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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 20:32
Kiran Desai
Hullabaloo in the Guava Orchard, 1998,
Le Gourou sur la Branche, 1999,
Traduction Jean Demanuelli,
Calmann-Lévy
Nouvelle éd. Le livre de poche.

Sources :

  • Site evene.fr pour ce qui est de l’essentiel de la biographie.
  • Lire, septembre 2007 (le guide de la rentrée littéraire, par A.Clavel)
  • Lire, juin 2006 (Inde : les colporteurs de mirages, par A.Clavel)
  • Le magazine littéraire, mars 2007 (dossier : l’Inde)
  • Le monde diplomatique, mars 2007 (Littérature indienne, quatre mille ans d’engagement social, par T.Chanda)
  • http://wodka.over-blog.com/article-6125508.html : l’analyse étant pertinente, j’ai jugé bon d’en reprendre une partie (certains passages sur l’ironie sur le mariage et sur l’ironie concernant la fonction publique).
  • Le site du Salon du livre de Paris 2007 : http://www.salondulivreparis.com/2/francofffonies.htm?idh=7
  • La lettre du Bureau international de l’édition Française du 16 avril 2007, par E.Brezault
  •  Les archives du français du Québec (http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/asie/inde-1Union.htm)
I. L’auteur

Biographie :

        Fille de la romancière Anita Desai, née en 1971, Kiran Desai a grandi à Delhi en Inde jusqu'à quatorze ans, quand elle part pour l'Angleterre avec sa mère puis aux États-Unis où elle finit le lycée dans le Massachusetts, avant de poursuivre à Bennington College dans le Vermont. Elle s'inscrit alors dans un cours d'écriture en Virginie qui lui fera dire que les ateliers d’écriture sont la cause d’une littérature américaine « aseptisée », et ensuite à Columbia University à New York. Au cours de ses études à Columbia, Kiran Desai fait une pause de deux ans durant laquelle elle contribue au New Yorker et écrit Hullabaloo in the Guava Orchard (1998, Le Gourou sur la branche, 1999), un conte mêlant la magie des fables et la comédie dans l'histoire d'un jeune garçon qui tente d'échapper aux responsabilités de la vie adulte en se réfugiant dans un arbre. Le livre, salué par Salman Rushdie, est récompensé par le Betty Trask Award. Il est publié dans 22 pays. Son deuxième roman, The Inheritance of Loss (2006) reçoit le Man Booker Prize, le National Book Critics Award et le prix indien Hutch Crosswords. Le roman parle d'exil, d'appartenance à deux cultures, du passé et du présent. Kiran Desai tient à son passeport indien et retourne tous les ans à Delhi, mais est résidente permanente des États-Unis.
        Quand on l'interroge sur ses maîtres, elle cite García Marquez, Kenzaburô Oé, Juan Rulfo.
        On sent également beaucoup l’influence d’Italo Calvino dans son premier roman, le Gourou sur la Branche, car celui-ci, par son héros, s’approche du roman de Calvino intitulé Le baron perché (1954). En effet, dans le baron perché, le héros est un aristocrate italien du nom de Côme Laverse du Rondeau, qui décide de vivre dans un arbre afin de démontrer le vrai sens de la liberté et de l’intelligence, ainsi que la médiocrité des gens qui l’entoure. Ce roman de Calvino est prétexte à une fresque sociale et historique, car, du haut de son arbre, le baron rencontrera de grands personnages de son temps comme Bonaparte.

Ce qu’elle dit :

        «Ma mère a joué un très grand rôle. Grâce à elle, je n'ai cessé de baigner dans la littérature. Lorsque j'ai commencé à écrire, elle m'a prise au sérieux même si c'était périlleux pour moi de vouloir suivre un tel exemple.»
«J'ai ébauché ce livre [le gourou] pendant mes études, alors que je m'étais inscrite à un atelier d'écriture de l'université de Columbia», explique Kiran Desai, qui aime travailler dans la cuisine de son appartement de Brooklyn en grignotant des biscuits, «pour se donner du courage». Le thé est son carburant, et la sieste de 14 heures son réconfort. Le reste du temps, elle travaille, «très tôt le matin, au saut du lit, et tard le soir».
Pour elle, la littérature indienne en anglais a des spécificités : c’est une manière d’exprimer les émotions très différente, et une façon particulière de raconter des histoires.

II. Le roman

Quatrième de couverture :

"D'un caractère rêveur et lymphatique, Sampath Chawla rate systématiquement tout ce qu'il entreprend. Jusqu'au jour où, lassé du monde, il décide de s'installer dans les branches d'un goyavier pour y trouver la paix, et devient brusquement un ermite célèbre. Des pèlerins affluent de l'Inde entière afin de recevoir la bénédiction du sage perché, et la famille de Sampath s'enrichit en faisant la promotion du saint homme. Mais une bande de singes farceurs envahit les goyaviers et sème le trouble dans le verger."

L’histoire en détails :

        Je suis malheureusement obligée de centrer ce résumé autour du personnage principal, car on se perd facilement dans les détails foisonnants et les nombreux personnages de ce roman.

        Sampath est né le soir de la plus grosse tempête jamais vue à Sahkot, alors que la mousson se faisait attendre et que l’aide humanitaire, dispensée partout ailleurs, se désintéressait du sort de cette ville. Ce soir-là, une caisse de l’aide humanitaire tomba sur un arbre, Sampath naquit avec une tache de naissance, et son destin se mit en marche. Sampath est un rêveur que son père veut forcer à travailler. Il passe ses journées dans une poste, à lire les courriers personnels au lieu de les trier. Lors du mariage de la fille de son patron, Sampath est pris d’une frénésie étrange, vêtu de nombreux vêtements féminins colorés qu’il retire un à un, en dansant sur une fontaine. Son renvoi n’est une surprise pour personne, et M. Chawla pousse son fils à chercher un nouveau travail. Jusqu’au jour ou Sampath s’enfuit, et s’installe dans un goyavier. Peu à peu, les gens qui le trouvaient simplet le prennent pour un grand sage, et des centaines de fidèles viennent quotidiennement lui rendre visite. M.Chawla flaire la bonne affaire et organise la vie touristique du verger. Sa femme Kulfi, tout aussi bizarre que Sampath, se consacre à nourrir ce dernier avec des plats extravagants de sa composition. Des singes langurs font alors leur apparition dans le verger, ayant compris qu’ils y trouveraient toute la nourriture nécessaire grâce aux offrandes faites au « gourou », mais ils découvrent l’alcool et ne peuvent plus s’en passer, devenant incontrôlables. Les autorités cherchent un moyen de se débarrasser des langurs, Kulfi décide d’en cuisiner un, et toute cette agitation pousse Sampath dans la mélancolie. Il réalise que tout ce qu’il cherchait à fuir se retrouve sous son goyavier. La veille de la grande traque des singes par l’armée, Sampath médite, une goyave à la main. L’une des dernières de la saison, grosse et mûre. Au matin, il ne reste plus trace de Sampath, juste cette goyave, qui porte une tache ressemblant à celle de Sampath.


Ce qu’il ressort du texte :

Le lecteur découvre de nombreuses facettes de la société et de la culture indienne, grâce à ce roman plein d’humour et d’ironie.

L’ironie
 
Ironie autour du mariage.
  • Le mariage de Kulfi et Chawla n’est qu’un arrangement : la famille de Kulfi va marier cette fille qui semble normale malgré son somnambulisme, contrairement aux autres membres de la famille, ce qui convient parfaitement à la famille de Chawla qui a besoin de l’argent de la dot. (p.81)
  • La famille de Sampath lui cherche une fiancée, pour le convaincre de descendre de son arbre. Celle-ci arrive, escortée par toute sa famille, qui voit là une occasion de caser cette demoiselle à la peau trop foncée. Cet événement donne lieu à une scène cocasse. (p.77 à 80).
  • Ce non-mariage de Sampath est aussi l’objet d’envie de la part des fidèles de Sampath. Tous seraient ravis de ne pas avoir à s’occuper de leurs familles respectives. (p.121)
  • Le marchand de glaces rêve d'aller rejoindre Pinky, la sœur de Sampath qui lui a mordu l'oreille par amour (p.139). Il vit au milieu de douze femmes – et trois hommes – de sa famille, qui lui trouvent donc une jeune fille magnifique pour le détourner de son projet. La jeune fille semble gagner son cœur. (p.232)
  • L’auteur parle même d’une « saison des épousailles » (p.63), et les futures mariées doivent répondre à une description très stricte ! (p.76)
  • Le seul mariage qui aurait pu avoir lieu n’est pas. Mademoiselle Jyotsna et Sampath semblent nourrir un doux sentiment l’un envers l’autre à partir du moment où Sampath devient le célèbre baba de l’arbre. (ex. p. 145) Mais il disparaît, au grand désespoir de la demoiselle…(p.251)

        Ironie quant à la religion, puisqu’il suffit que quelqu’un grimpe dans un arbre et déclame quelques aphorismes pour devenir un grand gourou. De plus, l’auteur pousse le cynisme jusqu’à créer un personnage très particulier, dont il sera question plus bas. Finalement un gourou de plus ou de moins ne change rien à l’affaire, l’Inde n’étant plus à une religion près.

        Ironie autour des fonctionnaires et du système :
  • Le directeur des postes réquisitionne son personnel pour préparer le mariage de sa fille. (p.49)
  • Le colonel observe les oiseaux au lieu de surveiller ses soldats. (p.167 à 169) Il est même tellement borné qu’il a un planning pour effectuer sa toilette.
  • Le médecin responsable de la santé publique est accro au jus d’oignon.
  • Le préfet fraîchement émoulu se retrouve pris dans un tourbillon d’événements qui le dépassent. (p.205)
  • Tout ce petit monde est infichu de s’entendre sur la marche à suivre pour sauver le village d’un fléau : des singes alcooliques qui font régner le chaos le plus total.
  • Un fonctionnaire est chargé de vérifier l'authenticité des gourous. Celui-ci cherche à tout prix à prouver l’imposture de Sampath, ce qui le mènera au fond du chaudron de Kulfi, après avoir repris les célèbres aphorismes de Sampath à son compte lors de réunions professionnelles. (p.148)
        Ironie autour de la société indienne: l’Inde a vu l’émergence d’une classe moyenne, travaillant dans des bureaux, avec les mesures prises par Indira Gandhi dans les années soixante-dix. Et c’est cette classe moyenne qui est raillée dans ce roman, à travers les personnages de Chawla qui court après la réussite sociale, à travers M.Gupta, opportuniste de haut vol, et même à travers Sampath qui rejette ce mode de vie en bloc. (cf. p.33)

Les cinq sens

        L’histoire est mise en valeur par une écriture piquante qui met tous nos sens à contribution avec l’énumération de couleurs, de parfums, ou d’épices. L’auteur livre des descriptions très détaillées de ce qui entoure les personnages, et des personnages eux-mêmes. (exemple p.127)

  • La vue : avec des descriptions comme celle de la scène du mariage de la fille du directeur des postes, Kiran Desai nous en met, justement, « plein la vue ». Les couleurs chatoyantes des saris sont décrites avec force détails.
  • Dans cette même scène par exemple, l’auteur fait intervenir l’odorat. Ce sens a cependant moins de place que la vue ou le goût.
  • Le toucher et l’ouïe : ces deux sens sont assez peu représentés en tant que vecteurs d’information. Bien sûr, les personnages touchent et entendent, mais la place que leur réserve l’auteur est minime.
  • Pour finir, le goût. Ce sens est le plus utilisé dans ce roman. Le goût est partout. L’auteur nous parle du parfums des glaces, de l’acidité des fruits, et nous décrit avec délices les plats préparés par Kulfi, dont la nourriture est la lubie depuis la naissance de Sampath(p.127, p.243, etc.)

La nourriture

        La nourriture est un sujet essentiel dans ce roman. Le premier jalon est posé avec Kulfi : durant sa grossesse, elle rêve de plats somptueux tandis que la famine fait rage. Puis, lors de la naissance de Sampath, tombe une caisse de l’aide humanitaire regorgeant de nourriture ; enfin, tout au long de la vie de Sampath, Kulfi utilise la nourriture pour le consoler. Kulfi est tellement fixée sur la nourriture qu’elle a essayé de voler des plants expérimentaux, et des animaux dans un zoo. A chaque fois, elle a été prise pour une innocente visiteuse perdue…
        Le goût de Kulfi pour la cuisine se manifeste crescendo lorsque Sampath est dans son goyavier (p.98 et 127, par exemple), et son obsession gastronomique trouve son apogée à la fin, lorsqu’elle décide de faire une surprise à son fils en lui cuisinant un singe (p.243). Étrangement, Sampath fait tout pour sauver les singes des funestes projets des autorités locales, et ne se doute pas de ce que lui prépare sa mère. Elle-même ne sait pas que ce n’est pas un singe, qui est tombé dans le chaudron…
        Un autre jalon est posé avec la présence du marchand de glaces, l’insistance d’Ammaji, la grand’mère de Sampath, pour avoir un dentier, et l’attaque du singe devant le cinéma. Le croisement de ces trois éléments donnera naissance à une nouvelle intrigue : l’amour de Pinky et du marchand.
        L’espion chargé de démasquer Sampath est lui-aussi intimement lié à la nourriture. En effet, il soupçonne Kulfi et ses repas d’être à l’origine du comportement de Sampath. Peut-être le drogue-t-elle ? Elle empêche tout le monde de s’approcher de sa cuisine improvisée, ce qui fait d’elle une suspecte idéale. Les investigations mèneront le malheureux au fond même du chaudron bouillonnant de Kulfi. Comme quoi, la curiosité est réellement un vilain défaut…
        Enfin, la nourriture est la cause de l’arrivée des singes dans le verger, car « offrandes » veut aussi dire qu’il y aura de quoi manger. Mais plus que de quoi se rassasier, ils trouveront de quoi boire, ce qui va amener le chaos dans le verger et dans la région tout entière.

La magie

        La magie fait partie intégrante de cette histoire, tout comme elle est indissociable de l’Inde et de ses habitants.
        On retrouve ce « décalage » dans la presse, avec des explications farfelues de phénomènes naturels, au tout début du roman.
        Le comportement de Kulfi, tout au long du roman, est très étrange, et l’on peut se demander si elle ne cache pas quelque pouvoir. Cette impression est corroborée par des événements concomitants des grands moments de sa vie. Par exemple, sa délivrance coïncide parfaitement avec l’arrivée tellement attendue de la pluie.
On peut aussi penser que la magie vient de la présence des singes : ils sont l’un des fils rouges de ce roman, avec la nourriture. Ils lient Pinky et le marchand de glaces, les autorités au verger, et disparaissent avec Sampath. De plus, le singe langur est un animal sacré (le dieu-singe Hanuman, pour les hindous, symbolise la force) et le fait qu’une horde de singes, même alcooliques, « adopte » Sampath donne à ce dernier une certaine légitimité en tant que gourou. De plus, les connaissances de Sampath de ce qu’il ne devrait pas savoir, pourtant acquises de la manière la plus rationnelle qui soit, passent pour un don de divination. Il se prête alors au jeu, en déclamant des aphorismes plus ou moins saugrenus. (p.93-94)
        Mais plus que tout, la magie réside dans la disparition de Sampath, qui laisse à sa place favorite une goyave bien mûre et tachée.

Un récit initiatique ?

        Sampath est un jeune homme qui refuse sa vie d’adulte, c’est pourquoi il s’enfuit pour s’isoler dans un arbre. Bien vite, pourtant, il se rend compte que la fuite ne fonctionne pas, mais refuse toujours de faire face, jusqu’à sa disparition. Dès qu’on l’extrait de force de son monde intérieur, il est perdu. La violence et le tumulte de la réalité sont une souffrance pour lui, et il préfère s’isoler sur la terrasse d’abord, puis dans son bureau, et enfin dans son goyavier.
        Il refuse tout ce qui représente un adulte : le travail, le mariage, une vie sédentaire et monotone, l’entretien d’une famille.
        Une preuve de son immaturité est donnée avec le poème qu’il essaie de composer. Et sa réflexion : « C’était pour s’éclaircir l’esprit qu’il était monté dans une arbre et non pour se l’embrouiller, or en ce moment, il ne faisait qu’aller à l’encontre de ses ambitions. » (p. 187) montre qu’il ne sait pas agir en adulte et n’en a aucune envie. Monter dans un arbre relevait du caprice.
        Pinky est une demoiselle pleine de ressources, mais qui a encore beaucoup de choses à apprendre, notamment la maîtrise et l’expression de ses sentiments. L’ennui lui fait prendre conscience de son « amour » pour le marchand de glaces, et elle prétend le lui prouver avec des tenues tapageuses et une déclaration… mordante. Elle aussi cherche la fuite, mais avec son marchand charmant, qui lui fait faux bond, partagé entre ce qu’il croit être de l’amour pour Pinky et les sentiments qui le taraudent à l’endroit de celle qu’il surnomme « Mademoiselle Gâteaux ».

        Au final, aucun de ces deux personnages que l’on accompagne ne parvient à grandir réellement, malgré ces événements étranges et sans doute quelque peu traumatisants.

La place de la famille

        Ce roman montre aussi, toujours avec humour, la place prépondérante de la famille dans la société indienne. Le mariage semble devoir résoudre tous les problèmes, le rang social est déterminé par la famille, le rôle du père est très important bien qu’on ait l’impression que les femmes tirent les ficelles (notamment dans le cas des fiançailles du marchand de glaces).
        C’est le fait d’être « la sœur du baba » qui permet à Pinky de ne pas être emprisonnée ou internée après avoir mordu son aimé (p.141), c’est un « honneur qui rejaillit sur toute la famille » du photographe que de recevoir une bénédiction de Sampath en récompense de son travail (p.144).

        Kiran Desai a écrit un premier roman représentatif de la nouvelle génération des jeunes auteurs indiens en langue anglaise, en forme de conte, qui présente la vie d’une petite ville indienne. Elle nous plonge dans l’imaginaire indien, en réunissant des aspirations spirituelles et des préoccupations matérielles dans un roman réjouissant, où le coca-cola côtoie le curry.
        Ce roman ne révèle pas tous ses secrets à la première lecture. Il faut au contraire le relire pour découvrir toutes ces petites articulations et enchaînements qui font que le scénario se tient parfaitement sans qu’il se voie et sans qu’il soit pesant à la lecture. Nous avons ici une histoire charmante, d’une grande richesse tant du point de vue des descriptions qu’au niveau du rythme et des événements, soutenue par un style alerte et enlevé. En bref, c’est une lecture sensuelle, plaisante et très drôle qui attend ceux qui osent ouvrir ce roman.
    D’autant qu’une récente attaque de langurs est à déplorer à New Delhi (voir ce lien : http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/190084/des-singes-sauvages-terrorisent-l-inde.html ).

III. Le contexte

Le pays

    Située dans le sud de l'Asie, l'Inde est un des pays les plus peuplés du monde après la Chine (953 millions habitants). Sa capitale est New Delhi. L’Inde est une mosaïque de langues, de peuples et de religions.
    L’hindi et l’anglais sont les deux langues officielles de l’Inde, mais on compte 18 langues constitutionnelles qui sont l’anglais et l’hindi, le bengali, le télougou, le marathi, l’ourdou, le gujarati, le kannada, le malayalam, l’oriya, le penjabi, l’assamais, le népali, le konkani, la cachemiri, le sindhi, le manipuri et le sanskrit. L’Inde compte en réalité plus de 1600 langues, dont 398 sont officiellement répertoriées. Cependant, seulement 40 langues sont parlées par plus d'un million de locuteurs et rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Cela signifie que moins de 10 % des langues sont parlées par la très grande majorité de la population et que 90 % des langues de l'Inde ne sont utilisées que par 15 % des locuteurs indiens.
La littérature :
        En 1913, l’Inde a eu l’honneur de recevoir le Prix Nobel de littérature par l’œuvre de Rabindranâth Thâkur dit Tagore (1861 - 1941), à la fois compositeur, écrivain et philosophe.
        De 1972 à 1992, 5 romans indiens ont reçu le Booker prize, puis Arundathy Roy l’a reçu en 1997 pour le Dieu des petits riens, et Kiran Desai l’a reçu en 2006 pour La perte en héritage.
        La création indienne de langue anglaise a acquis depuis quelques années une certaine visibilité. Elle connaît aujourd’hui l’une de ses périodes les plus fastes grâce à la fécondité de romanciers comme Salman Rushdie ou Arundhati Roy. Cette génération d’écrivains montre que l’anglais n’est plus un symbole de la colonisation, mais qu’il est devenu un outil d’exploration de la réalité indienne.
        Le premier roman indien en anglais date de 1864, mais le genre a connu son véritable essor, à partir des années 1930, avec la génération de R. K. Narayan qui a donné naissance à une littérature originale. Ils ont été les premiers à comprendre que l’utilisation de l’anglais dans le contexte indien n’allait pas de soi.
        Dans la préface de son roman Kanthapura (1938), Rao écrivait : « Nous sommes condamnés à exprimer cette âme qui est la nôtre avec les mots venus d’ailleurs. Il est difficile de rendre compte des nuances de notre pensée et des silences qui meublent le processus de réflexion à cause de cette incapacité que nous ressentons à les exprimer dans une langue étrangère. »

        Dès le XIXe siècle, l’administration britannique a souhaité voir émerger « une classe d’individus, indiens par le sang et la couleur de la peau, mais anglais par leurs goûts, leurs opinions, leur morale et leur capacité intellectuelle » (Thomas Babington Macaulay, Minute on English Education, 1835) et en 1835, elle fit voter une loi imposant l’étude de l’anglais dans l’enseignement secondaire et supérieur. La langue anglaise n’a donc rien d’une langue étrangère pour ces romanciers, car, issus des couches aisées de la société, ils ont presque tous fait leurs études dans des écoles où l’anglais était la principale langue.

        La littérature indienne est un savant mélange de scénarios impeccables et d'images bigarrées, sur fond d’Histoire et de grands débats (la décolonisation, la menace intégriste, la misère, les conflits de castes et de classes, le désarroi d'une société qui a perdu ses anciens repères.) Elle nous fait toucher du doigt une culture tournée vers l'invisible, le merveilleux et le spirituel, mais c'est aussi un foisonnement d’identités indiennes qui nous offre des styles variés.

L'édition française

        L’anglais reste la langue de médiation pour bon nombre d’écrivains indiens sur le marché français car elle permet à l’éditeur français d’avoir un accès direct au texte et de se passer du jugement littéraire du traducteur. L’Inde compte 16 000 maisons d’édition qui ont publié  plus de 80 000 œuvres en 2005. Le marché potentiel est donc énorme : le pays occupe le 3e rang mondial derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne en matière de publications en langue anglaise.
        Cette littérature a explosé dans les années 1980 et 2000 avec des écrivains qui ont construit leur œuvre dans un mélange géographique et culturel où l’Inde est à la fois lieu de vie, terre d’exil et « patrie imaginaire ». Ils ont reçu de prestigieux prix littéraires (prix Nobel, Booker Prize) qui les ont fait connaître dans leur propre pays et à l’étranger. Mais l’Inde, par son histoire présente et passée, reste encore peu connue des Français, malgré de nombreuses publications d’essais de sociologie, notamment.
        Sur la scène littéraire française, les écrivains indiens s’inscrivent dans des collections généralistes consacrées à la littérature étrangère, où l’anglais (Inde et diaspora) côtoie indifféremment les langues indiennes. La topographie du paysage littéraire indien en France se modifie au gré des choix des directeurs de collection qui défrichent le terrain depuis une dizaine d’années. La production littéraire indienne se décline en France dans toutes les langues, de l’essai au roman, en passant par le récit de vie, la littérature de jeunesse et même la bande dessinée.
        Certaines maisons d’édition misent sur la différence en valorisant la découverte d’une culture encore méconnue du grand public, d’autres ont créé des collections consacrées à la découverte de l’Inde : Gallimard, L’Harmattan... Le Cherche-Midi, avec son « Domaine indien », dirigé par Jean-Claude Perrier, innove également, en proposant depuis 2002 des romans publiés en Inde et achetés directement aux éditeurs indiens, sans transiter par des agents littéraires ou des éditeurs anglo-saxons, ce qui doit « favoriser le contact direct entre éditeurs français et indiens, afin de découvrir des auteurs indiens vivant en Inde et rendant compte de la réalité de leur pays ».
Les éditeurs français reçoivent parfois les manuscrits anglais avant qu’ils ne sortent en Inde : c’est ce qui s’est passé avec Indrajit Hazra (Le Jardin des délices) au Cherche-Midi ou Mira Kandar chez Actes Sud (Planet India). La France multiplie les manifestations consacrées à l’Inde (festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, Lille 3000…) et participe de plus en plus activement à la découverte de nouveaux auteurs.

M.A., A.S. Ed-Lib.
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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 19:53
Murakami Harukikafka-sur-le-rivage-copie-1.jpg
Kafka sur le rivage, 2003
Traduction de Corinne Atlan,
Belfond, 2006,
réédition 10/18
637 pages


L’œuvre
        L’histoire, puisqu’il faut en dire un mot même s’il est plutôt réducteur de devoir résumer en quelques lignes un tel récit, est centrée autour de deux personnages.
        L’un se nomme Kafka Tamura ; c’est un adolescent fugueur de 15 ans autour duquel flotte une malédiction. Son père a ainsi prophétisé qu’il serait un jour parricide et incestueux. De plus, il souffre de l’absence de sa mère qui l’a abandonné en emmenant sa petite sœur lorsqu’il avait cinq ans. Sa fugue le mènera dans une bibliothèque tenue par une femme mystérieuse et un bibliothécaire androgyne.
        Parallèlement à la fugue de Kafka Tamura on suit le vieux Nakata, handicapé mental suite à un étrange incident survenu lors de la Seconde Guerre mondiale, qui, s’il a du mal à communiquer avec les humains, possède la faculté de comprendre et de parler le langage des chats. C’est pourquoi, pour compléter la maigre pension que lui verse le préfet il s’est spécialisé dans la recherche de chats perdus. La recherche d’une petite chatte va l’entraîner sur les traces d’un voleur de chats. La rencontre avec ce voleur va obliger Nakata à fuir et à emprunter la même route que Kafka Tamura.
        A ces deux personnages viennent s’en ajouter d’autres ayant tous une plus ou moins grande importance dans la succession d’événements plus ou moins étranges qui forment la trame de ce récit. En effet, on assiste notamment à une pluie de poissons puis à une autre averse, de sangsues cette fois.

            Kafka sur le rivage n’est donc pas fait pour les tenants du rationalisme et s’inscrit bien dans la veine du réalisme magique puisqu’aucune réponse aux événements surnaturels n’est apportée à la fin du livre. Pas même concernant l’incident survenu dans la jeunesse de Nakata qui pourtant est présenté sous la forme d’une enquête militaire menée après la guerre dans le but d’éclairer cette affaire. Il faut ajouter à ce côté surnaturel une dimension onirique, comme souvent chez Murakami, qui prend une grande ampleur au fil du roman tant et si bien qu’il en devient parfois difficile de distinguer ce qui est du domaine du réel et ce qui appartient au rêve. Cela n’est pas sans accentuer le côté spirituel et poétique de cette histoire aux allures de tragédie grecque.
        Les références culturelles, très nombreuses, distillées dans ce livre passent donc par la culture grecque antique avec, en tout premier lieu, la référence œdipienne au fils incestueux et parricide. La culture anglaise est également très présente tout au long du récit avec des références allant des dialogues de Macbeth de Shakespeare à la musique pop-rock. On retrouve également les mélodies intemporelles de Schubert, de Coltrane et de Beethoven. Cela fait de Kafka sur le rivage un livre à la fois très japonais par son univers et sa dimension existentialiste mais également terriblement occidental à travers les références culturelles et la description d’un Japon tout ce qu’il y a de plus moderne et occidentalisé.
        La musique tient, on l’a vu au travers des références culturelles, une place importante dans ce roman, comme toujours chez Murakami. Ce roman tire d’ailleurs son titre d ‘une chanson fictive que découvre Kafka Tamura, Kafka sur le rivage. Tout au long du roman, la musique va agir sur les personnages comme vecteur de sentiments et de sensations nécessaires, entre autres, à la quête identitaire qui se joue individuellement pour chacun d’eux. Car chaque protagoniste sera confronté à un moment ou à un autre à des questionnements sur son identité profonde, ses raisons de vivre…
        Outre ce thème de la quête d’identité, Murakami aborde la solitude et l’absence, deux sujets qu’il affectionne particulièrement. Ainsi, notamment, Kafka Tamura, qui a été abandonné par sa mère quand il était petit, se retrouve seul au monde après sa fugue (même s’il l’était apparemment déjà du temps où il vivait avec son père).
        Comme souvent chez Murakami il est également question d’une femme mystérieuse, la mère de Kafka, que ce dernier souhaiterait retrouver afin de mener à bien ses deux voyages (sa fugue et son voyage intérieur), en quête de son identité alors même que la malédiction oedipienne pèse sur lui et scelle son destin.
        Ce roman d’initiation est somme toute très murakamien et considéré comme son récit le plus ambitieux et le plus envoûtant.

Anthony, 2ème année Ed-Lib

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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 08:29
 Haruki Murakamipassage-de-la-nuit-copie-1.jpg
Le passage de la nuit,
Titre original : After Dark, 2004,
traduction française : Hélène Morita,
avec la collaboration de Théodore Morita,
Belfond, 2007.


Biographie de l’auteur :

        Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949 et fut élevé à Kobe. Son père était professeur de littérature japonaise. Au départ Haruki Murakami veut s’orienter vers le cinéma pour devenir scénariste. Mais après ses études universitaires où il étudie notamment la tragédie grecque, il devient pendant huit ans responsable d’un club de jazz à Tokyo qui s’appelle le Peter Cat. Le nom de ce club est une référence car Haruki Murakami est un passionné de chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire. Sa littérature est marquée par ces animaux notamment dans Kafka sur le rivage.
        Il écrit un premier roman, Ecoute le chant du vent ,qui sera publié en 1979 au Japon et qui recevra le Prix Gunzo.
        Il devient célèbre grâce à ses nombreux romans à succès et décide de partir à l’étranger : tout d’abord en Europe puis aux Etats-Unis où il enseignera la littérature japonaise à l’université de Princeton pendant quatre ans (la patrie de Scott Fitzgerald).
Il revient au Japon en 1995 très marqué par le tremblement de terre de Kobe, ce qui lui inspirera le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre. Haruki Murakami est aussi le traducteur en japonais de nombreux écrivains américains tels que Scott Fitzgerald, John Irving et Raymond Carver.
        Ses écrits sont ancrés dans le réalisme magique avec pour point de départ le quotidien mais qui doucement va pencher vers le surnaturel. On peut citer comme ouvrages les plus connus Apres le tremblement de terre, Les amants du Spoutnik, Au Sud de la frontière à l’Ouest du soleil, La ballade de l’impossible, La course au mouton sauvage, Kafka sur le rivage. On retrouve dans ses romans des personnages récurrents tels que l’Homme Mouton ou le Colonel Sanders. Murakami à travers ses analyses sociales, décrit des personnages en quête d’identité.
        L’influence occidentale est très marquée dans son œuvre ; on dit d’ailleurs que c’est l’écrivain japonais le plus américain de sa génération. Ses livres sont remplis de nombreuses références occidentales tout en donnant un vécu japonais contemporain à ses personnages. Enfin Murakami considère l’écriture comme un rêve éveillé ; pour lui rien n’est plus naturel que le surnaturel. Il est le représentant du « Mono no aware » ce que les Japonais appellent la poignante mélancolie des choses.


Le livre :

        L’histoire se déroule à Tokyo en une seule nuit, de minuit à sept heures du matin, durant laquelle bien des gens vont se croiser et des choses se passer. Chaque chapitre commence par une horloge qui indique l’heure et chaque chapitre correspond à l’histoire de Mari ou d’Eri, deux sœurs que tout oppose. C’est un ouvrage très cinématographique ; chaque début de chapitre nous plonge en immersion dans le livre comme une camera dans une scène, « Ce paysage urbain, nous l’observons à travers les yeux d’un oiseau de nuit qui volerait très haut dans le ciel. Depuis ce point de vue panoramique, la ville apparaît comme une gigantesque créature. »
        C’est assez déstabilisant, car l’auteur emploie « nous » au lieu de « je » ou « elle ». C’est comme si nous étions un groupe ou la camera elle-même, le réalisateur de notre propre film.
        Le premier personnage, Mari, est assise dans un bar, le Denny’s, elle est plongée dans sa lecture. A côté d’elle, est posée une tasse de café froid et une cigarette se consume dans le cendrier. On ne connaît pas l’âge de Mari mais on peut supposer qu’elle a juste dix-huit ans et l’on se demande pourquoi une jeune fille de cet âge-là passe la nuit dans un tel endroit. On apprendra par la suite que c’est parce qu’elle ne veut pas dormir.
        Un musicien arrive et la reconnaît ; il s’appelle Takahashi et était au lycée avec la sœur ainée de Mari qui s’appelle Eri. Au fil de l’histoire on va remarquer que ce jeune homme est en proie aux doutes sur la vie, l’amour, la mort… Le second personnage est donc Eri la sœur de Mari. Eri a toujours été la plus admirée des deux sœurs, elle est mannequin et plus âgée que Mari. Mari elle-même voue une admiration sans limite à sa sœur.
        Au départ on ne comprend pas où elle se trouve ni ce qu’elle fait. On sait juste que quelqu’un l’observe pendant qu’elle dort. Au fil du livre on apprend que Eri est plongée dans un profond sommeil depuis deux mois, pas dans le coma, mais dans un sommeil très profond qui durera un certain temps. Cela fait plusieurs mois que personne ne l’a vue debout, parler ou manger.
        Les actions des deux sœurs se passent simultanément. Tandis qu’Eri dort profondément la télévision se met en route et l’on voit apparaître un homme avec le visage caché par un masque. Tandis que Mari va passer sa nuit à se balader d’un endroit à l’autre rencontrant diverses personnes qui vont l’aider, Eri, elle, ne bouge pas de son lit mais a un sommeil très agité ; elle semble être otage de ses propres rêves entre réel et irréel.
        Au cours de cette nuit, pendant qu’Eri reste dans sa chambre, Mari ne va cesser de se promener, notamment dans un love hôtel qui s’appelle Alphaville. Un love hôtel est un hôtel où se rendent beaucoup de couples et de prostituées, on loue la chambre à l’heure.
Mari va croiser dans cet hôtel des personnages insolites comme une prostituée battue par un informaticien désabusé, mais aussi la gérante du love hôtel qui cherchera à se venger, une femme de chambre en fuite qui change de nom à chaque fois qu’elle change de travail. Tous ces personnages, d’une façon ou d’une autre, vont permettre à Mari de surmonter ce qui arrive à sa sœur et d’affronter la réalité des choses.
    On notera la référence de Murakami au film
Alphaville de Jean-Luc Godard sorti enalphaville1.jpg 1965.  Dans ce livre comme dans ce film, les auteurs réalisent une œuvre de « science fiction »  avec rien, ils trouvent leur matériau dans la réalité, une réalité urbaine de tous les jours mais qui sous un certain angle se transforme. Le béton, les néons, le verre ont remplacé les sentiments humains.
        Ce livre est un très beau tableau de Tokyo la nuit et l’on ressent vraiment la démesure de cette ville devenue trop grande pour l’humain. « Une zone particulièrement lumineuse attire notre regard. Lequel opère la mise au point. Effectue une descente vers l’amas lumineux. C’est une mer de néons multicolores. Un centre-ville. »
        Avec les effets très visuels de Murakami le lecteur est pris à partie dans cette histoire, nous devenons voyeur. Nous sommes le témoin de chaque scène, de chaque discussion sans pouvoir intervenir. Nous avons vraiment l’impression d’être le réalisateur grâce à la construction de ce livre mais aussi parce que chaque chapitre a sa propre bande originale ; en effet, l’auteur cite beaucoup de références musicales.

        Je reste cependant sur un avis assez mitigé concernant le livre ; j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, je n’y ai pas trouvé un réel intérêt. L’histoire des deux sœurs m’a paru assez décousue mais cependant j’ai trouvé que l’idée d’une histoire qui se déroule en une nuit, avec les horloges à chaque début de chapitre est très bonne. Mais j’avais l’impression en lisant le livre que c’était une sorte d’exercice littéraire et que Murakami se forçait à faire dans le poétique. Pour quelqu’un qui n’a jamais lu de Murakami je ne le conseille pas car ce n’est pas ce livre qui montre toute l’ampleur de son talent d’écrivain.  

Lien vers page consacrée à Alphaville de Godard :
www.panorama-cinema.com/html/critiques/alphaville.htm           

E.M  2ème année Ed-lib
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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 22:18

Arundhati Roy,arundhati-copie-1.jpg
Le Dieu des Petits Riens
, 1997
Ed. Gallimard, 1998 
traduit de l'anglais par Claude Demanuelli

439 pages


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        Le Dieu des Petits riens raconte l'histoire de jumeaux de sexe opposé de huit ans, Rahel et Esthappen Kochamma. Ils vivent dans un petit village du Kerala (Sud de l'Inde), Ayemenem, chez leur grand-mère, Mammachi, propriétaire d'une conserverie "Conserverie et condiments paradise" fabriquant des confitures. Ils y habitent avec leur mère, Ammu, depuis le divorce de cette dernière (ce qui est mal vu dans sa famille). Dans la maison familiale, il y a aussi l'oncle Chacko, directeur de la conserverie et marxiste à ses heures perdues et aussi Baby Kochamma la grand-tante des jumeaux. Tout ce petit monde appartient à la classe des Touchables et est chrétien, c'est donc une famille « respectable ». Dans l'entourage des enfants, il y a également Velutha, un Intouchable, ouvrier à la conserverie, que Mammachi a pris sous son aile. Deux personnes vont venir s'ajouter à cette famille pour quelques semaines de vacances, Margaret Kochamma, l'ex-femme de Chacko, et leur fille, Sophie Mol, qui vivent habituellement en Angleterre. Cependant, un événement tragique, le décès de Sophie Mol, et ce qui le suivra vont chambouler la vie de toutes ces personnes et séparera Rahel et Estha. Cela nous est raconté par Rahel qui, de retour au village où elle retrouve son frère 23 ans après, se souvient de ce drame. Mais ses souvenirs vont nous parvenir par bribes désordonnées.

        Ce roman aborde plusieurs thèmes dont un tient particulièrement au coeur de l'auteur puisqu'elle se bat contre : la division de la société indienne en castes. Les autres thèmes sont : l'amour interdit, le communisme et la mort.

        L'amour interdit est le thème central du roman. C'est lui qui conduit à sa fin tragique l'histoire passée. Il est représenté par deux couples. Le premier est formé d'Ammu et Velutha, la Touchable et le Paravan. Une histoire vouée à l'échec qui n'aurait jamais dû commencer. Ils ont grandi ensemble mais ne se sont jamais touchés. Le jour de l'arrivée de Sophie Mol, leurs regards se croisent et cela va changer leurs vies. Ils s'aimeront pendant treize nuits en secret « en s'en tenant aux petits riens » et en laissant « les Grandes Choses tapies au-dedans » (expression qui revient régulièrement tout au long du roman et qui explique le titre du roman). Malheureusement, ils sont vus et le père de Velutha les dénonce à Mammachi. Cette dernière poussée par Baby Kochamma va séquestrer Ammu et chasser Velutha. Le second amour interdit est celui de Rahel et Estha dont on ne prend conscience que dans les derniers chapitres. Tout au long de l'histoire, on a des preuves de leur complicité et de leur "connexion" que l'on attribue au fait que ce sont des jumeaux mais, est-ce normal que des jumeaux partagent des événements, des sensations alors qu'ils ne sont pas ensemble (« ... Rahel se souvient s'être réveillée une nuit, riant aux éclats du rêve que faisait Estha. [...] Elle se souvient de Madras. ») ? De plus, les derniers chapitres sont assez troublants. En effet, Estha compare le corps de sa soeur à celui de leur défunte mère puis leur "amour" se concrétise ce qui va contre la morale.

        Le premier amour interdit aide à la dénonciation de la division de la société indienne en castes. En effet, si ce système n'existait pas, Ammu et Velutha pourraient s'aimer librement et ils n'auraient pas peur d'être surpris. Cela leur permettrait de ne pas s'en tenir aux « petits riens » et d'avoir un avenir ensemble. Velutha, en tant qu'Intouchable, est considéré comme un sous-homme par Baby Kochamma et cette dernière qui se méfie de lui voit dans sa liaison avec Ammu le moyen de se débarrasser de lui. La division de la société se voit aussi au travers du traitement des ouvriers de la Conserverie. Ils sont rarement mentionnés individuellement, ils ne sont que du petit personnel. Seules les femmes de la conserverie ont un statut un peu à part puisque Chacko, coureur de jupons, a l'autorisation par sa mère d'avoir des liaisons avec elles. Cependant, elles ne doivent pas rentrer dans la maison et la "salir"; pour cela Mammachi a fait aménager une entrée privée dans la chambre de son fils.

        Le troisième thème abordé ici est la mort. Elle est très présente dans le roman et notamment dans les souvenirs de Rahel. Ceux-ci commence d'ailleurs par l'enterrement de Sophie Mol, sa cousine. Sa mort prématurée ne sera expliquée que tardivement comme si Rahel ne voulait pas s'en souvenir afin de ne pas réveiller le souvenir de ce qui a suivi. On découvre aussi assez tôt qu'Ammu est décédée à l'âge qu'ont à présent les jumeaux (« ... ils ont l'âge d'Ammu quand elle est morte. Trente et un ans. Ce n'est pas vieux. Ni jeune. Un âge pour vivre ; pour mourir, aussi. »). Il y a également de nombreuses allusions à Pappachi, le grand-père de Rahel et Estha, décédé depuis un petit moment, entomologiste de Sa Majesté qui battait sa femme. Cette dernière non plus n'est plus de ce monde au retour de Rahel au village. Le roman a un ton dramatique et Rahel tente d'éviter de se souvenir des circonstances de la mort de sa cousine comme si ce qui avait suivi était pire que tout.

        Il y a aussi un aspect politique dans ce roman avec une forte présence du communisme par le biais de deux personnages, le camarade K.N.M. Pillai, qui voudrait bien devenir le dirigeant de la délégation régionale du Parti, et Chacko qui est devenu marxiste plus pour des raisons financières qu'idéologiques. Il pense qu'ainsi il pourra garder la confiance de ses ouvriers et qu'ils ne se révolteront pas contre leurs conditions de travail. Le communisme prend également l'apparence de milliers de manifestants irrespectueux sur la route de Cochin sur laquelle roule la famille Kochamma sans Mammachi pour aller chercher la famille de Chacko à l'aéroport.


       
Le Réalisme magique se trouve dans la construction même du roman. L'alternance de passé et de présent est une de ses caractéristiques. De plus, le fait que le passé ne nous est pas dévoilé dans un ordre chronologique nous plonge dans un monde étrange avec une impression de rêve. Les souvenirs arrivent au gré des pensées de Rahel et peuvent même être évoqués plusieurs fois (« Un âge pour vivre ; pour mourir, aussi » p.18, 423). De plus, la "connexion" qui existait entre Estha et sa soeur quand ils étaient petits, et qu'ils retrouvent 23 ans après, trouble et tient presque du merveilleux.

        C'est un très beau roman qui nous fait voyager sur les rives d'un fleuve et dans la société indienne. Il nous montre une vie faite d'interdits et de valeurs sociales dans un style très poétique.


Biographie de l'auteur :

        Arundhati Roy est née le 24 novembre 1961 à Ayemenem dans l'Etat du Kerala (Inde du sud) d'un père hindou et d'une mère chrétienne de l'Eglise syriaque. Sa mère, Mary Roy, est très célèbre en Inde pour avoir milité pour l'égalité des droits des femmes indiennes lors des divorces (partage des biens en faveur des femmes) au moment du sien. Arundhati est partie vivre à New Delhi à l'âge de 16 ans, où elle vécut pauvrement et fit une école d'architecture avant d'écrire des scénarios pour le cinéma et la télévision indienne avec l'homme qui est devenu son mari. Elle a commencé en 1992 son premier roman Le Dieu des Petits Riens qui a été publié en anglais en 1996 puis en français en 1998. Depuis, il a été traduit en plus de 30 langues. Militante active, elle a écrit deux essais, regroupés dans son deuxième ouvrage, sur les catastrophes environnementales que l'Inde causera en construisant ses 3200 barrages sur le même fleuve. De plus, elle milite auprès du mouvement altermondialiste, se bat pour les droits des femmes et dénonce la division de la société en castes.

        Elle a reçu plusieurs distinctions dont deux prix depuis la parution de son premier roman. Le Dieu des Petits Riens a été récompensé par le Booker Prize en 1997. En 2001, elle a reçu deux distinctions. En avril, elle a été décorée des mains de l'Ambassadeur de France en Inde de la médaille de Chevalier de l'ordre des Arts et des lettres et, en mai, Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix, lui a remis le Grand Prix de l'Académie Universelle des Cultures pour son travail littéraire et son engagement dans la lutte pour les droits de l'homme dans son pays.


Bibliographie sélective :

Le Dieu des Petits Riens, Ed. Gallimard, 1998 ; traduit de l'anglais par Claude Demanuelli.

Le Coût de la vie, Ed. Gallimard, 1999, Coll. Arcades ; traduit de l'anglais par Claude Demanuelli.


Cyrielle, 2ème A. BIB-MED

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 10:04
PELLETIER Thierry, couverture.jpg
La petite maison dans la zermi,
Paris, Editions Libertalia, mars 2007,
112 pages

        L'ouvrage est composé de deux parties : La petite maison dans la zermi et Tox Academy. Le recueil réunit 25 nouvelles qui sont autant de tranches de vie. Une illustration accompagne chaque nouvelle. Ces illustrations ont été faites spécialement pour ce livre, par 15 illustrateurs que l'auteur connaît.
        Thierry Pelletier raconte son expérience d'éducateur en centre d'hébergement pour SDF dans La petite maison dans la zermi et pour toxicomanes dans Tox Academy. Chaque nouvelle est axée sur un personnage particulier ou un groupe de personnages. Cependant, l'ensemble de ces nouvelles crée un tableau homogène par une description sans fard de la misère.
        L'auteur rapporte cette misère des gens qu'il a côtoyés sans misérabilisme, sans lourdeur. Dans l'introduction, il écrit : « Je me borne à raconter ce que j'ai cru voir ou entendre ». Effectivement, nulle part il n'y a trace d'une quelconque rhétorique poussive, d'un paternalisme moralisateur, nul angélisme non plus. Si Thierry Pelletier fait sourire avec des événements plus ou moins tragiques, en décrivant son quotidien et celui de ses « frères humains », celui-ci n'en reste pas moins un quotidien de galères, entre misère économique, misère sexuelle, problème de drogues, racisme et homophobie. Par le biais d'une écriture populaire, avec un style direct mais sans sensationnalisme, il raconte la misère de l'intérieur, les joies et les peines, les coups de gueule et les coups de sang de ces gens que la société met à l'écart. Cela en fait un témoignage indispensable, loin de toutes ces études théoriques qui font de l'individu quelqu'un d'anonyme, noyé dans la masse, sans histoire propre.
    Dans une postface, Thierry Pelletier tire un bilan de son expérience et de son ressenti vis-à-vis d'une société qui, tour à tour, rit aux dépens de personnes mises au ban d'un monde qui leur tourne le dos ou fait de la misère quelque chose de branché. L'ouvrage se termine par quelques notes biographiques et une bibliographie sur le sujet de la misère.

     libertalia-logo.gif
Les Editions Libertalia
ont été fondées au début de l'année 2007. Le nom Libertalia se réfère à l'île mythique sortie de l'imaginaire de Daniel Defoe, auteur de Robinson Crusoe, dans son livre Histoire générale des plus fameux pyrates, publié en 1728 (édité dans la Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs). Île pirate, Libertalia est le premier exemple de société libertaire dans la littérature : « Notre cause est une cause noble, courageuse, juste et limpide : c'est la cause de la liberté ». Maison d'édition associative, Libertalia s'est spécialisée dans l'édition ou la réédition de littérature politique ou à forte dominante sociale, viscéralement révoltée, profondément libertaire. Chaque livre publié est complété par des illustrations originales, ainsi que d'une bibliographie permettant d'approfondir le sujet.

Thierry Pelletier tient également un blog : http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier
Site des Editions Libertalia : http://www.editionslibertalia.com
Fiche de l'ouvrage sur le site de la maison d'édition : http://editionslibertalia.com/spip.php?article5

Mikael, Bib 1ère année

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Published by pier - dans Nouvelle
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 08:46
CollectifTOKYO-ELECTRIQUE.jpg
Tokyo électrique
Nouvelles traduites du japonais
par Corinne Quentin,
Première édition : Autrement, 2000,
Picquier Poche, 2006
271 pages.

Présentation
    Tokyo électrique a été édité en 2000 puis en 2006 pour le format poche par Picquier poche. Philippe Picquier est d’ailleurs connu pour être une maison d’édition publiant essentiellement  des ouvrages d’auteurs asiatiques ou en rapport avec l’Asie (Chine, Viet-nam, Inde, Pakistan…).

       Ce recueil a été traduit par Corinne Quentin et réunit 5 auteurs  japonais :
o Muramatsu Tomomi, Yumeko.
o Morita  Ryûji, Les  Fruits de Shinjuku.
o Hayashi Mariko, Amants pour un an.
o Shiina Makoto, La Tente jaune sur le toit.
o Fujino Chiya, Une ménagère au poste de police.

        On trouve aussi une postface de  la traductrice qui  nous donne la bibliographie de chaque auteur et où l’on apprend que ce recueil a été écrit à l’origine pour être édité en France mais qu’il a ensuite intéressé des éditeurs japonais et a donc été publié dans les deux pays.

Biographies
        Muramatsu Tomomi est né à Tokyo en 1940. Deux de ses écrits notamment ont connu le succès : Watashi wa puroresu no mikata desu (Moi, j’aime le catch), publié en 1980 et Jidaiya no nyôbô (La Femme du brocanteur) qui obtient le prix Naoki en 1982 et sera adapté à l’écran et au théâtre comme nombre de ses romans.
        Muramatsu Tomomi décrit ses personnages dans un environnement qui les façonne, auquel ils se conforment  ou dont ils essaient de se déprendre…
Dans Yumeko les personnages semblent très attachés au lieu de l’action, le quartier de Fukugawa :
 « -Mais la clientèle de Yoshiwara avait plus de classe, non ?
 -Seulement aux yeux de ceux qui considéraient que Yoshihara était plus distingué. En fait il y avait beaucoup de samouraïs dans la clientèle de Yoshihara, tandis que Fukugawa accueillait surtout des marchands ou des  artisans. Ceux qui pensent que les commerçants sont des clients de classe inférieure, à mon avis, n’ont pas droit aux plaisirs qu’offre Fukugawa… »
Il y a surtout beaucoup de dialogues et c’est autour d’eux que se construit le récit.


    Morita Ryûji est né à Tokyo en 1954. En 1958, il est sélectionné pour le prix Waseda du jeune auteur pour Yoru  yorimo nagai yume (Un rêve plus long que la nuit).
Il publie en 1990 son premier roman, Sûrito chirudoren (Enfants de la rue) avec lequel il obtient le prix Noma du jeune auteur.
        Dans cette nouvelle l’action se déroule dans le quartier de Shinjuku et ses personnages sont confrontés à une situation qui les dépasse.
        Son style est incisif et parfois photographique à l’image du passe-temps du personnage principal : Ryôta.
« J’ai sorti  mon appareil photo, installé le téléobjectif et regardé dans le viseur. Je suis resté un moment paralysé, stupéfait. C’était encore une petite fille. Le maquillage excessif ne faisait que souligner son expression enfantine. Elle avait de longs cheveux frisés et des traits bien dessinés sur une peau mate. Elle n’était pas japonaise. Elle pleurait. »
L’auteur dit lui-même « écrire à partir d’images qui s’impriment dans son esprit ».

        Hayashi Mariko est née dans la préfecture de Yamanashi en 1954.
En 1982, elle publie son premier essai, Runrun o katte ouchi ni kaerô (On achète du bien-être et on rentre). En1984, son premier roman, Hoshikage no Stera (Stella sous les étoiles), est sélectionné pour le prix Naoki et elle décide alors de se consacrer à l’écriture.
        Dans ses romans faussement naïfs, l’auteur met en scène les rêves et les désillusions de jeunes femmes et leur difficile rencontre avec les hommes.
« Eriko se tordait de douleur. Ses amours n’avaient pas toujours été des succès. Sinon, aujourd’hui, elle serait déjà mariée. Elle avait connu des moments difficiles où elle ne comprenait pas ce que le garçon avait dans le cœur, ou bien lors de séparations il lui était arrivé de se sentir perdue, d’être triste ou d’éprouver un sentiment d’injustice. Mais c’était bien la première fois que son chagrin était si douloureux. »
 La nouvelle présentée dans ce recueil a été adaptée au cinéma par Ichikawa Jun.

        Shiina Makoto est né à Tokyo en 1944.
 Il crée en 1976 une revue de critique littéraire, Hon no zasshi (La revue des livres). D’abord tirée à cinq cents exemplaires, cette publication mensuelle atteint un tirage de cent cinquante mille exemplaires. En 1995, il obtient le prix Yoshikawa Eiji pour Inu no keifu (Généalogie du chien)  et le grand prix de science-fiction en 1990 pour Ado-bâdo. La même année il se lance dans le cinéma et plusieurs de ses films sont primés.
        Ses récits sont souvent à la première personne comme dans La tente jaune sur le toit  et même lorsqu’ils se déroulent dans la ville, ils évoquent un art de vivre enjoué et il y circule cet air frais que l’on respire lorsque l’on se promène sur un chemin de montagne avec un chien (symboles récurrents dans ses écrits).

        Fujino Chiya est née dans la région de Fukuoka (île de Kyûshû) en 1962.
En 1995, elle  obtient le prix Kaien du jeune auteur avec Gogo no jikan-wari (Emploi du temps de l’après midi) et, en 1998, le prix Noma pour Oshaberi Kaidan (Le conte du bavard)
        Ses mises en scène sont surprenantes, proches de l’absurde.
        D’une écriture sans doute influencée pars son choix de  « vivre une vie de femme » bien que née garçon, elle décrit des personnages et des lieux de manière ambiguë.
Ce qui se reflète bien dans Une ménagère au poste de police, ave cette question qui est la base de l’histoire - Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes dans les postes de police ? - et l’identité confuse de Yoshiko l’amie de Natsumi qui a une apparence masculine.
« -Bonjour, Mika ! Répondit Yoshiko d’une voix légèrement plus féminine que lorsqu’elle s’adressait à Natsumi.
Quand Natsumi  entendait cette voix dans la bouche de Yoshiko, avec ses cheveux courts découvrant les oreilles, son polo blanc sur un pantalon bien repassé (le vocabulaire manquait pour désigner ce pantalon argenté qu’elle portait), elle ressentait toujours un léger malaise. »
 

Analyse
        Même si ce recueil n’a rien d’"électrique",  le lien entre ces différentes nouvelles est en fait celui du lieu, Tokyo bien sûr, et celui du temps ; les événements se passant tous de nos jours et le but étant de nous montrer une vision globale de Tokyo à travers les yeux d’hommes et de femmes d’âges et de situations différents ainsi que des lieux  importants de la ville.
        La traductrice nous dit dans la postface : « Le présent recueil de nouvelles est l’essai de ce rapprochement : demander à des écrivains japonais d’écrire une fiction d’une quarantaine de pages, dans laquelle le Tokyo d’aujourd’hui, ou un quartier librement choisi, serait le maillon essentiel, dans l’espoir que s’y révéleront les sentiments des romanciers pour ce Tokyo où ils vivent, que s’y dessineront leur façon d’appréhender la cité. »
Le but est donc bien de nous montrer les différents aspects de la ville vue par ses habitants qu’ils y soient nés ou qu’ils soient venus y habiter.

        Si personnellement je n’ai pas trouvé ce recueil particulièrement passionnant au niveau des faits racontés et de l’intérêt des histoires, en revanche je pense qu’il peut être intéressant pour découvrir le mode de vie des Japonais et les lieux qu’ils fréquentent dans cette grande ville.
        Et il a l’avantage d’être la vision de ses habitants et non pas celle d’occidentaux.


Toutes les informations, extraits et biographies sont tirés de l’ouvrage Tokyo électrique, Picquier poche. 

Chloë, BIB 1ère année.









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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 22:48
Salman Rushdie
Les Enfants de minuit
Midnight's children, 1980,rushdie-copie-2.jpg
traduction de Jean Guiloineau,
Stock, 1983, 1987,
Rééd. Le livre de poche,
670 pages.


Biographie

        Essayiste et romancier britannique d'origine indienne, Salman Rushdie est né à Bombay en 1947. Il arrive au Royaume-Uni à l'âge de 14 ans et y fait ses études. Après un conte fantstique dans les années 1970, il écrit Les Enfants de minuit (Midnight's Children) en 1981 (récompensé par le Booker Prize).

    Salman Rushdie a reçu de nombreux prix et titres honorifiques et a été anobli par la Reine d'Angleterre le 16 juin 2007.

Salman Rushdie est un auteur engagé et menacé :

  • Son roman Les versets sataniques (1988) a fait scandale. Jugé blasphématoire pour une caricature du prophète Mahomet, ce livre est à l'origine d'une fatwa lançée en 1989 par l'Iran (réactivée en 2006) et d'un arrêt de mort visant l'auteur.

  • De même, son anoblissement en juin 2007 par la Reine d'Angleterre lui vaut des menaces de la part du Pakistan.

Quelques oeuvres :

1981 : Les enfants de minuit
1989 : Les Versets sataniques
1994 : Est, Ouest (recueil de nouvelles)
1999 : La Terre sous ses pieds
2001 : Fury
2005 : Shalimar le clown

Résumé

        C'est le récit autobiographique (fictif) que Saleem Sinai - double de Salman Rushdie - fait à Padma, une servante indienne. Né à minuit, la nuit de l'indépendance de l'Inde (le 15 aout 1947), Saleem voit son destin lié à celui de son pays. Comme lui, 1001 enfants naissent cette même nuit, tous dotés de pouvoirs surnaturels. Cependant, né à minuit précise, c'est Saleem qui est doté du pouvoir le plus important : celui de réunir tous ces enfants par télépathie. Ce don va lui attirer un certain nombre d'ennuis. Le narrateur raconte donc toutes les péripéties de sa vie à travers l'histoire de « sa famille » et sa propre histoire.

Les Enfants de Minuit se décompose en 3 livres majeurs :

  • Livre I (de 1915 à 1947) : de la vie de son grand-père (Aadam Aziz) jusqu'à la naissance du narrateur.

  • Livre II (de 1947 à 1965) : enfance / adolescence du narrateur, et jusqu'au début de sa vie d'adulte.

  • Livre III (de 1965 à la fin des années 1970) : vie adulte du narrateur.

=> L'histoire individuelle de Saleem sert ainsi de métaphore à l'histoire collective de l'Inde: chaque événement personnel est corrélatif d'un événement historique.

L'écriture de l'oeuvre de Salman Rushdie

_ Le paradoxe de l'écriture

    Si Salman Rushdie est considéré comme la véritable voix de l'Inde par la critique occidentale, la critique indienne pense qu'il porte un regard d'étranger sur le pays.

    Salman Rushdie s'intéresse à la littérature (occidentale) moderne. Pour Les Enfants de minuit, l'auteur puise certaines références dans le roman Le Tambour de Günter Grass (1959). Il y reprend l'utilisation de l'autobiographie fictive pour mettre en scène son narrateur, les thèmes du don extraordinaire et des origines familiales.

_ L'Histoire de l'Inde

    Tout le roman de Salman Rushdie se déroule autour de l'Histoire de l'Inde. Les références historiques sont très nombreuses, et détaillées du point de vue du narrateur, comme la création d'un Etat musulman séparé en 1940, l'indépendance de l'Inde en 1947, les déplacements de population, la guerre contre le Pakistan pour le contrôle du Cachemire, le conflit avec la Chine, ou l'arrivée au pouvoir d'Indira Gandhi (qui occupe une place importante dans le livre III).

_ Originalité de l'écriture

. La situation du narrateur en train d'écrire : Saleem Sinai est dans une usine en train d'écrire son histoire, sous le regard de Padma.

Cette scène de l'écriture enrichit et complexifie le texte des Enfants de Minuit, puisque le narrateur est seul maitre du récit (cf. les lignes d'ouverture du roman), ce qui engendre une certaine manipulation des événements.

Nb : Quelques erreurs temporelles intègrent donc l'écriture du récit, entrainant parfois un flou historique que l'auteur utilise , à mon avis, pour ancrer le réalisme magique.

. Le réalisme magique : Les Enfants de Minuit est un texte hybride qui mêle style narratif, mythes, merveilleux et surnaturel. C'est ce que l'on pourrait qualifier de « réalisme magique », car tout fusionne et crée un monde où le surnaturel s'intègre parfaitement dans le monde réel.

De même, on trouve des critiques sociale et politique, mais également beaucoup d'humour et de parodie. En effet, Salman Rushdie joue avec les mots, avec les scènes de ses personnages. Il n'hésite pas également à parodier des personnages réels tels qu' Indira Gandhi.

_ Les thèmes du roman

  • la question de l'identité (le drap troué, les changements de noms, la transformation des personnages, le dédoublement du « je »...)

  • la famille et les origines familiales (avec Saleem mais aussi avec son fils)

  • la société en général (l'Inde ou la micro-société des Enfants de Minuit)

  • le thème du secret (sur les pouvoirs surnaturels, sur les agissements de certains personnages...)

Les Enfants de minuit est un livre empreint de beaucoup d'humour et vraiment très drôle : il est également riche en références historiques.

E. S (AS BIB)

Sources

_ Wikipedia (biographie de Salman Rushdie)

_ site de l'université de Montpellier : une étude sur l'écriture de Salman Rushdie intitulée « Abracadrabra ou la magie de la conclusion de Midnight's Children »

_ Le club des rats de biblio-net  : article de Sereine.

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:48
L’insupportable Bassington, suivi de quatre nouvelles inédites
Saki
Traduit par Raymonde Weil, Michel Doury et Jean Rosenthal
Paris : Ed. Robert Laffont, 2006
Collection Pavillons poche
Prix : 7, 90 €
ISBN : 2-221-10638-5

L’auteur :

    Saki est un pseudonyme ; son vrai nom est Hector Hugh Munro (1870-1916). Auteur britannique né en Birmanie. Il perdit sa mère très jeune. Son père l’envoya au Royaume-Uni pour être élevé par deux tantes avec son frère et sa sœur. Mais les deux tantes étaient de vieilles filles autoritaires ayant des goûts très différents. Les frères eurent donc une enfance ennuyeuse, au milieu d’un combat incessant entre les deux femmes.
    A la fin de ses études secondaires, il commence une carrière de journaliste au Morning Post, qui lui permet de beaucoup voyager.
    Saki est un pseudonyme en référence à un personnage du poète persan Omar Khayyam. Il s’est essayé à tous les genres littéraires, mais est surtout renommé pour son art de novelliste. Il a écrit deux romans, 35 nouvelles et une étude. Son écriture est caractérisée par un humour noir grinçant.
    Il meurt lors de la Première Guerre mondiale, en 1916, à l’âge de 46 ans.

Le roman L’insupportable Bassington :

Résumé :

    Francesca Bassington est une femme matérialiste qui souhaite voir son irresponsable de fils, Comus, épouser la jeune Elaine de Frey, afin, par un jeu d’héritage, de pouvoir garder sa maison.
        Mais Comus est un jeune homme irresponsable et égoïste. Finalement, c’est Courtenay Youghal, ami de Comus et jeune politicien, qu’Elaine décide d’épouser. Elle ne sera pourtant pas heureuse.
    Dépitée, Francesca décide d’exiler son fils en Afrique, où il tombe malade et meurt.

    Cet ouvrage est principalement caractérisé par l’absence de morale et la parodie de la société. Le roman débute ainsi : « Cette histoire n’a pas de morale. Si elle y dénonce un mal, du moins n’y suggère-t-elle pas de remède. »

Les personnages :

  • Francesca Bassington : Francesca est une dame de la haute société, matérialiste, qui souhaite que son fils se marie uniquement pour garder sa maison. Elle pense que son fils Comus est une catastrophe et remercie le ciel de ne lui avoir donné qu’un fils : «  Si le destin s’était montré fort serviable en la gratifiant d’Henry comme frère, Francesca pouvait en revanche apprécier à sa juste valeur la cruelle malveillance de la fatalité qui lui avait donné Comus pour fils » (page 20). Elle possède dans son salon (qu’elle se représente comme son âme), son portrait peint par le célèbre Van der Meulen, mais ne sait pas s’il s’agit d’un vrai ou d’un faux.  Elle est très superstitieuse et friande de potins mondains. Elle cherche à servir son intérêt avant tout. Par exemple, lorsqu’elle apprend qu’Emmeline Chetrof, qui doit hériter de la maison dès son mariage, ne pourra se marier avant quatre ou cinq ans, elle saute de joie : « Mais pour Francesca, qui avait écouté avec une attention frémissante, dès qu’elle avait entendu prononcer le nom d’Emmeline Chetrof, ces nouvelles arrivèrent comme un flot libérateur et béni. A moins d’entrer dans un couvent et de prononcer ses vœux de célibat, Emmeline ne pouvait être plus agréable à Francesca qu’en se liant à un amoureux nanti d’une situation telle que le mariage devait être remis à jusqu’à un avenir lointain » (page 176). Lorsqu’elle reçoit la nouvelle de la mort de Comus, son frère, Henry, vient la voir pour lui annoncer que son fameux tableau est en fait un faux, et prend la tristesse de Francesca pour de la déception à propos du tableau, en femme matérialiste qu’elle est : « Francesca ne pouvait ni faire un geste, ni articuler un mot ; elle serrait le morceau de papier froissé dans sa main, et se demandait si cette voix grêle et optimiste qui débitait des consolations d’une ironie macabre, consentirait jamais à se taire » (p 225)
  • Comus Bassington : Comus est orgueilleux, cruel, égoïste et insolent. Son seul but dans la vie est de s’amuser et de jouer. Il courtise la jeune Elaine de Frey, mais est concurrencé par Courtenay Youghal, son ami et brillant politicien. Cependant, comptant sur son seul charme, il néglige cet aspect des choses : « Comus, qui marchait insouciamment à travers un pays inconnu pour sanctionner une victoire qu’il croyait déjà certaine, commit la faute de négliger une armée invaincue sur son flanc. » (Page 122). Après qu'il a volé un plat et demandé de l’argent pour couvrir ses dettes de jeux, Elaine se décide à voir en Comus ce qu’elle refusait d’accepter : « Elaine de Frey se rendait parfaitement compte des qualités qu’elle aurait voulu trouver chez Comus, et elle se rendait parfaitement compte, bien qu’elle essayât de s’illusionner, qu’il manquait absolument de ces qualités. » (Page 126). Ainsi, Comus se voit supplanté par Courtenay Youghal. Il part, à contrecœur, sur les ordres de sa mère, en Afrique, sans se départir de son ton ironique lorsque Francesca lui relate les merveilles du continent : « Quel bel échantillon de prose persuasive ! Cela rappelle les Psaumes, et plus encore, les prospectus de voyage. Si vous étiez honnête, vous confesseriez que vous l’avez prise telle quelle dans un projet pour encourager l’industrie du caoutchouc ou celle du rail. » (page 164) Mais, malgré la beauté du pays et la joie des Africains, Comus, en bon matérialiste de la haute société, s’ennuie, ne disposant d’aucun des moyens d’amusement présents en Angleterre. Il tombe alors malade et meurt sans revoir son pays.
  • Elaine de Frey : Elaine est une jeune femme de la haute société londonienne, courtisée par deux hommes : Comus et Courtenay. Elle est amoureuse de Comus, mais se refuse à admettre sa vraie personnalité, égoïste et irresponsable : « Elle avait conçu un peu plus qu’un caprice passager pour le jeune homme (ou plutôt pour le jeune homme qu’il aurait pu être) et elle se refusait désespérément à le voir comme il était et à l’estimer à sa juste valeur » (page 78) . Elle finit par épouser Courtenay, mais elle n’est pas heureuse avec lui. Deux tantes d’Elaine discutent de son mariage, et le résument ainsi, avec le ton cynique caractéristique de Saki : « - Je ne crois pas qu’elle soit destinée à être heureuse, dit sa sœur, mais Courtenay l’a au moins empêchée de faire la plus grande faute qu’elle eût pu faire : épouser ce jeune Bassington. - Il l’a aussi, dit Mrs. Goldbrook, aidée à faire la plus lourde faute de sa vie, après celle que tu viens de citer : épouser Courtenay Youghal. » (Page 204).
  • Courtenay Youghal : C’est un ami de Comus, mais contrairement à ce dernier, il est ambitieux et brillant. Il se définit lui-même ainsi, en se comparant à Comus : « Son égoïsme est magnifique, mais absolument futile (…) tandis que mon égoïsme est banal, mais parfaitement pratique et calculé » (p 81). Il épouse alors Elaine, mais ne lui accorde aucune attention, la contredisant sans cesse, et prenant ses décisions à sa place, sans pour autant avoir la volonté de la blesser.
Les nouvelles :

        L’étang : Mona épouse John Waddacombe et ils s’aiment. Mais, « environ deux jours après son mariage, Mona avait fait une tragique découverte : elle s’était unie pour la vie à un homme avec lequel elle n’avait pas grand-chose en commun et dont elle ne pourrait espérer aucune complicité.» (Page 230)
    Un jour, durant une promenade solitaire, elle découvre un petit étang noir dans un endroit « sinistre et empreint de mélancolie », et, tous les jours, elle part le contempler en souhaitant s’y noyer.
    Mais, John tombe malade, et les soins constants qu’apporte Mona, qui n’a plus le temps de se promener, rapproche le couple, qui s’aime enfin à la folie.
    Quelque temps après, elle retrouve l’étang et n’a plus du tout envie de s’y noyer, mais elle y tombe, et réussit à en sortir.
    Cette nouvelle fait l’éloge de l’amour, et de la complicité nécessaire à un couple. Sa particularité réside dans la description du paysage de l’étang, très lugubre et mélancolique, ainsi que dans la peinture de la pensée de la femme. Par exemple, en contemplant l’étang, elle n’y voit qu’une femme noyée.

        Des propos inconsidérés : Mrs Duff-Chubleigh se trouve dans une situation délicate : lors de sa réception, Bobbie Chermbacon, jeune homme riche qui courtise sa fille, a traité la Marquise la plus en vue de « vieille dinde mitée ».
    Le problème se pose de la façon suivante : elle ne peut renvoyer la marquise, mais si Bobbie reste, celle–ci part. Si Bobbie part, il ne pourra certainement pas épouser sa fille. Elle décide donc d’envoyer Bobbie dans une réception pour hommes, afin qu’il n’ait aucune chance de rencontrer la marquise.
    Mais après avoir également insulté l’évêque, Bobbie est renvoyé et fait son voyage dans le même wagon que…la marquise que tous le monde évitait de mettre en relation avec lui.
    Après avoir vite oublié la fille de Mrs Duff-Chubleigh, Bobbie épouse la marquise dix mois plus tard.
    La parodie de la haute société est très présente dans cette nouvelle. En espérant avoir « le beurre et l’argent du beurre », soit, l’influence de la marquise et un gendre riche, la narratrice se retrouve sans l’un ni l’autre.

    Un coup pour rien : Philip Stletherby rend visite à Honoria Salten-Jago, une amie influente qui peut l’aider pour sa carrière. Dans le train, il rencontre un jeune homme sans le sou, prétendant être le fils d’Honoria, et qui lui demande de lui prêter un peu d’argent.
    Ayant peur de se faire escroquer, Philip décide de lui tendre un  piège, en lui posant des questions sur sa famille. Ce dernier, par exemple, lui explique qui se mère a, comme lui, de beaux cheveux bruns. Or, Philip se souvient d’une femme blonde. Lorsque le garçon descend du train, il refuse de lui donner de l’argent, persuadé d’avoir affaire à un escroc.
    Arrivé à bon port, il discute avec un de ses amis, mais apprend avec malheur que son hôtesse n’est blonde… que depuis quelques semaines : « Comment cela : quel changement ? Vous ne voulez pas dire ?... Oh, bien sûr, vous ne la connaissez que depuis peu de temps ! Elle avait de magnifiques cheveux bruns qui se mariaient parfaitement à la fraîcheur de son teint ; et voilà qu’un beau jour, il y a cinq semaines environ, elle est arrivée en blonde éclatante. Quel choc ce fut pour tout le monde ! Cela ne lui va pas du tout. Nous voici arrivés. Mais, dites-moi, que se passe-t-il ? Vous n’avez pas l’air bien. ». (Page 252).
    Cette nouvelle est basée sur le système de « tel est pris qui croyait prendre ». En croyant avoir roulé un escroc, le héros risque fort de voir son avancement professionnel s’effondrer sous ses yeux.

    L’almanach : Dans un petit village, deux amis décident d’escroquer les habitants en créant un almanach local, c'est-à-dire un calendrier comprenant des prédictions sur les villageois.
    Ils se débrouillent pour trouver des prédictions tellement vagues ou se fondant sur des habitudes si immémoriales qu’elles ne peuvent que se réaliser : « Ce qu’il faudrait, suggéra Vera, ce serait de formuler ces prédictions de façon à ne pas pouvoir se tromper de beaucoup. Je devrais commencer par prédire que le pasteur prononcerait un émouvant sermon du Nouvel An tiré de l’Epître aux Colossiens : aussi loin que remontent mes souvenirs, il l’a toujours fait, et, à ce stade de leur vie, les hommes ont horreur du changement. Ensuite, on pourrait sans risque prédire pour le mois de janvier, que « plus d’une famille bien connue de la région se trouvera confrontée à de sombres perspectives financières qui toutefois ne déboucheront pas sur une véritable crise ». Un chef de famille sur deux par ici découvre à cette époque de l’année que les siens vivent très au-dessus de leurs moyens et que de sévères restrictions vont devoir s’imposer. » (Page 254)
    L’almanach se vend très bien et toutes les prédictions se réalisent, sauf celle où Jocelyn doit tomber de cheval à la fin de l’année. Or, il est dans l’intérêt des deux auteurs qu’elle se réalise pour pouvoir en vendre autant l’année d’après.
    L’un des deux amis, afin de parer à cette éventualité, dit à la cavalière qu’il est au cœur d’un complot, et, lui faisant croire qu’elle doit absolument se cacher, finit par la faire tomber de cheval : «  Les amis les plus intimes de Jocelyn ne surent jamais à quel danger précis elle avait échappé lors de la chasse ce jour-là : mais on s’assura qu’on en savait assez pour garantir à l’almanach de bonnes ventes au nouveau prix de trois shillings. » (Page 261)
    Cette nouvelle parodie tous les escrocs et les prophètes, souvent capables « d’aider un peu le destin » afin de pouvoir vivre de leur activité, en jouant sur la naïveté des gens et leur besoin de savoir où ils vont.

L’écriture de Saki :

    Saki, dans son œuvre, fait la critique d’une classe fortunée dans la société anglaise postvictorienne.
    Ses personnages, tournés en dérision, deviennent des stéréotypes (la femme matérialiste, la coquette, la radin…), et les caractères sont souvent les mêmes : la jalousie, le goût des potins, la perfidie…
    Saki utilise dans son écriture, beaucoup d’humour anglais, noir et satirique, pour décrire la haute société et leurs soucis constants d’apparence, de renommée et de pouvoir.
    Le plupart de ses histoires portent sur des événements mondains, des scandales, des situations sociales embarrassantes… Elles sont fondées sur la parodie de la haute société, les jeux de langage, l’ironie, les quiproquos…
    Grâce à son enfance passée chez ses tantes, il peut dépeindre avec réalisme, sans exagérer énormément, le cynisme présent dans les parties de bridge, les garden-parties, le matérialisme ambiant, les caractères…
    Ses nouvelles se caractérisent par son sens de la dérision et de la chute.

 « Elles révèlent les manières et les attitudes de la société britannique de son temps dépeintes de l’intérieur par un chroniqueur doté d’un regard distant et sardonique. L’humour aimable de ses récits cache mal une pointe de cruauté ; il y a de la rage aussi chez Saki, un goût du saccage, tempéré par une écriture élégante et ciselée. La virtuosité avec laquelle les scènes sont emmenées, de même que l’imagination psychologique de l’auteur, étonnent à chaque lecture. Les nouvelles de Saki nous offrent un dépaysement complet, et nous amènent aux sources même de l’humour anglais. »
(http://www.rsr.ch/espace2/meridienne/selectedDate/5/11/2007#lundi)

    Marion, Bib 1ère année.


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Published by pier - dans Nouvelle
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 18:01
Kiran Desai,GOUROU-copie-1.jpg
Le Gourou sur la branche, 1998,
Titre original :
Hullabaloo in the Guava Orchard,
Traduction Jean Demanuelli,
Calmann-Lévy, 1999,
Nouvelle éd. Le livre de poche.

 
  •  Le Gourou sur la branche
    Shahkot, petite ville d’Inde, est le théâtre d’évènements difficiles. Ses habitants attendent la pluie absente depuis longtemps. La nourriture manque et les estomacs crient famine.
    Enfin, le jour tant attendu arrive : il se met à pleuvoir et les ravitaillements tombent du ciel. Mais c’est aussi le moment où Sampath vient au monde. Pour les habitants de la ville, c’est un miracle, il est né sous une bonne étoile.
    On pourrait donc s’attendre à ce que Sampath soit quelqu’un de doué, ouvert et heureux. Mais on le découvre, 20 ans plus tard, rêveur, passif et timide en total décalage avec le monde dans lequel il vit. Il est entouré de son père, homme très énergique qui a de l’ambition pour ses enfants et de sa mère, Kulfi, excentrique, attachée à son fils. Sa sœur est une adolescente qui accorde une grande importance au regard d’autrui, tandis que sa grand-mère est une adepte des dentiers. Tous les jours, Sampath se rend à la poste où il « travaille » : il occupe son temps en lisant le courrier qui passe entre ses mains.
    Lorsque son patron le licencie, Sampath doit faire face à son père et à ses reproches. Son besoin de liberté, de paix et de calme devient ainsi de plus en plus intense : il décide de fuir la ville après s’être rendu compte, grâce à une goyave dont la chair se libère de son écorce, qu’il devait s’évader de sa prison.
    Le vacarme qui bourdonnait dans sa tête a disparu. C’est dans un verger paisible, entouré de la nature, qu’il s’arrête et s’endort, tranquillement. Sa famille le retrouve perché sur son goyavier. Ayant peur des critiques, son père essaie de résoudre la situation, en vain, car son fils a choisi son mode de vie.
    Sampath suscite la curiosité des habitants de la ville qui viennent le voir. Connaissant tout de leur vie, il commence à leur donner des conseils à l’aide d’aphorismes qui deviennent célèbres. La joie et l’harmonie que ressent Sampath lui procurent un pouvoir de séduction et de persuasion. Il devient alors « Sampath le sage », le célèbre oracle de la ville sujet de nombreux articles de journaux. La population est subjuguée par son aura, elle boit ses paroles. « Tout le monde vient voir le baba de Shahkot dans son ermitage arboricole ». Sampath est le seul centre d’intérêt de la communauté qui, par ailleurs, est très généreuse. Son père l’a d’ailleurs très bien compris. Son fils devient alors la source de profit de la famille qui s’est installée dans le verger : vente de sandwichs, de produits dérivés, sponsors, offrandes, ... Tout est bon pour s’enrichir.
Un jour, des singes qui semaient la terreur dans la ville, élisent domicile dans le verger, aux côtés de Sampath. Les habitants lui vouent alors une admiration sans limite : il a réussi à dompter les singes qui les terrorisaient. Mais la vie du verger bascule lorsque la bande de primates découvre l’alcool. Devenus alcooliques, ils détruisent les installations, terrifient les fidèles. Ils deviennent ainsi le centre des préoccupations de la ville dont le brouhaha et les disputes sont continuels. Sampath se sent pris au piège. Triste, prostré, son inspiration s’est envolée. Alors que chacun propose une solution pour venir à bout des singes, Sampath rêve déjà à une nouvelle sérénité...

Le Gourou sur la branche et le réalisme magique.

     Le roman de Kiran Desai nous fait découvrir les réalités de l’Inde tout en laissant une grande place à la magie qui vient le plus souvent de l’imaginaire des gens. Quelques exemples :
- Au début de l’histoire, le père de Sampath lit un article dans lequel sont énumérées les raisons de la sécheresse. Cela viendrait des « projections de cendre lors de la récente reprise de l’activité volcanique en Terre de feu », ou ce serait « l’Irak qui essaierait de leur voler la mousson », ou encore,  « un joueur de flûte hongrois prétendrait détourner les nuages ».
- La mère de Sampath dont l’imagination est très fertile, profite de la nature pour concocter des plats originaux à base d’ingrédients inconnus trouvés dans la forêt. Un espion, membre de l’organisation de dépistage des ermites charlatans, est venu épier Sampath. Il est convaincu que Kulfi est une sorcière qui prépare des potions qui permettent à son fils de tromper les gens.Tout au long de l’histoire, il essaie de prouver sa théorie.
- Les fidèles de Sampath sont subjugués par ses paroles : « Les jours de grande chaleur, l’abeille bourdonne plus fort ; les jours de pluie, elle reste tranquillement dans sa ruche », « quand la bouteille est cassée, il n’y a plus moyen de distinguer l’air qu’elle contenait du dehors »...
La magie vient de l’innocence des gens capables de croire aux maximes de Sampath, aux miracles, même si ce n’est pas logique.

    L’histoire nous transporte dans un monde parallèle où les singes sont alcooliques et volent des documents « top secret », où l’armée est entraînée pour capturer des singes, où les gens sont prêts à croire des choses imaginaires... Dans ce monde parallèle, une seule date est mentionnée, dès la page 219 : c’est le 30 avril. Cette date tombe de manière irréelle, mais elle rend l’histoire réelle. Une date est un élément réel et banal, mais ce n’est pas le cas dans le livre.

    Kiran Desai compare deux mondes opposés en utilisant la magie :
- Le monde de Monsieur Chawla, le père de Sampath, qui a envie de vivre « à la manière occidentale ». Consommateur, il veut s’enrichir et pour ce faire, il utilise les médias, les sponsors. Il vit comme un vrai commerçant à la recherche du profit. Il pense d’ailleurs investir son argent dans une compagnie spécialisée dans la lingerie féminine.
- Le monde de Sampath qui ne recherche pas la richesse, la possession de biens. Son souhait est de vivre de manière simple, loin de la civilisation.
C’est peut-être par ce décalage que l’auteur fait un parallèle avec la société indienne tiraillée entre les influences du monde occidental et  ses traditions.

« L'homme apaisé, sans haine ni peur, mérite d'être appelé sage. » Bouddha.

Emmanuelle, AS bib
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 17:28
Kiran Desai,
Le Gourou sur la branche, 1998,
Titre original :
Hullabaloo in the Guava Orchard,
Traduction Jean Demanuelli,
Calman
n-Lévy, 1999,
Nouvelle éd. Le livre de poche.

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I - Kiran Desai

    Née en 1971, fille de la romancière et novelliste Anita Desai, Kiran Desai grandit à Delhi jusqu'à quatorze ans, quand elle part pour l'Angleterre avec sa mère puis aux Etats-Unis où elle finit ses études secondaires dans le Massachussetts, avant de poursuivre à Bennington College dans le Vermont. Elle s'inscrit alors dans un cours d'écriture en Virginie, et ensuite à Columbia University à New York. Au cours de ses études à Columbia, Kiran Desai fait une pause de deux ans durant laquelle elle contribue au New Yorker et écrit Hullabaloo in the Guava Orchard (1998, (Le Gourou sur la branche, 1999), un conte mêlant la magie des fables et la comédie dans l'histoire d'un jeune garçon qui tente d'échapper aux responsabilités de la vie adulte en se réfugiant dans un arbre.

    Le livre, salué par Salman Rushdie, est récompensé par le Betty Trask Award. Son deuxième roman, The Inheritance of Loss (2006) (publié en 37 langues) reçoit le Man Booker Prize (le Goncourt britannique), le National Book Critics Award et le prix indien Hutch Crosswords. Le roman parle d'exil, d'appartenance à deux cultures, du passé et du présent. Kiran Desai tient à son passeport indien et retourne tous les ans à Delhi, mais est résidente permanente des Etats-Unis.

        Prix : Le Betty Trusk Award, reçu par Kiran Desai, est attribué par la Society of Authors au meilleur premier roman d'un auteur de moins de trente-cinq ans appartenant au Commonwealth.

        Auteurs préférés : Kiran Desai cite, parmi ses auteurs favoris, Kazuo Ichiguro, Kenzaburo Oe, Gabriel García Marquez, Truman Capote, Tennessee Williams et Flannery O'Connor.


 Bibliographie

     - Le gourou sur la branche (Hullabaloo in the Guava Orchard), traduit de l'anglais par Jean Demanuelli, Éditions Calmann-Lévy, 1999, ISBN 2-7021-3012-7
     - La perte en héritage (The Inheritance of Loss), traduit de l'anglais par Claude et Jean Demanuelli, Éditions des 2 terres, 2007, ISBN 978-2-84893-043-5


II - Le Gourou sur la branche
   
   1. Historique

    Quand on l'interroge sur ses maîtres, Kiran Desai cite Gabriel García Márquez, Flannery O'Connor, Kenzaburô Ôé, Juan Rulfo. Mais il y a aussi l'auteur du Baron perché, Italo Calvino, dont l'ombre plane sur son premier roman : Le Gourou sur la branche (disponible en Livre de poche), histoire d'un incorrigible gambergeur qui décide de quitter ce bas monde et de s'installer sur la branche d'un goyavier sans savoir que cette étrange ascension fera de lui une divinité locale, le nouveau prophète d'une Inde obsédée par l'absolu. «J'ai ébauché ce livre pendant mes études, alors que je m'étais inscrite à un atelier d'écriture de l'université de Columbia», explique Kiran Desai.

    2. Résumé

    C'est un garçon ! Sampath est né à l'arrivée de la mousson, après une telle sécheresse que des secours étaient envoyés par avion. Vers l'âge de ses 20 ans, Sampath est las de la routine de la famille, las de l'agitation de la petite ville (tout le monde s'épie), Shahkot, et las de son travail à la Poste (il lira en cachette en les regardant par transparence les lettres des gens). Il perd son travail à la Poste au grand dam de son père parce qu'il s'était déshabillé devant tous les convives invités au mariage de son patron. Sampath se réfugie, oppressé par la ville, dans la vallée où il y a des vergers, en haut d'une colline sur un vieux goyavier. Il refuse d'en redescendre et passe du statut de bon à rien à celui d'ermite, de Baba, de Sage. Sampath commence alors à prodiguer conseils et phrases à haute portée philosophique, non sans quelques connaissances au début puisqu'il va se servir de ce qu'il avait lu dans les lettres pour faire croire qu'il savait beaucoup de choses. Il retrouve peu à peu goût à la vie. Chacun des membres de sa famille profite de cette situation inespérée pour réaliser ses aspirations personnelles. Mais l'anarchie ne tarde pas à s'installer.

    Le roman décrit la vie de toute une famille, d'abord lasse de ce fainéant de Sampath, puis attentive à sa tranquillité et à ses besoins. Sa mère, la rêveuse Kulfi est douée pour la cuisine : elle n'en fait que pour un fils qui à ses yeux a toujours raison. C'est la grand-mère, Ammaji, qui nourrit les autres : Chawla, le père qui espère bâtir une fortune avec les pèlerins qui viennent profiter de la grande sagesse de Sampath, et Pinky la fille amoureuse du marchand de glaces. Un jour, un singe langur (singe blanc au visage noir) cesse d'importuner les filles devant le cinéma et vient au verger. Tous ses congénères suivent. Sampath devient le Baba des singes. Mais les singes deviennent de terribles alcooliques, et de si mauvais sujets que toute la ville s'émeut. Les projets se succèderont pour résoudre la contradiction entre la présence des pèlerins et celle des sauvageons.


   3. Les personnages.

  •  Sampath Chawla : héros de l'histoire, fainéant, rêveur, solitaire, lunatique.
  •  Kulfi : mère de Sampath, est une femme rêveuse, somnambule qui en fait voir de belles à son mari. Elle est douée pour la cuisine, ne rêve que de cuisiner à l'air libre et de créer LE plat de son existence. Elle pense que son fils à toujours raison.
  •  Ammaji : la grand-mère qui nourrit les autres.
  •  M. Chawla : le père de Sampath, qui au début prend son fils pour un bon à rien, et se désespère sur l'avenir de sa progéniture et qui va essayer de bâtir une fortune avec les pèlerins qui viennent profiter de la grande sagesse de Sampath. Le père confond amour familial et intérêt financier.
  •  Pinky : la sœur de Sampath amoureuse du marchand de glaces, d'un amour assez "fou".

    Et après cette galerie de personnages hauts en couleur : un espion, un colonel, un docteur, un patron de la Poste, les collègues de Sampath de La Poste, le marchand de glaces, un chef des services sanitaires absorbé par son ulcère, un sous-préfet dépassé par la situation et des singes alcooliques pour catalyser le désordre sous-jacent, etc.

  4. Thèmes abordés

    À travers ce roman, le lecteur découvre les multiples facettes de la société indienne.

    La place du garçon dans la famille est essentielle. De nombreux passages, pleins d'ironie, tournent autour du mariage. Kulfi avait été présentée à Chawla et à sa mère comme la seule personne normale d'une famille un peu fêlée. La dot était intéressante et permit d'effacer les dettes. Lorsque Sampath s'entête à rester dans son arbre, les parents envisagent de le marier : ainsi reçoit-il sans joie une jeune fille à marier escortée de toute sa famille. Mais la personne est de carnation trop foncée. Heureusement, du point de vue de l'ermite arboricole, elle tombe lourdement du goyavier. Exit la donzelle ! On parle aussi mariage pour le marchand de glaces. Celui-ci vit au milieu de douze femmes (mère, tantes et soeurs…) et comme il rêve d'aller rejoindre Pinky, qui lui a mordu l'oreille par amour, elles lui trouvent une superbe beauté au teint clair et aux yeux de biche. Pour qui le marchand de glaces va-t-il fondre ?

    Une ironie féroce vise les fonctionnaires indiens, tous les serviteurs de l'État. Le directeur des postes réquisitionne son personnel pour préparer les fêtes du mariage de sa fille. Le colonel qui surveille plus les pigeons que ses soldats, le médecin responsable de la santé publique, le préfet qui tarde à venir de Delhi, tous subissent une mise en boîte souriante. Les manuels disent que l'administration indienne est pléthorique. L'auteur reprend le cliché et invente ici un fonctionnaire chargé de vérifier l'authenticité des gourous ! Très absorbé par son travail d'espionnage dans le verger, et particulièrement attentif aux préparations culinaires de Kulfi, parviendra-t-il à prouver l'imposture ?

    On fait beaucoup de descriptions, de la nature, du paysage, de la ville, de la campagne, des personnages, des fruits, et autres denrées alimentaires, des couleurs, etc.

    Peut-être le fait d'avoir quitté l'Inde a-t-il marqué les romans de Kiran Desai car dans les deux romans, elle a écrit l'histoire d'un personnage arraché à son monde.

Ce roman est plein de saveurs indiennes et de parfums exotiques.

          6. Citations.

"Je suis persuadée que le rire reste la meilleure arme contre toutes les formes d'intolérance."
                                                                               Kiran Desai.

"D'une sensualité et d'une imagination étonnantes, ce roman est la preuve que la rencontre de l'Inde et de la langue anglaise continue à produire de nouveaux enfants d'une extrême vitalité."
                                                                               Salman Rushdie.

        7. Avis personnel

    Le livre est raconté sous forme de conte populaire, de fable satirique, et d'épopée.

    Ce roman est facile à lire. Les descriptions ne sont pas pesantes mais au contraire vous font rêver, imaginer, voyager, sentir, toucher. Personnellement, ce livre m'a donné une forte envie de manger un poulet au curry.
    C'est un roman frais, on se laisse porter. C'est une véritable invitation au voyage.

    Cette lecture drôle et rafraîchissante nous plonge dans l'imaginaire indien, tout en pointant les travers de notre société mercantile ; elle réunit aspirations spirituelles et préoccupations plus terre-à-terre. Ou comment aborder des sujets sérieux en gardant le sourire…

Grégoire, Bib 2ème année.
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