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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 07:00

samedi 13 octobre 2012
à 16h00

 

Dédicace BD
avec 4 auteurs-dessinateurs des éditions Frémok
 Yvan Alagbé, DoubleBob, Eric Lambé et Lee Jung-Hyoun

 

  lee-jung-hyoun.jpg

Le FRMK (prononcer Frémok) est une jeune maison d’édition belge de bande dessinée d’avant-garde, espace de rencontres fécondes entre figuration narrative et art contemporain et poésie visuelle. Frémok est né de la fusion en 2002 entre l’association belge Fréon (Thierry Van Hasselt, Vincent Fortemps, Olivier et Denis Deprez) et l'éditeur français Amok (Yvan Alagbé) : « il ne s’agit pas de réinventer la bande dessinée mais de l’utiliser pour découvrir d’autres types d’objets séquentiels, objets dont les supports peuvent être divers (la scène, le livre, l’écran, l’installation) et selon un principe fondateur: l’image conçue comme matière expressive. »

 


Exposition d'originaux et installation vidéo,  

du 3 octobre au 3 novembre
  pôle image de la librairie.

 

 

 

 

 


 


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:00

« le dur et passionnant métier d'auteur-illustrateur ».

Samedi 06 octobre, 15h, île aux poches au salon de Lire en poche, Mireille D'Allancé fait son entrée : « Bonjour tout le monde, asseyez-vous, asseyez-vous ! Rapprochez les chaises pour que ce soit plus familial ». Nous et les soixante autres personnes sommes alors plongés dans son univers.

Mireille D'Allancé, ancienne professeur de dessin, nous explique son métier qu'elle considère comme génial. Elle ne se définit pas comme un artiste inspiré mais comme « un artisan qui passe son temps à se casser la figure mais qui sans cesse recommence ».



 Comment faire un livre ?
 
Un jour, une amie lui raconte une histoire, « une histoire vraiment pas mal ». Mireille lui conseille alors de coucher son histoire sur papier et de la présenter à un éditeur.

Elle présente brièvement le métier d'éditeur aux enfants avec des mots simples et accessibles : « un cow-boy sur son cheval toujours à la recherche d'un texte intéressant », métier difficile avec « une tonne de textes à lire ». Une fois le texte accepté, Mireille peut donc commencer « Léon Zozio ».

Les premières illustrations ne sont que des essais, dessinées sur papier brouillon. Elle nous montre alors les croquis de Léon Zozio, personnage qu'elle avait déjà en tête.
Mireille-D-Allance-01.JPG
Elle nous a raconté l'histoire de façon animée, avec beaucoup d'émotion, de sentiments et de gestes. Les enfants sont captivés, Mireille se montre très proche d'eux sans mettre à l'écart les parents, qu'elle invite à participer.

Les premiers dessins sont envoyés à l'éditeur, « attention sans couleur » ; en effet, si l'éditeur souhaite modifier le dessin il ne faut surtout pas le mettre en couleur. Toutefois, ces croquis sont accompagnés des textes correspondants qui rappellent à l'éditeur – ce dernier, entre temps, aura lu d'autres textes –, l'histoire en question. Ainsi s'effectue le découpage du texte par l'illustrateur. Mireille prend l'exemple du Petit Chaperon rouge : « Maintenant, c'est à vous de jouer ». Les enfants doivent alors taper dans les mains lorsqu'ils pensent qu'il faudrait une image pour illustrer.
Mireille-d-Allance-03.JPG
« Il est important de tomber amoureux de son personnage » car elle va devoir le reproduire en long, en large et en travers, page après page.

Elle est alors confrontée à une première difficulté : le paysage, qu'elle décide d'illustrer en peinture : « vous imaginez ma difficulté, je ne savais pas dessiner de paysages mais seulement des personnages ». Après de nombreux essais non fructueux (cinquante pages par jour à la poubelle), elle comprend qu'il y a plusieurs étapes pour faire un paysage. Elle change souvent d'outils, passe du petit pinceau au grand ; de l'éponge à la pomme de terre et de la pomme de terre à la brosse à dents. Elle comprend alors que ses difficultés proviennent de son outil principal : la peinture, que pour que ces dessins soient réussis, elle doit tout faire à la craie.

Les dessins sont remis à l'éditeur, c'est ainsi que Léon Zozio prend vie. Mireille conclut alors : « Je tiens à remercier le maquettiste qui a fait un grand travail d'assemblage. En effet, j'ai été agréablement surprise lorsque j'ai vu le travail final et la page de garde remplie des différents portraits de Léon. »



Cette rencontre, qui n'aura duré que 45 minutes à notre grand regret, nous aura montré à quel point c'est un métier de recommencements, d'humilité, de doutes et d'erreurs… Fin de la rencontre, place à la séance de dédicace et mise en place de l'atelier pastel pour les petits et les grands.

Mireille-D-Allance-02.JPG


Lydie, Caroline et Céline, 2e année bibliothèques 2012-2013


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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 13:00

emigrant-Tnba.gif

Très beau spectacle à voir au TNBA du 9 au 20 octobre : mise en scène très sobre, la chanteuse parsème son répertoire de considérations sur ses racines italiennes. Sans doute encore meilleur quand on comprend l'italien, mais très touchant malgré tout.

 

Courez-y !

http://www.tnba.org/event.php?id=498

Pour avoir un avant-goût :

Bords de scène : rencontre avec l'équipe artistique du spectacle à l'issue des représentations jeudis 11 et 18 octobre .

À l'heure du déjeuner, la Librairie Mollat et le TnBA vous proposent un mini-concert, à l'occasion du spectacle Emigrant.

Jeudi 11 octobre à 12h30 / Librairie Mollat 91 rue Porte Dijeaux / entrée libre

 

 

Maude, AS bibliothèques

 

 

 


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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:00

Tchekhov-la-mouette.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anton Tchekhov
La mouette, 1895-1896
 Чайка

traduction
d’Arthur Adamov
Flammarion
Coll. Étonnants classiques, 2006

 

 

 

 

 

 

 

Anton Tchekhov est né en 1860 à Taganrog en Russie et mort en 1904 à Badenweiler en Allemagne. Il est d'abord médecin mais publie des contes humoristiques en 1886, Récits bariolés. Ce sont ses amis Dimitri Grigorovitch (écrivain réaliste) et Alexis Souverine (directeur du journal Le temps nouveau) qui réussissent à le convaincre de se consacrer à l'écriture. Il devient donc romancier et dramaturge. Il publie en 1887 Ivanov. C'est en 1896 que sa pièce La mouette est jouée pour la première fois au théâtre Alexandrinski à Saint-Pétersbourg. Elle est tout d'abord très mal accueillie par le public et les critiques, sans doute à cause de sa modernité. La mouette est une pièce réaliste et symboliste, c'est une toute nouvelle conception du théâtre que nous offre Tchekhov.

Pour ce qui est du contexte historique, en 1891 vient d’être signé un accord France-Russie. Si un pays attaque l’un des deux, alors l’autre doit riposter pour le protéger. De plus, nous sommes en plein dans les grèves ouvrières et juste avant les grandes guerres. Il y a donc de très grands changements sociaux.



Dans cette pièce il n'y a pas de héros particuliers ni d'actions très excitantes, nous pouvons juste y voir évoluer des personnages aux destins plutôt cruels. Mélange de comique et de tragique, La Mouette nous fait assister aux amours impossibles, aux doutes, aux complications artistiques et nous découvrons un monde où l'art est au centre des vies.

Tchekhov rend compte des débats littéraires du remps à travers deux personnages, Trigorine, écrivain réaliste célèbre, et Trépliev, jeune écrivain symboliste. Ils ne s'entendent pas, ne se supportent pas ; il y a donc une forte opposition entre le réalisme et le symbolisme. Trigorine est très terre-à-terre ; pour lui, l'art doit absolument copier le réel. Par exemple, il fait empailler la mouette, il essaye donc de lui restituer la vie, de la faire revenir au monde réel. A l'opposé, Trépliev préfère rêver. Il déteste le réalisme et la science qui, pour lui, détruisent le rêve, l'imagination :

«  [...] pour moi, le théâtre d'aujourd'hui n'est que routine et préjugés. Quand le rideau se lève et que sous une lumière crépusculaire, dans une chambre à trois murs, ces grands talents, ces prêtres de l'art sacré font voir comment les gens mangent, boivent, aiment, marchent, portent leur complet-veston; quand avec leurs images et leurs phrases triviales ils essaient de prêcher une morale, une petite morale bien facile à comprendre, utile à la vie domestique ; quand à travers mille variations, on m'apporte la même chose, encore la même chose, toujours la même chose, alors je fuis, je fuis comme Maupassant fuyait la tour Eiffel, qui lui écrasait la cervelle de sa vulgarité. »

La mouette est une œuvre très symboliste. Déjà, par son titre. « La mouette » est le surnom donné à Nina (dont Trépliev est amoureux mais qui tombe amoureuse de Trigorine). Tout d'abord parce qu’elle est comparée à un oiseau innocent, puis parce qu'elle vole d'amour en amour et change sans arrêt d'avis comme de cap. Enfin, une mouette est tuée et nous voyons Nina mourir psychologiquement tout au long de la pièce. De plus, le mot « mouette », en russe, a la même racine que le verbe « espérer ». Les personnages espèrent donc une vie meilleure, que leurs vœux soient exaucés, ils aspirent à un meilleur quotidien.

 

 

 

La mouette est aussi une œuvre très moderne. On y découvre une toute nouvelle esthétique :

– tous les personnages ont un rôle égal. Il n'y a pas de personnage principal ni de personnages secondaires ;

– il y a un grand jeu sur les contrastes. La pièce est annoncée comme une « comédie en quatre actes » or elle se termine par un drame. Les répliques sont tantôt tristes, tantôt comiques. On a un mélange constant des deux registres.

–- les décors sont très importants : lac, petit théâtre... Tchekhov prend bien soin de décrir le décor dans chaque détail au début des quatre actes.

Il y a quatre personnages féminins seulement, un seul est heureux. Tchekhov représente donc très bien les conditions de vie de la majorité des femmes à cette époque. Nina, Pauline et Macha sont toutes les trois malheureuses. Elles sont mariées à des hommes qu'elles n'aiment pas et/ou vivent des amours impossibles. La seule à égayer ce paysage sinistre est Arkadina. C'est une actrice et une amante épanouie qui assume totalement de ne pas être une mère parfaite et qui se moque de l'opinion des autres. Elle crée un très grand contraste avec les autres femmes de la pièce car elle a une grande estime d'elle-même au contraire des trois autres qui s'apitoient constamment sur leur sort.

La pièce parle aussi beaucoup des artistes. L'angoisse de la feuille blanche pour l'écrivain, l'angoisse de l'avis du public... Elle dépeint des artistes malheureux, torturés, indécis...



Représentation de la pièce au TNBA, mise en scène par Arthur Nauzyciel, le 5 octobre 2012 à 19h30


avec : Marie-Sophie Ferdane, Xavier Gallais, Vincent Garanger, Benoit Giros, Adèle Haenel, Mounir Margoum, Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond, Emmanuel Salinger, Catherine Vuillez.


durée : 3h45 (entracte compris)


Pièce créée au festival d'Avignon 2012


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Tout d’abord, la première chose qui m’a marquée lorsque nous sommes entrés dans la salle était ce décor immense : du sable noir et d’immenses panneaux posés sur le sol, comme un bateau échoué divisant la scène en trois lieux d’action. Le plus gros panneau comme décor principal, là où la plupart des scènes se passent, un petite scène à droite représentant le théâtre de Trépliev et une petite estrade à l’avant-scène où se jouaient la plupart des apartés, des monologues ou des scènes intimes entre les personnages. De plus, le temps que nous prenions place, défilait sur ce panneau principal un film en noir et blanc représentant des gens prenant le train : Arrivée d’un train en gare de la Ciotat, Louis Lumière, été 1897. Le ton est tout de suite donné : ce sera une pièce contemporaine placée sous le signe de la modernité.

Les costumes étaient étonnants. Tout d’abord, les personnages portaient de temps en temps des masques de mouette. Ils étaient tous vêtus de noir : costume pour les hommes et robe pour les femmes sauf pour Polina. Nina était la seule à avoir une robe se démarquant des autres avec des volants et des paillettes (mais à la fin lorsqu’elle revient voir Trépliev pour lui raconter sa misérable vie, elle porte une large veste de costume marron). De plus, leurs jambes étaient enduites de goudron. Cela pourrait symboliser l’enfermement des personnages dans leur triste vie, leur destin tragique, comme une mouette échouée sur la place engluée dans le pétrole.

Les acteurs étaient excellents. Ils avaient un jeu formidable malgré les longueurs et les mimiques qui leur étaient sûrement imposés. Ils ont su s’approprier les personnages et faire passer de fortes émotions. Mais, chose étonnante, ils avaient des micros. Cela peut se comprendre étant donné les dimensions de la salle mais cela gâche un peu le côté traditionnel du théâtre ; cependant Nauzyciel nous avait prévenus, cette pièce allait être très moderne…

Un point très positif pour moi, voir la pièce jouée m’a beaucoup aidée à la comprendre, mieux qu’en la lisant. En effet, les noms russes étant très compliqués (Irina Nikolaïevna Arkadina, Konstantin Gravilovitch Trépliev…) il m’arrivait souvent de revenir à la page de présentation des personnages pour savoir qui parlait, et donc, je me perdais dans l’action. Or, en la voyant jouée, j’ai pu mettre des visages sur les noms et me repérer plus facilement.

De plus, il y avait un musicien qui venait jouer de temps en temps sur scène, en aparté. Il jouait de la guitare et chantait. J’avais aussi parfois l’impression que la musique qu’on entendait (piano) venait de derrière la scène. C’était très beau, très présent et cela permettait d’instaurer une ambiance particulière, mais aussi de faire des pauses dans l’action.

Malheureusement, j’ai trouvé la pièce extrêmement longue. À partir de l’entracte il m’était très dur de me concentrer, cela devenait lourd, lent et énervant. Les acteurs étaient toujours plus longs dans leurs répliques, leurs déplacements… J’ai trouvé que cela gâchait un peu le spectacle. Cela donnait une atmosphère lugubre, déprimante, alors que Tchekhov, selon moi, même si sa pièce n’est pas très gaie non plus, délivre quand même à travers ses personnages un message d’espérance.

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-2.jpg

Conclusion

Pour moi c'est une pièce très simple mais émouvante. Il y a possibilité de s'identifier à chaque personnages parce qu'ils portent une part de nous tous en eux. Leur simplicité et leurs petits problèmes de la vie quotidienne les rendent accessibles. Mais malgré leur simplicité ils ont une grand épaisseur psychologique, ils sont captivants.

De plus, Tchekhov utilise un langage accessible à tout le monde mais très beau.

Enfin, la symbolique est très importante dans cette pièce et laisse place à toute interprétation ! Il est possible de trouver des avis totalement différents sur le sens de la pièce et c'est ce qui la rend intéressante pour moi.


Mon passage préféré :

« Il faut peindre la vie non pas telle qu'elle est, ni telle qu'elle doit être, mais telle qu'on se la représente en rêve » Trépliev


Célie, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Lire aussi la critique de Léo sur la représentation au TnBA.

 


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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 07:00

Roques-Dormal-Pico-Bogue-1.jpg






 

 

 

 

 

Dominique ROQUES (scénariste),
Alexis DORMAL (dessin)
Pico Bogue, La vie et moi
Dargaud, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roques-Dormal-Pico-Bogue-2.jpgLes auteurs : une histoire de famille

Cette bande dessinée est née d'une collaboration familiale entre Dominique Roques, la mère et Alexis Dormal, le fils. Dominique Roques – la scénariste – est née en 1948 à Casablanca. Elle a deux fils, dont Alexis devenu dessinateur. Grande lectrice et adepte de l'humour des bandes dessinées (Astérix et Obélix, Mafalda), en 2005, elle décide d'utiliser les textes, idées, impressions, réflexions accumulées au cours des années et de passer à l'écriture. Avec son fils, ils créent les aventures de Pico Bogue.

Alexis Dormal – le dessinateur – est né en 1977 à Bruxelles. Diplômé d’une école de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l’école Émile Cohl, à Lyon. À partir des textes de sa mère, il propose une mise en scène grâce à ses dessins.

Nourritures : New Yorker, aquarellistes notamment Delacroix.



Bibliographie

La série Pico Bogue est publiée chez Dargaud.

5 tomes actuels

La vie et moi, 2008
Situations critiques, 2009
Question d'équilibre, 2009
Pico love, 2010
Légère contrariété, 2011



L'histoire

Pico Bogue est un garçon d'une dizaine d'années. Ce petit rouquin est entouré de sa famille : ses parents, Ana-Ana, une petite sœur pour le moins unique, Papic et Mamite, ses grands-parents. Nous suivons Pico Bogue dans son quotidien : à la maison, à l'école, avec ses amis. Entre innocence et impertinence, nous partageons ses réflexions sur le monde, des plus basiques aux plus poétiques.





Le protagoniste, Pico Bogue
Roques-Dormal-Pico-Bogue-3.jpg
Pico Bogue. Son nom évoque « la bogue de châtaigne, et aussi le bug de l’ordinateur et donc le pétage de plombs ». Pico fait référence au picot de la bogue de châtaigne. Une sonorité étonnante, un nom que l'on retient et qui semble rebondir.

Pico a la langue bien pendue, de sa bouche sortent les vérités que les adultes n'osent révéler. Les auteurs parlent de sa coiffure, qu'il désigne parfois comme un feu au-dessus de sa tête, dont il ne se rend sans doute pas compte mais qui symbolise la folie que chacun peut avoir en lui.

Les traits du dessin permettent d'explorer une grande diversité d'expressions du personnage. Ils soulignent le contraste entre une hyper-expressivité, proche de la folie (notamment lorsque Pico se met en colère) et une douceur liée à son innocence.



L'enfance et l'humour

Les enfants sont au centre de cette bande dessinée. Pico Bogue est dans le présent, ici et maintenant. Le dessin permet de s'approcher au plus juste de cette immédiateté, comme si la vie de Pico était croquée, prise sur le vif.

Pico Bogue grandit, il réfléchit, se questionne et se confronte au monde des adultes. Confronter est le terme approprié. La vie apparaît comme un combat et Pico se démène. Il observe, il utilise son expérience de la vie, l'exploite et la met à profit.

L'humour surgit du regard qu'il porte à l'issue de ses réflexions sur la vie des adultes parfois dépourvue de logique.



Les influences

La BD et le comic-strip


Pour la forme mais aussi pour l'humour utilisé, la bande dessinée et le comic-strip apparaissent comme leurs sources d'inspiration.

Parmi les influences évoquées par Dominique Roques on retrouve tout naturellement le meilleur du comic-strip avec

 

« Peanuts, Calvin & Hobbes bien entendu, Mafalda aussi. Mais j’ai aussi fait mon éducation avec Franquin, Goscinny et Uderzo, Sempé (énormément) et bien d’autres dont les plus récents : Ferri et Larcenet. Et il y a Bretécher et F’murrr. Et la joie de vivre de Geluck. Et je pourrais continuer… »

 

Un comic strip, ou simplement strip, est une bande dessinée de quelques cases, disposées en une bande le plus souvent horizontale. Ce nom provient de la juxtaposition des termes anglais comic (comique, amusant, drôle) et strip (bande, bandeau). un format narratif de court, propose une séquence instantanée, avec une chute.
Peanuts.jpg
Charlie Brown protagoniste de Peanuts de Charles Monroe Schulz, rate quasiment tout ce qu'il entreprend malgré une détermination et un espoir sans faille.


L'aquarelle et le crayon

Alexis Dormal évoque en parallèle des

 

« auteurs et illustrateurs tels qu’Art Spiegelman, Ian Falconer, Harry Bliss, Edward Sorel, Charles Addams, Voutch… Et puis, pour [l]’aider dans la couleur, des bouquins d’aquarelles d’Hopper, Homer, Sargent et Delacroix sont toujours ouverts sur [la] table de travail ».

 

 

L'aquarelle semble être la technique qui s'est imposée, par des couleurs directes. Il excelle dans sa capacité à recréer des ambiances, toujours avec pour finalité de mettre en valeur le texte.

Roques-Dormal-Pico-Bogue-5.jpg

Mon avis

Cette bande dessinée a été une vraie découverte pour moi. J'aime l'univers des auteurs, l'humour se mêle habilement à la poésie. Il y a une fraîcheur qui se dégage à la lecture des textes. En quelques mots, je pense que les auteurs ont su résumer ce qui plaît au lecteur et ce qu'il aime trouver lorsqu'il se plonge dans le monde de Pico Bogue : une bulle d'air.


Mélanie, AS Éd.-Lib. 2011-2012

Sources

Wikipédia

 http://www.dargaud.com/blog/picobogue

 http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Pico-Bogue-a-un-grand-frere-et-une-vraie-maman-_3639-1626273_actu.Htm?xtor=RSS-4&utm_source=RSS_MVI_ouest-france&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS

 http://expressbd.fr/?s=dominique+roques

 http://www.bdgest.com/news-297-BD-pico-bogue-le-nouvel-enfant-terrible-de-la-bande-dessinee.html





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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:00

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-Tnba.gif

TnBA

Mise en scène et adaptation

Arthur Nauzyciel

texte traduit du russe
par André Markowicz et Françoise Morvan
Actes Sud, 1996

 

 

Hier, je suis allé voir la mouette. J'en ai rencontré plusieurs. Derrière des masques, volatiles de cauchemar, les comédiens envahissent la scène en piaillant, désincarnés, avec des yeux d'oiseaux morts. Le premier acte commence et chacun se présente. D'énormes plaques de métal rouillé déchirent la scène en plusieurs espaces : espace de rencontre, espace d'expression, espace de mise en abyme (quand une pièce de théâtre est jouée dans la pièce de théâtre).

L'histoire, c'est celle de Konstantin, de Nina, d'Irina et de Trigorin. Ce sont des personnages qui s'aiment, ou qui voudraient s'aimer, eux-mêmes d'abord, puis les autres, si c'est possible. Konstantin veut devenir dramaturge, mais il est écrasé par le succès déclinant de sa mère, comédienne, et de l'amant de celle-ci, l'auteur poète Trigorin. Irina, la mère de Konstantin, se noie dans l'admiration qu'elle a pour elle-même. Trigorin, bien que conscient que sa popularité lui vient de son manque d'originalité, n'est tourné que vers son oeuvre et ses échecs. Et il reste Nina. Konstantin a écrit une pièce pour elle, car il est amoureux. Elle, ne croit pas en lui, mais voulant faire carrière, elle se rapproche de Trigorin pour tenter de réussir.

Dans l'écriture du texte, on devine une volonté de comédie, on sent que Tchékhov voudrait rire de ces artistes en peine d'existence, qu'il voudrait rire de lui-même. Pourtant, le drame s'installe, les amours se défont ou s'évitent. La mouette, c'est Konstantin qui l'a tuée, en ratant sa propre tête qu'il aurait voulu expédier d'une balle. La mouette, c'est elle qui est à l'origine de la passion de Trigorin pour Nina. Il écrit cette histoire : une fille qui aime un lac, et que l'on fait périr, simplement pour passer le temps. Nina est cette mouette, qui ne connaîtra que l'échec, et que Konstantin aurait tuée parce qu'il s'ennuyait de lui-même.

Le metteur en scène (Arthur Nauzyciel) nous propose une vision particulière de la pièce. Le texte comportant beaucoup de didascalies, il s'est permis de les transformer, de les actualiser parfois, et plus souvent, de mettre de l'humour là où le drame devenait trop intense. Il en ressort des personnages que l'on peut reconnaitre, malgré leurs noms russes à rallonge, à leur humanité. Les folies représentées sont celles d'aujourd'hui : les aliénations d'une société qui va trop vite, qui s'offre des reconnaissances trop éphémères. Ils nous plaisent, malgré les cris du théâtre et les drames impossibles. Arthur Nauzyciel est aussi musicien, et n'hésite pas à monter sur scène entre chaque acte, à accompagner les danses des ornitho-comédiens de guitare et de chant aériens.

J'ai vu les mouettes, je les ai vues mourir, je les ai vues souffrir. J'ai vu les mouettes dans leurs vols aléatoires, parfois grisées de vitesse, parfois ennuyées par le temps qui passe et se ressemble. Un artiste est comme une mouette : il aime un lac, il est heureux et libre, mais un homme arrive et la détruit, juste par hasard. Comme une mouette.


Léo, AS édlib 2012-2013

 

 

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 07:00

jeudi 11 octobre

12h30 - 13h30

CRM Montaigne

convivialitte.JPG

 

 

 

 

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 07:00

 

Andrew-Crumey-Pfitz.gif

 

 

 

 

 

 

Andrew CRUMEY
Pfitz
 Première édition

Dedalus Ltd edition, 1993

Traduction

Alain Gnaedig

Calmann-Lévy, 1998

Serpent à plumes, 2001

L’Arbre vengeur, 2010
Couverture illustrée
par Marc-Antoine Mathieu

 

 

 

 

 

 

 

Paru pour la première fois en 1995 chez Dedalus (éditeur anglais), Pfitz a été successivement publié en français chez deux éditeurs, à chaque fois épuisé et oublié, avant de reparaître chez l’Arbre Vengeur. Livre au titre peu banal, c’est une sorte de fantaisie doté d’une grande part d’érudition.



Andrew Crumey, né à Glasgow en Écosse en 1961, enseigne durant plusieurs années après des études de physique et de mathématiques à Londres. Critique littéraire au Scotland on Sunday il obtient le prix Saltire en 1994 pour son premier roman, Music, in a Foreign Language. Ses œuvres suivantes, D’Alembert’s Principle, Mr Mee, Mobius Dick et Sputnik Caledonia ont également remporté de nombreux prix.



Pfitz

L’histoire se déroule au XVIIIe siècle ; un prince, pour rester éternel, décide d’être inventeur de cités fantastiques.

La première, Margaretenburg, baptisée et inventée à la mémoire de sa fiancée décédée de la petite vérole, nécessite la participation de tout le peuple, le prince recourant aux services de ses sujets.

Suivent des cités dédiées au bien-être, à la beauté de l’architecture, à la fantaisie et à la célébration : Herzchen, Pomonia et Spellensee.

C’est à cinquante ans passés que le prince s’engage dans son projet le plus grandiose. Il avait cherché le mondain, le matériel, l’éphémère et l’insignifiant pour satisfaire le goût du peuple et avait gâché des années d’existence sur des cités de plaisirs festifs.

Il décide donc de construire la ville comme encyclopédie :

 

« une cité qui exposerait l’étendue complète du savoir humain. En son centre un Musée et une Bibliothèque comme on n’en avait encore jamais imaginé. »

 

Une ville élaborée dans ses moindres détails qui nécessite de nouvelles équipes d’aménageurs, d’architectes, reprographes et graveurs.

Dans ce projet de ville baptisé Rreinstadt, tout le Royaume est mobilisé pour inventer chaque lieu, chaque pièce, chaque objet mais également les habitants qui y résident jusqu’à leurs biographies et les œuvres littéraires qu’ils auraient produites.

C’est dans cette entreprise utopique qu’apparaît Schenk, vrai héros du roman et personnage assigné au Secrétariat de cartographie. Lorsqu’il se penche sur les travaux d’une jeune biographe nommée Estrella, il aperçoit le nom du comte Zelneck. Tombant follement amoureux, il fait des recherches sur cet homme et le trouve répertorié sur une carte. Il occupe un lit. Sur le sol une inscription : Pfitz .

Ayant l’intention de s’impliquer dans la vie de la biographe il commence à créer des dialogues imaginaires entre le comte et Pfitz. Ces dialogues sont enchâssés dans le récit, une potentielle lectrice et l’auteur y font irruption, laissant la place à un second enchâssement :

 

– « Vous m’avez forcé à vous raconter l’histoire de Pfitz par son Auteur, et vous n’avez cessé de m’interrompre et de me critiquer, si bien que je crains que nous n’atteignions jamais la fin.

– Auquel cas je resterai muette. »

 

Au fil du temps il apparaît à Schenck qu’écrire des ouvrages de personnages fictifs devient dangereux. Konrad Weissblatt, l’un des écrivains ayant participé à la création de la biographie du personnage Spontini, s’identifie peu à peu à celui-ci, mimant la vie inventée par la biographe et allant même jusqu’à la prendre pour sa femme. Sa folie s’installe, il vit une fiction dans le réel.

Le livre prend fin de façon surprenante, les principaux personnages réels et fictifs se trouvent rassemblés dans la bibliothèque accompagnés d’un « chorus logico-philosophicus ». Ce n’est qu’à la fin de l’histoire qu’est dévoilée l’origine de ce mystérieux prénom : Pfitz.



Dans ce livre il y a donc sans cesse un basculement entre fiction et réalité, virtuel et réel, ainsi que les thèmes de l’urbanisme, de l’amour, de la science, etc. Les mises en abyme s’enchaînent, menaçant de perdre le lecteur à tout instant.

En lisant ce livre, on pense à Borges où à Calvino pour Les villes invisibles. D’autre part, le « chorus logico-philosophicus » fait référence au Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wiltgenstein.


Cette œuvre illustre bien la pensée du XVIIIe siècle dans lequel l’utopie se substitue au réel que ce soit en art, en littérature ou en architecture. L’architecte Ledoux avait en effet imaginé une cité idéale autour de la saline royale d’Arc-et-Senans pour la ville de Chaux. Cette saline devait former le centre, un édifice à la forme cylindrique et sphérique, centre d’une cité idéale pour une meilleure communion du peuple.


Aurélie H, 1ère année Bib 2011-2012

 

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 07:00

Jim Dodge L oiseau canadeche

 

 

Jim DODGE
L'Oiseau Canadèche
Titre original
« Fup »
1ère éd. 1984
Traduit de l'américain
par Jean-Pierre Carasso
 Cambourakis
Collection Literatur, 2010

 

 

 

 

 

« Traversé d'un agréable souffle libertaire, L’Oiseau Canadèche est un délicieux conte naturaliste moderne, un trésor de malice et de tendresse… »



 

 

 

L'Oiseau Canadèche est un roman d'une centaine de pages écrit dans le courant des années 1980 par l'auteur américain Jim Dodge.

Jim-Dodge.jpgNé en 1945, Jim Dodge est une figure atypique de la littérature américaine, à la fibre nettement écologiste et libertaire. Peu prolifique, auteur de quatre livres, trois romans et un recueil de poésie, l’homme a pris le temps de vivre, a partagé durant quelques années l’expérience d’une communauté autonome de Californie, exercé divers métiers, entre autres bûcheron, berger, joueur professionnel, etc. Il œuvre aujourd’hui pour la préservation de l’environnement dans un ranch de la région de Sonoma. Après Stone Junction, L’Oiseau Canadèche a rencontré un accueil très enthousiaste. (source : http://www.cambourakis.com/spip.php?article179 )

Au cours de ce point sur l'une de mes lectures, nous observerons les différentes parties du roman tout en mettant l'accent sur des thèmes récurrents ce qui me permettra de mieux présenter mon avis.



Pour la petite histoire.Jim-Dodge-Canadeche-2.png

L'Oiseau Canadèche saisit les vies d'un trio atypique et narre la rencontre assez improbable d’un vieil homme, entre le vieux sage et l'alchimiste, de son petit-fils retrouvé et d’une cane sauvée des défenses d'un terrible sanglier.

Jim Dodge nous plonge dans une Amérique verdoyante à l'aube des années 1980 et nous fait vivre une drôle d'aventure au sein d'un ranch perdu au bord de la Russian River (voir carte ci-contre), le long de la côte ouest de la Californie.

Les deux hommes menant leur petit bout de vie sont quelque peu perturbés par l'arrivée d'une cane qui saura imposer son caractère. Petit oiseau devenant grand et l'heure de la migration ayant sonné, les deux hommes se mettent en tête d'apprendre à voler à cette bête aux pieds palmés.... Pourtant, nous sommes loin des histoires d'apprentissage classiques et banales.

Au fil de cette courte leçon de vie entre onirisme et loufoquerie, la plume de Dodge s'envole pour notre plus grand plaisir et nous promet un atterrissage tout en douceur.



Un trio atypique.

Jackson Santee dit Pépé Jake

 

« Pépé Jake avait quatre-vingt-dix-neuf ans ; généralement lucide, il était néanmoins sujet aux accès de bafouillage et de cafouillage de la sénilité. » pages 36-37.

 

Une sénilité que l'on oublie bien souvent étant donnée la vivacité d'esprit de ce personnage proche du centenaire. Jake n'est pas un « pépé » comme les autres, il est très porté sur le jeu, le poker notamment qui lui permettra de s'établir et de vivre heureux dans un ranch sur la côte ouest des USA. Autre passion : le whisky fait maison baptisé « Vieux Râle d'Agonie ».

Il possède un caractère bien trempé et n'hésite pas à remettre à leur place ceux qui tentent de s'opposer à lui ou à un membre de sa drôle de famille :

 


« Si vous ne vous barrez pas aussi sec et nous laissez pas profiter de notre soirée dans ce trou à rats merdique que vous avez le culot d'appeler un Rancho Deluxe, nous serons de retour demain soir avec la camionnette pleine de sangliers et deux auges de bouillie de maïs fermenté. »

 

 

Johnathan Adler Makhurst II dit Titou

 

« Titou avait vingt-deux ans, mais son doux visage arrondi le faisant paraître dix ans de moins, il évoquait encore les balbutiements de l'adolescence. » p. 36.

Il a perdu ses parents très jeune et a été recueilli par son grand-père à quatre ans. Ce dernier, s'est débattu contre l'assistante sociale du coin pour obtenir la garde de son petit-fils.

Titou est de nature moins emportée que son grand-père, il a l'air d'un colosse mais est incapable de la moindre violence. Il veille sur son grand-père.



Canadèche

Colvert femelle « elle était omnivore et dotée d'un appétit immense » (p. 59). « Sa démarche était gracieuse jusqu'au ridicule » (p. 61).

Cette cane possède son propre caractère et adopte un code pour se faire comprendre des deux hommes :

« Son langage était moins compliqué, si, par langage, nous entendons une réaction somatique, ou sonore, à l'environnement. Son vocabulaire était restreint mais vif. Un couac indiquait l'accord ; deux couac, l'établissement d'un rapport. Trois couac, une approbation du fond du cœur (…) » (p. 62)

 

 « Un roman canard »

« En référence au comportement de l'oiseau aquatique palmipède à large bec jaune et particulièrement à son amour de l'eau, on nomme « bois canard » un morceau de bois qui, au cours du flottage, va au fond de l'eau ou s'arrête sur les bords du cours d'eau, et peut-être... peut-être... L'Oiseau Canadèche en mettant en scène des bribes de parcours formidablement attachants fondés sur des analyses et des raisonnements en apparence farfelus, peut-être, L'Oiseau Canadèche, est-il en ce sens un « roman canard » : il s'immobilise par instants sur les berges du temps qui coule, il va au fond de l'âme d'un caneton, et il place la conviction intime au cœur des préoccupations des protagonistes, rappelant que les événements improbables ne sont jamais tout à fait impossibles. » Extrait de la postface de Nicolas Richard.



L'histoire est composée de quatre parties

Brève histoire de famille. (p.11 à 31)

Ce premier chapitre est un retour aux origines de l'histoire, une construction généalogique s'ensuit. En effet, tout commence par le mariage de Gabrielle Santee (enceinte de trois mois) avec le jeune et riche pilote Johnny Makhurst dit « le Supersonique » : « Le mariage eut lieu sur le terrain d'aviation de Maffit, dans un hangar festonné de papier crépon » (p.11). La  mise en scène particulière du mariage annonce le destin tragique de l'un des deux époux :

 

« les jeunes mariés prononcèrent le ''oui'' fatidique debout sur l'aile d'un chasseur à réaction de type X-77. Cette aile, très précisément se détacha de l'avion (…) deux mois avant l'accouchement de Gabrielle. »

Une ellipse narrative nous permet de retrouver la jeune Gaby et son fils en train de pique-niquer au bord d'un lac. Ce bref repas étant interrompu par la pluie, les deux personnages se réfugient dans leur voiture. Son fils endormi, l'innocente mère aperçoit un canard près de l'eau et décide de l'attirer pour lui donner du pain quand soudain : « Au bout de la jetée, elle glissa sur les planches mouillées, son crâne cogna violemment dans sa chute ; elle bascula dans l'eau et se noya ». L'accumulation de ces verbes d'action rendent l'accident plus brutal mais n'empêche pas l'esquisse d'un sourire ; cela est dû à la parataxe, aucune conjonction de coordination ne fait le lien entre les actions.

En deux pages, les parents de Titou sont expédiés, ils ne sont que des éléments déclencheurs de l'histoire et semblent inutiles à sa suite. Nous laissons alors le jeune Titou seul au bord du lac et effectuons un autre retour en arrière pour suivre quelques épisodes de la vie de son grand-père qui lui est pour l'instant inconnu.

Le narrateur s'attarde sur Jake car c'est ce personnage qui va en quelque sorte structuer le récit. Jake est un bon vivant ayant un sérieux penchant pour la boisson, les femmes (il se marie cinq fois), le vagabondage et le jeu. C'est d'ailleurs grâce son habileté qu'« il gagna 17000 dollars et le titre de propriété de 940 arpents au nord de Russian River, le long de la côte » et c'est avec simplicité « qu'il s'installa et se sentit chez lui » comme si la vie n'était qu'un long fleuve tranquille.

La rencontre avec un Indien dans le Nevada va stabiliser la ligne de vie de Jake. L'Indien en train d'agoniser dans une ruelle lui donne la recette d'un whisky et lui confie tel un sorcier :  « Bois-ça. Tiens-toi peinard et tu seras immortel » (p. 18).

Il faut dire que le whisky agit comme une potion :

« le whisky l'aida beaucoup à se tenir peinard. Un petit coup de ce Vieux Râle d'Agonie aurait suffi à mettre à genoux la plupart des êtres humains ; deux lampées suffisaient à produire une catatonie doucement hallucinatoire. »

Le récit s'accélère ensuite et l'on apprend que Jake, ne payant pas ses impôts, est sur le point de perdre sa maison et comme si cela ne suffisait pas, le décès de sa fille est annoncé. Jake doit alors prendre ses responsabilités de grand-père ce qui le laisse rêveur :

 

« quand il vit son petit-fils pour la première fois, il sentit une chaleur dans son sang. Il voyait des parties de pêche en perspective (...) il vit quelqu'un à qui il pourrait apprendre à jouer aux cartes, quelqu'un qui boirait avec lui... » (p. 26).

 

L'arrivée de Titou nous permet de voir le personnage autrement.



La grande partie d'échecs de 1978. (p.33 à 54)

Nouvelle ellipse narrative grâce à laquelle on retrouve Titou animé d'une passion pour l'élévation de clôtures. « La passion de Titou, c'était les clôtures » (p. 43). Il entreprend de clôturer la propriété de son grand-père mais une période d'intempéries interrompt son travail et tient Pépé Jake au lit.

Pour faire passer le temps, les parties d'échecs s'enchaînent et les défaites de Jake aussi. Titou se rend compte qu'il ne quittera pas le lit tant qu'il n'aura pas gagné :

 

« ils étaient lancés dans une série de 999 parties, à charge pour le vainqueur de gagner les 500 premières. Le score était de 451 à 12 quand Titou comprit que Pépé Jake ne guérirait jamais s'il ne gagnait pas .»

 

Ces parties suspendent le temps et c'est l'occasion de donner un portrait des deux personnages construit tout en contraste . en guise d'exemple on peut se pencher sur le passage suivant :

 

« Titou buvait modérément, en général une petite gorgée avant d'aller au lit afin de tenir la bride à ses rêves. Pépé Jake buvait comme une outre, souvent une chopine par jour pour donner du fouet à ses rêveries » (p. 38).

 

Le portrait de chacun est esquissé avec humour.

Les beaux jours revenants Jake n'étant plus malade et Titou voulant retourner à ses clôtures, il décide de perdre la dernière partie d'échecs. Une fois à l'extérieur, il découvre sont travail saccagé. L'on doit ce « vandalisme délibéré » à Cloué-Legroin, sanglier farouche.

 

 

« Pour Titou, la fatalité s'incarnait dans les sangliers. Avec leur groin, leur garrot puissant et leur gloutonnerie obstinée, les sangliers sont les ennemis naturels des clôtures. » (p. 46).

 

 

Cependant, ce saccage n'est pas sans surprise :

 

 

« il découvrit, à demi enfoui, aux trois quarts noyé, un caneton à peine éclos dont le duvet était tout entier collé par la bouillasse .
 

 

    Qu'est-ce que c'est que cette saloperie-là ? grinça Jake quand Titou déposa le caneton encroûté de boue sur la table de la cuisine.

 

    Un bébé canard, je pense, dit-il. » (p. 50).

 

 

Seulement voilà, ce caneton est sur le point de sombrer et rien de mieux qu'un peu de whisky en guise de remontant :

 

« Les effets furent instantanées : le caneton, les yeux jaillissant de la tête, se mit à tourner sur la table comme une toupie, en piaillant comme un possédé. »

 

Vient ensuite le temps de donner un nom à cet oiseau qui se fondera sur un jeu de mots :

 

 

« On ferait mieux d'y donner un nom, à cette mocheté, qu'on sache au moins de qui on parle, dans l'avenir.

Titou sourit :

    J'y ai déjà pensé. Je crois que j'en ai trouvé un de bon.

    Il s'interrompit, ménageant ses effets.

    Trou-de-pieu, annonça-t-il.

    Disons que c'est pas mal, dit Grand-papa. Mais j'en ai un meilleur, moi, misère de misère ! Canadèche !…

    Canadèche ? Répéta Titou sans comprendre.

    Cane à dèche, tu piges? Canne à pêche : cane à dèche ! Qu'est-ce que t'en dis ? L'oiseau Canadèche !… »

 

 

Allez comprendre l'humour…



Canadèche (p.59 à 77).

Dans cette troisième partie, peu de choses sont à relever. Nous suivons l'évolution « volumétrique » de l'oiseau et la petite routine qui s'installe entre les trois personnages. Chacun d'entre eux prend ses marques. Pépé Jake médite, Titou construit toujours ses clôtures accompagné de Canadèche qui se conduit comme un canard domestique.

 

 

« Les seules exceptions à la routine quotidienne, qui s'inscrivaient dans le cadre d'une harmonie plus vaste, étaient les films du vendredi soir et la chasse au sanglier du dimanche matin. » (p. 65).

 

 

Le cinéma leur permet de se détendre tandis que la chasse au sanglier est une traque du vieux Cloué-Legroin.



Le deuxième cœur (p.79 à 106).

Dans cette dernière partie, l'environnement se fait plus présent, on assiste à une sorte de 'surgissement du wild qui nous invite à accorder plus d'attention au monde qui nous entoure :

 

« Ah ! Là là. Vous autres, les blancs, vous avez beaucoup fait pour nous prendre tout ça. Mais vous n'avez rien fait pour le mériter. Votre désir, c'est de tout domestiquer. Si vous vouliez bien demeurer immobiles un instant et laisser vos sensations agir au fond de vous-mêmes, vous comprendriez combien toute chose désire être sauvage. »

 

Jake se met aussi en tête d'enseigner le vol à Canadèche.

Titou et Canadèche finissent par affronter Cloué-Legroin et l'issue du combat laisse quelque peu songeur.

La fin du roman signe de nouveaux départs tant sur terre que dans les airs.



De la loufoquerie à la leçon de vie.

Est loufoque ce qui amuse par son extravagance, l'extravagance visant l'excentricité et le déraisonnable. Avec Canadèche nous ne sommes pas loin de ce grain de folie. Plusieurs éléments y contribuent, entre autres :

 

–  les ficelles propres au comique tels que le comique

 

de situation : Canadèche poursuivant un chien (p.61),

de geste : la façon dont le grand-père boit sa cruche de whisky,

de parole : « Bah, nom d'une pipe, j'aurai été immortel jusqu'à ma mort ! »,

 

 

– l'exagération : beaucoup de détails semblent amplifiés de manière démesurée pour notre plus grand plaisir. Citons par exemple l'épisode du cinéma :

 

« – Que fait ce canard dans mon établissement ?

Elle veut voir le film, dit aimablement Titou, devançant son grand-papa qui commençait à écumer.

– Nous refusons absolument tout ce qui sort de l'ordinaire.

Jake explosa :

– Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien merdeuse et salement étroite, non ? Alors voilà : il se trouve que vous avez ici un canard d'attaque, dréssé pour le kung-fu et spécialement élevé pour nous par la société Tong. Nous la laisserions bien à la maison mais elle massacre tous les coyotes. » (p. 68).

 

 

‒un style enjoué : tout au long du roman on se laisse très facilement emporté par l'action, il n'y a pas de longueurs.

‒ le wild, le nature writing* : harmonie environnementale, un appel à la tranquillité.

‒ peut-être une légère moquerie vis-à-vis du mode de vie américain.

 

Ces pointes d'humour mènent aussi bien au rire qu'à la réflexion



Avis

Un peu surprise par le début expéditif de l’œuvre, je suis allée de surprise en surprise au fil des pages. Chaque petit détail fait sourire, le lien qui unit les trois personnages, le plaisir de vivre simplement au fil du temps émeut, pousse à l’exil et à la découverte ce grand-ouest américain où il fait bon vivre. Plus sérieusement, le style dodgien est léger, pétillant, il nous livre une fable réjouissante qui suspend le temps. Dodge rejoint à sa manière l'atmosphère des écrivains du Montana en renouant avec une écriture naturaliste ce qui fait écrire à Benjamin Berton qu'« il] maîtrise (il a alors 38 ans) à la perfection les codes du roman américain, jouant avec John Steinbeck pour le côté vie à la ferme, lorgnant du côté de Jim Harrison pour son goût des espaces naturels, de Henry David Thoreau pour son sens du défi au pouvoir central, pour transcender le tout en un conte loufoque. »

Nicolas Richard, surprenant auteur de la postface en fait la description suivante :

« Si le distillat obtenu par Pépé Jake, le Vieux Râle d’Agonie (…) est effectivement “à 97 % pur”, alors le petit livre tout aussi spirituel que spiritueux présentement ouvert entre vos mains est à 97 % un coup de génie. Les 3 % qui restent pouvant, selon l’appréciation de chacun, relever du délire animalier, de l’apologie de la clôture, du manifeste anarchiste, de l’éloge de la vieillesse, du manuel de siphonnage à contre-pente, du souvenir de la balle de golf aspirée au bout de 25 m de tuyau d’arrosage, du traité d’échec sous les séquoias, etc. »


N.B : pour plus d'informations vous pouvez consulter les sites suivants :

Site des éditions Cambourakis :

 http://www.cambourakis.com/spip.php?article179

 http://fluctuat.premiere.fr/Livres/News/De-la-metaphysique-du-canard-3174136


Émilie, 1ère année bib-méd. 2011-2012

 

 

Notes

 

*nature writing : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nature_writing

* école du Montana :  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89crivains_du_Montana#Le_Montana.2C_ultime_incarnation_de_l.27Ouest_am.C3.A9ricain

 

 

 

Jim DODGE sur LITTEXPRESS

 

Jim Dodge Stone Junction 1

 

 

 

 

 

 Article de Marine sur Stone Junction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jim Dodge L oiseau canadeche

 

 

 

Article de Sara sur L'Oiseau Canadèche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 07:00

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Tore RENBERG
Charlotte Isabel Hensen
traduit du norvégien
par Carine Bruy

Mercure de France, 2011

Le Livre de Poche, 2012


 

 

 

 

 

 

 

Tore Renberg est un auteur norvégien né en 1972. Il se fait connaître en 1995 avec son recueil de nouvelles Sleeping Tangle, qui obtient le Prix Tarjei Vesaas des débutants. L' Homme qui aimait Yngve sort en 2003, et l'installe comme une figure littéraire populaire de son pays. En 2004, il est considéré comme l'un des dix meilleurs écrivains norvégiens âgés de moins de 35 ans par le Festival de littérature de Norvège et l'hebdomadaire Morgenbladet ; sa suite, The Orheim Company, reçoit aussi un très bon accueil. Son troisième roman, Charlotte Isabel Hansen, sorti en 2008, installe le personnage de ses deux précédents livres, Jarle Klepp, dans une saga littéraire. Un quatrième volet, sorti en 2009 dans son pays, Pixley Mapogo, met encore Jarle Klepp en scène. Charlotte Isabel Hansen permet à Tore Renberg de remporter le prix des libraires norvégiens.



Jarle Klepp, chercheur en littérature, spécialiste de l'onomastique proustienne (l'art du nom propre) est un étudiant de 24 ans qui prépare une thèse tout en consacrant beaucoup de temps à sa vie de débauche en fin de semaine. Après avoir été forcé de se soumettre à un test ADN par une lettre de la police, il apprend qu'il est le père de Charlotte Isabel, une fillette de 7 ans.

Le jeune homme n'a aucun souvenir de la nuit de sa conception ni de la mère mais se voit tout de même obligé d'accueillir la fillette pendant une semaine. Ces quelques jours seront lourds de conséquences et bouleverseront à jamais la vie de Jarle Klepp mais aussi de ses camarades de l'université. Charlotte Isabel Hansen est un roman illustrant une opposition entre deux mondes totalement différents, qui a pour fil conducteur un événement connu de tous et qui sonne comme un récit initiatique pour l'étudiant.

 

 

 

Le roman met avant tout en scène la confrontation majeure de deux mondes jusqu'alors opposés : celui d’un étudiant et celui d'une fillette. Jarle Klepp consacre beaucoup de temps à ses ébats sexuels et à ses compagnons de beuverie ; il mène une vie insouciante difficilement conciliable avec la paternité. L'arrivée de la petite fille bouleverse tout et tout le monde dans ce milieu universitaire puisqu'elle fait naître des sentiments de bienveillance et d'admiration partout où elle passe. La confrontation de ces deux mondes qui ne sont pas censés se côtoyer mais qui y sont forcés est riche de conséquences. En effet, elle ouvre de nouveaux horizons à Jarle et remet totalement en cause ses certitudes littéraires, elle le pousse également à une réflexion (certes tardive) sur les conséquences d'une nuit sans précaution. C'est grâce à Charlotte Isabel, surnommée Lotte, que les trois post-adolescents qui étudient la littérature et n'ont pas envie d'entrer dans l'âge adulte gagneront peu à peu en maturité.



Dès les premières pages, le lecteur comprend que le 6 septembre 1997 est un jour particulier. Mais pourquoi ? À l'échelle mondiale, c'est le jour de l'enterrement de la princesse Diana et à plus petite échelle c'est l'arrivée de Charlotte Isabel chez son père. Ces deux événements marquent un bouleversement à différentes échelles. La mort de la princesse Diana est comme un fil conducteur dans le roman puisque son évocation revient tout au long des 400 pages du récit. L'auteur montre ainsi que le jour du débarquement de la fillette dans la vie de Jarle Klepp n'est pas un jour comme les autres, et pour l'étudiant et pour le monde entier qui assiste à l'enterrement de Diana. Les principaux signes qui montrent que le lecteur assiste à une journée spéciale sont que l'épicerie habituelle du jeune homme est exceptionnellement fermée et qu'il n'y a personne dans les rues. L'auteur met donc un fait divers qui a bouleversé énormément de personnes en 1997 au cœur de son ouvrage et souigne ainsi le caractère exceptionnel de l'arrivée de la fillette dans la vie de Jarle Klepp.

 

 

 

Jarle Klepp a une semaine et 400 pages pour apprendre à être père et devenir quelqu'un de bien et de responsable. Dès les premières pages, le lecteur assiste à l'élaboration par l'auteur d'un portrait plutôt négatif et désagréable de Jarle. En effet, il est décrit comme un étudiant imbu de lui-même, égoïste, qui se pense supérieur aux autres, obnubilé par un article qu'il a envoyé à une célèbre revue littéraire et intellectuelle qui ne l'a pas encore publié et plein de préjugés : le métier de caissière de la mère est très fortement dévalorisé. Jarle Klepp peut être considéré comme un anti-héros. Le lecteur assiste à un amour naissant entre une adorable fillette et son père, post-adolescent égoïste. C'est ainsi que le personnage de Jarle, pas très aimable, connaît une évolution positive au cours du roman. Le lecteur suit presque heure par heure et jour après jour cette rencontre ainsi que ses conséquences sur la vie et le comportement du jeune homme. L'auteur nous livre beaucoup de moments d'introspection et montre à quel point il est dans les habitudes de Jarle Klepp de tout analyser. Lotte bouleverse à la fois sa vie personnelle et universitaire. Jarle Klepp, vieil adolescent en perpétuelles études, doit devenir un adulte responsable, mais voir débarquer une fillette dans sa vie le rendra-t-il vraiment adulte et responsable ?



Tore Renberg aborde le sujet sérieux de la paternité tout en le traitant avec humour. Il a recours à l'écriture de l'oralité puisque les conversations des personnages sont omniprésentes dans le roman, transcrites non pas sous la forme habituelle mais au discours indirect libre. Bien que la fin se devine aisément et qu'une suite soit envisageable, le roman reste agréable à lire.


Morgane, 1ère année éd.-lib. 2011-2012

 

 

 


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