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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 18:39

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Auteur : Jerome CHARYN 
Marilyn la dingue
Editeur : Gallimard
Date de publication : octobre 1998
Collection : folio policier
Première publication : 1974
Titre original : Marilyn the Wild
Traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald
Format et nombre de pages : 11cm*18cm ; 246 pages
ISBN : 2070406482




BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

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     Jerome Charyn est né en 1937, d’un père polonais et d’une mère russe émigrés à New York ; il a passé son enfance dans un quartier du Bronx, au sein d'une famille pauvre. Charyn est européen autant qu’américain. Depuis 1994, il vit à Paris et enseigne l'histoire du cinéma et les canons du roman policier à l'université américaine de Paris.


     Il a écrit près de 30 romans parmi lesquels la tétralogie de Isaac Sidel, ainsi que des récits, des essais, des contes pour enfants, des nouvelles et de nombreux scénarios de bandes dessinées.


     Il admire New York et a fait de cette ville le personnage central de son œuvre, que ce soit dans son cycle de romans policiers mettant en scène le commissaire Isaac Sidel ou dans ses textes documentaires sur l'histoire, la société et la culture new-yorkaises.


     Charyn admire Joyce et Faulkner, Flaubert (qui, à ses yeux, "commence le roman moderne") et Baudelaire.

     Pour son roman Darlin' Bill il a reçu le prix " Rosenthal " de l'Académie américaine des arts et des lettres. En 1996 il fut fait officier des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture.

     C’est Marcel Duhamel, célèbre fondateur de la série noire chez Gallimard, en 1945, qui a découvert Charyn et son irrésistible héros ; ce sera sa dernière trouvaille avant sa mort.


RÉSUMÉ ET ANALYSE DE MARILYN LA DINGUE

      C’est le premier volet d’une tétralogie. Il est rédigé après les autres mais relate des faits antérieurs. Cette série comprend également Zyeux bleus, Kermesse à Manhattan, et Isaac le mystérieux. Elle constitue le noyau d’une œuvre comprenant une quarantaine de livres.

     Sa série policière, mettant en scène le commissaire Isaac Sidel, brosse un portrait mythique de New York. C’est une saga irrésistible, à la fois cynique et drôle, un portrait de New York violent et pittoresque et un hommage à toute cette population d’immigrés Juifs.


     Nous suivons donc Isaac Sidel, le superinspecteur de New York, considéré par beaucoup comme le plus grand flic du monde ; appelé Isaac le Pur ou le Juste, Isaac Sidel est une grande figure de la police new-yorkaise.


     Dans ce roman il y a une foule grouillante de personnages ; on est face à un roman " choral ", plein de personnages secondaires qui gravitent autour des principaux, et qui ont chacun leur passé, leur histoire.


     L’intrigue de ce polar est fondée sur plusieurs histoires qui s’entrecroisent mais dans lesquelles Isaac est toujours central.


- D’un côté sa fille Marilyn, âgée de 25 ans, qui a des difficultés à rester fidèle à ses maris malgré le soin que prend son père de lui trouver des bons partis, toujours brillants et pleins aux as : dès le début du roman, on apprend qu’elle vient de fuir son troisième mari, et se réfugie chez Manfred Coen, dit Zyeux Bleus, l'assistant préféré d'Isaac, son nouvel amoureux. Ce qui ne va pas être du goût de son père, qui essaye toujours de la protéger. Ils se cachent tant qu’ils le peuvent et vivent cette histoire d’amour loin de tous. Quelle va être la réaction d’Isaac quand il l’apprendra ?


- De l’autre côté, un minigang de trois ados appelé " le gang des sucettes" terrorise les petits commerces. Ils attaquent une vingtaine de boutiques en une semaine, ils cognent sur les gens âgés, sont masqués et ne volent pas d’argent. Mais surtout ils s’en prennent aux proches d’Isaac, à sa fiancée, à son bistrot favori et à sa mère qui tient une boutique d’antiquité.

     
     Zyeux Bleus et Isaac Sidel traquent donc ce gang mystérieux des sucettes, en réelle compétition avec d’autres gars de la flicaille new-yorkaise et le FBI. Le but étant de découvrir qui ils sont et quelles sont leurs motivations.


     Pour le découvrir, Isaac va mener son enquête, va suspecter quelques familles de truands aussi terrifiantes que pittoresques, réputées dans la ville, dont les Garibaldi, mafieux siciliens qui contrôlent le quartier de Little Italy ; il va faire fausse route plusieurs fois.


     Mais grâce à son tact, à ses indics très bien renseignés et à son flair de superflic, il va découvrir ce qui se cache derrière les attaques des jeunes ados.


     Ces jeunes sont mus par la jalousie que leur inspire la réussite des autres, et c’est Isaac qui incarne le mieux l’ascension sociale d’un immigré. Il est le symbole du rêve américain, et les ados s’en prennent à lui et à ses proches pour exprimer l’injustice de leur condition difficile.

 

- J’ai constaté que Charyn n’avait pas choisi les prénoms de ses deux héros principaux au hasard, en effet le prénom de Isaac fait référence à Isaac Babel, écrivain que Charyn admire et à qui il a consacré une œuvre, Sténo sauvage, la vie et la mort d’Isaac Babel, paru au Mercure de France en 2007 .C’est également le cas pour le prénom de Marilyn qui est ici un hommage à Marilyn Monroe : Marilyn. La dernière déesse, livre paru chez Gallimard en 2007 ; Charyn retrace son destin à travers cet ouvrage.


RELATIONS PARENTS-ENFANTS : RAPPORT DIFFICILE ET CONFLICTUEL


     Dans ce roman, on constate que Charyn décrit les relations parents–enfants comme très difficiles, comme un éternel conflit, une incompréhension totale.


- Isaac et ses deux vieux amis d’école : Mordecai et Philip ont tous les trois des rapports conflictuels avec leurs enfants respectifs : Marilyn la dingue, Honey Shapiro la prostituée, et Ruppert (qui fait partie du clan des sucettes ; le fameux gang qui sévit dans les quartiers).


- Isaac lui-même est en conflit avec son père, qui a abandonné sa famille il y a longtemps pour s’adonner à sa passion : la peinture. Il va d’ailleurs le revoir au début du roman lors d’un déplacement professionnel à Paris, et va renouer le contact avec lui après plusieurs années d’éloignement. On sent que le temps efface parfois les malentendus et les oppositions ; ici Charyn évoque l’espoir que tout lien n’est pas perdu.


-     Léo, le frère d’Isaac qui est en prison pour défaut de paiement de pension alimentaire, est lui aussi en mauvais termes avec ses deux fils .Ils sont manipulés par leur mère et tiennent les mêmes propos haineux que cette dernière ; il n’a que des relations de rivalité avec eux. Lui-même n’a pas pardonné à son père de les avoir abandonnés, et ne comprend pas qu’Isaac ait pu reprendre contact avec lui.


L’AMBIANCE DE NEW YORK

Aquarelle de Fabrice Moireaucharynmoireau.jpg
Aquarelle de Fabrice Moireau

     Dans ce livre, Charyn ne fait pas vraiment une description de sa ville fétiche dans les détails, mais c’est plutôt une ambiance, une atmosphère qui en ressort.


     Ce n’est pas le New York chic, lumineux, luxueux et clinquant de Broadway qu’il nous décrit, mais plutôt le New York des " pauvres " et des bas-fonds, le New York des poivrots, des prostituées, des truands, des armes, des flics, et de la vie dure. Manhattan dans les mauvais quartiers chez les mauvais garçons.


     Toutes les origines d’immigrés s’y côtoient : les Portoricains, les Italiens, les Juifs, les Chinois, les Blacks…ce qui donne souvent lieu à des conflits . On est dans un New York des communautés qui s’affrontent.


     D’ailleurs dans le roman de Charyn on découvre les chefs de clans comme Amerigo Genussa, chef des Siciliens de Little Italy ou les Guzmann, Latino-Américains, bande de maquereaux qui sèment la terreur en embarquant des jeunes filles pour les faire travailler à leur compte.


LES RAPPORTS AVEC DES ŒUVRES CINÉMATOGRAPHIQUES


     L’univers de Charyn, son ambiance unique, ses personnages m’ont fait penser à certains films américains comme Il était une fois le Bronx, de et avec Robert De Niro ou Donnie Brasco de Mike Newell avec Al Pacino sur la mafia new-yorkaise des années 70 ou encore Il était une fois en Amérique le denier film de Sergio Leone qui traitent tous les trois des immigrés (juifs ou italiens) qui vivent à New York et plus particulièrement dans le Bronx.


     LE RYTHME


     C’est un roman au rythme très soutenu ; dès les premières pages, on entre dans la cadence effrénée de Charyn ; il n’y a pas de pause, et tous les événements s’enchaînent naturellement ; on se croit à certains moments face à un film au rythme endiablé.


     Dès les premières pages on entre dans le vif de l’action, on fait connaissance des personnages principaux, de plusieurs quartiers de la ville et on apprend très vite ce qui va être au centre des préoccupations de tous et surtout d’Isaac.


LES SURNOMS :


     Beaucoup de personnages ont des surnoms, c’est assez déstabilisant (au début), ils ne se contentent jamais de leur patronyme et tout le monde les affuble d'un surnom différent. C’est le cas pour Coen, appelé tour à tour Zyeux Bleus, Manfred, le bouffon d’Isaac.

    
      Ou encore pour Isaac, appelé Sidel, Isaac le pur ou Isaac le juste. Cela peut aussi parfois créer un effet poétique.


     Enfin j’ai remarqué, et ce n’est sûrement pas dû au hasard, mais à la volonté et au talent de Charyn, que le livre commence et termine par les mêmes mots, ou plutôt le même surnom prononcée par Marilyn, le nom de son amoureux : Zyeux Bleus.


     Ce qui laisse penser au lecteur que Charyn fonde son œuvre sur l’espoir, d’une manière poétique.


     Je conseille ce livre à tous ceux qui aiment les intrigues décalées, les personnages déjantés et une ambiance noire sur fond de mafieux, mais attention ce roman ne se prend jamais au sérieux, Charyn use toujours d’un ton drôle et cynique : très bon moment à passer en compagnie de notre cher Isaac et de tous ceux qui l’entourent.


Ségolène, 1ère année BIB-MED

 



    
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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 17:00

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Jules VERNE,
Le Village aérien
in Mathias Sandorf, suivi du Village aérien
 et de
La Maison à vapeur 
Omnibus, 2005

 








1. BiographieVERNE02-copie-1.jpg

 

La biographie de Jules Verne peut se décliner en quatre axes principaux (il s’agira ici d’une biographie très courte ; seuls les passages de sa vie importants pour comprendre le livre seront cités).







1.1. Son enfance


     Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828, dans une famille qui cultive les arts ; musique, concours poétiques, comédies de salon occupent ses loisirs.


     L’activité portuaire qui entoure la maison familiale située sur une île de la Loire va très vite stimuler l’imagination de J. Verne qui se voit déjà capitaine d’un navire.


     Jeune, il lira Robinson Crusoé de Daniel Defoe, et bien d’autres romans d’aventure qui lui donneront l’envie d’en écrire à son tour.


1.2. Ses voyages


     Plus tard, il assouvira quelque peu son désir de voir le monde en effectuant trois voyages : excursion en Scandinavie en 1862, la traversée de l’Atlantique en 1867 et une croisière en Méditerranée en 1883.


     Mais ces voyages ne font pas l’objet de récits de voyage. En effet, J. Verne a tendance à faire fiction de tout, à tout " romanciser " selon son expression. Ces voyages serviront seulement de canevas à certains de ses romans.


1.3. Son écriture


     Ses premiers écrits ne le satisfont pas. Peu à peu se dessine la perspective d’une série de récits ancrés dans l’actualité et utilisant les découvertes de la science. J. Verne se plonge alors dans un travail encyclopédique important en 1852. Il écrit d’ailleurs à son père, dans une lettre de 1955 :

" Je m’emploie à enrichir mon vocabulaire et à n’user que de mots techniques, afin d’éviter les périphrases encombrantes. "


     Après plusieurs publications de romans, l’écrivain est bien conscient de ne pas encore avoir trouvé sa personnalité littéraire. Il recherche le " nouveau ".


     Il a le déclic en 1862, en découvrant les contes fantastiques d’Edgar Poe. Pour J. Verne, Edgar Poe " a inventé une forme nouvelle dans la littérature […]. Edgar Poe a créé un genre à part, ne procédant que de lui-même, et dont il me paraît avoir le secret […]. Il a reculé les limites de l’impossible ; il aura des imitateurs. "


     Jules Verne deviendra un de ces imitateurs. Il veut associer l’étrange à la rigueur scientifique.


1.4. Sa rencontre avec Hetzel


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édition originale Hetzel

     La chance de Jules Verne vient du fait que l’éditeur Hetzel cherche à constituer, à la même époque, une bibliothèque associant éducation et récréation. Il s’intéresse donc à son écriture et signe le premier contrat avec lui en 1862, pour Cinq semaines en ballon. Hetzel l’invite ainsi à poursuivre le genre du voyage imaginaire, en lui apportant une dimension épique où le merveilleux s’appuie sur les découvertes de l’époque. Aussi ce roman, Le Village aérien, est-il riche d’informations scientifiques.


Lien vers un site consacré aux éditions Hetzel.

Jules Verne mourra d’une crise de diabète en 1905.


2. Le Roman

    
      Le livre est écrit en 1896 et publié en feuilleton dans la revue " Magasin d’Education et de Récréation ", de janvier à juin 1901, puis édité chez Hetzel la même année. C’est un roman ethnographique qui se passe au centre de l’Afrique, au-dessus de l’Equateur, sur la rive droite du fleuve Congo.

 

2.1. Résumé

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     En 1899, Max Huber et John Cort ont entrepris une expédition au Congo avec l’aide du chasseur d’ivoire Urdax. Ce dernier est tué par une charge d’éléphants qui contraint les deux hommes à se réfugier dans une grande forêt. Ils adoptent un jeune noir, Llanga, et tentent d’atteindre le fleuve Oubangui. Au cours de ce voyage, ils retrouvent les restes de la case du docteur Johausen qui, 3 ans plus tôt, étudiait le langage des singes. En descendant un cours d’eau, Llanga sauve de la noyade Li-Maï, qui ressemble autant au singe qu’à l’homme. Ils arrivent ensuite à Ngala, un village construit sur une plateforme installée dans les arbres. Ses habitants sont les Wagddis, êtres intermédiaires entre le singe et l’homme. Leur monarque s’appelle Msélo-Tala-Tala et n’apparaît qu’une seule fois, au cours d’une fête. Il s’agit en fait du docteur Johausen qui, devenu fou, est maintenant le chef de la tribu…


2.2. Les personnages


 John Cort :
explorateur américain.


Max Huber : Explorateur français. Au début du livre, il se plaint que leur exploration de l’Afrique manque d’imprévu, alors que son ami n’aspire qu’à rentrer le plus vite possible à Libreville.


 Khamis :
le foreloper (celui qui dirige la caravane), toujours de très bon conseil.


 
Llanga : l’enfant noir adopté par les deux explorateurs ; il sauve l’enfant singe et le protège avec générosité.


 Msélo-Tala-Tala :
" le père miroir ", roi des Wagddis. Il se trouve qu’il s’agit du docteur Johausen. Au début de son exploration, il était déjà à moitié fou ; quand il est devenu roi, il a régressé dans la folie jusqu’à ne plus être qu’un légume.


2.3. Les thèmes


     La folie est un des thèmes favoris de Jules Verne et il est mis en valeur dans ce roman à travers le personnage du docteur Johausen.


" […] Max Hubert s’approcha, et, peu respectueux envers ce souverain de l’Afrique centrale, il le prit par les épaules et le secoua vigoureusement.

Sa majesté fit une grimace que n’eût pas désavouée le plus grimacier des mandrills de l’Oubangui.

Max Huber le secoua de nouveau.

Sa Majesté lui tira la langue.

" Est-ce qu’il est fou ?... dit John Cort.

- Tout ce qu’il y a de plus fou, pardieu !... fou à lier !... " déclara Max Huber.

Oui… le docteur Johausen était en absolue démence. "


     La religion, autre thème du roman, est tournée en dérision. Jules Verne est également assez critique sur la théorie de Darwin (pour lui, cette théorie est logique mais on ne trouvera jamais le chaînon manquant entre l’homme et le singe car il n’existe pas) ; ce qui ne l’empêche pas de parler avec respect des Wagddis. Même si les critiques ont relevé dans ce roman des propos racistes, (J. Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de 6 ans par exemple), je l’ai trouvé aussi critique sur l’homme blanc : celui-ci peut régresser intellectuellement, la preuve en est le Dr Johausen, et les singes ont plutôt tendance à évoluer, à imiter les êtres humains.


Le voyage
est bien sûr le thème privilégié de J. Verne. Ici, il veut nous faire découvrir, au-delà de l’histoire, un lieu inconnu puisque l’Afrique centrale est encore méconnue à l’époque, mais aussi un peuple inconnu. Pour l’auteur, le mystère est indissociable du voyage et il est le point de départ de presque tous ses romans. Ici, le mystère est suscité par des torches qui brillent à la lisière de la forêt ; elles vont intriguer les explorateurs, et particulièrement Max Huber qui cherche de l’imprévu depuis le début de l’expédition.

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L’adoption
est présente à deux reprises dans ce roman ; lorsque les explorateurs qui recueillent Llanga, un enfant noir orphelin, mais aussi quand Llanga adopte en quelque sorte le petit Li-Maï qu’il sauve de la noyade et qu’il prend sous sa protection.

 

3. La démarche de l’auteur


3.1. Origine de l’œuvre


Le titre  

     Hetzel rebaptisait presque toujours les livres de son protégé. D’abord appelé La Grande Forêt, il est donc devenu Le Village aérien. C’est le 49ème titre de sa production romanesque.


Les sources d’inspiration

     Le roman s’appuie sur les travaux de l’Américain Garner, qui fut le premier à chercher si les singes avaient un langage. Ici, le problème débattu par l’écrivain est celui du langage chez les primitifs. Pour lui, si le chaînon manquant devait exister, il serait caractérisé par un langage rudimentaire et des sentiments humains.


Le but de Jules Verne


     Il écrit la série des " Voyages extraordinaires " dans le but de " faire connaître à ses lecteurs, sous la forme du roman, les diverses parties du monde ". Ce qui explique qu’il aime écrire sur l’Afrique centrale qui est méconnue à cette époque.


3.2. Un roman précurseur

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     Après lui, beaucoup d’écrivains ont abordé le thème du darwinisme ou plus largement celui du rapport de l’homme et du singe : on verra ainsi Balaoo de Gaston Leroux en 1911, la série des Tarzan qui commence en 1912, King-Kong en 1933, Les Animaux dénaturés de Vercors en 1952, ou encore La Planète des singes de Pierre Boulle en 1963.


4. Conclusion


     Ce roman est très facile à lire, et même si quelques passages peuvent être considérés comme racistes, je trouve l’auteur très juste dans ses descriptions et dans les critiques qu’il veut faire passer. Le côté scientifique du roman est très discret mais le rend d’autant plus intéressant. Ce n’est pas le roman le plus connu de Jules Verne, mais je trouve pourtant que c’est un très bon livre, et j’ai eu plus de facilité à lire celui-là que Voyage au centre de la Terre !

Livre numérisé sur http://jydupuis.apinc.org/vents/Verne-village.pdf

 

 

Sources (disponibles à la bibliothèque de Mériadeck) : 

-Jules Verne, parcours d’une œuvre, Compère, Daniel, éd. Encrage, 1996.

- Les Voyages extraordinaires de Jules Verne, Analyse de l’œuvre, Compère, Daniel, Pocket, 2005, collection " Les guides Pocket Classiques ".

- Les 60 Voyages extraordinaires de Jules Verne, Sadaune, Samuel, éd. Ouest-France, 2004.

 Stéphanie, 2A. Bib-Méd.

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Published by Stéphanie - dans Mondes perdus
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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 21:22

pierre-loti-madame_ch-.jpgPierre LOTI,
Madame Chrysanthème
GF Flammarion, 1990,
285 p.,
préface de Bruno Vercier.

 Fiches de Jennifer et Cyrielle

 





1.  Fiche de Jennifer

  Pierre_Loti.JPG

Biographie

     Pierre Loti, de son vrai nom Julien Viaud, est né en 1850 à Rochefort et mort en 1923 à Hendaye. Reçu à l'Ecole Navale à Paris, il prend la mer en 1870, comme aspirant de première classe, suivant l'exemple de Gustave, son frère, mort en mer. Il exercera pendant 40 ans le métier d’officier de marine qui le fera voyager dans le monde entier. C’est en 1871, lorsqu’il fit route vers Tahiti qu’il eut l’idée d’écrire ses impressions en les illustrant de croquis pour en faire des articles qu’il pourrait vendre en France afin d’aider sa famille qui vit une situation précaire, surtout depuis que le père a été accusé de détournement d’argent. La France devient très friande de ce genre d’article, inexistant à l’époque. Il devient alors reporter. C’est à Tahiti qu’il écrira Le Mariage de Loti où il prendra pour la première fois le pseudonyme de Pierre Loti.


     Le Mariage de Loti est son premier succès et date de 1972. Il va continuer de voyager pour son travail, ce qui permettra à son œuvre, souvent autobiographique, de nous conduire en Turquie (Aziyadé), au Sénégal (Le roman d'un spahi) ou au Japon (Madame Chrysanthème) dont le succès fut immense et inspira à Puccini Madame Butterfly. Il a aussi voyagé de l'Égypte à Tahiti en passant par l'Inde… Le cadre de ses romans n'est pas toujours aussi exotique ; avec Pêcheurs d'Islande, il décrit la vie des pêcheurs bretons ; Ramuntcho se situe au Pays Basque où il termine sa vie.


     À 42 ans, il est élu à l'Académie française contre Émile Zola.


     Dans sa vie on peut remarquer que Pierre Loti a rencontré plusieurs figures masculines qui l’ont beaucoup marqué. En fait, la mort de son frère Gustave à qui il vouait une très grande admiration va le laisser très marqué. Il semble alors rechercher à travers ses camarades la figure de Gustave. Lorsque sa famille s’est retrouvée dans le besoin, il voulait suivre les traces de ce frère adoré mais il s’abstient pour ne pas faire de peine à sa famille jusqu’en 1867, année où il fut admis au concours naval.

 
     En 1869, il rencontre Joseph Bernard sur qui il va reporter tous les sentiments qu’il avait eus pour Gustave. Joseph devient " le frère chéri, le frère adoré ". Ils vont tout d’abord travailler sur le même bateau puis leurs chemins vont se séparer mais ce sera l’occasion d’une correspondance jusqu’à ce que Joseph mette fin à cette relation en 1875 ; Loti en sera très peiné.


     En 1877, il rencontre le matelot Pierre le Cor qui deviendra le héros du livre Mon frère Yves, inspiré de la vie de Pierre. On retrouve ce personnage d’Yves dans Madame Chrysanthème où il sera de nouveau son " frère " Yves, un très bon ami.


Madame Chrysanthème
  

     Madame Chrysanthème a été publié en décembre 1887.


     Dans ce livre, Loti nous raconte le Japon, tel qu’il l’a vu, tel qu’il l’a vécu, de juillet à septembre 1885. Le livre est construit comme un carnet de voyage et tiré de son propre journal. Il indique le jour, la date mais pas systématiquement.


     Le livre commence par un avant-propos ; Loti et Yves sont encore sur le bateau, ils n’arriveront que le lendemain. Pierre Loti semble attendre énormément de ce pays, il s’imagine comment sera sa vie, son but ultime semblant de se marier avec " une petite femme à peau jaune, à cheveux noirs, à yeux de chat. – je la choisirai jolie. – Elle ne sera pas plus haute qu’une poupée… " Dès que la terre est annoncée et qu’on entre dans la baie de Nagasaki Loti entre en désillusion : " Quand Nagasaki parut, ce fut une déception pour nos yeux : au pied des vertes montagnes surplombantes, c’était une ville tout à fait quelconque. En avant, un pêle-mêle de navires portant tous les pavillons du monde, des paquebots comme ailleurs, des fumées noires et, sur les quais, des usines ; en fait des choses banales déjà vues partout, rien n’y manquait. " Ensuite en regardant le mouvement de tous les marchands sur les quais il dira : " Mon Dieu, que tout ce monde était laid, mesquin, grotesque ! Étant donné mes projets de mariage, j’en devenais très rêveur, très désenchanté. " Ce qui ne va tout de même pas le faire changer d’avis, il va alors à la rencontre de M. Kangourou qui est " interprète, blanchisseur et agent discrets pour grand mariages ". En l’attendant, il regarde autour de lui et décrit les servantes ainsi : " Mais plus je vous regarde, plus je m’inquiète de ce que va être ma fiancée de demain. – Presque mignonnes, je vous l’accorde, vous l’êtes, - à force de drôlerie, de mains délicates, de pieds miniatures ; mais laides, en somme, et puis ridiculement petites, un air bibelot sur l’étagère, un air ouistiti, un air je ne sais quoi… ". (Loti compare souvent les Japonais à des animaux ou des objets, voir plus loin.)


     M. Kangourou-san arrive enfin et présente, comme sur catalogue, les femmes disponibles pour cet arrangement, puisqu’il s’agit d’un arrangement : un mariage d’un mois renouvelable, sous contrat et sous réserve de payer une certaine somme à la famille de la jeune fille ; il lui présente donc plusieurs femmes, Mlle Œillet, Mlle Abricot ou Mlle Jasmin. Il choisira Mlle Jasmin, sans la connaître, sans même la rencontrer, il la verra trois jours plus tard pour le mariage.


     En l’attendant, il s’est choisi un logement à terre afin de l’accueillir. Malheureusement, elle ne lui plaît pas et il finit pas jeter son dévolu sur Mlle Chrysanthème. (Il faut savoir que dans presque tout le livre, Loti a traduit littéralement les noms des personnages, ce qui nous donne des noms assez particuliers comme Mme Très-Propre ou Mme L’Heure). L’échange a lieu très rapidement ce qui fait dire ceci à Loti : " Alors l’ennui me prend pour tout de bon de m’être décidé si vite, de m’être lié, même passagèrement, à cette petite créature, et d’habiter avec elle cette case isolée… Nous rentrons ; elle est au milieu du cercle, assise ; on lui a mis un piquet de fleurs dans les cheveux. Vraiment son regard a une expression, elle a presque un air de penser celle-ci… " (Charmant, n’est-ce pas ?).


     Le reste du roman est leur quotidien pendant l’été, pendant que son navire reste à quai. Les soirées japonaises, les intérieurs, le thé, les coutumes, la religion, tout est décrit de manière très subjective. Il ne se passe en réalité pas grand-chose, mais on nous a prévenus dès la préface et Loti lui-même à la page 104 (le livre en comporte 232) : " Ici, je suis forcé de reconnaître que, pour qui lit mon histoire, elle doit traîner beaucoup… "


Voilà les différents thèmes, les différents aspects du Japon décrit par Loti :


Les Japonais et Japonaises

" Parfois nous croisons une dame, empêtrée dans sa robe, mal assurée sur ses hautes chaussures de bois, personnage de paravent qui se trousse sous un parapluie peinturluré. "

" Ces trois petites femmes assises, gracieuses, mignardes, avec leurs yeux bridés ; leurs beaux chignons en coques larges, lisse et comme vernis " ;

"  les petites femmes, riant beaucoup, de ce rire perpétuel, agaçant qui est le rire japonais " ;

" Je m’habitue à leur figure " ;

Lorsqu’arrive M. Kangourou il le décrit ainsi " Figure à la fois rusée et niaise ; presque pas d’yeux. Révérence à la japonaise : plongeon brusque, les mains posées à plat sur les genoux, le torse faisant angle droit avec les jambes, comme si le bonhomme se cassait ; petit sifflement de reptile (que l’on produit en aspirant la salive entre les dents et qui est le dernier mot de la politesse obséquieuse dans cet empire) "

En attendant sa fiancée : " Bien avant de venir au Japon, je l’avais vue, sur tous les éventails, au fond de toutes les tasses à thé – avec son air bébête, son minois bouffi, – ses petits yeux percés à la vrille au-dessus de ces deux solitudes, blanches et roses jusqu’à la plus extrême invraisemblance, qui sont ses joues. "

" Chrysanthème entretient les fleurs dans nos vases de bronze, s’habille avec une certaine recherche, porte des chaussettes à orteil séparé, et joue tout le jour d’une sorte de guitare à long manche qui rend des sons tristes. "

Il explique que les peintures de visages sur les potiches ne ressemblent pas aux japonaises : " dans la bourgeoisie et dans le peuple, on est d’une laideur plus gaie, qui va jusqu’à la gentillesse souvent. Toujours les mêmes yeux trop petits, pouvant à peine s’ouvrir, mais des figures plus rondes, plus brunes, plus vives ; chez les femmes, un certain vague dans les traits, quelque chose de l’enfance qui persiste jusqu’à la fin de la vie. Et si rieuses, si joyeuses, toutes ces petites poupées nipponnes ! – D’une joie un peu voulue, il est vrai, un peu étudiée et sonnant faux quelquefois ; mais tout de même on s’y laisse prendre. "

Il parle des autres marins qui ont pris des femmes japonaises, il décrit l’un d’elles : " Dans mon enfance, on me menait quelquefois au théâtre des Animaux savants ; il y avait là une certaine madame de Pompadour, un grand premier rôle, qui était une guenon empanachée et que je vois encore. Cette Touki-San me la rappelle. "

" Oui, vues de dos, elles sont mignonnes ; elles ont, comme toutes les Japonaises, des petites nuques délicieuses. En parlant d’elles, nous disons : " Nos petits chiens savants ", et le fait est qu’il y a beaucoup de cela dans leur manière. "

Décrivant Chrysanthème qui dort : "  Elle avait un air de fée morte. Ou bien encore elle ressemblait à quelque grande libellule bleue qui se serait abattue là et qu’on y aurait clouée. (…) Quel dommage que cette petite Chrysanthème ne puisse pas toujours dormir : elle est très décorative, présentée de cette manière, – et puis, au moins, elle ne m’ennuie pas."

Une autre métaphore sur le peuple japonais : " Dès l’aube, une légion de petits ouvriers japonais nous envahissent, apportant leur dîner dans des paniers et des gourdes, comme les ouvriers de nos arsenaux français ; mais ayant quelque chose de besogneux et de minable, de fureteur et d’empressé qui fait songer à des rats. Ils se faufilent d’abord sans bruit, s’insinuent, et bientôt on en trouve partout, sous la quille, à fond de cale, dans les trous, qui scient, tapotent, réparent. "

Ah quand même, voilà une description positive de Chrysanthème : "  Elle sourit comme une petite fille qui est contente, et vraiment il faudrait être difficile pour ne pas convenir qu’elle est mignonne ce soir. " "  Gentilles quand même, ces petites Nipponnes, à force d’enfantillage et de sourire. "

En parlant des enfants : " D’ailleurs je reconnais le charme des petits enfants japonais ; il y en a d’adorables. – Mais, ce charme qu’ils ont, comment passe-t-il si vite pour devenir la grimace vieillotte, la laideur souriante, l’air singe ? "

" Une Japonaise, dépourvue de sa longue robe et de sa large ceinture aux coques apprêtées, n’est pas plus qu’un être minuscule et jaune, aux jambes torses, à la gorge grêle et piriforme ; n’a plus rien de son petit charme artificiel, qui s’en est allé complètement avec le costume. "

" De grands insectes rares. "

" Il y a le mystère de leurs tout petits yeux, tirés, bridés, retroussés, pouvant à peine s’ouvrir ; le mystère de leur expression qui semble indiquer des pensées intérieures d’une saugrenuité vague et froide, un monde d’idées absolument fermé pour nous. (…) Comme nous sommes loin de ce peuple japonais, comme nous sommes de race dissemblable. "


La religion


" Le sentiment que, dans cette contrée, les Esprits, les Dieux des bois, les symboles antiques chargés de veiller sur les campagnes, étaient inconnus et incompréhensibles. ": 


" Il y a la longue prière de Mme Prune (sa logeuse) qui, d’en bas, nous arrive à travers le plancher, monotone comme une chanson de somnambule, régulier et berçante comme un bruit de fontaine. Cela dure trois quarts d’heure pour le moins ; sur des notes hautes, rapides, nasillardes, cela se psalmodie abondamment ; de temps à autre, quand les esprits lassés n’écoutent plus, cela s’accompagne de battements de mains très secs (…) et cela chevrote sans cesse comme le bêlement d’une vieille bique en délire. "

" Dans les amusements religieux de ce peuple, il ne nous est pas possible, à nous, de pénétrer les dessous pleins de mystère que les choses peuvent avoir ; nous ne pouvons pas dire où finit la plaisanterie et où la frayeur mystique commence. Ces usages, ces symboles, ces figures, tout ce que la tradition et l’atavisme ont entassé dans les cervelles japonaises, provient d’origines profondément ténébreuses pour nous ; même les plus vieux livres ne nous l’expliqueront jamais que d’une manière superficielle et impuissante – parce que nous ne sommes pas les pareils de ces gens-là. "

" dans une proportion que nous ne savons même pas apprécier, quelque chose de mystique, je ne sais quoi de puéril et de macabre en même temps. Une sorte d’horreur religieuse est répandue par ces idoles, que nous devinons derrière nous dans le temple, par ces prières confusément entendues (…) par tous ces affreux masques blêmes. "

" Le sanctuaire a beau être sombre, immense : les idoles, superbes… dans ce Japon, les choses n’arrivent jamais qu’à un semblant de grandeur. Une mesquinerie irrémédiable, une envie de rire est au fond de tout. "

 
Les intérieurs


En parlant de son appartement : " Chez nous, ça ressemble à une image japonaise : rien que des petits paravents ; des petits tabourets bizarres supportant des vases avec des bouquets (…) la maison est toute en panneaux de papier, et se démonte, (…) comme un jouet d’enfant. "

" Nous dormons par terre, sur un mince matelas de coton que l’on déploie et que l’on étend chaque soir par-dessus nos nattes blanches. L’oreiller de Chrysanthème est un petit chevalet d’acajou emboîtant bien la nuque, de façon à ne jamais déranger la volumineuse coiffure. "

" Une propreté minutieuse, excessive ; des nattes blanches, du bois blanc ; une simplicité apparente extrême dans l’ensemble, et une incroyable préciosité dans les détails infiniment petits : telle est la manière japonaise de comprendre le luxe intérieur. "

Il en ressort une simplicité que décrira Van Gogh dans une lettre à son frère Théo. (4e de couverture)


Les coutumes

Lorsqu’il mange pour la première fois avec des Japonaises : " Manger à leur manière, avec de gentilles baguettes et un doigté plein de grâce. L’ensemble de tout cela est raffiné, - d’un raffinement très à côté du nôtre par exemple, que je ne puis guère bien comprendre à première vue, mais qui à la longue finira peut-être par me plaire. " (Il appelle ça la dînette.) 

" Nouvelle révérence, il m’en fait pour chaque mot que je dis, comme s’il était un pantin à manivelle… "

" Rien n’est plus japonais que de faire des digressions sans le moindre à propos. "


La mort :
 


" Il semble que, chez ce peuple enfantin et léger, la mort même ne se prenne pas sérieusement. Les tombes sont des Bouddhas de granit, assis dans des lotus, ou des bornes funéraires avec des inscriptions d’or ; elles se tiennent groupées dans de petits enclos au milieu des bois, ou sur des terrasses naturelles agréablement situées ; on y arrive généralement par de longs escaliers de pierre tapissés de mousse, en passant de temps en temps sous quelqu’un de ces portiques sacrés dont la forme, toujours la même, est rude et simple, et qui sont une réduction de ceux des temples. "


La petite pipe d’argent : 


" Deux bouffées, trois tout au plus ; cela dure à peine quelques secondes, et la pipe est finie. – Ensuite, pan, pan, pan, pan, on frappe le tuyau très fort contre le rebord de la boîte à fumer, pour faire tomber cette cendre qui ne veut jamais sortir ; – et ce tapotage, qui s’entend partout, dans chaque maison, à n’importe quelle heure de la nuit ou du jour, drôle et rapide comme un grattement de singe, est au Japon un des bruits caractéristiques de la vie humaine… "


Les injures :


" Dans la langue de ce peuple poli, les injures manquent complètement ; quand on est très en colère, il faut se contenter d’employer le tutoiement d’infériorité et la conjugaison familière qui est à l’usage des gens de rien. "


Description de la ville/du Japon

Lorsqu’il sort pour la première fois de son bateau, il pleut : " Un Japon maussade, crotté, à demi noyé. Tout cela, maisons, bêtes ou gens, que je ne connaissais encore qu’en images ; tout cela que j’avais vu peint sur les fonds bien bleus ou bien roses des écrans et des potiches, m’apparaît dans la réalité sous un ciel noir, en parapluie, en sabots, piteux et troussé. "

ou encore : " petite rue triste et noirâtre (il y en a comme ça un dédale, des milliers) "

" L’air a une odeur compliquée ; aux senteurs des plantes et de la terre s’ajoute autre chose, qui vient des demeures humaines sans doute : on dirait un mélange de poisson sec et d’encens. "

" A ce moment, j’ai une impression de Japon assez charmante ; je me sens entré en plein dans ce petit monde imaginé, artificiel, que je connaissais déjà par les peintures des laques et des porcelaines. "

" Toujours les mêmes boutiques, sans le moindre vitrage, ouvertes au vent : aussi simples, aussi élémentaires quelle que soit la chose qui s’y fabrique ou s’y brocante (…) et tous les vendeurs assis par terre, au milieu de leurs bibelots précieux ou grossiers, jambes nues jusqu’à la ceinture, montrant à peu près ce que l’on cache chez nous, mais se couvrant le torse pudiquement. Et toute sorte de petits métiers impayables exercés à la vue du public, à l’aide de procédés primitifs, par des artisans à l’air bonhomme. "

" Toujours du bizarre à outrance, du saugrenu macabre ; partout des choses à surprise qui semblent être les conceptions incompréhensibles de cervelles tournées à l’envers de nôtres. "

" Le bruit des cigales est, pour moi, le bruit caractéristique de ce pays. (…) au dessus des vallées et des baies profondes, ces oiseaux planent, en poussant de temps à autre leurs trois : " han ! han ! han ! " d’un timbre triste, comme au comble du l’étonnement pénible, de la douleur. "

" Petit, mièvre, mignard – le Japon physique et ingrat tient tout entier dans ces trois mots-là. "

Le Japon : " On s’en amuse en passant, mais on ne s’y attache pas. "


Quelques termes piochés :

poupées, odieuses, monstrueuse, drôlement, écrasante, invraisemblable, dinette, bibelot.

Il y a également la relation entre Yves et Chrysanthème qui semble un peu particulière, Loti, constate qu’ils s’aiment bien et s’imagine même jaloux alors que visiblement il n’attache pas une importance particulière à Chrysanthème.

Un passage détonne dans le livre ; il est sur le départ, et là, changement total : il se met à apprécier le Japon, Chrysanthème, sa musique etc. mais ça ne dure pas longtemps…  " Et je trouve un vrai charme ce soir à penser que ce logis, cette femme qui mène la danse, tout cela est mien. J’ai été injuste, en somme, envers ce pays ; il me semble que mes yeux s’ouvrent en ce moment pour le bien de voir, que tous mes sens subissent un changement brusque et étrange : je perçois et je comprends mieux tout à coup cette infinité de gentilles petites choses au milieu desquelles je vis, la grâce frêle et très cherchée des formes, la bizarrerie des dessins, le choix raffiné des couleurs. "

" Je les trouve toutes agréables à regarder ; cet air de poupée qu’elles ont me plaît à présent, et je crois découvrir ce qui leur donne : non pas seulement ces figures rondes, inexpressives, à sourcils très éloignés des yeux ; mais surtout cet excès d’ampleur dans leur robe. "

" Je m’habitue aux petits meubles ingénieux, aux pupitres de poupée pour écrire, aux bols en miniature pour faire la dînette ; à la monotonie immaculée des nattes, à la simplicité si finement travaillée de ces boiseries blanches. Je perds même mes préjugés d’Occident ; toutes mes idées ce soir flottent et s’en vont. "

" jusqu’à présent j’avais toujours écrit sa guitare pour éviter ces termes exotiques dont on m’a reproché l’abus. Mais ni le mot guitare ni le mot mandoline ne désignent bien cet instrument (…) à partir de maintenant, j’écrirai Chamécen. Et j’appellerai ma mousmé Kihou, Kihou-San ; ce nom qui lui va mieux que celui de Chrysanthème, - qui en traduit exactement le sens, mais n’en conserve pas la bizarre euphonie. "

" À cette tombée de nuit, je me sens presque chez moi dans ce coin du Japon, au milieu des jardins de ce faubourg ; - et cela ne m’était jamais arrivé encore… "

Enfin tout ce sentiment d’appartenance ne dure pas très longtemps, une journée, il me semble, et lorsqu’il prépare son retour, il appelle sa femme Chrysanthème.

On pourrait également parler d’une petite anecdote. Le jour du départ de Loti, Chrysanthème lui demande de passer la voir au logis pour pouvoir lui dire adieu. Il la surprend de dos en train de taper les pièces que Loti lui a données pour honorer son contrat et s’imagine que c’est pour vérifier si elles sont vraies. Finalement ce mariage se termine comme il a commencé par une plaisanterie, ce qui est tant mieux ; il sera moins triste de partir.

Ce qui est particulièrement étrange puisque des voyages, il continuera d’en faire, toujours avec plaisir et il appréciera même certains pays très étrangers par les coutumes. Il va même faire de sa maison un musée pour entreposer tous ses souvenirs rapportés de tous ces pays.

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Jennifer B., A. S. Ed.-Lib.


2. Fiche de Cyrielle

     
     Madame Chrysanthème raconte l'histoire d'un officier de marine, Pierre Loti, et d'un marin, Yves, qui séjournent à Nagasaki pendant les réparations de la Triomphante de juillet à septembre 1885. Le premier, gradé, peut s'installer à terre et a pour projet d'épouser une Japonaise pour la durée de leur escale. Il est d'ailleurs pressé de mettre ses projets à exécution et se rend dès le lendemain de l'accostage du navire dans un lieu qu'on lui a conseillé afin de rencontrer M. Kangourou, blanchisseur, interprète et accessoirement " agent discret pour croisements de races ". Quelques jours plus tard, grâce à M. Kangourou, Pierre Loti épousait une jeune fille du nom de Chrysanthème. Il a choisi cette jeune fille alors qu'on lui en présentait une autre qui n'était pas à son goût. Avec sa jeune épouse, il va s'installer dans un des faubourgs de Nagasaki, Diou-djen-dji, dans un appartement au-dessus de celui de ses propriétaires, Madame Prune et Monsieur Sucre. A partir de ce moment, leur vie au Japon va être faite de gardes à bord de la Triomphante, de visites dans les temples et de soirées dans les maisons de thé et dans les bazars de Nagasaki avec les autres couples des officiers du navire.
 
 

     
     Ce roman n'aborde pas vraiment des thèmes mais, certains aspects peuvent être analysés comme sa forme, la tradition du marin qui se marie dans chacun des ports où il passe et surtout la question de l'altérité.

    
      Madame Chrysanthème
n'est pas un roman totalement imaginé par son auteur. En effet, le fond du roman prend sa source dans une vraie escale que Loti a faite à Nagasaki pendant la réparation de la Triomphante en 1885. Cette véritable escale n'a duré qu'un peu plus d'un mois et pendant ce cours laps de temps, Loti a bien épousé une jeune fille d'environ dix-huit ans et qui s'appelait Okané-San. Ce séjour au Japon, l'auteur le raconte dans son vrai journal intime et il présente Madame Chrysanthème comme la partie de son journal racontant son séjour à Nagasaki aonsi qu’il l'écrit dans sa dédicace à Madame la Duchesse de Richelieu. Cependant, cet ouvrage est bien un roman puisque presque tout a été changé par l'écrivain : le séjour dure plus de deux mois et les chapitres du roman ne suivent pas l'ordre chronologique du Journal bien qu'ils donnent l'apparence d'un journal par la présence de dates au début de certains chapitres (la première apparaît au chapitre 5 le " 10 juillet 1885 " et la dernière au chapitre 52 le " 18 septembre 1885 "). Cet ouvrage est donc un vrai roman et un faux journal.

 

    
      Tout au long du roman, même si ce n'est pas le thème central, le lecteur peut voir comment le mythe du marin avec une femme dans chaque port où il passe pouvait se traduire au XIXème siècle. A travers les digressions de Loti, on apprend que c'est une pratique courante chez les marins. Ils épousent une jeune fille contre une certaine somme d'argent et l'installent dans une maison pour la durée de leurs "mariages" ou séjours. Ici, Loti épouse Chrysanthème pour vingt piastres par mois, somme qu'il doit verser à ses parents et l'installe dans un appartement de Diou-Djen-Dji. Il n'est pas le seul personnage du roman à faire cela puisque quatre autres officiers ont également épousé de jeunes Japonaises pendant les réparations de la Triomphante. Pour tous ceux qui pensaient que cette pratique était un mythe, Loti prouve l'existence des mariages temporaires.

 

     
     Ce roman traite la question de l'altérité à travers le regard de Loti, un Blanc. Cependant, on ne peut pas parler de l'altérité dans Madame Chrysanthème sans aborder les autres voyages que Loti a retranscrit dans des romans. En 1885, il a déjà publié Aziyadé et Le Mariage de Loti, deux expériences positives de la Turquie et de Tahiti. Il a assimilé ces deux cultures sans difficulté et s'est senti chez lui dans ces deux lieux. Malheureusement, son séjour au Japon ne se passe pas comme il l'avait prévu. Ce qui ressort de ce roman c'est une impression que les Japonais sont trop différents des Occidentaux. Ils paraissent calmes, lisses et on ne sait pas ce qu'ils pensent. De plus, les Japonais ont de drôles de coutumes. Ce qui fait que malgré tous les efforts de l'écrivain, il reste une incompréhension entre ces deux cultures. A leur arrivée dans le port, il est enthousiaste à l'idée de découvrir une nouvelle culture et il pense se sentir chez lui comme il s'était senti si bien à "Stamboul". D'ailleurs, dans certaines circonstances, le souvenir de "Stamboul" lui revient et lui fait prendre conscience du fossé entre Chrysanthème et lui. Tout au long du roman, on retrouve des mots japonais car Loti a appris cette langue pour mieux s'intégrer et, à la fin du roman, lorsque des rumeurs de départ pour la Chine se font entendre il va commencer à se sentir chez lui et il va chercher à utiliser encore plus de termes japonais (il ne parle plus de la guitare de Chrysanthème mais de son chamécen et il va même jusqu'à utiliser son prénom japonais : Kihou-San). Toutefois, Loti va vite revenir sur son jugement (Chrysanthème ne lui montre de l'affection que parce qu'il va partir et qu'il doit lui donner de l'argent) pour conclure que tout est bien mignon au Japon mais qu'il n'y a rien de plus et cela l'empêche de s'accrocher à ce pays et à ses habitants.

 

     
     Loti a écrit dans son Journal que Madame Chrysanthème est un " roman japonais " ; c'est-à-dire, un roman dont l'action se passe au Japon. Cependant, c'est surtout un roman descriptif sur le Japon car il ne s'y passe pas grand chose. Et, Loti le dit lui même au lecteur au chapitre 16 : " Ici, je suis forcé de reconnaître que, pour qui lit mon histoire, elle doit traîner beaucoup [...] A défaut d'intrigue et de choses tragique [...] A défaut d'amour... ". Il faut donc en conclure que ce roman est à l'image du Japon : lisse. Il faut tout de même nuancer ce triste tableau par les descriptions poétiques des paysages.

 

Anecdotes :

Le roman comprend 56 chapitres mais reste facile à lire car de nombreux chapitres ne dépassent pas les 2 pages et le dernier ne fait que 3 lignes.

 

Adaptation de l'oeuvre :

Ce roman a inspiré une comédie lyrique portant le même nom que le roman et un opéra. La première adaptation, créée au Théâtre Lyrique en 1893, est l'œuvre de André Messager, et l’opéra, créé à la Scala de Milan en 1904, est de Giacomo Puccini et intitulé Madame Butterfly. Seulement, pour créer ces deux œuvres les librettistes ont dû ajouter des éléments absents du roman : la passion et le désir.


Bibliographie sélective :

 

Aziyadé, 1879
Le Mariage de Loti, 1880
Le Roman d'un Spahi
, 1881
Mon Frère Yves
, 1883
Pêcheur d'Islande
, 1886
Madame Chrysanthème
, 1887
Le Roman d'un enfant, 1890

    

Cyrielle, 2ème année Bib-Med

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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 07:57

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Jérôme CHARYN 
Rue du Petit Ange, 1994
traduit de l'américain
par Marc Chénetier
Mercure de France, 2002
Rééd. Folio, 2003

 

 

 








Brève biographie de l’auteur :charyn03.jpg


     Il est né le 7 juillet 1937 dans le Bronx à New York. Ses parents sont originaires d’Europe de l’Est. Il passe son enfance dans le Bronx.

     
     Il commence par rédiger des nouvelles. En 1973, son frère aîné, qui est policier à Brooklyn, lui fait découvrir la face cachée de New York (les bas-fonds de la ville, les commissariats, la morgue). Par cette expérience, il trouve tous les ingrédients de ses futurs polars, et particulièrement ceux des Isaac Sidel. Ce dernier est le héros de huit romans de Charyn dont Rue du Petit Ange qui est le dernier paru en France.


     Il vit en France environ 9 mois sur 12 et enseigne à l’université américaine de Paris. Cependant, on peut remarquer que malgré son attachement à la France il publie d’abord ses livres aux Etats-Unis et les écrit en anglais.

 

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 Le livre, l’histoire...

    
      Ce livre est paru au Etats-Unis en 1994, puis en 2002 en France au Mercure de France. Et ensuite en poche chez Folio (mais pas en Folio Policier). Ce livre est divisé en 7 parties et 33 chapitres. Dans l’histoire apparaissent beaucoup de personnages qui s’entrecroisent tous plus ou moins. Cette histoire se déroule en décembre 1985 (l’histoire fut écrite une dizaine d’années avant sa parution).


Est-ce donc un roman policier ?


     Ici, Isaac Sidel n’est plus commissaire de police. En effet, il vient d’être élu maire de New York ; " le Roi Sidel ", pour cela a dû démissionner de son poste. Il ne prend ses fonctions de maire que le 1er janvier 1986 ; il reste donc un mois sans fonction mais que va-t-il faire ? Ce livre commence par la recherche de Sidel dans New York ; personne ne sait où il est. En fait, il se trouve dans un refuge à Harlem, déguisé en SDF sous le pseudonyme de Geronimo Jones. C’est sa " tenue d’hiver décontractée ".

     Puis, dans cette histoire, il y a bien un meurtre mais ce n’est pas vraiment cela qui va lancer l’enquête d’Isaac Sidel. Ce qui est louche dans ce meurtre puis les deux qui suivent, c’est que l’on retrouve un message adressé au commissaire Sidel. On ne sait pas qui sont ces cadavres et cela ne sera pas le but de l’enquête ; on saura d’eux juste leur origine. Les messages trouvés sont tous les trois identiques, et on les retrouve dans la bouche du cadavre : " Il y eut un deuxième cadavre. Egalement nommé Geronimo Jones. A l’Arsenal d’Atlantic Avenue, à Brooklyn. Puis un troisième. Sous une couverture à Grand Central Station. Pas de papiers d’identité. Rien qu’un bout de papier photocopié dans la bouche. Le labo dut pratiquer un test de salive avant de rendre la note à Sweets. C’était une espèce de manifeste bizarre. " Ce texte est signé des Knickerbockers. Dans ce livre l’enquête n’est pas menée pour résoudre un 
meurtre mais pour savoir qui sont les Knickerbockers ; sont-ils les vrais meurtriers ?...


Enfance


Ce récit est la huitième histoire d’Isaac Sidel : il fait ressurgir le grand amour du commissaire, Anastasia, alias Margaret Tolstoï. Il l’a rencontrée quand il était encore à l’école ; elle était orpheline en URSS, à Odessa, précisément, où elle a grandi. Puis elle se marie à 13 ans. On se replonge ainsi dans l’enfance d’Isaac : le titre rappelle ses souvenirs avec Anastasia (ils jouaient dans la rue du Petit Ange).

On remarque que les histoires s’entrecroisent toutes plus ou moins, elles sont toutes plus ou moins liées.


Thématiques.


Dans ce roman, plusieurs thématiques sont abordées :


- Un réseau d’adoption illégale d’enfants venant de l’Europe de l’est (URSS). C "est le cas d ‘Oskar.


- Le monde du ping-pong (Charyn est un accro, il en a même fait un livre) avec le " roi Carol ". C’est le sport de Sidel.


- le monde du baseball avec notamment le rôle joué par dix noms de joueurs de baseball que " les Knickerbockers boys " ont empruntés. " Knickerbockers " est le nom de la 1ère équipe de base-ball de New York (ce qui montre que Jérôme Charyn connaît bien sa ville).


- On retrouve des SDF tout au long de l’histoire. Ils permettent à Isaac de s’échapper, de penser à autre chose que ses responsabilités.


- Il n’y a pas vraiment d’alcoolisme ; les personnages sont en fait accros aux barres de Milky Way (principalement le second de Sidel, La Perruque).


- il y a aussi le monde des bas-fonds de New York.


- On note aussi la présence du FBI en la personne de Frédéric Lecomte, qui a sous son contrôle des personnes que l’on ne soupçonne pas dans cette histoire.


- De plus, pendant ce mois, Sidel doit informer la presse du personnel qui l’entourera à la mairie (ce qui équivaut au conseil municipal) et élaborer " un programme ". Il veut notamment fermer l’Ali Baba (une boite de strip-tease), et sauvegarder les immeubles construits par Emeric Gray (un grand architecte), donner à manger aux SDF.


- Durant cette histoire, Sidel va faire un tour un en Europe. Il va aller à Carcassonne puis à Paris. A Paris, il va renouer des liens avec son père qui est parti vivre sa vie d’artiste en laissant sa famille à New York grâce à Anastasia.

  
Sidel et New York


 Sidel est un personnage récurrent de Charyn, car Rue du Petit Ange est le huitième roman mettant en scène le commissaire Rose. Il est qualifié de " policier érudit errant ". C’est un personnage déchu, tout comme La Perruque, son bras droit (qui finira handicapé).


Sidel évolue dans le Wild contemporain : la jungle urbaine, c'est-à-dire la ville et ici les bas-fonds de New York. La définition de Leslie Fiedler : " le détective est le cow-boy adapter à la vie urbaine " correspond bien à Isaac Sidel. Il aime la solitude et s’isole dans la ville pour réfléchir, faire le point sur sa vie. Il aime passer inaperçu dans l’immensité de la ville ; il aime la tranquillité et chercher à éviter tous les journalistes.


 On constate aussi que Charyn est un véritable New-Yorkais. Il nous décrit sa ville, quelques quartiers et des lieux précis comme Gracie Mansion (maison des maires depuis 1949). Il connaît aussi son histoire et sa vie (on le voit à travers l’histoire du base-ball).


 Le style de l’écriture est direct ; on entend les voix du New York profond (Bronx, Harlem, Brooklyn). On observe aussi le réalisme des lieux (si on prend un plan de la ville on est capable de suivre le parcours de personnages).


 Quand on ouvre le livre, on entre directement dans l’univers de Charyn. On est un peu perdu quand on ne connaît pas l’univers Sidel. Mais très vite ça va mieux.


 Charyn dit qu’Isaac Sidel est le symbole du rêve américain ; il gravit tous les échelons, du commissariat de quartier à, dans ce livre, la Mairie.


Quelques citations :


 " Je suis d’accord avec James Ellroy quand il dit que l’histoire américaine se confond avec l’histoire du crime. " Charyn.


 " Les gens lisent pour le plaisir, moi je lis comme un cannibale. Je mange les livres. " Charyn.


 " C’est un Pagnol juif de Brooklyn qui aurait eu Groucho Marx pour professeur à la Horsefeathers University, et pour condisciples Mel Brooks et Woody Allen. " Michel Lebrun.

 

Les sources :


http:// wikipedia.fr
   

http://livres.lexpress.fr/portrait.asp/idC=3607/idR=5/idTC=5/idG=0


 " Jerome Charyn héraut des paumés" par Marianne Payoté (Lire, octobre 1995)

 
Claire, A.S. Ed.-Lib.

 

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 08:13
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● CONRAD Joseph. 
Au coeur des ténèbres, 1898. 
Paris : Editions Aubier-Montaigne, 1980. 
Rééd. GF – Flammarion, 1989, 214 p.
Introduction et traduction de J.J Mayoux









L’homme conradjoseph5019.jpeg

" Il était malheureux d’une façon inconnue aux âmes médiocres. " Victoire

Joseph Conrad, né Teodor Jozef Konrad Korzeniowski en 1857, ne fut pas un homme heureux, loin s’en faut, et ses œuvres tourmentées, reflets de sa vie tumultueuse aux quatre coins du monde, n’ont eu de cesse de sonder sur la mer, dangereuse alliée, et sur terre, dans des contrées encore inconnues et souvent hostiles, le cœur de l’homme.

Paradoxal et dépressif, ce Polonais à l’accent fort, expatrié très jeune en Angleterre, alors engagé dans la marine marchande anglaise, parcourt les mers du globe pendant les premières années de sa vie, pour finir en voyageur téméraire de l’intérieur, comme l’un des romanciers anglais les plus importants de son époque, lui qui à 20 ans ne parlait pas un mot de cette langue qu’il trouvera plus dure à manier que de doubler le Cap Horn.

L’écrivain ravagé par la goutte, les dettes et " d’inexplicables périodes d’impuissance, de soudains accès de douleur mystérieuse ", comptant dans ses proches Henry James, Stephen Crane ou André Gide, mourra d’une crise cardiaque en 1924, laissant une production pléthorique de romans mais surtout de nouvelles.

On lui doit, parmi ses chefs-d’œuvre, Lord Jim, Sous les yeux de l’Occident, La Ligne d’ombre, Le Nègre de " Narcisse ", Jeunesse et surtout Au coeur des ténèbres, rédigé en 1898.


Contexte : le Congo de Conrad 
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" Avant le Congo, je n’étais qu’un simple animal. " Lettre à Ernest Garnett

En 1878, Henry Morton Stanley revient à peine du cœur de l’Afrique Noire et de ses terrae incognitae, dernières ombres blanches fascinantes sur la carte d’un monde encore très mystérieux, qui faisaient dire au jeune Conrad, intrépide et exalté : " Quand je serai grand, j’irai là-bas. " Parti au secours de Livingstone et plus tard d’Emin Pacha, il y a découvert le Congo belge pour le compte du roi Léopold II, devançant d’une courte tête le français Pierre Savorgnan de Brazza. En 1889 paraîtra Through the dark continent, le récit de cette aventure, grand succès dont Conrad, bien que ne le citant jamais et semblant le mépriser, s’est probablement en partie inspiré, ainsi que de sa propre expédition, entre Matadi et Kinshasa, en 1890. Cette expérience s’avère pour lui amère et brutale. Il s’y trouve confronté à la mort, à la maladie, à un environnement profondément déstabilisant et dans lequel il se sent en proie à une intense solitude. Ses repères culturels volent en éclat, et huit ans après son retour il livrera une de ses œuvres les plus désespérées et profondes, bien que largement fictionnée, sous les traits de son personnage fétiche, son double littéraire Charlie Marlow (apparu pour la première fois dans Jeunesse).


Résumé

" Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois, et dans quelque poste de l’intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s’agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l’homme sauvage. Et il n’y a pas non plus d’initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l’incompréhensible, et cela aussi est détestable. En outre il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l’abominable. Imaginez les regrets grandissants, le désir obsédant d’échapper, le dégoût impuissant, la capitulation, la haine. " (p87)

Charlie Marlow, marin confirmé, est envoyé au Congo à bord d’un vapeur afin de remonter le fleuve à la recherche de l’agent Kurtz, posté au cœur du pays où il exploite l’ivoire, et dont les méthodes violentes, presque démentes de soumission des autochtones afin d’y parvenir commencent à déplaire à la direction hypocrite de la Compagnie qui l’emploie. Mais qui est cet homme dont on parle au narrateur par bribes étranges, mystérieuses, et pourquoi refuse-t-il de quitter de lui-même ce pays luxuriant et dangereux, moite et ténébreux ?
 
 

De retour en Angleterre, à jamais marqué par sa rencontre avec cet homme maudit, ce " spectre initié de l’ultime Nullepart " , Marlow entame devant son nouvel équipage un récit au crépuscule, avant une nuit sombre pour un périple désespéré au cœur même de chaque homme. Dans cette mise en abyme si justement nommée, la découverte de la sauvagerie, qui n’est pas là où l’on croirait l’attendre, la désorientation d’un homme sûr de son humanité, le choc d’une altérité d’apparence inassimilable, et le surgissement dans le brouillard de la jungle de son double négatif, de son anti-moi en la personne de Kurtz va progressivement révéler au narrateur la stupidité suffisante de l’homme occidental, la fascination paradoxale du Mal, et la nécessité d’une illusion positive pour se réveiller d’un cauchemar insidieux, et affronter le désespoir qu’une chute si lente et profonde au cœur même de l’angoisse et de l’inconnu a éveillé pour toujours, semble-t-il.

Nous sommes bien en présence d’une quête initiatique, où la victoire de la civilisation sur le primitif, avec le retour du narrateur à Bruxelles puis en Angleterre, s’avère sinon illusoire, du moins très fragile, la splendeur démoniaque de la jungle congolaise s’inscrivant pour toujours dans le cœur abîmé de celui qui a bien voulu la voir, et en comprendre toute l’immensité.

La figure de l’autre

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" La conquête de la terre, qui signifie principalement la prendre à des hommes d’une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plat, n’est pas une jolie chose quand on la regarde de trop près. Ce qui la rachète n’est que l’idée. Une idée qui la soutienne ; pas un prétexte sentimental mais une idée – quelque chose à ériger, devant quoi s’incliner, à quoi offrir un sacrifice… " (p89)

En termes d’action pure ou de rebondissement, il ne se passe pas grand chose dans Au cœur des ténèbres. Marlow attend, observe, juge, commente, survit, apprend sur lui-même et les autres. Et fort heureusement, il transpose ce monologue intérieur en monologue conté, puis écrit, comme témoin immortel des turpitudes d’un homme à la recherche de sa propre pré-histoire.

" Ils criaient, ils chantaient, leurs corps ruisselaient de sueur ; ils avaient des masques grotesques, ces types ; mais ils avaient des os, des muscles, une vitalité sauvage, une énergie intense de mouvement, qui étaient aussi naturels et vrais que la houle le long de leur côte. Ils n’avaient pas besoin d’excuse pour être là. C’était un grand réconfort de les regarder. Un moment, j’avais le sentiment d’appartenir encore à un monde de faits normaux ; mais il ne durait guère. " (p100)

Il perçoit dans le peuple africain les sources mêmes de l’Homme, et, fasciné, effrayé, peine à les trouver inhumains, redoute de se retrouver en eux mais doit capituler. C’est dans une tension permanente, dans une aversion-compassion paradoxale et problématique qu’il tisse un pont invisible entre eux et lui, mais en gardant toujours une distance qui lui semble vitale, résistant à l’appel de la brousse auquel Kurtz à succombé, fort de son enivrante puissance d’homme blanc déifié.

" Nous étions des errants sur la terre préhistorique, sur une terre qui avait l’aspect d’une planète inconnue. Nous aurions pu nous prendre pour les premiers hommes prenant possession d’un héritage maudit à maîtriser à force de profonde angoisse et de labeur immodéré. Mais soudain, comme nous suivions péniblement une courbe, survenait une vision de murs de roseaux, de toits d’herbe pointus, une explosion de hurlements, un tourbillon de membres noirs, une masse de mains battantes, de pieds martelant, de corps ondulant, d’yeux qui roulaient… sous les retombées du feuillage lourd et immobile. Le vapeur peinait lentement à longer le bord d’une noire et incompréhensible frénésie. L’homme préhistorique nous maudissait, nous implorait, nous accueillait – qui pourrait le dire ? Nous étions coupés de la compréhension de notre entourage ; nous le dépassions en glissant comme des fantômes, étonnés et secrètement horrifiés, comme des hommes sains d’esprit feraient devant le déchaînement enthousiaste d’une maison de fous. Nous ne pouvions pas comprendre parce que nous étions trop loin et que nous ne nous rappelions plus, parce que nous voyagions dans la nuit des premiers âges, de ces âges disparus sans laisser à peine un signe et nul souvenir. " (p135)

" Ce n’était pas de ce monde, et les hommes étaient – Non, ils n’étaient pas inhumains. Voilà : voyez-vous, c’était le pire de tout - ce soupçon qu’ils n’étaient pas inhumains. Cela vous pénétrait lentement. Ils braillaient, sautaient, faisaient d’horribles grimaces, mais ce qui faisait frissonner, c’était bien la pensée de leur humanité – pareille à la nôtre - la pensée de notre parenté lointaine avec ce tumulte sauvage et passionné. Hideux. Oui, c’était assez hideux. Mais si on se trouvait assez homme on reconnaissait en soi tout juste la trace la plus légère d’un écho à la terrible franchise de leur bruit, un obscur soupçon qu’il avait un sens qu’on pouvait – si éloigné qu’on fût de la nuit des premiers âges – comprendre. Et pourquoi pas ? L’esprit de l’homme est capable de tout – parce que tout y est, aussi bien tout le passé que tout l’avenir. Qu’y avait-il là, après tout ? – Joie, crainte, tristesse, dévouement, courage, colère – qui peut le dire ? – Mais vérité, oui – vérité dépouillée de sa draperie de temps. Que le sot soit bouche bée et frissonne – l’homme sait, et peut regarder sans ciller. " (p 136)
Parallèlement, son dégoût pour ses congénères blancs, condescendants, égarés dans leur insignifiance, incapables et " stupéfiants " va grandissant.

" J’ai vu le démon de la violence, celui de la convoitise, celui du désir ; mais, par le vaste ciel ! c’étaient des démons forts et gaillards à l’œil de flamme qui dominaient et qui menaient des hommes – des hommes, vous dis-je. Mais là debout à flanc de colline je pressentais que dans le soleil aveuglant de ce pays je ferais connaissance avec le démon flasque, faux, à l’œil faiblard, de la sottise rapace et sans pitié. " (p104)
Marlow, seul, désemparé, se tourne vers Kurtz, cette figure fantastique, quasi mythologique, magnifique de noirceur extrême, de génie ayant versé dans les eaux douteuses de la manipulation mentale de quiconque s’entretiendrait avec lui. Il est alors parfaitement conscient d’avoir à " choisir entre deux cauchemars. " 

Et de devoir alors s’y vouer, au nom de ses valeurs mêmes, bien que mises à mal, et sur lesquels nous allons revenir.

Au cœur de la brousse sauvage d’un pays inconnu, entouré de peuples qu’on exploite sans comprendre, l’effroi, l’attraction irrésistible et répugnante, le mystère le plus profond s’incarnent finalement au fond de la propre poitrine de Marlow, qui confond les battements de son propre cœur aux battements des tam-tams, lorsque enfin, dans une scène hallucinatoire, il va entrer en connexion avec son double vénéneux et frénétique : Kurtz.

" Ses ténèbres étaient impénétrables. Je le regardais comme on regarde d’en haut un homme gisant au fond d’un précipice où le soleil ne brille jamais. " (p 188) 
 

Au royaume du " wilderness ", de l’oxymore et de la " prose of power "
 

C’est dans une prose foisonnante, chargée et intense que Conrad fait naître ses images, car il nous donne véritablement plus à voir qu’à lire. Héritier de la prose puissante et rhétorique dont se réclamait Thomas De Quincey, la " prose of power ", il accumule un vocabulaire ultime, répète, psalmodie jusqu’à l’écoeurement ses notions phares : les ténèbres (darkness), le désespoir, et cette intraduisible notion, chère à chacune de ses œuvres : le " wilderness ".

On a pu lui reprocher, à plus ou moins juste titre, une construction sacrifiée à un déferlement enchevêtré et mal contrôlé d’états d’âmes pompeux et répétitifs.
Or, c’est justement cette passion parfois délirante, jaillissant sous sa plume inquiète qui peut prétendre à nous entraîner si loin, si profondément dans cette aventure intérieure, formidable et paroxystique.

Charlie Marlow est un homme qui a précédemment réussi avec succès l’épreuve de la mer (voir Jeunesse), marin atypique, il n’est pas sédentaire comme le voudrait un premier paradoxe, la mer et les navires étant toujours les mêmes, le marin typique emportant partout son foyer avec lui, mais nomade, laissant la mer pour le fleuve puis la terre avant d’y revenir. Il entame avec cette nouvelle épreuve, celle de la brousse, du " wilderness " donc. Littéralement espace désertique et sauvage (à discerner du " wildness ", sauvage littéral), ou brousse sans fin, ou encore brousse sauvage dans les traductions françaises, on ne retrouve pas ce terme fixe qui en anglais vient scander régulièrement le texte, comme une entité particulière qui " remplit l’homme creux ", l’envoûte, le transforme. " La préhistoire la plus bestiale, elle est en nous, elle n’attend pour se réveiller que cette correspondance d’une pression et d’un creux. Soit on s’emplit de la présence des autres, soit on reste creux et on sera envahi. " (J.J Mayoux, introduction de Au cœur des ténèbres)

" Par contre, la brousse sauvage l’avait trouvé de bonne heure et avait tiré de lui une terrible vengeance après sa fantastique invasion. Elle lui avait murmuré je crois des choses dont il n’avait pas idée tant qu’il n’eût pas pris conseil de cette immense solitude- et le murmure s’était montré d’une fascination irrésistible. Il avait éveillé des échos sonore en lui parce qu’il était creux à l’intérieur. " (p171).

Ce périple au cœur de la nature sauvage, donc, va lui faire comprendre que ses valeurs précédemment acquises, telles l’intégrité et le refus du mensonge, n’ont aucune raison d’être dans ce contexte et perdent leur efficacité morale. Cette " désorientation cauchemardesque ", au cœur même de son expérience africaine, révèle ce qui semble peut-être une évidence, mais ouvre la voie à un effroi sans nom : " ce qui a un sens en Europe n’en a plus en Afrique. " " Dans ce pays, tout est possible. " Cette démonstration est importante pour l’époque, elle annonce déjà que le sens de la réalité n’est pas irrémédiablement fondé mais bien le fruit d’un long processus d’assimilation culturelle. Et Marlow est suffisamment maître de sa propre réalité pour ne pas avoir à l’ériger en absolu et déclarer comme absurde ou anormal ce qui lui est étranger. Il peut la confronter, non sans crainte, mais avec une certaine assurance.

Révolté par le nihilisme suffisant, l’hypocrisie malsaine de la direction de la Compagnie qu’il refuse de cautionner en remportant un succès sous-moral, il préfère l’écroulement moral de soutenir la " mauvaise méthode " de Kurtz (se servir de son pouvoir sans limite d’homme blanc pour tenir un peuple sous sa domination, et s’ériger en demi-dieu pendant qu’on lui extorque son ivoire, prétexte pour surtout expérimenter le pouvoir d’un homme sur les autres, tout en les respectant paradoxalement.)

Il affronte de même la nécessité ponctuelle du mensonge, l’ironie voulant que, se faisant apôtre de la vérité au début du roman, il le conclue sur un mensonge fait à la fiancée de Kurtz, pour préserver, pour elle comme pour lui et comme pour nous tous la nécessité de l’illusion positive, pour survivre à la connaissance tragique, sans risquer de se décevoir lui-même, c’est à dire d’affirmer les valeurs de la vie active sans troubler sa conscience par les contradictions sous-jacentes qu’elle renferme.

Ces contradictions parfois violentes, ces apprentissages parfois cruels, Conrad nous les transmet en utilisant abondamment l’oxymore (" lugubre bouffonnerie ", " joyeuse danse de la mort " etc…), autre signe distinctif de sa prose si particulière.

En conclusion
 
C’est un Marlow désenchanté mais habité d’une force nouvelle qui revient en Europe après ces quelques mois passés au cœur des ténèbres. Il ne retient que son obsession pour Kurtz, à propos duquel il arrivera à coup sûr à arranger sa mémoire, pour oublier peut-être ces " sauvages malheureux " à qui il eut si peur de ressembler et au contact desquels il ne put trouver aucune réponse satisfaisante pour une éventuelle cohabitation.

Sa fuite de la brousse, son retour à la civilisation, sa victoire sur Kurtz sont des victoires spirituelles fabriquées pour survivre, encore des illusions positives dont Marlow n’est pas dupe, pour fuir des actes par ailleurs injustifiables et auxquels on n'a pu trouver d’alternative raisonnable.

Décalé de ses congénères, sombre mais assuré, il termine son récit alors que le soir tombe à nouveau sur la Tamise, cet autre fleuve, cet autre Styx, qui connut lui aussi jadis les ténèbres avant l’arrivée des Romains.

"  Non, ils ne m’ont pas enterré, quoiqu’il y ait eu une période que je me rappelle obscurément , avec des frémissements de stupeur, comme un passage à travers un monde inconvenable qui ne recelait espoir ni désir. Je me retrouvais dans la cité sépulcrale, j’en voulais à ces gens que je voyais courir par les rues pour se chiper les uns les autres, pour dévorer leur infâme cuisine, pour avaler leur mauvaise bière, pour rêver leurs rêves insignifiants et stupides. Ils empiétaient sur mes pensées. C’étaient des intrus de qui la connaissance de la vie était pour moi une irritante imposture, tant je me sentais certain qu’il n’était pas possible qu’ils connaissent les choses que je connaissais. Leur comportement, qui était simplement celui d’individus comme allant à leurs affaires dans la certitude d’une sécurité parfaite, me blessait comme les bravades outrageantes de la sottise en face d’un danger qu’elle est incapable de concevoir. Je n’avais pas spécialement le désir de les éclairer, mais j’avais quelque peine à me retenir de leur rire à la figure, pleins comme ils étaient de stupide importance ". (p 191-192)

Un film, librement adapté et transposé au cœur du Vietnam en guerre avec les Etats-Unis a été réalisé autour des personnages de Marlow et Kurtz :
Apocalypse Now

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, de Francis Ford Coppola.

Bibliographie :
● CONRAD, Joseph. Heart of darkness. Paris : Editions Librairie Générale Française
( coll. Le Livre de Poche, Les Langues Modernes / Bilingue), 1988, 327 p.
Traduction de Catherine Pappo-Musard
● CONRAD, Joseph. Du goût des voyages suivi de Carnets du Congo. s,l :Editions Les Equateurs (coll. Parallèles), 2007, 122 p.
Traduction et présentation de Claudine Lesage
● CONRAD, Joseph. Propos sur les lettres. Arles :Editions Actes sud, 1989, 126 p.
Traduction de Michel Desforges
● BERTHOUD Jacques. Joseph Conrad : Au cœur de l’œuvre. Paris : Editions Critérion, 1992, 275 p.
Traduit par Michel Desforges
● Magazine Littéraire ° 297, mars 1992 – Joseph Conrad

Pamela, A.S. Ed.-Lib.
 
 
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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 09:38

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Umberto ECO, 
Dire presque la même chose : expériences de traduction
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher
Grasset septembre 2007

 














Fiches de Bénédicte et Caroline



1.
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Umberto Eco, érudit insatiable passionné aussi bien par la linguistique que par l’esthétique médiévale ou bien encore la sémiotique nous présente avec cet ouvrage son dix-septième essai. Prolixe côté essais et reconnu par le milieu universitaire, il est également apprécié du grand public pour ses cinq romans dont les plus connus sont Le nom de la rose et Le pendule de Foucault qui ont tous deux atteint les 15 millions d’exemplaires vendus, et dans lesquels ils jouent comme il aime à dire, avec ce qu’il connaît le mieux : ses lectures. De Shakespeare à Leopardi, en passant par Dante, Joyce ou Baudelaire pour les plus récents, car les références aux textes médiévaux sont aussi pour lui plaire ; il fait ainsi fourmiller ses romans de références intertextuelles, et peu importe si elles ne sont reconnues que par un seul lecteur. Mais ici, ce sont ses " expériences de traduction " qu’il nous transmet. A l’inverse d’autres domaines où sont fondées des hypothèses sur des faits vérifiables, en matière de traduction nous avons affaire à une théorie centrée sur un modèle idéal, une visée à atteindre. Or ici, émettre une nouvelle théorie n’est pas le but d’Eco, et c’est ce qu’il veut précisément éviter. Dès les premières pages de l’ouvrage, l’auteur critique ouvertement les théoriciens de la traduction qui, selon lui, ne font justement que gloser sur elle sans la pratiquer et écrit ainsi que " pour faire des observations théoriques sur la traduction, il n’est pas inutile d’avoir eu une expérience active ou passive de la traduction. " A notre grand bonheur, Umberto Eco, à travers sa triple carte de traducteur, d’auteur traduit et de relecteur dans une maison d’édition, nous livre un principe fondamental selon lequel traduire, c’est " dire presque la même chose ".

" Traduire ", dans son acception la plus courante signifie transposer un texte dans une autre langue, ce qui se rapproche alors du sens étymologique : faire passer un texte d’une langue à une autre.

Mais voilà une sentence historique plus précise au sujet de la traduction : non verbum e verbo sed sensum exprimere de sensu, ce n’est pas mot à mot que l’on doit traduire mais un sens pour un sens. Ainsi, comme l’annonce Saint Jérôme, patron des traducteurs, le rôle de ces derniers n’est pas de rendre littéralement ce que dit un texte dans une autre langue, mais bien de restituer son sens. Eco explique alors que l’acte de traduction revient à " comprendre le système intérieur d’une langue et la structure d’un texte donné dans cette langue, et construire un double du système textuel, qui […] puisse produire des effets analogues chez le lecteur ". Cependant, la tâche n’est pas aisée puisque les effets que produira le texte traduit devront être analogues aux effets provoqués par le texte source. Or, les effets, impressions, sensations que projette un texte sur ses lecteurs sont tout aussi bien provoqués par la syntaxe, le style, la métrique, la phonosymbolique, etc.. On voit déjà pointer la difficulté d’une telle entreprise. Comment restituer certains discours qui apparaissent sensuels à l’oreille grâce à la présence de certains sons et lettres, dans une langue étrangère où les mots ne reproduiront guère plus les mêmes représentations ? Comment, entre deux langues, qui possèdent leurs règles grammaticales, leurs spécificités au sujet de l’emploi des temps verbaux ou de la syntaxe, la traduction parvient-elle à lever la majorité de ces difficultés ? Et surtout comment le sens peut-il être conservé d’un passage d’une langue à l’autre, qui ont chacune leur façon propre de penser le monde à travers elle ?


La négociation –
C’est parce que chaque langue possède sa propre façon de voir le monde et de le découper que la traduction reste fatalement " presque la même chose ". Toute la compétence d’un traducteur semble se trouver alors dans ce savoir-faire qu’Umberto Eco nomme la négociation. Nous pouvons d’ores et déjà imaginer les difficultés pour certains genres d’écrits comme ceux relevant du domaine de la poésie, des sciences, etc. Les différences entre les langues sont telles qu’une traduction fait obligatoirement ressentir une certaine altération. La négociation pour le dire autrement constitue les dilemmes et choix qui se posent au traducteur et elle se joue à différents niveaux : entre la chose littérale, les sens plus profonds délivrés, l’intention du texte et ses effets sur le lecteur. Puis c’est entre la culture d’arrivée et de départ, qui ne contiennent ni les mêmes références artistiques, littéraires, humoristiques, politiques, historiques, etc. que l’auteur doit négocier. Et enfin, c’est dans l’industrie éditoriale qu’on retrouve ce processus. Un livre ne sera pas traduit de la même façon selon les publics qu’il vise. En ce sens ; dans toute traduction quelque chose se perd, quelque chose se gagne via les choix opérés par le traducteur, et ce sont ces mêmes choix qui permettent de déterminer ce que vaut sa traduction.

La finalité de ce processus de négociation est de parvenir à faire produire au texte traduit les mêmes effets que ceux du texte source. Les choix effectués par le traducteur, ses interprétations, doivent toutefois respecter à la fois le droit du texte (au sens juridique du terme), la culture où le texte est né, la culture d’arrivée de la traduction, et l’industrie éditoriale qui va participer à la production de la traduction.


La translittération ou les logiciels de traduction –
Pour appuyer le principe selon lequel on ne traduit pas un texte en fournissant l’équivalent de chaque mot qui le compose dans une langue voulue, Umberto Eco nous rapporte les différents exploits du logiciel de traduction Altavista. A la différence des dictionnaires qui nous fournissent des équivalences de signes pour un même mot, laissant le choix d’application à l’utilisateur, les logiciels de traduction imposent eux-mêmes des termes, le plus souvent sans tenir compte du contexte. Ce procédé est appelé translittération. Il soulève une difficulté : certains termes d’une langue peuvent posséder plusieurs sens, par exemple nipote en italien, peut signifier à la fois neveu, nièce ou petit-fils et petite-fille. Ce qui va nous éclairer pour choisir le bon terme c’est bien évidemment le sacro-saint contexte. Le problème avec Altavista et ses semblables c’est qu’ils ne tiennent pas compte de l’environnement dans lequel le terme se trouve, ce qui explique qu’ils fournissent la plupart du temps des termes erronés dans le contexte fourni (qui pourtant constituent, pris de façon isolée, une traduction exacte).


La réversibilité -
Un des moyens à la portée du traducteur pour assurer la fidélité de son travail consiste à vérifier le caractère réversible de ce qu’il a produit. Autrement dit, une bonne traduction doit, en étant retraduite dans la langue du texte source, s’en approcher le plus possible. On voit tout de suite combien certains textes et discours nécessitent une réversibilité parfaite. Il est essentiel pour les textes de types météorologique ou encore politique que leur retraduction en langue source corresponde. Sinon dieu sait ce qui pourrait arriver. Voilà pourquoi une traduction peut être dite optimale lorsqu’un maximum de niveaux du texte traduit est réversible. La réversibilité peut être syntaxique, au niveau de la forme ou du fond. Pour garder un maximum de niveaux de lecture réversibles, le traducteur est amené à négocier ; voilà pourquoi on ne dit jamais exactement la même chose. Des choses, des sens, des termes, des effets se gagnent par rapport à l’original et d’autres se perdent. Toutefois, dans son travail, le traducteur doit faire attention et ne pas trop en dire. Rn raison du principe et du pacte tacite de fidélité, il ne doit pas enrichir le texte au risque d’orienter le lecteur vers une possible interprétation et ainsi trahir les intentions du texte source. Le travail en question est donc facilité lorsque l’auteur du texte original (vivant évidemment) est disposé à accompagner et conseiller ses traducteurs. Eco pour sa part a travaillé sur Sylvie de Gérard de Nerval et a dû évaluer seul son travail de traduction. En essayant de trouver dans sa langue un équivalent de " chaumière ", il s’aperçoit qu’aucun des termes en usage en italien ne véhicule exactement les mêmes présupposés que le mot français qui exprime au moins cinq propriétés : le fait d’être une petite habitation, une maison de paysans, généralement en pierre, au toit de chaume et enfin, humble. Le terme de chaumière correspond à une architecture typiquement française et d’une certaine époque. Umberto Eco, ne possédant pas de synonyme parfait dans sa langue a dû renoncer à certaines propriétés de la maisonnette et ne conserver que celles qui lui paraissaient nécessaires dans le contexte : faire comprendre au lecteur que l’habitation de la tante de Sylvie était modeste, une petite construction de village français, bien tenue, etc. et a donc opté pour casupole in pietra (maisonnettes en pierre).


Les contextes -
S’intéresser aux contextes, ou comme les nomme Eco : aux mondes possibles présents dans un texte, voilà ce à quoi il importe de prêter attention. Sans cet appui sur le contexte, une traduction peut perdre le sens premier du texte. Il n’y a qu’à voir l’exemple de traduction de la Bible toujours par le même moteur de recherche qui traduit les termes anglais the spirit of God en espagnol sous par el alcohol de dios. Ce que ces logiciels ne peuvent pas faire, du moins pour le moment, c’est établir des conjectures sur le texte. Le traducteur, lui, doit choisir les sens et termes les plus pertinents pour le contexte et pour le monde possible du passage donné. Etablir les contextes nous permet de savoir au fond de quoi parle le texte. C’est ainsi que dans une phrase faisant allusion à une " reine-claude " il faudra établir si le texte fait référence à une prune ou à une reine nommée Claude. C’est encore plus notable dans les jeux de mots et expressions idiomatiques : imaginez simplement un personnage dans un texte français qui " prend la mouche ", le traducteur devra savoir si le personnage en question a réellement attrapé l’insecte où s’il s’agit là d’une expression typiquement française et dès lors trouver son équivalent dans sa langue. Ainsi, établir le contexte, le monde possible d’un texte ou d’une proposition permet de savoir s’il faut privilégier un sens littéral ou un sens plus profond car en orientant le texte de telle ou telle manière, les effets sur le lecteur différeront. Pour s’approcher au plus près des mêmes effets que le texte original, le traducteur est souvent amené à établir ce que Eco appelle des systèmes de compensations et de pertes, car d’une langue à l’autre certaines choses restent du domaine de l’intraduisible. Eco nous livre comme exemples de son expérience un cas tiré de la traduction de son roman Le nom de la rose dont l’action se déroule dans une abbaye au Moyen-Age. L’ecclésiastique Salvatore parle une langue composée de bribes d’idiomes différents. En introduisant des termes étrangers à un discours en italien, l’auteur crée un effet de défamiliarisation, le lecteur ressent l’étrangeté du langage et par là-même reconnaît qu’il s’agit là d’un parler d’un autre temps. Comment rendre le même effet dans une traduction ? En recomposant dans la langue et culture d’arrivée des termes et expressions de différentes origines, en tentant d’accorder une place plus importante aux points et accents de la langue des futurs lecteurs afin qu’il y ait toutefois une certaine compréhension. Il en va de même pour les traductions de textes où il est fait référence à une chanson populaire que seuls les lecteurs du texte source peuvent saisir, puisque faisant partie de leur culture. Le seul moyen de parvenir à une traduction fidèle est de remanier partiellement en remplaçant le chant en question par des airs populaires qui seront connus des futurs lecteurs. Le changement partiel s’intègre alors à l’histoire globale, adaptant ainsi le texte à la culture d’arrivée dans le but de produire les mêmes effets que le texte source.


Domestication et défamiliarisation -
Cependant, il arrive que sans le vouloir un traducteur altère la saveur de la langue et des mots qu’il a tenté de rendre dans sa propre langue, et ce principalement dans le cas de textes anciens. Pour illustrer ce qu’Eco appelle la défamiliarisation et la domestication, on peut se pencher sur le problème qui s’est posé à sa traductrice en croate. Le nom de la rose présente des personnages ou des termes aux accents médiévaux, se rapprochant souvent du latin. La langue croate, elle, contrairement à nos langues méditerranéennes, ne s’est pas formée sur le latin. Deux choix s‘offraient à elle : conserver les noms italiens au risque d’éloigner le lecteur croate de sonorités connues et du même coup de l’atmosphère religieuse du texte (défamiliarisation) ou bien, et c’est ce qu’elle fit, utiliser des noms puisant leur origine dans un ancien dialecte slave qu’utilisaient les ecclésiastiques orthodoxes de l’époque médiévale et ainsi produire chez le lecteur les mêmes effets d’éloignement temporel que dans le texte italien. Ici, l’intelligence de la traductrice a été de dépasser la simple domestication puisqu’elle a domestiqué tout en conservant le caractère défamiliarisant, étranger des termes et atmosphères du texte source. Car dans les cas de pure domestication, il y a une perte sèche de sens. Si je parle de Pékin et non de Beijing, ou de Konisberg au lieu de Kaliningrad, c’est une partie de l’ambiance du texte, de la culture dont il est question que je perds. La défamiliarisation, que l’on peut considérer comme plus fidèle, elle, laisse en l’état les termes au risque de choquer le lectorat d’arrivée.

Outre les noms et références directes à une culture, ces questions se posent également en ce qui concerne les temps verbaux. L’italien utilise plus volontiers le plus-que-parfait alors que l’anglais le remplace souvent par un prétérit. Que doit alors préférer un traducteur anglais, la fidélité au texte source ou à ses effets ? Doit-il utiliser une surabondance du plus-que-parfait, très lourd en langue anglaise, au risque de choquer l’œil du lecteur ? ou bien adapter et transposer le texte au prétérit, de façon à produire le même effet de langue courante ?


Les renvois intertextuels - 
 Dans le passage de culture à culture, une autre difficulté est à surmonter : celle de l’intertextualité. Eco est de ceux qui adorent faire fourmiller leurs textes de références à d’autres œuvres. Ses renvois doivent également être compréhensibles dans la traduction, leur absence appauvrirait le texte. Toutefois, ces renvois, explique l’auteur, peuvent faire l’objet, comme le reste du texte, de refontes afin de mieux servir l’effet global du texte. En effet, si un clin d’œil est fait au lecteur italien par la citation d’un passage de l’œuvre Les Chants de Leopardi, elle sera certainement beaucoup plus obscure pour le lecteur français ou anglais. Le traducteur, selon le contexte général peut alors choisir de faire référence à un auteur classique de sa propre langue. Dans sa grande bonté, Umberto Eco envoie lui-même à ses traducteurs des notes explicitant ses références, lorsqu’il ne suggère pas en outre la façon de rendre cela dans la langue dudit traducteur. Dans tous les cas, même s’il est tenté, le traducteur doit éviter au maximum de préciser sa pensée au lecteur par des notes de bas de page, signe de faiblesse selon Umberto Eco, pour qui le texte traduit doit suffire à la compréhension.


" Le corps change " -
Selon Derrida, en traduction, il faut tendre vers l’équivalence d’un mot par un mot afin de conserver une esthétique formelle comparable à celle du texte source. Mais comment s’en sort le traducteur de poésie ? Comment parvenir à produire les mêmes effets que le poème original, à conserver les mêmes sens premiers, la même composition métrique, la même phonosymbolique, autrement dit à rendre réversible un maximum de niveaux de lecture ? Est-il réellement possible de trouver les mots justes ?

La poésie, comme le confirme le cas de The Raven de Poe (que Baudelaire et Mallarmé ont tenté de rendre dans notre langue) semble ainsi faire partie de ces textes qui mettent en évidence le fait qu’une traduction est jugée vraiment satisfaisante seulement quand elle respecte également la manifestation linéaire du texte, c’est-à-dire sa substance première, sa forme. Or, dans le cas du Corbeau, Poe a voulu prouver qu’aucun point de la composition n’avait été laissé au hasard, ou à une prétendue inspiration poétique de génie. Il a alors bâti son poème sur les effets qu’il en attendait. D’après lui, " la mélancolie est […] le plus légitime de tous les tons poétiques ", il décide donc d’en imprégner son poème ; puis il s’appuie sur la sonorité des lettres o, voyelle sonore, et r, consonne vigoureuse pour en faire les pivots des refrains, qui prendront forme en fin de strophe et de façon répétée avec le mot nervermore. Le terme devant revenir à de nombreuses reprises, de façon déraisonnable et irrationnelle, il décida que ce devait être un animal doué de parole qui le prononcerait, survint alors l’idée du Corbeau. Tout, que ce soit de la symbolique des sons et des termes employés à la structure des vers, tout a été pensé. Comment relever alors le défi de Poe dans une autre langue ? Baudelaire et Mallarmé, adeptes de la perfection formelle, en ont fait le pari, ont transformé les vers de Poe en poème en prose et ont par la force des choses malheureusement, troqué nevermore pour " jamais plus ". Cette trahison presque inévitable fait perdre certaines sensations, comme l’effet prolongé de la voix, qui participait à créer chez Poe la mélancolie de l’amant, privé de son amante, enlevée par la mort.

Bénédicte, Éd.-Lib. 2A



2. Fiche de Caroline
 

Présentation de l'auteur

Né en 1932 à Alessandria, village du Piémont, Umberto Eco étudie la philosophie à l'université de Turin, où il soutient sa thèse " le problème esthétique chez Thomas d'Aquin ". En 1961 il est maître de conférence à l'université de Bologne, puis enseigne la communication visuelle à Florence. Auteur de cinq romans dont Le pendule de Foucault (1988) et Baudolino (2001), il obtient une renommée internationale avec Le nom de la rose en 1980. Il est aussi l'auteur de nombreux essais parmi lesquels Comment voyager avec un saumon (1998) et A reculons comme une écrevisse (2006).


Umberto Eco et la traduction


C'est avec la traduction des Exercices de style de Queneau qu'Umberto Eco commence en 1983 sa carrière de traducteur. Plus récemment, en 1999, il a traduit Sylvie de Nerval.

Sur un plan plus théorique, la question de la traduction apparaît dans l'ouvrage Recherche de la langue parfaite, publié en 1993, puis elle devient le sujet d'une étude que l'auteur réalise à partir d'un texte de Joyce (" Ostrigotta, ora capesco "). En 1999, en introduction à sa traduction de Sylvie, Eco publie une autre étude sur la traduction (" Traduzione, Introduzione e commento a Gérard de Nerval "). Enfin, en 2001, il rassemble les conférences sur la traduction qu'il a tenues à l'Université de Toronto dans Experiences in translation.


Le propos d'Umberto Eco sur la traduction


Dans cet essai publié en septembre 2007, l'auteur rassemble les textes de séminaires, conférences et colloques qu’il a tenus de 1997 à 2002 à Bologne et Oxford.

A la page 14 de son introduction, l'auteur affirme que " ce livre ne se présente pas comme un livre de théorie de la traduction ". Eco pour la réalisation de cet ouvrage s'appuie sur plusieurs éléments : son expérience de la traduction en tant que lecteur, auteur traduit et traducteur mais aussi sa connaissance des ouvrages traductologiques et sa compétence de sémiologue. Il confronte ses références théoriques à son expérience de la traduction, les reprend à son compte ou les critique, les commente à la lumière de sa pratique.

Son ouvrage n'a donc ni la rigueur ni la systématicité d'un livre théorique ; Eco n'élabore pas de typologie révolutionnaire de la traduction ni de théorie radicalement nouvelle. C'est plutôt à une promenade que nous invite l'auteur à travers des textes et des écritures qu'il a rencontrés au cours de ses différentes expériences et qui l'ont fait s'interroger sur le passage d'une langue à l'autre et les implications de ce processus sur le plan littéraire. Il réussit ce tour de force de nous faire pénétrer dans les coulisses de la traduction, c'est-à-dire dans un domaine relativement technique qui a sa propre terminologie, sans que cela soit obscur ou laborieux pour le lecteur. En plus des termes théoriques qui lui sont propres (comme la fabula, le type cognitif, le contenu nucléaire, molaire, etc.) Umberto Eco emploie des termes génériques de la traductologie comme les notions d'équivalence, de réversibilité, ... en en donnant à chaque fois une définition claire et synthétique.

Pour Eco la traduction se fonde sur un processus de négociation, notion qu'il définit dès l'introduction. Cette notion est d'autant plus importante pour lui qu'elle met à mal l'idée selon laquelle la traduction est par nature impossible, ou qu'elle est possible mais seulement au prix d'une perte importante et irrévocable. A travers cette notion de négociation se construit tout au long de l'ouvrage une démarche idéale du traducteur. La réussite (idéale) de cette négociation a pour conséquence la reproduction dans le texte traduit de l’effet que produisait le texte original.


Conclusion


Dire presque la même chose
nous dit en fin de compte beaucoup de choses sur l’expérience de l’écriture : la traduction, par nécessité, conduit le traducteur à s’interroger sur les composantes d’une écriture qui échappent parfois à l’écrivain lui-même. Connaître de façon intime l’écriture d’un auteur est sans doute la condition nécessaire pour bien le traduire. 

C’est ce qui constitue pour moi un des intérêts majeurs de cet ouvrage : il nous montre comment l'étude d'un texte par sa traduction donne un éclairage nouveau à ce dernier et peut enrichir notre lecture.

Caroline, A.S. Bib

 

 


 

 

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Published by Bénédicte er Caroline - dans traduction
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 22:29

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Michel LEIRIS
L’Afrique Fantôme
Gallimard (1988)
Collection Tel 
655 pages

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Portrait de Leiris par Bacon

L’Afrique Fantôme est considéré à juste titre comme le premier livre important de Michel Leiris, il entame une série de récits sur l’Afrique commencée en 1931 et que l’auteur achèvera en 1967 par Afrique noire. Ce livre publié en 1934 est constitué comme un journal de bord, écrit au jour le jour et dans lequel Leiris note fidèlement le déroulement de son périple au sein de l’expédition Dakar- Djibouti dans laquelle il s’engage en tant que secrétaire archiviste. Cette mission ethnolinguiste a pour but de compléter les collections du musée ethnographique du Trocadéro. Elle est menée par Marcel Griaule ; Eric Lutten et Marcel Carget sont deux collaborateurs permanents. L’Afrique Fantôme résume les 369 jours que Leiris passera sur le continent africain. Il est primordial d’étudier comment ce livre va permettre une synthèse entre deux activités, l’ethnographie et l’autobiographie, annonçant ainsi sa future autobiographie L’Âge d’homme. En effet, ce journal donne à voir un homme qui chemine dans son propre univers puisque Leiris attache presque moins d’importance à décrire l’Afrique qui devient alors un simple décor qu’à faire part au lecteur de ses moindres impressions personnelles, de ses obsessions sexuelles et de ses rapports avec les Africains… Le livre se compose de deux parties symbolisant deux étapes importantes, le voyage dans les terres colonisées puis la découverte de la véritable Afrique après le franchissement des frontières de l’Éthiopie. Mais avant tout Leiris montre à quel point cette expédition aura été pour lui une expérience humaine intense, le lecteur est constamment pris par le texte. Par ailleurs, ce livre fera scandale lors de sa parution puisque l’auteur dévoile la façon dont lui et les autres membres de la mission se sont emparés de certains objets, mais c’est surtout le vol de Konos (fétiches auxquels les Africains accordent d’immenses pouvoirs) qui marquera le plus et ralentira les expéditions suivantes jetant un discrédit sur ce genre de mission.

 

Le livre se découpe en deux parties, d’abord l’Afrique coloniale avant le passage de la LEIRISMASQUEDOGON.jpegfrontière éthiopienne correspond à l’immersion difficile de l’auteur dans les terres africaines, les pays se succèdent rapidement, le journal se résume surtout à la description des collectes de données. Ensuite Leiris va découvrir la véritable Afrique libre et sauvage. Le voyage va durer deux ans, du 31 mai 1931 au 6 février 1933, et consiste en une traversée de l’Afrique d’est en ouest. Leiris ne se fixe qu’un but, celui de parvenir à se détacher des préjugés et des valeurs de l’Europe et de pénétrer la vérité africaine. En réalité cette expédition lui permettra surtout de devenir par la suite un ethnographe confirmé. Le style du récit est très simple puisque l’auteur n’utilise presque que des phrases courtes et n’utilise que des descriptions segmentées et nominales pour n’aller qu’à l’essentiel, opérer une dissection précise de ce qu’il voit afin de faire ressortir un sentiment de forte lucidité et non pas se lancer dans un portrait littéraire de l’Afrique ; c’est la raison pour laquelle ce livre ne peut être qualifié de récit de voyage. Michel Leiris tient avant tout à rester objectif.


L’Afrique fantôme
est écrit et tenu comme un journal de bord, ce qui permet à l’auteur d’employer le ton de la confidence pour faire entrer son lecteur dans le voyage. Par ailleurs il est difficile de faire une étude des multiples styles présents dans ce livre puisque Michel Leiris passe d’une tonalité froide et neutre à une tonalité passionnée, exaltée et lyrique lorsqu’il croit découvrir et toucher la véritable Afrique, au passage de la frontière éthiopienne, le 17 avril 1932 : " Voici enfin l’Afrique, la terre des 50° à l’ombre, des convois d’esclaves, des festins cannibales, des crânes vides, de toutes les choses qui sont mangées, corrodées, perdues. La haute silhouette du maudit famélique qui toujours m’a hanté se dresse entre le soleil et moi. C’est sous son ombre que je marche. Ombre plus dure et plus revigorante aussi que le plus diamanté des rayons." Ici le regard et les mots de l’ethnologue s’effacent pour faire place au poète.


Les styles de récits varient également comme si l’auteur ne parvenait pas, dans un premier temps, à se fixer sur un genre ; le récit prend tour à tour la forme d’un journal de bord puis d’un carnet de recherche et d’un journal intime. C’est peut-être pour se rapprocher au plus prés de l’objectivité qu’il ne veut pas se fixer ; il cherche probablement le meilleur moyen de rapporter l’essentiel, d’autant que ce journal passe du plan religieux au plan sensuel et sexuel, puis du plan social au plan politique, ce qui peut expliquer ces différents changements d’écritures. Il faut également noter qu’il n’y a aucune trace de récit dominant ; plus que cela, c’est la quête qui se présente comme le fil conducteur, quête des autres dans un premier temps puis quête de soi ensuite. Cependant, même si Leiris écrit parfois avec l’ingénuité du petit garçon, œil neuf qui découvre un monde nouveau, il cherche avant tout à livrer un témoignage lucide ; il n’hésite d’ailleurs pas à mettre les pieds dans le plat en racontant des anecdotes graveleuses, ses obsessions sexuelles et en usant de mots plutôt crus, ce qui confère à cette œuvre un côté mystérieux et poétique.

 

La multiplicité des styles s’explique donc par cette recherche d’objectivité et par la dualité du livre. Certes, l’ethnologue nous donne à voir l’Afrique mais surtout Michel Leiris se donne tout entier à lire. Cependant cette mission avait avant tout une visée ethnographique, ce qui explique pourquoi l’auteur s’attarde ainsi à décrire dans les moindres détails ses rapports avec les Africains que les méthodes souvent critiquées des ethnographes.


L’ethnographe souhaite décrire cette Afrique telle qu’il la voit, mystique, par le biais des nombreuses descriptions de masques, des costumes de sorciers. La majorité des enquêtes ont pour sujet le totémisme, la circoncision et les pratiques magiques. Il faut rappeler qu’au départ l’Afrique fait rêver de nombreux auteurs par son côté fantastique, c’est ce que Leiris va chercher à démentir en s’immergeant dans cette culture et en prenant part aux rites. Il va décrire tout ce qu’il observe lors des cérémonies ; par conséquent, le récit sera fortement empreint de naturalisme. Leiris tient absolument à noter l’intégralité de ce qu’il voit, de ce qu’il fait, il prend son rôle de secrétaire archiviste très au sérieux, frôlant de temps à autre l’exhaustivité lors de ses énumérations ; il lui arrive de rendre compte des événements presque minute par minute, notamment lors de la cérémonie de possession par les génies Zar en Ethiopie dont il note minute par minute l’avancée. Il inscrit minutieusement chaque objet trouvé et chaque remarque dans son journal de bord, ce qui semble normal puisqu’il n’est à cette époque qu’apprenti ethnographe et donc pas vraiment au fait de sa mission mais aussi parce qu’il recherche une objectivité qui lui est chère et qu’il ne tient pas à omettre le principal. Cette position rend la fin du récit amusante en quelque sorte puisqu’il continue de décrire les gens qui l’entourent durant le voyage du retour comme si eux aussi constituaient une étude.


Le lecteur assiste à une immersion progressive dans l’Afrique à travers le regard presque toujours lucide de l’auteur


Cependant L’Afrique fantôme ne se limite pas au catalogue des objets trouvés : ce livre est un témoignage sur la condition de l’exercice de l’ethnographie en situation coloniale, dans lequel l’auteur dévoile avec cynisme la position ambiguë des ethnographes qui volent les objets qu’il ramènent comme les Konos. Leiris dira d’ailleurs après ce vol : " Il ne nous est pas encore arrivé d’acheter à un homme ou à une femme tous ses vêtements et de le laisser nu sur la route, mais cela viendra certainement ". Il en viendra même progressivement à regretter son rôle d’ethnographe qui l’empêche finalement de se mêler aux Africains et entre en désaccord avec l’ethnographie qui tend, selon lui, à faire des peuples des objets de musée : "Amertume. Ressentiment contre l’ethnographie qui fait prendre cette position si inhumaine d’observateur dans des circonstances où il faudrait s’abandonner." Il dénonce les méthodes de ses confrères qui transforment la prise de renseignements en interrogatoire. Pour lui, il est nécessaire de " s’immerger, de baigner dans le monde sans retenue pour renouer le contact avec la vie et être de plain-pied avec le monde, il importe de rompre avec l’intellectualité, de ne plus se distraire une plume à la main, moraliser, scientificailler. " C’est un des premiers à remettre en cause l’ethnographe universitaire qui parle sur son siége de pays où il n’est jamais allé et de personnes qu’il n’a pas réellement étudiées. Leiris est un des premiers à prôner une ethnographie de terrain et c’est une des raisons pour lesquelles son livre va au départ être mal reçu par les universitaires.


Cependant même si Michel Leiris s’embarque à bord de cette mission en qualité de d’apprenti ethnographe, il est évident que ce livre laisse une plus large place au voyageur qu’au voyage, les descriptions de l’expédition faites dans un premier temps deviennent un prétexte. L’Afrique n’est qu’un décor dans lequel l’auteur se regarde évoluer, se mouvoir et se donne tout entier à lire, d’où cette idée d’une Afrique fantôme. Il affirme d’ailleurs que son ambition aura été de décrire au jour le jour ce voyage tel qu’il l’a vécu et tel qu’il est. L’exploration se tourne petit à petit vers une dimension intérieure.


L’Afrique fantôme
a également une vocation autobiographique, l’auteur s’en expliquera au milieu du livre lorsqu’il interrompra son récit pour écrire un avant-propos justifiant la dimension autobiographique et qu’il souhaita donner au livre. Il montre qu’il lui est nécessaire de procéder ainsi puisqu’il décrit l’Afrique telle qu’il la ressent. Il cherche à montrer que ce n’est pas le continent décrit par les romanciers, que le voyage n’est pas simple, qu’il ne parvient pas totalement à s’immerger dans un monde étranger ce qui explique également qu’il finisse par centrer son récit sur lui-même alors que " le but du voyage s’estompe " et qu’il en est venu à se demander ce qu’il est venu faire ici. L’ethnographe transcrit péniblement tout ce qu’il voit et fait et l’auteur, le poète décrit les effets que cette Afrique produit sur lui, manque de sommeil, pollution nocturne, montée de violence... Cela devient particulièrement flagrant dans la deuxième partie du livre où il dépasse l’objectivité de l’ethnographe pour toucher la subjectivité en exprimant toutes ses peines et ses déceptions, or cette subjectivité va permettre au lecteur d’appréhender la complexité de la personnalité de Michel Leiris ainsi que sa vision du monde. Après le franchissement des frontières éthiopiennes, l’auteur donne l’impression d’un deuxième voyage ; pour ce faire il joue beaucoup avec le mot " enfin " qui est particulièrement redondant dans ce livre, car Leiris veut découvrir ce qu’il croyait être la véritable Afrique, fantasmagorique et magique. Selon Georges Bataille le mot enfin marque la volonté "d’escamoter le passé du voyage pour insuffler une vitalité nouvelle au récit" afin de persuader le lecteur que le voyage est toujours sur le point de commencer, de le tenir en haleine au long de ses 867 pages.  

 

Ce deuxième voyage est une descente au tréfonds de l’âme humaine ; l’auteur va vers une approche nettement plus psychanalytique, d’autant que Leiris s’est fixé pour deuxième but de se retrouver en quittant la civilisation européenne ce qui peut expliquer qu’il procède en quelque sorte à une ethnographie de lui-même. Ce voyage doit lui permettre de changer de point de vue sur lui et par la même occasion sur le monde, c’est d’ailleurs très flagrant dans les lettres qu’il envoie à sa femme restée en France (ces lettres sont disponibles dans la nouvelle édition de Gallimard). En effet, le lecteur peut quelquefois avoir l’impression que cette expédition n’est qu’un prétexte, compte tenu du fait que l’auteur a tendance à donner une plus large place au voyageur qu’au voyage en mêlant des éléments du domaine privé à des observations purement ethnographiques ; l’auteur se dévoile sans aucune retenue ni complaisance se dirigeant petit à petit vers une psychanalyse que lui avait en outre conseillée son médecin.


Au commencement il croit se redécouvrir ; le lecteur assiste alors à quelques moments de bonheur. " Jamais je n’avais senti à quel point je suis religieux, mais dans une religion où il est nécessaire que l’on me fasse voir le dieu." Mais par la suite, on ne peut que constater les multiples déceptions de Leiris, l’éternel insatisfait, peu de temps après son arrivée en Ethiopie qui devait lui révéler la véritable Afrique fantasmagorique, mystique et sauvage ; après ce qui devait être un nouveau départ, l’apathie le regagne lorsque son immersion réellement poussée au sein des possédés débouche sur un échec : " Horrible chose d’être un Européen qu’on n’aime pas mais qu’on respecte dans son orgueil de demi-dieu, qu’on bafoue dés qu’il vient à se rapprocher.. " L’auteur sera réellement déçu par son voyage et il parvient d’ailleurs très bien à le faire ressentir à son lecteur en lui donnant à voir une autre vision de l’Afrique, une Afrique dure et fermée ; en employant à maintes reprises les mots cafard et ennui, il cherche à faire ressortir l’effet que cette Afrique a eu sur lui, des obsessions, pollutions nocturnes, sautes d’humeur, tout cela pour finalement ne pas aboutir au résultat escompté. Cependant même si son but ultime reste intouchable, le voyage ne lui pas été inutile ; il lui a permis d’insuffler un renouveau à l’ethnographie.


Leiris donne à voir une vision de L’Afrique, du voyageur et du voyage dépourvue de romantisme. Ce voyage qui était censé le transformer se révélera n’être au final qu’une déception de plus pour lui mais a tout de même contribué quoi qu’il en dise à le transformer et à le mettre sur la voie de L’Âge d’homme. Par ailleurs, ce titre, L’Afrique fantôme, vient de sa déception d’Occidental mal dans sa peau qui avait follement espéré que ce long voyage dans les contrées alors plus ou moins retirées ferait de lui un autre homme.

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" Il ne me reste rien à faire sinon clore ce carnet, éteindre la lumière, m’allonger, dormir et faire des rêves. "

Mailis, A.S. Éd.-Lib.

 

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:40

Fiches de Marianne et Anne-Claire

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Colum MCCANN
Les saisons de la nuit (This side of Brightness)
Traduit de l’anglais par Marie-Claude PEUGEOT
Editions Belfond, 1998
Editions 10/18, 2000











1. Fiche de Marianne

Quelques mots sur l’auteur : 

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Né en 1965 à Dublin, d’un père journaliste et d’une mère au foyer, Colum McCann a grandi avec ses frères et sœurs dans la capitale irlandaise où il a suivi des études catholiques. Alors que tout le prédisposait à suivre l’exemple de son père et devenir journaliste, Colum McCann décide de quitter l’Europe à 21 ans pour entreprendre un long voyage en Amérique. Après quoi, il goûte pendant quelques années à la vie au Japon, avant de s’installer définitivement aux Etats-Unis, où il entame sa carrière d’écrivain. Il est aujourd’hui l’auteur de six ouvrages, dont le dernier en date, Zoli est paru en France en 2007 aux éditions Belfond. Les saisons de la nuit est son deuxième roman.

 

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Le roman :

Dès les premières pages du roman, nous faisons la connaissance des deux personnages principaux : Treefrog et Nathan Walker. Même si on comprend rapidement qu’il y a un lien entre eux, ils sont au départ présentés distinctement dans des chapitres définis par des dates ou des périodes précises. Ainsi l’histoire de Treefrog se passe en 1991 tandis que celle de Nathan débute en 1916.

Treefrog, personnage solitaire et abandonné, vit depuis 4 ans dans un tunnel de New York. Il s’est construit là un véritable " petit nid " malgré le manque de lumière et de chaleur. Le tunnel ressemble à un petit village froid, où les habitants sont partagés entre violence et solidarité. Ils sont en effet environ une dizaine à y vivre mais sans présence féminine toutefois, et ce, jusqu’à l’arrivée d’Angela. Angela vivait dans un tunnel voisin, jusqu’à ce qu’elle soit violée, battue et laissée pour morte pendant de longs jours. Quand elle retrouve un semblant de force, elle va chercher de l’aide chez Elijah, un ami à elle qui vit ici. Et c’est ainsi qu’elle rencontre Treefrog.

Cette présence féminine réveille alors quelque peu l’esprit terni de Treefrog. Alors que nous ne connaissions rien de son passé, le voilà qui commence à le dévoiler, d’abord de manière confuse par le biais de ses interrogations, pensées et souvenirs, puis, au fil du roman, alors que nous avançons dans l’histoire, de manière plus précise lorsqu’il se confie à Angela.

Nathan Walker a tout juste 19 ans quand commence le récit. Il est bien bâti mais noir et subit chaque jour les injustices du racisme. Il travaille depuis quelque temps déjà à la construction d’un tunnel ferroviaire. Ce travail est dangereux et éprouvant, mais Nathan ne recule jamais et travaille chaque jour sans faiblir. Sa vigueur suscite l’admiration de ses collègues et c’est ainsi, sous terre, qu’il rencontre les amis qu’il gardera tout au long de sa vie.

L’histoire s’ouvre sur une journée apparemment semblable aux précédentes, mais l’équipe de Walker va avoir un accident, au cours duquel l’un d’eux, Con O’Leary, va laisser la vie. A la suite de quoi, la narration s’accélère. Des années plus tard, Nathan épouse une femme blanche, Eleanor, la fille de Con O’Leary. Malgré leur différence de couleur de peau et l’agressivité qu’ils vont subir, leur amour engendrera des enfants et des petits-enfants dont nous suivrons l’histoire, sans jamais toutefois quitter vraiment celle de Nathan.

C’est ainsi que peu à peu, les deux personnages, Nathan et Treefrog, se rapprochent. Les chapitres ne sont désormais plus séparés par leurs dates mais le passé s’articule avec le présent, le souvenir devient action. Même si le lien entre Treefrog et Nathan tarde à devenir évident, certains éléments nous mettent la puce à l’oreille et nous permettent d’imaginer et de comprendre sans toutefois tout expliquer. Nous comprenons en effet que Treefrog n’est autre que le petit-fils de Nathan Walker, sans savoir toutefois comment il a pu se retrouver dans ce tunnel, alors que Nathan se battait justement pour en sortir et pour faire vivre sa famille du mieux qu’il pouvait.

 

Les saisons de la nuit sont, en définitive, l’histoire de deux hommes qui se battent contre l’indifférence. Et ce combat n’est pas totalement vain, car malgré la violence, le racisme et l’injustice que Treefrog et Nathan subissent au quotidien, Les saisons de la nuit nous livrent une magnifique histoire d’amour et de tolérance. En effet, Eleanor n’a-t-elle pas épousé un homme noir, malgré les injures et les menaces, malgré la souffrance qu’elle allait imposer à leurs enfants ? Nathan a-t-il cessé d’aider sa famille malgré les trahisons, les pertes et la douleur ? Jusqu’au cœur du tunnel de Treefrog, où la moindre cigarette est un luxe que peu d’entre eux peuvent se permettre, on rencontre des individus au grand cœur, solidaires et généreux, tel Faraday qui risque sa vie pour détourner l’électricité du tunnel afin d’effectuer un branchement pour ses amis, ou encore Papa Love qui derrière son mutisme renferme un lot de sagesse et d’humanité. Paradoxalement, c’est la tristesse qui ressort le plus de ce roman, puisque, même s’il se termine sur une note d’espoir, la misère et l'accablement flottent continuellement au fil de l’histoire. Les saisons de la nuit sont l’un de ces romans qu’il faut laisser reposer quelque temps après la lecture pour se détacher de la douleur des personnages et percevoir ainsi la beauté de l’histoire.

McCann cultive le paradoxe jusque dans sa manière d’écrire. A la fois minimaliste et romancée, prosaïque et utopique, l’écriture de Colum McCann nous entraîne avec une fluidité appréciable dans un monde presque physique sinon visuel. Grâce à des descriptions précises et réalistes, certains passages se rapprochent énormément de l’écriture d’un scénario de film. Ainsi notre ouïe comme notre toucher et parfois même notre odorat sont sollicités pour une parfaite interprétation du texte. McCann insiste en effet sur l’aspect tactile du monde dans lequel évoluent les personnages, en particulier lorsqu’ils sont dans le tunnel. Faute de lumière, Treefrog se repère yeux fermés, mains en avant, inspectant toutes les cavités de la paroi du bout des doigts, et l’auteur transcrit cette exploration avec précision.

Il est donc facile de s’immerger rapidement dans l’univers et l’ambiance des Saisons de la nuit. Même si cet univers paraît misérable, on y adhère forcément et c’est avec attachement que l’on suit la famille de Nathan Walker au fil de notre lecture.

 

Marianne, Ed.-lib. 1A





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2. Fiche d’Anne-Claire



Bibliographie de Colum McCann :

Le chant du coyote, 1998
Les saisons de la nuit, 1999
La rivière de l’exil, recueil de nouvelles, 2001
Ailleurs en ce pays, recueil de nouvelles, 2003
Danseur, avec lequel il acquiert une renommée internationale, 2003
Z
oli, 2007







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Résumé de l’œuvre :

L’ouvrage présente 2 histoires parallèles qui s’entrecroisent et finissent par se rejoindre.

Le premier récit est celui de la vie de Nathan Walker, un jeune noir venu de Géorgie pour travailler à New York en 1916 en tant que " gadouilleur " : ouvrier chargé de construire les tunnels. Il survit miraculeusement à un éboulement alors qu’il creuse sous l’East River, mais il y perd son meilleur ami Con O’Leary, d’origine irlandaise, dont il épousera plus tard la fille Eleanor, qui décédera prématurément dans un accident de voiture causé par un chauffard. Ensemble ils auront 3 enfants, deux filles : Deidre et Maxine et un fils : Clarence, qui vengera sa mère mais sera tué par la police en laissant un orphelin : Clarence Nathan.

Sa vie est marquée par le racisme qu’il subit d’abord en Géorgie puis à New York, en particulier après son mariage avec une femme blanche et la naissance d’enfants métis.

Sa vieillesse, quant à elle, est marquée par la maladie : problèmes pulmonaires et rhumatismes dus à une vie de labeur dans les tunnels.

Le second récit se déroule en 1991, toujours à New York, où l’on suit Treefrog (grenouille rainette), un ancien bâtisseur de gratte-ciel, qui, devenu SDF, survit dans les tunnels. On ne sait quasiment rien de lui, si ce n’est que sa femme et sa fille sont parties. Il est un peu fou et maniaque : il fait tout deux fois de suite. Il vit avec d’autres SDF comme Angela, Elijah, Mister Love, Dean, Faraday.


Principaux thèmes :

La vie des " gadouilleurs " : ce sont les ouvriers qui creusent les tunnels afin de permettre le passage du métro, des voies ferrées… Il s’agit dans l’œuvre de Nathan Walker et de ses amis : Con O’Leary, Sean Power et Rhubarbe Vannucci. Les salaires sont très bas malgré les risques dus au travail sous air comprimé : éboulements et fuites d’air, problèmes pulmonaires, rhumatismes et le sentiment d’enfermement ressenti à force d’être sous terre. Face à cette vie de misère que tous acceptent car elle permet de nourrir sa famille, certains se noient dans l’alcool : Sean Power meurt d’une cirrhose du foie. " Il y a eu beaucoup de morts dans le tunnel, mais c’est une loi que ces hommes-là acceptent : Tant qu’on vit, on vit, et puis plus rien. "

La vie des bâtisseurs de gratte-ciel : antithèse des " gadouilleurs " même s’il existe des similitudes entre les deux métiers : salaires bas et risques nombreux : dans ce cas, risque de chute. Ici pas de sentiment d’enfermement mais au contraire de liberté totale avec notamment l’image de ces ouvriers qui dansent sur les poutrelles ; ils s’y sentent d’ailleurs plus à l’aise que sur la terre ferme. C’est le métier de Treefrog avant qu’il ne devienne SDF.

La vie des SDF : Colum McCann ne nous présente que ceux qui vivent dans les tunnels, il les qualifie à plusieurs reprises de " taupes " qui évoluent dans un univers aussi noir que les tunnels : pauvreté extrême, crasse, alcool, drogue, violence. Il faut aussi noter que le récit se déroule en plein hiver, dans le froid et la neige.

La vie des noirs : Nathan Walker vit dans un monde raciste et même ségrégationniste, à New York mais surtout en Géorgie, état sudiste : boutiques interdites aux noirs mais également à leurs femmes, même si elles sont blanches, hôtels réservés… " Walker plonge dans la chaleur, de son grand corps courbé, et le voilà devant une fontaine qui porte l’inscription "Gens de couleur", où il avale une gorgée d’eau. "

Le thème de la résurrection est un thème récurrent dans l’œuvre avec notamment la présence de la grue (l’oiseau), qui peut être considéré ici comme un symbole de liberté parfois malmenée. L’ouvrage commence par la description d’une grue blessée, prise au piège dans les eaux gelées de l’Hudson, que Treefrog tente de sauver en brisant la glace qui l’enferme. Ensuite nous assistons à la résurrection de Nathan qui survit miraculeusement à un éboulement dans le tunnel. C’est encore lui qui fait le plus référence aux grues, en évoquant l’image de son enfance dans les marais de Géorgie, de la grue qui danse, symbole de liberté totale. Presque tous les personnages du livre ressemblent à cette grue coincée dans la glace, incapable de voler ou de danser ; ils sont malmenés par la vie : la misère et la vie dehors pour Treefrog, la dureté du travail et le racisme qu’il subit pour Nathan mais aussi pour sa famille, l’alcoolisme, la violence, les peines de la vie… Si certains ne s’en sortiront pas comme Eleanor, Faraday, Clarence et Louisa, devenue junkie après la mort de ce dernier, certains personnages connaissent une résurrection ; c’est le cas tout d’abord de Nathan qui après avoir vécu difficilement connaîtra le bonheur auprès de ses petits et arrières petits-enfants, mais également de Treefrog qui réussit à se dégager de sa folie et, comme la grue, peut à nouveau danser. " A mi-chemin, le visage figé en un certain sourire, debout sur une jambe, tendant un bras, puis l’autre, changeant de pied, la tête rentrée dans l’épaule, il exécute la danse de la grue au royaume de l’ombre. "

 

Mon avis :

Un livre très noir sur la ville de New York, symbole de la richesse américaine, mais construite et peuplée par des gens qui connaissent mieux la misère que Wall Street. Des descriptions très réalistes, des personnages criants de vérité. Les récits principaux sont bien menés et on se demande jusqu’au bout quel est leur lien (j’ai essayé de ne pas en dire trop). Noir donc mais avec quand même de l’espoir.

 

 ACMT, Bib 1A

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 15:08

Fiches de Marine et  Lucie

 

1. Fiche de Marine

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Henry Rider HAGGARD
Elle, 1887,
éditions Terre de Brume, 2006,
collection Terres mystérieuses
367 pages.















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Si certains romans rencontrent un succès immédiat et ne cessent d’être lus depuis leur publication, ce n’est pas vraiment le cas pour les livres d’Henry Rider Haggard : succès de la fin du XIXe siècle, ils sont aujourd’hui peu ou pas connus… Pourtant, Henry Rider Haggard explore avec talent le thème du roman d’aventures, nous y invitant d’une manière peu ordinaire : il se fait pour cela l’éditeur d’un récit de voyage, comme il nous l’explique dans l’introduction (qu’il ne faut surtout pas négliger sous prétexte que c’est une introduction !).

Cela montre combien l’auteur veut nous plonger dans son histoire, allant même jusqu’à ajouter lui-même des notes, au nom du pseudo-éditeur, ce qui lui permet de donner des précisions et de rectifier parfois ce que dit le narrateur. Malgré ce souci d’offrir les données les plus justes possibles – précisions géographiques, scientifiques… – on n’en reste pas moins dans une aventure de fiction. En effet, on se détache très vite de la réalité, lorsque les personnages acceptent sans trop d’hésitations l’existence d’une femme ayant vécu plus de deux mille ans, dans l’attente du retour de son amant. Elle, ou encore Ayesha, ne possède pas seulement la vie éternelle, elle est également d’une extraordinaire beauté, tellement fascinante qu’Elle reste voilée la plupart du temps…

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Le point de départ de ce roman est la découverte d’un fragment de poterie, qui a été légué à Léo Vincey par son père, mort alors que Léo était très jeune. Ayant déchiffré ce tesson, Léo va s’engager sans hésitation dans l’aventure, accompagné de son tuteur, Ludwig Horace Holly, qui raconte leur histoire. Léo part dans l’idée de trouver la mystérieuse Elle dont parle le fragment de poterie, et Holly le suit sans trop y croire, mais avec l’intention de profiter des parties de chasse, puisqu’ils vont en Afrique. Leur domestique, Job, est également engagé de l’aventure ; il peut représenter la société britannique du XIXe siècle, gardant toujours les habitudes qu’il avait en Angleterre, malgré leur voyage qui les emmène dans des contrées inconnues.

Très vite, les personnages perdent tout contact avec la société qu’ils connaissaient, ayant l’impression d’avoir quitté leur monde depuis très longtemps, alors que cela fait seulement trois semaines qu’ils sont partis, comme Holly en fait la constatation lui-même.

Finalement, cette Elle si mystérieuse, Celle-qui-doit-être-obéie, que l’on attend depuis qu’on a vu la couverture du livre, va faire son apparition. Mais il faut tout de même passer plus de deux cents pages avant qu’Elle soit réellement présente. Et c’est là qu’on ne peut qu’admirer l’adresse d’Henry Rider Haggard : depuis le début du roman, il n’est question que d’Elle, mais il réussit à nous faire patienter durant tout ce temps pour enfin la rencontrer… Et arrive ce qui devait arriver : Ayesha reconnaît en Léo l’homme qu’elle aime, qu’elle avait tué par dépit et qu’elle attend depuis si longtemps. Elle veut l’emmener se baigner à la source de vie, comme elle l’avait fait, pour qu’il devienne immortel et gouverne le monde avec elle…

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Ce roman d’aventure nous entraîne dans un monde où la distinction entre la réalité et la fiction s’estompe, mais qu’importe ! On retrouve avec plaisir l’aventure telle qu’on l’avait laissée dans les livres pour enfants… Et c’est tant mieux !

Marine, Ed. 2A


2. Fiche de Lucie 

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She (Elle–qui–doit–être–obéie)
est un de ses livres les plus connus, avec les Mines du Roi Salomon (que vous pouvez télécharger au format PDF sur Gallica). Il est difficile de se procurer ses livres. Les éditions Terre de Brume vient juste de rééditer les Mines du Roi Salomon et She. She est le premier tome d'un cycle, appelé Ayesha, qui comprend 4 tomes.

 

L'histoire :

 

Cambridge, années 1880.

L'histoire commence par l'héritage d'une boîte en fer par Horace Holly, un linguiste britannique. En plus de cette boîte, il reçoit la tutelle d'une petit garçon, Léo Vincey. Et cette boîte ne pourra être ouverte que le jour des 25 ans de Léo. Le jour venu, une tesson de poterie, couvert d'inscriptions remontant à l'antiquité, est découvert dans la boîte. En les déchiffrant, Léo apprend que son aïeule, une princesse d'Egypte, charge ses descendants, lui compris, de la venger pour la mort de son mari, Kallikrates, tué par une Reine magicienne.

Ils vont donc se lancer dans cette quête, pour connaître la vérité. Cette aventure les mène dans l'actuelle Tanzanie, dans le royaume interdit de Celle-qui-doit-être-obéie, par-delà d'infranchissables marais...

Ils vont rencontrer la reine Ayesha, qui s'est rendue immortelle en se baignant dans une colonne de feu censée être la source de vie. C'est une créature d'une grande beauté, prototype de la figure de la femme toute–puissante. Les voyageurs vont découvrir qu'Ayesha attend depuis deux mille ans la réincarnation de son amant Kallikrates, qu'elle a tué au cours d'une crise de jalousie. Elle croit voir en Leo Vincey la réincarnation de Kallikrates…

 

Roman d'aventure, fantastique et mondes perdus :

 L'un des traits fondamentaux du roman d'aventures est le dépaysement, mais ce dépaysement n'intervient que par le biais du fantastique. Ce fantastique intervient dans de nombreuses œuvres du genre par le biais du thème des " mondes perdus ". Ces oeuvres s'appuient sur des hypothèses scientifiques (le chaînon manquant, par exemple) pour développer des récits de fantaisie.

Définition d'Alain-Michel Boyer des "Mondes perdus" dans l'ouvrage collectif qui porte le même nom :

 

"Quelque part sur le globe, en un lieu retiré, isolé du monde moderne et du reste de l'humanité, dans une enclave préservée de l'histoire, au bout d'un étroit défilé que barrent de hautes parois rocheuses, un groupe d'hommes et de femmes vit sa vie propre, dans l'ignorance la plus totale de ce qui est advenu ailleurs : cette communauté est un rameau détaché de civilisations occidentales disparues ou un isolat échappé à l'anéantissement et situé à un stade antérieur de l'évolution".

 

Rider Haggard reprend ce schéma, mais a choisi spécifiquement dans ce livre de parler des races perdues, d'une civilisation dans ce livre plutôt antique. Des auteurs plus tardifs comme Lovecraft, imagineront des races perdues radicalement différentes : hommes-poissons, etc. en se tournant davantage vers la science fiction. Dans un sens donc, Haggard est un des pères de la science fiction et de la fantasy actuelle.

 

L'auteur et son œuvre

 

Henry Rider Haggard fait partie de ces auteurs de romans d'aventures les plus controversés: beaucoup de critiques dénoncent le racisme de ses récits, la vision impérialiste qui se dégage de ses œuvres. Il lui est reproché également son goût pour la barbarie et la violence dans ses récits. Le monde sauvage rencontré par les personnages permet de satisfaire leurs instincts de chasseurs et de façon cachée leur recherche de puissance infinie : on voit qu'Ayesha tente les héros en leur proposant de régner sur le monde et en voulant les rendre immortels.

Mais outre cette vision, il y une grande puissance de l'imaginaire dans ses œuvres. L'auteur maîtrise parfaitement le genre de la littérature d'évasion.

On sait qu'Haggard fait une distinction entre les peuples… Ainsi, des peuples et des hommes sont faits pour commander, d'autres pour obéir (on reconnaît ici l'idée du colonialisme) : on retrouve cette idéologie dans l'histoire à travers le mépris qu'a Ayesha pour le peuple primitif qui vit autour d'elle, et l'admiration pour celui qui l'a précédée.

Mais même si ses œuvres sont pleines de préjugés de l'époque, elles témoignent quand même d'une grande sympathie envers les populations locales. Les Africains jouent fréquemment des rôles héroïques dans ses livres, même si les protagonistes sont habituellement des Européens.

 

Bien que Haggard ne soit plus aussi populaire qu'à son époque, certains de ses personnages ont eu un impact durable au XXe siècle. Ayesha a été citée par Sigmund Freud dans L'Interprétation des rêves. Haggard a aussi exercé une influence dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy littéraire, notamment à travers Edgar Rice Burroughs. Allan Quatermain, le héros des Mines du Roi Salomon, a été identifié comme l'un des modèles au personnage d'Indiana Jones dans le film Les Aventuriers de l'arche perdue (de Steven Spielberg et George Lucas).

 

Lucie, 2ème année Bib

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 22:12

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Michael Connelly, 
Les Égouts de Los Angeles
Traduit de l’américain par Jean Esch
Titre original : The Black Echo
Folio, 1992









L’auteur :

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     Michael Connelly est né en 1957 à Philadelphie. A l’université de Floride, il entame tout d’abord des études d’entrepreneur en bâtiment, comme son père, puis se tourne vers la littérature après avoir découvert les œuvres de Raymond Chandler.


     A partir de 1980, son diplôme de journalisme en poche, il travaille comme reporter à Daytona Beach et à Fort Lauderdale où il est chargé des comptes rendus des procès et du suivi des affaires criminelles : ces expériences vont ainsi nourrir chacun de ses romans.


     A 30 ans, il quitte la Floride pour une ville qui le fascine, celle du crime : Los Angeles, où il travaille pour le Los Angeles Times.


     Son premier roman, Les Égouts de Los Angeles, paraît en 1992 et avec lui naît le personnage de Harry Bosch, auquel il a consacré jusqu’à aujourd’hui 9 de ses romans.


     Il mène de front sa carrière d’écrivain et celle de journaliste : il obtiendra d’ailleurs en 1992 le prix Pulitzer pour plusieurs articles consacrés aux émeutes de Los Angeles.


     Le succès de ses romans grandissant, il décide en 1994 de se consacrer exclusivement à l’écriture.


     A ce jour, Michael Connelly est l’auteur de 19 romans, les droits de certains ayant même été achetés afin d’être adaptés au cinéma comme l’a été Créance de Sang par Clint Eastwood en 2002.


L’histoire :


     Le roman commence par la découverte d’un cadavre dans les canalisations de Los Angeles. Alors que tout porte à croire qu’il s’agit d’un drogué s’étant injecté la dose fatale, le policier chargé de l’enquête, Harry Bosch, soupçonne autre chose et ses doutes se confirment d’autant plus qu’il reconnaît le corps : la victime est un ancien compagnon d’armes de la guerre du Vietnam. En effet, tous les deux étaient des rats de tunnels, c’est-à-dire qu’ils arpentaient les galeries souterraines creusées par les Vietcongs pour les " nettoyer ", le terme Black Echo (écho noire) désignant alors les ténèbres infernales des réseaux souterrains..


     Harry Bosch mène donc l’enquête et très vite il établit un lien entre la victime et le cambriolage d’une banque qui s‘est déroulé l‘année précédente et dont les auteurs n’ont toujours pas été arrêtés.


Les personnages :


     Le personnage principal est donc Harry Bosch, inspecteur de police : il présente les caractéristiques de la figure du privé des romans noirs : dur, solitaire, déterminé et désabusé. Fort d’une expérience de 15 ans qui l‘a conduit à résoudre de nombreuses affaires criminelles, Harry Bosch ne supporte pas l’autorité, ce qui lui vaut d’être filé par les Affaires Internes qui veulent à tout prix le faire tomber. Hanté par son passé, Harry Bosch a grandi, après le meurtre de sa mère, entre foyers de jeunes et familles adoptives . Flic rebelle et homme blessé, il possède donc de nombreuses zones d’ombre et n’hésite pas à franchir les limites pour mener à bien son enquête (écoutes illégales,filatures…).


     Comme dans tout bon polar, il y a une femme…mais peut-il lui faire confiance ? Le lecteur ne le découvre qu’à la toute fin du roman.


     Les personnages ne sont donc pas manichéens : les " bons " ont leurs côtés obscurs et les " méchants " ont une certaine humanité.


La Ville :


     Ville du crime par excellence, elle tient une grande place dans le roman à travers de nombreuses descriptions. L’enquête conduit le lecteur dans ses rues : Mulholland, Rodeo Drive, Hollywood, Sepulvuda…


     Harry Bosch est fasciné par la ville et ses nombreuses contemplations nous donnent la mesure de l’ambivalence de ses sentiments à son égard : " ville fantôme ",artificielle et polluée mais aussi ville sans cesse en mouvement ; la juxtaposition de ce caractère ultra urbain avec des paysages naturels parfois encore sauvages, parcourus par les coyotes, fait toute la richesse et la complexité de cette ville.


L’intrigue :


     Elle se met très vite, voire immédiatement, en place, servie d’ailleurs par la construction du roman en huit journées, jalonnées de flash-back dans les tunnels vietnamiens. Le rythme, rapide et soutenu, tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin du roman.


     Par ailleurs, toutes les questions soulevées par Harry Bosch ne trouvent pas nécessairement de réponse, tout n’est pas résolu.


Mon opinion :


     Les égouts de Los Angeles


     Pour les adeptes de suspense et de thriller, Michael Connelly est aussi l’auteur du captivant Le Poète.


Pour en savoir plus :

est un excellent roman policier, notamment grâce au rythme de l’intrigue et au personnage de Harry Bosch, dont on retrouve avec plaisir la suite des aventures dans La glace noire, paru en 1993, où Harry Bosch enquête sur la mort d’un collègue et un trafic de drogue.

www.michaelconnelly.com

www.michaelconnelly.free.fr


Céline, 1ére année ED/LIB

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Published by Céline - dans polar - thriller
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