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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 14:00

Exposition à la Médiathèque de Gradignan

Lire en Poche 2012

Laboiteanouvelles.jpg

 

La Boîte à Nouvelles est une exposition retraçant l’histoire du genre de la nouvelle. Elle a été installée dans la médiathèque de Gradignan lors de la dernière édition du salon Lire en Poche. Cette exposition a été créée à l’initiative d’une maison d’édition paloise,  L’Atelier In8, spécialisée dans la publication de fictions courtes. Selon les dires de l’éditrice, créer cette exposition est un moyen de mettre en avant un genre peu réputé en littérature. C’est aussi une manière de promouvoir leur édition et d’avoir une plus grande reconnaissance. L’exposition a donc été présentée à Gradignan durant deux mois et de nombreux visiteurs ont eu la chance de découvrir ce petit aperçu d’un genre trop peu souvent mis en avant.



Décomposition de l’exposition

Se composant de dix kakémonos, l’exposition développe différents thèmes.

Le premier kakémono est une introduction à la nouvelle qui présente sa définition et son étymologie. Les trois suivants mettent en avant l’histoire de la nouvelle à travers différentes périodes : sa naissance et différence avec les contes, son âge d’or avec sa diffusion par la presse et les grands maîtres puis la nouvelle contemporaine, les grands auteurs du XXIe siècle. Le cinquième kakémono va plus en profondeur en présentant une des grandes théories du genre de la nouvelle : la théorie de l’effet. Vous pourrez découvrir ensuite trois registres abondamment utilisés par les nouvellistes : le fantastique (le surnaturel), le réalisme (écrire sur et à propos de la société) et le policier, le noir (exploiter une intrigue noire en très peu de pages). Enfin, l’exposition vous propose un tour du monde en deux panneaux afin de vous donner tous les grands noms du genre à travers chaque continent.

boite-a-nouvelles-02.JPG 

 

L’exposition évolue également en fonction des retours du public, puisqu’elle est maintenant proposée en Version 2 avec une borne numérique qui propose donc différents contenus multimédias artistiques et ludiques. Dans un souci pratique, la borne multimédia propose directement le quizz, les lectures de nouvelles et la bibliographie. On peut retrouver ces documents en version papier, mais la borne numérique permet une réelle autonomie de l’exposition qui n’a plus besoin de mobiliser une personne pour vérifier que tout se passe bien. Le public va aussi plus facilement de nos jours vers des formes numériques et petits et grands prennent ensemble plaisir à naviguer sur la borne.



Pourquoi nous avons aimé cette exposition

Nous avons aimé cette exposition car nous avons trouvé que c’était une bonne manière de s’initier et d’en apprendre plus sur la nouvelle. De plus, la charte graphique est vraiment très agréable : des couleurs chaudes et de l’humour (une mini-jupe pour représenter le côté court des ouvrages, par exemple). C’est une démarche vraiment idéale pour attirer des lecteurs différents vers ce type d’ouvrages, sans insister lourdement sur les classiques tels que Maupassant mais sans pour autant les oublier ni renier cet héritage culturel. Les différentes formes de supports proposés incitent le public à interagir avec l’exposition en écoutant des nouvelles lues ou même en participant aux activités proposées en parallèles.

Si l’occasion se présente pour vous lors du passage de l’exposition dans la région en 2013, n’hésitez pas à ouvrir cette « boîte » qui n’entraînera que des plaisirs et d’agréables découvertes !!

 

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Interview de l’éditrice Josée Guellil

 

 

Comment avez-vous eu l’idée de cette exposition ?

Cette exposition est issue de deux constats : d'abord, la nouvelle est un genre qui a mauvaise presse en France, ce qui représente pour nous une opportunité (les gros éditeurs ne s'y intéressent pas plus que ça, donc il y  avait "place" pour un petit éditeur en création) et une difficulté (convaincre les lecteurs de lire/acheter des nouvelles). Ensuite, nos éditions ayant vraiment démarré en 2005, nous les avons petit à petit centrées sur ce genre littéraire. Nous nous sommes développés, professionnalisés, avons gagné en notoriété, pris une place sur le marché. En 2010, nous avons délégué notre diffusion-distribution à un acteur intervenant au niveau national (Pollen). La structuration de la diffusion première, c'est-à-dire la diffusion de nos livres via le circuit commercial librairie était faite. Nous avions le temps et l'énergie de passer à l'étape d'après, et pour nous, naturellement, cette étape, c'était : convaincre les lecteurs... Nous avons songé aux réseaux de lecture publique et événements. Le but : intéresser le lectorat, faire connaître la nouvelle en général et nos éditions en particulier auprès d'eux, sans faire concurrence aux libraires, mais en complémentarité.



Comment est né ce projet concrètement ? Avez-vous dû créer les panneaux vous-même, ou faire appel à des partenaires et des intervenants particuliers ?

L'idée d'exposition s'est donc imposée presque spontanément, car nous savions que c'était là un support que les bibliothèques et salons utilisent amplement. Nous pouvions également nous appuyer sur une matière, un contenu, mis au point par nos soins et consacré à la nouvelle, préalablement publié sur un site www.liredesnouvelles.com.  (Ce site avait pour objet de faire connaître notre « spécialité » autour de la nouvelle, sachant que rien dans le nom de nos éditions n'indiquait ce tropisme éditorial).

Notre entreprise s'appuie sur des graphistes qui pouvaient concevoir les panneaux en interne, les imprimer, ce qui devait limiter les coûts de développement, etc.

Enfin, l'idée de l'exposition pour nous, dès les débuts, a été de dépasser la proposition classique « panneaux didactiques sur le genre »... Étant éditeurs, nous avions possibilité d'augmenter la proposition d'une foule de contenus destinés à « donner à goûter/faire l'expérience de la nouvelle ». Par exemple : donner à entendre de la nouvelle (nous avons fait enregistrer 27 micronouvelles par des comédiens, un audiolivre disponible en zapping via des lecteurs MP3 aux visiteurs qui découvrent l'expo), proposer d'en lire (notre fonds nouvelles, mais aussi une bibliographie de 52 pages qui propose tout un catalogue français et étranger, nouvelles du XIXe siècle à nos jours, nouvelles pour les enfants, parcours thématiques, etc.), donner à rencontrer (organiser des rencontres d'auteurs de nouvelles en bibliothèques, des lectures spectacles ou lectures concerts), donner à écrire (organiser des concours d'écriture), donner à jouer (un quizz pour les scolaires qui visitent l'expo), etc.

L'expo est désormais développée en [Version 2] avec une borne numérique associée.



Qu’est-ce que cela représente pour vous en termes de coût et de temps de travail ?

Beaucoup de temps.... nous n'avons pas compté... Temps en création graphique, en développement numérique, en communication, en comptabilité, en logistique...

En coûts externes, pour la création des contenus, environ 7000 €, auxquels il faut rajouter 23 000 € d'achats de fournitures à ce jour pour huit expositions conçues.



Vous êtes-vous occupée des différents supports présents  pour cette exposition ?

Oui, sur la conception et le fonds. En revanche, pour la réalisation, je me suis appuyée sur les ressources internes (graphiste, développeur numérique, etc.) et externes (production audio, logistique).



Est-ce un gros investissement pour la maison que de proposer l’intégralité de votre fonds, à lire sur place ou alors à emporter ?

Non, finalement, c'est ce qui nous coûte le moins cher ! car notre fonds existe, il existait avant que l'exposition n'existe... Nous ne prélevons qu'un exemplaire de chacun de nos titres, tirés à 1000 ou 1200 ex, pour chaque exposition...



Avez- vous pour cette exposition, des partenaires, des aides financières … ?

Pas d'aide financière. En revanche, des aides à la diffusion de l'info, de la part des agences régionales qui ont bien relayé l'info auprès des réseaux de lecture publique (ECLA, CRL Midi Pyrénées), et des relais Presse (Livres Hebdo).



Qu’est-ce que cela vous apporte pour la maison d’édition ? (de la communication, des ventes ?)

Oui, les deux : plus de notoriété pour notre maison d'édition et nos livres, auprès des professionnels (bibliothécaires notamment) comme des particuliers (visiteurs de l'exposition), et qui dit notoriété et visibilité, pour nous, dit ventes ensuite (en librairies).



Avez-vous eu des retours de professionnels et du public ?

Oui, ils sont très très positifs. L'expo a ceci d'intéressant justement qu'elle est multisupports, ce qui est rare et attrayant. Le graphisme est très réussi et attire l'attention. Deux bémols : le fait qu'intuitivement les visiteurs ne vont pas forcément écouter les micronouvelles sur MP3 car ils n'en ont justement pas l'habitude – la borne numérique résout en grande partie ce problème – et de nombreux établissements scolaires aimeraient recevoir l'exposition mais en raison du matériel fourni, nombreux et high tech, les coûts d'achat/location sont trop importants pour eux, il faudrait qu'ils soient pris en charge par d'autres institutions.



Est-ce important pour l’image de la maison d’être à l’origine d’une telle manifestation ?

Nous ne sommes pas à l'origine de la manifestation... L'exposition peut se greffer sur 1000 événements. Ce fut le cas avec LEP, notamment parce que la nouvelle a un lien avec les petits formats poches....



Est-ce la première fois que L’Atelier In8  participe à un événement d’envergure régionale ?

Non... Nous participons à de nombreux salons... Exposons au salon de Paris depuis cinq ans, sommes invités/programmés pour des mises en avant ou des lectures au salon de Bordeaux (Escales du livre 2012 par exemple, salon polar de Pau Un Aller retour dans le noir, etc.)



À qui destinez-vous cette exposition ? Aux amateurs de littérature, et de nouvelles ou aux néophytes ? 

Tout le monde y trouvera matière ! Les supports, variés, constituent des invitations à différents publics :

 

  • exposition 10 panneaux : pédagogique. Pour les néophytes, les professionnels, les scolaires,
  • audiolivre : pour les curieux, amateurs ou spécialistes, les malvoyants...
  • bibliographie : pour les néophytes séduits ou les spécialistes qui veulent aller plus loin,
  • fonds livres : pour les gourmands lecteurs ou les petits lecteurs justement, réticents aux gros livres,
  • concours de nouvelles : pour ceux qui veulent s'essayer à l'écriture, etc.




Où  a-t-elle été présentée ? Où sera-t-elle présentée ?

Déjà présentée :

  • BDP de l'Aude (Région Languedoc Roussillon) - Acquisition / itinérance dans le département depuis février 2012,
  • Gradignan (Région Aquitaine) : Médiathèque et Festival Lire en poche - Location / août-octobre 2012,
  • Bayonne (Région Aquitaine) : Médiathèque municipale - Location / mai-juin 2012,
  • BDP de l'Essonne (Région Île-de-France) - Acquisition / itinérance dans le département depuis août 2012.


À venir

  • Tournefeuille (Région Midi-Pyrénées) : Médiathèque municipale - Location / Février-Mars 2013,
  • BDP des Pyrénées Atlantiques (Région Aquitaine) - Acquisition pour itinérance,
  •  BDP de Gironde (Région Aquitaine) - Acquisition pour itinérance,
  • BDP de Mayenne (Région Pays de la Loire) - Acquisition pour itinérance,
  • BDP des Yvelines (Région Île-de-France) - Acquisition pour itinérance,
  • Carquefou (Région Pays de la Loire) : Médiathèque municipale - Location / Octobre 2013.

 

 

Chloé et Margaux, 2ème année Édition-Librairie.

 

 

 


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Published by Chloé et Margaux - dans Nouvelle
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 07:00

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Toni MORRISON
Home
traduit
par Christine Laferrière
Christian Bourgois, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteure
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Toni Morrison, née Chloe Anthony Wofford le 18 février 1931 aux États-Unis, est  une auteure afro-américaine à qui l’on doit une dizaine de romans. Elle fut élevée dans une famille modeste qui  instilla très tôt chez elle un goût pour la littérature. Jusqu’à son adolescence, Toni Morrison fut protégée du racisme et des conséquences de la ségrégation. Cependant, elle vécut cette période jusqu’à la fin et fera en sorte de ne pas la laisser dans l’oubli. En effet, la condition des Noirs américains pendant la ségrégation est un thème récurrent que Toni Morrison gardera en fil rouge tout au long de son œuvre. Son premier livre, The Bluest Eyes (1970), raconte l’histoire d’une jeune fille noire dont le rêve est d’avoir les yeux bleus. Son travail fut récompensé notamment par un prix Pulitzer en 1988 pour son livre Beloved, puis par le prix Nobel de littérature en 1993. Son dernier livre, Home, se retrouve dans la lignée directe de ses prédécesseurs.




Sa bibliographie

The Bluest Eye, 1970 (L’œil le plus bleu, 1994)
Sula, 1973 (Sula, 1992)
The Song Of Salomon, 1977 (Le chant de Salomon, 1996)
Tar Baby, 1981 (Tar Baby, 1996)
Beloved, 1987 (Beloved, 1989)
Jazz, 1992 (Jazz, 1998)
Paradise, 1994 (Paradis, 1998)
Love, 2003 (Love, 2004)
A Mercy, 2008 (Un don, 2009)
Home, 2012 (Home, 2012)

 

Liens

 http://www.biography.com/people/toni-morrison-9415590?page=1

 http://www.lexpress.fr/culture/livre/home-par-toni-morrison_1139389.html

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Toni_Morrison


 
L’œuvre

Résumé

Dans une Amérique ségrégationniste des années 1950, Frank Money, vétéran noir de la guerre de Corée, traverse les États-Unis pour retrouver sa sœur. Elle, de son côté, tente de s’en sortir, cherche puis trouve un travail chez un médecin tortionnaire. Dans ce roman, Toni Morrison nous propose une narration polyphonique ayant pour piliers les frère et sœur Money. Originaires d’une petite communauté noire de Géorgie, chacun des deux, dans sa volonté de la quitter et de voir le monde, va se trouver devant le mur qu’est le racisme. Bien au-delà de cela, les chemins qu’ils emprunteront les forceront à s’endurcir et à passer outre leur traumatisme propre.



Analyse

À travers une peinture des plus réalistes des années 1950 aux États-Unis, Toni Morrison génère une fois encore une œuvre à la fois touchante et dérangeante. Tous les grands thèmes de l’auteure sont présents : le racisme bien sûr, mais aussi l’abandon de son foyer (puis le retour) et la fatalité quasi divine qui s’abat sur les personnages.

En effet, Toni Morrison garde pour thème central le racisme. Comme cela a été dit plus haut, ce roman est fondé sur deux narrations, celles d’un frère et de sa sœur, noirs. Pour le premier, traumatisé par la guerre dont il sort juste, il devra traverser les États-Unis de Seattle jusqu’à Lotus, en Géorgie, pour retrouver sa sœur. Son parcours sera difficile : sa couleur de peau  lui ferme bien des portes et il ne devra sa réussite qu’à l’appui dont il bénéficiera de la part des communautés noires qu’il rencontrera. Alors que Franck court, Ycindra, sa jeune sœur, trouve du travail en tant qu’assistante chez un médecin blanc. Si le décor et les premières impressions sont favorables, les choses se dégradent rapidement. Son histoire raconte comment ce médecin raciste la prend comme cobaye pour de sordides expériences.

Ce roman pourrait faire penser à une fable.  Les personnages partent à l’aventure, loin de chez eux, pour finalement vite déchanter. Ils trouvent alors des compagnons qui les aident dans leur démarche de retour. À la fin, nos personnages sont de retour chez eux, sains et saufs, bien que définitivement traumatisés. Cependant, leurs péripéties leur auront permis de grandir, et ils pourront ramener cette maturité dans leur nouvelle vie, chez eux. Les « méchants », quant à eux, sont punis. On pense par exemple à la grand-mère de Franck et de Ycindra qui a été odieuse toute sa vie  (surtout avec ses petits-enfants), et qui termine finalement gravement handicapée et condamnée au mutisme. Cette résolution a priori manichéenne du récit pourrait en fait traduire un certain fatalisme de la part de Toni Morrison ; comme si tout devait revenir à un équilibre entre le bien et le mal.
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Si nous voulions faire un parallèle avec une de ses œuvres, Sula (Christian Bourgois, Paris, première éd. en 1973, traduit par Pierre Alien) illustrerait bien ces thèmes récurrents. Le roman se situe durant la première moitié du XXe siècle, toujours pendant la ségrégation. Le récit se déroule à Medallion, dans le quartier du fond où se regroupe une petite communauté noire. Le racisme (des Blancs pour les Noirs et inversement) y est omniprésent. Sula, le personnage principal, aspire à la liberté et, une fois adulte, part voir le monde. Des années plus tard, elle revient et tente de faire comprendre à son amie d’enfance, Nel l’enfant modèle, comme il lui a été bénéfique de vivre une vie libre (et sans morale ?). Sula mourra seule dans sa grande maison vide.

Toni Morrison n’est pas de celles qui font des jugements de valeurs à ce point radicaux. Cependant, peut-être par ces « punitions divines », veut-elle nous rappeler d’où nous venons et l’importance de ne pas l’oublier, sous peine de se perdre.


Dylan, AS éd.-lib.

 

 

 

Toni MORRISON sur LITTEXPRESS

 

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Articles de Bénédicte et d'Élise sur Beloved.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:00

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Julie BIRMANT (scénariste)
et Clément OUBRERIE (dessinateur)
Pablo
Tome 1 : Max Jacob (27 janvier 2012)
Tome 2 : Apollinaire (7 septembre 2012)
Éditeur : Dargaud

 

 

 

L’histoire

Quand on pense à Picasso, on pense généralement aux toiles qui ont révolutionné la peinture moderne et on oublie l’homme derrière, l’émigrant espagnol fraîchement débarqué à Paris en 1900 pour l’exposition universelle. Cette BD (prévue en 4 tomes, le 3e étant annoncé pour avril 2013) est là pour y remédier. Pourtant ce n’est pas Pablo le narrateur de cette histoire mais Amélie Lang, qui n’avait pas encore fui sa province sordide ni son identité pour devenir Fernande. Avant sa mort, elle se rappelle et elle raconte.

Picasso vient d’arriver à Paris avec son ami le peintre Casagemas. Ils ne parlent pas trois mots de français, vivotent dans des ateliers et vendent leurs toiles pour vivre la bohême avec les femmes de la ville lumière. Tout va bien jusqu’au suicide de Casagemas rendu fou d’amour par une maîtresse cruelle. Pablo découvre alors la poésie de Rimbaud et de Verlaine, et il sombre dans une dépression qui l’amène à sa « période bleue », un changement esthétique dans sa peinture qui ne plaît pas. Il ne vend plus de toiles et se fait refuser par les galeristes. Son ami Max Jacob, le poète breton encore inconnu et fou du peintre, l’héberge et l’épaule dans la misère. Vient enfin son arrivée à Montmartre et sa rencontre avec la Belle Fernande dont il peindra tant et tant de toiles.  C’est l’histoire qui commence, entre l’amour de Pablo pour Fernande, la cartomancie de Max, la poésie d’Apollinaire qui rejoint le groupe dans le 2nd tome et  la misère, le froid quand le vendeur de charbon ne fait plus de crédit, le début du succès et Paris et ses artistes au début du siècle dernier.

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Clément Oubrerie, dessinateur

Clément Oubrerie est un dessinateur français né en 1966. Il a suivi des études de graphisme et  vécu aux États-Unis et à Paris. C’est un touche à tout du graphisme : il a fait plus de quarante albums jeunesse, de la BD ( Aya de Yopougon, Zazie dans le métro, Jeangot, Pablo) et du dessin animé (il a co-crée un studio d’animation avec Joann Sfar et Delesveaux et a travaillé avec Eric et Ramzy sur Moot-Moot).

Le défi avec Pablo était justement sa peinture. Il semble bien étrange de faire toute une BD sur un tel géant sans en représenter un seul tableau. Si le défi de s’y attaquer aurait amusé Clément Oubrerie, il n’a pas pu reprendre les toiles de Picasso car elles sont protégées. Il s’est donc cantonné à la représentation d’un autoportrait des débuts de sa carrière, essentiel pour l’avancée du scénario. Mais peu importe car « le sujet n’est pas sa peinture mais ce qu’il (Pablo) est, ce qu’il traverse, comment, et ses influences en art » (Clément Oubrerie).

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Pour cette série, Clément Oubrerie a changé ses méthodes habituelles de dessin. Puisqu’il se mesurait à Pablo Picasso, il a essayé de retrouver le travail de la matière plus que la tendance actuelle au « miniaturisme » qu’on trouve dans le travail pour la BD. Il a donc utilisé du grand format pour chaque case et a varié les matériaux (fusain, crayon, aquarelle, encre…) Le rendu est chaud et tremblé, il transmet ce que les mots de Julie Birmant ne peuvent dire. Son travail nous plonge dans le Montmartre de 1900 qui n’était pas encore aux mains des touristes mais des artistes.
 


Julie Birmant, scénariste

Julie Birmant a d’abord travaillé comme metteure en scène dans une école de cinéma à Bruxelles (cultivant un faible pour les documentaires), elle a codirigé des revues de théâtre avant de devenir dramaturge elle-même, et plus récemment elle a signé le scénario de Drôles de femmes qui traite de figures du spectacle (Yolande Moreau, Amélie Nothomb…).
 
C’est elle qui est à l’origine du projet de Pablo, qui surfe sur la vague des biographies romancées en BD (on pense à  Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet, Le Montespan de Teulé). Cette  idée de travailler sur le jeune Picasso inconnu est née de ses balades dans les rues de Montmartre près du Bateau Lavoir dont elle regrette la vie bouillonnante d’art qu’il a perdue avec le temps. Ses recherches pour ce projet n’ont pas tant porté sur l’histoire de l’art et les conséquences de Picasso sur le peinture moderne mais bien sur le personnage lui-même. On a beaucoup de sources sur la vie de Picasso, il n’y a aucun grand vide dans sa biographie. Cela dit, il ne s’agissait pas de besoins factuels sur la vie de l’artiste mais de comment l’a vécue l’être humain. Pour ce faire, et après recherches dans les réserves de la bibliothèque municipale, Julie Birmant a trouvé les mémoires de Fernande qui, étrangement (et selon ses dires), n’étaient que très peu empruntés alors qu’il s’agit d’une fenêtre inédite sur sa vie et celle de Pablo.  C’est de ces bases que Julie s’est inspirée pour ce projet, en mettant sa patte de scénariste pour romancer et rendre les faits en BD, sans prétendre à l’entière véracité, quoique les sources soient parfaitement viables.

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Mon avis
 
C’est une bande dessinée qui fait voyager dans le temps, autant au niveau du dessin chatoyant à l’aquarelle que des personnages et leur histoire. Des cases pleine page (notamment la première du second tome) hypnotisent l’œil du lecteur, tout comme les petits éléments qui parfois s’échappent des cadres. Et non seulement c’est éblouissant mais on se prend tout de suite au jeu, à l’atmosphère, au Paris artiste et au Montmartre bohême. Même sans être un professionnel de l’histoire de la peinture on est vite passionné et finalement on en apprend beaucoup sur le milieu et l’époque. En ce qui me concerne, j’attends les prochains tomes avec impatience. C’est le Minuit à Paris de la bande-dessinée !
 
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Pour en savoir plus

Site officiel de Clément Oubrerie : http://www.oubrerie.net

Interview pour la sortie de la BD :http://www.youtube.com/watch?v=pJWfvCNr1Wk
 

Marion S., Année spéciale édition librairie

 

 

 


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 07:00

Roland-Dubillard-Les-Diablogues.gif

 

 

 

 

 

 

 

Les Diablogues
Comédie de Roland DUBILLARD (1h30)
Mise en scène de Jean MOURIERE
Avec Frédéric BOUCHET
et Jean MOURIERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dubillard-diablogues-01.jpgMercredi 6 décembre 2012, j’ai assisté à une représentation des Diablogues, fameuse pièce de Rolland Dubillard, au théâtre des Salinières, situé rue Buhan à Bordeaux.

C’était la première fois que je me rendais dans ce théâtre et j’ai été très surprise de l’accueil qui m’a été réservé. En effet, c’est dans une ambiance très chaleureuse que nous avons été invités à nous installer. L’atmosphère confinée de la petite salle nous a toute suite transportés dans l’univers intimiste du texte de Dubillard.

Nous n’étions qu’une vingtaine dans la salle, ce qui a renforcé l’impression d’être vraiment réunis en petit comité privé. L’ouvreur est entré et a nous annoncé le début de la pièce puis nous a invités ensuite à partager un cocktail au bar du théâtre, en compagnie des comédiens. J’ai alors eu le sentiment de partager un bon moment, en toute simplicité avec quelques amis, et les frontières encore existantes entre le personnel du théâtre, les comédiens et le public sont tombées.

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Rideaux fermés, une musique retentit annonçant le début de la pièce et remplaçant par la même occasion les fameux trois coups que j’attendais tant. La dernière fois que j’ai vu une représentation des Diablogues, pièce que j’affectionne particulièrement, c’était au théâtre municipal de Cahors (46), avec en tête d’affiche Jacques Gamblin et François Morel. Je sais, quand le rideau s’ouvre, que je ne pourrai pas m’empêcher de comparer les deux prestations et cela me fait un peu peur. Cependant, la surprise est encore une fois totale. Les comédiens me transportent dès leurs entrée sur scène dans un monde parallèle, celui des jeux de mots, des incompréhensions, du théâtre dans le théâtre, des incohérences et autres dialectes inconnus, le monde de Dubillard.

C’est avec une mise en scène plutôt épurée que la pièce défile. Un décor fixe, où seuls les comédiens, accessoires et jeux de lumières divers font que le spectateur passe sans mal d’une scène à une autre.

 

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Ce qui fait le charme de cette pièce de théâtre en plus du texte est l’interprétation des comédiens. Ils ont ce jour-là été parfaits, leurs nombreuses mimiques et déplacements comiques ont épousé à merveille le texte de Dubillard.

La pièce se divise en douze saynètes séparées ici par un noir. C’est-à-dire par la technique utilisée au théâtre qui consiste à éteindre toutes les lumières pour créer une rupture dans l’action.Les saynètes sont plus ou moins liées par des morceaux de brèves se faisant écho. Chaque réplique est lourde de sens et chaque saynète possède un fort potentiel comique, cela marche, le public rit aux larmes.

Voici la structure de la pièce (à ne pas lire si on ne souhaite pas connaître l’histoire des Diablogues en détail) :

La scène un commence.  Les personnages entrent, sous une pluie battante. Il s’agit d’un débat entre les deux personnages sur la peur de la pluie. De fil en aiguille, le décor de l’absurde se construit. Un des deux amis trouve très étrange que l’autre n’aime pas la pluie et en ait peur. En le poussant à parler, il se rend compte que c’est être mouillé qu’il déteste. Il déteste être mouillé quand il est habillé puisque nu sous la douche cela ne le gêne pas. Il ne se met pas nu dans la rue parce qu’il a peur de la police. Donc, selon un raisonnement plus que logique, ce n’est pas de la pluie qu’il a peur mais de la police.

Noir.

Début de la scène deux. Les personnages sont assis autour d’une table. L’un deux est malade, il veut prendre des gouttes. Il saisit alors son compte-gouttes (de très bonne qualité, qui lui vient de sa mère de Besançon) et commence à compter les gouttes qui tombent dans le verre. Il en compte dix mais son ami en compte douze. Il recommence mais se pose le problème de savoir comment recompter les gouttes lorsqu’elles remontent dans le compte-gouttes. Les personnages ne se comprennent pas, un dialogue de sourds s’ensuit sur la nécessité de penser que les gouttes sont des billes, quelque chose de matériel et de physiquement saisissable. Les personnages s’intéressent au sens du mot compte-gouttes dans la mesure où celui-ci ne compte pas les gouttes puisque c’est celui qui verse les gouttes qui les compte…

Noir.

Un personnage est assis, l’autre debout. Cette scène parle d’une représentation de Bérénice. On parle du talent d’une actrice que les personnages encensent mais qui semble être complétement dépassée. Il y’a de nombreux jeux de mots entre poux et bout par exemple, c’est le début de la création d’un vocabulaire propre à l’univers de Dubillard puisque nous apprenons que la représentation de Bérénice fut « fourmidiable », un mélange entre des fourmis et la queue du diable... Allez comprendre !

Noir.

Un des personnages se souvient d’une pièce qu’il est allé voir et qui lui a beaucoup plu. Il reproduit une tragédie qu’il a vu jouer. Il ne se souvient plus si elle était de Corneille ou de Racine. Il se lance, se remémore le texte, fait jouer sa mémoire et c’est son visage qui fait tout le comique de la situation. Les mimiques faciales et variations d’intensité dans le langage sont à se tordre de rire.

Noir.

Retentissent les trois coups. C’est le début d’une belle mise en abyme. Nous assistons à une répétition de nos comédiens qui travaillent sur un texte de la tante Paulette. C’est un texte très pauvre, sans aucun sens et c’est le comique de répétition qui fait son effet ici. Bonjour, Bonjour, Bonjour.

Noir.

Après s’être remis de leurs émotions théâtrales, les amis se rendent dans un restaurant. Ils appellent le garçon qui ne vient jamais. Une scène hilarante se déroule alors quand les deux personnages pensent être épiés par des Turcs alors qu’ils sont seuls face à leurs reflets dans le miroir.

Noir.

Les personnages montent l’escalier mais l’un des deux a le pied et la chaussette qui craquent, il se fait remonter les bretelles par son camarade qui lui explique qu’il a besoin de silence car il est à la recherche de l’oiseau gobe-douille qui se situe en haut de l’escalier. C’est un oiseau très rare qui se nourrit d’électricité et qui a la capacité de se transformer en une douille d’ampoule électrique vide lorsqu’il a peur. Lorsque le gobe-douille va mourir, il fait un drôle de bruit semblable à celui d’une ampoule qui grésille. C’est véridique (et touchant), puisque c’est la grand-mère d’un des personnages qui lui a raconté cette histoire pendant toute son enfance…

Noir.

Changement d’atmosphère. Après l’enfance, c’est face à deux personnes âgées handicapées que nous sommes. Scène assez dérangeante après l’émotion du petit oiseau mais cela est surement dû à une volonté de mise en scène. Les vieux messieurs se disputent pour savoir qui a le meilleur des papas ; cependant, vu leur âge avancé, on se doute bien que leur papa n’est plus de ce monde, ce qui renforce la mélancolie face à ces deux personnages frisant la folie et s’accrochant désespérément à leurs déambulateurs.

Noir.

Les personnages vont plonger. Seulement, il faut trouver la bonne façon de dire « hop » et savoir sur quelle lettre on doit se lancer. Si quelqu’un se lance sur le H et quelqu’un sur le O, ils ne seront pas synchronisés.

Noir.

Drôle de partie de ping-pong ponctuée par des « ta ping, ta pong », onomatopées plus que réalistes. Un discours incohérent survient alors, les personnages se demandent si la tante Paulette qu’ils ont tous les deux ne serait pas par hasard la même tante Paulette puisqu’ils n’ont jamais vu leurs tantes respectives ensemble.

Noir.

Nouveau témoignage touchant. Un des personnages est malade, le diagnostic est sévère, c’est la première fois qu’il existe. Quelle drôle de sensation.

Noir.

Scène finale, les personnages sont dos à dos et discutent en formant des phrases issues de fragments des saynètes précédentes. C’est une belle conclusion à cette histoire que de compiler les moments les plus drôles de la pièce dans une seule et belle réplique.

Au final, on ne connaît presque rien des personnages, ils n’ont pas de noms, on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils font. On sait juste qu’ils ont une tante qui s’appelle Paulette, se demandent si ce n’est pas la même mais nous n’avons jamais la réponse. On sait aussi qu’un des personnages à une mère qui habite Besançon puisque c’est de là que vient le fameux « pousse-goutte » de la saynète numéro 2.

Dans cette pièce, chaque mot a un sens ou plusieurs, les protagonistes se jouent du langage (et jouent avec lui), mots étranges, non-sens. Pourquoi appeler un compte-gouttes un appareil qui ne permet que de faire sortir un liquide sous forme de gouttes. Ne serait-il pas judicieux de plutôt l’appeler un pousse-gouttes ?… C’est la quête de ces deux drôles de personnages, une quête pour trouver le mot juste. C’est un témoignage touchant, une histoire simple de deux amis puisque nous supposons qu’ils se connaissent depuis toujours. C’est presque une histoire faite avec des mots d’enfants qui s’émerveillent de toutes choses et qui ne comprennent pas pourquoi le monde est si compliqué, une histoire où on voit le temps qui passe et où on comprend que le langage n’a de sens que si on est deux pour pouvoir en discuter.


Aurélie S, 2A Bib.

 

 

 


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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 07:00

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Ignacio Rodriguez MINAVERRY
Dora
traduction
Chloé Marquaire
éditeur : L’Agrume
Collection Littérature graphique, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire

Première partie : 20874

Allemagne, fin des années 50. Dora Bardavid, jeune germano-marocaine travaille comme archiviste au Berlin Document Center, géré depuis 1953 par les États-Unis et au sein duquel ont été centralisées les collections de documents relatifs à la période nazie en vue d’instruire le procès de Nuremberg. La jeune fille, dont on apprend que le père est mort en déportation, se voit chargée du microfilmage des fiches de renseignement des membres du NSADP (le parti national-socialiste des travailleurs allemands, i.e le parti nazi), des SA (« Sturmabteilung » ou section d’assaut, le premier groupe paramilitaire nazi) et des SS (« Schutzstaffel », le principal organisateur de l’extermination des juifs d’Europe). Autant dire que l’adolescente se retrouve brutalement plongée au coeur de l’horreur nazie à travers la réalité froide et bureaucratique de la Shoah, toute en chiffres et en documents administratifs. Alors que sa colocataire Lotte découvre les plaisirs charnels avec un espion américain, Dora, après avoir trouvé le numéro de son père (20874) au hasard d’une fiche, décide de mener sa propre enquête et commence à subtiliser des documents afin de constituer ses propres archives.


Deuxième partie : Rat line I et II

Nous retrouvons notre héroïne quelques années plus tard, en France, à Bobigny, où elle a rejoint sa mère. Désoeuvrée, la jeune femme fait la connaissance d’Odile et de sa bande d’amis, tous communistes engagés. C’est dans un contexte de tension politique (la guerre d’Algérie n’est pas bien loin) et familiale (sa mère est aux abonnés absents) que Dora décide de se faire embaucher comme traductrice franco-allemande par la coopérative communiste de Bobigny. Elle y fait la connaissance d’un espion israélien, qui lui propose de participer à l’arrestation du docteur Mengele (le « médecin d’Auschwitz »), réfugié, semble-t-il en Argentine. En effet, le chef d’une des amies de Dora serait en relation avec le criminel nazi. Voilà donc Dora partie pour l’Argentine pour y mener l’enquête, en pleine période peroniste (la dictature militaire en Argentine qui s’ouvre en 76 avec Juan Perón, ne s’achèvera qu’en 1983). Si la mission se révèle être un échec, la jeune femme accumule encore les indices de telle sorte qu’à la fin du premier tome, l’enquête ne fait que commencer...

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L’Auteur


Ignacio Rodriguez Minaverry est né en 1978 en Argentine, où il est considéré comme l’un des jeunes auteurs les plus prometteurs. Ses scénarios complexes (voire parfois compliqués pour le néophyte), documentés à l’extrême, qui imbriquent la grande et la petite Histoire, renouvellent un peu le genre du roman graphique. Il a publié dans plusieurs revues des histoires courtes, notamment dans la revue Fierro , référence de la bande-dessinée en Argentine, et parallèlement, a réalisé des dessins de technique chirurgicale pour un hôpital argentin (rien d’étonnant, somme toute, vu la précision de son trait et le nombre de détails dans ses dessins). Il a également travaillé dans un studio d’animation, avant de se lancer dans son premier projet personnel, Aleph-Alif, qui est une sorte de préquelle à Dora, une introduction au personnage (mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce tome pour comprendre Dora).



Ce que j’en ai pensé

J’ai erré pendant un bon moment au rayon bande-dessinée avant de jeter mon dévolu sur Dora. J’avoue que la couverture ne m’a pas particulièrement attirée, mais le format « roman graphique » et le « coup de coeur de la librairie » ont fait pencher la balance. On regrettera cependant qu’il n’y ait pas de résumé clair (celui qui se situe dans l’encart n’est vraiment pas attrayant), car on ne sait pas à quoi s’attendre de prime abord.minaverry-dora-4e-couv.jpg

Malgré mes quelques réticences de départ, je me suis laissée rapidement captiver par l’intrigue, très complexe et le graphisme sobre et élégant de Minaverry (qui n’est pas sans rappeler, dans le style et le souci du détail, celui d’Yvan Pommaux) : 200 pages pour voyager autour du monde et se replonger dans les pages sombres du monde contemporain... Tout l’art de cette bande-dessinée consiste à savoir mêler subtilement la grande Histoire, du nazisme au péronisme, en passant par la France communiste, à la petite histoire, celle de la quête identitaire de Dora. Minaverry s’est beaucoup documenté : le texte, tout comme les illustrations, foisonne de détails historiques (cartes, plans, documents administratifs de la SS, organisation des camps d’internement et de concentration, jusqu’aux titres de l’Humanité et aux affiches d’Evita Perón).

C’est d’ailleurs peut-être la seule (et légère) critique que je pourrai faire de cet ouvrage : ayant pourtant fait de longues études d’Histoire, je concède que j’ai pu manquer, à certaines occasions, de clés pour comprendre quelques références du scénario (notamment en ce qui concerne la révolution et le coup d’état de la junte en Argentine) ; il y a beaucoup d’informations, qui étouffent parfois un peu l’intrigue, mais finalement, c’est tout de même un très beau panorama d’une époque qui n’est pas si lointaine, mais qui est relativement mal connue (surtout des jeunes générations). C’est donc l’occasion de (re)découvrir cette période mal aimée des manuels d’Histoire à travers les tribulations et le regard de l’intrépide « Dora ». À mon grand désespoir, j’ai découvert qu’il s’agit d’une série à la fin du volume (c’est donc le tout premier tome) et il va donc falloir prendre son mal en patience et attendre la parution du second volet pour connaître la suite...


Marion, AS Bib.

 

 


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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 07:00

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Jean ECHENOZ
Des éclairs
Minuit, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Né en 1947, Jean Echenoz publie son premier ouvrage en 1979, Le Méridien de Greenwich, aux éditions de Minuit. Il obtient, en 1983, le prix Médicis pour Cherokee puis le prix Goncourt, en 1999, pour Je m'en vais. En 2001, il rend hommage à l’éditeur éponyme dans Jérôme Lindon, œuvre autobographique dans laquelle il expose ses relations avec lui. Des éclairs clôt une trilogie de biofictions commencée en 2006 avec Ravel, suivie de Courir en 2008. Son dernier livre, 14, est paru cette année.


La fiche de lecture suivante vous donnera des informations sur la trilogie de biofictions ainsi qu'un résumé de l'œuvre présentée ici : http://littexpress.over-blog.net/article-jean-echenoz-les-biofictions-ravel-courir-des-eclairs-107562183.html



Quelques lignes de résumé

L'histoire de Des éclairs s'inspire largement de la vie de l'inventeur Nikola Tesla (plus d'informations  ici). Le personnage central, Gregor, est né une nuit d'orage, entre deux jours, car personne n'a pensé à regarder alors l'heure exacte. C'est probablement cette nuit traumatisante, qui marquera le reste de la vie de Gregor, qui a donné son titre au récit (associée à son invention du courant alternatif).

Gregor grandit, non seulement physiquement mais aussi intellectuellement, très rapidement. Il se met à concevoir des objets, des machines, quitte son Europe de l'Est natale pour l'Europe occidentale puis pour les États-Unis. Il y rencontre Thomas Edison et sera ingénieur pour lui avant de devenir son plus grand rival en travaillant pour Westinghouse. Néanmoins, la plupart des inventions de Gregor vont être attribuées à Edison. Ceci entre autres parce que Gregor ne prête que peu d'attention au dépôt de ses brevets. Cela lui fera perdre de l'argent mais permettra surtout à d'autres scientifiques de lui voler ses idées.

Il mène une vie excentrique : logeant à crédit, sur sa réputation, dans un luxueux hôtel new-yorkais, il limite au minimum le contact avec d'autres personnes. Sa vie sociale se borne à deux repas par semaine chez les Axelrod, Norman, qui devient son meilleur ami, et Ethel, dont il tombe amoureux. Il est obsédé par la propreté, par les microbes mais encore plus par les chiffres : il compte tout, tout le temps. « Il s'occupe en fait à dénombrer précisément le public, au strapontin près. » (p. 61)

La recherche d'investisseurs, la mise en œuvre de projets, l'échec de certains d'entre eux se poursuivent jusqu'au moment du déclin. Gregor n'est plus le même. Son train de vie diminue, pour cause de contraintes économiques, tandis que son corps s'amaigrit et que ses idées s'amenuisent. La fin de sa vie va tourner autour des pigeons.



Quelques thèmes du livre

 « Fiction sans scrupules biographiques » selon la quatrième de couverture, Des éclairs raconte cependant une vie avec des détails historiques exacts (la découverte du courant alternatif, les rayons X, le microscope électronique...) même si le nom de l'inventeur n'est pas respecté... On peut, par ailleurs, noter l'absence quasi totale des deux guerres mondiales, seulement mentionnées en passant car certaines des inventions sont utiles en temps de guerre.

Gregor est un personnage déraciné, il quitte tout, son village natal, sa famille, devient polyglotte et quitte de nouveau sa terre d'accueil pour aller encore plus à l'ouest. De là découle une certaine solitude mais elle est aussi due à un besoin d'isolement provoqué par ses inventions qui le font se renfermer sur lui-même et ses idées.

Cet être étrange, qu'on a du mal à croire humain par moments, éprouve tout de même quelques sentiments : un besoin de reconnaissance (de son talent, humainement, scientifiquement et financièrement afin d'attirer des investisseurs), l'amitié (avec Norman), l'amour et la jalousie (avec Ethel et avec... une pigeonne).

Les pigeons. Parlons-en ! Ils envahissent le roman, et donc la vie de Gregor, petit à petit. Au début, il se contente d'aller de temps en temps les nourrir dans un parc, puis de plus en plus fréquemment. Il se ensuite met à les étudier, à y aller tous les jours et à les soigner. Il les ramène dans sa chambre d'hôtel, ce qui est vite dérangeant, et tombe amoureux d'une des pigeonnes qu'il soigne et qui meurt rapidement, atteinte d'une maladie incurable. Après l'avoir enterrée en grande pompe, il la fait finalement exhumer puis empailler pour la garder dans sa chambre d'hôtel, avec lui.



Quelques observations sur l'écriture

Gregor n'est pas le narrateur de son histoire. Celui-ci est extérieur, utilise donc la troisième personne mais fait parfois des commentaires en son nom, ce qui le lie au lecteur. Hormis ce que l'on peut saisir dans ces apartés, on ignore tout de ce narrateur et de son identité. On peut d'ailleurs penser qu'il s'agit de l'auteur lui-même...

Echenoz pratique les ellipses temporelles. Il manque des périodes de la vie de Gregor (sept ou dix ans, et ce plusieurs fois). L'auteur utilise un rythme qui accroche son lecteur, alternant les phrases longues et riches et les phrases courtes et incisives. Cette alternance, ces ruptures créent des atmosphères différentes : une énumération en une seule longue phrase emporte le lecteur dans un flot continu tandis qu'une succession de phrases courtes et nominales assène ses mots au lecteur comme des coups de point (si je peux me permettre un tel jeu de mots).

Cette biofiction nous entraîne avec elle. On suit très facilement l'histoire qui nous est contée, on s'attache à ce narrateur qui nous fait part de ses propres impressions, on découvre comment ont été créées certaines des plus grandes inventions du vingtième siècle... Une lecture sympathique, à la fois divertissante et instructive que je conseille vivement !


Lola Favreau, 2A Éd-Lib

 

 

 

 

Jean ÉCHENOZ sur LITTEXPRESS

 

 

echenoz ravel

 

 

 

 Articles d'Anne-Claire et de Jean sur Ravel

 

 

 








Article de Samantha sur L'Équipée malaise







Jean-Echenoz-Lac.gif


Article de Maude sur Lac














Article de Marlène sur Je m'en vais.

 

 

 

 

 

Jean Echenoz Jerome Lindon

 

 

 

Article de Claire sur Jérôme Lindon.

 

 

 

 

 

 





Article de Quentin sur Courir

 

 

 

 

 

 

 

Article de Léanne sur les trois biofictions (Ravel, Courir, Des éclairs).

 

 

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 07:00

J-K-Rowling-Une-place-a-prendre.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J.K. ROWLING
Une place à prendre

Titre original

The Casual Vacancy
 traduit de l'anglais

par Pierre Demarty

Grasset, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J. K. Rowling

 

Joanne K. Rowling est née en 1965 ; elle est anglaise  et diplômée en français et en fettres classiques ; elle est mondialement connue pour être l’auteur de la série des Harry Potter. Elle a été décorée de l’ordre de l'Empire britannique en 2001. Son nouveau roman, Une place à prendre, dont le titre original est The Casual Vacancy, est sorti le 27 septembre 2012 en Angleterre et le lendemain en France.



Résumé

L’action du roman se situe à Pagford, une petite ville anglaise typique où tout le monde se connaît. Après la mort soudaine de Barry Fairbrother d’une rupture d’anévrisme dès le premier chapitre, se met en place une compétition entre certains personnages pour prendre la place vacante que le décès laisse au conseil paroissial de la petite bourgade. Un poste convoité car il donne un certain pouvoir. Barry disparaît à un moment clé ; il devait se prononcer sur la question des HLM de Pagford, dont une partie des habitants souhaiterait se débarrasser estimant que ce qui s’y passe et l’ambiance qu’il y règne nuit à l’image de leur petite ville. L’annonce de sa disparition engendre dans un premier temps une succession de réactions très différentes de la part des nombreux personnages ; certains expriment un soulagement, d’autres clament ouvertement leur joie et d’autres encore sont réellement bouleversés. À partir de là, on entre dans la vie des différents personnages en les suivant le temps d’un chapitre.



Une comédie de mœurs

La comédie de mœurs est un terme qui revient souvent dans les critiques récentes du livre et dans les interviews de l’auteur elle-même ; il est vrai que bien que le livre soit écrit sur un ton plutôt léger et comique, JK Rowling fait effectivement une critique des relations dans une société moderne où règnent l’hypocrisie, la lâcheté et aussi le désespoir de la majorité des adolescents du roman qui se sentent perdus dans un monde où ils perçoivent l’hypocrisie des adultes et les coups bas qu’ils se font entre eux. Elle montre une société où les jeunes ont du mal à se construire et où il y a une forme de perte des valeurs, et notamment des valeurs de la famille.



Des adolescents en détresse

Bien loin de la saga Harry Potter, JK Rowling choisit des personnages qu’on pourrait qualifier d’adolescents à problèmes dans son livre.  Krystal, un des personnages principux du roman, est décrite ainsi :

 

« Andrew aperçut Krystal Weedon, emblème de la cité et objet de blagues salaces en tous genres. Elle marchait d’un pas bondissant […] à chacune de ses oreilles se balançaient plusieurs anneaux, et la ficelle de son string dépassait du pantalon de jogging qu’elle portait à mi-hanches »

 

Krystal, est scolarisée dans le lycée de la petite ville, elle insulte régulièrement ses professeurs, arrive perpétuellement en retard et mâche sans cesse son chewing-gum de manière vulgaire : elle est  le parfait cliché de l’adolescente en crise.

En plus des problèmes de fêtes, d’alcool ou de drogues, les adolescents du roman se retrouvent aussi confrontés à des problèmes de flirts, de jalousie, décuplés par les réseaux sociaux comme Facebook. Sans compter le fait que les conflits des adultes se répercutent sur eux, et sur leurs relations. Par exemple, il y a l’histoire d’un médecin, la mère d’une adolescente nommée Sukhvinder qui est accusée par cette dernière d’avoir tué la grand-mère de Krystal ; l’histoire prend une telle ampleur pour Sukhvinder qu’elle en arrive à avoir des pensées suicidaires.

 

« Si seulement elle arrivait à s’échapper, à rester loin d’eux cette après-midi, elle pourrait peut-être réfléchir à un moyen de se protéger, avant de retourner en classe. Ou alors elle pourrait se jeter sous les roues d’une voiture. Elle imaginait déjà le pare-chocs la percuter et lui briser tous les os du corps. Combien de temps mettrait-elle à mourir, disloquée au milieu de la route ? »

 

Dans le livre certains personnages adolescents viennent d’emménager à Pagford ; la plupart le vivent assez mal et regrettent le changement de vie que leur impose le fait d’être dans un petit village et dans un petit lycée. L’auteur montre que s’intégrer dans un village et être admis dans un groupe de jeunes peut parfois être difficile.

En résumé, JK Rowling choisit de se focaliser sur les adolescents et leurs problèmes, cette fois-ci bien éloignés d’un monde magique ; le roman est écrit dans un langage cru, les répliques des adolescents ainsi que leur sentiments sont très bien décrits et réalistes ; bien que j’aie eu du mal à me faire à ce style de langage et à cette vulgarité surtout venant de cet auteur, j’ai l’impression qu’elle a vraiment voulu contraster avec ses précédents livres en passant à la littérature pour adultes. J. K. Rowling avoue s’être inspirée de sa propre adolescence pour décrire celle des personnages dans le livre ; une partie de sa vie qui n’a pas été très heureuse, qu’elle a d’ailleurs passée dans un village qu’elle dit similaire à celui de Pagford ; c’est sans doute ce qui explique que tous les adolescents du roman soient si peu optimistes.



Une multitude de personnages

Le roman compte environ une trentaine de personnages, trente-quatre selon  le magazine The Telegraph qui a publié un petit guide : http://www.telegraph.co.uk/culture/books/booknews/9570116/JK-Rowling-The-Casual-Vacancy-the-cast-of-caricatures.html

Ce nombre étourdissant de personnages qui ont tous des liens entre eux et la longueur du livre (680 pages) font que l’intrigue a du mal à démarrer ; selon moi, on passe d’un personnage à l’autre très vite, sans avoir vraiment eu le temps de le comprendre, ou de s’attacher à lui ; on a du mal à saisir l’intrigue générale, car chacun des personnages a ses propres problèmes, envies et objectifs. Cependant on peut aussi dire que ce nombre de personnages permet d’avoir un échantillon assez large de la population de Pagford, et donc d’être au cœur des préoccupations des habitants et de ressentir l’ambiance, l’atmosphère du village.

En conclusion, on peut dire que le roman de JK Rowling n’a pas fait l’unanimité ni dans les critiques ni chez les adeptes d’Harry Potter ; voici quelque critiques qu’on a pu lire dans la presse mondiale :

 

New York Times : « Le monde que décrit Rowling est si banal, si stéréotypé que le roman n'est pas seulement décevant : il est fade. [...] De nombreux auteurs ont réussi à brosser un portrait de la classe-moyenne rurale, en rendant compte du quotidien des personnages tout en y insufflant beaucoup d'émotion. Malheureusement, ce n'est pas le cas ici. [...] Padford fait songer à un village factice dont les habitants seraient des jouets. [ …] Les personnages d'Une place à prendre n'ont pas été suffisamment construits et imaginés. Nous n'avons pas le sentiment d'être proches d'eux, de les connaître, comme c'était le cas dans Harry Potter. »

Fox news : « Si vous recherchez des sorciers, des formules magiques ou des balais volants, vous serez déçus […] Mais si vous recherchez l'émotion et le coeur qui faisaient le charme d'Harry Potter, vous les retrouverez dans Une place à prendre. »

The Telegraph : « Il y a beaucoup de violence – domestique, sexuelle, sociale – dans ce roman. Mais justice n'est jamais rendue, aucune solution n'est apportée [...] Une place à prendre nous démontre que la magie, ça n'existe pas. »

The Australian : « J.K. Rowling a échappé à la pauvreté. [...] Elle est aussi préoccupée par le sort des déshérités que l'était Dickens. Peut-être est-ce une bonne chose de rappeler que les romans, parfois, ne servent pas uniquement à nous divertir. »

 

Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-nouveau-roman-de-j-k-rowling-n-a-pas-le-charme-d-harry-potter_1166982.html

En ce qui me concerne,  je n’ai pas particulièrement apprécié le livre ; le sujet est intéressant, ainsi que la manière de le traiter, mais cependant le nombre trop important de personnages fait que l’intrigue générale semble, pour moi, sans cesse interrompue, ; il m’a fallu revenir plusieurs fois en arrière pour  relire des passages car j’oubliais sans cesse les liens entre les personnages. Cependant, on peut penser que l’auteur a souhaité ici traiter d’un sujet qui lui semblait important, qui lui rappelait sa propre histoire ; on sent dans son écriture teintée d’ironie, à certains moments, une pointe d’amertume et de colère envers la société et les adultes surtout lorsqu’on se situe du point de vue des adolescents.


Laura, 1ère anné bib.



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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 07:00

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Yassaman MONTAZAMI
Le Meilleur des jours
Éd. Sabine Wespieser, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi la foule des romans de la rentrée littéraire, on est heureux de rencontrer un livre édité par  Sabine Wespieser. C'est d'abord la beauté de l'objet qui attire, puis la douceur du papier qui retient. Une édition de belle facture pour un texte non moins séduisant, le genre d'investissement livresque que l'on ne regrette pas...



« On ne sort pas en pyjama »

Sur la couverture, il est écrit « roman ». A priori, pas de doute, mais le classement générique de cet œuvre doit-il être aussi catégorique ? Car ce premier « roman » est avant tout une écriture de soi, autobiographique et biographique puisqu'elle est centrée sur la figure du père, ce héros, aujourd'hui décédé. Quand elle évoque la genèse de son œuvre, Yassaman Montazami parle d'ailleurs plus de « catharsis » (extrait de l'émission « Eclectik » sur France Inter du 18/11/12) que de projet littéraire. Les premiers jets d'écriture se font « dans la douleur de la perte annoncée puis effective » (extrait de l'émission « Pas la peine de crier » sur France Culture du 14/09/12) Écrire devient alors un acte instinctif et libérateur, pour mettre au jour la trop grande souffrance provoquée par la perte de l'être cher.
Yassaman-Montazami--image-du-site-France-Culture-.jpg
Ces quelques pages auraient pu rester au fond d'un tiroir, chiffonnées et maculées de larmes... Mais le fait est que Yassaman Montazami, par ailleurs docteur en psychologie, a pour compagnon Éric Laurrent, écrivain « professionnel », lui. C'est lui qui incite donc sa chère Yassaman à poursuivre l'aventure pour transformer ses brouillons en un objet intellectuel et publiable. L'auteure décrit l'entreprise ainsi : « accepter de se déposséder de ses émotions pour les rendre intelligibles, recevables pour le lecteur, et cohérentes, car quand on se laisse porter par le pathos, ce n'est pas vraiment structuré » (France Culture). Autrement dit « on ne sort pas en pyjama » (France Inter), on se mouche un bon coup, histoire d'avoir un peu de classe, et de classe Yassaman Montazami n'en manque pas, pour se présenter en public. Elle a donc taillé ses crayons et revu, et encore revu sa copie, avec toujours comme premier lecteur Éric Laurrent, exigeant au plus au point, qui l'aide à accoucher de ce premier roman ou biofiction, ou autofiction, ou tout à la fois comme on voudra.

 

Yassaman Montazami

(photo site France Culture)


(« C'est notre plus beau jour ! » (p. 16)

Le Meilleur des jours, c'est la traduction du nom du père, Behrouz, iranien exilé en France en 1974. Le livre est un hommage à un de ces hommes dont on peut dire qu'il fut un « personnage ». Behrouz est un intellectuel de gauche appartenant à un milieu très aisé, sa mère ayant fait fortune grâce au succès de ses livres de cuisine en Iran. Envoyé en France pour ses études, Berhouz n'assiste pas directement au renversement politique qui se joue dans son pays en 1979. Il passe du statut privilégié d'étudiant à celui d'exilé, non moins bien vécu par le protagoniste. Car Berhouz est autant connu pour son engagement politique que pour son sens de l'humour manifesté par une succession de frasques plus ou moins appréciées de son entourage.

Le prénom du père fait référence à sa naissance, qui tient du miracle. Le récit de cet épisode constitue, après un rapide prologue où l'on apprend la mort du personnage, le premier chapitre. On fait donc un saut dans le passé pour vivre le début de l'aventure. Ce début fait penser à celui d'un conte. En effet le héros doit déjà surmonter une épreuve, celle de la mort qui le guette. Il a d'abord échappé à l'avortement : «  Par quel miracle ce fœtus-là avait-il échappé aux mains expertes et funestes de la faiseuse d'anges ? » (p.13), puis doit survivre à une naissance prématurée : « Cet enfant n'est pas viable. D'ailleurs il n'a même pas crié. ». S'ensuit une lutte frénétique et fantastique de la mère, Rosa, contre la mort assurée de son rejeton. Ce chapitre d'introduction, fort et ramassé, suit de manière très rythmée le déroulement de ce combat mené au sein d'une couveuse artisanale :

 

« Rosa appela en criant la petite paysanne d'une dizaine d'années qui lui tenait lieu de bonne à tout faire et lui ordonna aussitôt de disposer un poêle dans la plus petite pièce du rez-de-chaussée, puis d'en isoler la porte et les fenêtres avec les chutes d'un tissus dont on faisait de la charpie » (p.14),

 

et plus loin : « quand on l'interrogeait au sortir de l'antre torride, elle assurait que l'enfant vivait encore ». Puis le miracle intervient : « À l'aube du onzième jour, Abi fut tiré du sommeil par un hurlement aigu montant de la petite pièce du rez-de-chaussée » (p. 15).

Ce chapitre introduit une sorte d'univers merveilleux qui n'est pas sans rappeler celui du conte, au sens de conte de fées et d'histoire qu'on raconte. D'abord on a cette couveuse magique qui fait vivre l'enfant que tout le monde croyait perdu. Il y a ensuite cette mère ultra protectrice qui lui fait subir une « entreprise de gavage » (p. 19) digne des meilleurs récits de Perrault avec ogre, ogresse et banquets à volonté :

 

« Rosa exerça sur l'enfant une attention de chaque instant qui ne tarda pas à tourner à la persécution. […] Elle était littéralement obsédée par les repas du petit, leur confection, leur présentation, et, en dernier lieu, leur indigestion » (p. 17).

 

Toute cette nourriture est également sujette à des descriptions qui rappellent celles des histoires de princes et de princesses. De plus, nous sommes en Orient, au sein d'une famille au niveau de vie très confortable : sans aller plus loin dans le cliché, on ne peut pas ne pas penser aux contes des Mille et Une Nuits. On a d'ailleurs tous ces personnages de serviteurs, comme Ali, qui fascinent le petit Berhouz :

 

« En l'observant, Berhouz avait le sentiment que le jeune domestique quittait la terre ferme, que sa conversation privée avec le Très-Haut le ravissait au monde sensible. Le petit tapis de prière devenait celui d'Aladin, il le transportait dans les airs et lui faisait survoler les toits plats de Téhéran et les dômes revêtus de faïence des mosquées » (p. 24).

 

Un conte merveilleux ne s'écrit pas sans histoires d'amours. Celles de Berhouz sont narrées sur un mode burlesque et romantique qui fait ressortir toute la gaieté et l'absurdité de ses aventures :

 

« En ce jour de rentrée universitaire, mon père avait aperçu en haut des escaliers de l'amphithéâtre des jambes divines, à la finesse surnaturelle, au galbe parfait, aux chevilles délicates, terminées par d'adorables escarpins vernis. Mais outre leur beauté, ces jambes avaient ceci de particulier qu'elles n'étaient pas deux mais quatre. » (p. 29).

 

On peut penser que l'imaginaire est exacerbé dans les moments du récit les plus « éloignés » de la réalité de l'auteure. On sent dans son écriture un plaisir évident de l'invention d'un pays à un époque qu'elle n'a pas connue, d'une enfance et d'une jeunesse forcément radieuses, d'un père prince et d'une grand-mère reine.



Structure de l'œuvre

Cette jeunesse merveilleuse constitue la première partie du roman. Il est important à ce niveau de l'explication de faire une rapide description de la structure de l'œuvre. Le Meilleur des jours est constitué en tout de vingt-neuf courts chapitres, chacun comptant 2 à 5 pages (seul le chapitre 29 comporte 9 pages). Cet ensemble est introduit par un rapide prologue et terminé par un épilogue. En listant les thématiques des chapitres, on se rend compte que le roman est articulé en trois grands ensembles très équilibrés. Le premier ensemble (des chapitres 1 à 8) s'intéresse à l'enfance et à la jeunesse de Berhouz, avec les thèmes de l'amour et de la thèse inachevée. Le second ensemble (chap. 9 à 20) est constitué de tous les souvenirs de la narratrice enfant, centrés autour des milieux intellectuels et politiques, de l'accueil des exilés iraniens. Le dernier ensemble (chap. 21 à 29) narre les dernières années de Berhouz retourné en Iran, puis sa maladie et sa mort en France.

Malgré l'apparente linéarité chronologique de cette structure, le récit mêle les niveaux de temporalité. Les anecdotes sont évoquées dans un fil continu de pensée, dans un souci d'enchaînement logique plus que temporel, avec des retours récurrents dans le présent. Par exemple, les souvenirs de la petite fille ne se succèdent pas dans le temps. Il y a peu de dates, hormis celles de la révolution et du retour en Iran, expliquant le contexte. Cet effacement des repères fixe le texte dans une sorte d'intemporalité régulièrement contredite par toutes les allusions contextuelles. Mais ce brouillage du temps est aussi provoqué par la multiplicité des chapitres. Les chapitres peuvent d'ailleurs se lire comme des récits à part entière avec un début, un développement et surtout une chute. L'auteure pratique régulièrement cet art de la chute (par exemple p. 27 : « Elle n'avait même pas eu un mouvement de cils quand, après trente ans de mariage, il lui avait dit qu'il partait »). La succession rapide de ces chapitres donne à l'ensemble un rythme soutenu sans le rendre pour autant essoufflant. C'est plus le battement d'une vie pleine et entière qui palpite entre nos mains.



« Superstructure » et « Superman » : le point de vue de l'enfant

Un des leitmotive du roman est l'écriture sans fin par Berhouz d'une thèse dont le sujet est « La détermination de l'Histoire par la superstructure dans l'œuvre de Karl Marx ». La thèse en question fait l'objet de plusieurs chapitres. C'est pour nous l'occasion d'évoquer un des modes de narration du roman : le point de vue de la narratrice enfant. La thèse est un des sujets d'émerveillement de la petite fille :

 

« Quand il aurait achevé ses travaux, la cause originaire de l'inégalité entre les hommes serait enfin révélée. Le système qui l'avait engendrée serait mis à nu et s'effondrerait. […] On aurait enfin la clef du bonheur. » (p. 44).

 

Les pages où le père est vu à travers les yeux de sa fille enfant sont d'ailleurs les plus savoureuses. Les activités militantes du père sont assimilées à des récits fantastiques où les communistes viendraient sauver le monde et où Karl Marx est un super-héros : « "Superstructure" : ce mot étrange que j'associais enfant tout à la fois à "supernova" et "Superman", lui conférait un caractère exceptionnel » (p. 43). On retrouve cet humour quand la petite fille observe ses professeurs et cherche à savoir s'ils sont de gauche ou non : « À force de baigner dans ce milieu, j'étais devenue une sorte d'antenne du KGB ». La petite Yassaman classe les adultes rencontrés entre les « alliés communistes » et « nos ennemis, les gens de droite » (p. 67). Et on assiste avec jubilation à cette scène où la petite rentre de l'école en criant : « Berhouz, ça y est ! J'en suis sûre : Madame Kourniac est communiste ! ». Ce point de vue à la fois naïf et lucide de l'héroïne est amené avec justesse par l'auteure, qui réussit parfaitement à nous faire adhérer à son regard, à nous intégrer à son « clan » : « Ils étaient des nôtres » (p. 69).

L'intérêt pour Marx va bien au delà du sujet de la thèse. Souvent évoqué, cité, il devient presque un personnage du roman. Le père était absolument fasciné par Marx. La narratrice le met par exemple en situation en train de raconter sa vie avec délectation : « Il aimait raconter par exemple la fois où celui-ci [Marx] s'était fait pourchasser dans la rue par la police londonienne pour ivresse publique » (p. 64). Berhouz cite Marx comme un ami et un modèle : « Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. ''Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas'', affirmait mon père » (p. 51). L'inaction professionnelle de Berhouz est d'ailleurs un profond sujet de honte pour sa fille : « Cette honte atteignit son paroxysme à mon entrée au collège » (p. 53). Or ce chômage est revendiqué avec fierté (lire la scène où le père se déguise en ouvrier pour les rencontres parents-professeurs, p. 77) et fait absolument contraste avec l'activité intense de ce personnage qui semble perpétuellement en mouvement, sautillant, chantant, inventant toutes les frasques possibles.



« L'improbable antichambre de la révolution iranienne » : contexte politique

Le Meilleur des jours restitue au travers de la fiction une époque politiquement explosive, celle de la Révolution iranienne. Je vous propose un bref résumé de la situation : l'Iran est un régime monarchique jusqu'en 1979. Après des mouvements de protestation et des émeutes populaires, le Shah quitte le pouvoir et le pays. Ces événements qui signent la fin de la monarchie auraient pu marquer le début d'une belle révolution mais les opposants au Shah regroupaient à la fois des extrémistes religieux (rassemblés autour de la figure de Khomeiny), des marxistes, des anarchistes et des libéraux. Cette division joua en la faveur des théologiens et leur permit de proclamer la République islamique, avec à sa tête l'ayatollah Khomeiny. Cette usurpation du pouvoir et la politique d'élimination des opposants au régime qui s'ensuivit provoquèrent des vagues successives de migration des populations vers l'Europe et l'Amérique du Nord. Les exilés sont donc à la fois des militants d'extrême gauche et des représentants de la noblesse de l'ancien régime. Toutes ces personnes partagent, de manière assez ironique, la même situation d'exil.

Ainsi, le personnage de Berhouz fait partie de cette « communauté » d'exilés iraniens (même si lui est en France depuis 1974). Même s’il n'a pas vécu directement la révolution, il l'a suivie de loin et est très impliqué dans les milieux marxistes. Le contexte politique est évoqué de plusieurs manières.

Nous lisons d'abord le récit de toutes ces réunions politiques – « Tous les courants de la gauche marxiste étaient représentés parmi eux, ce qui donnait à ces soirées des allures de meeting » (p. 63) – évoquées du point de vue, nous l'avons dit, de la petite fille (qui fabrique une armée de soldats rebelles avec des morceaux de mie de pain sous la table du salon).

Il y a ensuite l'hébergement de tous ces Iraniens exilés dans l'appartement familial. Des personnalités en tout genre défilent au sein du foyer et captivent l'attention de l'enfant par leurs récits de fuite (« À force d'entendre toutes ces histoires, il m'était apparu qu'un vrai Iranien était nécessairement un fugitif », p. 60). Un de ces personnages retient notre attention : Shadi Khanoum. L'auteure consacre cinq chapitres à cette vieille dame, appartenant à la noblesse iranienne, amie de la mère de Berhouz. On vit au travers de ce récit un autre aspect de la crise politique iranienne. Yassaman Montazami semble fascinée par l'amitié singulière qui se lie entre elle et son père : « Entre cette monarchiste et ce gauchiste que tout opposait finit peu à peu par se créer une sorte de complicité » (p. 93). Ces cinq chapitres forment un tout à part dans le roman et sont très significatifs de son style. En effet, l'auteur nous fait en premier lieu le récit de scènes tout à fait cocasses (par exemple p.89, S. Khanoum avoue piteusement qu'elle a caché ses diamants « dans ses parties les plus intimes »). Puis on glisse subtilement vers des choses plus dures, plus cruelles (p. 92, instantané de S. Khanoum qui tourne sans fin sa soupe « comme si les images de sa tragédie flottaient à la surface du liquide jaunâtre »). Les émotions varient sans cesse entre gaieté et peine, toujours dans une logique du souvenir et de la nostalgie.

L'auteure dépeint dans les chapitres 22 à 24 deux scènes de retrouvailles marquantes et antithétiques avec deux amis restés au pays : l'une avec Bijan, le militant « broyé » (p. 107) par le régime, l'autre avec Ghaffar, poète désinvolte et « planqué ». Ces deux scènes symbolisent les deux facettes de la vie sous un régime autoritaire. Ils sont aussi un moyen d'évoquer le profond sentiment de culpabilité vécu par Berhouz :

« Il n'avait somme toute payé aucun tribut à ses idéaux de jeunesse – il avait même eu le luxe d'y croire sans risque, confortablement, bourgeoisement presque, jusqu'à l'orée de sa vieillesse » (p. 106).

L'évocation du contexte politique prend l'apparence générale de la légèreté. Mais sous ses airs désinvoltes, la plume de l'auteure devient tout à fait incisive et percutante, touchant au plus juste. Le recul souvent comique pris par Yassaman Montazami, au travers de personnages singuliers ou de situations burlesques, restitue efficacement un temps passé. Souvent l'humour permet de conjurer l'horrible.



En guise de conclusion

En bref, ce roman-biofiction se caractérise par sa délicatesse d'écriture. L'entrecroisement subtil entre humour et chagrin, entre passé et présent, fait ressurgir l'essentiel d'un être qui a vécu. La fille rend ainsi un brillant hommage au père. Le portrait est tendre et achevé, sobre et pointu, écrit dans une langue qui n'hésite pas, avec Marx comme fidèle compagnon de route. L'écriture est tellement précise et ramassée qu'on a de la peine à en extraire une citation. Les mots, les anecdotes ont chacun leur importance et il convient donc de lire l'œuvre dans son intégralité !

J'ai injustement omis d'évoquer le vingt-septième chapitre qui est un très beau texte sur son rapport à la littérature et dont voici un extrait (p. 119) :

 

« Mon père avait tardivement découvert Proust, l'ayant longtemps tenu pour un auteur snob et bourgeois, qu'il soupçonnait d'être de droite, qui plus est. […] Il se trouvait idiot de l'avoir ignoré pendant tant d'années à cause de simples préjugés idéologiques. ''Remarque, avait-il ajouté en souriant, les préjugés peuvent avoir du bon, parfois. Savais-tu, Samanou, que j'ai lu Madame Bovary parce que c'était Eleanor, la fille cadette de Marx, qui l'avait traduite en anglais ?'' ».

 

PS : Ce livre a reçu le prix André Dubreuil du premier roman, décerné le 4 Décembre par la SDGL (Société Générale des Gens de Lettres de France).


Fanny, AS Bib.

 

 

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:00

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Zoyâ PIRZÂD
Le Goût âpre des kakis
titre original
Ta’m-Egas-E Khormâlu
traduction
Christophe Balaÿ
Zulma, 2009
Le Livre de Poche, 2012
Prix Courrier International
du meilleur livre étranger 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Zoyâ Pirzâd est née en Iran en 1952. C’est une novelliste, romancière et traductrice iranienne. Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1990. Son premier roman, C’est moi qui éteins les lumières, paraît en 2001 et est salué par de nombreux prix en Iran dont celui de meilleur livre de l’année. Ses origines multiculturelles (un père russe musulman, une mère arménienne) se retrouvent dans la plupart de ses romans comme Un jour avant Pâques. Elle est découverte en France en 2007 par la maison d’édition Zulma qui publie alors tous ses livres.
 
 

La maison d’édition Zulma
 
Les éditions Zulma ont été créées en 1991 dans le Gers. À partir de 2006, la maison d’édition prend un tournant décisif dans sa production éditoriale : elle décide de renouveler son catalogue en ne publiant qu’une dizaine de livres par an. Ainsi, la maison Zulma est constituée d’une équipe réduite où chaque personne s’occupe personnellement de chacun des livres édités. Ces livres sont la plupart du temps des livres « coup de cœur », des livres que les éditeurs ont personnellement aimés et veulent partager avec le public. De plus, Zulma s’associe avec le graphiste anglais David Pearson qui a donné un style particulier à chacune des couvertures. Ces couvertures deviennent facilement identifiables, uniques, avec des motifs géométriques colorés faisant penser à un kaléidoscope. Les livres deviennent des « objets-livres » ce qui entraîne un véritable succès commercial.

 
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Le recueil
 
« Les taches »

Cette nouvelle montre l’incompréhension grandissante d’un couple. Dès le départ, on remarque le manque d’amour entre Ali et Leïla. Ali ne voulait ni se fiancer, ni se marier, on lui a forcé la main. Au fil de cette nouvelle, on voit que plus le couple va mal, plus Leïla devient maniaque. En effet, cela devient une obsession pour elle de nettoyer. Elle sait comment nettoyer chaque tache et acquiert même une certaine renommée en la matière.  Elle compense le manque d’amour d’Ali envers elle par le ménage. C’est cette incompréhension entre les deux personnages qui est en vérité la véritable tache du couple, celle dont Leïla n’arrive pas à se débarrasser.

 

« L’appartement »
 
Dans cette nouvelle, Zôya Pirzâd nous décrit successivement l’histoire de deux femmes opposées : Mahnaz et Simine.

Mahnaz est une femme indépendante, elle veut gagner sa vie par elle-même et évoluer dans son travail avant d’avoir des enfants. Elle est mariée avec Faramarz, un homme très maniaque, qui pense qu’une femme est faite pour s’occuper de son foyer. Il n’arrête pas de reprendre Mahnaz sur la façon dont elle s’occupe de la maison et sur le fait qu’elle ne pense qu’à son travail.

À l’inverse, Simine a été très jeune promise à un mariage avec son cousin germain, Madjid. Quand Madjid part étudier aux États-Unis pendant cinq ans, Simine arrête ses études afin d’apprendre à être une bonne femme au foyer et de préparer son trousseau. Au retour de Madjid, ils se marient mais Madjid se montre complétement indifférent et froid envers Simine.

Dans le dernier chapitre, les deux femmes se rencontrent et nous voyons le regard que chaque femme porte sur l’autre.

          

« Le père Lachaise »
 
Taraneh est une jeune femme fiancée à M. Naghavi. Ce denier souhaiterait que Taraneh soit une femme au foyer mais celle-ci préfère travailler. Elle rencontre un jour Morad, l’opposé de M. Naghavi. C’est un homme libre, un intellectuel, qui sort tous les soirs avec ses amis. Elle finit par rompre ses fiancailles avec M. Naghavi et se marie avec Morad. Ils mènent une vie simple et sont très heureux. C’est l’un des seuls couples vraiment heureux du recueil. Cependant, Morad n’a pas de notion de l’argent et il est très distrait, ce qui inquiète Taraneh.

 

« L’harmonica »
 
Cette nouvelle est tout d’abord une histoire d’amitié entre Hassan et M. Kamali. Les deux hommes se sont rencontrés à la pêche et une amitié s’est très vite liée entre eux. Hassan est célibataire, il vit encore chez sa mère. Les deux hommes décident d’ouvrir un restaurant ensemble. Tout se passe bien mais le mariage de M. Kamali avec une femme beaucoup plus jeune que lui agit comme un élément perturbateur. En effet, M. Kamali est de plus en plus souvent absent du restaurant, il répond à tous les caprices de sa femme.

M. Inanlou, un Iranien qui a vécu aux États-Unis, vient tous les jours au restaurant et décrit la vie en Amérique. Ces histoires intéressent de plus en plus Soheila, la femme de M. Kamali qui se rapproche de M. Inanlou et commence à aborder le projet de partir ouvrir un restaurant en Amérique.

 

« Le goût âpre des kakis »
 
« Le Goût âpre des kakis » nous relate l’histoire d’un couple. On ne connaît pas leur nom, ils sont simplement désignés comme « Madame » et « Le Prince ». C’est le seul couple de l’histoire dont on ne connaisse pas le nom, ce qui nous fait comprendre qu’ils sont d’un rang social élevé.

Madame et Le Prince vivent une vie tranquille : ils se marient et s’installent ensemble dans la maison que la femme a reçue en dot. Ils voyagent à travers l’Europe et malgré la découverte de la stérilité de Madame, ils restent ensemble. Une certaine routine s’installe dans leur vie. À la mort du Prince, la femme continue à vivre dans la grande maison, avec leurs deux domestiques, Golbanou et Ebrahim. Elle est très attachée à cette maison et en prend grand soin, notamment du jardin, des fleurs qu’elle avait plantées avec son père. Elle ne sort presque pas de chez elle sauf pour offrir des kakis, venant du plaqueminier du jardin, à ses voisins. Recevoir des kakis de ce jardin est perçu comme un honneur :

 

« Recevoir un panier de kakis de la « maison verte » était un événement dans la famille et parmi toutes leurs connaissances, tant ces fruits étaient succulents ; ou peut-être parce qu’un jour une lointaine parente avait prétendu que son fils atteint d’une grave maladie, avait recouvré la santé en en mangeant un. »


Au bout de plusieurs années, Madame décide louer le sous-sol de sa maison à un jeune homme.

 

L’unité du recueil
 
Dans ces nouvelles, Zoyâ Pirzâd évoque la vie de couple en Iran. Elle ne dénonce rien, c’est une simple observation. On voit l’indépendance certaine acquise par les femmes mais cette indépendance reste tout de même limitée dans certaines familles où les femmes ne font pas beaucoup d’études et doivent apprendre à s’occuper du foyer.

De plus, dans plusieurs des nouvelles, on voit le poids que les familles ont sur le couple. La mère est très présente, elle a une forte influence sur le couple, notamment dans « L’appartement » avec Simine et Madjid. Le fait d’avoir un descendant semble un élément déterminant pour les parents.

Il y a une certaine similarité dans la forme des nouvelles : Zoyâ Pirzâd a écrit ce texte en utilisant principalement des analepses. Cette technique nous permet de connaître à la fois la situation actuelle des personnages mais également leur passé. L’auteure a également construit trois de ces nouvelles (« Les Taches », « Le Père Lachaise », « Le Goût âpre des kakis ») avec des ellipses narratives, permettant de connaître les moments essentiels de la vie du couple.

 
Margot, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

 

Zoyâ PIRZÄD sur LITTEXPRESS

 

Zoya Pirzad Un jour avant Paques

 

 

Article de Karine sur Un jour avant Pâques.

 

 

 

 

 

 

 

Zoya Pirzad Comme tous les après-midiMarjane Satrapi Broderies

 

 

États d'âmes en Iran : Zôya Pirzâd et Marjane Satrapi, article de Claire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La littérature iranienne sur LITTEXPRESS


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 Article d'Adeline sur La Muette de Chahdott Djawann

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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Published by Margot - dans Nouvelle
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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:00

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Andrés NEUMAN

Le bonheur, ou pas
Traduit de l'espagnol (argentin)
par Anne-Marie Chollet
excepté « Justino »
et « Testament de Narcisse »
traduits par Adelaïde de Chatellus
avec la participation de Claude Couffon
Cataplum, 2010


 

 

 

 

 

 

Cataplum

La maison Cataplum Éditions est fondée en février 2010 par Nadia Moureaux-Beugnet. Cette maison d'édition bordelaise axe sa politique éditoriale sur la publication de « microfictions ».

Nadia Moureaux-Beugnet explique sa politique éditoriale dans une vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=uCKncuxwsKw

Le site internet de Cataplum : http://cataplum.free.fr/

 

Le bonheur, ou pas : une microfiction aux allures poétiques

Représentée en France par Régis Jauffret à travers son œuvre Microfictions, le genre de la microfiction est plus présent en Amérique latine et en Espagne. La microfiction se caractérise par sa brièveté. D'autres termes qualifient la microfiction : nanofiction, fragment, microrécit ou flash fiction. En ce qui concerne la longueur d'une microfiction elle peut aller d'une phrase à quelques lignes, elle dépasse rarement plusieurs pages.

Certaines microfictions peuvent évoquer les haïkus japonais, petit poème extrêmement brefs qui visent à décrire l'évanescence des choses.

Les titres des microfictions du recueil, « Les vêtements », « La baignoire », « Dépit » ou encore « Trésor », peuvent  rappeler à leur lecture les titres des poèmes de Francis Ponge dans Le Parti pris des choses. En effet, dans la table des matières du Parti pris des choses, nous lisons : « la Crevette », « le Restaurant Lemeunier rue de la Chaussée-d'Antin » ou « Pluie ». Des noms génériques que le lecteur imagine voir développés dans les microfictions ou poèmes qu'il va lire.

 

Des petits personnages du quotidien aux grands mythes

Certaines microfictions racontent la vie quotidienne. Les protagonistes s'appellent Marcos, Cristobal, Gabriela, Élias ou Élisa. Ils vivent des rencontres amoureuses, des passions multiples, des ruptures douloureuses.

Les autres s'appellent Justino, Alex, Fiodor, Ernesto, David. Ils sont jardiniers ou prisonniers.

Mais leur quotidien de personnage est donné à lire au lecteur.

Par ailleurs, le recueil compte 24 microfictions et deux « dodécalogues » qui présentent des conseils aux éventuels auteurs de microfictions. Certains des personnages de ses 24 micro récits sont fictifs, d'autres font appel à l'imaginaire collectif. La nanofiction intitulée « Le testament de Narcisse » fait référence au personnage mythologique grec que nous découvrons dans le livre III des Métamorphoses d'Ovide. Neuman prolonge le mythe en inventant le testament de Narcisse. Narcisse apparaît comme un être humain conscient de ses actes et qui se repent de son attitude passée. Il déclare p. 58 :


« Cela fait une éternité que le monde me juge, je commence à m'y faire et même à comprendre ses opinions. Il y a cependant des choses que, franchement, on ne devrait pas oublier quand on raconte une histoire, des choses qui, bien que n'étant pas essentielles, peuvent changer la fin d'une histoire et parfois son début. »

 

Andres Neuman fait suivre cette parole de Narcisse d'une longue explication sur les raisons de l'amour incommensurable qu'il se porte. En effet, comment ne pas s'aimer lorsque Rome n'est peuplée que de manants, d'hommes vulgaires, des familles suffisantes qui cultivent un « goût obscène pour la brutalité et la rudesse... » Narcisse n'aurait pas eu d'autres choix que de se réfugier dans une clairière loin de tout le vacarme de la ville pour se préserver et observer sa beauté. Dans cette microfiction, ce n'est plus la faute de Narcisse s'il se contemple nuit et jour et n'accepte pas les autres c'est la société qui est responsable de son retranchement. Cette microfiction est le prolongement d’un mythe connu de tous. C'est également la preuve que les sociétés du monde possèdent un imaginaire collectif qui rend possible les réécritures et les créations à partir de mythes connus.

Il en est de même pour le fragment intitulé « Sisyphe ». Le fragment fait référence au lythe grec mais aussi à l'essai Le Mythe de Sisyphe qui appartient au « Cycle de l'absurde ». Cet essai est paru en 1942 chez Gallimard. Contrairement à l'essai d'Albert Camus, le Sisyphe d'Andrés Neuman s'exprime à la première personne. C'est Sisyphe qui explique le mythe selon son point de vue. Il déclare qu'on a voulu nous faire croire que c'était le châtiment des dieux, qu'il était condamné et qu'il ressentait de la douleur. Le personnage nie et aborde un autre aspect, positif cette fois-ci, de sa condamnation. Porter le rocher chaque jour n'est plus une douleur car il s'est poli avec le temps, il ne lui écorche plus le dos comme aux premiers jours. Et nous, les hommes, voyons Sisyphe comme esclave de sa punition, il n'en est rien. Comme dans la dialectique du maître et de l'esclave présentée par Hegel dans La Phénoménologie de l'esprit, le personnage de Sisyphe opère un renversement et nous définit, nous, comme aliénés. Il précise :

 

« Ceux qui se croient libres n'imaginent pas toutes les responsabilités qu'ils portent. Tant de décisions à prendre en vain, cette obsession pour le changement, cela doit être épuisant. »

 

Andrés Neuman développe ici un autre aspect du mythe, une autre façon de lire la littérature qui montre bien qu'à la manière de l'octaèdre de Julio Cortazar, il existe autant de faces géométriques que de points de vue de lecteurs.

 

Jorge Luis Borges vu par Andrés Neuman

Andrés Neuman, l'Argentin, dédie une nouvelle au maître de la nouvelle argentine, Jorge Luis Borges. Difficile de faire autrement que d'admirer et de louer les multiples talents du nouvelliste mondialement connu. Cependant, Andrés Neuman réussit habilement à désacraliser le personnage de Borges. Vers la fin de sa vie, Borges était déjà très connu. Dans la nouvelle « L'or de Borges » l'auteur raconte la conférence prévue par la Fondation à la fin de la vie de Borges. Tout est prêt, les convives attendent l'auteur avec la plus grande impatience, il finit par arriver et donne sa conférence. C'est la constatation du personnage qui organise la conférence en l'honneur de l'auteur qui est originale. Qui oserait qualifier les écrits ou les dires de Borges de médiocres ? Peut-être que pour le faire avec la bienveillance dont fait preuve Andrès Neuman, il faut être argentin. Ce n'est pas une critique virulente de Borges, juste la constatation qu'un auteur, le plus exceptionnel soit-il, peut en plus de son talent, avoir des faiblesses. C'est l'humanité des auteurs érigés en tant que maîtres qui nous apparaît dans cette nouvelle.

 

Petits conseils aux futurs auteurs de microfiction

La microfiction a cet avantage : elle est extrêmement courte. Elle apparaît comme une forme littéraire encore plus courte que la nouvelle. Cette taille entraîne, d'une part, une facilité de lecture et, d'autre part, une grande rigueur dans l'écriture de l'auteur.
 
Andrés Neuman n'est pas avare de ses secrets d'auteurs. Il lègue à travers les deux dodécalogues de son recueil des conseils d'écriture pour être un bon nouvelliste de microrécits. Il nous aide à définir, dans le même temps, la microfiction : « Le développement excessif de l'action est l'anémie de la nouvelle, ou sa mort par asphyxie. »

L'extrême brièveté est donc nécessaire à la rédaction d'une flash fiction.

Concernant le rythme de l'écriture d'une microfiction, il précise : « Le talent, c'est le rythme. Les problèmes les plus subtils commencent avec la ponctuation. » L'auteur soulève ici  l'obligation de rigueur que doit s'imposer un écrivain de microfiction. La précision des gestes doit être semblable au cadrage du photographe qui s'apprête à prendre une photographie.

Il faut organiser la nouvelle et les évènements qui la composent. Précision et rigueur sont, selon Andrés Neuman, des qualités essentielles à la confection d'une micro fiction.

 

Je vous propose de terminer en vous donnant à lire une microfiction du recueil, choisie par l'éditrice en quatrième de couverture.
 

 

 

Dépit

«Violeta a en trop ces trois petits kilos dont j'ai besoin pour tomber amoureux d'un corps.

Moi, en revanche, j'ai toujours en trop ces trois mots qu'elle aurait besoin de ne plus entendre pour commencer à m'aimer. »

 

 

Xénie Reboulet,  1ère année édition-librairie

 

 

 

Andres NEUMAN sur LITTEXPRESS

 

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Article de Clémence sur Le Bonheur ou pas.

 

 

 

 

 

 

andres-neuman

 

 

 

 

Rencontre avec Andres Neuman, compte rendu de Clémence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CATAPLUM sur LITTEXPRESS

 

 


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Published by Xénie - dans Nouvelle
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