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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 20:30
vitamines.jpg
Raymond CARVER,
Les Vitamines du bonheur (Cathedral),  1983,
recueil de 12 nouvelles,
trad. de l'américain par
Simone Hilling,
Librairie Générale Française (LGF),
Coll. Le Livre de Poche,  2004
222 pages


        Biographie :

        Raymond Carver est né en 1938 dans l’Oregon aux Etats-Unis. Il grandit dans l’Etat de Washington dans un milieu modeste : son père est ouvrier dans une scierie et sa mère est à la fois vendeuse et serveuse.
        A 20 ans, il est marié et père de deux enfants. Il enchaîne plusieurs petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille.
        Il déménage ensuite en Californie où, parallèlement à ses études universitaires, il suit des cours d’écriture avec le romancier John Gardner qui aura sur lui une influence décisive.
        En 1967, il publie son premier ouvrage : Near klamath,  un recueil de poèmes.
Dans les années 70 et 80, son talent d’écrivain est reconnu avec notamment Tais-toi, je t’en prie! (1976) et Parlez- moi d’amour (1981). Il enseigne la littérature à l’université.
        Raymond Carver devient alcoolique mais il parvient à arrêter grâce aux Alcooliques Anonymes.
        En 1982, il divorce et se remarie en 1988 avec Tess Gallagher, une poétesse. Deux mois plus tard, à l’âge de 50 ans, il décède d’un cancer du poumon. Il venait d’entrer à l’Académie Américaine des Arts et Lettres.
 ( Source : Wikipédia )

        « Ses nouvelles ressemblent à sa vie »

Le milieu modeste et les petits boulots :

        Toutes les nouvelles de ce recueil présentent des personnages qui mènent des vies modestes et très ordinaires : une femme fait du porte à porte pour vendre des vitamines et elle déprime (Les Vitamines du bonheur), un professeur de dessin élève seul ses deux enfants (Fièvre) ou encore un fermier et une serveuse tentent de subvenir aux besoins de leurs deux enfants (La Bride).
        Le chômage et ses conséquences sont aussi présentes : un homme licencié reste toute la journée assis dans son canapé, ce qui exaspère sa femme : « Mais que son mari, jeune et en pleine santé, se couche sur le canapé et n’en bouge plus, sauf pour aller aux toilettes, allumer la télé le matin et l’éteindre le soir, c’était autre chose, ça lui faisait honte […] »(Conservation.).
        Presque tous les personnages s’inquiètent pour leur avenir et en particulier pour celui de leurs enfants ; ils mettent tout en œuvre pour ne pas tomber dans la pauvreté.
        Comme ses personnages, Raymond Carver est issu d’un milieu modeste. Dès l’âge de 18 ans, le couple Carver a dû enchaîner les « petits boulots » pour faire vivre sa famille : Raymond a été portier, vendeur et gardien de nuit à l’hôpital ; Maryann, sa femme, a travaillé comme serveuse et secrétaire. De plus, tous les deux ont su trouver le temps et le courage de continuer leurs études tout en élevant leurs deux enfants.

L’amour et la famille :

        Toutes les nouvelles de ce recueil mettent en scène des couples. Il s’agit en majorité de couples qui doutent, qui sont séparés ou qui se retrouvent. Carver insiste particulièrement sur leurs relations et sur leurs sentiments. Sentiments qui s’effritent avec le temps : « D’ailleurs, on se parle de moins en moins. On se contente de regarder la télé » (Plumes).
        Les enfants sont aussi présents. La famille est très importante pour certains personnages. Dans la nouvelle Fièvre, un père célibataire cherche la meilleure des baby-sitters pour ses enfants ; sa femme vient de partir avec un autre et il se raccroche à eux pour ne pas craquer. Pour d’autres, les relations sont plus compliquées. Dans Le Compartiment, un homme est sur le point de revoir son fils qu’il n’a pas vu depuis huit ans.
        D’autres ont envie de fonder une famille. C’est le cas dans la première nouvelle, Plumes : Fran et son mari ne veulent pas d’enfants mais le dîner chez Bud et Olla va être l’événement  déclencheur. 
        Enfin, certains couples sont séparés à cause de l’alcool.

L’alcool :

        L’alcool est partout dans le recueil, même s’il ne s’agit pas à chaque fois d’alcoolisme.
       Attention et Là d’où je t’appelle sont les deux nouvelles du recueil qui traitent de l’alcoolisme.
        Dans la première, un homme a quitté le foyer conjugal à cause de son problème avec l’alcool. Sa femme lui rend visite. « Il se mit à penser aux choses qu’il avait à lui dire. Il voulait lui dire qu’il se limitait au champagne (…). Mais en un rien de temps, il s’était aperçu qu’il en buvait trois ou quatre bouteilles par jour. Il savait qu’il faudrait faire quelque chose, et bientôt. » Il passe toute la journée dans son appartement à ne rien faire, seulement à boire. Sa femme est obligée de le materner : il a besoin d’elle pour retirer de son oreille, le bouchon de cérumen qui le gêne.
La nouvelle intitulée Là d’où je t’appelle, se passe dans une maison de désintoxication. Deux patients discutent de leur passé et surtout de leur alcoolisme qui a détruit leur mariage. L’un des deux raconte notamment comment l’alcool l’a progressivement amené à être violent : « Ils se tapaient dessus devant les gosses. Ça devenait dingue. Mais il continuait à boire. Il n’arrivait pas à s’arrêter. Et rien ne pouvait le faire arrêter. ».    
                                                                                                                                                             
   Comme on l’a vu dans sa biographie, Raymond Carver a été alcoolique. Il déclara même que « l‘alcool est devenu un tel problème dans sa vie qu’il déclara forfait et passa le plus clair de son temps à boire ». (comme les personnages de ses nouvelles).

        Le style Carver :

        Ses nouvelles :

        Les nouvelles du recueil racontent des moments de vie. Le lecteur entre dans le quotidien et l’intimité des personnages. Il en garde une impression instantanée : c’est comme si on entrait chez des inconnus , que l’on se mettait dans un coin pour les observer et que l’on ressortait. Les nouvelles de Carver n’ont pas de début, pas de fin et donc pas de chute. Ce sont juste des tranches de vie. 

        Son écriture :

        Raymond Carver écrit simplement : ses phrases sont courtes mais elles disent l’essentiel. Il accorde aussi beaucoup d’importance aux dialogues. La lecture est donc très fluide. On a l’impression qu’il écrit comme il parle mais il le fait avec subtilité et parfois avec humour : « On est au milieu de l’hiver, tout le monde est malade, tout le monde meurt, et les gens ne pensent même pas qu’ils ont besoin de vitamines. J’en suis malade moi-même. » (Les Vitamines du bonheur).

Cécile, 1ère année BIB.

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 22:29
ogawa-Paupieres.jpg
OGAWA
Yoko
Les Paupières
traduit par Rose-Marie Makino Fayolle
Editions Actes Sud
206 pages


L’auteur

        Ogawa
Yoko est née en 1962 à Okayama et est aujourd’hui une des plus grandes romancières/nouvellistes japonaises contemporaines.
        A treize ans, elle lit Le Journal d'Anne Frank et y découvre le pouvoir des mots ordinaires qui racontent la cruauté et l’horreur de l'Holocauste. Depuis, elle écrit des livres sensuels dans un registre très noir où l'initiation à la sexualité, à l’ailleurs, à la mort et au sacré prend une dimension presque fantastique. Obsédée par le sexe, l'eau, la mémoire, les difformités et l'inconscient, elle est également l'auteur d'Hôtel IrisMusée du silence qui sont ses deux œuvres les plus connues.  Remarquée dès son premier roman, pour lequel elle obtient en 1988 le prix Kaien, sa renommée ne cesse de croître et, en 1991, elle remporte le prestigieux prix Akutagawa pour La Grossesse.

        Son écriture est le résultat du mélange de diverses influences dont son contemporain et écrivain préféré Haruki Murakami (Kafka sur le rivage, La course au mouton sauvage...), le classique japonais Junichiro Tanizaki (Une mort dorée, Un potage bien chaudle Tatouage, Eloge de l’ombre...) et de nombreux auteurs américains tels que Francis Scott Fitgerald, Truman Capote, Raymond Carver et Paul Auster dont le Moon Palace eu un grand impact sur son univers romanesque. 

        On notera également que l’Annulaire a été adapté au cinéma en France en 2005 par  Diane Bertrand et qu’au Japon, La formule préférée du professeur, le dernier de ses romans, a reçu le Prix Yomiuri et y est également sorti en film (2005), en bande dessinée (2006) et en cd audio (2006).
Ses romans et nouvelles ont été traduits en français, allemand, grec, espagnol, catalan, et récemment en anglais (aux États-Unis) et en italien. Le plus souvent traduit est son roman Hôtel Iris, qui est moins implicite (et donc plus accessible) que ses autres romans/nouvelles.

Les paupières

        Les Paupières est un recueil de huit nouvelles paru au Japon en 2001 et dont la traduction française date de 2007 (par Rose-Marie Makino-Fayolle pour Actes Sud). Yoko Ogawa y explore l’angoisse des nuits blanches, l’inconscient, les terreurs nocturnes et l’entre-deux eaux. Les personnages de ces nouvelles tentent de s'abandonner à l’étrange pour libérer l’inconscient, l’enfoui et parvenir idéalement à vivre mieux avec eux-mêmes et le monde plein de contradictions qui les entoure (bien sûr, ils n’y arrivent pas forcément).
 
        Dormir, s’endormir, s’échapper, sortir de son corps et pénétrer dans un univers du flou, du sombre et de la nuit, tels sont les grand axes reliant les nouvelles entre elles alors que cela ne paraît pas forcément évident au premier abord. En effet, dans ce recueil une vieille dame mourante dans un avion côtoie des légumes phosphorescents ne poussant que la nuit et terrifiant leurs propriétaires, un hamster sans paupières assistant aux échanges à la limite de la perversion entre une très jeune fille et un vieil homme, des cours de cuisine qui tournent au cauchemas quand on découvre un tas d’immondices sous l’évier, une poétesse dont les ovaires ont des cheveux, de curieux jumeaux allemands dont l’un vit cloîtré et à la limite à peine palpable séparant le monde des morts du monde des vivants, etc...

    Souvent les personnages, qui sont pris dans un récit lugubre et oppressant, troublent par leur personnalité originale le milieu dans lequel ils évoluent tant bien que mal dans l’espoir de trouver une échappatoire à leur situation.

        Les histoires n’ont jamais de fin. Comme si le lecteur était censé s’endormir pendant la lecture de ces nouvelles, et ne jamais connaître le fin mot de l’histoire, la clé du mystère. Libre à chacun après d’imaginer ce qu’il veut.
        Autre fait frappant, l’étrange et le dérangeant qui font partie intégrante des histoires ne forment jamais de rupture. Avec art et surtout poésie, Yoko Ogawa rend n’importe quelle situation absurde tout à fait normale sans que le lecteur ni les personnages, pourtant en général au départ ancrés dans la réalité (avant de s’en détacher) ne s’en aperçoivent. L’inquiétante atmosphère finit par avaler les personnages tout entiers ainsi que le lecteur imprudent qui s’y est laissé prendre.

Appréciation personnelle

        Après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’atmosphère particulière du livre, je me suis laissé prendre au jeu et surtout à l’atmosphère très particulière des nouvelles qui se sont enchaînées avec beaucoup plus de fluidité que ce que j’avais cru au début.
La poésie qui se dégage de l’écriture emporte naturellement le lecteur qui arrive à la fin du livre alors même qu’il avait l’impression de l’avoir juste commencé.

        Je n’aurai qu’un bémol pour la nouvelle "Une collection d’odeurs" qui m’a semblé n’être qu’une pâle copie du Parfum de Patrick Süskind sans en avoir la profondeur.

Extrait :


"- Quand j’aurai terminé ce que je dois faire aujourd’hui, je n’aurai plus de cheveux.

    La vieille dame avait défait trois boutons de sa robe au niveau du ventre d’où elle tirait un cheveu. On apercevait une cicatrice sur son abdomen. Une cicatrice sèche et pâle. Le cheveu en sortait tout droit. Pincé entre le pouce et l’index, il se dévidait avec régularité, comme un fil d’araignée. Elle le prenait sur la bobine et le tissait. Elle n’avait pas l’air de souffrir.
Comme elle le disait, le tissu était d’une bonne taille et elle avait presque terminé. Ne voulant pas la déranger, je décidai de passer le temps à bavarder encore un peu avec le garçon."

Marie, A.S. Bib.

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 21:40
noyadeinterdite-copie-1.jpg
Amy Tan
Noyade interdite
trad. de l'américain
Annick Le Goyat,
Buchet-Chastel, 2007
570 p.


Quelques éléments biographiques

- Elle est née en 1952 aux Etats-Unis de parents immigrés chinois, elle a grandi aux Etats-Unis puis aux Pays-Bas et en Suisse à la suite de la mort de son père et de son frère.
- Elle déçoit sa mère en ne devenant ni docteur ni pianiste et en décidant d’étudier l’anglais à l’université de San José (les relations mère-fille tiennent une place importante dans ses livres).
- Elle a été piquée par une tique et a contracté la maladie de Lyme, qui l’a empêchée d’écrire parce qu’elle oubliait les mots.
- Elle fait partie d’un groupe de rock : the Rock Bottom Remainder (un groupe composé entre autre de Stephen King, Dave Barry, Matt Groening…)
- Elle a fait une apparition dans un épisode des Simpsons  (Saison 12 : une fille de clown).
- Elle a un mari, deux chiens, un chat, a reçu de nombreux prix pour ses écrits (le premier à l’âge de 8 ans pour un essai s’intitulant : Ce que la bibliothèque signifie pour moi).

Sa bibliographie en français

- Le club de la chance (Flammarion, 1992)
- La femme du dieu du feu (J’ai lu, 1997)
- L’attrape-fantômes (Robert Laffont, 1999)
- Les Fantômes de Luling (Robert Laffont, 2003)
- Noyade interdite (Buchet-Chastel, 2007)

Petit résumé

        12 touristes américains partent en voyage en Chine et en Birmanie. Choc culturel garanti. L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais nous avons en plus droit à un narrateur d’un genre particulier, l’esprit de Bibi Chen, une marchande d’antiquités asiatiques, qui a organisé le voyage, morte dans des circonstances étranges quelques jours avant le départ. Et notre sympathique petit groupe de touriste a bien du mal à se débrouiller tout seul. Alors quand ils se font enlever par une tribu birmane,les Karen, qui prend  Rupert, un adolescent du groupe, pour la réincarnation de leur sauveur, les aventures commencent… Et comme le dit Albert Camus dans l’exergue : « la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté ».

Les personnages

- Bibi Chen : marchande d’antiquités asiatiques, organisatrice du voyage en Chine et en Birmanie. Meurt quelques jours avant le départ, mais son esprit reste sur terre, elle observe (et critique) ses compagnons de voyage et arrive à sentir leurs sentiments.
- Harry Bailey : 42 ans, vétérinaire, présentateur vedette d’une émission télévisée sur le dressage des chiens. Compare les comportements humains aux comportements canins. Il est le seul à ne pas se faire kidnapper ; au moment du départ de l’expédition, il se remettait de sa soirée trop arrosée suite au ratage de sa troisième tentative de séduction de Marlena (ils y étaient presque arrivés cette fois-ci).
- Marlena Chu : une acheteuse d’art, d’origine asiatique, aimerait bien elle aussi se rapprocher de Harry, mais ne sait pas comment faire pour ne pas froisser sa fille.
- Et sa fille Esmé : 12 ans, veut aller en Birmanie pour sauver les orphelins birmans ; à défaut elle sauvera un petit chien.
- Roxanne Scarangello : une biologiste évolutionniste ; réussit très bien professionnellement, mais a des difficultés de couple avec son mari, de dix ans son cadet, un ancien étudiant à elle, avec qui elle essaie d’avoir un enfant.
- Et son mari Dwight Massey : psychologue behavioriste, travaille comme assistant sur une étude sur la stratégie des écureuils pour cacher leurs noisettes. Il se sent un peu dans l’ombre de sa femme, conteste les décisions de Bennie l’accompagnateur.
- Heidi Stark : la demi-sœur de Roxanne, s’inquiète de tout, est super équipée en anti-moustique et couvertures de survie. Elle est dotée d’une magnifique paire de seins qui séduiront Moff.
- Moff : de son vrai nom Marc Moffett, est un ami de pensionnat de Harry, toujours habillé en short, il possède une bambouseraie (qui lui permettait au départ de cacher sa plantation de cannabis), est divorcé et pas en très bon termes avec son ex-femme.
- Et son fils Rupert : 15 ans, connaît des tours de magie, lit un livre de Stephen King, grimpe partout et a tendance à s’éloigner du groupe.
- Vera Hendricks : proche amie de Bibi, possède un doctorat en sociologie, souvent citée parmi les Cent Femmes noires les plus influentes d’Amérique. Elle est parfois la voix de la raison du groupe.
- l’accompagnateur Bennie Trueba y Cela : remplace Bibi à la dernière minute, fait ce qu’il peut pour guider le groupe, ne manque pas de bonne volonté, mais n’est pas très doué. Il veut toujours faire plaisir et se promet toujours d’acheter beaucoup d’artisanat local.
- Wendy Brookhyser : fille d’une riche organisatrice d’événements, elle va en Birmanie  combattre
pour les droits des birmans, pour la démocratie et la liberté de parole. Elle part avec son amant du mois, mais elle craint qu’il ne l’aime moins qu’elle ne l’aime.
- Et son ami Wyatt Fletcher : possède une gentillesse désintéressée.
- La tribu Karen : une tribu persécutée par la junte birmane ; elle s’est réfugiée dans la jungle, au Lieu Sans Nom. Elle attend la venue du Jeune Frère Blanc qui les protègera contre la junte.

Quelques remarques et réflexions

- En anglais le titre original est Saving fish from drowning, ce qui signifie sauver les poissons de la noyade. Le titre provient d’un proverbe birman. Un pêcheur justifie ses actions parce qu’il veut empêcher les poissons de se noyer, alors il les ramasse dans ses filets, mais il arrive toujours trop tard, comme ils sont morts il va quand même les vendre sur le marché, pour pouvoir acheter plus de filets de pêche, pour essayer de sauver plus de poisson. Une réflexion sur les conséquences de nos actions et de notre bonne volonté. Quelle est la place de notre responsabilité si en essayant de sauver quelqu’un on le tue ? Est-ce qu’il vaut mieux ne rien faire, ou agir tout en sachant que l’on peut être maladroit et faire empirer les choses ?

- Dans la note au lecteur au début du livre, Amy Tan nous raconte comment lui est venue l’idée de ce livre. C’est une histoire vraie dictée par un fantôme à un médium et Amy Tan ne fait que reprendre l’histoire. Au risque d’en décevoir certains, ce n’est bien sûr qu’une mise en scène ; le roman commence dès la note aux lecteurs, il n’y a pas de Bibi Chen, ni de touristes perdus en Birmanie qui ont fait la une des journaux. Le choix d’un narrateur esprit résulte de la volonté d’Amy Tan d’avoir un narrateur omniscient, mais qui a ses propres idées, peut donner son avis et commenter l’action sur ton humoristique si possible.

- Satire du tourisme occidental (parce qu’il n’y a pas que les Américains). Mais pose toujours la question des intentions. Nos touristes veulent bien faire, ils font souvent des gaffes par ignorance.

- Un mélange des genres littéraire dans ce roman : Amy Tan revendique un peu de romance, de mystère, de roman picaresque, de comédie, de réalisme magique, de fable, de mythe, de roman policier, de farce politique… Il y a un peu de tout dans le roman, elle s’est amuséE à faire son puzzle littéraire. Ce qui peut finir par déconcerter ou décevoir un peu.

- Ce n’est pas un livre à proprement parler sur la Birmanie. Mais comme l’action principale se passe dans ce pays, nous pouvons voir certains aspects de la vie birmane et du gouvernement : interdiction des téléphones portables et d'Internet, des militaires partout, la peur de la population, le massacre des opposants, les diplomates qui ne peuvent pas sortir de la capitale…

- Satire et critique des médias et de la télé-réalité : est-ce que ce qui se passe à la télévision est vrai ? Comment faut-il accepter l’information ? Est-ce qu’une émission de télé-réalité reflète la réalité ? La tribu Karen qui vit dans la jungle dans des conditions assez précaires regarde l’émission Survivor.


Mon opinion

Un livre qui fait rire, beaucoup d’humour et d’ironie dans la description des personnages et de leurs relations.
Un livre qui fait grincer des dents dans les descriptions de la situation birmane, qui donne envie de crier et qui nous donne conscience de notre impuissance.
Un livre qui fait réfléchir ; il pose la question des conséquences de nos actions : avec les meilleures intentions du monde, on peut faire du mal. Que peut-on faire pour la Birmanie ?
Un bon moment de lecture, on se laisse prendre par l’histoire.

E.M. AS BIB

birmaniemondediplo.jpgLa Birmanie.
Pour en savoir plus :
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 21:07
martyre.jpg
Mishima
Yukio,
Martyre précédé de Ken,
Gallimard – Folio 2 €,

nouvelles extraites de
Pélerinage aux trois montagnes, 1969,
trad. du japonais par
Brigitte et Yves-Marie Allioux,
Gallimard, 1997.

La nouvelle présentée dans cette fiche de lecture est Ken.

        La nouvelle traditionnelle serait centrée sur un seul événement : dans Ken, toute l’histoire tourne autour du même événement, mais ce n’est qu’un prétexte pour amener l’intrigue et insister sur la personnalité des personnages. La nouvelle traditionnelle comporterait également très peu de personnages qui ne seraient pas aussi développés que dans un roman : dans Ken, les sentiments des trois personnages principaux sont décrits, chacun a sa propre histoire, ses propres appréhensions, désirs, combats. Chaque parcelle de l’histoire est vécue par un personnage différent, le lecteur a accès à plusieurs points de vue. Le dénouement de la nouvelle traditionnelle serait inattendu et reposerait sur une « chute » longue parfois de trois lignes seulement : il y a plusieurs chutes dans Ken, une pour chaque personnage principal. On peut donc conclure que la nouvelle de Yukio Mishima, longue de quatre-vingts pages, ne répond pas exactement aux « règles de la nouvelle » érigées par Georges Poulet.

        Nous avons pu dégager de cette nouvelle trois axes de lecture différents :
  • Un univers exclusivement masculin où naissent des passions adolescentes exacerbées.
  • Une critique de la société moderne et un hommage au Japon traditionnel.
  • Une finesse de la description : sensibilité et nouvelle cruelle.


AXE 1 : Un univers exclusivement masculin où naissent des passions adolescentes exacerbées
   
        La nouvelle ne met pas une seule femme en scène, qui pourrait avoir une relation avec un des personnages principaux. Chacun des personnages de cette nouvelle a sa propre histoire et sa propre évolution. Mishima offre des personnages complets dont il décrit non seulement les faits et gestes, mais également les sentiments, les craintes, les attentes. Ils peuvent être identifiés comme des personnages romanesques. Le caractère homosexuel des personnages est omniprésent dans l’intrigue, sans être jamais mentionné.

        Jirô Kokubu : Il est beau, jeune, juste, prévoyant, calme et bien plus intelligent que les garçons de son âge. Mishima ne dissocie pas beauté du corps et beauté de l’esprit : ainsi, durant toute sa vie, il a recherché une perfection spirituelle et physique, alliant Belles Lettres et culturisme. Jirô, même s’il ne lit pas, est à l’image de cette recherche, il s’interroge sur le monde qui l’entoure, il a une passion pour le Kendo qui passe avant tout ; il est complet. Il se donnera la mort à la fin de la nouvelle, selon un rituel traditionnel japonais : le seppuku.
        Les personnages de Mibu et de Kagawa sont tous les deux obsédés par ce personnage charismatique qu’est Jirô, qui est leur capitaine de Kendo. Ils essaieront tous deux de se faire remarquer par ce dernier dans l’épisode de la plage, l’un par la transgression, l’autre par la soumission et l’obéissance. Kagawa réussit à faire tomber Jirô, en avouant qu’il a entraîné les élèves du dojô à la plage, et Mibu, qui n’ose pas révéler à son capitaine qu’il n’a pas suivi le mouvement, causera la chute de la nouvelle et de Jirô.

        La personnalité complexe de Yukio Mishima se retrouve dans ses personnages : Kagawa est ce sentiment homosexuel qu’il refoule (on retrouve le même type de personnage dans Confessions d’un masque,) et Mibu est l’emblème de ce culte que vouait l’auteur à la beauté. Jiro, quand à lui, représente certainement ce que l’auteur aurait voulu être. De plus, la mort de Jirô, dans la forêt, peut rappeler la situation peinte par Guido Reni dans son Saint Sébastien (il est utile de souligner que Yukio Mishima adorait ce tableau, au point de s’être fait photographier dans la même position que le martyr né du pinceau de Reni.)

AXE 2 : Une critique de la société moderne et un hommage au Japon traditionnel

    L’intrigue se construit autour d’un événement assez particulier : un championnat de Kendo. Le Kendo est un art martial japonais pratiqué par les samouraïs dans le Japon traditionnel, à l’aide d’un sabre appelé Ken. Tous les personnages principaux s’adonnent à ce sport et concourent à un niveau très élevé.

Analyse d’un passage : Un après-midi, Jirô va se rendre au dojo afin de s’y entraîner. La vie de Jirô réside dans l’action de se préparer au combat, il va donc effectuer trois cents frappes sur le sol du dojo. Puis, il sort au grand air, et on assiste à un choc entre deux mondes. En effet, Jirô est vêtu d’un « hakama », s’entraîne dans un « dojo » à l’aide de son « ken », et soudain, il est confronté à une « centrale », à des « buildings », autant de mots qui s’opposent par leur modernité au Japon traditionnel transparaissant dans le vocabulaire utilisé deux lignes plus tôt. Dans ce passage, Jirô est totalement opposé au monde moderne ; il va affronter un groupe de jeunes imbéciles vêtus de jean, présentés comme des personnages rustres, mal éduqués. Tous ceux qui ne pratiquent pas le Kendo dans Ken seront présentés de la sorte.

        Plus loin dans la lecture, Mibu comparera Jirô à la jeunesse moderne et admirera sa capacité à ne pas se plier à de futiles plaisirs éphémères tels que le sexe ou encore la révolution. Jirô ne vit que pour le Kendo. Il est assez proche du personnage principal du film Million dollars baby de Clint Eastwood.

        Pour étayer notre analyse, nous pouvons également nous pencher sur le personnage de Kinouchi. Il est le directeur de l’école de Kendo, le seul capable de battre Jirô au combat. Il constitue un symbole de sagesse et de force, un symbole du Japon perdu. Kinouchi a l’étoffe du vieux sage de nos contes pour enfants, il paraît sortir d’une autre époque.

Mishima évoque donc un Japon traditionnel comme s’il parlait d’un monde parallèle. Les éléments modernes paraissent anachroniques. Jirô se suicidera d’ailleurs face à cette évidence, refusant le monde qui l’entoure.

Axe 3 : Finesse de la description : sensibilité et nouvelle cruelle

        Dans l’écriture de Mishima, tout paraît vivant : le plancher du dojo « danse », une ville « se blottit »… il est ainsi aisé de se représenter la scène. L’auteur joue également sur les différents sens humains : très rapidement, il plante un décor en décrivant ce que l’on pouvait, à cet instant précis, entendre, voir et sentir.

        La nouvelle est plutôt peuplée de scènes : l’action est tout simplement décrite. Il n’y a qu’à la fin de la nouvelle que tout s’accélérera, et il y aura une ellipse concernant le tournoi (alors que toute l’intrigue est centrée sur cet événement !) On a donc l’impression de courir après les personnages à la fin de l’histoire, alors que jusqu'alors, on se laissait porter, presque bercer par une intrigue à notre rythme. 

        Les seuls moments qui paraissent s’étirer en longueur sont les moments de souffrance vécus par les personnages (dans un passage, par exemple, Mibu devra effectuer soixante-dix tractions, et cet exercice sera décrit à la goutte de sueur près) ou encore les moments de violence. On peut donc en conclure que Mishima était sûrement inspiré par la nouvelle cruelle. Par exemple, Kinouchi explique à Mibu « comment arracher avec art la peau d’un visage »  en s’attardant sur chaque détail. On sent bien qu’il y a un certain plaisir à décrire cette horreur dans l’écriture de Mishima.

On a donc accès avec Mishima à une écriture très riche. Il sait intéresser le lecteur, le faire entrer dans son univers pourtant présenté comme fermé.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture.

Lila, 1ère année Bib.
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Published by pier - dans Nouvelle
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 18:46
MISHIMA Yukio,
Dojoji et autres nouvelles,
nouvelles extraites du recueil
La Mort en été (Folio n° 1948, 1966)
trad. de l'anglais par Dominique Aury,
Gallimard, 1983.

         Yukio Mishima est né à Tokyo en 1925. Il publie sa première œuvre à l’âge de 24 ans, Confession d’un masque. C’est une autobiographie qui fait scandale et qui lui apporte la célébrité. De 1949 à 1970 il publie une quarantaine de romans, essais, récits de voyage et de nombreuses nouvelles. En novembre 1970, il se donne la mort, il venait alors d’achever La mer de la fertilité.

         Dans Dojoji, on trouve quatre nouvelles qui sont en fait extraites du recueil La mort en été. Il s’agit de « Dojoji », « Les sept ponts », « Patriotisme » et « La perle ».
        A travers ces quatre nouvelles, l’auteur nous fait découvrir les différentes facettes mythiques et légendaires du Japon. Les personnages sont typiquement japonais.
         En effet dans « Dojoji » on retrouve un antiquaire japonais ainsi qu’une danseuse, dans « Les sept ponts », on entre dans l’univers fascinant des geishas, dans « Patriotisme », il s’agit d'un samouraï japonais loyal envers sa patrie et d’une femme qui reste fidèle à son mari en toutes circonstances. Enfin dans « La perle », on assiste à la cérémonie du thé japonaise.

         Les histoires sont très différentes d’une nouvelle à l’autre et n’ont rien en commun. L’auteur utilise un ton différent dans les quatre nouvelles. Cependant les personnages ont une histoire dramatique au moins dans les trois premières nouvelles. En effet dans la dernière nouvelle le ton utilisé est plutôt ironique. L’histoire est centrée sur la perte d’une perle lors d’une cérémonie du thé à l’occasion de l’anniversaire d’une femme. Les quatre femmes invitées rendent cette perte de la perle très dramatique et sont bouleversées. Chacune s’accuse l’une après l’autre et on ne sait qui est réellement à l’origine de la perte. Au fil de la lecture on se rend compte que ce sont des personnages très troublés et qui se soucient beaucoup du regard extérieur. L’histoire de la perle va également entraîner des changements de comportements, elle va réconcilier et fâcher les personnages.
        C’est une nouvelle qui se détache donc légèrement des trois autres par son histoire qui paraît beaucoup moins dramatique pour le lecteur mais aussi par le ton et le vocabulaire.
      « Patriotisme » semble être la nouvelle la plus tragique. Le vocabulaire et l’histoire sont très noirs. Le lecteur assiste au suicide d’un couple qui est décrit dans les moindres détails. Il s’agit d’un officier qui annonce à sa femme son futur suicide car c’est pour lui la seule solution pour rester fidèle à son pays et à ses amis en même temps. Sa femme décide de le suivre dans la mort. Il y a alors une longue description de ce qu’ils font une fois leur décision prise, on peut voir là une sorte de préparation au suicide : ils prennent un bain, boivent du saké… Puis on assiste à leur dernière étreinte décrite avec beaucoup de détails. Enfin vient le suicide de l’homme, le vocabulaire utilisé est très sombre et choque. La nouvelle s’achève sur la mort de la femme.

     Il s’agit donc d’histoires très particulières avec des drames invraisemblables surtout en ce qui concerne les trois premières nouvelles où l’on a plus l’impression d’être face à des légendes japonaises. Par exemple dans la première nouvelle, un homme serait resté caché dans l’armoire de sa maîtresse par amour pour elle pendant un moment et aurait finalement été tué par son mari jaloux alors qu’il entendait du bruit dans l’armoire. Dans « Les sept ponts », il s’agit plutôt de superstitions et de croyances : quatre geishas se lancent dans une traversée de sept ponts, ce qui leur permettrait de réaliser leur plus grand souhait.
     Grâce aux descriptions très précises de l’auteur, le lecteur peut deviner le caractère et les sentiments de chaque personnage.
     La plupart du temps il y a une chute à la fin de chaque nouvelle, sauf dans « Patriotisme » où l’on connaît d’avance le sort de réservé aux deux personnages. Dans « Dojoji » et « La perle » on assiste à un changement radical dans l’attitude des personnages et dans « Les sept ponts », la chute est très marquée et la situation est plutôt ironique.

 Il s’agit donc d’un recueil très particulier, l’écriture est typiquement japonaise et déstabilise souvent le lecteur par le vocabulaire et les descriptions très sombres. Les histoires sont très intéressantes et nous font véritablement découvrir la culture et les légendes japonaises.

Marie, 1ère année Ed-Lib.
 
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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 21:02
Boulgakov Mikhaïl (1891-1940), coeur-de-chien.jpg
Cœur de chien,
trad. du russe par Vladimir Volkoff,
Paris : Librairie générale française, 1999,
collection : Le livre de poche.
156 pages


Biographie de Mikhaïl Boulgakov

        Mikhaïl Boulgakov est né en 1891 à Kiev, en Ukraine. Issu d’une famille d’intellectuels, il entre à la faculté de médecine de Kiev en 1909. Il obtient ses diplômes en 1916, s’engage comme volontaire de la Croix Rouge sur le front, puis ouvre un cabinet médical à Kiev. C’est en 1921 qu’il décide d’abandonner la médecine pour se consacrer à l’écriture en collaborant à des organes de presse et des adaptations scéniques, notamment de son premier roman, La garde blanche, écrit en 1925. C’est aussi pendant cette période qu’il écrit Cœur de chien, mais le manuscrit sera perquisitionné dans son appartement en 1926. Il ne cessera alors d’être persécuté par le régime stalinien ; ses œuvres sont retirées de la vente et ses pièces interdites. Malgré ces relations tendues avec le pouvoir, Staline lui offrira une place d’assistant metteur en scène au théâtre d’art. Le reste de son œuvre ne sera publié qu’après sa mort, dont Le maître et Marguerite, considérée comme son chef-d’œuvre.

L’histoire

        À Moscou, un chien errant, à l’agonie, est ramassé dans la rue et renommé Bouboul par le professeur Philippe Philippovitch Transfigouratov. Ce dernier étudie le rajeunissement des cellules humaines et est convaincu du rôle de l’hypophyse dans ce domaine. Le professeur, aidé de son adjoint le docteur Bormenthal, greffe donc sur le chien Bouboul celle d’un homme fraîchement trépassé ainsi que d’autres organes. Après une phase de convalescence des modifications interviennent physiquement sur l’animal. Commence alors pour ce dernier le lent apprentissage de la civilisation (se mettre debout, le langage, le monde du travail…). Mais le chien devenu « le citoyen Bouboulov », hérite des vices du donateur de l’hypophyse : la vulgarité, l’alcoolisme, le vol, le mensonge. Il devient fonctionnaire et militant des comités prolétariens qui harcelaient le professeur, et tente de mettre à profit les aspects les plus démagogiques du régime soviétique comme la délation et la confiscation de biens. Cette situation oblige alors le professeur à une réflexion sur les solutions possibles pour se défaire de cette menace.

1) Système narratif et changements de point de vue


        La maîtrise des changements de point de vue est une des premières choses qui nous frappe à la lecture de Cœur de chien. En effet l’intégralité du premier chapitre est écrite selon le point de vue du chien (avec l’emploi de nombreuses onomatopées), dans un style qui peut parfois déranger mais que j’ai trouvé très bien réalisé. Ensuite Boulgakov reprend une narration humaine plus classique, mais n’abandonne pas le regard porté par le chien, pour donner ici ou là une réflexion sur les événements qui l’entourent. Cet exercice de style permet la superposition de deux images, de renforcer le contraste entre le pauvre Bouboul, chien martyr et errant dans les rues de Moscou et l’arriviste dans lequel il se transforme. Cela provoque une certaine personnification du chien  avant même sa transformation, tandis qu’après le citoyen Bouboulov sera plutôt animalisé.


2) Le réalisme magique

        Il se manifeste au travers des diverses expériences du professeur sur le rajeunissement des cellules humaines, comme par exemple celles qui portent sur un homme dont certaines parties du corps ont rajeuni, ou une femme sur laquelle le professeur prévoit de poser des ovaires de guenon. Seul le chien est quelque peu confus et se demande où il est. De même les employés de maison ne sont nullement étonnés par la transformation du chien en homme, pas plus que le président du comité d’immeuble chargé de fournir des papiers d’identité au citoyen Bouboulov (p. 97). On retrouve ici une des caractéristique des créatures surnaturelles de la littérature russe (comme chez Gogol)  qui s’intègrent et s’épanouissent dans l’univers quotidien sans provoquer la peur ni l’étonnement.

3) Une satire politique

        La satire politique est très présente dans ce livre aux accents d’anticipation scientifique et de fantastique, où Boulgakov dénonce l’absurdité des raisonnements figés que ce soit dans le domaine de la science où de la bureaucratie. En effet on peut y voir une critique de la société que les bolcheviks veulent mettre en place. Car si les bourgeois sous les traits du professeur ne sont pas épargnés, les prolétaires sont dépeints de manière féroce, et dès les premiers chapitres sous couvert de la narration du chien qui trouve que les concierges sont « les pires des prolétaires » ou bien que les portiers sont « une race répugnante ». Ensuite Boulgakov se moque des tares du système soviétique. Il fustige la bureaucratie étatique et les absurdités de la politique de logement de l’époque. Le professeur reçoit notamment plusieurs visites du comité d’immeuble ou de son président, souvent pour tenter de confisquer une partie de son appartement. Ce comité est systématiquement tourné en dérision par le chien, le professeur et son assistant. De même ce récit est parsemé de discours contre-révolutionnaires du professeur, qui sont pour lui synonymes de bon sens. Ainsi, au sujet de la révolution sociale, il démontre le côté absurde des transformations de l’immeuble. Ou encore grâce à un parallèle que fait le professeur entre l’éducation du chien et celle du peuple en dénonçant l’utilisation de la terreur et de la violence, car pour lui seule la persuasion est efficace (p.25). On voit donc ici toute l’animosité de Boulgakov à l’encontre d’une bureaucratie qui empêche les personnes démunies de papiers d’exister, de se loger, et qui multiplie les obstacles devant les inventeurs, en qui on peut voir la figure allégorique de l’écrivain qu’était Boulgakov, persécuté par la censure et le pouvoir soviétique.

4) Les limites de la science et de la théorie de « l’homme nouveau » issu de la révolution


        Si c’est un livre fantastique, avec un côté Frankenstein des temps modernes, c’est aussi le regard acerbe de Boulgakov sur les prouesses de la science et leurs limites (on retrouve d’ailleurs beaucoup du vocabulaire personnel de Boulgakov qui était médecin). On a donc une importante réflexion sur l’expérimentation scientifique et ses conséquences ; ici, que faire de la créature créée ? Surtout quand c’est un chien gentil et attachant qui se métamorphose en un homme grossier, alcoolique et voleur, héritant des tares du donneur tout en continuant de chasser las chats. Se pose alors pour le professeur, la question de l’utilité de l’opération, de fabriquer artificiellement des êtres humains plus mauvais que ceux que l’humanité produit. De plus Bouboulov va se retourner contre son créateur, en subissant l’influence du discours révolutionnaire du comité de l’immeuble. Boulgakov en profite pour dénoncer l’idéologie marxiste-léniniste appliquée à tout va, jusque dans le conditionnement des gens. Cette histoire met en lumière la critique du système soviétique qui était à la recherche de la création d’un homme nouveau. On voit bien que Boulgakov voit d’un mauvais œil la pratique de « la table rase », la destruction totale de sa culture, et ne pense pas que « l’homme nouveau » puisse naître de la révolution.

P. M. Année Spéciale, Édition-Librairie
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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 16:43
Toni MORRISON,beloved.jpg
Beloved, 1987,
traduction d'Hortense Chabrier et
Sylviane Rué,
Christian Bourgois,1989,
rééd. 10/18

BIOGRAPHIE

    De son vrai nom Chloe Anthony Wofford, elle naît le 18 février 1931 dans l’Ohio, lieu de vie de plusieurs de ses personnages. Elle fait des études littéraires à Howard qui s’achèvent par une thèse sur le thème du suicide dans les œuvres de Faulkner et Virginia Woolf. Depuis ses premiers romans, elle est aussi professeure en littérature à l’Université de Princeton et a fait partie des directeurs littéraires de Random House (section littérature noire).
    La plupart de ses romans ont pour personnages principaux des femmes, souvent martyrisées et narrent la sombre époque de l’esclavage. Pour son cinquième roman, Beloved, elle reçoit en 1988 le Pulitzer. On lui remet ensuite en 1993 le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre et elle devient ainsi la première femme noire à recevoir cette distinction.

RESUME DU LIVRE

    Tout d’abord il faut savoir que Toni Morrison s’est inspiré d’un fait authentique pour écrire son roman. Cet événement est le suivant : en 1856, Margaret Garner, esclave ayant fui ses maîtres est un jour rattrapée. Alors que son mari est pendu et ses enfants menacés d’être asservis à leur tour, elle les assassine.

    Sethe, le personnage principal, vit avec sa fille Denver et sa belle-mère Baby Suggs (qui meurt au cours du récit) au 124 Bluestone Road qui est « habité de malveillance ». Le récit nous apprend qu’il y a peu de temps vivaient encore là deux autres enfants de Sethe : Burglar et Howard qui ont fui la présence diabolique et insupportable du fantôme de leur sœur, assassinée par leur mère lorsqu’ils étaient petits. On ne sait que très peu de choses au sujet de ce meurtre au commencement du roman. En revanche, on apprend que sur la tombe rosée de cette petite fille a été inscrit le terme « Beloved ». Les deux garçons partis, il ne reste plus que Baby Suggs, ancienne esclave dont le fils Halle a racheté la liberté. Il faut savoir que Halle, sa mère et Sethe étaient sous le joug des mêmes maîtres, M. et Mme Garner, qui nommaient leur terrain et exploitation « la ferme du Bon Abri ». Lorsqu'il parle aux autres maîtres d'esclaves, voici ce qu’affirme monsieur Garner : « Vous autres, vous n'avez que des gamins ; des jeunes gamins, des vieux, des difficiles, des grincheux. Alors qu'au Bon Abri, mes nègres c'est tous des hommes, jusqu'au dernier. Je les ai achetés comme ça, je les ai dressés comme ça. Tous des hommes, qu'y sont. » Triste à dire mais cette « ferme » apparaît comme la moins inhumaine de toutes. Ils sont esclaves mais, contrairement à d’autres, jamais maltraités. Cependant ce temps d’exception prend fin avec la mort de monsieur Garner et l’arrivée du beau-frère de sa veuve et que l’on ne connaitra que sous le nom de Maître d’école. Dès lors, les sévices, châtiments et lynchages sont de mise. Comme nous l’avons dit, Sethe se retrouve au Bon Abri avec les autres esclaves dont N° Six, les Paul et Halle, avec qui elle va se marier (avec l’autorisation des maîtres Garner) et dont elle aura quatre enfants.
    Peu de temps après que Maître d’école est arrivé au Bon Abri, ils mettent en place un plan d’évasion ayant pour objectif la maison de Baby Suggs, libérée du joug et à qui l’ancien maître a laissé une maison. Malheureusement, le plan échoue. Sethe parvient avec de l’aide à faire passer ses trois enfants, dont un bébé mais pas elle. Elle ne parvient à fuir que plus tard et est pressée par la nécessité de nourrir son plus jeune bébé. Elle erre et traverse l’Ohio pendant plusieurs jours, morte de fatigue et enceinte ; elle est à deux doigts de se laisser mourir dans un champ lorsqu’apparaît une jeune fille blanche, Amy Denver, qui l’aidera à se requinquer et à traverser le fleuve la séparant de ses enfants, fleuve sur lequel elle accouchera de son dernier enfant : sa fille Denver (en hommage à Amy Denver sans qui elle ne serait pas née). Arrivée au 124, Sethe goûte enfin la délivrance de la liberté, non sans étonnement : « Et quand elle posa le pied en terre libre, elle ne put pas croire que Halle sût ce qu'elle ignorait ; que Halle, qui n'avait jamais respiré une bouffée d'air libre, sût qu'il n'y avait rien de meilleur au monde. Cela l'épouvanta. Il se passait quelque chose. Que se passait-i l? Qu'est-ce que c'était ? se demanda-t-elle. Elle ne savait pas de quoi elle avait l'air et n'était pas curieuse. Mais, subitement, elle vit ses mains et pensa avec une clarté si simple qu'elle en était éblouissante : 'Ces mains m'appartiennent. Ce sont mes mains.' Ensuite elle sentit cogner dans sa poitrine et découvrit une autre nouveauté : les battements de son propre cœur. Avait-elle été là tout le temps ? Cette chose battante ? Elle se sentit idiote et se mit à rire tout haut » »
    Mais cette liberté est de courte durée. Maître d’école vient jusqu’au 124 pour récupérer ce qui lui appartient : Sethe et ses enfants, qui constitueront une force de travail parfaite dans les années à venir. Lorsque Sethe réalise ce qui est en train de se passer, elle emmène ses enfants à l’arrière de la maison dans une cahute et voilà ce que Maître d’école, son neveu et deux autres constatent en y entrant : « A l’intérieur, deux garçons saignaient dans la sciure et la terre aux pieds d’une femme noire qui, d’une main, en serrait un troisième trempé de sang contre sa poitrine et, de l’autre, tenait un nourrisson par les talons, la tête en bas. Elle ne les regarda pas ; elle balança simplement le bébé vers les rondins de la cloison, manqua son  coup et tentait d’atteindre son but une seconde fois lorsque, jailli de nulle part dans le tic-tac du temps que les hommes passèrent à regarder fixement ce qu’il y avait à regarder, le vieux Noir […] franchit la porte en bondissant dans leur dos et attrapa le bébé au beau milieu de sa la trajectoire du lancer de sa mère. »
    De nombreuses années plus tard, lorsque Denver, survivante est une jeune fille, Paul D, ancien esclave du Bon Abri parvient jusqu’au 124, qui depuis l’infanticide est déserté par tous. Ses résidents ne voient plus personne. Lui qui avait tant désiré Sethe lorsqu’elle était encore au Bon Abri et non liée à Halle, se retrouve alors près d’elle et est le seul qui parvient à faire fuir la présence malveillante du fantôme et les troubles qu’il cause. Mais lorsque tout semble enfin aller pour le mieux pour la nouvelle famille, une inconnue surgit : « Une femme tout habillée sortit de l’eau. A peine si elle atteignit la rive du ruisseau avant de s’écrouler au tronc d’un mûrier. »
    Peu de pages après cet épisode, le lecteur comprend : cette apparition n’est autre que la jeune femme qu’aurait dû être l’enfant tué par sa mère. En renaissant des eaux de l’au-delà, la jeune fille se dirige vers le 124 Bluestone Road et investit la nouvelle famille de ses cris, de son besoin d’être aimée et de celui d’exister. Etrange peut-être, mais pas tant que ça pour la culture noire pour laquelle « les gens qui ont une mauvaise mort ne restent pas dans la terre ». C’est ainsi qu’après avoir habité sur un pont entre deux rives, elle est revenue dans le monde des vivants pour revendiquer son dû, ainsi que l’amour et la vie qu’elle n’a pas eu.

    ANALYSE

    Mais détrompez-vous, Beloved n’est pas une histoire de fantôme venu hanter les vivants. Derrière le mot gravé sur une pierre tombale se retrouvent l’histoire et le souvenir de tout un peuple : ces « soixante millions et davantage ». Avec ce roman d’un nouveau genre pour elle, Toni Morrison plonge dans l’horreur de l’esclavage et met en fiction les souffrances et la vie de ses ancêtres. Pourtant, loin d’être un documentaire, le roman soulève la question de l’amnésie de l’Amérique tout entière face à une partie de son histoire et cela en dénonçant les excès d’un système de rejet, de ségrégation et d’abjection qui dura des siècles.
    S’inspirant d’un fait authentique (l’infanticide de Margaret Garner) pour le point central de l’œuvre, l’auteur nous conte de façon désordonnée le destin de gens anonymes et recrée un vécu dans l’Histoire que l’on connaît tous en resituant de temps à autre la fiction dans un rapport au réel historique. Toni Morrison ne mythifie pas les victimes noires et ne se limite pas à un discours de propagande qui établirait une fois de plus un clivage victimes noires et bourreaux blancs. Le roman reflète simplement l’image d’une humanité qui n’a pas pu s’exprimer, qui a été limitée et abaissée au rang d’animalité.
    Pour retranscrire en fiction une partie de l’Histoire, exclue de l’histoire américaine officielle, Toni Morrison procède de différentes façons.
    Tout d’abord, les personnages du roman font office de miroir : les voix et témoignages qui s’élèvent reflètent celles et ceux de tout un peuple. Ils se rappellent, évoquent, hésitent à conter les douleurs et images du passé, puis le font petit à petit, un souvenir en appelant un autre. Le souvenir : voilà la charpente du roman. Les chapitres ne se tiennent et ne font sens que parce qu’il s’agit de souvenirs. Le lecteur chemine ainsi à l’intérieur des mémoires de ces personnages, qui vont et viennent d’un présent à un passé.
    A l’image de tout un peuple, le récit se fait polyphonique. La multitude des personnages, Sethe, Paul D, Denver, Payé-Acquitté… renvoie à une multitude de voix, de monologues intérieurs, de souvenirs qui s’entrecroisent et se retrouvent pour retracer un passé commun que le lecteur entrevoit peu à peu. Cette sensation de polyphonie n’est pas un hasard et rappelle une des premières caractéristiques de la culture africaine : l’oralité. Que ce soient dans les chants de Baby Suggs, les contes, les berceuses de Sethe, les cris de douleur de ou de joie de Beloved, la voix et la musique s’élèvent partout. Mais une fois le peuple noir asservi en Amérique, les voix se sont tues et l’oralité fut empêchée. Le mors, les châtiments et lynchages étaient les alliés du silence et transformaient les esclaves en « main d’œuvre parfaite », obéissante et muette. Une fois leur liberté retrouvée, les personnages ne retrouvent pas leur parole originelle, et ce à l’image de Paul D, qui depuis sa première fuite dépose ses souvenirs et souffrances dans une  « boîte à tabac en fer-blanc logée dans sa poitrine ». Et au moment où il arrive au 124, rien au monde n'aurait pu en forcer le couvercle. C'est Beloved qui ouvrira la boîte, lui faisant commencer le deuil de ses souffrances passées, jusque-là enfermées dans son inconscient.
    L’auteur nous fait ainsi peu à peu prendre conscience de la complexité du silence et de l’oralité. Le silence peut sembler le meilleur moyen pour oublier les douleurs du passé. Il constitue également le lieu du non-dicible ; là où le langage n’a pu transcrire l’horreur humaine, le silence nous fait comprendre qu’il est impossible de rendre la réalité vécue par des mots et que vouloir dire l’innommable est un non-sens. Et pourtant, c’est malgré tout le retour à la parole, au son, qui permet aux personnages d’exorciser leurs démons et de vivre mieux, en reconstruisant leur identité, détruite par l’esclavage.
     C’est certainement cet aspect qui nous touche autant à la lecture. Le style est simple, sans fioriture, les faits horribles ne sont pas décrits longuement d’un point de vue externe. Au contraire, tout est dit et vu à travers les yeux de ces esclaves et les images et métaphores se multiplient à la manière d’un conte africain.
    Outre un style simple et puissant et cette réflexion sur la parole, Beloved traite également du thème de l’amour et de ses formes. Cette question est bien entendu soulevée par l’infanticide commis par Sethe, geste ultime dune mère aimante lorsque ses anciens maîtres viennent récupérer ses enfants. « Ils peuvent tout me faire mais pas à mes enfants. […] Je préfère tuer mes enfants plutôt qu’on me les fasse mourir.» Mais l’amour se cache aussi chez Paul D, qui désire aider Sethe à exorciser son mal, chez Denver qui retrouve sa sœur puis prend soin de sa mère lorsqu’elle est au plus mal, chez Baby Suggs, qui conseille sa petite fille depuis l’autre royaume.
    N’oublions pas non plus de relever les nombreuses références de Morrison aux couleurs , vives ou ternes, qui font resurgir le clivage entre le noir et le blanc pour le dépasser en se faisant bleu ou jaune.
    Enfin, pour justifier l’appartenance de ce roman au genre du réalisme magique, je dirai qu’il est possible de le comparer aux œuvres picturales symbolistes. Morrison nous met en présence d’éléments disparates, nous présente un personnage et des faits impossibles dans le monde sensible, mais la façon dont elle nous les dépeint provient bien de ce monde et tire plus précisément sa source de la culture noire, où la réincarnation n’est pas une aberration et où les souvenirs des ancêtres peuvent s’infiltrer dans le présent.
       
    De nombreuses choses peuvent être dites sur ce roman, sur sa structure, sur la trame de fonds, sur le style de Morrison, sur les symboles etc. mais je vous assure que rien ne vaut sa lecture.belovedfilm.jpg

UTILE :

Beloved, Toni Morrison , 10-18 , 2004 , 7.30 €

Film : Beloved, Jonathan Demme, avec Oprah Winfrey et Danny Glover
(1998) ; Voir ci-contre :
 

Opéra : Margaret Garner, Mustapha Hasnaoui (2006)
   

Document : Interview de Toni Morrison à propos de Beloved (médiathèque de Mériadeck)


Bénédicte, Ed-Lib. 2A

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 16:27
DAHL Roald, linvit---.jpg
L’Invité, 1965,
traduction de Maurice Rambaud,
Paris, Editions Gallimard, 1974,
collection Folio, 2006 (96 pages).


1° L’auteur :
    Roald Dahl, auteur-illustrateur de nationalité anglaise, est né en 1916 au Pays de Galles et mort en 1990. Sa carrière d’auteur débute pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il fait la connaissance de l’écrivain C.S. Forester qui le pousse à se lancer dans l’écriture. Un de ses tout premiers livres, Gremlins (1943), connaît un véritable succès, et est adapté au cinéma en 1984. Il assoit ensuite sa renommée d’auteur de fiction avec des nouvelles d’humour noir à suspense, destinées aux adultes, comme Kiss-Kiss (1960) ou La Grande Entourloupe (1976). C’est seulement en 1960 que Roald Dahl commence à publier de la littérature destinée aux enfants : il invente des histoires plus gaies, plus longues. Ses héros sont souvent des enfants malheureux qui prennent un jour leur revanche sur leurs tortionnaires. Par ces ouvrages, Dahl incite le lecteur à s’évader dans les délires de son imagination, pour lui faire oublier le monde réel. Ses premiers succès en jeunesse sont James et la grosse pêche (1961), puis Charlie et la Chocolaterie (1964) adapté au cinéma en 1971. D’autres best-sellers suivront comme Le Bon Gros Géant ou Matilda. Il est également l’auteur de quelques scénarios et d’une autobiographie où il évoque son enfance. Roald Dahl est donc un auteur aux multiples facettes (romancier ou conteur), très célèbre pour sa littérature jeunesse. Humour et insolite se mêlent dans son œuvre quant aux situations créées. Le lecteur s’évade ainsi du monde réel pour plonger au cœur de l’univers magique de l’auteur.

2° L’Histoire :
        L’Invité est une des quatre nouvelles du recueil écrit par Roald Dahl intitulé La Grande Entourloupe.
        L’histoire est la suivante : un jeune homme reçoit un beau jour une caisse envoyée par son oncle, un riche aventurier atypique, qu’il n’a pas revu depuis son enfance. Celle-ci est  remplie de livres (26 au total) qui s’avèrent être l’autobiographie complète de cet oncle prénommé Oswald. Au fur et à mesure de sa lecture, le jeune homme s’aperçoit  de l’importance d’un tel récit, rempli d’aventures en tous genres, de voyages extraordinaires, de situations inédites, et ce, toujours au contact d’une multitude de femmes. C’est particulièrement pour cette raison que l’oncle Oswald met en garde son neveu, dans une lettre-testament, contre une éventuelle publication de ses pérégrinations, qu’elles soient amoureuses ou aventureuses. De crainte de se mettre à dos ces femmes trahies et leurs maris cocus, l’héritier d’Oswald décide de publier la dernière aventure du récit qu’il juge « inoffensive » : l’épisode du Désert du Sinaï. L’histoire est datée du mois d’août 1946. L’oncle Oswald fuit d’Egypte vers Jérusalem en passant par le désert du Sinaï, pour échapper à la foudre d’un amant cocu. Lorsqu'il s’arrête pour prendre de l’essence, le pompiste local lui fait remarquer un problème mécanique. Oswald doit donc attendre l’arrivée d’une pièce nouvelle pour pouvoir repartir. Arrive alors un riche Syrien, qui lui propose de l’héberger pour la soirée, dans sa luxueuse demeure. Ravi, l’oncle Oswald découvre ce qui fait la fierté de cet homme : sa résidence, mais surtout, sa femme et sa fille. Oswald, comme à son habitude entreprend de séduire les deux femmes. Son entreprise réussit, mais, du fait de l’obscurité de la nuit, il ne parvient pas à connaître l’identité de celle qui a partagé ses ébats. La mère ou la fille ? C’est finalement son hôte, qui, le lendemain, fait la lumière sur cette confusion sans le savoir, révélant à Oswald une vérité complètement au-delà de tous ses principes et ses attentes.

3° L’analyse :
     Après avoir pris connaissance du texte, on note plusieurs caractéristiques intéressantes à analyser.
        Tout d’abord, on observe que ce récit est structuré selon les principes de la nouvelle toscane : on y retrouve un récit cadre (un jeune homme reçoit l’autobiographie de son oncle), une histoire brève (il nous raconte un épisode de la vie de son oncle) et une morale accompagnée d’une chute à la fin du récit. Puis, on remarque que la tonalité générale de celui-ci se situe dans le genre de l’humour noir, propre à Roald Dahl, avec beaucoup d’ironie. En effet, son personnage principal, Oswald Hendryks Cornélius, un être complètement atypique et insolite, reflète parfaitement le ton donné au récit. Dahl amplifie tellement les aspects incongrus de cet homme, qu’il en devient une véritable caricature. Ce qui caractérise particulièrement ce personnage est son côté séducteur invétéré à coté duquel les écrits de Casanova « feraient figure de Bulletin Paroissial ». La question de la relation entre Oswald et la gent féminine est présente tout au long du récit, qui aborde les sujets du sexe, de l’adultère, et ainsi, présente Oswald comme un homme sans morale. C’est précisément cet aspect qui aura toute son importance dans le dénouement final et qui causera sa perte.
    On constate aussi l’insistance de l’auteur sur son côté maniaque démesuré, sa phobie et sa parfaite connaissance du milieu microbien, d’où beaucoup d’humour : p.32 : « on aurait juré que les draps et la couverture avaient accueilli vingt-cinq Egyptiens crasseux pendant vingt-cinq nuits consécutives, aussi les arrachai-je de mes propres mains (qu’immédiatement après, je récurai avec du savon antiseptique) ». Son côté atypique se remarque aussi avec ses collections saugrenues d’araignées élevées en serres, ou de cannes ayant appartenu à des personnages illustres. Par la création de ce personnage complètement insolite et paradoxal (riche aventurier qui aime découvrir de nouvelles contrées tout en redoutant le contact avec la saleté et voulant garder son luxe), Dahl fait preuve de beaucoup d’ironie et d’humour (noir le plus souvent).

Conclusion :
Cette nouvelle, courte et facile à lire, illustre bien tout un pan de l’œuvre de Roald Dahl, que sont les récits destinés aux adultes, parfois méconnus alors que tout aussi décalés et épatants qu’un Charlie et la Chocolaterie ou Matilda. Son originalité et une chute complètement inattendue font de l’Invité, une nouvelle dans laquelle on se plonge avec curiosité, et d’où on en ressort surpris, mais conquis.

Hortense, 1A ED-LIB
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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 21:21
 Robert Olen Butler,douxparfumdexil-copie-1.jpg
Un doux parfum d’exil
, 1992,
Traduction d'Isabelle Reinharez,
Payot et Rivages, 1994,
Rivages poche, 1996,
324 pages.
 




        Un doux parfum d’exil est un recueil de 15 nouvelles écrites par Robert Olen Butler publié en 1992 chez Rivages poche dans la collection Bibliothèque étrangère. Cet ouvrage a été récompensé par le prix Pulitzer en 1993. Dans ces nouvelles, Butler donne la parole à des Vietnamiens exilés aux Etats-Unis après la guerre du Vietnam et à des vétérans américains. Nous verrons dans une première partie quelques éléments de la biographie de l’auteur ainsi que le contexte historique puis dans une seconde partie nous étudierons les fils conducteurs de l’œuvre.
 
I. L’auteur et le contexte historique
 
a) Butler le 'romancier du Vietnam '


        Robert Olen Butler est né en 1945 dans l’Illinois ; c’est son père acteur qui lui transmet l’amour des livres. Il étudie la dramaturgie avant d’être mobilisé pour la guerre du Vietnam en 1971. Pendant la guerre il travaille pour les renseignements comme traducteur ; cette expérience va le marquer à vie puisque ce pays lui sert de matière à plusieurs de ses livres, tels Etrange murmure (1995), La fille d’Ho Chi Minh Ville (1999), La nuit close de Saigon (2000). Dans Un doux parfum d’exil, l’utilisation de la première personne nous permet d’être au plus près de la conscience des protagonistes et nous permet de nous immerger dans une culture ; d’ailleurs Butler sera souvent appelé le « romancier du Vietnam » . De retour aux Etats-Unis il exerce divers métiers, d’abord ouvrier dans une aciérie puis chauffeur de taxi ; il remplace des enseignants dans des écoles puis il entre aux éditions Fairchild où il s’occupe de revues techniques comme Electronic News ; il devient rédacteur en chef d'Energy User News et parallèlement il se consacre à l’écriture. Aujourd’hui, à 60 ans, il mène deux heures par jour une expérience « cyber littéraire » pendant laquelle il écrit un nouvelle sur son ordinateur et grâce à une caméra placée derrière lui les internautes peuvent assister au processus de création de A à Z.
 
b) Rappel historique
 
        La guerre du Vietnam trouve son origine dans la guerre d’Indochine qui marque la chute de la colonie française. Les accords de Genève qui entérinent la domination française prévoyaient de diviser le pays en deux au niveau du 17éme parallèle jusqu’à la mise en place d’élections démocratiques prévues dans les deux ans. Dans les deux parties du Vietnam se mirent en place des gouvernements idéologiquement opposés : au Nord la République Démocratique du Vietnam était communiste et au Sud la République du Vietnam était proche des Etats-Unis. La guerre du Vietnam commença à l’instigation de la République Démocratique du Vietnam qui voulait unifier le pays derrière elle. Conformément à sa politique d’endiguement, les Etats-Unis s’engagèrent dans la guerre comme alliés de la République du Vietnam.
        Cette guerre qui débuta en 1964 pour se terminer 15 ans plus tard en 1975 avec la victoire de la République Démocratique du Vietnam eut un impact considérable sur toute une génération d’Américains et contribua beaucoup à ternir l’image du pays .
        Ce qu'il est intéressant de souligner c’est que dans ses nouvelles, Butler donne la parole aux Vietnamiens vivant à la Nouvelle Orléans et cette scission entre le Nord et le Sud s’est exportée aux Etats-Unis puisque les Vietnamiens du Sud vivent sur la rive gauche de la Nouvelle Orléans et les Vietnamiens du Nord vivent sur la rive droite dans un quartier appeler Versailles.
 
I. Le tableau de deux mondes
 
a) les souvenirs des exilés: un doux parfum
 
        A travers les souvenirs des exilés, Butler nous dresse le tableau d’une culture ; ils sont le prétexte à la description des traditions auxquelles les Vietnamiens sont très attachés telles que le culte des ancêtres et le lien fort qui unit les générations au sein des familles comme nous le montre la nouvelle qui s’intitule « M. Vert » et dans laquelle une femme se souvient de la sagesse avec laquelle sont grand-père lui a transmis une partie de son savoir. D’autre part les exilés évoquent dans ses nouvelles des souvenirs sensoriels tels que le goût d’aliments, la vision de paysages ; ils évoquent aussi des souvenirs de jeunesse, ils relatent la vie qu’ils avaient au Vietnam et même si ces réminiscences sont teintées de nostalgie, il n’y a jamais de souffrance ; l’exil n’est jamais vécu comme un douloureux déracinement. Ces réminiscences racontées d’une manière presque sereine sont autant d ’éléments qui laissent une sensation de douceur au lecteur et illustrent parfaitement le titre.
Dans ce recueil, il est évidemment question de la guerre ; même si elle est évoquée dans une minorité de nouvelles, les exilés racontent comment la guerre a changé leur vie, entraînant leur exil. Dans la nouvelle "Dans la clairière" qui est une lettre écrite par un père exilé aux Etats-Unis à son fil resté aux Vietnam les différentes conséquences que la guerre a eues sur la vie des hommes sont très bien illustrées puisque ce père raconte à son fils comment la guerre l’a fait passer dans le monde des adultes et pourquoi il a été obligé de fuir. Mais, malgré les traumatismes, aucun ancien combattant ne laisse transparaître de la rancœur ou de l’amertume (sauf l’unique ancien combattant américains du recueil dans la nouvelle "le couple d’Américains") et cette façon de raconter la guerre avec une certaine tranquillité contribue à renforcer l'impression de douceur.
 
b) L’intégration aux Etats-Unis : l’exil
 
        On remarque que l’intégration des exilés à la vie américaine est une nouvelle fois un prétexte à la description des deux sociétés, occidentale et asiatique. En effet il transparaît dans ces nouvelles tantôt une satisfaction à vivre en occident, tantôt une nostalgie du pays quitté. On peut citer l’exemple de cette femme enceinte dans la nouvelle "Mi-automne" qui parle à son enfant selon la tradition vietnamienne et qui lui raconte sa satisfaction de ne pas avoir à affronter la déception de la famille parce que son enfant est une fille ; de même elle lui raconte comment au Vietnam filles et garçons n’ont pas le droit de se parler avant d’être fiancés et comment les mariages sont arrangés mais dans le même temps elle se remémore avec tendresse les origines légendaires de la traditionnelle fête de la mi-automne.
    On remarque que dans beaucoup de nouvelles ils est question de légendes, de fantômes ; Butler nous décrit un Vietnam où le merveilleux a une place importante à travers le souvenir des exilés ; il raconte par exemple l’histoire de la création mythologique du Vietnam (nouvelle "Dans la clairière") et les exilés sont souvent confrontés à la condescendances des Américains pour ce penchant au merveilleux. Cependant dans au moins trois nouvelles Butler raconte comment certains exilés se sont totalement adaptés à l’American Way Of Life (il s’agit des nouvelles "Le trajet de retour" ," la relique" et "le couple d’Américains") ; il décrit leur ascension économique car, comme le dit le narrateur de la nouvelle "La relique", « l’Amérique est le pays de toutes les possibilités ». D’autres personnages déplorent le matérialisme et la futilité de la vie américaine comme ce père dans la nouvelle "Les grillons" qui, voyant son fils s’ennuyer, essaie de l’initier à un jeu vietnamien qui est le combat de grillons mais n’obtient pour toute réaction que l’inquiétude de son fils face à ses Reebok abîmées par la terre.
        Ce qui est frappant dans ces nouvelles, c’est la manière dont Butler réussit à donner à chaque exilé une voix singulière, femme ou homme ; il retranscrit très bien les sentiments liés à l’exil. Par ailleurs Butler nous décrit une intégration plutôt réussie ; les Vietnamien gardent ce qui leur semble le meilleur de la culture occidentale mais il n’oublient pas les valeurs traditionnelles de leur culture d’origine.

Bibliographie
-Encyclopaedia Universalis version 9
-Encyclopédie Wikipédia :


-www.payot-rivages.fr

Lucie, Bib 1ère année.
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Published by pier - dans Nouvelle
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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 19:22
Ogawa Yoko,museedusilence-copie-2.jpg
Le Musée du silence, 2000,
traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle,
Actes Sud, 2003,
316 pages.






Présentation de l’œuvre :

        Ogawa Yoko est une romancière japonaise éditée en France par Actes Sud depuis 1995. Le Musée du silence  est paru en 2003, et est disponible dans la collection Babel depuis 2006. Ce livre est le premier roman d’Ogawa. Sa production antérieure est faite de nouvelles, ou de courts récits.
OgawaYoko.jpg
      Ogawa Yoko
(www.shunkin.net)

Résumé :

        Un jeune muséographe est convié dans un village "hors du temps" afin de travailler pour une vieille dame acariâtre à la une personnalité assez particulière.
        Celle-ci, depuis son plus jeune âge, collectionne des objets ayant appartenu aux défunts du village. Afin de recueillir ces objets, elle n'hésite pas à les voler. Aujourd'hui la vieillesse l'oblige à rester au domicile ; elle charge alors le muséographe de constituer un musée (le musée du silence) et de continuer à l'alimenter. Débute ainsi une course aux objets et à la mémoire, sur fond d'assassinats et de traque policière.

        Le Musée du silence propose un univers semi-fantastique qui rappelle souvent le court récit de L’Annulaire.

Un réalisme magique planant :

        Les thèmes de prédilection d’Ogawa sont au rendez-vous dans ce roman. En effet dans tous les récits d’Ogawa, le lecteur retrouve des sujets tels que la mort, la mémoire ou encore la disparition. Mais l’unité de ses récits perdure dans sa capacité à nous plonger dans une atmosphère étrange qui imprègne de bout en bout ses histoires. 
Le Musée du silence nous propose ainsi un univers semi-fantastique où naît une ambiguïté, entre le visible et l’invisible. Le lecteur oscille sans cesse entre la certitude d’une réalité et un étrange s’apparentant au rêve.
        Au sein de la narration, une force relie les éléments qui appartiennent au domaine de l’étrange aux événements réalistes. Le lecteur est ainsi envoûté, il ne peut plus faire la différence entre le réalisme pur et le magique et ce, grâce à récit subtil.
        Le semi-fantastique naît de la psychologie des personnages mais aussi du décor du livre. L’univers crée par Ogawa semble flotter. Ogawa alimente cette impression de non-lieu et de hors-temps en nommant les personnages principaux par leur fonction : la vieille dame, la jeune fille, le jardinier, la femme de ménage et le narrateur, un muséographe.
        Ainsi ce roman est marqué par l’influence du réalisme magique et nous propose une atmosphère intimiste.
        Sa grande force réside dans la mise en scène d'un univers fantastique, fantasmagorique décrivant un territoire inconnu : des personnages mystérieux, froids, déambulent dans un monde aux apparences du réel. En apparence seulement car au fur à mesure de la lecture se produisent de légers décalages qui engendrent des tensions. Le lecteur bascule ainsi dans une atmosphère angoissante, proche du rêve. C’est ainsi qu’on voit que Ogawa Yoko a une technique narrative très maîtrisée. Mais Ogawa donne aussi à son récit une apparente banalité en faisant l’exposé de scènes du quotidien et en entrant dans des descriptions très précises.
        En outre ce livre nous plonge dans une réflexion sur le rapport de la vie et de la mort, sur la mémoire des êtres disparus. Intemporel, sans espace délimité, le musée du silence est un mausolée érigé pour la mémoire.

Analyse détaillée :

La mémoire des objets témoins de notre humanité :

        Yoko Ogawa traduit dans ce roman la force intrinsèque des objets comme témoins de notre existence passée. C’est ce pouvoir qui donne à ces objets une inquiétante étrangeté.
        Afin de rendre hommage à ces messagers du passé les personnages élèvent pour eux le " Musée du silence ", qui est plutôt un mausolée, un laboratoire qui leur réserve une seconde vie.
        L’objectif est de les sauvegarder de la disparition qui a frappé leur propriétaire.
Ayant vécu à nos côtés, les objets sont muets sur nos défauts mais dans ce monde post-mortem on revient à leur langage, car ils parlent pour nous, indéfiniment, nous racontent, eux qui ont été arrachés à nos vies, comment la vie nous a été arrachée.
        Chaque objet présenté dans ce musée porte notre personnalité perdue. Ils se posent comme preuve de notre brève existence et parfois la résume comme le pense la commanditaire du musée. On croit qu’ils nous appartiennent ; ce sont eux qui nous possèdent.

Le silence :

        Les mots de Yôko Ogawa sont brefs, comme les notices d’identification rédigées par le muséographe sur chaque objet. Les objets des défunts qui ont été prélevés se suffisent par leur présence. D’où, un roman à l’écriture souvent simple proche de l’étiquetage qui constitue la première étape du travail du jeune homme. Puis le muséographe et la vieille femme contextualisent l’histoire de ces objets et à travers elle celle des défunts. Nul long récit, nul langage cultivé. Le silence est bien plus éloquent. C’est finalement en se taisant qu’on retient le temps, qu’on sauvegarde les choses, qu’on fait le deuil de l’ancien monde.
        " Le mot silence est celui que je préfère, il offre de la lumière aux autres mots ", nous dit Yôko Ogawa.

La mort :

        Cet attachement aux objets montre une fois encore la volonté de Yôko Ogawa de lutter contre la peur de la mort, thème récurrent dans son œuvre.  Elle oppose aux forces de la mort la puissance des mots de la vie passée présents dans les objets. Elle tente ainsi de nous prouver que l’on peut apprivoiser la mort car les objets contiennent notre âme, bonne ou mauvaise, et lui offrent une part d’éternité.
        Pour Ogawa les objets que nous personnalisons tout au long de notre existence finissent par devenir sujets d’où notre devoir de les conserver.

Conclusion

        Avec ce roman réaliste magique, Ogawa remet en question l’essence de notre existence. Nous ne sommes que de passage alors que les objets restent, témoins de ce que nous avons été. On peut ainsi se poser la question de savoir si Ogawa n’est pas devenue romancière afin de lutter contre une mort qui lui fait peur.

Axelle, A.S. Ed.-Lib.
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