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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 09:17


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Hubert SELBY Jr
Last exit to Brooklyn, 1964
trad. de l'américain par J. Colza,
Albin-Michel, 1970
rééd. collection 10/18











     Last Exit to Brooklyn
est un recueil de six nouvelles de longueurs inégales. Le fil conducteur de ce recueil est le quartier de Brooklyn avec sa misère, son chômage et sa violence. Dans ces nouvelles, Hubert Selby Jr nous montre l’image de l’Amérique des bas quartiers : sexe, violence, drogue et alcool sont les maîtres mots. A l’instar de Louis Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit, il nous montre qu’il n’y a plus d’espoir pour les personnages qu’il met en scène de manière si réaliste.

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Un univers sans espoir


     Ce livre est un recueil de nouvelles indépendantes les unes des autres ; néanmoins il est nécessaire de lire l’ensemble de l’ouvrage pour comprendre, avec encore plus de force, l’horreur et la crudité de ces destinées. L’auteur reprend souvent les mêmes personnages, les mêmes prénoms, les mêmes lieux d’une nouvelle à l’autre afin de renforcer l’impression que tous ces destins sont similaires. Ainsi le personnage de Vinnie apparait dans la quasi-totalité des nouvelles : brute sans scrupule que le lecteur voit tour à tour poignarder un homosexuel, tabasser à mort un homme et enfin frapper et hurler continuellement contre sa femme. Le bar du Grec est un lieu récurrent où les hommes se saoulent, se battent ou cherchent une femme pour la nuit. Brooklyn pourrait être un quartier où règne l’entraide du fait que les personnes se fréquentent quotidiennement et sont dans la même situation mais c’est l’image inverse que nous propose l’auteur. La nouvelle " Coda " illustre bien ce phénomène. Elle raconte le destin croisé de différentes personnes habitant le même immeuble. Il n’existe aucune solidarité, aucun lien d’amitié entre les habitants qui pourtant connaissent tous la même situation sociale. Ainsi un groupe de jeunes femmes se retrouvent pour critiquer les autres habitants, regardant impassiblement et sans réaction un bébé en danger sur la terrasse d’un des appartements. De nombreux avis sont placardés car les personnes jettent leurs ordures chez leurs voisins ou encore mettent des excréments dans l’ascenseur. Tout sentiment positif tel que l’amour ou l’amitié a disparu de ce monde urbain où l’égoïsme et la violence règnent.


     Même les enfants, d’habitude porteurs d’espoir, sont dépeints comme des êtres mal élevés, ayant grandi au milieu des cris et des coups de leur parents et destinés au même avenir qu’eux. Les plus grands rackettent déjà les plus petits, leur vocabulaire est grossier et dans la nouvelle " La poursuite " deux jeunes garçons, en jouant, renversent un landau où se trouve un enfant mais aucun des deux ne prend le temps de regarder si le bébé va bien, aucun ne se rend compte de la gravité de la situation.


     Hubert Selby Jr écrit certains passages avec beaucoup de poésie, le lecteur croit ainsi par moments que le bonheur est peut-être possible dans cet univers sombre. Par exemple dans la nouvelle " Coda ", il écrit " L’air était calme et chaud. Elle sourit et regarda les arbres ; les vieux arbres, grands, hauts et forts ; les jeunes, petits, souples, chargés d’espoir ; le soleil éclairait les jeunes feuilles et les bourgeons. Même les petites feuilles sur les haies et la jeune herbe fine et les pousses de pissenlit étaient rendu vivantes par la chaleur du soleil. Oh, c’était si beau. Et Ada remercia Dieu, l’être et le créateur de l’univers qui faisait naître le printemps par la chaleur de son soleil. " Mais cet espoir est tout de suite éteint, renforçant le sentiment du lecteur qu’il ne sert à rien d’espérer, que ces destinées sont vouées à rester à Brooklyn dans la violence et l’alcool. Le passage se poursuit ainsi : " De cette fenêtre on ne pouvait pas voir les terrains vagues et les dépôts d’ordures ". Ada est en fait une vieille femme vivant seule suite à la mort de son mari et de son fils et se mutilant chaque jour.


     Avis personnel

     Last Exit to Brooklyn est un livre dur à lire par les thèmes qu’il aborde mais aussi par le style typographique qu’il propose. En effet aucune ponctuation de dialogue n’est présente, l’auteur emploie des capitales pour les répliques criées et il existe peu de paragraphes ; le livre forme ainsi un bloc où il n’est pas toujours facile de se repérer ni de deviner qui est en train de parler. Ensuite, par son ton cru et réaliste, le style de Hubert Selby Jr dérange. Aucune morale, aucun recul n’est proposé. L’auteur raconte les faits tels qu’ils sont sans chercher à distinguer le bien du mal ou à introduire son opinion. Le lecteur se sent comme un intrus dans la vie de ses personnages, pour qui il n’éprouve ni sympathie ni compassion. En effet, malgré la misère dans lequel ils vivent, par leurs actions (bagarre, meurtre, alcool), les personnages ne suscitent aucune sympathie chez le lecteur. Ainsi dans la nouvelle " Tralala ", une jeune fille de 15 ans que l’on peut qualifier de " facile " meurt d’une manière horrible : " ils aperçurent Tralala étendue nue couverte d’urine, de sang et de sperme ". Pourtant le lecteur n’arrive pas à être totalement horrifié de cette mort car Hubert Selby Jr, par son style, nous la propose comme presque évidente et allant de soi. De même, dans la nouvelle " La grève ", le lecteur voit évoluer le personnage de Harry, homosexuel refoulé qui ne supporte pas l’autorité. Il apparaît comme un personnage très énervant mais en même temps à la personnalité complexe. Aucune indication sur son passé, ses parents ne permettent de comprendre son caractère ni le fait qu’il ne supporte pas que sa femme le touche. Dans ce recueil, l’acte sexuel n’apparaît jamais comme un acte d’amour mais toujours comme un acte purement physique destiné à soulager une pulsion. L’auteur nous présente juste une tranche de vie prise à un moment donné, sans réflexion, ni éléments explicatifs qui pourraient amener le lecteur à compatir. Cette lecture ne laisse pas indifférent, abandonnant le lecteur à une réflexion sur la notion de moralité.


      Last Exit to Brooklyn est donc un livre à lire et qui ne laissera personne insensible. Loin du rêve américain habituellement décrit, ce recueil permet de découvrir une autre facette des Etats-Unis, une vision où le bonheur et l’amour sont absents, remplacés par la violence et l’alcool.


     "J'écoute le remuement sordide de la misère, j'entends la musique de la souffrance. J'entends ses cris, puis je la visualise, mes yeux l'enregistrent, et quand tous mes sens sont en alerte une formidable émotion me prend aux tripes et les mots s'écrivent d'eux-mêmes sur la machine ". Hubert Selby Jr

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Coralie, 1A Éd.-Lib.

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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 08:12

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Albert LONDRES
Terre d’ébène, 1929,
Rééd. Le Serpent -
collection Motif, 1998.

 


















     Albert Londres est né en 1884 à Vichy. Jeune, son rêve est d’être poète. A 20 ans, il londres.jpgpublie son premier recueil de poèmes intitulé Suivant les heures. Londres a écrit trois recueils de poésie supplémentaires : L’âme qui vibre en 1908, Lointaine et La marche à l’étoile en 1911.


     Cependant, c’est comme journaliste que l’on connaît mieux Albert Londres. Sa carrière débute en 1906. Il est journaliste parlementaire au quotidien Matin.


    
     En 1914, il devient correspondant militaire pour le journal du ministère de la guerre puis correspondant de guerre pour le Petit Journal. Il part suivre les combats en Serbie, Grèce, Turquie, Albanie… En 1919, Albert Londres est licencié du Petit Journal sur l’ordre direct de Clemenceau. Dans un article publié depuis l’Italie, le journaliste décrit le mécontentement des Italiens à propos du traité de Versailles signé en 1919 par Clemenceau et les Alliés. Le journaliste ne craint pas de critiquer les plus puissants. Cette impertinence imprègne toute la carrière journalistique d’Albert Londres, on retrouve ce tempérament dans Terre d’ébène.


     Par la suite Londres s’engage auprès du journal illustré Excelsior et part aux quatre coins du monde. 1920, Dans la Russie des Soviets. Il découvre la naissante Union Soviétique, et dresse les portraits de Lénine, Trotski et du peuple russe. 1922, le voilà en Asie pour son reportage la Chine en folie ; il nous décrit la Chine et ses seigneurs de guerre ainsi que l’Inde de Nehru, de Gandhi et de Tagore. Dès le début des années 20, les reportages d’Albert Londres font sensation. C’est le début d’une grande notoriété. Albin Michel décide de publier ses articles sous forme de livres.


    Par la suite, Londres continuera ses reportages à l’étranger (Argentine, Palestine, les Balkans, Europe de l’Est) mais à partir de 1923, le journaliste entame une série de reportage sur la France et ses territoires coloniaux. Il porte successivement son regard sur le tour de France dans Les Forçats de la route ou Tour de France, tour de souffrance (1924) ; sur les hôpitaux psychiatriques, Chez les fous (1925) ; et sur la ville de Marseille dans Marseille, porte du sud (1927).


     En 1923 sort la grande enquête de Londres ; celle qu’il consacre aux pénitenciers de Guyane. La publication de Au bagne connaît un grand retentissement. La force du reportage est telle qu’elle secoue la classe politique de l’époque. Le gouvernement décide de supprimer le bagne dès l’année suivante. Le bagne est un thème cher au journaliste ; il publie deux autres reportages : Dante n’avait rien vu (1924), et L’homme qui s’évada (1928). Voici un court extrait de cette enquête : " Le bagne n'est pas une machine à châtiment bien définie, réglée, invariable. C'est une usine à malheur qui travaille sans plan ni matrice. On y chercherait vainement le gabarit qui sert à façonner le forçat. Elle les broie, c'est tout, et les morceaux vont où ils peuvent " (Au bagne, 1923).


     En 1929, le livre Terre d’ébène est publié. Terre d’ébène est une sorte de carnet de voyage composé d’une trentaine d’articles dans lequel l’auteur nous raconte tout son parcours dans les colonies françaises d’Afrique. Six années après sa description mordante du bagne, Londres examine la manière dont l’Etat français s’occupe de ses territoires africains.


     Ce livre, comme les précédents, suscite de vives réactions. Dans un avant-propos Albert Londres raconte : " Voici donc un livre qui est une mauvaise action. Je n’ai plus le droit de l’ignorer. On me l’a dit. Même on me l’a redit. (…)Tout ce qui porte un flambeau dans les journaux coloniaux est venu me chauffer la plantes des pieds. On a lancé contre ma fugitive personne de définitives éditions spéciales. Les grands coloniaux du boulevard m’ont pourfendu de haut en bas, au nom de l’histoire, de la médecine, du politique, de l’économique, de la société, du coton, de l’or, du Niger, de la Seine et du Congo. " Face à ses opposants, le journaliste maintient sa ligne de conduite : " Je ne retranche rien au récit qui me valut tant de noms de baptême ; au contraire, la conscience bien au calme j’y ajoute. Ce livre fera foi. " Plus loin : " Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie ".

Fort de ce principe, Londres nous retrace son séjour de quatre mois en AOF et AEF, de Dakar jusqu’à Brazzaville. Voici comment le journaliste décrit les territoires français en 1928 :


     " 20 millions de Noirs, sujets français.

Deux empires.

L’Afrique-Occidentale française : AOF.

L’Afrique-Equatoriale française : AEF.

L’AOF et L’AEF !

Treize millions de sujets en Aof. Quatre millions en Aéf. Togo et Cameroun font le reste.

Les Allemands ont perdu ces deux terres pendant la guerre. Par hasard, plutôt que par pudeur, les Anglais ne les ont pas raflées.

Alors elles nous sont revenues.

Huit colonies en AOF : Mauritanie, Sénégal , Guinée, Côte d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Soudan, Niger.

Quatre en AEF : Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Tchad.

L’AOF va de l’Atlantique au lac Tchad pour la largeur, et du Sahara au golf de Guinée pour la hauteur. C’est un territoire de cinq millions de kilomètres carrés.

L’AEF commence à l’équateur et se termine au diable noir, mangeant le cœur de l’Afrique.

Il y a de quoi se promener !

Les historiens disent du pays qu’il se présente en forme d’auge. Le mot chaudron lui irait mieux.

On y mijote. On est sur le gaz comme un morceau de gîte à la noix dans son pot-au-feu. Le diable peut venir vous tâter du bout de sa fourche, on n'est jamais assez cuit. On cuit le jour, on cuit la nuit. En sortant de là, on pourra toujours se mettre dans une presse à viande, ce n’est pas le sang que l’on rendra qui fortifiera les anémiques ! ". (p.29)


     Ces quelques lignes, qui sont au début de l’ouvrage, nous donnent une bonne idée de la manière dont l’auteur retranscrit ce qu’il voit, ce qu’il comprend. Le ton est tantôt direct, clair, voire brut, tantôt railleur, cynique. Cette humeur accompagne l’intégralité du livre.


     Sur le bateau en direction de Dakar, Londres rencontre des fonctionnaires coloniaux. Ces derniers s’apprêtent à poser leur pied pour la première fois sur sol africain. Ils ne savent pas encore quelle mutation leur réserve l’administration. Ils sont anxieux voire terrorisés par cette annonce. Londres témoigne de cette situation avec amusement et nous décrit avec une pointe d’insolence la fin d’un idéal : " Jadis les fonctionnaires coloniaux faisaient leur temps dans la même colonie. Aujourd’hui le maître les force à valser. Ils n’aiment pas cette danse. Qui dit fonctionnaire colonial ne veut plus dire esprit aventureux. La carrière s’est dangereusement embourgeoisée. Fini les enthousiasmes du début, la colonisation romantique, les risques recherchés, la case dans la brousse, la conquête de l’âme nègre, la petite mousso ! On s’embarque maintenant avec sa femme, ses enfants et sa belle-mère. C’est la colonie en bigoudis ! ". (p.17).


     Ainsi nous suivons l’auteur dans ses aventures au fil de ses déplacements. Il précise à chaque fois le lieu où il se trouve, son itinéraire, les moyens de locomotion empruntés. Pour aller à Brazzaville depuis Dakar, le journaliste utilise le train, le bateau, le camion, la marche à pied, le cheval… Ses observations ne portent pas sur la faune et la flore des pays visités, ni sur leur géographie. L’auteur préfère porter son regard sur les hommes et les femmes qu’il croise sur son chemin, quelle que soit leur condition. Il n’hésite pas à reprendre les expressions des autochtones comme " prendre le pied la route ". Londres s’intéresse au fonctionnement politique, économique, social du pays qu’il traverse. Londres investit le quotidien. Ces articles nous décrivent la vie des habitants dans les territoires coloniaux. Ces rencontres sont l’occasion de poser des exemples concrets sur les difficultés quotidiennes que l’on rencontre dans les colonies françaises d’Afrique.


     Plusieurs chapitres sont consacrés uniquement à une rencontre, une personne. L’auteur croise des personnages très variés. Le chapitre 5 est consacré à Tartass dit " le coiffeur à pédale ". Cet homme a quitté la France à la suite d’une déception amoureuse. Il gagne sa vie en faisant des centaines de kilomètres à vélo chaque jour pour offrir ses services. Yacouba le décivilisé (chap. 12) a fait partie de la première caravane de missionnaires envoyée au Soudan (le Mali aujourd’hui) en 1895. Il a quitté les Pères Blancs pour épouser une autochtone. Au chapitre 16, le journaliste rencontre à Ouagadougou sa majesté Naba Kôm, roi du pays Poussi Poussi. Au chapitre 24, Il rencontre Zounan dit le roi de la nuit à Porto Novo au Dahomey (Bénin). Londres décrit les fastes de leur cour. Le chapitre 23 est consacré au domestique d’Albert Londres. " Il s’appelait Birama. Je l’avais pris à la prison de Bamako. Non par esprit humanitaire. Aucune manifestation de ma part. Mais en Afrique la prison est le bureau de placement. Là, les administrateurs et les Blancs favorisés vont chercher leur domestique " (p.201).


     Il prend aussi le temps de revenir sur quelques points historiques pour mieux nous expliquer l’état politique, économique, social des colonies en 1928.


     Il compare aussi nos anciennes colonies avec les colonies anglaises et belges et constate l’indifférence de la métropole face aux nombreux problèmes à résoudre en Afrique. Le bilan est très négatif. Ce livre dénonce les affrontements entre les hommes d’affaires et les fonctionnaires pour se procurer la main d’œuvre, les marchés et les bénéfices, la justice obsolète voire absurde, les conditions de vie des populations locales, la domination des Blancs, la mise à l’écart des métisses, la condition des femmes noires qui sont encore moins considéré que le bétail, le maintien d’un esclavagisme masqué entretenu par les colons mais aussi par le peuple noir, la fuite des noirs et leur crainte des colons.

 


" Eh ! oui ! les captifs !

L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe.

Angleterre, France, Italie, Espagne, Belgique, Portugal envoient leurs représentants à la tribune de leur Chambre. Ils disent : " L’esclavage est supprimé, nos lois en ont foi. "

Officiellement, oui.

En fait, non !

Souvenez-vous ! De cela, il n’y a pas huit mois, une dépêche de Londres annonçait dans les journaux français qu’en Sierra Leone l’Angleterre venait de libérer deux cent trente mille captifs.

Il y en avait donc ?

Il y en a toujours, y compris ces deux cent trente mille-là ! On les appelle : captifs de case. Ce terme n’est pas une expression, vestige du passé ; il désigne une réalité. En langage indigène, ils répondent au nom de " ouoloso" qui signifie : " naître dans la case". Ils sont la propriété du chef, tout comme les vaches et autres animaux. Le chef les abrite, les nourrit. Il leur donne une femme ou deux. Les couples feront ainsi des petits ouolosos.

Autrefois ils étaient captifs de traite. Quand les nations d’Europe ont supprimé la traite (officiellement), ont-elles du même coup supprimé les esclaves ? Les esclaves sont restés où ils étaient, c'est-à-dire chez leurs acheteurs. Ils ont simplement changé de nom : de captifs de traite, ils sont devenus captifs de case ; ils naissent Ga-Bibi, ainsi que l’on appelle les petits des serfs. Ce sont les nègres des nègres. Les maîtres n’ont plus le droit de les vendre. Ils les échangent. Surtout ils leur font faire des fils. L’esclave ne s’achète, il se reproduit. C’est la couveuse à domicile. " (p.55-56)


     Les temps forts de ce livre sont consacrés à la dénonciation de deux faits scandaleux : l’exploitation de la forêt en Cote d’Ivoire et la construction de la voie ferrée appelée Congo-Océan. Londres décrit avec précision les conditions de travail des Noirs pour la coupe de bois dans la forêt de Côte d’Ivoire. Il nous raconte comment se déroule la foire aux hommes à Bouaké, la livraison de captifs. La France exploite ces hommes jusqu'à épuisement afin de construire des voix de communication. Aucune faveur ou aide matérielle ne leur est concédée. La main d’œuvre noire est bien moins coûteuse que des véhicules ou des machines. Les nègres transportent tout sur leur tête ou sur leur dos, ils sont considérés comme des " moteurs à bananes " :


" Qu’est-ce que le nègre ? Le nègre n’est pas un Turc, comme l’on dit. Il n’est pas fort. Le noir, en teinture, n’est pas un brevet de solidité. Parfois, dans les camps, les prestataires meurent comme s’il passait une épidémie. (…)

On agit comme s’ils étaient des bœufs. Tout administrateur vous dira que le portage est le fléau de l’Afrique. Cela assomme l’enfant, ébranle le jeune Noir, délabre l’adulte. C’est l’abêtissement de la femme et de l’homme. Le blanc soutenait une thèse, il disait : "Nous les obligerons à faire des routes ; c’est pour leur bien que le portage les tue ; les routes faites, ils ne porteront plus."

Ils portent toujours !

Où nous devrions travailler à peupler, nous dépeuplons. Serions-nous les coupeurs de bois de la forêt humaine ?

Où nous a conduits cette méthode ?

A une situation redoutable.

Depuis trois ans :

1° Six cent mille indigènes sont partis en Gold Coast (colonie anglaise) ;

2° Deux millions d’indigènes sont partis au Nigeria (colonie anglaise) ;

3° Dix mille indigènes vivent hors des villages, à l’état sauvage (plus sauvage !) dans les forêts de Côte d’Ivoire.

Ils fuient :

1° Le recrutement pour l’armée ;

2° Le recrutement pour les routes ou la machine (chemin de fer) ;

3° Le recrutement individuel des coupeurs de bois.

C’est l’exode !

Ainsi nous arrivons en Haute-Volta, dans le pays mossi. Il est connu en Afrique sous le nom de réservoir d‘hommes : trois millions de nègres. Tout le monde vient en chercher comme l’eau au puits. Lors des chemins de fer Thiès-Kayès et Kayès-Niger, on tapait dans le Mossi. La Côte d’Ivoire, pour son chemin de fer, tape dans le Mossi. Les coupeurs de bois montent de la lagune et tapent dans le Mossi.

Et l’on s’étonne que le Soudan et la Haute-Volta ne produisent pas encore de coton !

Des camions et des rouleaux à vapeur !

Voici mille nègres en file indienne, barda sur la tête, qui s’en vont à la machine ! Au chemin de fer de Tafiré. Sept cents kilomètres. Les vivres ? On les trouvera en route, s’il plaît à Dieu ! La caravane mettra un mois pour atteindre le chantier. Comme le pas des esclaves est docile !

Des hommes resteront sur le chemin, la soudure sera vite faite ; on resserrera la file.

On pourrait les transporter en camion ; on gagnerait vingt jours, sûrement vingt vies. Acheter des camions ? User des pneus ? Brûler de l’essence ? La caisse de réserve maigrirait ! Le nègre est toujours assez gras ! " (p133-135).


     Au Congo les gouverneurs de la colonie M. Victor Augagneur puis M. Antonetti, qui lui succède, portent un grand projet : relier Brazzaville à Pointe-Noire qui débouche sur l’Atlantique. 502 kilomètres de voie ferrée sont à construire. Londres intitule cet épisode : le drame du Congo-Océan.


     Il raconte comment des hommes plus ou moins volontaires sont engagés. Une fois le recrutement effectué, ils sont emmenés jusqu'à Brazzaville par l’intermédiaire des fleuves sur des chalands bondés de voyageurs (300-400 personnes). Le trajet dure 15 à 20 jours. A bord de ces embarcations l’horreur commence : " Les voyageurs de l’intérieur étouffaient, ceux de plein air ne pouvaient ni tenir debout, ni assis. De plus n’ayant pas le pied prenant, chaque jour (…) il en glissait un ou deux dans le Chari, dans la Sanga ou dans le Congo. Le chaland continuait. S’il eût fallu repêcher tous les noyés !… ". (p.243)


     Ensuite les nègres prennent le " pied la route " en direction de Pointe Noire. 30 jours de marche environ sur des pistes, il n’y pas de camp prévu pour le repos de ces hommes. On leur donne 10 F qu’ils dépensent tous à la capitale le soir-même mais rien à manger. Puis une fois arrivés à destination, ils participent tout de suite à la construction du chemin de fer. Sans matériel, juste leurs mains et leur tête : " J’ai vu construire des chemins de fer ; on rencontrait du matériel sur les chantiers. Ici que du nègre ! Le nègre remplaçait la machine, le camion, la grue ; pourquoi pas l’explosif aussi ! Pour porter des barils de ciment de cent trois kilos les Batignolles n’avaient pour tout matériel qu’un bâton et la tête de deux nègres ! ". (p.245)


     Lors de son passage sur ce chantier, Londres nous affirme que déjà 17000 Noirs sont morts pour les travaux du Congo Océan et qu’il reste encore 300 kilomètres de voie ferrée à construire. Le gouverneur M. Antonetti, sûr de son objectif, confie à l’auteur : " Il faut accepter le sacrifice de six à huit mille hommes ou renoncer au chemin de fer. " (p.248)


     Albert Londres a lutté au travers de ses écrits contre les injustices, les pratiques gouvernementales et coloniales honteuses, les incohérences du pouvoir. Pour l’exploitation et la mise en valeur de territoires qu’elle possède mais qu’elle ne connaît pas, la France a tué des milliers d’hommes dans ses colonies africaines. L’auteur fidèle à sa réputation dénonce violemment les auteurs de crimes, il cite le nom et la fonction de chaque intervenant dans son texte. En parallèle, l’auteur nous décrit la vie de quelques personnages de classes sociales variées. Le lecteur passe par tous les sentiments : l’exotisme, le sourire, la surprise, la consternation, l’atterrement.


     Albert Londres est mort en 1933 dans l’océan Indien, dans l’incendie du George Phillipar, le bateau qui le ramenait de la Chine où il effectuait un reportage.


     Chaque année depuis sa mort le prix Albert Londres récompense le meilleur journaliste.


Mathieu, A.S. Bib. 

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 08:55

CHEVILLARD03.JPEG
Eric CHEVILLARD
Oreille rouge,
éditions de Minuit, 2005
(collection "double", 2007, 160 pages)












PRESENTATION DE L'AUTEUR ET DE SON OEUVRE


Voir le blog de l'auteur : l-autofictif.over-blog.com

son site internet : eric-chevillard.net (bibliographie, revue de presse)

le site des éditions de Minuit

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     Nous ne possédons que peu d'éléments biographiques concernant Eric Chevillard. Il est né en 1964 en Vendée et il a effectué un voyage au Mali de cinq semaines. Ces éléments autobiographiques se retrouvent dans Oreille rouge. Mais plutôt que d'autobiographie, nous pouvons parler d'autofiction à propos de ce roman, dont le récit n'est que pure création.


     Eric Chevillard a publié une quinzaine de romans aux éditions de Minuit ; le premier Mourir m'enrhume paru en 1987 et le dernier, Sans l'orang-outan paru en 2007. Oreillle rouge, son treizième roman, est paru en 2005 puis en poche (collection double) en 2007.


     Eric Chevillard écrit avec beaucoup d'humour et semble se plaire à déjouer les codes traditionnels de la littérature, en proposant des sortes de "parodies" de genres. En effet, il tourne en dérision l'édition savante (L' Œuvre posthume de Thomas Pilaster, 1999), le roman d'aventure (Les Absences du capitaine Cook, 2001), l'autobiographie (Du hérisson, 2002) ou encore le conte (Le Vaillant Petit Tailleur, 2004). Avec Oreille rouge, il s'attaque au récit de voyage et se moque de la figure de l'écrivain-voyageur. Selon Chevillard, "l'écrivain voyageur (...) a une pose - "je raconte mon périple" - et cache ce qu'il devrait montrer. On ne voit que lui, et il ne fait que piller certaines richesses africaines, les mots, qu'il va utiliser à son profit, comme d'autres des diamants". Cette figure dénoncée est bien celle que l'on retrouve dans le personnage d'Oreille rouge, qui cherche à prendre pour lui toute l'Afrique, tout ce qui est, dans sa culture d'occidental, typiquement "africain", afin de le condenser dans son "grand poème de l'Afrique".

 

 


OREILLE ROUGE

 


     L'ouvrage se divise en trois parties :

 

I. La préparation du voyage (et avant cela l'idée même du voyage)

II. Le voyage en lui-même, l'expérience de l'autre et de l'ailleurs

III. Le retour

L'ouvrage se construit ensuite en une succession de paragraphes courts, parfois sans lien apparent, comme une juxtaposition d'idées et de descriptions.

 

1. LE PERSONNAGE D'OREILLE ROUGE


     Oreille rouge est un personnage indéterminé, c'est "il" ou "lui" ; il pourrait très bien s'appeler Jean-Léon. L'histoire le nomme Oreille rouge une fois qu'il est en Afrique ("le jour, tous les Blancs se ressemblent. Tulo bilennew, petites oreilles rouges, c'est ainsi qu'on les appelle parfois ici en se moquant un peu"). Nommé de cette façon, le lecteur ne peut prendre ce personnage au sérieux et comprend que l'histoire ne sera qu'ironie et moquerie tendre. La première phrase du roman confirme cette impression : "Ne rien attendre de sensationnel venant de lui". Cet sorte d'incipit donne la tonalité de l'ouvrage ainsi que le caractère du personnage principal ; tout est banal et il ne se passe absolument rien d'extraordinaire.

 

    
     Oreille rouge est décrit comme un enfant, un bébé, un écolier trop sérieux. "C'est un pleutre. Il ne respire que dans sa tanière, dans son odeur. Au-delà de son lopin s'étend la terre des ombres, des esprits maléfique." Comme un enfant qui a peur du noir, Oreille rouge a peur de l'inconnu et ne se sent en sécurité que dans sa chambre, dans son confort personnel. C'est un écrivain qui ne vit que dans ses livres et son écriture, mais qui finalement ne connaît rien du monde extérieur. "Mon Dieu, comme il est rose ! Bébé ne change pas ! Inaltérable peau de tendron, on aurait envie de l'embrasser dans le cou, de lui caresser les cuisses. Il va falloir me faire barouder tout ça. Manque de corne sous les pieds et de cals dans les paumes, ce mignon." C'est quelqu'un de tout neuf, frais et naïf qui n'a encore rien vu du monde qui l'entoure et qui a donc tout à découvrir. Cet écolier trop sérieux qui est "du côté de l'organisation, de l'ordre, du rangement, de la ponctualité, de l'efficacité, du rendement" et qui arrache sauvagement ses pages d'écriture en détachant "la papier selon le pli marqué avec le pouce puis l'ongle du pouce, en tirant un peu la langue" semble tout à fait inadapté au voyage. Le voyage est en effet par définition un détachement de soi, de ses habitudes, de son confort personnel vers un ailleurs, une découverte de l'autre, de sa culture et de ses façons de vivre. D'après la description d'Oreille rouge, le lecteur comprend que le voyage et le récit qui en est fait, seront forcément en décalage de la réalité.


     Obstinément, Oreille rouge refuse de partir au Mali, comme un enfant têtu. Cependant, à force de se répéter l'idée du voyage, de s'approprier l'Afrique en la nommant et de faire le désinvolte devant autrui, il se retrouvera comme piégé par lui-même et n'aura d'autre choix que de partir pour de bon. Suit alors une préparation toute matérielle du voyage : faire ses bagages, ne pas oublier son carnet de moleskine (qui permet d'écrire en toute situation), faire ses papiers, son visa, ses vaccins ("Il ne lui faut pas moins de six vaccins pour se sentir enfin concerné par l'Afrique.") et ne pas oublier les médicaments. Cette matérialité est rassurante mais aussi inquiétante ; en effet toutes ces précautions lui permettront-elles malgré tout de "prétendre qu'il a vécu en Afrique" ? Notre écrivain voyageur s'entoure d'éléments rassurants et protecteurs avant de quitter son "monde" pour un autre. L'ailleurs et l'autre prennent donc une couleur menaçante comme dangereuse pour le voyageur occidental inadapté. L'altérité attire mais inquiète en même temps, car c'est l'inconnu. Le voyageur veut connaître mais doit se conditionner. Il ne peut se détacher complètement de son confort habituel ni de ses préjugés et clichés.

 

 

2. UN FOSSÉ ENTRE IMAGINAIRE ET RÉALITÉ


     Oreille rouge n'a jamais voyagé. Il ne se fait qu'une idée de l'Afrique, pleine de clichés qui sont ceux de tout Occidental ("Fiction naïve de l'innocence préservée, de la préhistoire qui dure"). Il se fait même une idée du voyage et anticipe son retour avant même d'être parti : "L'Afrique m'a changé complètement. J'étais ceci, je suis cela. Il s'entend déjà dire : point de vie qui vaille sans la rude expérience de l'Afrique. (...) Il faut avoir vécu là-bas pour savoir vraiment ce qu'est l'Afrique. (....) Va chercher ta vérité en Afrique. Renoncez à vos habitudes, bourgeois, à votre bonheur écoeurant, morbide, allez en Afrique". Notre apprenti voyageur se voit déjà transformé par son expérience de l'altérité et supérieur à ses pairs qui ne connaissent rien de la vie, parce qu'ils ne sont pas allés en Afrique. Il n'est encore que dans le cliché du voyage initiatique et bouleversant, mais qu'en sera-t-il en réalité ? Son pèse-personne affichant 72 kilos avant son départ affichera impertubablement 72 kilos, "les mêmes", à son retour, attestant ainsi qu'il ne s'est rien passé...

 


     Finalement, l'écrivain voyageur peut très bien voyager en imagination et écrire depuis chez lui : "On l'invite en résidence d'écriture dans un village du Mali, sur le Niger. Comme s'il avait besoin de se rendre là-bas pour écrire. Qu'on lui apporte une table, une chaise, un crayon et du papier. Sujet, avons-nous dit, l'Afrique. Facile. Tel est son tour d'esprit qu'il pense tout de suite aux grands animaux de la savane. Son imagination limitée convoque aussitôt la girafe et l'éléphant." L'évocation de l'Afrique fait inévitablement penser aux grands animaux sauvages. Cependant, le voyage, la confrontation à la réalité ne fera que détruire ces clichés. Là où Oreille rouge croit voir deux lionnes chasser une antilope, ce ne sont que deux chiens errants s'attaquant à une bique et le papillon au loin n'est qu'un sac plastique qui vole. Du serpent, on ne voit que la trace dans le sable et les restes de peau après la mue. Au risque de paraître ridicule, Oreille rouge entend bien dire "zébu", terme qu’il applique à des "vaches", "comme à Salers". Il ne verra pas non plus d'hippopotames, bien qu'il se lance à cinq reprises à leur recherche. Cette quête ne se fait pas sans Toka, "personnage important de cette histoire" car "il sait où sont les hippopotames" et il est "intarissable" sur ce sujet. En effet, à chaque expédition, Toka livre tout les renseignements possibles concernant l'hippopotame (ses particularités physiques, les endroits où il vit, etc.). Pour connaître l'hippopotame, animal africain, Oreille rouge doit passer par Toka, sorte d'intermédiaire indispensable qui fournit la connaissance de cet "ailleurs" inconnu du voyageur. Finalement, Oreille rouge ne verra aucun hippopotame et devra se contenter du savoir de Toka (appris uniquement dans une encyclopédie), qui n'a probablement jamais vu, lui non plus, d'hippopotames. Le récit de voyage devient ici parole de l'Autre (cet Autre qui symbolise la connaissance), mais paradoxalement cette parole vient de livres. Le voyageur n'a donc plus besoin de l'Autre pour apprendre ; il peut puiser son savoir lui-même dans les livres et de chez lui.

 


     Enfin, le rapport au réel est problématique. Tout d'abord, Oreille rouge semble se forcer à aimer cette expérience parce qu'il se dit qu'il voyage et qu'il découvre une autre contrée. Tout ce qu'il voit est merveilleux, y compris cet éléphant d'ébène qu'il achète et dorlote, le même auquel il aurait donné un coup de pied s'il l'avait vu sur un trotoir parisien. Une même réalité prend une tonalité nouvelle parce qu'elle est dans un autre contexte, dans cet ailleurs que l'on découvre. Parfois le réel est insuffisant pour notre voyageur, il ne correspond pas à ses attentes : il nomme "zébu" une vache, il crée des proverbes africains et il a parfois la tentation d'inventer (il ira même jusqu'à dire avoir vu des hippopotames, à son retour). Le voyageur, confronté à la réalité, n'est donc pas toujours heureux ; sa déception vient de ses attentes, des clichés dont il ne peut se séparer. Dès lors comment écrire un récit de voyage s'il y a toujours un tel fossé entre imaginaire et réalité ?

 

 

3. LE RÉCIT DE VOYAGE ET LA FIGURE DE L'ÉCRIVAIN

CHEVILLARDMALI.jpg
     Oreille rouge, c'est aussi la satire du personnage de l'écrivain et de la littérature de voyage. L'écrivain est un voleur et un profiteur. Il s'approprie tout ce qui ne lui appartient pas, pour en revendiquer ensuite l'authenticité. Si avant de partir, personne ne sait où se trouve le Mali, à son retour et uniquement grâce à lui, tout le monde pourra connaître l'Afrique ("il s'empare de tout ce qu'il voit, qui va finir dans le grand poème : on saura désormais où se trouve la Mali. Dans son livre."). L'écrivain voyageur vole l'Autre, lui prend ce qu'il possède, se l'approprie pour s'en faire une certaine gloire et une supériorité à son retour. Il a donc aussi une certaine prétention et croit être le seul à pouvoir raconter l'Afrique. Oreille rouge fuit les touristes ; il craint qu'ils ne se mettent eux aussi à raconter leur voyage et il ne supporte pas ceux qui disent connaître l'Afrique. Ici, le but du voyage est d'écrire ce grand poème ; le voyage est inévitablement littéraire. Il y a appropriation de l'autre par le mot (d'ailleurs le mot seul, l'imagination suffisent ; il n'est pas besoin de s'encombrer des embarras du voyage) : "Le mot lui suffit. Le mot Afrique est à lui maintenant. Il a le droit de l'employer. ne s'en prive pas. Afrique Afrique. Dans sa bouche, ce n'est plus une telle incongruité dorénavant. Il fixe l'horizon avec des yeux de propriétaire. Il est chez lui là-bas. Il a de bonnes raisons d'articuler le mot Afrique. (...) [Il] fait résonner aussi souvent qu'il le peut le mot Afrique. Afrique Afrique. Parfois, il dit plutôt Mali, c'est le mot juste." Le mot suffit, l'écrivain voyageur peut créer l'Afrique uniquement en la nommant. Le voyage devient donc superflu, voire inutile, ce sont l'écrivain et son livre qui priment.

 


     Enfin le voyage serait d'autant plus inutile sans le fameux carnet de moleskine, image-même de l'écrivain voyageur, outil indispensable. Paradoxalement, son authenticité ne va pas venir de ce que l'écrivain va écrire, mais de son aspect physique. Oreille rouge le laisse toute une nuit dehors, afin qu'il s'imprègne bien de l'air africain. Il n'hésite pas non plus à le tacher : "cette autre vilaine tache graisseuse prend tout son sens si l'on sait qu'il s'agit d'une goutte d'huile de coton produite ici même, dans ce village sur le Niger où Oreille rouge est en résidence". Une fois le carnet "enflé, déformé, écorché, griffé, lustré", il devient "un véritable objet d'art africain". Ce carnet doit contenir l'Afrique et devenir lui-même africain. Mais une fois devenu africain, la crainte de notre voyageur serait de le perdre, car alors "que lui resterait-il de l'Afrique" ? Le voyage semble donc tenir à bien peu de chose. L'écriture et le livre à venir sont les seules réalités qui restent, la seule preuve du voyage et finalement sans cela le voyage n'est rien.

 

 

CONCLUSION


    Cet "anti-récit de voyage" se moque du voyageur occidental et de la figure de l'écrivain-voyageur. Malgré cet humour, Eric Chevillard pose des questions plus profondes : pourquoi voyageons-nous ? Pourquoi écrivons-nous (pourquoi sommes-nous "obligés" de raconter, voire d'écrire le voyage ?), et finalement qu'est-ce qu'un écrivain-voyageur, comment peut-on percevoir l'autre et le raconter ? L'écrivain voyageur est celui qui se met en scène lui-même et qui est persuadé, parce qu'il voyage, qu'il est un témoin unique. La découverte de l'Autre et de l'Ailleurs n'est qu'un moyen pour parler de soi. Il y a toujours un écart entre les faits observés et la retranscription en un récit. Il semble donc que le récit de voyage, forcément lié à l'expérience individuelle, est toujours du côté de la subjectivité. D'ailleurs, par la seule mise en mot, le récit devient fiction. Le mot suffit à créer des mondes à part entière (cf. Richard Millet dans L'Orient désert : "Les noms (font) exister des territoires autrement réels que ceux que révèlent les voyages").

 

 Sophie, A.S. Éd.

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 07:59

PYNCHON01.jpg
Thomas PYNCHON,
V.
Traduit de l’américain par Minnie Danzas
Éditions du Seuil, octobre 1985, pour la traduction française,
Points Seuil, 2001.
Biographie











     Né le 8 mai 1937 à Glen Cove, Long Island, État de New York,Thomas Pynchon s'est toujours tenu dans un anonymat presque sans faille. Après avoir étudié l'aéronautique et lapynchon02.jpg littérature à l’université de Cornell (de cette époque date son premier texte publié, The Small Rain, 1959), fait son service militaire dans la Navy (expérience dont témoignent certains épisodes de son roman V.), et travaillé pour la compagnie Boeing, Thomas Pynchon publie V., son premier roman, en 1963, pour lequel il reçoit le prix William Faulkner du Meilleur Roman de l’année. Il a 26 ans et entre immédiatement dans l'histoire comme le plus obsédant des écrivains invisibles : seulement une poignée de photos datant de ses années d'études et une intervention vocale unique dans un épisode des Simpsons où son personnage animé apparaît masqué. En 1973,lorsqu’est paru son troisième roman, L’Arc-en-ciel de la gravité, la rumeur courut : Thomas Pynchon existait-il réellement ? N’était-il pas le nom d’emprunt d’un autre écrivain ?

 

PYNCHON03.jpg
     En 1997, alors que sortait son cinquième roman Mason & Dixon, une équipe de la chaîne américaine de télévision CNN traqua l’auteur avec la ferme intention de dévoiler enfin à tous son vrai visage. Elle y parvint, mais Pynchon s’opposa à la diffusion et fut finalement obligé d’accepter une interview en échange de la non-diffusion des images volées. Evidemment, il s’agissait d’une interview audio. Pendant ce qui reste à ce jour comme sa seule interview accordée à la presse audiovisuelle, il eut une réponse restée célèbre : interrogé sur sa nature de reclus, il affirma " Je crois que reclus est un mot de code utilisé par les journalistes et qui signifie qui n’aime pas parler aux reporters. " Thomas Pynchon est toutefois considéré comme un génie et comme l’un des plus grands écrivains américains de son temps. Il vit aujourd’hui à New-York.

 


Bibliographie

 


* V. (V., 1963)

* Vente à la criée du lot 49 (The Crying of Lot 49, 1966)

* L’Arc-en-ciel de la gravité (Gravity’s Rainbow, 1973)

* L’homme qui apprenait lentement (Slow Learner, 1984), recueil de nouvelles

* Vineland (Vineland, 1990)

* Mason & Dixon (Mason & Dixon,1997)

* Against The Day, 2006

 PYNCHON05.jpg

V.

     V., ce sont deux histoires en parallèle. Dans la première, on suit l’existence de Benny Profane, anti-héros qui se plaît à être un idiot et à mener une vie sans engagement. L’histoire se déroule dans le New-York des années 50/60, c’est donc dans cette partie que le thème urbain est le plus présent. Sex, drug and rock’n’roll… c’est également ainsi qu’on peut définir l’histoire de Profane, sans oublier la chirurgie esthétique, les beuveries, les marins en permission et les déambulations du personnage dans les égouts de New-York pour exterminer les alligators qui y auraient élu domicile. La seconde histoire est celle de Stencil, personnage qu’on retrouve également dans la première. Le père de Stencil est mort et laisse derrière lui un carnet dans lequel est écrit " Il y a plus derrière V. et dans V. qu’aucun de nous n’a jamais soupçonné ". Qui est V. ? C’est la question que se pose Stencil, une énigme qu’il cherche à résoudre jusqu’au bout. Il croit même à un complot. Est-ce Vheissu, un pays imaginaire qui hante l’aventurier Godolphin ? Verona Manganese de Malte ? Vera Meroving rencontrée dans le Sud-Ouest africain…? Sa quête de la vérité devient une obsession et l’on voyage avec Stencil à différentes époques mais aussi dans différents pays et villes marqués par la présence de V., symbole féminin par excellence. Contrairement à Benny Profane, Stencil reste coincé dans le passé et dans l’Histoire.

     V., c’est un mélange d’imaginaire et de faits historiques où l’on a du mal à distinguer le vrai du faux. Les phrases sont longues, le vocabulaire recherché, les connaissances de l’auteur et les personnages foisonnent... Très complexe et difficile à comprendre, on se perd donc facilement dans le déroulement de l’histoire mais le désir de savoir qui est V. est le plus fort… sauf que j’ai été déçue !


Sources

http://www.fluctuat.net/2855-Thomas-Pynchon-portrait

http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=&nref=T302309

http://www.cafardcosmique.com/PYNCHON-Thomas


Delphine, 1ère année Ed-Lib

 

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 22:20


 LECLEZIO01.jpg
J. M.G. LE CLÉZIO
Onitsha
Gallimard (avril 1993)
Collection : Folio
ISBN : 2070387267
289 pages












Biographie :

Jean-Marie Gustave Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice.LECLEZIO.jpg
Il a commencé à écrire à l'âge de sept-huit ans, un livre intitulé Un si long voyage (auquel il fait référence dans Onitsha). Son premier succès : le Procès verbal pour lequel il a reçu en 1963 le prix Renaudot. Aujourd'hui il a publié une trentaine d'ouvrages de tous genres : contes, romans, essais,...

Dans son œuvre, on peut distinguer assez nettement deux périodes.

De 1963 à 1975, il traite de la folie, de l'écriture, des écrivains de son époque, ...
De 1976 à nos jours, il traite de l'enfance, du voyage, de minorités ethniques ,...

En 1980, Le Clézio reçut le Prix Paul Morand, décerné par l'Académie française, pour son ouvrage Désert.

Onitsha a été publié en 1991


Les personnages

Fintan, un garçon de 12 ans.
Maou ou Maria Luisa, mère de Fintan et épouse de Geoffroy
Geoffroy : père de Fintan et mari de Maou


Le récit

     Il s'agit d'un récit de voyage entièrement romancé avec un fond de vérité, puisqu'on peut voir quelques similitudes entre Fintan et l'auteur.

 

 

     L'histoire se divise en quatre parties qui retraceront les quatre grandes étapes de ce voyage.

  • "Un si long voyage". L'histoire débute le 14 Mars 1948, lors du départ de Maou et Fintan, pour l'Afrique à bord du Surabaya. Tous deux vont rejoindre Geoffroy à Onitsha (au Niger). Fintan qui ne connaît pas son père ne voit pas ce voyage d'un très bon œil tandis que Maou qui n'a pas vu son mari depuis très longtemps trépigne d'impatience.

 

  • "Onitsha". Maou et Fintan doivent adopter les habitudes de vie du peuple nigérian mais aussi celles des colons anglais. Fintan s'adaptera très facilement. Il se liera d'amitié avec le jeune Bony, qui lui fera découvrir bien des choses. Quant à Maou, elle n'arrivera à s'intégrer ni chez les colons dont elle incrimine le train de vie bourgeois et le ton supérieur, ni chez les Africains qui se moquent de son accent et de son mode de vie. Elle se rend compte qu'elle a vécu d'illusions durant tout ce temps et que l'Afrique sauvage et accueillante qu'elle imaginait n'est pas celle où elle vit.

 

  • "Aro Chuku". Le traitement infligé aux Noirs par les colons est clairement décrit et Maou s'insurge contre ces pratiques. Les Anglais s'attendent à ce que Geoffroy la renvoie en France. En plus de la colonisation des Noirs on voit apparaître le racisme entre les Blancs. Maou a la peau trop foncée et l'accent de son Italie natale. Elle sait qu'elle et sa famille ne pourront pas rester à Onitsha et c'est en réalisant cela qu'elle s'aperçoit qu'elle a aimé cette ville et qu'elle ne veut pas en partir.

 

  • "Loin d'Onitsha". Maou, Fintan et Geoffroy repartent en Angleterre où Fintan est admis dans un collège anglais. Maou qui est enceinte d'une petite fille part avec son mari dans le sud de la France. Geoffroy tombe gravement malade et meurt peu avant la fin du roman.


Parallèlement à ce récit de voyage, la quête de Geoffroy, nous est racontée grâce à une mise en page différente.

 

 


Une histoire de l'illusion et de l'oubli

 


     Le récit débute lors du départ de Maou et Fintan pour l'Afrique à bord du Surabaya pour rejoindre Geoffroy qui travaille pour l'United Africa. Ce long voyage qui va durer un mois occupera toute la première partie du roman. Plusieurs fois dans le roman des noms de ports sont énoncés et souvent répétés si bien qu'on a l'impression que le voyage ne se terminera jamais et que l'Afrique restera un mystère.
«Les jours étaient si longs. C'était à cause de la lumière de l'été, peut-être, ou bien l'horizon si loin, sans rien qui accroche le regard. C'était comme d'attendre, heure après heure, et puis on ne sait plus très bien ce qu'on attend ».

     De plus les personnages au fil de ce voyage auront l'impression d'oublier leur vie antérieure.
« [...] c'était un mouvement qui vous prenait et vous emportait, un mouvement qui vous étreignait et vous faisait oublier »
     Cela représente la transition France-Afrique et le changement total de mode de vie, de comportement et de culture. Ce voyage va représenter un réel bouleversement pour Maou et Fintan.
     Maou rêvera d'une Afrique à la nature sauvage, idyllique et poétique. Fintan, lui, qui ne voulait pas partir de France, deviendra de plus en plus curieux de découvrir cette terre. Il finira par s'impatienter de la longueur du voyage.
     Les deux personnages découvrent l'Afrique à travers les fréquentes escales du Surabaya dans les différents ports de la côte africaine. Maou se rend compte que l'Afrique n'est pas aussi belle que ce qu'elle s'imaginait. Elle découvre un pays maîtrisé par les colons, une Afrique occidentalisée.

 

« Maou avait haï [Gorée] dès le premier instant. Regarde, Fintan, regarde ces gens ! Il y a des gendarmes partout !"»

     A son arrivée à Onistha, cette impression ne fait que se renforcer d'autant plus qu'elle ne retrouve pas Geoffroy, l'homme qu'elle a épousé en France, mais quelqu'un d'autre, un personnage transformé par la colonisation et le respect de la hiérarchie.

     La nostalgie des moments qu'elle a vécus en France refait surface et on en apprend un peu plus sur son passé puis elle se laisse envahir par l'Afrique comme si elle n'avait jamais eu d'autre vie.
« Il lui semblait alors qu'il n'y avait rien ailleurs, rien nulle part, qu'il n'y avait jamais eu rien d'autre que le fleuve, les cases aux toits de tôle, cette grande maison vide peuplée de scorpions et de margouillats, et l'immense étendue d'herbes où rôdaient les esprits de la nuit. »
     Dès le début de la troisième partie, Maou sent qu'elle ne pourra pas rester à Onitsha car elle et sa famille ne correspondent pas aux colons. Ils ont chacun un autre projet qui ne convient pas aux Anglais. Autre évolution, Maou s'aperçoit finalement que ce pays qu'elle avait tant détesté, elle a appris à l'apprécier.

« Elle se souvenait, au début elle était si impatiente. Elle croyait bien n'avoir jamais rien haï de plus que cette petite ville coloniale écrasée au soleil, dormant devant un fleuve boueux. [...] Maintenant, elle appartenait à ce fleuve, à cette ville. »

     Elle a fini par comprendre la façon de vivre de ce peuple et même par se faire des amis.

     Les trois caractéristiques principales du roman de voyage : le temps, l'espace et le souvenir sont présentes dans cette première partie.


Le roman d'une quête :

 

    
      Durant le récit on apprend que Geoffroy qui travaille pour les colons anglais, ne reste pas parce qu'il adhère à l'idéologie colonialiste mais se sert de son travail comme d'un prétexte pour suivre les traces de la dernière pharaonne noire Amanirenas morte pendant l'exode de son peuple vers Onitsha. Geoffroy est obsédé par ses recherches et essaye de trouver le moindre indice de ce voyage historique dans la culture, le mode de vie et même sur les tatouages du peuple d'Onitsha. Il croit d'ailleurs déceler chez la mystérieuse Oya des ressemblances avec la pharaonne Amanirenas. Oya est une femme dont personne ne sait rien, qui est arrivée un jour et s'est installée à Onitsha tout en restant à l'écart des autres.
    
     Dès la première page où cette quête est évoquée on apprend que Geoffroy que l'on pensait favorable à ce mode de vie, est en fait dégoûté par tout ce qu'il voit et qu'il ne reste à Onitsha avec sa femme et son fils que pour découvrir le fin mot de ses longues recherches. Le récit de cette quête est présenté comme le rêve de Geoffroy, comme si celui-ci le rêvait au moment présent.

     Outre les petits chapitres matérialisés comme la quête en elle-même, l'obsession de Geoffroy est évoquée plusieurs fois dans le récit ; elle est le noyau central de l'histoire, la raison de voyage.
« Et dans le bureau de Geoffroy, Fintan avait vu un grand dessin épinglé au mur, une carte, qui représentait le Nil et le Niger [...] Entre les fleuves était tracée au crayon rouge la route qu'avait suivie la reine de Méroé, quand elle était partie à la recherche d'un autre monde avec tout son peuple ».

     Geoffroy va même quitter Maou et Fintan durant plusieurs jours afin de se rendre à Aro Chuku une des villes où le cortège d'Amanirenas serait passé. Il ne vit plus que pour cette quête ; il tombera malade et devra rentrer en Europe sans avoir pu terminer ses recherches.


L'Autre

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     Dès le début le personnage de l'Autre est très présent avec la description des colons par Maou.

     Maou vit également l'altérité de près puisqu'elle est italienne ; elle a épousé un Anglais, a dû changer de nom durant la guerre ; elle parle italien, français et anglais et sa famille rejette entièrement Geoffroy parce qu'il est anglais.

« Grand-mère Aurélia ne parlait pas de Geoffroy Allen. Il était un Anglais, un ennemi. La tante Rosa était plus bavarde, elle aimait dire : Porco inglese. Elle s'amusait à le faire répéter par Fintan, quand il était petit. »


     Les Anglais se moquent du langage employé par les habitants d'Onitsha : le pidgin (Il s'agit d'une langue née du mélange des langues européennes et des langues d'Asie et d'Afrique, qui permet l'intercompréhension de diverses communautés).

 

« Il avait cueilli une fleur rouge sur la table, faisait mine de la lui offrir, et : "Spose Missus catch di grass, he die ".


     Les Noirs sont exhibés comme des machines de travail pendant que les colons participent à une réception.

 


     Il y a la colonisation des Noirs mais aussi du racisme entre Blancs : pour les Anglais, Maou a la peau trop foncée et ils attendent que Geoffroy se sépare de cette femme qui ne sait pas se tenir en société et qui parle une langue qui n'est pas la leur.

 


Conclusion

     « Un pays est une succession d'états d'âme » Nicolas Bouvier. Cette citation traduit bien l'Afrique vu par les trois personnages, de même que leur transformation liée à ce pays.


     Cette quête anéantira Geoffroy, laissera à Maou une idée amère du voyage, et chez Fintan une odeur d'inachevé. Ce roman est un périple au sens premier comme au sens figuré. Etymologiquement, « périple » vient du grec périploos qui signifie naviguer en revenant à son point de départ. L'altérité est très présente dans ce roman tant au niveau des relations avec les habitants à Onitsha qu'au niveau de Fintan, Maou et Geoffrey qui représentent eux-mêmes une image de l'Autre.

 


Marion, A .S. Éd.-Lib.

 


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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 21:54

kafka04.jpeg.jpgKafka
L’Amérique
Gallimard, 2000
1ére publication en 1927, à titre posthume
Trad. André Vialatte

 












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     Franz Kafka est né à Prague, en juillet 1983. Son premier ouvrage, publié en 1912,s’intitule Regards ; suivront Le Verdict, La Métamorphose, Le Procès, pour ne citer que ses œuvres les plus connues. Kafka s’est éteint en juillet 1924, victime de sa tuberculose au larynx.

 


    



L’Amérique
fait partie des œuvres que Kafka aurait souhaité brûler. Cependant, Max Brod l’ami à qui il avait confié cette tache ne l’a, heureusement d’ailleurs, pas écouté. Au contraire, Max Brod publia des oeuvres posthumes de Kafka que celui-ci voulait brûler.

 
     L’Amérique
raconte l’histoire de Karl Rossmann, jeune homme un peu naïf de 16 ans, qui s’exile en Amérique. Karl est renié par ses parents ; en effet celui-ci, un peu malgré lui, a mis enceinte la jeune cuisinière de la famille. L’histoire commence lorsque le bateau de Karl arrive à New York et passe devant la statue de la Liberté. Et dés le début, Kafka nous impose sa vision de l’amertume. En effet, pendant quelques instants la statue de la Liberté brandit une épée.

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     Ensuite, le lecteur suit les aventures de Karl, enfin plutôt ces mésaventures. En effet, il n’arrive pas à éviter les soucis. Tout d’abord, il retrouve un oncle parti aux Etats-Unis, qui le prend sous son aile, mais une nouvelle fois il sera renié. Par la suite, il se fait embaucher dans un grand hôtel en tant que groom mais une fois de plus il sera forcé de partir. Toutes ces mésaventures, et d’autres encore, amènent Karl à être engagé dans le " Grand théâtre de l’Oklahoma ". Cependant, la fin apparaît étrange et ouverte. En effet, le roman quitte Karl lorsque celui-ci est dans un train dont le lecteur ignore la destination. Que lui arrivera-t-il ? Gardera-t-il sa place dans le grand Théâtre ? Quelle fin aurait écrite Kafka, car il est important de souligner que cette œuvre est une oeuvre inachevée ?

    
kafka02.jpeg.jpg

     Dans ce texte, les descriptions sont souvent très précises, ce qui donne l’impression que Kafka est allé aux Etats-Unis afin de rendre ses descriptions plus exactes. Or ce ne fut pas le cas ; il a écrit cette œuvre en Europe et ne s’est jamais rendu aux Etats-Unis. D’ailleurs, il me semble qu’à travers cette œuvre Kafka a voulu dessiner le portrait de l’Amérique comme il la voyait ou comme il la rêvait. Dans ce livre, il arrive également que l’on mélange le personnage et le narrateur, du fait d’une façon de s’exprimer parfois similaire, ce qui rend le roman assez étrange. En effet cela permet au lecteur de connaître les pensées de Karl tout en comprenant que la réalité est différente.

    
     L’une des particularités de cette œuvre est aussi que le lecteur ne s’attache pas obligatoirement au personnage mais ne reste pas non plus insensible aux mésaventures de Karl.

Matthieu, 1A Éd.-Lib.

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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 07:44

Itinéraire de Nicolas BOUVIER

"Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu, autant rester chez soi."

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      Né en 1929 près de Genève, Nicolas Bouvier grandit avec les livres de Jules Verne, Robert Louis Stevenson, Fenimore Cooper qui nourrissent son goût précoce pour la découverte de l’ailleurs ; il effectue dès l’adolescence des escapades en solitaire, notamment en Laponie, au Sahara, en Anatolie. En 1953, Nicolas Bouvier part avec son ami le peintre Thierry Vernet pour courir la planète jusqu’aux Indes à bord d’une Fiat Topolino. Yougoslavie, Turquie, Iran, Pakistan, Afghanistan, Nicolas Bouvier nous donne à voir des maisons, des femmes, des oignons, des ânes : une version positive de la route. Il continue sa route vers l’Orient en solitaire (son voyage durera trois ans), atteint finalement le Japon (Japon, 1967, refondu en Chronique japonaise, 1973). Mais c’est le Poisson-Scorpion (1981), compte-rendu du séjour à Ceylan d’un voyageur miné par les maladies, qui lui apporte la célébrité et le prix Schiller. 

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Avec Journal d’Aran et d’autres lieux (1990), Nicolas Bouvier tente de percer les subtils mystères d’une île irlandaise en hiver, mais aussi ceux d’une ville chinoise ou d’un volcan coréen. 

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     Il est également auteur de poèmes, le Dehors et le Dedans (1982). L’écrivain s’est aussi fait journaliste, photographe, puis iconographe (Les Boissonnas. Une dynastie de photographes, 1983 ; L’Art populaire en Suisse, 1991 ; Entre errance et éternité. Regards sur les montagnes du monde, 1998). 

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Bien avant la plupart des Anglo-Saxons, Nicolas Bouvier a été l’un des premiers Travel Writers (écrivain voyageur). Il a hissé le récit de voyage au rang d’œuvre littéraire ; le récit pur est mêlé de méditations aussi bien sur le voyage que sur l’écriture. 

"
En route le mieux c’est de se perdre…lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors et alors seulement que le voyage commence… " 
Extrait de l’Usage du monde, un livre qui a mis sur la route tant de voyageurs. 

Charline, Bib 2A

 

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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 07:19

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CONRAD Joseph. 
Au coeur des ténèbres, 1898. 
Introduction et traduction de J.J Mayoux
Paris : Editions Aubier-Montaigne, 1980. 
Rééd. GF – Flammarion, 1989, 214 p.










     La Tamise, une réception sur un bateau, le patron sur le pont, le comptable assis à droite. Les verres ont circulé, le calme domine cette fin de soirée et la nuit tombe. Peu à peu l’obscurité gagne les eaux, le pont, les cœurs et pousse Marlow, marin désabusé à conter une histoire, son histoire. Car ce sont bien les ténèbres, qu’inspire cette mer d’encre aux fonds insondables, qui donnent la parole à Marlow pour ne plus nous quitter du roman.


    Le récit de la descente au cœur de la jungle peut commencer. La route sera semée d’embûches, d’épreuves, à la façon d’un récit initiatique où le héros apprendra la noirceur de l’âme humaine à ses dépens.


     En Belgique, fief de la Compagnie qui l’embauche pour ce voyage, il rencontre les Tricoteuses, vieilles femmes gardant les portes de l’employeur, symboliquement assimilées aux " gardiennes de la porte des ombres ". Le voyage de Marlow commence après ce rendez-vous. Autre symbole de son entrée aux Enfers, son arrivée au Congo se fait sous le tonnerre des canons d’un navire français. Celui-ci tire alors vers la Terre, vers un ennemi invisible, comme fou. Plus tard le même tonnerre retentira ; cette fois Marlow sera à terre sur le chemin de la colonie et de la dynamite explosera au flanc des monts en retentissant dans toute la vallée boisée. C’est au cours de cette marche qu’il vivra son entrée aux Enfers. Au détour d’une escapade, il aura une rencontre fatale avec un lieu où les esclaves détruits par la colonie sont mis à l’écart, rejetés dans un bosquet infernal de la jungle. Les corps difformes, anguleux, à peine encore vivants, se traînent pour " laper " l’eau, ne sont plus que des ombres aux âmes évaporées. Une fois franchie cette épreuve, Marlow arrive à la colonie et poursuit sa descente dans les ténèbres par la quête de Kurtz, personnage présent dans toutes les phrases, sur toutes les lèvres. Passionnant les êtres, quasiment divinisé, Kurtz existe par le récit de plusieurs membres de la colonie. Il apparaît comme un héros, grand parmi les grands, qui pourrait bouleverser le monde, dispensant sa parole comme un prophète ; rapidement, la fascination pour ce personnage happe Marlow qui entreprend d’aller voir Kurtz en s’enfonçant dans la jungle. Mais la réalité le décevra, il trouvera au cœur des ténèbres la désillusion, l’horreur, la sauvagerie humaine déchaînée par le réveil d’instincts primaires, " préhistoriques ", souvent oubliés ou refoulés. Kurtz, l’homme libre gangrené par la soif de puissance et de grandeur incarne une folie humaine dont le XXe siècle subira les conséquences.

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     Visionnaire, Conrad l’était certainement, ou tout du moins en avance sur les conrad01.jpeg.jpgréflexions de son temps, comme nous le verrons plus tard ; il a identifié avant Freud la question du Moi profond, des instinct refoulés. Mais nous pouvons auparavant nous questionner sur les raisons qui ont poussé Conrad à écrire ce livre.


     Né en 1857, dans une famille lettrée engagée dans la lutte pour la souveraineté de la Pologne, contre l’empire Russe, il se retrouve orphelin à 12 ans et rêve déjà d’Afrique, de voyages.


     Il s’engage à Marseille au plus bas niveau de la marine et commence une aventure maritime qui durera quinze années. Il gravit tous les échelons, mais accumule surtout des désillusions. Un de ses derniers voyages s’effectue au Congo où il se retrouve, malgré lui, commandant d’une navette sur le fleuve. Ce périple tourne mal ; atteint de maladies, de paludisme, il est épuisé et horrifié par le colonialisme qui sévit alors. En 1893, il fera son adieu aux océans.


     En 1894 il publie la Folie Almayer, récit entamé lors de ses voyages où pointent déjà les désillusions de Conrad. Riche de lectures littéraires pendant ses voyages, il écrit en anglais ; ses textes seront des récits d’aventures ancrés dans la réalité, et non pas dans le romance façon Stevenson. Ses anti-héros traversent le colonialisme, l’impérialisme, l’anarchisme à travers leurs aventures ; ils se font les témoins d’un temps bouleversé, au croisement du siècle qui amènera la Première Guerre mondiale. Conrad veut écrire des récits réalistes ancrés dans les difficultés de son temps, où l’homme semble s’être égaré sur des chemins ténébreux ; l’horreur de la Guerre de 14-18 en sera l’aboutissement.


     Au cœur des ténèbres
est évidemment un récit d’aventure, mais aussi un récit autobiographique. Marlow comme Conrad se rend en Belgique pour gagner le Congo ; tous deux connaîtront la désillusion à leur arrivée dans la jungle en découvrant le bâtiment qu’ils commanderont. Ils ressentiront un dégoût profond face au colonialisme. Conrad rentrera profondément pessimiste quant à l’avenir de l’humanité ; ce livre est un vrai signal d’alarme. Le récit d’aventure se structurera autour de l’expérience des ténèbres, de la descente infernale avec ses épreuves et ses rencontres. La description de la jungle humide, oppressante fait de cette masse de nature un personnage à part entière plus ou moins responsable du basculement des hommes dans les ténèbres.


     Le récit s’accompagne surtout de la réflexion profonde de Conrad sur la société qu’il décrit. Il fait une critique de l’humain, analyse ce phénomène du " Moi troublé " que théorisera Freud vingt ans plus tard. Kurtz, puis Marlow sont les deux sujets de la recherche de Conrad. Kurtz a définitivement succombé à ses instincts premiers, ses pulsions sauvages ; Marlow, d’abord fasciné par l’aura du mythe " Kurtz ", subit la transformation au cours de son avancée dans la jungle, de ses désillusions ; la haine se réveille en lui, la sauvagerie et l’instinct de survie gagnent. En lien avec cette folie qui surgit, la question du désir de puissance est clairement identifiée, Kurtz est un demi-dieu pour la tribu qu’il a asservie. On retrouve ici l’aura quasi surnaturelle que se sont attribuée les " blancs " lors de la colonisation avec ses dérives bien connues. La folie aussi est présente tout au long du roman, ancrée dans la personnalité de Kurtz qui transpire sur tous les autres personnages.


     Conrad fait par conséquent une critique virulente du colonialisme qu’il montre absurde, cruel et voué à l’échec à cause de la folie des colons.

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     On trouve aussi dans cet ouvrage une réflexion assez intéressante sur la fiction. Il confronte l’imaginaire anglais, romanesque, héroïque, à l’écriture réaliste. Ainsi Marlow rencontre d’abord Kurtz en langage et s’imagine un héros divin, personnage hors normes, au-dessus des hommes. Mais quand il le rencontre " réellement ", la lumière s’éteint et l’homme se dévoile, l’horreur avec lui. Conrad réussit à mettre son récit en abyme. Il écrit ce que Marlow raconte à un groupe de marins sommeillants. Ce que nous lisons, ce sont les paroles de Marlow. Parfois le récit s’interrompt pour revenir sur le pont du petit plaisancier sur la Tamise, et cette rupture produit un effet déroutant.


     Ce livre est une réelle aventure littéraire tant par la forme que par le fond. Conrad possède un style certainement révolutionnaire pour son époque qui influencera les plus grands auteurs notamment français du XXème siècle (Gide, Malraux…). Avec lui naît le roman d’aventures réaliste qui montre le monde tel qu’il est, débarrassé de l’enchantement romantique.


Julien, Bib. 2A

 

 

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 17:20

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Edgar Allan POE 
Double assassinat dans la rue Morgue
La lettre volée, L'affaire Marie Roget






   








 
La peur, voilà sur quoi Edgar Poe se fonde. Il créé des mystères, des personnages étranges. Tout sort de son imagination extraordinaire. Le monde d'Edgar Poe est vraiment particulier et mérite d'être découvert.



I.   Edgar Allan Poe

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     Il est né en 1809 à Boston, aux Etats-Unis. A l'âge de deux ans, il devient orphelin et est alors recueilli par la famille Allan, d'où ce deuxième nom dans son identité. Aprés un bref passage à l'université de Virgine, et une tentative de carrière militaire, il se lance dans la littérature. Il commence par publier des poèmes dans les journaux, et en même temps, en 1835, devient critique littéraire. L'année suivante, il épouse sa cousine, qui n'a que...14 ans ! Lui en a 26. Mais est-ce réellement elle qu'il aime, n'est-ce pas plutôt à sa tante qu'il est très attaché ? Poe a toujours eu une vie sentimentale très chaotique ; aprés le décès de sa femme, il essaie de se remarier mais en vain, chaque mariage est annulé. 

     Plus tard, Edgar Poe écrit des histoires, nouvelles ou contes. Elles sont publiées dans des journaux, de la même manière que les poèmes. Poe a également écrit un roman mais c’est un échec total. Il ne fera pas d’autre tentative dans ce domaine. On trouve donc dans son œuvre beaucoup de nouvelles et de poèmes, genres dans lesquels il excelle.


     A l'âge de 40 ans, le 7 octobre 1849, Edgar Allan Poe meurt, officiellement d'une congestion cérébrale mais en réalité, on ignore la raison pour laquelle Poe ne s'est jamais réveillé de son évanouissement ; peut-être est-ce l'alcool, la drogue, la rage, le choléra ou bien une maladie de coeur...on ne le saura jamais ; ainsi les légendes sur sa mort aussi étranges que lui-même peuvent circuler.


      C'est seulement en 1856 que l'oeuvre de Poe arrive en France, traduite par Baudelaire, grand poète français du XIXème siècle. C'est ce dernier qui rassemble par thèmes les nouvelles de Poe dans des recueils comme Histoires extraordinaires ou Nouvelles Histoires extraordinaires.


II.   Les nouvelles policières

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     Dans trois de ses nouvelles, Edgar Poe invente le genre policier. Le contexte, mystérieux, qui créé la peur et le questionnement chez le lecteur, y est manié avec la plus grande habileté.


     Dans Double assassinat dans la rue Morgue, La lettre volée, L'affaire Marie Roget, il situe l’action dans un cadre précis, une ville, Paris. Pour Poe, le policier ne peut que se passer dans des grandes villes, connues mondialement, ici Paris. Ces grandes villes pour Edgar Poe représentent le mystère. Cet Américain a beaucoup voyagé en Europe dans sa jeunesse et sa représentation de la ville est celle d’un lieu de meurtres, d'enquêtes insolubles,...


     Autre point commun à ces trois nouvelles, les personnages. Tout d'abord le narrateur, toujours interne, comme un personnage qui conte ses aventures, qui rapporte des faits inédits, un peu sous la forme d'un journal intime. Ensuite vient le personnage de C. Auguste Dupin. C'est le personnage phare de Poe, et de ses nouvelles policières. Cet homme est capable de résoudre les enquêtes les plus noires, les plus impossibles. Aprés avoir trouvé le coupable du double assassinat de la rue Morgue, il a bonne réputation auprès de la police parisienne. C'est pour cela qu'on fait appel à lui pour les enquêtes suivantes où la police n'arrive pas à résoudre le mystère comme pour la disparition de Marie Roger ou celle d'une lettre très importante. Le personnage de Dupin possède les qualités nécessaire pour être poète : il s'inquiète des " nécessités de vie " (le rêve, la lecture, l'écriture et la conversation), les " livres sont véritablement son seul luxe ". Il a une imagination extraordinaire puisqu'il trouve les solutions à tous les mystères qui paraissent impossibles. Et il manie la langue parfaitement ; il arrive à distinguer le vrai du faux dans les articles de journaux. De plus, son raisonnement est très mathématique et scientifique ; la poésie ne possède-t-elle pas une part de rigueur et de logique mathématique ?

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     L'horreur chez Poe est très présente ; les descriptions des scènes de meurtres comme ceux de la rue Morgue et celui de Marie Roget sont tellement efficaces que le lecteur n'a aucun mal à se les représenter. Pour cela Edgar Poe s'est inspiré du gothique anglais dont le but est de faire peur au lecteur.

 
     Edgar Allan Poe est le précurseur du roman policier américain même si il n'a écrit qu'un roman qui a été un échec. Avec son œuvre, il a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes dans le monde entier; Sherlock Holmes ou bien Hercule Poirot ne seraient-ils pas inspirés du personnage de Dupin ?


     Mais dans toute cette horreur, ce qui paraît le plus étonnant est ce que Charles Baudelaire a dit à propos de cet écrivain : " Il y a des destinées fatales. Tous les contes d'Edgar Poe sont pour ainsi dire biographiques ".

Inès, 1A Éd.-Lib.

 



 
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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 16:36

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Jérôme CHARYN
Rue du Petit-Ange
Traduit de l'américain 
par Marc Chénetier
Premiere édition : 1992 (Mercure de France)
400 p.



   






       Isaac Sidel vient d'être élu maire de New York. Dans un mois, il devra prendre ses fonctions. Mais en attendant, il compte bien profiter d'une vie d'anonyme. Pour ce faire, il se cache sous le pseudo de Geronimo Jones, un SDF discret qui dort dans un des refuges de la ville. Jusque là, on ne peut pas dire que les choses soient normales, néanmoins, rien ne semble fondamentalement gênant. Le jour où un Geronimo Jones est retrouvé mort dans cette même auberge, alors qu'Isaac Sidel est lui, toujours bien en vie, le problème devient plus inquiétant. De plus, ce n'est pas seulement un, mais plusieurs Geronimo qui vont être retrouvés morts.


     Les meurtres sont revendiqués par les "Knickerbocker boys", une soi-disant bande d'anciens joueurs de baseball. Tout New York s'agite. L'enquête est menée par le peu loquace commissaire Sweets et son "gangster" de lieutenant La Perruque.


     L'affaire est en réalité bien plus complexe qu'elle ne semble. Au fur et à mesure qu'on les découvre, les personnages se révèlent tous plus ou moins impliqués dans l'affaire : un clan de trois investisseurs immobiliers, le patron de la la plus fameuse boîte de strip-tease du quartier, le légendaire gang des Violets, le grand amour d'Isaac... C'est notamment cette dernière qui ramène Isaac à la rue du Petit-Ange. Cette mystérieuse femme élevée en Roumanie, devenue une sorte d'agent secret, apparaît aussi rapidement qu'elle disparaît, semant le trouble dans l'esprit du futur maire toujours amoureux.


     Les passages consacrés au baseball et au ping-pong donnent une couleur particulière à ce roman policier. On sent la propre passion de Jérôme Charyn dans la description des parties effrénées de ping-pong ; il transmet cet "amour de la balle" qu'il faut avoir pour gagner. Le monde du baseball est, lui, évoqué avec nostalgie, comme si l'on se retrouvait au milieu de vieux joueurs évoquant leurs souvenirs sportifs.


     Rue du Petit-Ange
prend les allures d'un roman policier très gentillet. Les protagonistes jouent les gros durs tout en nous laissant caresser leur cœur tendre. On ne sait jamais tout d'eux, mais l'auteur nous donne toujours l'essentiel, le moment marquant d'une vie, souvent ce qui les a en quelque sorte blessés. Les descriptions ne sont jamais superficielles, ce qui donne aux personnages une véritable présence. De plus, aucun manichéisme ne s'impose, malgré les penchants malsains de certains. On ne peut désigner de "méchant en chef" puisque tout est justifié. L'auteur nous donne à comprendre ce qui motive les actions des personnages, aussi horribles soient-elles parfois. Et même si des intérêts économiques ou politiques entrent en jeu, c'est surtout la psychologie qui est mise en avant. Ici, le facteur humain est véritablement la clé de l'enquête.


     Les uns après les autres, on apprend à connaître les personnages (et leurs mille et un surnoms) comme on découvrirait les visages de ses nouveaux voisins, et de page en page, les liens se tissent. Comme dans un petit village, tout le monde semble se connaître, savoir ce que font les autres et à qui s'adresser en cas de besoin… Du plus petit voyou embauché pour conduire une ambulance au mac' qui gère un réseau de trafics quasi tentaculaire, il y a une place, connue ou non, pour chacun dans cette affaire.


     Le récit forme une grosse pelote dont on tire les ficelles au fil du récit : les solutions se dévoilent d'elles-mêmes, on les devine. La lecture de ce nécessite donc l'implication du lecteur lui-même. De simple spectateur, on peut devenir figurant, tellement les lieux et les personnages semblent familiers, voire enquêteur, en trouvant soi-même les réponses aux énigmes.


     On comprendra donc que Rue du Petit-Ange n'est pas seulement un roman policier. En sachant que Charyn l'a écrit comme une distraction alors qu'il travaillait sur un ouvrage historique et qu'il s'est fortement inspiré de son vécu avec son frère dans la brigade criminelle de Brooklyn, on pourrait presque dire que l'enquête n'est pour Charyn qu'un prétexte pour parler de lui, de ses passions et surtout, de Son New York. En effet, on ne peut que souligner le caractère très humain des personnages et de la ville. Rien n'est matériel, tout est vivant.


     J'ajouterai pour conclure, que c'est cet aspect là, qui a énormément motivé ma lecture. Tout comme Daniel Pennac, il parle des quartiers de la ville comme on ne le fait plus aujourd'hui, c'est-à-dire d'un point de vue véritablement humain et non social.


Karen, 1A Éd.-Lib.

 

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