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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 07:00

conférence « Traduire la ville »
Lire en poche
6 octobre 2012
Claro.jpg Portrait © Melania Avanzato, Source : Site internet d’Actes Sud

 

 
Écrivain, éditeur et traducteur, Christophe Claro était l’invité de la conférence « Traduire la ville » du Salon Lire en Poche de Gradignan le 6 octobre 2012.

 


William-T.-Wollmann-La-famille-royale.gif 

 À cette occasion, c’est son métier de traducteur qui a été mis en avant, notamment son travail de traduction du roman de William T. Vollmann, La famille royale. Ce roman a pour toile de fond le San Francisco des bas-fonds dans lequel le héros, Henry Tyler, détective privé se fait embaucher par un milliardaire afin de trouver « la Reine des Putes ». Son enquête le mènera à une descente aux enfers et à la traversée des États-Unis dans la quête d’une rédemption.


 

 

 

Ce qui suit tente de retranscrire au mieux la conversation entre Claro et son interviewer, Alexis Brocas, sur le mode du question-réponse :


Quelles traductions vous ont marqué ?

Certaines traductions m’ont marqué car leur traducteur a une tonalité qui lui est propre (par exemple Brice Mathieussent qui traduit John Fante) mais je ne savais pas que je lisais une traduction à l’époque. Pour moi, il s’agissait juste d’un roman. Il existe deux processus :

Soit le traducteur décide de lui-même de traduire une œuvre. Il doit alors convaincre les éditeurs (en traduisant des extraits si l’auteur n’est pas connu), leur présenter l’auteur ainsi que le livre.

Soit les éditeurs proposent au traducteur des livres à traduire en fonction de ses goûts.

Cependant, certains auteurs sont impossibles à traduire ; pour moi Don DeLillo par exemple, que je lis en anglais. Dans le cas de William T. Vollmann, j’ai commencé en traduisant un ou deux de ses livres. J’ai envoyé une dizaine de feuillets aux éditeurs mais il a fallu que j’attende six ans pour trouver un éditeur intéressé. Cette partie du métier est un long processus qui demande de la patience. C’est dommage qu’il faille parfois attendre des dizaines d’années pour découvrir un auteur mais la littérature de qualité ne se périme pas. Il faut trouver le bon moment.



Aviez-vous besoin de connaître San Francisco pour la traduction ?

L’auteur connaît bien la ville qu’il décrit. Pour le traducteur, il s’agit de travailler avec un plan. C’est toujours mieux d’y être allé mais le traducteur est là pour traduire le texte de l’auteur. Dans le cas de Vollmann, la description est tellement puissante qu’il n’y a pas besoin de connaître réellement San Francisco.



Avez-vous des lectures périphériques ?

Je prends des renseignements avant de commencer la traduction mais pour La famille royale, je n’ai pas fait de lectures périphériques. Plus généralement, je me nourris de films, de musiques comme l’auteur pour qu’il y ait de la profondeur dans la traduction. Il y a besoin de peu pour traduire une ville, c’est un travail littéraire.



Concernant la reproduction des différentes langues utilisées par Vollmann dans son roman, est-ce un travail littéraire ou cela se recoupe-t-il avec votre travail d’auteur ?

C’est un travail d’écriture ; il faut trouver une note, une fréquence ; cela crée une dynamique. Je trouve un grand plaisir à passer de l’un à l’autre ».



Y a-t-il une réflexion en amont de la traduction ou dans le flux ?

Tout de suite et toutes les situations en même temps. Ma méthode consiste à faire une première traduction lambda puis à y rajouter la richesse, un style particulier (par exemple lorsqu’on traduit un texte du XVIIème siècle, je lis des textes de cette époque afin de m’imprégner du style et de pouvoir le retransmettre dans ma traduction).



Y a-t-il une correspondance entre votre style de traduction et votre travail d’écrivain ?

Je traduis les livres que j’aime ; c’est un travail d’écriture qui enrichit mon travail d’écrivain et me permet de travailler mon écriture. Mais il faut faire très attention aux « effets mimétiques » (garder un style) qui peuvent se produire lorsqu’on travaille sur une longue traduction.

Les écrivains anglais sont assez proches du français alors que les auteurs américains sont plus proches du flux. Les Anglais et les Américains ont une vraie différence. Les Américains ont une écriture décomplexée et audacieuse ; les Anglais sont plus européens dans le sens où ils sont rattachés à une histoire et un style comme les Français sont attachés au style.

Les auteurs américains que j’aime sont très lyriques. Il y a une grande différence culturelle qui vient du traitement différent de la poésie ; les Américains sont très imprégnés de poésie.

Lorsque j’écris, je sens la poésie contemporaine.

Les Américains vivent dans du monstrueux, que ce soit au niveau architectural, des médias ou de l’alimentation. Les villes sont très différentes de nos villes et donc le traitement américain est également différent du traitement français. Par conséquent, l’imaginaire est structuré autrement .



Les Américains ont-ils une « richesse de l’ambition » ?

Oui, ils l’ont mais c’est le minimum syndical pour une œuvre de littérature. Je me demande pourquoi ce n’est pas toujours le cas en littérature française. Peut-être parce qu’après les années 70, il y avait eu une tentative qui s’est soldée par un repli à cause de la critique. En France, il y a surtout des romans traditionnels et quelques romans expérimentaux. Mais j’estime qu’il y a des livres ambitieux en français : ce sont les traductions françaises des romans américains. En effet, une traduction ne sert pas qu’à faire lire un texte, mais à en enrichir le lecteur.

Les Américains ne sont plus que trois pour cent à lire de la littérature étrangère, alors que les Français en lisent énormément (70 % dont 50 % de littérature anglophone).

Les auteurs américains que je traduis lisent beaucoup de littérature étrangère, notamment française.



Pour votre dernier roman, les traductions que vous avez faites ont-elles eu une influence ? Y a-t-il une réflexion avant l’écriture ?

Il est difficile de répondre ; je ne réfléchis pas à la façon dont j’écris. Mon idée, c’est de faire entrer quelque chose de l’ordre de la poésie pour que le texte ne soit pas qu’un récit (le roman s’en charge) ou sinon on raconte juste une histoire ; mais ce n’est pas de l’écriture. Un roman est intéressant quand il fait autre chose que juste raconter une histoire : c’est l’aventure d’une langue ; plus que l’action, ce sont la description, le traitement d’un objet ou d’un lieu qui sont eux –même des personnages plus intéressants.



L’écriture est guidée par la plume, elle est très structurée. Est-ce planifié avant de commencer ?

L’écriture, ce n’est pas juste écrire. Un livre commence bien avant dans la tête, de façon mentale, quand on prend des notes. Ça se fait en plusieurs étapes : l’écriture de la structure, l’écriture au sens physique (les phrases, les paragraphes). L’écriture se résume à faire différentes choses dans la phrase.



Avez-vous la tentation de traduire vos romans en anglais ?

Il est dangereux de traduire ses propres livres, sauf à être bilingue. Il existe des traductions anglaises de mes romans. Quand je les lis, j’ai l’impression de lire un autre livre. Mon roman s’est transformé par la traduction.



Avez-vous besoin de connaître l’auteur que vous allez traduire pour travailler ?

Ça aide de l’avoir rencontré, en particulier de connaître son physique et sa voix ; spécialement sa voix car elle apporte une musique. L’auteur est présent derrière le traducteur. Quand on ne sait rien de l’auteur, il est plus dur de se raccrocher à quelque chose.



Avez-vous fait le choix de devenir traducteur ?

Aujourd’hui, il y a des écoles de traducteurs. Pour moi, ce fut un hasard, pas un choix. J’étais correcteur et je faisais des remarques sur un texte de Pynchon. L’éditeur m’a dit que je devrais traduire le texte. Beaucoup d’écrivains traduisent mais on ne le sait pas. La traduction est liée à l’écriture.


Laurence, AS Bibliothèques 2012-2013

 


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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 07:00

takeshi-kitano-La-vie-en-gris-et-rose.jpg

 

 

 

 

 

 

 

KITANO Takeshi
北野 武
La vie en gris et rose
Titre original :
Takeshikun, hai !,1984
たけしくん、ハイ
traduit du japonais
par Karine Chesneau
Picquier poche, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

Un artiste complet

 « Beat » Kitano Takeshi est né en 1947 à Tokyo (Japon). Auteur de nombreux ouvrages de poésie et de romans, il est reconnu en Occident pour sa carrière d’acteur (Furyo, Battle Royale, Blood and Bones…), mais également, et surtout, pour sa carrière de réalisateur (Sonatine, L'été de Kikujiro, Aniki, mon frère…). Véritable touche à tout, il est, ou a été, animateur de télévision, comique, peintre, et même chanteur.
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Cet éclectisme a contribué à créer un personnage complexe, qui n’aurait pas dépareillé dans un célèbre roman de Robert Louis Stevenson…

En effet, Il existe deux Kitano : le Kitano Takeshi respectable, mais aussi son alter ego « Beat » Takeshi, incontrôlable et mordant. Cette dualité se retrouve dans son œuvre, et est souvent l’occasion de montrer un humour pince-sans-rire qui éclaire un univers parfois nihiliste. Selon Hubert Niogret dans son article « JAPON (Arts et culture) - Le cinéma », Takeshi Kitano est le « seul cinéaste majeur apparu depuis le début des années 1990 [au Japon], [et qui parle] du monde moderne, de ses violences et de ses interrogations, à partir de variations pleines de brio sur le genre du film yakuza ».

Le parcours de Kitano étonne. Il est vrai qu’il est plutôt rare de voir un animateur de télévision populaire devenir un réalisateur qui va écumer les festivals de cinéma les plus réputés du monde. De Takeshi’s Castle au Voyage de Kikujiro, la route paraît longue… et pourtant. L’enfance, l’innocence, l’humour parfois régressif… ne sont que le reflet d’un personnage finalement cohérent de bout en bout. Et ce n’est pas son recueil de souvenirs d’enfance, La Vie en gris et rose, qui démontrera le contraire. Du petit garçon qui cherche tous les moyens possibles pour s’amuser au sortir d’une guerre effroyable, au grand enfant qui torture de pauvres candidats à coups de mares de boue et de briques en polystyrène dans un jeu télévisuel totalement régressif (« rôle » d’ailleurs délicieusement parodié dans Battle Royale, de Fukasaku Kinji), en passant par ses incarnations de yakusas sans pitié, parfois infantilisés, mais baignant souvent dans un humour noir dévastateur, la frontière entre Kitano Takeshi et « Beat Takeshi » parait bien ténue.



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Une enfance en gris et rose

La vie en gris et rose nous raconte les souvenirs d’un petit garçon d’une dizaine d’années dans le Japon d’après-guerre. Le 6 août 1945, le Japon subit une attaque atomique tristement célèbre sur la ville d’Hiroshima, puis une seconde trois jours plus tard sur Nagasaki.  Le 2 septembre 1945, le Japon se rend, et les États-Unis vont occuper le pays jusqu’en 1952. Ces événements vont profondément bouleverser la culture nippone : l’alimentation, les loisirs et la mode vestimentaire s’occidentalisent progressivement.

Kitano Takeshi naît dans une famille modeste qui évolue dans un Japon en reconstruction. Son père est peintre en bâtiment. Cette profession étant assez mal considérée à l’époque (et peu rémunératrice), le petit Takeshi n’aura pas une enfance des plus simples. Entre un père qui a l’habitude de rentrer saoul et de le rouer de coups si l’occasion se présente et une mère sévère qui essaie d’éduquer et d’instruire au mieux ses enfants, il ne lui reste qu’à faire preuve d’imagination pour s’évader et tenter de se construire une enfance.

Cette enfance, marquée par la pauvreté, lui permet de savourer chaque moment de plaisir, et de ressentir de manière exacerbée chaque détail qui pourrait l’humilier ou le rendre différent face à ses camarades de classe, qu’ils soient nantis ou non. C’est ainsi que, pêle-mêle, l’auteur nous raconte son rêve d’avoir un train électrique ou des skis, le travail de peintre avec son père, ou encore les combines d’ingénieux arnaqueurs qui ne manquaient pas d’idées saugrenues pour survivre... Au-delà des souvenirs d’enfance, ce livre est également un portrait du Japon d’après-guerre oscillant entre nostalgie et amertume. C’est aussi un émouvant portrait familial, notamment lorsque Kitano évoque un père violent, triste, bourru mais également capable d’éclairs de lucidité et d’amour. Son père s’appelait Kikujiro... Plus tard, lors de sa carrière de cinéaste, Kitano créera et incarnera un personnage du nom de Kikujiro, tantôt rustre, tantôt attachant. Peut-être est-ce un hommage...

Kitano Takeshi écrit et illustre ce recueil de souvenirs en 1984, alors que sa carrière d’humoriste bat son plein, et qu’il vient de crever l’écran aux côtés de David Bowie dans Furyo, célèbre film de Oshima Nagisa. Stylistiquement parlant, nous sommes certes loin du haïku, mais chaque anecdote est toutefois racontée de manière très brève, sans qu’il y ait nécessairement de continuité avec la précédente. En fait, Kitano Takeshi s’adresse directement au lecteur. Il lui raconte de petites histoires dans un style « parlé ». Nous avons l’impression d’être face à lui, et un sentiment de dialogue pourrait presque être perçu devant la spontanéité et la vivacité du style, tandis qu’il n’hésite pas à prendre son auditoire à partie. Il porte ainsi un regard distancié sur son enfance, différemment de l’auteur d’origine irlandaise Frank McCourt, qui a pris, lui, par exemple, le parti de raconter sa biographie en essayant de retrouver son âme d’antan à travers un style enfantin.

Kitano Takeshi, ou encore « Beat » Takeshi, a toujours gardé son âme d’enfant, quel que soit le projet dans lequel il se lance. Ce petit livre qui se lit rapidement et dont le titre évoque les essais de teinte du père de Takeshi sur la porte du domicile familial, mais aussi son enfance entre dureté et bonheur, permet de cerner la philosophie de cet homme qui s’étonne encore de la notoriété dont il bénéficie mais qui la met à profit pour divertir, marquer son public...et le faire réfléchir.



Pour compléter cette lecture, quelques ouvrages que Kitano a écrits ou auxquels il a collaboré et qui relatent d’autres périodes de sa vie :

Asakusa Kid, qui raconte ses débuts de comédien à l'âge de 25 ans dans la ville de Tokyo, Beat Takeshi Kitano : Gosse de peintre, qui décrit son univers artistique et son enfance et enfin Kitano par Kitano, autobiographie plus généraliste constituée à partir d’entretiens.

 

« Jusqu’à la fin de mes jours, je garderai ma sensibilité d’enfant »
Kitano Takeshi

 

Rémy de La Morinerie, AS Bib 2012-2013

 

 


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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 07:00

Convivia-litté – Acte II Scène 1
Rencontre avec Malick Gaye,
responsable des relations avec le public du TnBA
11 octobre 2012

 

 

Le TnBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) se trouve juste en face de l’IUT. Il trouve son origine dans le CRAD (Centre régional d’art dramatique), fondé en 1947, et sa Compagnie dramatique d’Aquitaine (CDA, années 1970). En 1975, la signature de la Charte culturelle entraîne une coopération entre l’État et la ville de Bordeaux pour vingt-cinq ans avec à terme, la création d’un centre dramatique national. En 1985, une mission de décentralisation est mise en place afin de créer une cellule de création théâtrale préparant le futur Centre Dramatique régional. Entre 1990 et 2003, le Théâtre du port de la Lune est construit dans le quartier Sainte-Croix et en 2004, Dominique Pitoiset est nommé à sa direction, le CDN devient le TnBA. En 2009, Dominique Pitoiset en fixe les objectifs pour son troisième contrat (2010-2012) : « Notre théâtre sera plus que jamais une maison des mots ». La création, la production, l’échange entre artistes et la vocation régionale du théâtre sont au centre de ces intentions.
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Jeudi midi, Malick Gaye, le responsable des relations avec le public, a traversé la place Renaudel le temps d’une rencontre au CRM, afin de nous présenter le programme de la saison théâtrale 2012-2013.
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Une bonne soixantaine de personnes était présente pour l’accueillir. Avant toute chose, il nous a rappelé que le TnBA est la plus grosse structure de théâtre de la région, un lieu de création, une école (éstba : École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine, depuis 2007) et surtout un lieu d’échanges et de rencontres : le TnBA n’a pas vocation à être un « théâtre lisse ».

Ensuite, plutôt que de nous présenter le programme dans son ensemble, Malick Gaye a choisi de nous présenter ses coups de cœur. Dix en tout (douze si deux d’entre eux n’avaient déjà affiché complet – L’Assommoir et Sous la ceinture), et essentiellement des créations du TnBA ou d’autres structures (productions du TnBA : http://www.tnba.org/page.php?id=282).

Avant d’aborder la programmation à venir, Malick Gaye nous a d’abord parlé du Cyrano mis en scène par le directeur du TnBA, Dominique Pitoiset, à partir de la célèbre pièce d’Edmond Rostand :



  •   Cyrano de Bergerac – du 20 février au 2 mars


Dominique Pitoiset réinterprète totalement la pièce et nous réserve des surprises, l’univers  de la pièce sera très particulier (probablement un hôpital psychiatrique) : c’est tout ce que nous savons. Un seul indice : il ne s’agit pas de cape et d’épée.


Présentation chronologique

  •   Émigrant – du 9 au 20 octobre (théâtre et musique)

de Nadia Fabrizio

Nadia Fabrizio, fille et petite fille d’immigré, parle de l’errance. Des chants rendent hommage à sa région d’origine qu’elle n’a pas connue en tant qu’immigrée, le Frioul, dans le Nord de l’Italie.

  • Invisibles – du 16 au 20 octobre

Écrit et mis en scène par Nasser Djemaï.
 
Les chibanis (cheveux blancs en arabe) sont ceux qui ont reconstruit la France dans l’après-guerre. Aujourd’hui retraités, ils sont obligés de résider au moins six mois en France pour toucher leur maigre pension. Nasser Djemaï a travaillé avec les comédiens avant de mettre un point final à sa pièce. Ici, le contact humain est essentiel, Nasser Djemaï donne la parole à ces oubliés de l’histoire.

Fiche de lecture sur Littexpress : http://littexpress.over-blog.net/article-nasser-djemai-invisibles-la-tragedie-des-chibanis-111155453.html

Jeudi 18 octobre : rencontre avec l’équipe artistique du spectacle après la représentation.

Vendredi 19 octobre : rencontre avec un gérontologue spécialiste des chibanis (à confirmer).

Samedi 20 octobre : vente de pâtisseries orientales avant et après la pièce, en partenariat avec la Maison d’Algérie d’Aquitaine ; librairie sur le 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie.

  •   La Petite – du 20 au 23 novembre

Écrit et mis en scène par Anna Nozière

La Petite est une comédienne qui apprend que l’enfant qu’elle porte ne grandit plus. Elle s’installe dans le théâtre où elle prépare une pièce avec d’autres acteurs, ce théâtre où sa mère est morte en lui donnant la vie. Anna Nozière fait tourner la pièce autour de ce personnage, du spectacle en lui-même et de la mort, puisque des fantômes apparaissent. Ainsi, le spectateur est entraîné dans ce cauchemar.


  •   Hans was Heiri – du 17 au 21 décembre – théâtre, danse, cirque et musique

Conception, mise en scène et décor de Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot

Zimmermann est issu du monde du cirque, De Perrot est un DJ. Ce duo (d)étonnant signe depuis treize ans des représentations mêlant cirque, musique, théâtre et danse. Dans Hans was Heiri, la scène de théâtre devient une scène de performance mêlant ces univers complémentaires, comme quatre acrobates évoluant dans une structure carrée à quatre cases. 


  •    Le Misanthrope – du 23 janvier au 1er février

Texte de Molière. Mise en scène de Jean-François Sivadier.

Un des aspects essentiels du travail de Jean-François Sivadier (également comédien) consiste en une mise en avant du jeu d’acteur. Cette adaptation très attendue nous montrera toute la complexité d’Alceste. Enthousiaste, Malick Gaye remarque tout de même que « Molière, c’est comme les pâtes : super facile à rater ». À découvrir, donc.


  •   Andrédu 19 au 29 mars

Spectacle de Marie Rémond. Ecriture collective de Clément Bresson, Sébastien Pouderoux et Marie Rémond.

Comment peut-on être champion de tennis, numéro un mondial, tout en détestant ce sport ? Avec une équipe de comédiens du prestigieux TNS (Strasbourg), ce spectacle surprenant explore ce curieux paradoxe. Celui de l’âme humaine, aussi.


  •   Ubu Roidu 26 au 29 mars


Texte d’Alfred Jarry. Mise en scène de Declan Donnellan. Scénographie de Nick Ormerod.

C’est avec impatience que l’on attend cette nouvelle adaptation signée Declan Donnellan. Habitué des grands textes du théâtre, cet « héritier de Peter Brook » donne toujours à voir des spectacles extraordinaires. À en croire les prévisions de Malick Gaye, il se peut que l’on « sorte de la salle en criant » son plaisir … 


  •   Comme du sabledu 3 au 6 avril

Texte de Sylvain Levey. Mise en scène et scénographie de Pascale Daniel-Lacombe.
 

 

Vies humaines face à la folie de l’époque. Et l’errance d’un couple endetté qui doit quitter son domicile sous le regard de ses voisins.


  •   Class Enemydu 14 au 25 mai

Texte de Nigel Williams. Mise en scène de Nuno Cardoso.

Six adolescents dans une salle de classe désertée par les professeurs se font cours chacun leur tour. On parle cuisine, jardinage, sexualité. La force de la langue, le désespoir des jeunes, la violence comme réaction au malaise social, et la vision libérée d’un metteur en scène également comédien. Tout est là pour que cette création du TNBA, interprétée par des anciens de l’Estba (École Supérieure de Théâtre Bordeaux Aquitain), soit une « tuerie gigantesque » comme l’annonce Malick Gaye.
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Après les coups de cœur, les coups de pied. Aux vieilles idées reçues d’abord, qui disent qu’aller au théâtre, c’est seulement aller voir un spectacle. Coup de pied au derrière ensuite, que chacun peut se donner pour participer à la vie du théâtre, de la ville, et de la pensée.

Malick Gaye nous a en effet montré tout ce que le TNBA peut proposer.

À partir de novembre, des conférences seront organisées dans le cadre de « Débats publics » en partenariat avec Bordeaux 3. Ouvertes à tous gratuitement (sur inscription), ces rencontres permettront de (re)penser des problèmes de société autour de la question « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », grâce aux interventions de la philosophe Joan Tronto le 29 novembre, du sociologue Luc Boltanski le 30 janvier, du philosophe Antonio Negri le 27 mars, et de l’historienne Arlette Farge le 22 mai. Le théâtre est donc un lieu d’échange, de pensée, et un acteur de la vie de la cité.

Il est aussi possible de demander au théâtre à consulter et/ou emprunter des dossiers pédagogiques ou des livres.

Des textes en lien avec la programmation seront lus une fois par mois par les élèves de l’Estba au Tn’BAR dans le cycle « Samedi, le temps du verbe ».

Sont également organisées des rencontres avec les équipes artistiques, des visites des coulisses… (http://www.tnba.org/page.php?id=78)

Le TNBA cherche aussi à sensibiliser le public le plus large possible aux arts de la scène, notamment en mettant en place et en animant des stages ou des ateliers. (http://www.collectifoso.com/ateliers/)

Le théâtre, c’est aussi hors les murs. Le TNBA a créé pour les petits (et les plus grands) un spectacle de « théâtre baladeur », Il faut tuer Sammy, qui se joue dans les écoles, les bibliothèques… (et aussi à l’IUT Bordeaux 3, le jeudi 25 octobre à 12h30). Des rencontres avec des auteurs/comédiens seront également organisées durant l’année par le groupe « ConviviaLitté », au CRM de l’IUT.


Bref, « c’est ça le théâtre ».

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Puis vint le temps des questions qui fâchent. Une hésitante question à propos des tarifs se fit entendre…


Mais il se trouve que le TNBA propose tout un ensemble de tarifs préférentiels. Pour les étudiants, pour les abonnés, pour les étudiants abonnés… La carte TNBA/Crous, par exemple, permet aux étudiants qui l’ont acquise de diviser le prix de leur billet quasiment par deux.

Ce fut sur ces bonnes nouvelles que la rencontre s’acheva. Juste le temps pour une observation de Malick, qui regrettait que le théâtre soit, en quasi-totalité, une affaire féminine…

De beaux spectacles en perspective pour cette saison, donc. Des tas d’idées pour (re)découvrir le théâtre… et des occasions, messieurs, de faire évoluer les statistiques.


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Lucie et Christophe, AS bibliothèques





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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 07:00

Stephane-Favre-Bulle-Un-grain-de-sable-dans-un-cours-de-ma.jpg

Samedi 13 octobre 2012, à 15 heures, dans la salle d’animation de la médiathèque Gérard Castagnéra de Talence, mathématiques, musiques, bandes dessinées, lectures et littérature étaient au rendez-vous. La médiathèque et la ville de Talence sont à l’initiative de cette curieuse rencontre artistique, littéraire et scientifique intitulée « Maths en bulles ». L’animation se déroulait dans le cadre de la thématique sur les cultures scientifiques qui a lieu du 11 septembre au 3 novembre 2012 à Talence.

Noëlle Blime, responsable du secteur adulte et du secteur images et son de la médiathèque Gérard Castagnéra, invitait pour la deuxième fois en quatre ans Stéphane Favre-Bulle à présenter l’un de ses ouvrages. Professeur de mathématiques vivant à Talence et exerçant à Lormont, Stéphane Favre-Bulle est un auteur local très original. Il a déjà publié trois ouvrages sur les mathématiques, dont récemment une bande dessinée décrivant son métier au collège Montaigne de Lormont. Après avoir présenté Grand-mère et son nombre en 2008, il proposa à Noëlle Blime une deuxième intervention dans la médiathèque où il est usager, cette fois pour présenter son dernier ouvrage, Un grain de sable dans un cours de maths.
 
Pour compléter la liste des intervenants de « Maths en bulles », Nicolas Pomiès, professeur de français au collège Lapierre de Lormont, collègue de Stéphane Favre-Bulle, assurait la partie littéraire de l’animation.

Après quelques problèmes techniques de caméras et de micros, l’animation commence enfin pour la plus grande joie des spectateurs et des deux intervenants. Dans l’assistance, des professeurs, la famille des invités et d’autres curieux ouvrent tout grands les yeux… et les oreilles.

C’est en effet, dans un silence admiratif que le public assista à une lecture très surprenante de l’ouvrage de Denis Guedj, Les cheveux de Bérénice. Nicolas Pomiès en lut quatre passages, chacun étant illustré en direct par Stéphane Favre-Bulle. Les coups de crayon et de pinceau correspondaient aux mots dans une synchronisation époustouflante.

Cinq dessins (dont la scène d’un repas et celle de deux hommes qui comptent des pas au bord du Nil) furent réalisés par le professeur de maths invité pour expliquer les raisonnements d’Euclide, d’Archimède et d’Ératosthène et pour illustrer la découverte et l’action de ce dernier. Des transitions musicales ponctuaient la lecture, grands péplums ou musiques classiques égyptiennes. L’histoire raconte comment les Grecs parvinrent dès l’antiquité à mesurer le diamètre de la planète Terre. Une mesure titanesque réalisable grâce aux angles, aux nombres et à l’ombre, au soleil et à la lumière. Ombre et Lumière que l’on retrouvera dans les couleurs de Stéphane Favre-Bulle, en direct. Un cours de mathématiques ? Une histoire des mathématiques ? C’est en tous cas par un récit, une fiction que les maths devinrent compréhensibles et passionnantes aux yeux du public.


Stéphane Favre-Bulle parla ensuite de son dernier ouvrage, inspiré par Denis Guedj. Pour motiver ceux qu’il nomme « les irréductibles » (les élèves de sa classe pour qui les mathématiques sont devenus une phobie), il va élaborer une bande dessinée contenant son cours de mathématiques. Intitulée Un grain de sable dans un cours de maths, elle retrace le quotidien d’un professeur de mathématiques parfois au bord de la crise de nerfs, pratiquant le surf pour se détendre. En parallèle, on découvre la vie compliquée d’adolescente de Sibel, élève en quatrième. Stéphane Favre-Bulle admet que le collège de son récit ressemble au collège Montaigne de Lormont et que Sibel est une sorte de fusion de tous les comportements possibles de ses élèves. Entre fiction, autobiographie et cours de mathématiques, Un grain de sable dans un cours de maths semble avoir convaincu les personnes présentes en ce samedi, puisqu’ils ont tout de suite demandé à emprunter l’ouvrage. La bd est publiée aux éditions Ellipses et compte 190 pages. Les explications et schémas mathématiques sont inscrits sur fond marron, ce qui permet aux lecteurs de se repérer plus facilement. Les lecteurs  peuvent donc choisir entre lire l’intégralité de l’œuvre ou se contenter du récit ou bien des cours de collège selon leurs affinités avec les Denis-guedj-le-theoreme-du-perroquet.jpegmathématiques.

Deux heures plus tard, Stéphane Favre-Bulle et Nicolas Pomiès répondirent aux questions du public peu nombreux mais comblé. Ceci devant un buffet où café, jus de fruits et sucreries étaient chaleureusement mis à disposition par la médiathèque de Talence. Chacun pouvait feuilleter les ouvrages de Stéphane Favre-Bulle dont Thalès, Pythagore, Euclide, Archimède, ouvrage dont le thème est très voisin des Cheveux de Bérénice de Denis Guedj. Les plus grands fans obtinrent des dédicaces et les plus curieux des conseils de lectures semblables (Les bandes dessinées Logicomics et Les aventures de Lanturlu, le roman Oncle Pétros et la conjecture de Golbard, Le Théorème du perroquet…).



C’est donc une manifestation littéraire et scientifique à la fois complète, originale et surprenante qui nous était proposée ce 13 octobre 2012. L’animation devint encore plus époustouflante lorsque Stéphane Favre-Bulle nous informa qu’elle n’avait nécessité qu’une heure et demie de préparation.  Seule déception pour les bibliothécaires et les intervenants de cet après-midi : le manque de monde. C’est peut-être à cause de la pluie ou d’une communication insuffisante de l’information que les habitants de Talence ont manqué une occasion de satisfaire à la fois leurs yeux, leurs oreilles, leur curiosité et leur palais.


Victor, 2e année bibliothèques 2012-2013

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 07:00

Nasser Djemai Invisibles




Nasser DJEMAÏ
Invisibles : La tragédie des Chibanis
Actes Sud Papiers, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur

Nasser Djemaï est né en France en 1971. Sa famille est d’origine algérienne : son père est arrivé en France en 1969 et a fait venir sa famille en 1970, avec le regroupement familial. Nasser Djemaï a fait des études pour se perfectionner au théâtre : l’école de la Comédie de Saint-Étienne, puis la Birmingham School of Speech and Drama. Après avoir joué dans de multiples pièces de théâtre, il décide de se lancer dans la mise en scène de ses propres textes :

Une étoile pour Noël, en 2006
Les vipères se parfument au jasmin, en 2008
Invisibles, en 2011, œuvre à laquelle nous allons nous intéresser maintenant.



Présentation

Dans cette pièce, il y a six personnages principaux : Martin, Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj ; il y a également quelques allusions à d’autres personnes, qui ne sont cependant pas présentes réellement mais plutôt dans les souvenirs.

L’auteur a également précisé au début de l’œuvre que les scènes entre les Chibanis doivent être jouées en bilingue français-arabe et ce dans le but d’en appuyer l’authenticité.



Résumé
 
Avant de résumer cette pièce de théâtre en quelques mots, il faut savoir que  le mot « chibani » se traduit littéralement par « vieux aux cheveux blancs ». Cela désigne tous les vieux immigrés maghrébins, qui ont tout quitté dans leur pays pour venir travailler en France lors de la période des Trente Glorieuses, quand la France manquait de main-d’œuvre. Ils sont maintenant obligés de rester vivre dans de mauvaises conditions, dans des foyers, afin de ne pas perdre leur pension. Ils n’en oublient pas pour autant leur origine, leur famille et leurs valeurs, auxquelles ils sont très attachés.

À travers le personnage de Martin, un métis (sa mère est française, son père est un chibani), on peut découvrir l’univers de cinq chibanis, leur histoire à chacun. En effet suite à la mort de sa mère Louise, il part à la recherche d’un certain El-Hadj à qui il doit remettre un coffret et il cherche également son père qu’il n’a jamais connu. Nasser Djemaï a fait un important travail de recherche sur les chibanis avant d’écrire cette œuvre, dans le but de bien retranscrire la réalité de ces hommes.



 « J’ai même pas pu rire une dernière fois avec elle, même pas pu lui donner la main une dernière fois. Comme un con, il fallait que je foute ce putain de rendez-vous de dentiste ce jour-là.

À côté de son lit, elle m’a laissé ce petit coffret. Avec ce petit mot que l’infirmière a noté comme elle a pu : "Mon fils, il faut qu’il sache... il faut qu’il retrouve son père...donne-lui aussi le coffret... Docteur Raphaël... il comprendra tout... El-Hadj... Lui, il saura..." Il y avait un nom et une adresse. »

Toute la pièce part de ces quelques mots que Louise a fait parvenir à son fils, puisqu’il va ensuite se lancer à la recherche d’El-Hadj et du docteur Raphaël.

Fait particulier, les femmes sont assez peu présentes dans cette œuvre puisque la mère de Martin meurt au tout début et que les femmes des chibanis sont présentes dans leur esprit mais presque fantomatiques, on ne les voit pas.



À certains moments, on pourrait croire qu’il s’agit d’une pièce du théâtre de l’absurde car parfois deux personnes conversent, mais elles disent chacune à voix haute leurs pensées, sans faire attention à l’autre. On se retrouve ainsi avec des propos dépourvus de logique.



Bien que cette pièce puisse paraître tragique, notamment quand on voit que les chibanis se savent rejetés par la société française, il y a tout de même des éléments comiques.

« Une femme âgée passe, elle porte le voile. Silence. Les quatre hommes la saluent poliment avec un grand sourire... Un temps. Driss, glacial :

Elle est vieille, elle est bête, elle est moche.

HAMID. Heureusement, elle porte le voile, ça cache un peu... »



Raisons de cette œuvre

Nasser Djemaï a écrit cette pièce de théâtre pour deux raisons :

  • tout d’abord, il voulait retranscrire en quelque sorte l’histoire de son père ;
  •  de plus, ce sujet qui le passionne, n’a jamais été traité au théâtre.

 

Outre le fait qu’elle permette de faire découvrir un aspect peu connu de notre société, ce qui rend cette pièce encore plus attachante est le fait qu’elle ne soit pas écrite dans un style documentaire comme on pourrait le croire, mais dans un style romanesque. L’auteur a ajouté un certain suspens en ne nous informant pas sur trois choses : le contenu du coffret, qui est El-Hadj et qui est le père de Martin. On n’apprend toutes ces choses qu’à la fin de la pièce. De plus, on ne suit qu’une histoire au lieu d’une myriade de témoignages, ce qui permet un meilleur approfondissement.

Cette pièce présente également l’avantage de faire réfléchir le lecteur ou le spectateur sur l’exclusion que subissent certaines personnes. Nasser Djemaï a d’ailleurs affirmé lors d’une interview, qu’à la fin  de la représentation, il y avait beaucoup de débats entre les spectateurs.

Au niveau du langage, le style est assez brut, révélateur de la façon de parler de ces chibanis, qui ont appris seuls la langue française.



Représentations

Cette pièce est jouée depuis 2011 dans toute la France par une troupe de comédiens. Nasser Djemaï en assure lui-même la mise en scène. Cette pièce était également présentée au festival d’Avignon en 2012. La troupe interprète Invisibles du 16 au 20 octobre au TNBA.


Clémence G., 1ère année bib.-méd. 2012-2013

 

 

Voir également la critique de Maude

 


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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 07:00

29 mai 2012
Berlin


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Le 29 mai 2012 a eu lieu à l'ambassade de France de Berlin la quatrième édition des rencontres franco-allemandes d'éditeurs organisée par le BIEF, Bureau international de l'Édition Française. Ce dernier a pour mission d'aider l'édition française à s'exporter, à développer les échanges de droits et les partenariats internationaux. Alors qu'au cours des années précédentes étaient conviés des éditeurs de sciences humaines, de livres de jeunesse puis en 2011 de beaux-livres, cette édition était consacrée à la littérature. Ainsi, on pouvait trouver parmi les invités de grands éditeurs français comme Antoine Gallimard, Paul Otchakvosky-Laurens ou Bernard Carcassonne de chez Grasset, ainsi que des éditeurs allemands tout aussi renommés, réunis afin de débattre des relations entre les professionnels des deux pays, de la place de la littérature, de la médiation et de la prescription ainsi que des enjeux fiscaux.

En guise d'ouverture de cette édition, Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France en Allemagne, et Alain Gründ, président du BIEF, ont rappelé les changements profonds intervenus dans le monde du livre à l'échelle internationale. Les évolutions des méthodes de production et les bouleversements concernant la diffusion des ouvrages, liés essentiellement au numérique, ont été abordés. De plus, l'histoire récente de l'amitié franco-allemande a été rappelée. Les conflits antérieurs n'ont été que peu mentionnés, tandis que le traité de l'Élysée, base de la coopération et de la réconciliation entre les deux pays a été célébré. Ainsi, la nécessité de ces rencontres annuelles entre éditeurs a été mise en évidence.



La place de la littérature dans l’édition française et allemande aujourd’hui

Après ce bilan des relations entre les deux pays et de la situation actuelle du livre a débuté une description de la place de la littérature des deux côtés du Rhin. Pour représenter la France, Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, était présent, tandis que René Strien, directeur des éditions Aufbau et représentant des éditeurs grand-public au sein du Börsenverein, équivalent du SNE ou du SNL, représentait l'Allemagne. Chacun a établi un constat sur la situation de son pays, souvent étayé de données chiffrées. En 2010, le chiffre d'affaires de l'édition française était de 2,8 milliards d'euros, dont 1 milliard provenant de la littérature. Ainsi, la France se place comme la cinquième industrie mondiale en ce qui concerne le livre, qui est la première industrie culturelle dans le pays. Notons toutefois qu'une grande partie de ce chiffre d'affaires est due à la vente des livres de poche, qui représente environ 30 % du chiffre d'affaires de la littérature. Bien évidemment, le marché français subit lui aussi la baisse mondiale des ventes, mais il y a peu d'inflation et on peut dire que le marché demeure stable. Il a donc été dit que la littérature, et surtout le poche, a une place importante au sein de l'édition française.

En 2010, le chiffre d'affaires de l'édition en Allemagne a été supérieur à celui de la France, et la littérature représente 34 % de celui-ci. On remarque également que l'allemand est une langue qui s'exporte beaucoup car le nombre de cessions de droits vers des pays étrangers a considérablement augmenté depuis 2008, après une faible diminution. Monsieur Strien a souligné la fonction politique de la littérature dans son pays. Elle raconte des situations et la volonté de l'écrivain doit être mise en avant. Outre l’exportation de ses textes, l'Allemagne propose un nombre élevé de traductions, à peu près égal à celui que nous avons en France. Ainsi, les traductions de l’allemand au français et du français à l’allemand occupent-elles une place importante dans les deux pays. Cela montre donc les liens extrêmement forts qui les unissent et la nécessité pour leurs éditeurs de se réunir afin de discuter de la situation actuelle et de l'avenir du livre.

Globalement, les deux pays sont confrontés aux mêmes difficultés : les questions liées au numérique et la surproduction. En France, 40 000 nouveautés et 3900 réimpressions ont été éditées en 2010, ce qui représente une augmentation de 15 % par rapport à 2005. Du côté allemand, la situation est similaire et les ouvrages n'ont qu'une faible visibilité et un temps de présence en librairie trop peu suffisant. Devant ces problèmes similaires, les professionnels se sont réunis pour trouver ensemble des solutions et faire front commun.

La suite de ces rencontres nous a permis d'entrer dans le détail de la situation de la littérature dans chaque pays et de ses enjeux. Pour discuter des grandes tendances en littérature étaient réunis Bernard Barrault, des Éditions Julliard, Jean Mattern, de chez Gallimard, Ulrike Ostermayer des de la maison allemande Ullstein et le Docteur Schmidt, un éditeur consultant. Lors de ce débat, il a surtout été question de la vision que chaque pays avait de l'autre, puis des influences réciproques, des liens franco-allemands dans la littérature.

Pour les lecteurs allemands, la littérature française décrit plus le « réel », les réalités sociales que la leur. Notre littérature mettrait en évidence le métissage et l'immigration, ce qui n'est pas encore le cas en Allemagne. Cependant, les éditeurs français ont été d'avis que la littérature hexagonale actuelle n'était pas assez politique et que l'engagement lié à mai 68 avait complètement disparu. On perçoit là une différence de point de vue entre l'acteur et l'observateur. En Allemagne, on voit beaucoup de textes sur le passé, les événements historiques qui l'ont secouée, et l'émergence de la Heimatliteratur, c'est-à-dire la littérature qui parle de chez soi, de son foyer, de son pays. De manière générale, les deux pays sont assez égocentrés. La littérature française aborde par exemple peu, selon nos compatriotes allemands, l'Europe. De même, la France est peu présente dans la littérature allemande et vice-versa. On ne perçoit que des clichés, comme la Tour Eiffel ou des récits sur la Seconde Guerre mondiale ou la Chute du mur de Berlin, mais non pas de véritables questionnements sur les événements actuels. De même, le passé est traité différemment selon les pays. En France, une jeune génération d'auteurs offre des récits sur la Seconde Guerre mondiale où ils prennent de la distance, racontent des événements qui sont très difficiles à évoquer pour un auteur germanophone. Là encore le problème de la surproduction a été mentionné. Il devient difficile, voire impossible, de définir des tendances claires dans chaque pays tant il y a de parutions, de formes d'écriture nouvelles. Selon les éditeurs invités à débattre, le lecteur ne peut plus s'attacher à un livre en particulier car il n'en a plus le temps.

Comme dit plus haut, les flux entre les deux pays sont très actifs, et la littérature allemande s'exporte bien à l'international. Un nombre non négligeable de récents lauréats du prix Nobel de littérature sont de nationalité allemande, mais les auteurs allemands ont des difficultés à séduire le public français, ce qui est également vrai pour les auteurs français et le public allemand. Les thèmes ne sont pas les mêmes, la Heimatliteratur ne séduisant pas par exemple le public français. Les lecteurs ne sont pas attachés à une nationalité ; ils cherchent seulement un bon livre et ce quelle que soit son origine. De plus, le traducteur joue un grand rôle car une mauvaise traduction peut amener un rejet total de l'ouvrage par le public et le dénaturer. Selon les éditeurs allemands interrogés, de grands noms de la littérature française, comme Césaire ou Chamoiseau, sont inconnus en Allemagne. Pour les journalistes allemands, les seuls ouvrages intéressants de la littérature française ont déjà été traduits. Les auteurs français ne sont pas assez représentés au sein des catalogues des maisons d'édition et le public allemand porte un faible intérêt à la littérature française. Pour corriger cela, le BIEF a mis en place le prix de Berlin, qui récompense chaque année des personnes ou projets qui approfondissent les relations entre les deux pays, mais il y a peu de lauréats jeunes. La jeunesse s'intéresse surtout à son pays et à ses problèmes. Il y a donc des efforts à faire pour stimuler l'intérêt des publics allemands et français pour la littérature de l'autre.

À travers ce débat ont été soulignées les difficultés qu’éprouve la littérature à passer la frontière rhénane. Ce bilan a donc permis d'aboutir à une réelle réflexion sur les raisons de ce blocage et sur les éventuelles solutions possibles. Nous allons à présent évoquer les discussions qui ont suivi concernant les relations entre la littérature et les médias, et la prescription.



Médiation et prescription en littérature

La médiation et la prescription en littérature sont un sujet toujours aussi actuel, et lors de cette conférence, il était question pour les deux pays d'échanger les différents points de vue sur le sujet, chaque intervenant faisant partager son expérience : quels sont les outils médiatiques utilisés ? Quel rôle jouent les libraires dans cette quête d'expansion du livre ? Quelles sont les stratégies des éditeurs pour faire connaître leurs ouvrages ? Toutes ces questions devaient amener à débattre sur la notion de marketing dans le monde du livre.

Ainsi, Sabine Wespieser (éditions Sabine Wespieser) et Manuel Carcassonne (éditions Grasset) se sont penchés sur la question. Concernant les représentants allemands, Tanja Graf (éditions Graf) et Joachim Unseld (Frankfurter Verlagsanstalt) se sont proposés pour définir la notion de médiation et de prescription. On peut ajouter que le débat était modéré par Daniel Martin, critique littéraire à La Montagne. Les acteurs de l'échange ont d'abord commencé par se présenter. Cela permet de connaître le contexte professionnel de chacun des protagonistes. En effet, la situation variant d'une personne à l'autre, cela influe sur les conceptions de la prescription et de la médiation du livre.

Le modèle des maisons d'édition indépendantes a été présenté par les éditions Sabine Wespieser, Graf et Frankfurter Verlagsanstalt, pour qui la question de la médiation et de la prescription est sans conteste en lien avec le travail du libraire. Tous s'accordent à dire qu'il est nécessaire de susciter le désir pour le livre, de créer une sorte de fascination pour celui-ci en touchant le public le plus vaste possible. Pour ce faire, une exposition médiatique aussi forte que possible est nécessaire : il faut alors recourir à la presse, aux sites et blogs littéraires, à la notoriété issue des prix littéraires, compter sur l'appui des bibliothèques et des libraires en jouant sur le bouche-à-oreille (appelé « Mundpropaganda » en Allemagne, restant le meilleur indicateur auprès du public) ; tous ces relais jouent un rôle majeur dans la prescription du livre, comme on peut le constater avec les éditions Wespieser.

À l'opposé de ces modèles de maisons indépendantes, on trouve les éditions Grasset, représentées par Manuel Carcassonne, où la production annuelle est de 180 titres alors qu’elle n’est que d'une dizaine pour les autres. Toutefois, les outils de médiation sont les mêmes et le constat est le suivant : il n'y a plus de centralisation de la prescription et les librairies sont sursollicitées à cause de la surproduction. En effet, les éditions Grasset font une tournée annuelle des libraires dans la période de rentrée littéraire : 15 000 services de presse en un mois ont été brassés à cette période, impliquant plus d'un millier de titres. De fait, les mises en place en librairies ont considérablement diminué, impliquant une visibilité moindre des ouvrages. Les librairies indépendantes sont littéralement noyées par l'offre colossale relayée par les grands groupes de marketing.

Le marketing dépend du marché, qui ne fonctionne pas partout de la même manière et diffère donc selon les pays. Cette notion de marketing dépend du nombre de titres sur lesquels l'éditeur travaille et reste un point sensible dans la vente du livre. Ce n'est pas un « monstre froid » qu'il faut éviter, au contraire, comme l'affirme Tanja Graf. Le marketing a son importance dans la démarche de faire aimer le livre au public. Il est lié à l'existence physique du livre.

Selon Manuel Carcassonne, « le marketing, c'est susciter le désir » et c'est le marché qui suscite le marketing. Joachim Unseld explique que l'investissement dans la diffusion en Allemagne est trop important. Le marketing porte sur la couverture du livre. En Allemagne, 1/3 de la couverture porte sur le contenu et les 2/3 restants portent sur des éléments servant à capter le regard, mettant en avant la beauté. On note que le phénomène d'uniformisation des couvertures se fait de plus en plus sentir ; elles finissent par se ressembler toutes plus ou moins. En France, la politique de marketing des couvertures est plus orientée sur la présentation du contenu du livre que sur une simple esthétique. Le contenu est davantage mis en valeur.

Quel que soit le support de l'édition, numérique ou papier, éditer signifie faire un « travail de passeur » qui reste incontournable, comme l'affirme Sabine Wespieser. L'auteur aura toujours besoin de l'éditeur qui fait office de filtre, et une œuvre forte finit toujours par trouver ses lecteurs selon elle. La question du numérique est au cœur des débats dans l'édition, puisque celui-ci implique un profond bouleversement, une rupture dans l'ère Gutenberg. La question de la médiation et de la prescription amène à s'interroger sur celle du numérique ; le problème est de continuer à produire des œuvres de l'esprit.

La réflexion autour du thème de la prescription a amené à aborder le sujet du droit d'auteur et de la fiscalité. En effet, quels sont les enjeux ?



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Droits d’auteurs et fiscalité : les nouveaux enjeux

Pour parler des nouveaux enjeux de la fiscalité du livre ainsi que du droit d’auteur avaient été conviés Jacques Toubon, ancien ministre et président du haut conseil franco-allemand, ainsi qu’Antoine Gallimard président des éditions Gallimard et du SNE à ce moment, Olaf Zimmermann, directeur du Deutscher Kulturrat et directeur de publication de la revue Politik und Kultur, le Dr Thomas Sparr, qui dirige les éditions Suhrkamp et le Dr. Chrisitian Sprang, responsable du service juridique au Börsenverein ; le modérateur était Alain Gründ, président du Bureau international de l’édition française.

Le premier sujet abordé était la question du marché. En effet, le marché d’aujourd’hui est toujours en concurrence et doit travailler avec la technologie. Se pose donc la question du type de marché : est-il fluide ? pluraliste ? dominé ? On ne peut pas y répondre. On sait juste que l’édition de livres est le secteur le plus conscient de ces enjeux et qu’il ne peut pas avoir une attitude conservatrice, qu’il est donc disposé à avancer et à créer des plateformes. Le marché pourra donc connaître un affaiblissement du droit d’auteur. Mais l’Allemagne est réticente à la conservation des données, pourtant essentielle pour le livre numérique. Les deux pays doivent se rapprocher pour la mise en œuvre du droit d’auteur. Pour que le livre numérique soit accessible et rentable et que cela crée une avancée, il faudrait une révision des prix à la baisse dans l’édition. Il faudrait aussi harmoniser les taux de TVA.

La France et l’Allemagne ont un taux de TVA différent. En effet, alors que la France a un taux de 7%, en Allemagne le taux est de 19%. C’est pourquoi Antoine Gallimard a longuement développé l’idée que la TVA allemande est trop élevée et qu’il faudrait la baisser. Il avait d’ailleurs lancé en 2009 une pétition européenne pour une TVA basse et neutre. Mais en faisant cela, la Commission européenne a décrété que la France enfreignait les règles. Le Dr Christian Sprang qui a parlé du taux de la TVA en Allemagne était d’accord avec Antoine Gallimard. Mais si la TVA ne peut baisser, c’est que Berlin bloque toute tentative. En effet, certains ne veulent pas d’une baisse car pour eux cela favoriserait les producteurs et non les consommateurs. Pour cette raison, il y a un rejet fondamental. Mais on peut constater un problème commun : la France a baissé son taux de TVA pour des raisons culturelles mais à l’inverse le Luxembourg l’a fait pour la concurrence. Ce qui fait que l’Allemagne est dans une situation très désavantageuse pour la concurrence. La question qu’on peut donc se poser est : est-ce que dans deux ou trois ans le paysage sera oligopolistique ? La Commission européenne fait tout pour que cela se réalise. Il faut créer un espace économique unique où le prix du livre numérique doit être accepté. Il est donc regrettable que la Commission européenne se range du côté d’Amazon. Au niveau des subventions, il faut qu’elles soient indirectes pour qu’elles touchent la TVA, ce qui n’est pas le cas quand elles sont directes.

Il y a une différenciation à faire entre droits fiscaux et droits d’auteurs. Les questions sur les droits d’auteurs sont renforcées par les pirates qui disent que les contenus ne sont pas clairs. Il faut donc créer une nouvelle définition pour la propriété intellectuelle. Le marquage de la différence entre économie et économie culturelle devient donc essentiel. Il faut donc se mettre à réfléchir sur la mise en place d’une protection technique contre le piratage, puisqu’on sait déjà que la question va se poser. De nouvelles attaques vont exister, alors on ne peut plus protéger les droits comme dans le passé. On sait aussi que, techniquement, il est impossible de protéger les livres sur internet. Il donc faut que les pays agissent ensemble en formant une alliance culturelle. Un avenir est possible pour la protection des droits d’auteurs surtout si les Français et les Allemands s’allient.

Pour clore cette journée, Günter Winands, directeur « médias, cinéma, affaires internationales » auprès du délégué du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, a pris la parole. Ce qu’il faut retenir de toutes ces conférences est qu’il y a un défi à relever puisque les mêmes intérêts sont à défendre. Dans plusieurs domaines, la numérisation est un objet qui trouble. Un travail important est à faire vis-à-vis des jeunes puisqu’ils utilisent tous internet, il faut donc leur expliquer le danger du téléchargement illégal. De même, en défendant le droit d’auteur, on défend en même temps les revenus des auteurs, du metteur en scène… Il faudrait penser à une imposition de la TVA unique pour tous les domaines de la culture dans les pays membres de l’union européenne. Mais on ne sait pas si cela est réalisable. En ce qui concerne le commerce sur internet, c’est une vague à laquelle on ne peut résister, c’est aussi une menace pour les éditeurs ainsi que les libraires. Il faut alors mettre en place une initiative de soutien aux petites maisons d’édition. Il ne faut pas non plus pousser l’harmonisation à l’extrême, il faut que chacun garde sa spécificité. Néanmoins une coopération franco-allemande est nécessaire, il faut toujours l’intensifier.


Alice, Caroline et Laura, 2e année éd.-lib. 2012-2013

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:00

ahn-soo-gil-tigre-02.jpg

ahn-soo-gil-tigre-01.jpg

   AHN Soo-Gil
Tigre
Titre original :

아기호랑이
traduit du coréen
par Kette Amoruso
Clair de Lune, 2011 (tome 1)
et 2012 (tome 2)

 


 

 

 


L’auteur

 

ahn_soo-gil.jpgAhn Soo-Gil est né à Chilgok dans la province de Gyeongsangbuk-do en Corée du Sud en 1963. Il a fait ses débuts de dessinateur en 1988. Il a reçu plusieurs prix pour son travail : le prix du manhwa de l'année décerné par l'Ucjf de Séoul pour L'écho du mont Baekdu en 1993 et le prix d'auteur au concours de bande dessinée organisé par le ministère Coréen de la culture et du tourisme en 2000 pour Histoire de tigres.

Pour Tigre, Ahn Soo-Gil a réalisé le texte et les dessins. Ce manhwa a été prépublié dans Weekly Morning de Kodansha au Japon en 1998. Lors de sa sortie officielle en 2001 aux éditions Kodansha, des planches ont été rajoutées. Le dessinateur est un passionné des tigres auxquels il a consacré 18 années de sa vie et qui sont devenus l'unique sujet de son travail.

Les tigres sauvages étaient présents en Corée du Sud il y a encore une centaine d'années mais pour une raison inconnue, ils ont totalement disparu.



Tigre

Pour la publication française aux éditions Clair de lune, Tigre a été divisé en deux tomes pour un total de 19 chapitres.

Le livre a été réalisé à partir des archives personnelles d'Ahn Soo-Gil.

 Le manhwa raconte l'histoire d'une famille de tigres sauvages et plus particulièrement du fils. On suit son histoire depuis qu'il est petit avec les problèmes qu'il rencontre, ses ennemis, sa lutte pour survivre dans un lieu où règne la loi du plus fort. Il y a peu de texte et lorsqu'il y en a ce sont des dialogues entre les tigres, ou leurs pensées. Il y a beaucoup d'action, notamment des combats : contre un ours, entre tigres, contre un léopard.

Le thème de la survie est prédominant. Il faut défendre son territoire, trouver à manger et donc chasser, ne pas se faire tuer. Cela est d'ailleurs particulièrement difficile pour de jeunes tigres qui se retrouvent orphelins et doivent se débrouiller seuls. Le manhwa fait extrêmement bien ressortir cette lutte pour la survie et l'on se rend bien compte que c'est un monde hostile, surtout pour les plus faibles.
Ahn-soo-gil-tigre-03.jpg
Le dessin est très réaliste. Il y a énormément de détails. Les tigres sont très bien représentés et manifestent souvent des émotions comme la tristesse, la peur, la surprise. On voit aussi de la sueur qui coule sur leur tête ou des larmes.

Les tigres sont donc vraiment attachants, on est pris dans l'histoire. Quand l'un d'eux meurt on est triste ; quand le jeune tigre éprouve une émotion, on ressent la même. On suit les leçons de survie qu'apprend le jeune tigre en même temps que lui comme le fait « qu'une nourriture obtenue sans effort n'apport[e] que des ennuis ».

La lecture est fluide et rapide grâce à la rareté du texte. L'histoire est prenante et on veut savoir si le jeune tigre va s'en sortir et devenir le « roi ».


Marine G., 2e année Bibliothèques 2011-2012

 

 

 


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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 07:00

mardi 16 Octobre 2012
à 18h00

pour Millefeuille

paru aux éditions POL

Leslie-Kaplan-Millefeuille.gif

 

 

Présentation de Leslie Kaplan sur le site de POL.
 http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=104


« Millefeuille, c’est le portrait d’un vieux monsieur qui sait qu’il va vers la mort et qui se débat avec ça. Et d’un humaniste, qui est à la fois affecté par tout en surface, et profondément indifférent. C’est aussi un livre sur les rapports entre générations, un vieux et des jeunes.


Un vieux monsieur, donc, aimable, ouvert aux autres et au monde, et en même temps, toujours dans une certaine distance, sans intérêt véritable, guetté par l’ennui. Tout l’intéresse sans arrêt, rien ne l’intéresse vraiment. Il a apparemment beaucoup d’amis, et il n’a aucun ami.


Son rapport avec les jeunes, son fils Jean, Léo, ensuite Loïc, un jeune paumé, est toujours ambivalent, affection et envie, intérêt et fureur, souci et rejet. Loïc, il veut l’aider, il sent que Loïc va "commettre l’irréparable", et puis il le laisse tomber, alors qu’il sait qu’il prend un risque.


Et ensuite il culpabilise à fond. »

Suite de la présentation de Millefeuille et revue de presse :
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-1658-9




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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 13:00

Né en 1956, Mo Yan, de son vrai nom Guan Moye, est un écrivain chinois « moderne » devenu incontournable. Le choix de son pseudonyme qui signifie « ne pas parler » résonne selon l'auteur comme « un avertissement ». En effet, durant la Révolution culturelle, la parole peut suffire à vous faire condamner. Mo  Yan est un auteur complexe, qui développe une réflexion sur son art. Pour lui, le roman

« est un mode d'expression capital. Il est comme un canal qui sert de déversoir à [ses] sentiments intimes, [ses] amours et [ses] haines. Grâce à lui, [il] gagne un certain confort ».

Les œuvres de Mo Yan sont plutôt rejetées par la critique chinoise qui voit en lui un auteur dénonciateur d'une société victime de la corruption, du mensonge, de la surconsommation ainsi que de traditions parfois archaïques (cf Beaux seins, belles fesses). En Chine, peu d'éditeurs osent publier Mo Yan. La tradition éditoriale chinoise veut qu'un auteur publie en premier lieu dans une revue et en second lieu chez un éditeur. Écrit en 1989, Le pays de l'alcool choque. Son roman est refusé par toutes les revues chinoises ; Mo Yan dut abandonner son projet de publication. Puis, au cours de l' année 1993, les Éditions d'art et de littérature de Hunan acceptèrent de tirer son ouvrage à neuf mille exemplaires. Lire la suite ici. 


 

mo yan les treize pas-copie-1

 

 

 

 

Article d'Anaïs et de Manon sur Les Treize Pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mo Yan Le Pays de l'alcool

 

 

 

 

 

Article de Clara sur Le Pays de l'alcool

 

 

 

 

 

 

 

 

beaux-seins-belles-fesses.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Article de Sophie sur Beaux seins, belles fesses

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:00

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Nasser DJEMAÏ
Invisibles - La tragédie des Chibanis
Actes Sud-Papiers, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le comédien et metteur en scène  Nasser Djemaï écrit sa troisième pièce et la première mise en scène où il n’incarne pas tous les personnages. Sa première création publiée en 2006, Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté, avait un aspect autobiographique: Nabil, un jeune garçon d’origine maghrébine, tentait de construire son identité entre un père aimant qui ne voulait que le voir différent de lui, et la famille d’un ami bourgeois, qui souhaitait « l’occidentaliser ». En 2008, dans Les vipères se parfument au jasmin, une jeune bouchère, Shérazade, poussée par une élite « blanche », tente de changer de vie après la révélation de sa voix, abandonnant alors les siens et se heurtant aux mensonges et à l’hypocrisie de ce nouveau cercle.

Pour cette troisième pièce, fruit d’un projet de dix ans, Nasser Djemaï a décidé d’interroger son père, ses oncles et de mener un travail documentaire plus poussé, à la rencontre des Chibanis (cheveux blancs en arabe dialectal) au sein de foyers d’anciens ouvriers, de cafés, de mosquées... Son premier postulat : nous connaissons le sort de ces personnes, leur exploitation sur les chantiers de travaux publics à partir des années 1960. Le second : le documentaire est le plus à même de transcrire leur expérience. Un défi se présente alors à l’auteur : médiatiser le propos de ces hommes, sans tomber dans les clichés ou les discours démagogiques, et répondre aux questions : « [...] quelle place pour le théâtre ? La poésie ? Quelle place pour le vertige ? » (p. 6).

Comme dans ses deux précédents travaux, il expose des « tableaux » qui sont des scènes courtes (de deux à trois pages), monologues et dialogues. Ces flashs soulignent des moments structurants du parcours du jeune héros qui intègre le foyer ou éclairent la personnalité et l’histoire des quatre Chibanis (le cinquième, El-Hadj, a perdu la parole et est immobilisé sur un lit).

La première scène plante le décor : Martin vient de perdre sa mère et n’a pu être à ses côtés pour ses derniers moments. Elle lui a laissé un coffret, un nom, une adresse et donc une mission : retrouver son père. Il va alors à la rencontre des habitants algériens d’un foyer Sonacotra : Driss, qui attend sa retraite pour rentrer marier sa fille, père aimant déchiré depuis l’abandon de sa famille restée au pays; Hamid qui se rêve en poule plumée par les siens qu’il souhaite pourtant rejoindre là-bas ; Majid, traumatisé par les représailles des Français en 1945, invisible regardant le monde de son banc ; Shériff, ancien « beau gosse » qui raconte au bled qu’il fréquente l’élite intellectuelle française. Tous restent en France au moins six mois et un jour (durée obligatoire depuis 2007), pour bénéficier de leur complément de retraite versé par l’État, un privilège non exportable au Maghreb. Ils envoient de l’argent à leur famille et reviennent de temps à autre en Algérie, en attendant d’y faire rapatrier leur corps.



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Réalisme, humour et tragédie

Le temps de l’action est court, comme l’indiquent les didascalies : à peine «quelques jours» où le lecteur peut déceler le quotidien des anciens ouvriers : jeux de cartes, sorties, tracasseries du quotidien à propos de leurs retraites ou de leurs familles... La pudeur et la dignité des personnages prévalent sur l’épanchement de critiques ou de plaintes.

L’écriture transcrit au mieux le parler des hommes, en particulier les Chibanis, qui expriment parfois directement leur pensée arabe en français (par exemple, l’absence de pronom réfléchi : « je protège toi », (tableau IV, p. 18), ou du pronom relatif : « moi, c’était obligé j’envoie l’argent à la famille » (tableau V, p. 20)). Les phrases sont en général courtes, la négation majoritairement absente. Ces particularités d’écriture immergent le lecteur d’autant plus rapidement dans les échanges, souvent très fins, entre les personnages.

En outre, quel que soit son propos, Nasser Djemaï manie avec subtilité humour et moments extrêmement touchants. Comme il s’évertue à le répéter dans ses entretiens, l’auteur a cherché à éviter tout misérabilisme. Aucun larmoiement pour les Chibanis, seulement des réalités, certes difficiles, et un humour parfois grinçant. La part belle est également faite à l’autodérision : ils n’hésitent pas à se moquer de leur confrère qui se prétend moudjahidin : « Il a lancé deux pierres sur l’armée, ça y est c’est un moudjahidin » (tableau XV, p. 39), ou d’une femme voilée : « Elle est vieille, elle est bête, elle est moche. [...] Heureusement, elle porte le voile, ça cache un peu... » (tableau XV, p. 40). En outre, ils ont pour certains une opinion tranchée sur les petits caïds, Français dits issus de l’immigration : « Regarde-les avec leur casquette, leurs baskets, le pantalon descendu [...]. Sale race ! [...] Un homme, il commence par remonter son pantalon ».

Les thèmes de l’islam et de l’hypocrisie qui peut lui être associée, de l’Algérie et de son rapport à la France, des jeunes, de la famille sont ainsi abordés. Le dernier monologue de Hamid illustre la déception de ces hommes qui ont tant donné à leur pays d’accueil et qui ont perdu toute confiance à force de désillusions. Effectivement : « Toute la vie ils ont menti » (tableau XXI, p. 57). De plus, tous les personnages vivent dans une profonde solitude résultant d’un déchirement avec les leurs (sa mère pour Martin, leurs parents, femmes et enfants pour les Chibanis).

En effet, si Martin est à la recherche de ses racines, ces hommes ont vu disparaître les leurs : ils ne sont chez eux ni en France, ni en Algérie. Entre deux feux, ils peinent à trouver leur place entre une société qui ne les considère plus depuis leur retraite et un pays d’origine fantasmé où l’on respecte les vieux mais où la jeunesse se jette à la mer pour partir. C’est la quête de l’identité qui est ici mise en lumière. Les touches d’humour servent une réalité plus terrible. Néanmoins, la rencontre de Martin avec les hommes crée une synergie : lorsque le jeune homme quitte le foyer où il n’était pourtant pas désiré, en particulier par Hamid qui lui reproche d’apporter le mauvais oeil et de s’inviter sans vergogne dans le foyer, il sait qu’il sera désormais le bienvenu : « Tu pourras venir quand tu veux, ça te fera plaisir et à lui aussi, et à nous. Maintenant on s’est trouvés, tu peux partir en paix mon fils » (tableau XXI, p. 58). Cet orphelin a trouvé plus qu’un père, les Chibanis étant eux-même en mal d’enfants. La dernière didascalie illustre ce changement de relation puisque Martin passe sur les genoux de chacun des hommes au moment de partir.



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Les Enfers et les fantômes

La métaphore de l’enfer est filée tout au long de l’ouvrage. Dès l’avant-propos, l’auteur évoque la figure d’« Hadès (épithète signifiant « l’invisible ») ». Le foyer est comparé aux enfers, au « royaume invisible des ombres » (tableau III, p. 15) alors que la chambre de Driss est son « cercueil » (tableau IV, p. 16). Tout comme Énée  descend dans le monde des morts pour voir son père, légende que s’approprie Martin, appréciant le texte de Virgile avec une impression de déjà-vu, le jeune homme franchit les portes de l’enfer à la recherche d’un père qui a toujours été absent. Il s’identifie à El-Hadj : comme lui, il est « en enfer, tous les deux plongés yeux ouverts dans ce gouffre, ce silence » (tableau VI, p. 22). L’enfer, c’est aussi la France pour le père de Driss, au moment où ce dernier quitte l’Algérie pour travailler, abandonnant ainsi sa femme et ses deux enfants. L'enfer est associé à l'invisible, épithète qui renvoie aussi aux Chibanis, marginaux, invisibles depuis qu'ils ne servent plus sur les chantiers.

La femme est l’élément fantôme de la pièce. La voix de Louise, la mère de Martin, guide son fils dans son errance. Les femmes des Chibanis sont aussi présentes en pointillé. Ainsi, Nasser Djemaï a choisi de présenter les hommes qui n’ont pas bénéficié du regroupement familial, toutes les épouses sont donc restées au pays. La question de la relation amoureuse pour ces hommes, engagés et mariés mais étrangers à leur compagne, est soulevée, à travers un monologue de Driss qui dit ne voir sa femme qu'en juillet et août. Cette dernière se dérobe à ses devoirs d'épouse en remplissant la maison d'invités, ce qui fatigue le vieil homme, habitué en France au calme et à l’isolement.

 

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Une issue impossible ?

Malgré leur situation très pénible, les anciens ouvriers sont résignés. « Allah il décide, y a rien à faire » (tableau IV, p. 17). « De toute façon Allah, c'est toi qui décides, moi j'ai rien à dire » (tableau XI, p. 32). Lorsque Martin quitte le foyer, il propose aux retraités d'entreprendre des démarches juridiques pour les reloger. Les quatre hommes refusent catégoriquement : « Il veut nous mettre en prison ? » (tableau XXI, p. 55). « Non, on veut pas changer [...] nos habitudes. Tout est bien réglé, faut pas déranger ». Comme pour la prière, « [f]aut rien déranger » (tableau V, p. 21). Comme devant Allah, « [y] a rien à dire » (tableau XXI, p. 56). Devant les objections et critiques du jeune homme, une réponse : « Oui mais c’est chez nous, ça fait quarante ans on vit ici, c’est comme ça » (tableau XXI, p. 57). Le foyer est en effet leur territoire, puisqu’ils ne sont plus d’ici ni de là-bas. Leur territoire et leur prison.

En une soixantaine de pages, Nasser Djemaï parvient donc avec humour et poésie à ouvrir les yeux du lecteur sur des thèmes variés du rapport France/Algérie et l’invite à s’interroger, au delà du sort des Chibanis, sur la question essentielle de l’identité.


Maude, AS bibliothèques 2012-2013



Pour en savoir plus :

 http://nasserdjemai.com

Revue de presse dans l’onglet documentation :

 http://nasserdjemai.com/frameset_nasserdjemai.htm


À lire :

Nasser DJEMAÏ
Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté
Actes Sud-Papiers, 2006

Nasser DJEMAÏ
Les vipères se parfument au jasmin
Actes Sud-Papiers, 2008

 

 

À voir :

Invisibles - La tragédie des Chibanis au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 16 au 20 octobre 2012

 http://www.tnba.org/event.php?id=499



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Published by Maude - dans théâtre
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