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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 21:02

Roberto-Bolano-Un-petit-roman-lumpen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto BOLAÑO
Un petit roman lumpen
Una novelita lumpen
Mondadori, 2002
Anagrama, 2009
traduit de l'espagnol
par Roberto AMUTIO
Christian Bourgois, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolaño

Poète et romancier chilien (1953-2003), un des écrivains latino-américain les plus admirés de sa génération.
 
« Héritier hétérodoxe de Borges, de Cortázar, de Artl, d’Onetti, à la fois poète et romancier, il saisit à bras le corps la littérature et l’histoire de sa génération, et est passé maître du brassage des registres, situations et personnages. » (Christian Bourgois)
 

 
Analyse personnelle
 
Ce roman qui est le dernier de Bolaño n'est autre que le récit d'un deuil. Bianca, la narratrice, et son petit frère perdent leurs parents dans un accident de voiture alors qu'ils sont adolescents. La narratrice revient sur cette période de sa vie en tant qu'adulte. La difficulté de rappel des souvenirs, l'idée de mémoire sélective sont des enjeux de ce récit.

Cette œuvre m'a semblé pertinente car elle répond aux critères de la poétique d'une fiction courte moderne. En effet, d'un point de vue quantitatif, elle fait tout juste moins de cent pages. Cela facilite la lecture en une seule séance et permet « l'unité d'impression » (cf. E. Poe; The Philosophy of Composition).
 
Ensuite, l'histoire nous plonge dans le réel, les personnages voient leurs vies bouleversées par l'accident de leurs parents, ce qui rappelle une phrase de Goethe : « une nouvelle est-elle autre chose qu'un événement inouï qui a eu lieu ? »

Enfin, d'un point de vue narratif, il me semble qu'on peut qualifier ce récit de nouvelle-instant par son rythme et sa concentration temporelle. Il répond  à ce critère énoncé par René Godenne : « ce qui compte d'abord, c'est la substance émotionnelle de l'instant qui vit en lui pendant un temps ».
 


Dès le début, lorsque Bianca relate la mort de ses parents, on perçoit à travers l'écriture un calme fataliste : « on s'était retrouvés orphelins. D'une certaine manière ça justifiait tout. » C'est l'énonciation d'un fait, ni plus ni moins. Et de tout le récit émane cette (fausse) impression de distance. Toute l'émotion du récit est sous-jacente, comme dans l'inconscient de la narration (et donc de la narratrice). Elle est comme effacée d’elle-même et la distinction des temps d’écriture et d’action semble la rendre spectatrice bien que narratrice. Les événements percutants sont sur le même plan que l'anecdotique car c'est comme cela que Bianca les reçoit. Les choses de la vie semblent la traverser sans la toucher, elle est diaphane. À l'image des jours et des nuits qu'elle passe, ou plutôt qui passent pour elle.

D'ailleurs, la lumière a une place importante dans cette nouvelle, le noir de la nuit n'existe plus pour Bianca et son frère. Ce qui donne une autre dimension à la cécité de Maciste (p. 62). Sa réponse résume son état d'esprit à cette époque : « je ne sais pas si c'est nerveux ou surnaturel, et je m'en fiche. » Cette cécité est importante au niveau du rapport aux corps, puisque Maciste achète les services de Bianca, il est en quelque sorte la victime consentante de leur  délinquance.

En effet, dès les premières lignes du récit, l'accent est mis sur le fait que Bianca a été délinquante. Cela apparaît comme un élément essentiel au deuil. Déjà bien avant l'idée du plan avec Maciste, Bianca se sent hors-cadre. Se définir comme délinquante lui permet de cristalliser ce sentiment de marginalité, de rejet des autres et des normes, voire de le justifier. Justifier, nommer cette période indescriptible, ce statut inexistant. Cela donne une profondeur à ce sentiment qui lui échappe. On peut rapprocher cette idée du terme lumpen, qui vient du marxisme et désigne une personne prolétaire qui n'a pas conscience de sa classe sociale par désintérêt de tout cela.

 L'inconscience et le désintérêt font partie de Bianca. L'écriture à la première personne lui confère une fausse simplicité d'esprit (p.62), contrebalancée par une lucidité aiguë (p. 32 et sq.). Ce qui en fait un personnage complet attachant, humain, en somme.

 
 
Conclusion personnelle
 
J'ai lu ce récit d'une traite, et dès le début j'ai commencé à annoter, car avant même de penser à une fiche de lecture j'ai été touchée par la narration. Mais au fur et à  mesure de ma lecture, j'ai été happée par l'histoire, oubliant de faire attention aux détails de l'écriture. Et c'est en reprenant le livre que je me suis aperçue du foisonnement de fils conducteurs transparents (la folie, l’onirisme, la temporalité, le chapitrage…), l’œuvre est tellement complète que j’ai passé trop de temps sur l’analyse. Je ne voulais pas faire l’impasse sur tout ce que j’ai perçu et donc, quelque part, amoindrir la beauté de l'œuvre telle que je l'ai reçue ; mal retranscrire tout ce qu'elle m'a transmis. Mais le temps m’a fait défaut et je prends ce risque en espérant que d’autres prendront celui de se lancer dans cette lecture malgré ou grâce à cet article.


Louise Barillot, 1ère année bib.

 

 

 

Roberto BOLAÑO sur LITTEXPRESS



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Article d'Annabelle sur Des putains meurtrières

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolano Le Secter du mal

 

 

 Article de Florian sur Le Secret du mal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert Amutio

 

 

Entretien avec Roberto Amutio, traducteur de Bolaño.

 

 

 

 

 

 

 


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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 07:00

 

 

 

Olivier-Cadiot-Fairy-Queen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier CADIOT
Fairy Queen
P.O.L, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Olivier Cadiot, né en 1956 à Paris est un poète, dramaturge et traducteur français. Avant sa première publication, l'art poetic, en 1988 à l'âge de 32 ans, il s'adonnait à des lectures orales de ses textes à l'ARC, au musée d'Art Moderne de Paris. Bien que familiarisé à l'écriture de poésie dès l'âge de 15 ans, Olivier Cadiot est un auteur qui s'engage dans le monde intellectuel français par le dire et l'audible avant le lisible. En 1993, il fonde avec Pierre Alféri, romancier et poète français, premier fils du philosophe Jacques Derrida, La Revue de littérature générale qui consacrera son premier tome à la poésie et s'affirmera comme avant-garde littéraire.

L'œuvre d'Olivier Cadiot n'est pas fermée dans un genre mais voyage entre poésie, théâtre et roman. Il signe un nouvel ensemble littéraire par une recherche du nouveau ne dépendant plus des traces de l'ancien. Jamais dans un processus d'écriture figé et définitif, Olivier Cadiot fait fusionner la poésie et le roman par l'adaptation de ses œuvres au théâtre mais aussi par des lectures publiques.



Fairy Queen

Fairy Queen d'Olivier Cadiot, publié en 2002 aux éditions P.O.L, tire son titre d'un semi opéra composé par le musicien anglais Henry Purcell en 1692. Ce livret adapte la pièce shakespearienne Le songe d'une nuit d'été mêlant amours entrecroisées, magie et mise en abyme du théâtre.

Fairy Queen d'Olivier Cadiot est une discussion entre le couple Gertrude Stein et Alice Babette Toklas. L'auteur projette le lecteur dans l'instant de leur rencontre par l'imagination qu'il fait de leurs échanges de paroles et de pensées. Par sa plume vivace au rythme saccadé, il engage le lecteur au cœur du dialogue entre ces deux femmes.

Gertrude Stein, née en 1874 à Alleghany en Pennsylvanie et décédée en 1946 à Neuilly Sur Seine, est une poétesse, écrivaine et féministe américaine. En 1904, elle vient à Paris, saisie par la fièvre artistique du quartier Montparnasse. Elle se met à fréquenter la communauté artistique de la capitale et s'entoure d'amitiés telles que Francis Picabia et Tristan Tzara. Par sa collection personnelle de tableaux et ses livres, elle participe hautement à l'expansion du cubisme et de la littérature de Hemingway et de Fitzgerald. Son génie était d'anticiper le talent des autres, son intuition flairait toujours un futur artistique, notamment avec la naissance du Cubisme. C'est grâce à cette Américaine que se développèrent la littérature et l'art moderne en France.

Alice Babette Toklas, née en 1877 à San Franscisco et morte en 1967 à Paris, est une femme de lettres américaines. D'une famille bourgeoise juive polonaise, elle fit des études de musique et pratiqua le piano. En 1907, à Paris, elle rencontra Stein dont elle partagea la vie jusqu'à la mort de cette dernière. Ensemble, elles organisèrent des rencontres où l'avant-garde de l'époque échangeait et communiquait. Leur appartement du 27 rue de Fleurus devint un des carrefours marquants de l'art et de la littérature à Paris.

À la fois confidente, critique, amante et cuisinière de Gertrude Stein, Alice Babette Toklas était une personnalité discrète. Elle fit son apparition médiatique lors de la publication des mémoires de Gertrude Stein, The autobiography of Alice B. Toklas, où l'écrivaine introduisait la voix de son amante à la première personne.



Dans Fairy Queen, Olivier Cadiot nous montre l'entrée d'une fée dans la vie d'une queen. Alice B. Toklas et Gertrude Stein partagèrent ainsi une grande partie de leur vie autour de l'art et la littérature, en formant l'un des couples les plus emblématiques de l'époque.

Tout d'abord, Fairy Queen est un livre très drôle. Olivier Cadiot propose un paradoxe amusant : les échanges conversationnels d'un couple de femmes homosexuelles, féministes et modernes autour de la cuisine, de « remontant spécial dans gâteau au chocolat », de « rillettes de canard », de « sandwich », de « dinde », de « sauce béarnaise » pour traiter du vide, du rien, de l'amour, de l'écriture,  de l'art... Ces thèmes sont abordés dans la légèreté, introduits par une anecdote amusante qui prend toujours une valeur symbolique et donne sens au texte.

 

 «  Vous connaissez ce truc ? Air Guitar, il y a même un championnat du monde, faire semblant de jouer de la guitare, à vide, comme on faisait dans les boums, zoiiiing, Santana, etc. »

 

C'est ainsi qu'elles abordent le thème du vide dans l'art.

« Rien d'important au centre ne veut pas dire rien majuscule. »

Le vide est-il une idée du rien ? Qu'est-ce que le rien ? Il est nécessairement quelque chose, sinon il ne serait pas. Peut-être un vide plein, un bruit blanc, une intuition...

Le lecteur a cette agréable impression de spontanéité à la lecture de Fairy Queen. En effet, Olivier Cadiot s'éloigne de l'analyse brute et du traitement philosophique pur des choses pour laisser place  au surgissement d'échanges francs. Ainsi, la Gertrude Stein connue de tous, intellectuelle et collectionneuse d'art est mise de côté pour l'expression d'un « je » distancié et plein d'auto-dérision.

Jamais l'auteur ne contraint le lecteur ni à la difficulté face au texte, ni à la confidence directe et réfléchie. Au contraire, les thèmes sont abordés de façon inconsciente et se profilent naturellement ce qui leur donne une profonde véracité.

Le plaisir à la lecture de Fairy Queen vient aussi du style d'Olivier Cadiot. Son écriture est empreinte d'une musicalité moderne. Le croisement du français (langue dépeinte par son essor de mots) et de l'anglais (tendance au court, au concentré, à la synthèse) produit un naturel amusant au texte. À la lecture de ce livre, une impression d'écriture libre nous envahit, comme un effet de vitesse qui bouleverse par l'émergence de la précision brutale des mots. Cadiot fonde son travail d'écrivain sur une déconstruction, qui n'est pas fatigante pour le lecteur et crée un ensemble démentiel mais éclatant de sens. Ce bloc d'écriture est composé de deux parties :

– l'anecdote, le spontané, l'oralité tout en fragments et surgissant d'une conversation, d'une pensée, d'une vision, d'un souvenir...

– l'émergence du roman qui découle naturellement de la première partie, ainsi que de la lecture qu'en fait chaque lecteur.

« Je vois les formes comme des contenus et les contenus comme des formes. » Olivier Cadiot.

Par ce procédé d'écriture, Olivier Cadiot fait entendre un son de voix particulier qui se structure par un style unique, difficile à répertorier. L'auteur parle de « tordre la langue », de « collision de mots pour produire de la pensée. » Ce démantèlement amène un surgissement de l'oralité.

Fairy Queen est un livre aux frontières vaporeuses. En effet, Olivier Cadiot navigue entre les pensées personnelles d'Alice Babette Toklas, un déroulement d'images et d'actions décrit par énumération et le dialogue entre les deux femmes. Il marque la différence par une écriture pleine de conventions, sans réelles indications typographiques.

 

 « Volontiers, mais ouiiii, je hurle intérieurement, c'est ça que je voulais, yes, nom de dieu, bingo, mais avec joie, c'est ah comment vous dire ? »

 

Ainsi, Olivier Cadiot ne se contente pas de nous communiquer simplement quelque chose de façon linéaire. Il appelle les lecteurs à une vraie expérience par l'élucidation afin de donner corps au texte. La forte interactivité dans Fairy Queen amène une grande satisfaction aux lecteurs qui, complètement intégrés dans le roman, s'amusent du défi qu'apporte le style de l'auteur.

In fine, une écriture basée sur l'échange, la rencontre entre deux subjectivités qui s'atteignent et partagent dans un naturel conversationnel prégnant. Chez Olivier Cadiot, la poésie et l'oralité se confondent pour former l'essence même de son écriture.

Gertrude Stein et Alice B. Toklas renaissent touchantes et drôles sous la plume d'Olivier Cadiot. L'auteur laisse de côté leurs personnalités publiques pour parler cuisine et partager un moment authentique avec le lecteur. Doucement, dans une ambiance légère où les rapports sont relâchés, Olivier Cadiot aborde la rencontre entre ces deux femmes célèbres par une biofiction en forme de dialogue vif et drôle, sur un rythme d'oralité.



Samantha, AS édition-librairie




Bibliographie


Fairy Queen, Olivier Cadiot, P.O.L, octobre 2002.
Un nid pour quoi faire, Olivier Cadiot, P.O.L, octobre 2006.


Les sites officiels

http://www.pol-editeur.com/
http://www.theatre-contemporain.net/


Les entretiens

http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-olivier-cadiot-2012-10-18


Les articles en ligne

http://www.lepoint.fr/arts/gertrude-stein-une-rose-est-une-rose-est-une-rose-est-une-22-09-2011-1377616_36.php
http://www.lexpress.fr/culture/livre/gertrude-stein_933472.html














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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 07:00

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Milena Agus
Mal de pierres
Trad. de l’italien
par Dominique Vittoz
Liana Levi, 2007
Le livre de poche, 2009



 

 

 

 

 

 

 

Introduction

Milena Agus, dans Comme un funambule,  postface à la suite de Mal de pierres, a déclaré ne pas être écrivain ; pour elle, écrire serait plutôt un remède, nécessaire à sa survie et à son épanouissement personnel ; elle ne semble pas rechercher le succès et se moque de plaire ou non mais par chance, ses romans et nouvelles plaisent au grand public et ses écrits sont traduits aujourd’hui dans plusieurs langues.

Dans un récit où se mêlent fiction et réalité l’auteure nous livre une partie de sa vie, un récit presque historique, poignant et touchant, celui du mal de pierres…



Structure du roman

Ce roman est assez court puisqu’avec la postface, il fait 152 pages. Il est composé de vingt chapitres dont le plus court fait une dizaine de lignes. La plupart racontent l'histoire de la grand-mère de la narratrice ; cependant, quelques-uns sont entièrement dédiés à des personnages secondaires. Certains chapitres très courts sont consacrés à la narratrice qui livre ses sentiments et impressions. À la fin du roman, et pendant une dizaine de pages, l'auteure revient sur son expérience et confie son ressenti par rapport à l'écriture.

Les chapitres ne sont pas nécessairement placés dans un ordre chronologique puisque dans un chapitre nous pouvons très bien être dans le présent et dans le suivant retourner en arrière, plonger au cœur des années 50.

Comme l'auteure/narratrice est très attachée à sa terre d’origine, nous trouvons, parsemées dans le récit, des phrases et expressions écrites en italien qui sont signalées par l'emploi de l'italique. Le choix de l’auteure et du traducteur pour la retranscription de ces phrases en italien prend deux formes : soit nous trouvons des notes de bas de page qui nous donnent la traduction exacte des expressions, soit les expressions sont écrites en français juste à côté, séparées de l’italien par une virgule.

A l'intérieur des chapitres, nous trouvons de larges sauts de paragraphes qui peuvent nous indiquer soit des ellipses temporelles soient des temps de réflexion apportés par la narratrice.

L'écriture est fluide et essentiellement composée de phrases courtes ou très ponctuées. C’est une écriture du souvenir.



Un récit aux multiples facettes, points et personnages clés.

C’est au cœur d’un récit de vie, d’un récit de famille, que nous entraîne Milena Agus. Ce roman, est riche en histoires complexes qui se croisent et se mêlent. Il y a d’abord et principalement l’histoire d’une grand-mère, jamais nommée, puis celle de son fils, de sa belle-fille, de la mère de la belle-fille, des grands-pères, de l’amant de la grand-mère et de la petite fille, qui écrit cette histoire.


La grand-mère

L’histoire de la grand-mère de la narratrice est le fil conducteur de ce roman.
 

 

C'est l'histoire d'une jeune femme qui n'a jamais connu l'amour. Sa famille la croyait folle. Jeune femme assez torturée qui, dès que quelque chose ne lui plaisait pas, piquait des crises de colère et de folie intenses, déchirait tous ses travaux artistiques et ses tapisseries, se coupait les cheveux très court ou allait jusqu'à tenter de se donner la mort.

Le contexte dans lequel cette histoire est située nous montre à quel point il était très mal vu pour une jeune femme à l’époque d’être dépressive et de ne pas être mariée.
 

 

Quelque part la seule chose ayant sauvé cette jeune fille est l’entrée en guerre de l'Italie qui a empêché sa famille de la faire interner dans un hôpital psychiatrique.

 

Après de nombreux échecs amoureux elle a fini par rencontrer un homme qui l’a épousée pour sa dot. Elle a accepté sa demande, plus par obligation et par devoir que par amour, et n'a jamais rien éprouvé pour cet homme avec qui elle a cependant entretenu des relations sexuelles plutôt complexes.

La grand-mère de la narratrice a rejeté toutes les marques d'affection de son mari pendant de nombreuses années. N'arrivant pas à faire d'enfants à cause de problèmes de calculs rénaux (d'ou le titre du roman Mal de pierres) elle est partie en cure thermale où elle a rencontré un homme nommé « le rescapé ».

L'auteure, la petite fille, décrit pendant de longues pages la relation qu’a entretenue sa grand-mère avec cet homme pendant sa cure. C’est dans le récit le seul instant de bonheur que la grand-mère semble avoir vécu mais il ne fut qu’éphémère.


Cette grand-mère est décrite comme quelqu'un de rongé par le remords, qui passe sa vie à être insatisfaite des choses qu'elle possède mais qui en a conscience, qui le regrette, qui aimerait changer sa vie mais n'y arrive pas.

La seule chose dont elle est fière est son fils qui pourtant ne lui a jamais réellement donné d'affection alors qu'elle a tout sacrifié pour lui.

La vie réelle de cette femme est révélée au travers de ses écrits qu’elle consigne soigneusement dans un petit cahier. C’est ce petit cahier, trouvé à la fin du roman par sa petite fille, qui lèvera les zones d'ombres sur la vie de la grand-mère et nous révélera la vérité qui est finalement bien différente du récit passé…



Le grand-père

Ayant épousé la grand mère de la narratrice pour sa dot, initialement, il semble avoir un bon fond. Avant d’être avec elle, il avait une famille qui a péri à la suite de la guerre. Il est plutôt attentionné bien qu’il soit incapable de dire à sa femme s’il l’aime ou non. Habitué des bordels, il a, à la demande de son épouse, arrêté de fréquenter ce genre d’établissement en échange de quoi il économisait de l’argent. Sa femme en contrepartie s’est pliée pendant des années à des sortes de jeux de rôle sexuels, effectuant diverses « prestations » comme elle le dit, semblables à celles de prostituées dans les maisons closes.



Le rescapé

Le rescapé est le nom donné à l’amant de la grand-mère qu'elle a connu en 1950 pendant sa cure. Il est présenté comme un personnage presque héroïque, avec une jambe de bois, ayant survécu à la guerre et à ses horreurs. C’est un poète tendre et à l'écoute de la jeune femme qui avait besoin qu’on l’écoute justement. La narratrice va même jusqu'à penser que le rescapé était peut-être son grand-père et elle se plaît à imaginer que le rescapé ayant participé à la guerre participe à l'honneur de sa famille. On ne sait pas grand-chose de lui au final si ce n’est qu'il habite à Milan, qu'il a une femme et une fille. Le rescapé a hanté les souvenirs et l'imagination de la grand-mère de la narratrice qui, lors d'un voyage à Milan, a sombré dans le chagrin ne retrouvant pas son amant passé. Les dernières lignes du roman nous dévoilent cependant une nouvelle facette du rescapé qui est bien différente de celle décrite par la grand-mère et par la narratrice.


Les parents de la narratrice

Les parents de la narratrice sont des musiciens, son père est le fils de l’héroïne du roman. Il se passionne pour la musique et plus particulièrement le piano alors que sa femme joue de la flûte.

On apprend que le père de l'auteure a toujours été en admiration devant son propre père alors que c'est sa mère qui a sacrifié beaucoup de choses pour lui, notamment en travaillant durement pour permettre l'achat d'un piano.

La mère de la narratrice, quant à elle, est décrite comme quelqu'un d'assez fantasque, plutôt légère. Elle ferait n'importe quoi pour son mari et le suivrait à l'autre bout du monde. Elle possède cependant une histoire personnelle puisqu’elle part avec son mari à la recherche de ses origines et de son père qu'elle n'a jamais connu.


Madame Lia

Il s'agit de la grand-mère maternelle de la narratrice. On ne sait pas grand-chose d’elle si ce n'est qu'elle déteste tout ce qui se rapporte à l’art, à l'écriture et à la littérature. On apprend cependant au fil des pages à connaître ce personnage à travers son passé. Lorsqu'elle était jeune elle aimait écrire des poèmes mais elle est tombée amoureuse d'un homme marié qui avait déjà une fille. Elle a eu une aventure avec lui, est tombée enceinte (de la mère de la narratrice) et a dû fuir sa famille pour ne pas leur faire supporter la honte d'une grossesse sans père. C’est à partir de ce moment qu’elle a vécu dans une grande pauvreté et qu’elle s’est mise à détester tout ce qui concernait l’art. Lorsque l'on comprend son lourd passé, le personnage décrit comme plutôt antipathique dans les chapitres précédents semble regagner toute son humanité. C’est une prise de conscience qui semble avoir lieu en même temps que celle de la narratrice sur la véritable nature de sa grand-mère. Après sa mort, sa fille est partie à la recherche de son père, un ancien berger ayant travaillé pour sa famille. Elle a appris qu'il s'était donné la mort par amour pour sa mère.


La narratrice

C’est elle qui écrit l'histoire et c'est à travers ses souvenirs et ce que lui a raconté sa grand-mère qu'elle peint dans ce livre un tableau familial. On ne sait pas grand-chose d’elle non plus si ce n’est qu'elle est très attachée à la Sardaigne, en particulier à l'appartement de la rue Mano où elle a pris soin de sa grand-mère avant son décès et où elle a grandi. C'est une jeune fille qui va se marier avec son premier amour, elle pense que si sa vie est si facile aujourd'hui c'est parce que sa grand-mère a contribué à son équilibre en subissant beaucoup de choses assez difficiles à vivre ; elle lui en est reconnaissante.  C'est un personnage qui semble très attaché à ses racines, qu'elles soient familiales ou géographiques, et bien que son histoire ne soit pas directement abordée, elle est présente dans chacune des lignes du roman grâce à des réflexions et des sentiments personnels exprimés avec plus ou moins d'intensité. La découverte du cadavre de sa grand-mère a été pour elle une étape rude, c'est une jeune femme forte qui porte de lourds secrets familiaux car elle connaît toute l'histoire de sa grand-mère depuis qu’elle a trouvé son cahier rouge, sorte de  journal intime... Elle apprend à la fin du roman la vérité sur l'histoire de sa grand-mère et semble alors libérée d'un poids ; pour elle, l'avenir est devant et sans oublier le passé, elle croit en la magie de l'amour.



Un témoignage historique/ géographique

Enfin je dirai que ce livre possède des dimensions historique et géographique. La narratrice explore systématiquement les environs de la ville ou elle a grandi et qui sont décrits  très précisément, ainsi que l'environnement dans lequel vivait la grand mère de la narratrice, de la rue aux lieux de vacances. Les villes italiennes y sont décrites avec beaucoup de précision et de passion et l'identité sarde est très fortement représentée.

Ce roman est également un témoignage historique très fort car nous pouvons pratiquement vivre comme si nous y étions, via les souvenirs de la grand mère, l’entrée en guerre de l'Italie lors de la Seconde Guerre mondiale, la signature de l'armistice, les batailles, les fêtes et la période de la reconstruction. À travers la narratrice nous avons aussi un aperçu du monde contemporain avec la mise en avant du conflit entre l'Irak et l'Amérique.

C'est un récit attaché à la terre et à la famille, aux mœurs et coutumes géographiquement situées et historiquement datées.



Analyse personnelle

Pour conclure, je dirai que ce livre est un témoignage poignant de réalité, une belle histoire de famille et une histoire pour tous les amoureux de fiction et de belle écriture qui pourront se retrouver en quelque sorte dans chacun des personnages décrits ici. Puisque dans ce roman, ce qui semble être le plus important à retenir est qu’il est indispensable de vivre avec de l'amour et qu’écrire est le remède à tous les maux.


Aurélie S., 2e année bib.-méd.

 

 

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 07:00

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Antonin ARTAUD
Héliogabale ou l’anarchiste couronné
Denoël, Steele 1934
Gallimard, L’imaginaire, 1977




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antonin Artaud est né à Marseille en 1896 dans une famille bourgeoise. Il contracte en bas âge une méningite qui va provoquer le début de troubles nerveux et de maux de tête récurrents qui le suivront tout au long de sa vie, marquant sa relation avec les autres et sa création artistique. Il développera également un goût pour l’opium dans les années 1920 qui le conduira à de nombreuses tentatives de désintoxication. A la fois poète, écrivain, acteur, essayiste, dessinateur et théoricien du théâtre, il fondera en 1927 le Théâtre Alfred-Jarry avec Roger Vitrac et Robert Aron : un théâtre qualifié d’acte dangereux, dont comédiens et spectateurs ne doivent pas revenir intacts. Artaud amène à repenser intégralement la conception de la dramaturgie dans la première moitié du XXe siècle en faisant apparaître son « théâtre de la cruauté ». Pour lui il ne peut y avoir de vie qui s’exprime sans cette cruauté. Par cruauté il ne faut pas imaginer des souffrances infligées, mais il faut plutôt remonter à l’étymologie du mot « cruauté » qui vient du latin cruor et qui désigne le sang qui coule dans nos veines. C’est-à-dire que chaque instant vécu doit l’être pleinement dans chaque partie de notre corps. Il faut donc voir le théâtre de la cruauté comme une représentation de la vie elle-même. Artaud met en avant la souffrance d’exister, le besoin pour un acteur de transcender son rôle sur scène.

Il écrit Héliogabale ou l’anarchiste couronné en 1934.



Qui est Héliogabale ?

L’empereur romain Héliogabale qui vécut au IIIe siècle au sein de la Rome décadente, est en fait une figure oubliée de l’Histoire. L’œuvre d’Antonin Artaud va retracer le contexte historique de l’époque et plus précisément la montée au pouvoir et le rapide déclin de cet empereur couronné à l’âge de 14 ans.

Il va apporter une nouvelle vision, autre que celle qui est disponible dans les ouvrages spécialisés et destinés à un public averti. Son travail, même s’il est l’un des plus aboutis et des plus documentés qu’il ait réalisés, ne ressemble en rien à un travail d’historien puisqu’il ne peut s’empêcher de s’impliquer tout au long de l’œuvre, d’y laisser une part de lui-même.



L'œuvre

Elle est divisée en trois parties, toutes très différentes les unes des autres. En effet la première, « Le berceau de sperme », s’ouvre sur Héliogabale, ses origines, et toute l’atmosphère dans laquelle il a grandi. Artaud pose les bases de son livre et exécute un véritable travail historique en nous replaçant dans le contexte contemporain. Ce qui le différencie des historiens c’est le choix des anecdotes présentées et bien évidemment son écriture. Il choisit de mettre en valeur les noms propres des villes, des personnages, des déesses, et ce travail généalogique, historique, précis, devient alors poétique grâce à ces mots inconnus dont on ne maîtrise pour la plupart pas le sens. Artaud nous berce dans une atmosphère qui n’est plus la nôtre, dont nous ne saisissons pas grand-chose, si ce n’est l’essence pure de son écriture. Il faut, dans cette œuvre, accepter de ne pas tout comprendre.

Dans « La guerre des principes », la seconde partie de son œuvre, Artaud oublie complètement tous ces détails géographiques, historiques et se concentre beaucoup plus sur la religion, la spiritualité qui était propre à Héliogabale. Il parle notamment de la « religion du soleil », mais fait également des parallèles entre celle-là et la sienne, la nôtre, celle du XXe siècle. Il analyse, se questionne à voix haute et entre dans un débat philosophique et sociologique. En effet, une majeure partie de ce second chapitre est consacré à la philosophie et aux « principes » que va tenter de définir Artaud. Même si ce chapitre prend des allures d’essai, on retrouve quand même cette écriture poétique, le fait de jongler avec les mots, sans forcément donner ou rechercher un sens absolu.

C’est dans le dernier chapitre « L’anarchie », qu’Artaud se rapproche le plus de la forme du récit puisqu’il en vient à raconter la montée au pouvoir d’Héliogabale via les femmes de sa famille, sa politique exubérante et enfin sa mort, tout aussi haute en couleur. La description physique et surtout physique d’Héliogabale est faite : il est présenté comme un dieu, puisqu’il se nomme lui-même ainsi. Il est également décrit comme un « personnage pédéraste qui se veut femme en étant un prêtre du masculin ». La tension entre le féminin et le masculin sera en effet très présente tout au long de cette œuvre. Dans ce dernier chapitre plusieurs thèmes sont récurrents comme la violence, la provocation, la poésie et le théâtre, le sexe, la religion et sont tous représentés dans la manifestation de l’anarchie d’Héliogabale : « il s’habille en prostitué et se vend pour quarante sous à la porte des églises chrétiennes, des temples des dieux romains ». Autre exemple : il nomme un danseur à la tête de sa garde personnelle, choisit des ministres en fonction de l’énormité de leur membre, etc. Selon Artaud il s’agirait d’un moyen, pour Héliogabale, d’exprimer son mépris profond pour le monde romain de cette époque. Ce dernier est continuellement dans la théâtralité, tout comme Artaud, et l’on comprend alors la fascination qu’il a pour l’empereur ; ils vivent tous les deux dans la violence, la poésie, ce sont tous deux des personnages à vif.



Mon avis

Héliogabale ou l’anarchiste couronné est un livre multiple dans lequel il est possible de trouver de véritables éléments biographiques et historiques sur le personnage éponyme, mais c’est également un travail littéraire impressionnant par la diversité de l’écriture et surtout par la poésie qui s’en dégage.


 Laure, 2e année édition/librairie.

 

 

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 07:00

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Philippe BESSON
Une bonne raison de se tuer
Juillard, 2012
10/18, janvier 2013
 








 

 

 

 

 

 

L’auteur

Philippe Besson est un écrivain français né en 1967 en Charente. Il est également critique littéraire et animateur de télévision. Il fut homme d’affaires pendant quelque temps, avant de devenir DRH puis secrétaire-général de l’Institut français d’opinion publique.

Mais c’est en 1999, à la suite de lectures de récits d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale, qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman : En l’absence des hommes, qui est publié en 2001. Ce roman reçoit le prix Emmanuel-Roblès. En 2002, il a déjà publié quatre romans et décide de se consacrer entièrement à l’écriture. Chacun de ses romans reçoit de nombreux prix, et l’un d’eux est même adapté au cinéma.

Une bonne raison de se tuer est son douzième roman.

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Besson)

 

Résumé

Une bonne raison de se tuer aborde, comme son titre l’indique, le thème du suicide. Nous suivons en effet deux personnages à un tournant de leur vie.

Le premier personnage que nous découvrons est Laura, une femme d’une quarantaine d’années, engluée dans la routine de sa vie depuis son divorce et le départ de ses fils, devenus des adultes. Au début du chapitre, elle se réveille, c’est le début de la journée. Et nous apprenons, dès la fin de ce premier chapitre, que la journée qui commence sera la dernière journée de Laura : « Mais cette fois, Laura Parker ne sera pas sauvée : elle a décidé qu’elle serait morte ce soir. »

Le deuxième chapitre concerne Samuel, un homme d’une quarantaine d’années également, vivant seul à Newport Beach, et menant une vie d’artiste depuis son divorce d’avec sa femme. Le chapitre commence également au réveil du personnage, et dès la fin de celui-ci, nous apprenons également le caractère particulier de la journée qui commence : « Paul est son fils. Cet après-midi, à 14h, il doit l’enterrer. »

Le roman se déroule sur toute la durée de la journée, durant laquelle le lecteur suit les deux personnages en alternance.

 

Thèmes abordés

Les thèmes abordés sont ceux qui habitent en général les romans de Philippe Besson, la mort, la nostalgie, l’amour et une sorte de mélancolie qui se transmet au lecteur.

– La mort. Les deux personnages sont directement confrontés à la mort dans le roman, mais de manières très différentes. En effet, alors que Laura se projette vers la mort par sa décision de se suicider, Samuel est lui en position de victime face à la mort de son fils, survenue très tôt et de manière inattendue. Les deux personnages semblent se répondre, puisque, alors que Laura désire se suicider et expose tout au long du roman ses raisons de le faire, Samuel quant à lui est hanté par le suicide de son fils, qu’il ne comprend pas. Le lecteur est donc balloté entre une femme listant ses raisons de se suicider, et un homme plein de questionnements face à la mort prématurée de son fils, qui s’est pendu. Le suicide est le thème central du roman et l’auteur réussit à aborder ce thème des deux points de vue possible : celui de la personne sur le point de se suicider, et celui de la personne confrontée au suicide d’un être cher, suicide qu’elle ne comprend pas.

– La nostalgie. Ici, les deux personnages semblent également se répondre. En effet, Laura est hantée par sa vie passée, par son mariage qui fut heureux et qui est aujourd’hui brisé, et par l’amour de ses fils, aujourd’hui partis vivre leurs vies d’adultes. C’est de cette nostalgie, de ce manque que naît sa volonté de se suicider. Elle veut mettre fin à cette vie de solitude à laquelle elle n’arrive pas à s’adapter. Samuel, quant à lui, est hanté par la mort de son fils, puisque chaque souvenir, chaque trace de Paul dans son appartement lui provoque un choc qui l’enfonce dans ses souvenirs et dans la nostalgie de la vie avec son fils. Il revit chaque moment, en se demandant comment il aurait pu ou dû agir pour éviter la mort de son fils. Il analyse chaque comportement, chaque silence de Paul, pendant lesquels il aurait dû lui parler, et qui l’aurait aidé à le comprendre et à empêcher son suicide.

– L’amour. Évidemment, comme dans chaque roman de Philippe Besson, la vie des personnages est guidée par l’amour qu’ils portent à une personne, ou à plusieurs. Ainsi, Laura est détruite par le désintérêt dont ses fils font preuve, alors qu’elle se rappelle avoir sacrifié sa vie pour les élever et pour les rendre heureux. Samuel est lui détruit par la mort de son fils qu’il aimait tant, malgré le peu de temps qu’ils passaient ensemble. Les deux personnages regrettent la distance qui s’est installée entre eux et leurs enfants, et qui a poussé une des deux parties au suicide, que ce soit par manque de communication ou par manque d’amour et d’intérêt. Les deux personnages sont également unis par l’échec de leurs mariages, qu’ils regrettent tous les deux.



 
Ce roman aborde donc plusieurs thèmes, dont celui qui traverse toute l’œuvre de Philippe Besson : la psychologie humaine. Comme toujours, nous rencontrons des personnages qui se trouvent à un tournant de leur vie, et qui sont donc dans une démarche d’introspection que l’auteur nous expose. Ces deux personnages sont dans une journée de leur vie pendant laquelle leur fragilité est exacerbée, où toutes les questions qu’ils se posent les mèneront à des décisions majeures.


Morgane, AS bib.-méd.

 

 


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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:00

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Shaïne CASSIM
Je ne suis pas Eugénie Grandet
L’École des loisirs, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne suis pas Eugénie Grandet est un roman de Shaïne Cassim, publié en 2011 à l'École des loisirs. L'auteur est née en 1966 à Tananarive, à Madagascar.

Alice Pratt a dix-sept ans, l'âge difficile où l'innocence et les rêves font place à la vie « réelle » ou « active ». Des mots qui promettent une pression proche et qui font peur à ces jeunes lycéens. C'est l'âge de cet entre-deux qui remet tout en question : l'enfance, l'adolescence et l'existence de son futur.

Alice nous raconte ses peurs. Tout commence lors de l'exposition de Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet qu'elle est allée voir à Paris avec sa sœur. Anne-Louise Pratt a vingt ans et la vie devant elle. Elle est costumière de théâtre, passionnée, pleine de sentiments généreux et très proche de sa petite sœur. Cette exposition est une révélation pour Alice qui ne veut pas rater sa vie et être seule comme Eugénie.  Elle refuse d'être dans l'ombre de sa grande sœur. La jeune fille s'éloigne alors et s'enferme dans ses interrogations, décidant d'affronter ses démons et de prendre sa vie en main.

Le roman est composé de trois parties. Premièrement, on assiste au questionnement d'Alice qui présente parallèlement les personnages : sa sœur, son père, Max le charmant petit ami et metteur en scène d'Anne-Louise, ainsi qu' Alphonse, une rencontre fortuite au cours de cette exposition bouleversante. Ensuite, le personnage d'Anabelle est mis en avant. Cette grand-mère peu connue commence à intriguer  Alice. Ces deux têtes de mules s'apprivoiseront. La troisième partie est dédiée à la pièce que Max et Anne-Louise interprètent : La Cerisaie de Tchekhov.

Ces trois parties peuvent sembler décousues mais je n'ai pas trouvé cela dérangeant dans le sens où l'on reste avec la narratrice Alice, et que les situations font écho à la sienne, elles collaborent à la recherche d'elle-même. On évolue dans l'entourage d'Alice, participe à sa vision des choses, à son dur chemin pour grandir. Et peu à peu, on retrouve une certaine stabilité. Lorsque l'on ferme ce livre, on est serein, on sourit car on est heureux qu'Alice ait trouvé sa voie, qu'elle soit parvenue à mûrir. Finalement, Shaïne Cassim nous remplit d'espoir, nous voilà avec cette envie de croquer la vie à pleines dents !

J'ai particulièrement apprécié l'écriture à la fois familière et poétique. L'auteur est parvenue à concilier les deux styles de manière pertinente et compréhensible. Cependant, l'écriture, le sujet et les références me laissent croire que Je ne suis pas Eugénie Grandet est davantage un roman à conseiller aux adolescents à partir de quinze ans. Même s'il est possible de le lire dès treize ans, je pense que cela aura plus d'effet, car ce sera mieux compris par les lycéens. Et les plus grands  seront ravis de retrouver cette quête de l'indépendance, de la maturité difficile à trouver et semée d'embûches. A tout âge nous pouvons nous identifier dans cette situation émouvante et dans ce petit chef-d'œuvre empreint de poésie.


Camille, 1ère année édition-librairie

 

 

 


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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 07:00

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Murakami Haruki
村上 春樹
Saules aveugles, femme endormie
めくらやなぎと、眠る女
Mekurayanagi to, nemuru onna
Traduction d’Hélène Morita
Belfond, 2008
10/18, 2010






 

 

 

 

Biographie

Haruki Murakami est un écrivain, essayiste et traducteur. Il est né à Kyōto au Japon, le 12 janvier 1949 mais a grandi dans la ville d’Ashiya. Il est le fils d’enseignants. En 1968, il déménage à Tōkyō pour y étudier le théâtre à l'Université Waseda. Puis il dirige un club de jazz jusqu’en 1981 où il décide de devenir écrivain professionnel. Il  voyage en Grèce, puis en Italie, et s’expatrie aux États-Unis avant d'enseigner à l’université de Princeton durant quatre ans. Dans les années 70, Haruki Murakami commence à écrire. Son premier livre, non traduit, Écoute le chant du vent, en 1979, lui vaut le prix Gunzo.

C’est aussi le traducteur japonais de grands auteurs américains comme Scott Fitzgerald ou Raymond Carver. C’est aujourd’hui un auteur très célèbre au Japon et son œuvre est traduite dans plus de trente pays. Il publie les livres  Chroniques de l'oiseau à ressort en 2001 et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil en 2002. Après le séisme de Kōbe et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tōkyō en 1995, il revient s'installer au Japon et s’inspire de ces deux événements pour écrire Après le tremblement de terre, puis Les Amants du Spoutnik en 2003 (il revient sur l’attentat de Tokyo dans son dernier livre, Underground, paru en France en février 2013). Le roman Kafka sur le rivage, sorti en 2006, l'inscrit définitivement parmi les grands de la littérature internationale. Il a été plusieurs fois présenté comme un possible prix Nobel de littérature et a reçu le prestigieux prix Yomiuri et le prix Kafka en 2006. Il a publié récemment une trilogie,  1Q84, parue aux éditions Belfond en 2012.



Rêve et la réalité dans le recueil Saules aveugles, femme endormie.

Qand nous lisons ce recueil, nous nous sentons sans cesse prisonnier de l’univers de Murakami, entre éveil et rêve. L’aisance narrative de l’auteur et son sens du détail nous font complètement oublier le monde où nous vivons pour mieux nous entraîner dans celui de chaque nouvelle. Haruki Murakami a des idées à ne plus savoir qu’en faire, aussi absurdes les unes que les autres : des chats dévoreurs de chair humaine, un homme à l’aspect glacial, un singe qui vole des prénoms, une pierre en forme de rein qui se déplace toute seule...



La structure du recueil

Le recueil semble n’obéir à aucune logique. Nous passons d’une histoire à une autre sans qu’aucun lien entre elles apparaisse. Ces nouvelles ont été écrites sur plusieurs années. Elles ne sont classées ni par thème, ni par ordre chronologique.
 


Les thèmes récurrents de la faune et de la flore

Dans tous ces récits nous retrouvons cependant le thème de la vie quotidienne, qui permet au lecteur de s’identifier plus facilement aux personnages, ainsi que celui de. la nature vivante ou végétale (un saule) et minérale (une pierre noire en forme de rein qui se déplace toute seule, ou encore la glace). En outre, les animaux dans ce recueil sont omniprésents : chats, corbeaux, lucioles, un grèbe, des kangourous, des crabes ou encore des singes. Parfois, nous retrouvons aussi d’autres thèmes comme l’adultère, la mort, le suicide…



Registres

Chacune des 23 nouvelles de ce recueil nous plonge dans une atmosphère particulière, parfois absurde, souvent réaliste, toujours poétique. Elles sont construites de manière à nous troubler, nous donner des frissons, nous faire sourire, ou au contraire susciter en nous le dégoût ou la tristesse. Elles relèvent tour à tour du réalisme, du fantastique, de l’humour ou évoquent la détresse. Le surnaturel prédomine dans ces nouvelles. Il provoque la peur, l’inquiétude du lecteur, comme dans « Les chats mangeurs de chair humaine », qui se déroule pendant une nuit de pleine lune, dans le silence.



Les lieux propices au voyage

Dans ce recueil, nous découvrons des lieux comme la Grèce ou l’Italie ou encore les États-Unis. Ainsi, nous pouvons associer la nouvelle « L’année des spaghettis » à l’Italie alors que la nouvelle « Les chats mangeurs de chair humaine » se passe en Grèce, ce qui rappelle les pays où Murakami Haruki a voyagé et vécu. Quant aux États-Unis, nous trouvons régulièrement des allusions à la culture de ce pays occidental tout au long du recueil.



« Où le trouverai-je ? » : une nouvelle passionnante, pleine de suspens.

Les personnages :

 

– Le beau-père : il meurt mystérieusement tué par un tramway

– La belle-mère : elle fait des crises de panique et d’angoisse, et habite deux étages au-dessus de son fils, dans le même immeuble.

-Le mari : il a disparu bizarrement sans aucun papier sur lui, ce qui fait penser à une disparition non préméditée. Il disparaît après être allé rassurer sa mère.

-La femme : inquiète, elle attend longtemps avant d’appeler la police puis demande à un inconnu de mener l’enquête.

-L’inconnu : c’est lui qui va tenter d’élucider le mystère de la disparition du mari. Il va découvrir pendant plusieurs jours différentes personnes habitant dans l’immeuble, qu’il va interroger. L’histoire est racontée de son point de vue.

 

Nous pouvons observer l’absence de nom pour désigner les personnages, procédé usuel dans un certain nombre de romans de Murakami, ce qui peut déstabiliser le lecteur. Les personnages sont désignés selon leur statut dans l’histoire.

 

 

 

L’histoire

Une jeune femme demande l’aide d’un homme pour rechercher son mari disparu depuis la veille.

Nous retrouvons le sens de la description et du détail qui rappelle une enquête policière :

 

« Des chinos et une chemisette à col polo. Sa chemisette était gris foncé. Son pantalon crème. [...] Mon époux est myope et il porte toujours des lunettes. À monture en métal de chez Armani. Ses chaussures sont des New Balances, grises. Il n’avait pas de chaussettes.»

 

Nous trouvons d’autres exemples de cette précison au début de la nouvelle lorsque la femme énumère le poids, la taille (il mesure « un mètre soixante-treize et pèse que soixante deux kilos »), les vêtements de son mari ou encore la date (« C’était la nuit du 1er octobre, il y a trois ans, il pleuvait à verse »).

Cette nouvelle m’a beaucoup plu par son genre policier et sa fin inattendue.


Mélanie, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 


 Image 3-copie-1

 

 

 

 

Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki 1Q84Murakami Haruki Kafka sur le rivage

 

 

Article de Charlotte sur Kafka sur le rivage et 1Q84

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 07:00

le 23 novembre 2012

 

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À l’occasion de l’année France-Russie 2012, nous avons rencontré Marina Berger, jeune traductrice de russe. En effet, cette culture a été mise à l’honneur et un véritable engouement pour la littérature slave a été observé. Marina, habitant sur le bassin d’Arcachon, a accepté de nous parler de son travail et de son expérience de traductrice.

Nous l’avons contactée par téléphone au mois de novembre dernier. Notre entretien a duré un peu plus d’une heure durant laquelle nous avons pu échanger et partager nos cursus scolaire et professionnel.

Aujourd’hui, elle a à son actif dix livres traduits, la plupart en jeunesse ; citons Dina Sabitova, Un cirque dans une petite boîte, Bayard Jeunesse 2010 ; Sergueï M. Eisenstein, Dickens & Griffith, Genèse du gros plan, éditions Stalker 2007, nommé au prix Russophonie 2008.

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Bonjour Marina, ravies de vous rencontrer, merci de nous permettre de découvrir ce métier et de le faire sortir de l’ombre. Commençons par parler du métier en général…

 

 

Quels sont les problèmes rencontrés avec la langue cible par rapport à la langue source ?

Pour moi, la plus grosse difficulté est quand il y a du vocabulaire précis et professionnel. Dans ce cas je vais en bibliothèque et je recherche sur internet. Étant donné que j'ai travaillé en Russie, je me suis créé un réseau de contacts auxquels je peux faire appel. Mais certains mots de la culture russe restent intraduisibles ; je tente alors de me rapprocher le plus possible ou de développer la phrase quitte à rajouter des informations supplémentaires. En jeunesse, cependant, le vocabulaire est plus simple et il y a donc moins de soucis à ce niveau-là.



Pourquoi avoir choisi le secteur de la jeunesse ? Avez-vous des enfants ?

Non, je n'ai pas d'enfant. Je n'ai pas vraiment choisi ce secteur ; aujourd'hui, c'est un marché vivant qui recherche des traducteurs russe/ français. Lorsque l'on m'a proposé, j'ai donc naturellement saisi les opportunités. De plus, je préfère traduire les livres jeunesse parce que je les trouve plus joyeux que les romans contemporains que je juge très noirs et tristes.



Quel genre et quelle tranche d'âge traduisez-vous le plus souvent ?

Surtout des romans pour adolescents (12-13 ans). Je traduis aussi des petits livres pour enfants mais il y a beaucoup moins de travail ; par conséquent ça peut être moins intéressant.



Est-il possible de vivre avec le revenu d’un traducteur de russe ?

Je pourrais en vivre, seulement c’est un travail précaire qui varie d’une année sur l’autre ; par sécurité, je préfère avoir un autre travail qui me laisse du temps pour traduire. Il est vrai qu’au cours même d’une année, la masse de travail est irrégulière ; de plus, mon compagnon étant architecte, il nous permet d’avoir une stabilité financière.



Combien de temps avez-vous pour traduire un livre ? Combien de temps mettez-vous ? Combien êtes-vous rémunérée par feuillet ?

Généralement l’éditeur prévoit la parution d’un livre deux ans avant, mais la traduction n’est demandée que six mois en amont. Pour ma part, si je n’ai qu’un seul ouvrage à traduire, et aucun autre travail en cours je peux mettre environ un mois pour terminer 200 feuillets.

Concernant la rémunération, sachant qu’un feuillet de 1 500 signes est payé 25€, je peux gagner jusqu’à 5000€.



Comment est organisé le milieu de la traduction en France ? Le métier de traducteur est-il reconnu ?

Depuis quelque temps, le milieu de la traduction est plus vivant. On trouve par exemple l’Association des traducteurs de France, mais aussi des blogs où l’on peut échanger, demander des conseils, s’entraider, etc. Il y a également une rencontre annuelle à Arles où l’on parle, planifie nos projets et où l’on met en place des moyens pour les concrétiser. Toutes ces manifestions, sont l’occasion pour nous, traducteurs, de se rencontrer et de s’associer pour pouvoir monter ensemble un projet.

Suite à ces événements, des revendications se sont dégagées telles que l’augmentation du prix par feuillet, des délais plus longs et une plus grande reconnaissance publique, à travers l’apparition de nos noms sur les couvertures par exemple.



Quelles relations entretenez-vous avec vos éditeurs ?

Avec mes éditeurs, les relations ne sont pas conflictuelles ; néanmoins, si je ne m’implique pas dans le suivi du livre traduit, je ne suis pas tenue informée des ventes et de la commercialisation en général. Il existe seulement un récapitulatif des ventes que nous fournissent les éditeurs à la fin de chaque année.

Par ailleurs, je me déplace souvent sur les Salons (ex. Salon du Livre de Paris), je participe à des conférences, ce qui me permet de rencontrer des éditeurs pour qui j’aimerais travailler comme Gallimard, et les autres grandes maisons à succès.



Avec les auteurs ?

Les seuls contacts que je vais avoir avec les auteurs seront par mail puisqu’ils ne sont que très rarement invités en France.


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Avec l’illustrateur ?

L’illustrateur peut me contacter pour connaître l’univers, les personnages, etc. s’il n’a pas le temps de lire la traduction en entier, afin d’avoir une meilleure cohésion texte-image, parce qu’il arrive que les textes ne soient pas illustrés en russe.



Avec la fabrication ? (Graphistes, maquettistes, paoistes, etc.)

Je n’ai aucun contact avec la fabrication. En cas de corrections (problème de compréhension) à apporter au texte, l’éditeur me prévient et s’il s’agit de coquilles ce sont les relecteurs qui corrigent.



Quelle est votre opinion sur le livre numérique ? Souhaiteriez-vous en traduire ?

Pour le moment, je n’ai jamais travaillé sur un livre numérique, mais je n’exclus pas cette possibilité.

Personnellement, je pense que ce phénomène est inéluctable mais qu’il y aura toujours un public pour le livre objet. Toutefois, cette problématique nécessite encore beaucoup de travail avant d’avoir une bonne organisation structurée.



Et maintenant parlons de vous …

Comment avez-vous choisi votre métier de traductrice ?

Après avoir fait des études de lettres avec le russe comme première langue, j’ai désiré approfondir ma connaissance de cette culture que j’aime beaucoup. Au cours de mes études, j’ai fréquemment travaillé sur des textes à traduire et j’y ai pris goût ; ce qui m’a poussé à tenter un master de traduction russe, que j’ai obtenu. Suite à ça j’ai rapidement trouvé du travail, car le russe est un secteur davantage ouvert que l’anglais par exemple ; on est donc plus facilement connu des éditeurs.

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Traduisez-vous uniquement le russe ? Seulement le thème ou la version ?

Oui, je ne traduis aucune autre langue slave que le russe, et uniquement en thème (russe-français).

Pour la version, c’est surtout les Russes qui traduisent, puisque les éditeurs préfèrent les traducteurs qui parlent la langue cible. Pour ma part, je pourrais avoir une proposition de version mais ce serait beaucoup plus fastidieux.



Avec quelles maisons d’édition travaillez-vous ?

En majorité, je travaille avec Bayard pour la jeunesse, Stalker pour des romans et des textes contemporains, j’ai également traduit un essai théorique sur l’architecture chez Infolio.



Pouvez-vous proposer à l’éditeur des livres russes ?

Il m’arrive de repérer des maisons d’édition russes que j’apprécie (par exemple Kompas, ou encore Samokat). je prends alors contact avec elles pour proposer mes services. Si la réponse de leur part est positive, je peux alors soumettre à Bayard cette traduction. Il est vrai que personnellement j’apprécie les maisons d’édition alternatives et de qualité.



Avez-vous déjà été tentée par le métier d’auteur ?

Non, je n’ai jamais écrit. Cependant, traduire des livres pour enfants laisse peut-être une plus grande part de création. En effet, il y a une latitude plus large pour interpréter le texte, on essaie de limiter le mot à mot et de fluidifier le texte.



Quelles sont vos méthodes de travail ?

Je suis assez solitaire. Je travaille chez moi dans un bureau mais je dois m’imposer des horaires comme un salarié, étant indépendante. Ça pourrait-être difficile avec l’absence d’échange, mais mon mari travaille également à la maison, je ne suis donc pas totalement seule.

Je fais aussi souvent des fiches de lecture données en salon par des éditeurs russes. Pour ce faire, je dois lire le livre et donner mon avis sur le titre. Si je l’apprécie et que l’éditeur décide de le publier on me confiera alors la traduction.

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Êtes-vous perfectionniste ?

Oui, d’une certaine manière, puisque, après l’avoir rendue, je repense régulièrement à la traduction en me disant que j’aurais pu faire autrement. Pendant que je travaille, j’ai « le nez dans le guidon », alors qu’avec le recul j’aurais modifié certains détails.



Quels sont vos outils de travail ?

Je travaille sur ordinateur, avec pour soutien un dictionnaire papier. Une fois la traduction terminée, j’envoie le fichier Word à l’éditeur qui met en page.


Merci beaucoup d’avoir pris du temps pour nous, de nous avoir apporté ces informations personnelles et professionnelles. En vous souhaitant une bonne continuation sur la voie de la traduction.


Pour suivre son actualité, retrouvez Marina sur http://marinabergertraductrice.blogspot.fr



Claire Garcin, Emma Boiveau, Lisa Magano, LP

 

 

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 07:00

Seoul-vite-vite.gif





 

 

 

 

 

Séoul, vite, vite !
Anthologie de nouvelles coréennes contemporaines
traduites par Kim Jeong-yeon
et Suzanne Salinas
Philippe Picquier, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le recueil de nouvelles Séoul, vite, vite ! a été publié en 2012 aux Éditions Philippe Picquier. La maison d'édition, créée en 1986, est spécialisée dans les livres d'Extrême-Orient. Au début, elle ne publiait que des ouvrages venant de Chine, Japon et Inde, mais avec le temps et l'expérience elle s'est ouverte à d’autres pays comme le Vietnam ou la Corée. La politique de la maison est que « l'Asie est suffisamment vaste pour qu'on ne s'occupe que d'elle.» Elle ne publie pas seulement les romans des grands écrivains de ces pays mais aussi des livres d'art, des livres jeunesse, des essais, des mangas, des contes et légendes d'Asie. Elle a pour ambition de faire découvrir toutes ces cultures qu'on connaît peu.



L'optique du recueil

Le recueil regroupe huit nouvelles d'auteurs coréens contemporains nés entre 1963 et 1980 . Tous sont très connus en Corée car ils ont obtenu des prix littéraires pour leurs œuvres. La littérature coréenne et le style de sa nouvelle génération d'auteurs sont marqués par un fort changement de mentalité qui a eu lieu dans les années 1990. En effet, la décennie précédente a été marquée par le post-colonialisme, la guerre, la dictature. Suite à la croissance économique, la Corée a connu la démocratie, la consommation, l'information, tout cela favorisant l'individualisme. Ce sont ces événements qui ont inspiré une nouvelle vision du monde. C'est un moment où la société s'est transformée et qui, par conséquent, a entraîné la disparition de la société précédente, laissant derrière elle des fantômes. C'est ce que le titre Séoul, vite, vite ! tente de refléter : une ville-tourbillon détruisant tout sur son passage et entraînant des changements, symboles de réussite ou de désorganisation. Face à ces changements, un sentiment nouveau s'impose aux Coréens, la peur de la perte des anciens repères. Cette angoisse est suivie de moult questions même si l'unique finalité est l'acceptation de cette réalité. On retrouve donc tout au long de l'oeuvre cette peur, ce questionnement et le mélange entre imagination, passé et présent.



Présentation des différentes nouvelles

« Cours, papa ! », Kim Ae-ran. Cette nouvelle relate l'histoire d'une jeune fille réduite à imaginer le père qu'elle n'a jamais connu. Dans un quartier pauvre de la capitale, son père avait accueilli dans son logement sa mère qui venait de quitter le domicile familial. Après plusieurs jours, elle finit par céder à son compagnon à la condition qu'il se procure sur le champ un moyen de contraception. C'est toujours en fuite que l'imagine plus tard sa propre fille abandonnée, la course pour trouver un contraceptif puis pour échapper à la grossesse. L'auteur mêle ton dérisoire et humour noir pour épargner toute souffrance à son personnage. Elle adopte le point de vue narratif d'une enfant et d'une génération qui a donné naissance à une autre sans être capable de se prendre elle-même en charge. La venue d'enfants confère le statut d'adulte et l'entrée dans la société alors même que ces individus ne sont pas prêts. L'auteur met en avant tous les Coréens nés à la fin du XXe siècle et qui sont en train de se chercher.


La seconde nouvelle, « Le déménagement », de Kim Young-ha raconte les événements survenus le jour du déménagement d'un jeune couple et notamment toutes les mésaventures qui s'ensuivent. Le déménagement repose en principe sur des relations contractuelles rationnelles mais ici donne lieu à des actes violents, des menaces inquiétantes et à des comportements irrationnels. Cette nouvelle est l'idée pessimiste que les sociétés d'aujourd'hui sont incapables de surmonter les catastrophes naturelles imprévues. L'homme est réduit au statut de spectateur passif.


« Quand viendra l'heure ? » de Shin Kyung-sook relate la rencontre de deux personnes qui se retrouvent au bord d'un ruisseau où remontent les saumons, là où ont été dispersées les cendres d'une ancienne comédienne de théâtre qui s'était suicidée. Nous sommes face à trois récits différents, l'action réelle, les pensées de la narratrice – soeur de la défunte – et la lecture d'un journal intime qui décrit les dernières pensées de la comédienne. On se retrouve face à des individus solitaires broyés par la société. Une multitude d'interrogations s'impose à nous, celle des deux individus sur leurs erreurs, leurs responsabilités, qui tentent de trouver une réponse face à la perte d'un être cher.


Dans « Au grand magasin Sampung » de Jeong Yi-hyun, les désastres sont le produit d'une croissance trop rapide et qui a laissé des failles derrière elle. Une jeune femme se rend au magasin de Sampung lorsque se produit, en 1995, l'effondrement de ce magasin. Cette femme est représentative de la société de consommation puisqu'elle pense que la valeur de l'être se mesure à ses biens. L'auteur critique les désirs de l'homme contemporain. Elle montre également que les ravages sont graves mais leur issue est encore plus désastreuse puisque les individus reprennent leur vie sans s'en soucier.


« Une bibliothèque d'instruments » de Kim Jung-hyuk démarre sur une phrase : il ne serait pas juste de mourir sans avoir rien été. C'est la révélation d'un homme qui a un accident de la route. Il décide alors de tout quitter pour faire quelque chose de sa vie. C'est par la musique qu'il va se chercher. Il se découvre une vie en s'isolant de la société. L'auteur met en avant une nouvelle philosophie, celle de se construire soi-même et pour ne pas s'exposer aux souffrances, de ne faire subir aucune contrainte à l'autre. Cependant, cette philosophie est uniquement applicable hors de la société, seul l'art nous permet de créer nos propres règles.


« J'ai acheté des ballons », Jo Kyung-ran. Dans la nouvelle, la narratrice âgée de 37 ans semble vivre une vie par procuration où la philosophie de Nietzsche est une boîte à réponses à toutes les questions qu’elle peut se poser. Du moins, jusqu’à sa rencontre avec J. pour qui la philosophie de Nietzsche semble faire défaut. L'auteur montre que le plus important c'est d'être en vie et qu'il faut se battre pour rester en vie. La nouvelle génération de Coréens est perdue dans la quête d'une identité sociale. Le style de Jo Kyung-ran est très philosophique et élégant, la lecture reste cependant fluide et poétique.


La nouvelle « La forêt de l'existence » de Jeon Seong-tae est la plus représentative de cette peur de la disparition. C'est l'histoire d'un humoriste raté qui s'en va vivre dans un village perdu au fond d'une vallée pour y glaner les histoires entendues et les contes de vieilles femmes. Ce retour au sources nous laisse perplexe car la frontière entre imaginaire et réalité semble imperceptible. L'auteur nous perd dans un monde qui a existé et, qui existe encore si on désire l'écouter comme on écoute le bruit du vent.


« Une autobiographie féminine » de Kim In-sook décrit l'isolement auquel se condamne la rédactrice de l'autobiographie d'un brillant homme d'affaires. Nous sommes de nouveau face à des questionnements. Le travail de nègre nous apparaît dans tout son ampleur et avec toutes ses ambiguïtés, comme être objectif et en même temps mettre en valeur la personnalité, ou encore s'affirmer dans un style d'écriture propre tout en sachant qu'il faut s'adapter à la façon de s'exprimer de la personnalité pour qui on travaille. Cependant, l'auteur montre que cette écriture est aussi un moyen de se protéger du monde extérieur, puisque l'auteur ne sera jamais reconnu comme tel. Kim In-sook évoque les vies écrasées par la société ; l'individu cherche donc tous les moyens possibles pour s'en protéger, et montre que s'affirmer en tant qu'individu relève d'un combat acharné.


Chloé, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

 


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Published by Chloé - dans Nouvelle
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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:00

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Neil GAIMAN
L’Étrange Vie de Nobody Owens
Titre Original

The Graveyard Book

Harper Collins, 2008

Traduction

Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, 2009
J’ai lu, 2012

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
         
Né le 10 novembre 19Neil-Gaiman-02.jpg60, à Portchester en Angleterre, Neil Gaiman se passionne très tôt pour la lecture et l’écriture. Il est particulièrement attiré par les comics et la fantasy, mais ses projets d’avenir en tant que scénariste de bande dessinée sont très vite étouffés par son entourage. Au début des années 1980, il se lance dans le journalisme (il a notamment travaillé au sein des journaux The Observer et The Sunday Times) : il réalise alors des interviews et rédige des critiques d’oeuvres littéraires. Cette entrée dans le monde du journalisme a un but avoué : établir des relations qui puissent lui permettre d’être un jour publié. En 1984, il tombe sur certains épisodes du comic Swamp Thing (La Créature du marais), scénarisés par Alan Moore. La passion enfouie refait surface et il scénarise alors pour Eclipse Comics, puis pour 2000 A.D., un hebdomadaire orienté vers les comics (il s’est entre-temps lié d’amitié avec Moore). Il écrit ensuite trois romans graphiques avec son ami de toujours, Dave McKean, auteur du remarqué Violent Cases. DC Comics l’engage alors pour écrire les aventures de Black Orchid, une super-héroïne, puis lui propose de réécrire une vieille série : Sandman. Les dix volumes qu’il écrit de 1988 à 1996 lui apportent la gloire et la reconnaissance. La publication et la réception en 1996 de son roman Neverwhere confirment son succès. En 2002, il reçoit le prix Hugo (le prix le plus prestigieux en matière de littérature fantastique ou de science-fiction) pour son roman American Gods. Il le reçoit une seconde fois en 2003 pour son roman court  Coraline, puis une troisième fois pour L’Étrange vie de Nobody Owens. Neil Gaiman continue à écrire et la publication française de son prochain roman, The Ocean at the End of the Lane, est prévue pour 2013.

 

                                                                        
 

Son œuvre

Lorsque DC Comics lui a demandé de réécrire la série Sandman, la consigne était claire : il avait toute liberté dans le travail de réécriture. Cette renaissance devait être tirée de son ressenti, de sa vision des choses. Tout était entre ses mains. C’est à cette époque qu’il a posé les premières pierres de cet univers si particulier qui est le sien. Car Neil Gaiman est avant tout un conteur, que ce soit d’un point de vue strictement narratif ou lorsqu’il s’agit de trouver l’inspiration. Sandman, par exemple, est une série de contes qui empruntent de nombreux éléments à la mythologie, qu’elle soit nordique, celte, arabe, grecque, égyptienne, romaine ou encore japonaise. Ce talent de conteur est le fondement même de son œuvre mais c’est avec son roman  Neverwhere qu’apparaissent les autres éléments principaux de ses écrits et de son univers : la notion de quête et celle de frontière entre les mondes. Dans ce roman, le protagoniste découvre l’existence d’un Londres d’En Bas, souterrain, peuplé par une société magique, et c’est à travers ce monde qu’il suivra la jeune fille dont il a sauvé la vie et qui lui a fait découvrir ce nouveau Londres. Stardust met en scène un village anglais dans lequel se trouve un mur percé d’une porte donnant accès au monde des fées, monde dans lequel le protagoniste devra se rendre à la demande de la fille qu’il aime.  Coraline nous présente une jeune héroïne qui emménage dans une nouvelle maison puis découvre une porte conduisant à un monde parallèle, exacte réplique du sien mais un peu plus « bizarre ». Entremonde monte encore d’un cran puisque le jeune héros, un garçon on ne peut plus ordinaire, se découvre un jour la faculté de marcher à travers les univers parallèles au sien. L’Étrange vie de Nobody Owens ne fait pas exception et la frontière sépare cette fois le monde des vivants de celui des morts. Ce conte initiatique baigne dans une ambiance tout à la fois poétique et légèrement macabre, ambiance qu’on trouvait déjà dans Coraline. On retrouve donc dans ce roman, l’un de ses plus aboutis d’un point de vue narratif, tous les éléments fondateurs du style de l’auteur, ce qui fait de ce livre l’une des pierres angulaires de son œuvre

 

Bref résumé

Nobody Owens avait un peu plus de deux ans lorsque ses parents et sa grande sœur ont péri sous la lame du Jack, un mystérieux tueur aux sombres motivations. La nuit du drame, il parvient à s’échapper et trouve refuge dans un cimetière où il est recueilli par les Owens, un couple de fantômes qui décident de l’élever en compagnie de Silas, être ni vivant ni mort, qui se propose d’être le tuteur du jeune garçon. En compagnie des fantômes qui hantent le cimetière, il grandit et apprend. Mais le bonheur s’avère être de courte durée, car le Jack veut terminer la tâche commencée plusieurs années auparavant, et il est maintenant temps pour Nobody d’aller l’affronter. À l’extérieur.

  

Analyse
 
L’Étrange vie de Nobody Owens, même s’il s’inscrit dans une dimension fantastique évidente, est avant tout un roman d’apprentissage. C’est cette notion d’apprentissage, d’initiation, qui apparaît en filigrane sous la trame du récit. On ne sait rien du jeune héros avant la nuit qui le laisse orphelin, le titre du premier chapitre donnant tout de suite le ton : « Comment Nobody vint au cimetière ».
 
Sa vie commence donc la nuit de son adoption par les Owens, avec un acte symbolique s’il en est : trouver un prénom pour le nouveau venu. Tandis que chaque « habitant » du cimetière, ou presque, y va de sa proposition, prétextant une quelconque ressemblance avec un lointain ancêtre, Mme Owens finit par trancher, rejointe par Silas, futur tuteur de l’enfant :

 

« — Il ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même, dit-elle d’une voix ferme. Il ne ressemble à personne.

— Alors va pour Personne, dit Silas. Nobody. Nobody Owens. » 

 

Cette première étape est claire : l’enfant est unique, tout comme chacun de nous. Peu importe les ressemblances ou la filiation, c’est ce caractère unique qui permet à chacun de lancer sa propre aventure, sa propre destinée.

 

Après les événements de cette fameuse nuit, on retrouve notre héros environ quatre ans plus tard. Cette ellipse est annonciatrice de la structure narrative du roman, qui n’a rien de linéaire, mais est au contraire composée des péripéties qui jalonneront le parcours du jeune Nobody et le feront grandir. Le lecteur partagera donc les événements marquants de son enfance de manière chronologique, les ellipses nous laissant supposer que le reste du temps, son quotidien est celui d’un enfant « normal ».
 
Tout d’abord, sa rencontre avec Scarlett, une enfant de son âge, qui constitue son premier contact avec le monde extérieur et avec qui il découvre la notion d’amitié. Lors de sa rencontre avec La Vouivre, une créature enfermée dans la colline qui abrite le cimetière, il prend d’ailleurs conscience qu’une telle amitié est parfois utile pour vaincre ses peurs.
 
Quelque temps plus tard, tandis que Scarlett a déménagé et que Silas doit s’absenter pour plusieurs semaines, il est laissé aux soins de Miss Lupescu, une lycanthrope chargée de son éducation. Il déteste cette femme, qui incarne l’apprentissage scolaire dans ce qu’il a de plus pénible et qui lui rappelle en permanence le vide laissé par son tuteur, réaction enfantine commune. Pendant cette période, il commet l’erreur de se laisser entraîner dans le monde des goules, et il faut l’intervention risquée de Miss Lupescu pour le tirer d’affaire. Cette aventure change radicalement ses sentiments à l’égard de son enseignante, et une très forte complicité naît alors entre eux. Elle lui permet surtout de grandir et de constater que si certains adultes ont parfois un rôle qui les rend antipathiques, cela ne les empêche pas d’être prêts à tout pour aider et protéger les autres. Il prend également conscience que Silas n’est pas une exception parmi les adultes (son tuteur est son seul véritable ami), et que tous ne sont pas des tyrans destinés à lui dicter sa conduite.

 Il rencontre ensuite le fantôme de Liza Hempstock, une jeune sorcière enterrée en terre non consacrée, sans pierre tombale, à côté du cimetière. La situation du jeune fantôme et sa tristesse font naître une forte empathie chez le jeune garçon, à tel point qu’il prend le risque insensé de s’aventurer en dehors du cimetière sans y être préparé pour remédier au problème de pierre tombale de Liza, ce qui ne manque pas de le plonger dans une situation dangereuse dont il se sort grâce à la sorcière, touchée par sa démarche. Là encore, il en tire un enseignement : peu importe le bon sentiment qui nous anime, un acte stupide reste un acte stupide. Ce qui lui paraît simple dans le cimetière ne l’est plus une fois à l’extérieur, et chaque acte a ses conséquences, qu’il lui faut affronter sans fuir. Chose à laquelle il n’était pas habitué dans le cimetière.
 
Un événement en particulier se révèle être important dans son évolution et dans sa compréhension du monde : la « Danse Macabre ». Lorsqu’il arrive qu’une floraison d’hiver s’épanouisse dans le cimetière, alors à la nuit tombée, les fantômes sortent à la rencontre des vivants et dansent avec eux une partie de la nuit. Une fois le bal terminé, lorsque Nobody essaie d’en parler avec un des fantômes de son cimetière, celui-ci lui répond :

 

« — Les morts et les vivants ne se mélangent pas, mon garçon, dit Josiah Worthington. Nous ne sommes plus de leur monde, et ils sont étrangers au nôtre. Si d’aventure nous dansions avec eux la Danse Macabre, la danse de la mort, nous n’en parlerions point entre nous, et encore moins avec les vivants.

— Mais je suis des vôtres.

— Pas encore, mon garçon. Pas de toute ta vie. »

 Nobody comprend à ce moment-là pourquoi il a dansé dans la troupe des vivants et non au côté des morts. Il prend pleinement conscience que malgré le fait qu’il vive parmi les fantômes et qu’il les considère comme sa famille, il n’appartient pas encore à leur monde mais bel et bien à celui des vivants. Il sait alors qu’il ne peut passer son existence entière dans le cimetière comme il le veut, qu’il lui faudra un jour se séparer d’eux tous, vivre véritablement sa vie et attendre le moment de sa mort pour les rejoindre.
 
Une des dernières étapes de son apprentissage consiste à sortir du cimetière pour fréquenter l’école locale, selon son souhait. Malgré les consignes de discrétion prodiguées par son tuteur, tout ne se déroule pas comme prévu. Témoin du racket de certains écoliers par un couple de brutes un peu plus âgées, Nobody décide de s’exposer pour mettre fin à ce qu’il considère comme quelque chose de profondément mauvais. Mais il découvre vite que vouloir faire le bien, et rétablir un semblant de justice, n’est pas un acte simple (ni reconnu à sa juste valeur dans le monde extérieur) puisqu’en voulant punir les deux brutes, il se plonge dans les ennuis jusqu’au cou, jusqu’au point de vouloir fuir du cimetière pour échapper à la colère de Silas qui le tirera néanmoins de ce nouveau mauvais pas.

 Le dénommé Silas incarne d’ailleurs, à bien des égards, la véritable figure parentale pour le jeune héros. Bien que l’ayant adopté, Mr et Mme Owens ne sont que rarement présents durant l’intrigue. Silas est celui vers qui Nobody se tourne lorsqu’il s’interroge sur ses origines, sur l’homme qui a tué sa famille, sur son avenir au sein du cimetière, sur sa possible vie à l’extérieur ou encore lorsqu’il rencontre des conflits moraux et qu’il s’interroge sur ses actes et leurs conséquences. Mais, et c’est là l’aspect le plus intéressant de leur relation, Silas n’est présent que lorsque Nobody cherche conseil ou réconfort. Il n’intervient jamais dans les décisions du garçon et semble au contraire le laisser commettre ses propres erreurs ou construire ses réussites. L’exemple le plus flagrant est sans nul doute le moment où le jeune héros se retrouve enfin face à face avec le meurtrier de sa famille. Silas est alors absent bien qu’il ait pressenti l’imminence de cette confrontation. Comme s’il voulait que Nobody affronte seul cet ultime adversaire avant son « entrée » dans le monde des vivants. C’est d’ailleurs ce qui se passera puisque le garçon parviendra à vaincre le Jack, pas tout à fait seul puisqu’il recevra « l’aide » de Scarlett, revenue s’installer entre-temps en ville. Notre héros laisse alors derrière lui le cimetière et ses habitants pour aller explorer le monde.
 
Entre la nuit qui a vu périr ses parents et celle qui a vu le Jack disparaître à jamais, il se sera donc écoulé treize ans. Treize années au cours desquelles le lecteur côtoie Nobody, le voit grandir et évoluer, se tromper, faire l’apprentissage de la nature humaine et de ce qu’elle implique. Car malgré l’attachement qu’il porte au cimetière et à ses habitants, il doit regarder la vérité en face : son existence est celle d’un vivant et non d’un mort. Cet aspect du récit est d’ailleurs traité avec beaucoup de poésie et une touche d’humour. Car ce que nous voyons du monde des morts, nous le voyons à travers les yeux du jeune garçon. Au travers du prisme de son innocence, la vie du cimetière nous apparaît toujours rythmée et joyeuse. Et c’est cette poésie qui fait de ce livre une véritable réussite.

 

Mon avis
 
L’Étrange vie de Nobody Owens reste pour moi une référence dans le domaine du fantastique. Et ce sentiment est en grande partie dû à l’incroyable talent de son auteur. Neil Gaiman, comme je l’ai dit plus haut, est avant tout un véritable conteur. Et c’est ce talent si particulier qui ressort en permanence dans le récit, un fin mélange de poésie et de macabre, de drôle et d’effrayant. L’intrigue touche à l’aventure, au fantastique et à la quête initiatique. Un subtil mélange des genres qui vient étoffer le récit lui-même. L’écriture est fluide et parsemée de traits d’humour (les fantômes sont souvent évoqués avec leur épitaphe : « Le docteur Trefusis (1870-1936, Qu’il renaisse dans la gloire) l’examina et diagnostiqua une simple foulure. »). Voilà pour moi les éléments qui font de ce livre un incontournable pour les aficionados du genre.


Mehdi, AS édition-librairie

 

 

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Neil Gaiman neverwhere couverture

 

 

 

Article de Laure sur Neverwhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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