam nageaient en rond, amorphes. Muni d’un vaporisateur, le serveur aspergea les cubes d’une substance aux relents de poissonnaille. »

 

Avec ce roman on voit tout le côté créatif qui entoure le monde de la cuisine, la création des menus et des plats.

Mais c’est surtout une plongée dans l’atmosphère d’un restaurant, dans l’ambiance d’une cuisine, cela montre comment se comportent les cuisiniers entre eux et surtout la hiérarchie inhérente à ce métier.

C’est donc une présentation du monde culinaire sous différentes aspects.


– La Nouvelle-Orléans : le roman offre un panorama de la ville. C’est une description de la ville elle-même, de son abondance de restaurants, mais également les alentours, les bayous, les côtes de la Louisiane, le village de Shell Beach par exemple. C’est aussi une présentation du mode de vie en Louisiane ; l’auteur dresse un portrait assez caricatural des habitants et des paysans des bayous, des familles du ghetto de la Nouvelle-Orléans, des cuisiniers de la ville et des mafieux. C’est une présentation assez riche, avec une grande diversité de personnages.



Mon avis

J’ai été un peu déçue par ce roman, dont l’écriture est très banale et plutôt fade, genre roman de gare. De plus, ce roman culinaire, comme il est catégorisé, même s’il prend effectivement la cuisine comme toile de fond, ne fait en fait que survoler le sujet. Il est évidement présent dans tout le roman, mais n’est qu’une excuse pour en aborder d’autres. J’attendais plus de précision. J’ai trouvé que l’oeuvre manquait d’intensité ; on n’est pas transporté, ou alléché par les descriptions, elles ne sont pas suffisamment suggestives pour que l’on imagine les plats. Je trouve donc que le terme roman culinaire est inapproprié.

Quant à la description de la Nouvelle-Orléans et de ses habitants, elle est très cliché et caricaturale.

Les deux thèmes qui ressortent le plus dans le roman sont effacés par l’histoire elle-même, les magouilles des mafieux, les histoires de meurtres. C’est un roman qui se lit vite, mais qui est superficiel.


Perrine, 2ème année édition-librairie 2012-2013

 

poppy z brite le corps exquis Article de Julie sur Le Corps exquis

 

 

 


Repost 0

Recherche

Archives