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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 07:00

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Will EISNER

Le Rêveur

Titre original

The Dreamer

première publication

en 1986 aux États-Unis

Traduction

Anne Capuron

Éditions Delcourt

Collection Contrebande, mars 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur 


Voir  le site des éditions Delcourt.


 Une vidéo intéressante sur le travail de Will Eisner :  Will Eisner Portrait Of A Sequential  Artist (bande annonce) (en anglais) 

 

 

 

L'ouvrage

 

Le Rêveur est un récit semi-autobiographique qui puise dans la réalité pour mieux raconter, au travers de la fiction, les débuts d’un jeune dessinateur dans le New  York de la fin des années 30.


Il se présente au lecteur à travers le personnage de Billy Eyron. C'est un jeune dessinateur qui travaille en tant que nettoyeur de machine chez l'imprimeur Davis. Un jour, un « éditeur de bande dessinée », ami de son patron,  lui propose un contrat pour dessiner pour lui. Mais Billy refuse, il ne veut pas faire de dessins « osés ». Suite à ce refus, il est licencié de l'imprimerie.


Il part donc à la recherche de magazines qui accepteraient ses planches. Il essuie quelques refus mais réussit tout de même à entrer à SOCKO, un magazine qui publie de jeunes inconnus. Malheureusement, la revue met la clé sous la porte peu de temps après...


Billy décide donc de monter sa propre boîte en s'associant avec Jimmy Samson1, qui travaillait pour SOCKO2. Ils décident d'appeler cette société : Eyron & Samson3. Billy s'occupera du dessin et Jimmy de la vente.

will eisner p 18


Ils décrochent leur premier contrat chez Pulp qui produit des comics. Mais c'est encore un échec.


Pour ne pas sombrer dans la crise, ils décident d’embaucher des illustrateurs. Dans la nouvelle équipe on trouve : Lew Sharp 4, Armand et Andrea Bud (seule femme) 5 , Gar Tooth 6 , Jack King 7 et Bo Bowers8.


Les studios Eyron & Samson commencent donc à s'industrialiser ce qui attriste quelque peu Billy. Mais « il ne faut pas rêver, pour gagner de l'argent, il fut suivre le mouvement », estime Jimmy !


Billy réussit à avoir un contrat avec un certain Vince Reynard9 pour un projet appelé Heroman. Mais il semble que ce soit le plagiat d'une autre bande dessinée, Bighero, créée par Harrifiel10, un concurrent de Eyron & Samson.


C'est Reynard qui a manigancé cette histoire, tout en mettant Billy en porte à faux : il le force à s'accuser de la fraude pour pouvoir gagner 3 000 $. Cette histoire va finir au tribunal, mais la supercherie ne fonctionne pas auprès du juge... Il y a donc perte d'argent.


Un peu plus tard, Billy commence à se lasser de son entreprise avec Jimmy Samson. Il décide de se détacher de l'entreprise et  revend ses parts à son ancien associé pour 20 000 $ en 1939.


Billy se tourne alors vers l'agence Beansy Everett pour des publications de bande dessinée adressées aussi bien aux adultes qu'aux adolescents11. L'ancienne équipe d’ Eyron & Samson décide de suivre Billy dans son aventure en espérant avoir du succès...


C'est ici que prend fin l'histoire du Rêveur.

 

On a ensuite une sorte de postface : « Le jour où je suis devenu pro ». C'est un récit toujours fortement inspiré par la vie de l'auteur. Il raconte comme son titre l'indique quand Billy Eyron/Will Eisner est entré dans le monde de la bande dessinée professionnelle. Ce passage montre en l'espace de trois pages ses envies mais aussi les difficultés à venir. Ce qui forme une morale à la fois paradoxale et ironique.

 

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Analyse


Le Rêveur est une bande dessinée qui se fonde sur l'expérience de Will Eisner ; c'est en cela que l'ouvrage est un récit semi-autobiographique : « Le Rêveur, conçu au départ comme un œuvre de fiction, a finalement pris la forme d'un récit historique »12.


L'auteur y raconte ses propres débuts dans le métier à une époque difficile de dépression économique : la fin des années 30. On y apprend comment est née l’industrie du comic book, comment se sont créées les maisons d’édition et quelles étaient les combines de ce milieu.


Eisner fait aussi l’analyse des moteurs de la création.


Le Rêveur nous conte les joies et les peines de Billy, ses envies de création, de réussite et d’ascension sociale. Il souhaite que la bande dessinée sorte de l'anonymat mais aussi des bas-fonds. Il estime qu'elle est exploitée et décriée. Il veut « industrialiser » la création du milieu de la bande dessinée pour qu'elle soit reconnue comme un genre en tant que tel.


Il va y faire la rencontre de futurs grands noms de l’âge d’or des comics : Jack Kirby, l'auteur de The X Men, ou  Bob Kane, l'auteur de Batman.


En raison du contexte de crise, les questions existentielles, les désillusions, les réussites, le succès sont des éléments tout aussi craints que souhaités...

 

 

 

Le titre 


La présence du rêve et du rêveur est très forte dans l'histoire. Le personnage principal est d'ailleurs souvent appelé comme cela. Ce surnom trouve son origine dans le tout début de l'histoire, lorsqu’une vendeuse de rêves dit à Billy : « Vous allez devenir célèbre … Oui, un artiste à succès, avec tout ce qui va avec. ». Puis il voit dans la rue une balance pour peser son avenir pour un penny. Il la teste et le résultat est : « Vous réussirez dans la carrière de votre choix. ». Billy va d'ailleurs tester à nouveau cette balance à la toute fin et le résultat reste le même, c'est une réponse qui en dit long...


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Les notes


Elles sont situées à la fin du livre et sont très utiles. Elles nous permettent de savoir quel pseudonyme correspond à quelle personne et d'avoir des précisions sur la vie de Will Eisner.


→ Site en anglais sur les annotations dans la bande dessinée Le Rêveur :

http://www.hoboes.com/Comics/dreamer/

 

 

 

Une œuvre hybride  


Le graphisme est en noir et blanc. Le dessin d'Eisner est assez fluide, dynamique et quelque peu caricatural. On peut aussi parler de mise en scène dans la théâtralité de certaines scènes où les personnages sont assez expressifs au niveau du visage. Chez Eisner, on ne peut pas parler  de « plans » ou de « cadrages ». En effet on ne retrouve pas la gouttière (terme qui désigne l'espace entre deux cases (ou entre deux images). Selon Scott McCloud, dans son livre L'Art invisible, la gouttière est très importante, car elle est l'espace intericonique où se créent des ellipses de temps, et où intervient l'imagination du lecteur. Les cases ne sont plus présentes, elles se mélangent presque. L'espace intericonique n'est donc pas présent, les transitions sont difficilement perceptibles, mais le contexte aide beaucoup.


Il est intéressant de savoir que Will Eisner a beaucoup réfléchi à son métier. Il a publié deux ouvrages théoriques qui constituent en fait une véritable analyse de son propre art13.

 

will-eisner-p-27.jpg

 

L’album inclut également Crépuscule à Sunshine City, une fable grinçante et désabusée sur les relations familiales.

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Dans cet ouvrage, on peut également se faire une idée des difficultés rencontrées à l’époque par les jeunes dessinateurs grâce à l'introduction, aux notes en fin d’album et à la postface écrite par Scott McCloud.

 

C'est, à mon avis, une bande dessinée à conseiller. Les planches sont réalistes et permettent la plongée dans ce monde de la fin des années 30. Même si Walt Disney a dit : « Rêve ta vie en couleur, c'est le secret du bonheur  », on peut dire que Will Eisner a su rêver, mais aussi réaliser ses aspirations. Le fin mot de ce livre pourrait être : « Si vous croyez très fort à votre rêve il finira très certainement par se réaliser ! ».

 

Pauline J.,  2ème année bibliothèques-médiathèques.

 

 

Notes


1. Samuel « Jerry » Iger.

2. Wow ! What a Magazine !

3. Société Eisner & Iger dans la réalité.

4. Lou Fine.

5. Alex et Toni Blum (père et fille).

6. George Tuska

7. Jack « King » Kirby : Jacob Kurtzberg (co-créateur de Captain America et de nombreux autres super-héros.).

8. Bob Powell (Sheena, Reine de la jungle)

9. Victor Fox

10. Harry Donenfeld

11. « Eisner rêvait de pouvoir créer sa propre bande dessinée pour un public adulte, et être représenté par une agence était une situation bien plus prestigieuse et rémunératrice que le packaging dans le secteur peu considéré de la bande dessinée de presse » ; Eisner n'avait que 22 ans lors de ce contrat avec cette agence. (cf. annotations p.102).

12. Introduction du Rêveur, p.6.

13. La bande dessinée, art séquentiel, éd. Vertige Graphic et Le récit graphique, narration et bande dessinée, éd. Vertige Graphic.

 

 

Will EISNER sur LITTEXPRESS

 

 

 

Eisner New York 1

 

 

Article d'Eloi sur la trilogie New York.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will Eisner Au coeur de la tempete-copie-1

 

 

 

 

 Article de Gaspard sur Au cœur de la tempête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will Eisner Jacob le cafard

 

 

 

 

 Article de Paul sur Jacob le cafard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 07:00

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Ernest HEMINGWAY
Les Forêts du Nord
The Northern Woods
Traducteurs
Marcel Duhamel
Henri Robillot
Ott de Weymer
Gallimard
Folio bilingue, 2008




 

 

 

 

Ernest Hemingway est né en 1899 dans l’Illinois et mort en 1961. Il est le fils d’un médecin de campagne et d’une mère musicienne et peintre. Enfant, Ernest accompagne son père durant ses visites dans les réserves indiennes pour soigner les malades – à cette occasion il fait pour la première fois l’expérience de la douleur et de la mort – et il est sensibilisé à l’art par sa mère. Durant son enfance il partira souvent en vacances à Bear Lake, région des lacs du nord du Michigan et des forêts sauvages. Moments de partage avec son père, où il chassera, pêchera, moments où son père tentera de l’initier à la vie dans la nature et au courage physique et mental.

Il commence à être publié en 1916 dans la revue littéraire de son école. Il refuse d’aller à l’université – malgré les incitations de son père – et commence à travailler comme journaliste dans le Kansas. Quand la guerre éclate, il veut s’engager mais on le refuse à cause d’un œil défaillant ; de plus, son père le lui interdit. Il part quand même sur le front en Europe, rejoignant la Croix Rouge en tant qu’ambulancier. En 1918 il est blessé aux jambes par une explosion de mortier en sauvant la vie d’un autre homme ; il est alors considéré comme un héros, d’autant plus qu’il est le premier Américain à être blessé en Italie.

À son retour aux États-Unis il devient reporter, ce qui lui permet de rencontrer Elizabeth Hadley Richardson, qu’il épouse ; il se mariera trois autres fois. Vers 1922, il vient vivre à Paris avec son épouse ; c’est dans ce cadre qu’il va rencontrer les grands noms de son époque comme Francis Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson, James Joyce, Gertrude Stein ou encore T.S. Eliot. Leur lieu de prédilection était la librairie « Shakespeare and Co », au cœur du quartier latin de Paris, tenue par Sylvia Beach, la muse des Américains expatriés à Paris.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Hemingway participe au débarquement et à la libération de Paris. Ensuite, il fait beaucoup de voyages, en Espagne, à Cuba et ne rentre aux USA qu’en 1960, mais sa santé s’est dégradée. En 1961, atteint de diabète et devenant aveugle, il se suicide. On découvre grâce à son dossier médical devenu accessible en 1991 qu’il était atteint d’hémochromatose, une maladie génétique qui provoque de sévères dommages physique et mentaux. Ce qui explique les nombreux suicides dans la famille Hemingway (son père, son frère, sa sœur et sa petite fille).

Quant à l’écriture d’Hemingway, elle est caractérisée par l’économie de mots et la litote ;elle influence largement le roman du XXème, tout comme sa vie d’aventurier et son image.

Ses œuvres ont rencontré un grand succès auprès du public du fait de la véracité avec laquelle il dépeignait ses personnages. Hemingway appartenait à la génération perdue comme Fitzgerald, reconnu aujourd’hui comme le chef de file du mouvement ; cependant Hemingway était tout de même considéré à son époque comme le porte-parole du mouvement. La génération perdue est celle des expatriés vivant à Paris, psychologiquement blessés et désillusionnés, qui se refugiaient dans des activités comme boire, manger, voyager, se quereller et faire l’amour. Hemingway obtient également une grande reconnaissance dans le monde littéraire puisqu’il reçoit le prix Nobel de littérature en 1954 et également le prix Pulitzer pour Le vieil homme et la mer en 1952. Parmi ses autres œuvres : en 1932, L’Adieu aux armes, en 1940, Pour qui sonne le glas, en 1964, Paris est une fête.



Les Forêts du Nord est un recueil dont les nouvelles sont elles-mêmes extraites d’un autre recueil, Les Aventures de Nick Adams, paru en 1972 (en 1977 chez Gallimard). Nick Adams est un alter ego d’Ernest Hemingway, c’est le nom qu’il avait choisi pour se désigner dans les histoires où il apparaissait. Ces nouvelles sont très courtes, racontent de tout petits événements, comme des esquisses dans le carnet d’un artiste. Des événements qui semblent sans importance, mais qui sont en fait des passages fondateurs dans la vie d’Hemingway.

Du fait que les nouvelles sont présentées comme les aventures de Nick Adams, les événements peuvent paraître sans intérêt et peuvent donner l’impression qu’ils manquent de sens. Il faut s’intéresser au fait que Nick est l’alter ego d’Hemingway et donc également à la vie d’Hemingway, pour comprendre l’intérêt des nouvelles. On peut donner deux sens à l’utilisation du nom Nick Adams : certains pensent que c’est l’évocation d’une période paradisiaque dans la vie d'Hemingway, une période révolue et à l’opposé de son état d’esprit au moment de l’écriture. Et que donc il la raconte comme si c’était une autre vie, d’où l’utilisation d’un autre nom, pour différencier le jeune Hemingway de celui qui écrit et qui n’est plus le même . D’autres associent ce nom au touch style, le style d’écriture d’Hemingway, dru, concis, les mots courts qui semblent arriver comme des coups. Hemingway veut faire table rase de toute psychologie et ne laisser  apparaître que les dialogues et les comportements. Il n’y a pas d’analyse des actions des personnages ni de commentaires expliquant les sentiments ou les réactions. Dans ses nouvelles, Hemingway se détache totalement de son personnage.



Les nouvelles

« Trois coups de feu » présente le jeune Nick seul dans la forêt et effrayé par la nuit noire et le silence qu’il associe à la mort. On voit donc le peur qui saisit le garçon et dont il ne peut plus se défaire. Son père lui avait laissé un fusil pour le prévenir en cas de problème pendant que lui et son frère pêchaient. Donc le jeune Nick tire trois coups de fusil et le silence est rompu, ce qui le rassure instantanément.

Dans « Le village indien », le père de Nick, médecin, est appelé par les indiens pour aider une femme en difficulté à accoucher. Nick l’accompagne et voit son père faire une césarienne à la jeune femme ; aussitôt après, on trouve le mari de la jeune femme qui s’est donné la mort.

Dans « Le docteur et la femme du docteur », le père de Nick se dispute avec des Indiens à propos de bois qu’il a trouvé et dont les Indiens insinuent qu’il l’a volé. La dispute l’amène à rentrer chez lui en colère. On découvre également la mère de Nick et les relations tendues et particulières qu’elle entretient avec son mari, puis le choix qui est fait par le jeune garçon entre son père et sa mère. Si l’on se réfère à la biographie d’Hemingway, cette nouvelle semble a priori inventée de toutes pièces.

« Dix indiens » décrit à la fois les Indiens et le regard que les Blancs portent sur eux. On y voit les Indiens complètement souls en train d’errer dans les rues ainsi que les relations qu’entretenait le jeune Nick avec une des Indiennes qui était son amoureuse mais qui en avait plusieurs autres en même temps ; elle brise le cœur du jeune Nick et lui fait donc subir son premier chagrin d’amour.

Dans « Le départ des Indiens », Nick raconte comment les Indiens qui vivaient auparavant prospères dans leur village, en exploitant leur ferme et en vivant simplement, ont changé avec l’arrivée des Blancs, comment à force de voir ces derniers, l’envie de vivre comme eux leur vient et les mène à leur perte.



Ces nouvelles relèvent de l’autofiction ; l’écriture est fragmentaire et spontanée et l’auteur utilise un personnage pour faire vivre ces moments de sa vie. De plus, il y a une part de fiction assumé dans ces récits.

On voit donc dans ces nouvelles des événements de la jeunesse d’un certain Nick Adams qui semblent sans réelle importance et sans véritable sens, sans doute du fait de l’absence de commentaire ou d’analyse de ces fragments de vie. Il faut donc s’intéresser à la vie d’Hemingway pour les comprendre. On assiste par exemple en toutes petites touches à l’apparition de la mère de Nick, une femme qui reste à la maison toute la journée, qui est plus que protectrice avec son fils au point de vouloir l’empêcher de vivre. Cette représentation de la mère d’Hemingway nous montre et nous explique les relations de l’écrivain avec ses parents ; en effet, les tentatives de protection n’ont fait que l’éloigner d’elle et le rapprocher de son père, créant une grande complicité entre les deux. Complicité que l’on voit bien dans les nouvelles, car presque tous les fragments racontés mettent en scène son père.
 
Ces passages sont donc des événements assez fondateurs dans la vie d’Hemingway ; en fait ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui le sont mais la prise de conscience personnelle qui s’ensuit pour le jeune garçon. Dans la nouvelle « Trois coups de feu », par exemple, on voit la peur du silence, de la mort :

 

« La nuit dernière sous la tente il avait éprouvé la même peur. Celle-ci ne le prenait que la nuit. Au début, il s’agissait plutôt de l’appréhension d’une réalité que d’une peur à proprement parler. Mais cela frôlait toujours la peur et en devenait une très rapidement, une fois que ça avait commencé. Quand il se sentit vraiment pris d’angoisse, il saisit le fusil, pointa le canon dans l’ouverture de la tente et tira trois coups. Le fusil bondit méchamment. Il entendit les balles siffler à travers les arbres. Dès qu’il eut tiré, il se sentit mieux. »

 

Cette nouvelle est en lien avec la suivante, « Le village indien » où le jeune garçon va faire sa première expérience de la mort. La deuxième nouvelle finit ainsi : « Dans le petit jour de l’aube, sur le lac, assis à l’arrière du bateau où son père ramait, il se sentait tout à fait sûr de ne jamais mourir. » ; ces deux événements lui permettent de dominer sa peur de la mort, son impression qu’il ne mourra jamais est due au fait qu’il comprend que l’on peut dominer la mort – par le suicide, ce qui est d’ailleurs la façon dont Hem’ mourra. En fait Hem’ parle beaucoup du courage dans ses différents œuvres, du fait qu’il succombait facilement à la peur dans sa jeunesse en partie à cause de son imagination débordante, ce qui était pour lui une grande honte d’autant plus que son frère vouit un véritable culte au courage.

Ces nouvelles mettent également en avant les relations d’Hem’ avec les femmes, notamment avec sa mère, mais également avec le jeune Indienne qui lui brise le cœur : « J’ai le cœur brisé, se dit-il. Du moment que je me sens comme ça, c’est que j’ai le cœur brisé. » On présente souvent Hem’ comme misogyne, ce que l’on peut donc expliquer par ses relations avec les femmes dans sa jeunesse, notamment avec sa mère.

Quant aux Indiens, ils ont une place plus ou moins importante dans le recueil, plus parce qu’ils apparaissent dans presque tous les fragments mais moins parce qu’ils n’être qu’un élément secondaire du récit. Ils font des petits travaux pour les Blancs, rendent de petits services, le père de Nick les soigne, Prudence Michelle est l’amoureuse de Nick mais Hem’ expliquera plus tard que les Indiens avaient seulement fait partie du décor, dans sa vie.


Perrine, 2e année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ernest HEMINGWAY sur LITTEXPRESS

 

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Article d'A.J. sur Paris est une fête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:00

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Jonathan FRANZEN
Le cerveau de mon père
traduction
Rémy Lambrechts
Points, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Jonathan Franzen est un écrivain américain né en 1959 dans l’Illinois. Sa carrière littéraire débute en 1988 avec le roman La 27ème ville. Il est surtout connu pour ses romans Les corrections paru en 2001 et plus récemment Freedom publié en France en 2011.
 
Le cerveau de mon père est paru en France en 2011 chez Points. Cette édition rassemble trois extraits de l’ouvrage Pourquoi s’en faire ? publié aux éditions de l’Olivier en 2003.



« Le cerveau de mon père »

Cet article autobiographique parle de la maladie d’Alzheimer dont le père de l’auteur est atteint. Jonathan Franzen commence par une explication très scientifique du fonctionnement du cerveau et de la maladie, ce qui rend la lecture difficile et ne permet pas vraiment au lecteur de se plonger dans l’histoire.

Après quelques pages il aborde l’histoire de ses parents, leurs relations compliquées et l’ignorance dans laquelle ils étaient de la maladie. Il explique que son père était une personne déprimée et légèrement sourde, symptômes qui auraient pu permettre de diagnostiquer la progession de la maladie.

On voit à travers ce récit par quoi l’auteur et sa famille sont passés. Tout d’abord le déni puis la colère contre les médecins et leurs diagnostics qui n’aboutissent à rien de concret, la difficulté d’admettre la maladie, la difficulté de voir son père se dégrader puis l’acceptation et la résignation.

La nouvelle s’achève par le décès de son père et cette phrase :

 

« Mais dans le ralenti de l’Alzheimer, mon père n’était guère plus mort à présent qu’il ne l’avait été deux heures, deux semaines ou deux mois plus tôt. Nous avions simplement perdu le dernier des éléments à partir desquels nous pouvions reconstituer un tout vivant. »

 

Il montre ainsi comment son travail de deuil avait commencé avec la progression de la maladie, et le sentiment de l’avoir déjà en partie perdu.

Si la première partie est technique du fait de l’insertion de rapports médicaux et autres explications scientifiques et médicales sur la maladie et le cerveau en général, la deuxième partie est plus centrée sur les faits qui ont marqué sa vie mais le lecteur n’est pas vraiment invité à prendre part à la vie et aux émotions de l’auteur.



« Meet me in St. Louis »

L’auteur narre ses souvenirs à une autre époque de sa vie, où il est déjà un écrivain célèbre. Il est invité chez Oprah Winfrey pour la promotion de son nouveau roman. À l’occasion de cette rencontre les producteurs souhaitent une courte biographie filmée.

Il se rend à Saint Louis, dans le quartier où il a grandi, pour tourner quelques scènes.  Pour les besoins du tournage les producteurs lui demandent de parler de de son bonheur d’avoir grandi dans cette ville, veulent connaître son sentiment par rapport à son ancien quartier et à ses habitants. Jonathan Franzen n’a aucune envie de se soumettre à ces exigences et encore moins de raconter son enfance.

À travers ce tournage on ressent le mal-être de l’auteur, son hésitation entre la volonté de donner quelque chose aux producteurs et sa réticence à faire émerger ses souvenirs. Il parle de l’arbre qu’il avait planté après le décès de son père avec sa famille, mais son manque de volonté de partager ses souvenirs empêche un résultat satisfaisant :

 

 

« Traduire l’émotion est ce que je fais en tant qu’écrivain, cet arbre est mon matériau, et voilà que je suis en train d’aider à le détruire. Je sais que je suis en train de le détruire parce que Gregg fait la moue devant moi […] ; la honte de ne pas être capable de rendre justice à mon père et à son arbre . »

 

 

Ce tournage le fait aussi revenir sur ses derniers souvenirs dans cette maison après le décès de sa mère et la promesse qu’il s’était faite ce jour-là :

 

« la promesse que j’aurais violée si j’avais pénétré dans la maison aujoud’hui, était que je l’avais quittée pour la dernière fois et que je n’aurais plus jamais à la quitter de nouveau ».

 

Dans cet article autobiographique contrairement au premier, l’auteur va plus loin dans ses souvenirs douloureux et son mal-être face à son histoire, il se laisse aller à plus d’émotion. On y ressent sa difficulté à revoir sa maison d’enfance, son incapacité à y rentrer de nouveau, mais aussi sa douleur face au flot d’émotion qu’entraîne la description de sa vie et de ses souvenirs.



« Un livre au lit »

Si les deux premiers récits racontent l’histoire de l’auteur à travers la maladie de son père puis à travers sa vie professionnelle, cette dernière partie du livre est très différente.

En effet, l’auteur ne parle pas de sa vie ou de ses expériences mais des ouvrages d’éducation sexuelle aux États-Unis. On a l’impression que le seul but de l’auteur est de critiquer tous les livres qui traitent de sexe et pour cela il s’appuie sur des citations de médecins, des émissions de télévision ou encore des références d’ouvrages. Au final, l’article apparaît comme une succession de citations et de références d’ouvrages peu attrayante pour le lecteur.



Mon avis

J’ai ressenti un sentiment assez mitigé à la lecture de ce livre. Je n’ai pas aimé le dernier article. J’ai passé mon temps à me demander quel était son intérêt et où voulait en venir l’auteur. Je n’en ai retenu que la succession de références.

En revanche j’ai apprécié les deux autres récits, en particulier « Meet me in St Louis ». J’ai été touchée par l’histoire de l’auteur, l’expression plus profonde de ses émotions, à l’inverse de la première où tous les termes scientifiques et la distance imposée au lecteur rendent plus difficile l’appropriation de l’histoire.

Quant à son écriture, très fluide, elle facilite la lecture, même si l’auteur passe aisément d’une idée à une autre.


Lucie, 2ème année bib 2012-2013

 

 

 

Jonathan FRANZEN sur LITTEXPRESS

 


 

Jonathan Franzen Freedom

 

 

 

 Articles d'Emmanuelle et d'Elodie sur Freedom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 07:00

Joel-Dicker-L-affaire-Harry-Quebert.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Joël DICKER
La Vérité sur l'affaire Harry Quebert
Editions de Fallois / l'Âge d'Homme, 2012
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grand format de la rentrée littéraire 2012, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert a reçu le grand prix de l'académie française 2012, a été parmi les trois finalistes du prix Goncourt 2012 et a obtenu le prix Goncourt des lycéens.



Qui est Joël Dicker ?

Joël Dicker est né en 1985 à Genève ; c'est un écrivain suisse de langue française d'une famille originaire de France et de Russie. À l'âge de dix ans il fonde La Gazette des animaux, une revue sur la nature qu'il dirige pendant sept ans et pour laquelle il recevra le prix Cunéo pour la protection de la nature et sera désigné « plus jeune rédacteur en chef de Suisse » par la Tribune de Genève. À 19 ans il suit le Cours Florent à Paris puis étudie le droit à l'université de Genève d'où il sort diplômé en 2010.



Il fait ses débuts d'écrivain avec Le Tigre, une nouvelle publiée en 2005 aux éditions Hèbe.

Il obtient en 2010 le prix des écrivains genevois pour son premier roman, Les Derniers Jours de mon père, qui n'a été publié que début 2012 aux éditions de Fallois / l'Âge d'Homme.

 

Sources

http://joeldicker.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jo%C3%ABl_Dicker



Résumé
 
Marcus Goldman le narrateur, un écrivain en panne d'inspiration, reprend contact avec son mentor et meilleur ami, Harry Quebert, un écrivain célèbre. Marcus découvre que l'été où il a écrit le livre qui l'a fait connaître, Harry a eu une liaison avec Nola Kellergan, une jolie jeune fille de quinze ans qui disparaît mystérieusement à la fin de ce même été. Peu de temps après cette découverte, la dépouille de Nola est retrouvée enterrée dans le jardin de Harry qui aux yeux de tous est coupable.
 
Marcus va alors se dévouer entièrement à l'enquête en cours, à la recherche de ce qui s'est réellement passé l'été 1975 pour faire la lumière sur cette sombre histoire et innocenter son ami.

Allant de découverte en découverte, il met au jour des secrets inavouables et bouleverse la vie tranquille des habitants de la petite ville d'Aurora où se déroulent les faits.
 
Une leçon de fidélité en amitié et également sur la réalité du métier d'éditeur dans une grosse maison (délais, nègres...). C'est une critique de notre société d'information, de communication. Ainsi Marcus se retrouve dépassé par ses propres mots déformés par la presse. On aborde aussi le problème de l'impossibilité pour un d'écrivain d'écrire, ce qui peut avoir l'air d'un comble mais lorsque, comme ici, l'écrivain a des engagements à tenir cela donne une situation plutôt compliquée pour l'auteur en question.
 
Finalement ce roman traite plus ou moins directement de nombreux sujets de société tout en restant écrit avec légèreté, facile à lire. Une histoire pleine de rebondissements, un véritable polar dont le suspens est maintenu jusqu'à la toute fin du récit. Surtout ne soyez pas effrayé par son épaisseur – quelque 660 pages qui se lisent d'un trait ! On est dès les premières lignes attiré dans cette enquête et on ne lâche le livre qu'une fois le dénouement énoncé. Il fait partie de ceux qu'on aimerait plus longs encore, de ceux que l'on est triste de terminer et je remercie mon libraire de me l'avoir conseillé !


Mégane Peinturaud, 1ère année édition-librairie.

 

 

 


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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:00

james ellroy ma part ombre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

James ELLROY

Ma part d’ombre

traduction de Freddy Michalski

Rivages, 1997

Rivages poche, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

 

Né le 4 Mars 1948 à Los Angeles, James Ellroy est aujourd’hui considéré comme le maître du roman noir américain. Depuis son premier roman Brown’s Requiem qui paraît en 1981, Ellroy enchaîne les succès avec des romans comme L.A. Confidential (adapté au cinéma en 1997) ou American Tabloid  mais surtout avec Le Dahlia noir inspiré de faits réels. Il s’inscrit alors dans ce qui peut être considéré comme le renouveau du roman noir, une sorte de retour aux sources du roman noir des années 1930. L’action des livres se déroule généralement à Los Angeles dans les années 50-60 et reflète les obsessions de l’auteur que sont les femmes, le sexe et la mort. D’après Bernard Sichère, Ellroy appartient à la catégorie des écrivains réalistes-tragiques, avec une vision du monde qui refuse la moindre concession à l’embellissement ou à l’idéalisation de la réalité. Il dénonce le caractère impitoyable et cruel de l’existence dans une vision sombre et pessimiste qui lui est propre. Dans un entretien, Ellroy explique sa technique d’écriture qui consiste à rédiger un synopsis dense le débarrassant ainsi de problèmes de structure ou de faits historiques, qui lui permet de se consacrer ensuite à une improvisation stylistique[1].

 

 


Le roman noir

 

Ma part d’ombre est tout d’abord un roman noir.


Le roman noir est  ainsi défini par Jean Pons[2] :

 

« Les romans noirs sont une littérature immédiate et engagée. Immédiate parce qu’ils nous parlent directement des banalités et des convulsions de notre monde : ils nous montrent, dans leurs fictions violentes, un univers connu qui est celui de notre vie quotidienne mais aussi celui dont les médias s’épuisent à nous présenter des aspects disparates ou à nous proposer des analyses de circonstance. Engagée parce que l’actualité, qu’ils reprennent et transforment sous forme romanesque, donne lieu, de manière implicite ou clairement formulée, à des prises de position politiques : le roman noir prend position de façon « actuelle » par rapport à la réalité humaine et sociale. »


 S’opposant au roman policier traditionnel, le « whodunit » qui présentait une enquête policier sur un ton léger dans la lignée d’Agatha Christie, le roman noir fait son apparition aux États-Unis dans les années vingt avec des auteurs comme Dashiell Hammett ou   Raymond Chandler   qui décrivent la violence des milieux marginaux dans un environnement urbain rongé par les conflits sociaux. Dans un style littéraire très minimaliste, sans psychologie, ces romans présentent des personnages de « hard boiled dick », détectives durs à cuire et sans grand scrupules.  Dans les années 60, le genre connaît un renouveau, avec des auteurs comme Jim Thompson. En 1981, James Ellroy s’impose comme un auteur incontournable du genre. Celui-ci y ajoute un pessimisme récurrent, un langage cru et un goût pour des personnages complexes aux moralités floues ; le tout dans un style assez dépouillé qui en fait  un genre à part entière. On peut noter aussi qu’Ellroy transforme l’image de la femme dans ses romans. Femme fatale menant l’homme à sa perte dans les romans noirs traditionnels, elle devient détentrice de vérité et victime de la violence des hommes.

 

 

 

Ma part d’ombre

 

 Au départ, James Ellroy écrit simplement un article sur la mort de sa mère et le meurtre non résolu dont elle a été la victime. Cet article intitulé « Le jour où ma mère fut assassinée » paraît dans la revue GQ et Vogue Hommes en mai 1995[3] . Pour rédiger cet article, Ellroy avait repris l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Geneva Hilliker Ellroy, avec l’aide d’un ancien flic Bill Stoner. Il décide ensuite d’en faire un roman, sorte de catharsis déjà entamée dans certains romans. Ma part d’ombre se découpe en quatre parties distinctes, séparées par des photos d’époque et précédées par plusieurs dédicaces dans lesquelles Ellroy s’adresse directement à sa mère.

 


Première partie : La Rouquine

 

C’est le surnom que James Ellroy donne à sa mère. Ellroy s’adresse directement à sa mère avant de commencer le récit :

 

« Une samedi soir minable a vu ta perte. Ta mort a été stupide et cruelle, sans même que tu aies pu défendre la vie qui t’étais chère. […] Ta mort définit ma vie. Je veux trouver l’amour que nous n’avons jamais eu et l’expliciter en ton nom. Je veux mettre tes secrets au grand jour. Je veux consumer la distance qui nous sépare. Je veux te donner vie. »


 Cette première partie nous narre l’enquête policière depuis la découverte du corps jusqu’au classement de l’affaire. Le style est froid, quasi télégraphique. Le narrateur décrit de façon méthodique sans jugement ni états d’âme la scène du crime dans ses moindres détails :

 

« C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue, sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du trottoir de King’s Row. »

 

Cette première partie pourrait très bien être le début d’un roman noir dans la plus pure tradition, posant les personnages et la nature du crime commis dans une ambiance pesante de quartiers peu fréquentables. Le style informatif crée un rythme haletant qui ne nous abandonne plus jusqu’à la fin du roman malgré les changements de tons constants. On ne retrouve aucune intimité dans cette première partie mais seulement la froide objectivité d’un rapport de police avec notamment la transcription des interrogatoires.

 


Deuxième partie : Le môme sur la photo

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Dans cette seconde partie le ton change radicalement. L’intrigue n’est plus centrée sur le personnage de la mère, la victime, mais bien sur l’enfant de celle-ci, James Ellroy, l’auteur. La narration se fait désormais à la première personne du singulier, bien loin du ton impersonnel de la première partie. Le style est plus littéraire, plus fluide mais le lecteur ressent toujours cette urgence dans la parole, ce rythme haletant des premières pages.


Dans cette partie qui tient plus de l’autobiographie que du roman noir, Ellroy nous livre ses états d’âme sans complexes ni pudeur. Il y raconte sa vie avant le divorce de ses parents, puis le départ pour El Monte, quartier miteux du comté de Los Angeles. Sans laisser intervenir son regard d’adulte, il nous donne à voir ses sentiments d’enfant ; la découverte de sa sexualité par exemple mais aussi et surtout cette haine féroce qu’il a éprouvée pour sa mère, le soulagement ressenti à sa mort. Le divorce de ses parents avait mis en place une sorte de double vie où la mère prêchant pour les études et la religion faisait face à un père qui emmenait son fils au cinéma et au restaurant. Le choix d’un enfant de dix ans est alors vite fait. Ellroy choisit son père et décide de haïr sa mère par solidarité :

 

« Je la haïssais parce que mon père la haïssait. Je la haïssais pour prouver à mon père l’amour que j’avais pour lui. Elle venait de se gagner ma propre haine, entière et sans limites. El Monte était un camp de prisonniers. Les week-ends à L.A. étaient des conditionnelles de brève durée. »

 

Mais Ellroy nous livre aussi cette étrange fascination pour cette mère détestée :  

 

« Je passais des heures dans la salle de bain, feignant de l’intérêt pour un petit sous-marin. J’ai vu ma mère à moitié nue, nue, ou simplement vêtue de sa combinaison. […] Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte. » 

 

La perte si brutale de sa mère n’est donc pas un choc pour le jeune James Ellroy qui se réjouit même de pouvoir vivre avec son père : « Je savais que j’aurais dû pleurer. […] Quelque tueur inconnu venait de m’offrir la belle vie, une vie flambant neuf. ». Après l’assassinat de sa mère, Ellroy part donc vivre avec son père dans le centre de L.A. Il y découvre l’alcool, le sexe et la drogue dans une adolescence pendant laquelle il est livré à lui-même, devenant voleur et même voyeur. La vie avec son père mais surtout la maturité acquise tant bien que mal permet à l’auteur de comprendre la nature réelle de son père, beau parleur : « j’avais maintenant pigé qui était mon père. C’était un faiblard et un artiste de baratin. ». Son adolescence et les débuts de sa vie d’adulte sont marqués, outre une vie de voyou toxicomane, par sa fascination pour le meurtre et plus particulièrement le meurtre d’Elisabeth Short, surnommée le Dahlia Noir. Certains, et Ellroy aussi sans doute, voient dans cette fascination l’intérêt qu’il se refuse à avoir pour le sort de sa propre mère. L’affaire du Dahlia lui permet d’éprouver le chagrin qu’il n’a jamais pu ressentir.

  

Ellroy sortira de cette spirale infernale en frôlant la mort suite à une infection pulmonaire.  

 

« Mon abcès au poumon a guéri. Je suis sorti de l’hôpital et j’ai passé un marché avec Dieu. Je lui ai dit que je ne boirais plus, que je n’avalerais plus d’inhalateurs. Je lui ai dit que je ne volerais plus. Tout ce que je voulais c’était récupérer mon esprit pour de bon. »

 

Après être sorti de ces addictions, il se plonge dans l’écriture de ses premiers romans sans pour autant oser encore affronter le fantôme de sa mère.

 


Troisième partie : Stoner 

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Cette troisième partie présente l’homme qui aida Ellroy à retrouver sa mère, à trouver le courage d’enquêter sur sa mort. Il le dit lui-même dans la préface du chapitre adressée à sa mère : « Je suis déterminé à te trouver. Je sais que je ne peux le faire seul. »


Sur le ton de la fiction, Ellroy nous raconte pourtant ici l’histoire d’un personnage bien réel avec des affaires toutes bien réelles comme l’histoire de « papa Beckett ». Ellroy crée ici un genre tout à fait nouveau, indéfinissable. Cette partie n’est pas un reportage, pas un article de presse. C’est une sorte de biographie, inscrite dans un ensemble plus grand, qui sert la narration. On y fait la connaissance de Bill Stoner, flic de Los Angeles, qui devient la figure du père/mentor qui permet à l’orphelin d’affronter la réalité et de reprendre l’enquête. Mais à travers la vie et les enquêtes de Bill Stoner, c’est aussi un portrait du crime en Amérique et plus particulièrement des meurtres de femmes que nous dresse Ellroy. Il pose, à travers des exemples d’affaires concrètes qui font l’apprentissage de Stoner, les différences fondamentales entre les meurtres de femmes et d’hommes :

 

« Les hommes ne tuaient pas les femmes parce qu’ils étaient systématiquement martyrisés par le sexe féminin. Les femmes tuaient les hommes parce que les hommes les baisaient dans les grandes largeurs et sans prendre de gants. C’était de son point de vue une règle obligée. Il ne voulait pas que la règle fut vraie. Il ne voulait pas voir les femmes comme une race entière de victimes. »

 

À travers de nombreux exemples de meurtres de femmes et la mécanique de ces crimes misogynes, il est possible de voir un rapprochement de la mère en même temps qu’un éloignement du père. Cet éloignement se voit souligné avec l’évocation de l’horrible affaire « papa Beckett ». La représentation exacerbée de personnages masculins à la recherche constante de sexe face à des femmes plus fortes et lucides mais toujours finalement victimes peut être interprétée comme la vision d’un père opposée à celle de la mère. Il est ainsi facile de voir, dans la représentation obstinée de la souffrance des femmes face à la violence des hommes/pères, l’insistance d’un fantasme œdipien. Ellroy nous livre son désir de se racheter auprès d’une mère peu aimée de son vivant, à qui il préférait un père adulé et admiré alors qu’il n’en valait certainement pas la peine. On décèle ici une sorte de culpabilité d’Ellroy face à sa mère, culpabilité devinée grâce aux préfaces en début de chapitres.

 

 

Quatrième partie : Geneva Hilliker


Cette quatrième partie nous raconte la reprise de l’enquête d’Ellroy avec l’aide de Bill Stoner. Cette sorte de confession d’un fils qui reprend une enquête en niant le temps écoulé est peut-être la partie la plus troublante du roman. À côté de confessions intimes sur la vie adulte de l’auteur et son rapport avec le fantôme de sa mère, le lecteur entre dans une littérature de la succession, de l’amoncellement avec la liste vertigineuse de noms de personnes, de lieux qui, bien qu’apportant des détails de l’enquête et de la dernière soirée de Geneva Hilliker, ne permettent aucune avancée, ne provoquent aucun événement. Cette dernière partie reste donc une sorte d’ode à la mère, un besoin absolu de se confronter soudain à elle :  

 

« L’idée m’a frappé immédiatement. Elle m’a frappé vite et fort, à deux niveaux distincts. Il fallait que moi, je voie ce dossier. Il fallait que j’écrive à propos de cette expérience et que je publie l’article dans un grand magazine. […] Je savais que l’heure était venue de l’affronter. »

 

Ellroy remonte la piste de sa mère jusqu’à son enfance et son premier mariage mais ne trouve rien de plus que ce qu’il savait déjà, mais qui lui permet un certain soulagement, en retrouvant la femme qu’il a fuie et ignorée pendant tant d’années : « Les morts appartiennent à ceux parmi les vivants qui les réclament de la manière la plus obsessionnelle. Elle était mienne tout entière. »

 

 


Ma part d’ombre est donc le roman d’une confession mais aussi d’une réconciliation avec une mère ignorée trop longtemps ; une expiation commencée dans les premiers romans à tendance autobiographique. En effet Clandestin, Le Dahlia Noir et Brown’s Requiem étaient déjà des tentatives fictionnelles de catharsis. C’est aussi le témoignage d’une décision de refuser cette vie de misère qui avait commencé : « la rage de vouloir transformer mon obsession en quelque chose de bon et d’utile m’a sauvé ». Ellroy fait ainsi liquidation du passé et de ses fantômes dans un chant d’amour funèbre et compulsif dédié à sa mère. 


L’utilisation du passé qui est le temps de la remémoration sert bien le caractère autobiographique. Mais ce temps induit aussi des éléments plus complexes, notamment ce sentiment de voyeurisme et cette gêne éprouvée par le lecteur devant cette forme d’exhibitionnisme sans limites.


Mais au-delà de cette confession touchante et de cette quête de la mère, Ellroy nous livre évidement un  véritable roman noir dont la première lecture m’a personnellement laissée songeuse quant à la véracité des éléments autobiographiques, qui sous-entendent une livraison entière et totale des blessures profondes de l’auteur. Et bien que certaines critiques déplorent un pathos ennuyeux et poussé à l’extrême, Ellroy, tout en livrant sa propre histoire, nous décrit avec brio les tensions intimes d’une société dans laquelle les valeurs sont dégradées ; une vérité profonde sur les sociétés occidentales et plus particulièrement américaine, dans lesquelles le mal prend des proportions de plus en plus importantes.

 

 

Pauline, AS édition-librairie

 


Bibliographie

 

Source vidéo

 

Benoît COHEN, François GUERIF, James Ellroy, sa part d’ombre, film réalisé dans le cadre de l’émission « Un siècle d’écrivains », 1999.

 


Sources écrites

 

James ELLROY, Ma part d’ombre, (My dark places, 1996), traduit de l’américain par Freddy Michalski, Rivages, Rivages Noir, 1997 (2011).


 

Collectif, Petite mécanique de James Ellroy, éditions de l’Œil d’or, 3ème édition, 2006.

 

 

Sites internet 

 

www.edark.org

 

 www.jamesellroy.net

 

 

 


 

[1]Pour plus de détails sur la vie et l’œuvre de James Ellroy, rendez vous sur le site www.edark.org

[2]Jean Pons, « Le roman noir, littérature réelle », Les Temps Modernes, n°595, sept-oct-nov 1997.

[3]Article disponible en intégralité sur le site www.edark.org

 

 

 

James ELLROY sur LITTEXPRESS


james ellroy

 

 Rencontre avec James Ellroy à la médiathèque José-Cabanis de Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

James Ellroy Le Dahlia noir

 

 

 

 

 

 

Articles de Margaux, Marion et Sandrine sur Le Dahlia noir et sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Roxane et de Julie sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Pauline - dans polar - thriller
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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 14:00

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Gunnar STAALESEN
Le roman de Bergen
Tome 1 : L’aube
Titre original : 1900. Morgenrød
Traduit du norvégien
par Alexis Fouillet
Gaïa, 2007
Points, 2011






Gunnar Staalesen en quelques mots

Gunnar Staalesen, roGunnar-staalesen.jpgmancier et dramaturge norvégien, est né le 19 octobre 1947 à Bergen. Il y a grandi et vécu toute sa vie et c’est dans cette ville qu’il puise son imagination.

Principalement connu pour des romans policiers, notamment sur son détective privé VeumVarg, Staalesen est considéré comme celui qui a introduit le réalisme social dans le polar norvégien. Entre 1997 et 2000, il publie la trilogie dite de Cent Ans, Le roman de Bergen, un travail d'environ 1600 pages centrées sur différentes familles de Bergen et des régions avoisinantes entre 1900 à 2000.

Gunnar Staalesen a passé son enfance auprès d’un père professeur et d'une mère infirmière. L’auteur lui-même qualifie cette période de classique et calme ; sa découverte de l’écriture commence dès 10-11 ans. Sa première histoire est publiée alors qu’il n’a que 12 ans. En 1966, Staalesen obtient le diplôme d'études à Bergen Cathedral School. Puis il entame des études supérieures à l'Université de Bergen, au cours desquelles il réalisera de nombreux travaux sur la littérature et la culture toujours propres à sa ville. C'est seulement en 1987 qu'il devient écrivain.

Gunnar Staalesen se décrit comme un «homme bien ordinaire qui peut écrire de nombreux livres que tout le monde peut lire ». Avec le succès de ses premiers romans, Staalesen est devenu millionnaire mais il se plaît à mener une vie simple et ordinaire. Il est marié depuis 1969 et a deux enfants, aujourd’hui devenus adultes.
Au final, Gunnar Staalesen a publié entre autres cinq romans, 18 romans policiers, deux recueils de nouvelles et six pièces de théâtre. Plusieurs de ses livres sont traduits dans d'autres langues. Il a deux fois le prix Riverton et le prix d'honneur pour la culture de Bergen.

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Résumé d’une saga

Le roman de Bergen a le souffle des grandes épopées. L’aube, le premier volume de cette saga norvégienne est haute en couleurs.

Le matin du 1er janvier 1900, l'inspecteur Moland est réveillé par des coups frappés à sa porte. Ce jour de congé qu'il aurait dû passer avec femme et enfants va bouleverser sa vie. Un notable de Bergen, le consul Frimann, a été assassiné après avoir passé la nuit en compagnie non pas de son épouse, mais d'une fort jolie et très sensuelle personne, bien connue de beaucoup d'hommes de la ville, Maren Kristin Pedersen. Plutôt que d'importuner la bonne bourgeoisie berguénoise, Moland oriente l'enquête vers un suspect d'origine plus modeste qui, interpellé, se suicide. L'affaire est close ; officiellement.

En ce début de XXe siècle, nombre de solides gaillards comme Torleif Nesbo vont proposer leurs bras sur les chantiers de la ligne de chemin de fer qui doit relier Bergen à la capitale, Kristiania. Pour ce fils de ferme, creuser les tunnels dans la montagne est un bon boulot. D'autant que c'est là-bas, au baraquement, qu'il rencontre Trine. Elle aide à la cuisine et au service pour le repas des ouvriers. Les rumeurs disent qu'elle revient de la ville, où elle était domestique, chez le consul Frimann.

Le tome 1 de 1900 L'aube, débute sur le tournant du siècle, un siècle en route vers la révolution industrielle, la Grande Guerre, les épidémies. L'auteur peint le tableau chaleureux et vivant d'individus aux destins à la fois ordinaires et universels, riches de drames et de passions.



Bergen, la ville construite par le feu et la guerre…

Gunnar-staalesen-bergen.jpgDans L’Aube, l’auteur nous fait découvrir un monde, celui de sa ville, son évolution sur mille ans. Cette ville, Bergen, c'est toute son enfance, mais c'est aussi la Norvège. Bien que n’étant pas le coeur économique du pays, Bergen se présente comme sa capitale culturelle. Située au sud-ouest de la Norvège, capitale du comté de Hordaland, deuxième ville du pays, c'est également un port, une ville universitaire et un évêché.

 

Bergen est surtout une cité à l'histoire marquée par l'apport des Hommes du dehors, venus de l'au-delà de la mer. La christianisation sur le plan spirituel, la Hanse sur le plan économique et politique, constituent une forme de colonisation. Le heurt des structures dominantes avec la population norvégienne locale ou attirée des montagnes et fjords voisins entraîne des formes d'aliénation, d'assimilation ou de résistance. Depuis les Temps modernes, l'immigration et les échanges transitant par la ville lui ont offert un esprit différent de celui des autres villes scandinaves et norvégiennes. Ville traditionnellement conservatrice mais tournée vers l'Europe, où pendant des siècles une grande partie des habitants était étrangère. Ville se considérant elle-même comme à part en Norvège en raison de son histoire et de sa culture propres. Ville construite par le feu et les guerres, comme disent les locaux. Enfin, ville à échelle humaine abritant de nombreuses traces de son passé et mettant en avant les actes de ses hommes et femmes célèbres, qu'ils soient artistes, notables, scientifiques...
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L’auteur nous plonge immédiatement dans cet univers étrange. Les noms des places, rues, quartiers nous font découvrir sa particularité et son histoire, une histoire précise et unique sur l’évolution d’une ville, ses incendies, ses ports, son théâtre. On reconnaît dans Le roman de Bergen tout l’amour que Staalesen porte à cette ville.



Personnages

Le style de Gunnar Staalesen est lié à sa passion pour Bergen mais également à sa manière de mettre ses personnages en place. Au départ tous séparés et ayant peu de choses en commun, ils finissent inévitablement par se rapprocher, procédé classique du polar.


Christian Moland

Il est le personnage central du roman et son évolution suit celle de la ville. Au départ jeune inspecteur de police à la brigade d’Investigations, il suivra de près cette affaire au point de s’enfoncer dans les bas-fonds de Bergen notamment lors de sa rencontre avec Maren Christine Pedersen. C’est principalement à travers Moland que l’on découvre les rues et la société de Bergen au début du XXe siècle. Jeune homme calme et timide au départ, il deviendra sombre et méfiant au fil de l’histoire, d’une part à la suite d’un choc durant une enquête et d’autre part après sa rencontre avec Maren Christine. En tant que personnage principal de l’histoire,  il sera toujours lié à la ville et évoluera avec elle.


Maren Kristin Pedersen

Femme fatale de l’histoire, dangereuse et séductrice, elle est le centre de l’intrigue. Bien que très jeune au début du roman, elle grandit peu à peu et embellit. Ancienne maîtresse du consul Frimann, elle devient aussi celle de l’inspecteur Moland. Jeune femme brune et mystérieuse, se voulant indépendante et libre, elle s’oppose toujours au mariage et préfère se prostituer. Ses mœurs et sa vie sont très choquantes pour l’époque, elle finira seule, abandonnée par Moland. L’enquête toune principalement autour des secrets que connaît cette jeune femme manipulatrice.


Torleif Nesbo

Ce personnage est celui qui représente le mieux la révolution industrielle que subit Bergen. Jeune homme venant d’une famille pauvre de paysans, Torleif s’engage comme ouvrier lors de la construction de la ligne de chemin de fer. Il tombe passionnément amoureux d’une jeune mère célibataire. Cet amour le conduira au meurtre de son rival. L’intérêt premier de l’histoire semble être l’évolution sociale d’un jeune Norvégien à cette époque ainsi que l’évolution économique de Bergen mais l’on découvre finalement que l’épouse de l’ouvrier a un lien très important avec le meurtre sur lequel porte l’enquête.


Karl Karoliussen

Enfant au début du roman, il représente la difficulté de vivre en ville. Expulsé avec sa famille à la suite d’un retard de règlement de loyer, c’est lui qui nous fait découvrir les rudes conditions de vie à cette époque, la pauvreté  et l’impossibilité de survivre sans emploi.


Robert Gade

Ancien comédien narcissique et vedette du théâtre de Bergen, il est la clef de l’enquête. Il connaît l’identité du meurtrier du consul, ancien amant de Maren Kristin Pedersen. Considérant sa carrière d’acteur comme déclinnate, il choisira le suicide après avoir envoyé à son ancienne maîtresse une lettre annonçant l’identité du véritable coupable.



Les thèmes récurrents

Le meurtre

Le sujet principal du roman est l’assassinat du consul Frimann. Cas extrêmement rare dans cette ville, le meurtre d’un bourgeois est choquant. De là découlent la découverte de la ville puis la rencontre entre l’inspecteur Moland et Maren Kristin Pedersen. L’enquête aura une grande influence sur les personnages, particulièrement sur l’inspecteur qui sera marqué à jamais par le suicide d’un suspect sous ses yeux, mais également sur la ville.


La ville

On reconnaît la passion de Staalesen pour Bergen dans L’Aube. La description de cette ville nous permet de découvrir un monde, la Norvège. Chaque chapitre nous fait connaître peu à peu cette ville, les personnages sont aussi profondément ancrés dans Bergen que l’auteur. Cet amour fait ressentir au lecteur un délice dans l’avancée du roman car bien qu’étant au départ un roman policier, c’est un roman historique qui se distingue totalement du polar classique. Mieux qu’un guide touristique, c’est la saga passionnante d’une ville unique.


L’amour

C’est avec le personnage de Maren Kristin Pedersen que ce thème est le plus fort. L’auteur se plaît à cerner chaque personnage féminin d’une aura de mystère. L’l’importance du sexe et de la passion amoureuse sont caractéristiques du genre policier. Les femmes chasseresses et dangereuses, les prostituées sont des personnages omniprésents. Pour les femmes plus sages, le danger vient des secrets qu’elles cachent.



Conclusion

Le roman de Bergen fut pour moi un roman magnifique, troublant et percutant par le style de l’auteur, bien que découvert en traduction. Il pourrait semble ennuyeux de découvrir une ville en  près de 400 pages mais L’aube se différencie du roman policier comme du roman historique. C’est un livre qui m’a passionnée, cette découverte de Bergen me donnant l’irrésistible envie de découvrir de mes propres yeux la beauté de cette ville.


Léa Masme, 1ère année édition-librairie 2011-2012.

 

 

Gunnar STAALESEN sur LITTEXPRESS

 

Gunnar Staalesen La Femme dans le frigo

 

 

 

 

 

 

Article de Cyndie sur La femme dans le frigo.

 

 

 

 

 

 

 

 

staalesen la nuit tous les loups

 

 

 

 Article de Guillaume sur La nuit, tous les loup sont gris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 07:00

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Edith WHARTON

Le Triomphe de la nuit, volume 1, 1973,

Titre original

The Ghost Stories of Edith Wharton

Traduction

Florence Lévy-Paoloni

Terrain Vague, 1990

Réédition Joëlle Losfeld, 2001

 

     

 

 

 

 


Derrière l’œuvre, une auteure : Edith Wharton

 

Edith Wharton, de son nom de jeune fille Newbold Jones, naît le 24 janvier 1862 à New York. Issue d’une famille de la haute société, elle effectue dès son plus jeune âge de nombreux voyages en Europe et fait, très tôt, preuve d’une grande intelligence et d’un esprit critique à l’égard du monde doré dans lequel elle évolue. Son goût pour l’écriture est nourri par toutes ses lectures, par l’éducation qu’elle reçoit et également par les voyages. Elle se fait connaître grâce au recueil de poèmes Verses (1878). Mariée par obligation à un homme qu’elle n’aime pas, elle divorce en 1913. Son amitié avec Henry James débute autour des années 1900 : la correspondance qu’elle entretient avec l’écrivain ainsi que les conseils de ce dernier influeront sur l’œuvre d’Edith Wharton. Pour son engagement durant la Première Guerre mondiale au sein des hôpitaux, elle reçoit la Légion d’honneur. En 1921, elle remporte le prix Pulitzer pour son roman Le temps de l’innocence (1920, The Age of Innocence), devenant ainsi la première femme à recevoir ce prix dans cette catégorie. Deux ans plus tard, elle devient la première femme à recevoir un doctorat honorifique en lettres par l’Université de Yale. Sa vie, ponctuée par de nombreux succès, tels qu’Ethan Frome (1911), Le temps de l’innocence (1920) ou encore Chez les heureux du monde (1905, The House of Mirth), s’achève en France, le 11 août 1937. Elle est enterrée à Versailles au cimetière des Gonards.

 

Aujourd’hui, sa maison de Lenox, The Mount, accueille les touristes et est le théâtre de conférences, d’expositions et autres événements en rapport avec sa personne et son œuvre.

 

 

 

La préface du Triomphe de la nuit : un rôle important dans la façon d’appréhender les nouvelles.

 

« Croyez-vous aux fantômes ? » Ainsi commence la préface du recueil. Cette question nous confronte soudainement au thème prédominant des nouvelles et permet à Edith Wharton de donner son ressenti, sa vision par rapport à la question du fantôme. En effet, pour elle, il ne s’agit point de croire ou pas aux fantômes, mais plutôt de ressentir leurs présence, de laisser faire l’inconscient pour mieux appréhender le sujet. À travers les premières lignes se cache un conseil de lecture à peine dissimulé de la part de l’auteure.

 

Elle insiste ensuite sur le fait qu’il n’importe pas qu’une histoire soit vraie dès lors qu’elle en a l’air et qu’on la reçoit comme telle. « Celles qui sont bonnes témoignent d’elles-mêmes de leur appartenance au monde des esprits. » écrit-elle à ce sujet, et de cette façon, nous incite presque à penser : « Et les miennes, sont-elles bonnes ? », une fois la lecture achevée.

 

De plus, Edith Wharton donne aux lecteurs un autre conseil des plus précieux afin de mieux lire et de mieux comprendre ses nouvelles : il faut « combler les vides qu’elle laisse » par « des sensations et des divinations semblables aux siennes », autrement dit nos émotions.

 

Ses considérations l’amènent à un constat sur la société de son époque, qui est, à mon sens, plus que jamais d’actualité : les hommes rêvent de moins en moins, imaginent de moins en moins. Elle impute cela à l’émergence de nouveaux médias tels que la TSF et le cinéma.

 

À cela s’ajoute la difficulté de faire percevoir à un tiers un fantôme, en particulier à un lecteur car il faut réussir à décrire sans trop en dire. Il faut « laisser la nature faire le reste ». Elle conclut cette préface en écrivant que pour que la magie opère chez le lecteur, elle doit d’abord opérer sur l’auteur.

 

Au travers de ces lignes, Edith Wharton nous donne les clés de son recueil avec humour et intelligence et, à l’issue de la préface, il ne nous est presque plus possible de douter de la présence des esprits.

 

 

 

Une œuvre qui a ses caractéristiques : les points communs entre les nouvelles et leurs différences

 

Certaines des nouvelles de fantômes d’Edith Wharton, dont « Les yeux », sont parues sous le titre de Tales of Men and Ghosts en 1910 ; puis en 1937, deux mois après la mort de la romancière, les nouvelles du Triomphe de la nuit sont cette fois-ci parues sous le titre raccourci mais non moins évocateur de Ghosts. Il est composé de cinq nouvelles : « La cloche de la femme de chambre », « Les yeux », « Plus tard », « Kerfol », et « Le triomphe de la nuit ». Ces nouvelles, consacrées aux fantômes, mettent en avant une atmosphère oscillant entre un sentiment de réconfort apparent et une inquiétude tacite mais non moins oppressante.

 

De manière commune, chacune des nouvelles met en scène une situation plutôt paisible, rassurante, perturbée par la présence d’un esprit, le plus souvent vengeur et pour le cas de la première nouvelle,« La cloche de la femme de chambre », détenteur d’un message de prévention, d’avertissement (la cloche figurant un signal de détresse, d’alarme).

 

La fin des nouvelles nous laisse incrédules, nous poussant parfois à une relecture plus détaillée au cours de laquelle, comme dans un tour de magie, on veut saisir le « truc », le secret, la clef de l’énigme. C’est sans doute un tort que de vouloir mieux cerner, car le mystère qui subsiste est loin d’avoir un goût d’âpreté car il sied formidablement bien au style envoûtant de ces nouvelles fantastiques.

 

Cependant, les situations et la manière de témoigner du surnaturel sont différentes d’un récit à l’autre, ce qui ne fait qu’enrichir le recueil car cela le dynamise et propose forcément une nouvelle qui conviendra à chaque lecteur (si tant est qu’il soit friand du genre ou du moins, que les histoires de fantômes ne le rebutent en rien).

 

 

 

Afin d’illustrer cet exposé, j’ai choisi de résumer la dernière histoire du recueil, celle d’où il tire son nom, car c’est celle qui m’a le plus transportée.

 

Le protagoniste, George Faxon, est un homme qui arrive de Boston car il a trouvé un travail de secrétaire particulier. À la gare où personne n’est venu le chercher, il rencontre Frank Rainer, un jeune homme au physique maladif. Ce dernier se propose de l’héberger chez son oncle, un homme d’affaires riche et connu, John Lavington. Sur place, Faxon assiste à la rédaction du testament du jeune Rainer et une fois le testament signé par l’intéressé, Faxon est le seul à voir, glacé d’effroi, le double de Lavington derrière le fauteuil de ce dernier, une expression malsaine sur le visage à l’inverse de l’oncle bienveillant. Le fantôme réapparaît au cours du dîner quand l’assistance convient qu’il est plus raisonnable pour Rainer d’aller se faire soigner dans un endroit moins humide et plus approprié à une guérison. À cet instant, le fantôme a vraiment un visage maléfique. Faxon s’enfuit, soudainement effrayé par cette vision. Malgré le froid, Rainer le retrouve et sur le chemin qui les reconduit vers la maison, Faxon comprend qu’il est le seul à pouvoir protéger le jeune homme d’un sort funeste. Malheureusement, celui-ci meurt brutalement alors qu’ils avaient atteint la loge du gardien.

 

Cinq mois se sont écoulés depuis le drame et nous retrouvons Faxon en Malaisie, où il guérit lentement d’une dépression nerveuse, tentant d’oublier la tragédie qu’il a vécue. Cependant, il tombe sur un vieil article de journal dans lequel il apprend que John Lavington souhaite réinjecter des fonds dans son entreprise qui en a besoin afin de l’empêcher de péricliter. À cet instant, Faxon comprend que Lavington n’a pas pu trouver l’argent nécessaire à son projet ailleurs que dans l’héritage ô combien opportun pour lui de son neveu Rainer.

 

Dans cette nouvelle, Edith Wharton nous emmène avec brio vers les vicissitudes de la vie et vers un questionnement ininterrompu qui ne fait qu’épaissir le mystère.

 

Car tel est le génie de cette auteure hors du commun qui, par une savante construction, un jeu de miroirs et d’ombres, nous étreint le cœur d’effroi et d’émerveillement devant ces nouvelles fantastiques.

 

 

 

La citation de la fin

 

« On peut répandre la lumière de deux façon : être la bougie, ou le miroir qui la reflète ». Cette citation d’Edith Wharton met en avant la question du reflet qui est, à mon sens, à l’image du recueil qui oscille entre zones d’ombre et de lumière, entre réalité et reflet de la réalité.

 

 

Manon, 1ère année éd.-lib.

 

Sources


– La page Wikipédia de l’auteure : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edith_Wharton

– La page Babelio de l’auteure :http://www.babelio.com/auteur/Edith-Wharton/2833

– Le site de The Mount, la maison de Lenox d’Edith Wharton : http://www.edithwharton.org/

– The Edith Wharton Society : http://public.wsu.edu/~campbelld/wharton/

 

Pour les relations entre Edith Wharton et Henry James :

 

http://www.npg.si.edu/exh/wharton/hjames.htm

 

http://www.history.com/this-day-in-history/henry-james-and-edith-wharton-begin-corresponding


 

Pour une présentation détaillée des cinq nouvelles, lire aussi la fiche de C.C.

 

 

 


 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:00

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Éric-Emmanuel SCHMITT
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Albin Michel, 2001





 

 

 

 

 

Biographie

Eric-Emmanuel-Schmitt.jpgNé en 1960, Éric-Emmanuel Schmitt est un dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur franco-belge. Il est devenu aujourd’hui un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dans le monde.

De 1980 à 1985, il a suivi des études à l’école normale supérieure d’Ulm à Paris, après deux ans de khâgne. Il en sort agrégé de philosophie.

Il se fait d’abord connaître par sa pièce de théâtre  Le Visiteur, rapidement suivie d’autres succès : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Évangiles, La Tectonique des sentiments, Kiki Van Beethoven…  Il se lance par la suite dans le roman : La Secte des égoïstes,  La Part de l’autre, Lorsque j’étais une œuvre d’art...

Il a aussi écrit un cycle de cinq romans : Le cycle de l’invisible, cinq récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,  Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus.

Ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Ses livres sont traduits en 43 langues et plus de 50 pays jouent régulièrement ses pièces.



Genèse du roman

Deuxième livre, dans Le cycle de l’invisible, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est la biographie romancée (ou biofiction) de son ami Bruno Abraham-Kremer, comédien. La visite que celui-ci lui rend, en 2001, les longs moments d’échanges et de remémoration de leurs souvenirs d’enfance, donnent rapidement naissance au roman.  Les mots lui viennent facilement, naturellement, comme si ses pensées n’avaient qu’à se déverser sur le papier. En une semaine seulement, le roman est déjà prêt.

Éric Emmanuel Schmitt confie lui-même :

 

« Il y a des textes qu’on porte si naturellement en soi qu’on ne se rend même pas compte de leur importance. On les écrit comme on respire. On les expire plus qu’on ne les compose.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran fait partie de ceux-là. Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami, il s’imposa à moi sans bruit et sans effort. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il connaîtrait tant de succès ni qu’il ferait le tour du monde ; encore moins que dans beaucoup de pays, je deviendrai désormais " l’auteur de Monsieur Ibrahim ".

Bruno Abraham-Kremer, ami et comédien, vint passer quelques jours chez moi, dans ma maison irlandaise, après un voyage en Turquie durant lequel il avait marché dans les paysages arides de l’Anatolie, visité des monastères soufis, tourné avec les derviches pour prier… Il revenait tout imprégné de poèmes mystiques liés à l’Islam. Nous nous sommes mis à parler de Rumi, ce magnifique sage et écrivain, de l’humilité qu’il conseille, de la danse comme une prière. Au fur et à mesure que nous échangions, ma pensée s’élevait sur un tapis volant du côté de l’Orient.

Puisque une vie sage a souvent ses racines dans l’enfance, nous avons évoqué nos grands-pères, nous rendant compte qu’ils nous avaient marqués autant que nous les avions aimés. Sous les figures riantes et apaisées de nos aïeux, Monsieur Ibrahim montrait déjà son nez. Puis Bruno me raconta son roman familial, j’évoquais le mien…»

 Source :  http://monsieuribrahim.blogspot.fr/2011/04/commentaires-deric-emmanuel-schmitt-sur.html

 

 

 

Résumé

Dans les années 60, Momo (Moïse), onze ans, vit à Paris avec son père, un homme qui ne lui témoigne que très peu d’attention. Avocat de profession, celui-ci passe son temps à travailler et à lire d’obscurs ouvrages de droit et de philosophie dans sa bibliothèque personnelle.

 

« Je regardais la haute et profonde bibliothèque héréditaire, tous ces livres censés contenir la quitessence de l’esprit humain, l’inventaire des lois, la subtilité de la philosophie, je les regardais dans l’obscurité – Moïse, ferme les volets, la lumière bouffe les reliures – puis je regardais mon père lire dans son fauteuil, isolé dans le rond du lampadaire qui se tenait, telle une conscience jaune, au-dessus de ses pages. Il était clos dans le mur de sa science, il ne faisait pas plus attention à moi qu’à un chien – d’ailleurs, il détestait les chiens –, il n’était même pas pas tenté de me jeter un os de son savoir. Si je faisais un peu de bruit...

– Oh, pardon.

– Moïse, tais-toi. Je lis. Je travaille, moi...

Travailler, ça c’était le grand mot, la justification absolue...

– Pardon, papa.

– Ah, heureusement que ton frère Popol n’était pas comme ça.

Popol, c’était l’autre nom de ma nullité. Mon père me lançait toujours à la figure le souvenir de mon frère aîné, Popol, lorsque que je faisais quelque chose de mal. "Popol, il était assidu, à l’école. Popol, il aimait les maths, il ne salissait jamais la baignoire. Popol, il faisait pas pipi à côté des toilettes. Popol, il aimait tant lire les livres qu’aimait papa." »

 

Son père le charge de faire les courses et la cuisine, mais très avare, il surveille de près l’argent qui est dépensé.

Grandissant dans ce climat froid, lourd de silence, sans amour et sans parole, Momo décide à onze ans, de casser sa tirelire et d’aller rue de Paradis chez les prostituées, dit-il « pour se prouver qu’il est devenu un homme ». Afin d’être accepté comme client, il prétend avoir seize ans. Bien vite, Momo cesse d’être un simple client ; une relation de tendresse, presque maternelle apparaît entre les prostituées et Momo. Elles deviennent un peu comme ses mères, remplaçant sa véritable mère qui l’a abandonné à la naissance et qu’il n’a jamais connue.

Alors qu’il commence à fréquenter les prostituées rue de Paradis, il fait aussi la connaissance de monsieur Ibrahim, l’épicier qui habite dans la même rue que lui, rue Bleue et qui est connu comme étant « l’arabe de la rue juive ». En effet, après avoir dépensé 200 francs, rue de paradis, Momo se retrouve à sec. Il se met à voler son père et monsieur Ibrahim.

 

« Tous les jours, je fixais les yeux de monsieur Ibrahim et ça me donnait du courage.

Après tout, c’est qu’un arabe !

– Je ne suis pas arabe, Momo, je viens du Croissant d’Or.

J’ai ramassé mes commissions et suis sorti, groggy, dans la rue. Monsieur Ibrahim m’entendait penser ! Donc, s’il m’entendait penser, il savait peut-être aussi que je l’escroquais ? »

 

Un jour, la rue bleue devient le terrain de tournage d’un film et Brigitte Bardot vient acheter une bouteille d’eau dans l’épicerie d’Ibrahim. Grâce à un compliment habilement glissé, Ibrahim parvient à la lui vendre 40 francs. En voyant ça, Momo réagit :

 

« Quand même, vous avez un de ces culots, monsieur Ibrahim.

– Eh, mon petit Momo, il faut bien que je me rembourse toutes les boîtes que tu me chouraves. »

 

À partir de là, Momo et Ibrahim deviennent amis. Ibrahim devient comme un père pour Momo, le père qu’il aurait souhaité avoir. Momo continue à voir les prostituées. Les prostituées et monsieur Ibrahim, sont tout au long du récit, les personnes auprès desquelles Momo trouve de la chaleur humaine.

Un événement vient troubler ce cours des choses qui s’installe ; le père de Momo, licencié de son travail est de plus en plus dépressif et finit par abandonner Momo. Trois mois plus tard, on apprend qu’il est mort après s’être jeté sous un train. Pendant cette période, Momo fait comme si son père n’était pas parti, il fait les courses, cuisine et met la table pour deux. Il ne dit rien à monsieur Ibrahim, préférant lui parler en long et en large de la fille du concierge de son lycée dont il est tombé amoureux, une fille qui ne lui accorde pour sa part que très peu d’intérêt mais dont il veut absolument faire la conquête.

 

« Je devais me prouver qu’on pouvait m’aimer, je devais le faire savoir au monde entier avant qu’il ne découvre que même mes parents, les seules personnes obligées de me supporter avaient préférer fuir. »

 

La mort du père de Momo met les choses à plat. Le silence et les non-dits qui pesaient depuis tant d’années dans la vie de Momo sont enfin levés d’abord par Ibrahim qui a révélé le passé de son père : ses parents avaient été emmenés dans les camps de concentration alors qu’il était encore très jeune et il ne s’en était pas remis.

Des révélations sont aussi apportées par sa mère qui, ayant appris la mort de son ancien compagnon, est à la recherche de son fils. En colère contre sa mère qui l’a abandonné, Momo lui fait croire qu’il n’est pas son fils Moïse, mais Mohammed. Sa mère lui demande alors de transmettre les révélations qu’il fait à Moïse. Il apprend ou plutôt devine ainsi que Popol n’a jamais existé, et qu’il ne s’agissait là que d’une invention, d’un masque derrière lequel se retranchait son père pour voiler sa propre incompétence et son propre échec de père.

Momo ne désire pas aller vivre chez sa mère, il décide de vivre avec Ibrahim, et demande à celui-ci de l’adopter. La chose faite, Ibrahim décide d’acheter une voiture afin de partir avec Momo en voyage dans son pays natal.Momo et Ibrahim, font des milliers de kilomètres, traversent les pays, et prennent le temps de découvrir chacun d’eux avant d’arriver en Grèce. Là-bas, Momo rencontre Abdullah, un ami d’Ibrahim, il découvre la culture du pays, le soufisme (le courant mystique de l’islam), les derviches tourneurs et la danse mystique. Il découvre les bienfaits de cette danse qui l’aide à s’apaiser, à se défaire de sa haine et de la colère qu’il éprouve pour ses parents.

Malheureusement, pendant le séjour en Grèce, Ibrahim est victime d’un accident, il meurt peu après avoir légué son épicerie à Momo, et aussi un peu de sa sagesse, de son humour et de son amour de la vie. Momo retourne en France, à Paris où fait depuis lors tourner l’épicerie de monsieur Ibrahim. Il voit régulièrement sa mère, mais leur relation est un peu ambiguë. On se demande si la mère a vraiment compris qui était « Mohammed ».

 

« Ma mère, de temps en temps, elle vient me voir. Elle m’appelle Mohammed, pour pas que je me fâche, et elle me demande des nouvelles de Moïse. Je lui en donne. »

 

Mon avis

Un livre au style fluide, moderne et direct, qui aborde des sujets graves ou tabous avec de l’humour, de la finesse, de la justesse et beaucoup d’humanité. Il traite de l’enfance mal aimée et livrée à elle-même, de la relation parents enfants, de la sexualité du pré-adolescent, du racisme, du suicide et de la mort sans être moralisateur et résonne un peu comme un hymne à la tolérance, à l’amitié et la beauté de la vie, malgré toutes les difficultés et tous les drames qu’elle peut comporter.

Éric Emmanuel Schmitt a le talent de toujours préserver une petite part de mystère, il ne s’agit pas vraiment de suspens, tout est dans la suggestion ; il ne donne pas nécessairement et explicitement la réponse ou l’explication : Popol est-il vraiment une invention du père de Momo ? La mère de Momo sait-elle réellement que celui qu’elle appelle Mohamed est son fils ? Nous n’en avons l’affirmation nulle part.

Monsieur Ibrahim est aussi un peu un mystère vivant jusqu’à sa mort, à la fin du roman, c’est un homme qui parle peu. Bien que son humour parfois décapant révèle un peu de sa personnalité, on ne connaît pas son passé. On ne peut que l’imaginer :

 

 « – Vous ne m’avez pas répondu, monsieur Ibrahim, pour votre femme ? Pour votre femme ?

– Momo, pas de réponse, c’est une réponse. »

 

Dans ce livre qui raconte l’histoire de la rencontre et de l’amitié forte entre un vieil homme grec et musulman soufi, un peu seul, et un enfant français, juif, seul lui aussi car délaissé par ses parents, on sent les barrières et les préjugés tomber : nationalité, religion... On sent que le particulier et l’Universel, les particuliers entre eux ne s’opposent pas, qu’ils ont des choses à se dire, qu’ils peuvent s’enrichir l’un l’autre dans le respect de leur différence. Dans une époque incertaine, où la xénophobie et l’intolérance religieuse gagnent du terrain, c’est important.

A lire absolument !


Myriam Bluteau, 2e année Bib 2011-2012.

 

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

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Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

E E Schmitt Oscar et la dame en rose

 

 

 

 

article de Soizic sur Oscar et la dame en rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 07:00

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Henry JAMES
Histoires de fantômes
traduit par Louise Servicen
Aubier-Flammarion, 1970
Néo, 1990
Flammarion
G.F bilingue, 1992










 

 

 

 

Henry James est né à New York en 1843, il a été naturalisé anglais à la toute fin de sa vie et est mort en 1916 à Chelsea. C'est un romancier, nouvelliste, biographe ainsi qu'un auteur de pièces de théâtre et d'articles de critique littéraire. Sa première oeuvre sur le genre fantastique s'intitule De Grey : A Romance. Elle est publiée en 1868 ; l'auteur a 25 ans. Son oeuvre la plus connue est Le Tour d'écrou, une autre histoire de fantôme parue en 1898. « Le coin plaisant » (1908) qui fait partie du recueil Histoires de fantômes est un de ses derniers écrits. En quarante ans de carrière, James a écrit entre autres une vingtaine de romans et plus de cent nouvelles. Il est considéré comme une figure majeure de la littérature anglosaxonne et un maître du roman et de la nouvelle.



« Sir Edmund Orme », 1891

La nouvelle est agréable à lire, avec du suspense ; elle suscite la réflexion sur le rôle des personnages et sur leur liens qui évoluent. L'atmosphère est étrange voire surnaturelle lorsque Sir Edmund apparaît. Mrs Marden le voit comme un mauvais présage alors que le narrateur le perçoit comme un allié et comme la possibilité de vivre une aventure hors du commun. Plusieurs interprétations sont possibles sur le rôle du fantôme ; on se questionne beaucoup sur lui tout au long de la lecture.



« Le coin plaisant », 1908

La nouvelle est plus difficile d'approche que « Sir Edmund », la réflexion est plus complexe ; à la fin de l'œuvre, le lecteur s'interroge toujours sur la nature de l'apparition que voit Spencer Bryton dans la maison du Coin plaisant. Il s'agit de savoir si le personnage a véritablement vu un fanntôme ou si cette apparition n'est présente que dans son esprit.

Le style d'écriture rend aussi cette nouvelle plus complexe, le vocabulaire est plus recherché et certaines phrases sont très longues, ce qui oblige parfois le lecteur s'il n'est pas tout à fait concentré à reprendre ces lignes « interminables » depuis le début pour mieux en saisir le sens ou l'idée.

Cette nouvelle, à travers le personnage de Spencer, fait notamment le lien avec la jeunesse de James, partagée entre les voyages en Europe et en Amérique.



Le genre fantastique dans les nouvelles

La plupart des sujets traités par James renvoient aux conflits de cultures (entre ancien et nouveau monde ) ; en cause peut-être sa propre expérience de vie qui est marquée par les voyages entre les continents européen et américain, ainsi que les conflits de personnalités. Certaines de ses histoires de fantômes semblent relever du récit fantastique, selon la façon dont les lecteurs ou les personnages perçoivent ces apparitions fantastiques. En effet, le point de vue du personnage laisse parfois le lecteur tiraillé entre l'envie de trouver ces apparitions extraordinaires et fantastiques ou celle de les considérer comme des événements qui pimentent leur quotidien mais qui n'ont pas de grande influence.

C'est ce que l'on peut ressentir en lisant la nouvelle « Sir Edmund Orme » où l'apparition de ce « spectre tranquille » et la quasi-absence de réaction du narrateur à cette vue laissent le lecteur dans la perplexité. Le spectre est simplement là un instant et disparaît aussitôt.

Cependant le lecteur se voit tout de suite plongé dans le désir de savoir qui est cet homme revenu de l'au-delà. Une fois ces révélations faites par le personnage de Mrs Marden au narrateur, le lecteur s’interroge sur la raison de l'apparition de ce spectre. Une quantité de questions se posent : pourquoi Sir Edmund resurgit-il du passé de Mrs Marden seulement après la mort de son mari ? Pourquoi hante-t-il Charlotte plutôt que sa mère ? La véritable question étant de savoir si, dans cette nouvelle, le côté fantastique ne réside pas moins dans l'apparition du spectre que dans l’interrogation sur la signification de cette apparition qui pousse le lecteur à se plonger dans le monde de l'étrange et de l'imaginaire. Celui-ci est confronté à un narrateur-personnage, ce qui laisse beaucoup de place à l'hésitation face à ces événements ; on a envie de le croire.



Dans la nouvelle « Le Coin plaisant », les côtés mystérieux, surnaturel et un peu effrayant sont selon moi plus importants que dans la première nouvelle. En effet, ce double de Spencer, qui n'a jamais réellement vécu, aurait une « vie spectrale », caché dans la maison hantée de leurs ancêtres. On peut expliquer la présence du fantôme dans cette maison par l’histoire du protagoniste qui y a passé toute son enfance et commencé à se construire avant de faire un choix de vie qui l’a probablement transformé.

Ce double est d'abord vu comme une proie par le narrateur – « l'arrière de la maison lui semblait souvent la véritable jungle que hantait sa proie » – mais au fil de la nouvelle il se transforme en un réel danger :


« il constatait qu'il était décidément suivi, traqué à une distance calculée avec soin; et ce, dans l'intention expresse de lui faire perdre l'idée confiante et arrogante qu'il était, simplement, le poursuivant. »

 

En effet, cette apparition est-elle à l'origine de l'accident de Spencer à la fin de la nouvelle ? Pourquoi lui manque-t-il des doigts ? Est-ce une preuve de sa nature violente, de la « vie » dangereuse et peut être peu recommandable que Spencer aurait dû connaître s'il était resté aux États-Unis ?

Cette œuvre est plus angoissante que la précédente ; le lecteur est à l'intérieur de la maison le soir avec Spencer et ils traquent ensemble un être invisible à qui l'on peut prêter toutes sortes de traits de caractère. La narration à la première personne ne permet guère de prendre du recul. De surcroît, le spectre reste totalement invisible au yeux du narrateur jusqu’au dernier chapitre de la nouvelle. Et lorsque le contact visuel est enfin établi entre le narrateur et le spectre, celui-ci est décrit comme « une brute affreuse »

Comme dans l'autre nouvelle, le côté fantastique ne vient pas ici de l'apparition en elle-même mais de sa perception par le personnage et de la mise à contribution de l'imagination du lecteur.



Le rôle des apparitions

Dans ces deux nouvelles, on trouve une histoire d'amour croisée avec l’apparition d'un fantôme. Celui-ci serait pour l'un des personnages une sorte de révélateur d'identité.

Miss Marden ne doit pas faire la même erreur que sa mère en brisant le coeur d'un de ses courtisans. Le fantôme de Sir Edmund ne disparaîtra que si elle accepte de reconnaître l'amour qu'elle porte au narrateur. Il s'agit du moins de la théorie de Mrs Marden : « Je crois que tout cela passera, si seulement elle vous aime... ».

Le narrateur est assuré de ses sentiments pour Charlotte car il est le seul des prétendants de la jeune femme à voir le spectre qui la hante. Miss Marden découvre les sentiments qu'elle éprouve pour le narrateur en voyant elle aussi ce fantôme.


Dans la seconde nouvelle, Spencer Bryton est à la recherche de sa vraie personnalité après avoir vécu trente ans en Europe. Il se questionne alors sur la personne qu'il aurait pu devenir s'il il avait continué sa vie new-yorkaise. Ce n'est qu'après avoir répondu à cette question, après avoir affronté cet autre lui-même, qu'il pourra vivre pleinement sa relation avec Miss Staverton.


Chloé, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Mes sources : Wikipédia, la préface de l'oeuvre, la fiche de Fany.

 

 

Henry JAMES sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Fany sur Sir Edmund Orme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 07:00

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Edgar Allan POE
Le Chat noir
in Nouvelles histoires extraordinaires
traduction de
Charles Baudelaire
Le livre de Poche, 1972
Coll. Classiques

 
 
 

 

 

 

 

 



Edgar Allan Poe (1809-1849) est un écrivain américain. Il est aussi poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et éditeur américain. Il est vu comme celui qui a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et il est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique. Mais plus qu’un auteur, c’est également toute une légende noire qui se construit autour de cet homme au génie prolifique mais torturé, à la vie courte et sombre, dont la mort aux causes inconnues ne fera que jeter un voile supplémentaire sur le mystère entourant sa vie et son personnage.



Écrit en 1843, « Le chat noir » est un conte parmi la centaine qu’écrira Edgar Poe en quarante ans de vie. Cette nouvelle est traduite et révélée en France par Charles Baudelaire. C’est lui qui traduit et rassemble les Histoires extraordinaires (1956) et un an plus tard les Nouvelles Histoires extraordinaires (1857) parmi lesquelles figure « Le chat noir ».

 

« Relativement à la très étrange et pourtant très familière histoire que je vais coucher par écrit, je n’attends ni ne sollicite la créance. Vraiment je serais fou de m’y attendre dans un cas où mes sens eux-mêmes rejettent leur propre témoignage. […] Mais demain je meurs, et aujourd’hui je voudrais décharger mon âme. »

 

C’est ainsi que « Le chat noir » est introduit par le personnage principal qui est aussi le narrateur. Cet homme, dont nous ne savons rien, ni le nom ni la nationalité, demande notre attention. Son but : nous raconter son histoire. Cet homme a une passion, les animaux. Depuis sa tendre enfance il en a toujours possédé et lorsqu’il se marie il partage avec sa femme cette affection pour les favoris. A eux deux ils s’occupent d’une foule d’animaux dont un chat noir : Pluton.

Ce chat est le favori du narrateur, il le suit absolument partout. Mais rapidement dans le récit ce chat va devenir la première victime d’un maître mauvais qui sombre peu à peu dans l’alcool et la violence. On assiste à une véritable descente aux enfers du personnage principal qui tombe dans un état de plus en plus sombre pour atteindre l’état de la froide folie meurtrière.

Mais tuer un chat noir n’est pas sans conséquence et très vite des événements proches de l’inexplicable vont émerger dans la vie du meurtrier. Et ce n’est pas l’adoption d’un second chat noir qui va arranger les choses.

Reste à savoir qui de l’homme ou de l’animal va sombrer le premier. Une chose est sûre, la mort n’est pas très loin…



On trouve dans « Le chat noir » quatre éléments récurrents des contes d’Edgar Allan Poe.

Dans ce conte d’une dizaine de page on trouve un style serré et condensé que Charles Baudelaire décrit bien :

 

« […] généralement Edgar Poe supprime les accessoires, ou du moins ne leur donne qu’une valeur très minime. Grâce à cette sobriété cruelle, l’idée génératrice se fait mieux voir et le sujet se découpe ardemment sur ces fonds nus. »

 

Dans « Le chat noir » le narrateur s’évertue dès le début à nous relater des faits qu’il veut rationnels. Cet esprit de logique va lui permettre de se justifier tout au long du récit. Il fait appel à des souvenirs précis, des paroles de sa femme, des témoins, etc.

Le personnage principal semble vouloir se battre pour exposer une version non fantastique des faits et en même temps il évoque les démons « intempérance » et « perversité » qui se sont emparés de lui et sont responsables de son mauvais comportement. Tandis qu’il vante son objectivité, le narrateur cherche à tout prix à se dédouaner de ses actes et de ses meurtres en accusant notamment le chat noir qui est la source de tous ses mots et qu’il associe à un animal du diable.

À travers cet esprit de logique et le discours du personnage on perçoit bien la dualité d’être et de conscience de l’homme. Et la notion de double est particulièrement récurrente dans les contes de Poe. Le double, cet autre lui-même qui le saisit et le conduit au meurtre. Le double permet de se déculpabiliser, mais le double est le meurtrier, celui qui crée des abominations. Dans le cas du chat noir, le narrateur tente de charger l’animal des fautes et des crimes qu’il commet. Il semble vouloir y mettre et cacher la partie sombre de lui-même, celle qu’il n’assume pas et qu’il ne peut regarder en face.

La mort enfin est omniprésente dans cette nouvelle. Encore un trait récurrent chez Poe. La mort et la terreur viscérale font partie du conte et si à la fin de presque tous les contes d’Edgar Poe la mort n’est qu’imminente, c’est à sa porte que le récit se clôt.


Marie, 1ère année bibliothèques 2012-2013


Un ouvrage pour en savoir plus sur le personnage d’Edgar Allan Poe : MARLOWE, Stephen. Octobre solitaire. Paris : éd. Michalon, 1997.

 

 

Edgar POE sur LITTEXPRESS

 

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 Articles de Marion et d'Inès sur les nouvelles policières de Poe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie - dans Nouvelle
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