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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 07:00

Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif





 

 

 

 

 

 

 

 

Ahmadou KOUROUMA
Allah n’est pas obligé
Seuil, Cadre Rouge, 2000
Points, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Tel devrait être le titre en entier de ce récit selon le narrateur, Birahima, « petit nègre », comme il se qualifie lui-même.



Le livre se découpe en plusieurs chapitres, qui suivent chronologiquement le parcours initiatique de Birahima, évoluant entre les guerres tribales de l’Afrique de l’ouest.



Birahima est un jeune garçon d’une dizaine d’années, appartenant au peuple Malinké[1]. Il vit au départ en Côte d’Ivoire avec sa mère, malade d’un ulcère à la jambe ; elle finit par en mourir. Les circonstances de sa mort et les événements qui l’y conduisent introduisent dès le départ la magie dans l’histoire. Celle-ci sera présente tout au long du récit, entre croyance et doute des personnages.

Ainsi, sa mère n’aurait pas voulu se marier avec le fils d’une sorcière du village, celle-ci lui a alors lancé un sort, créant un ulcère dans sa jambe. Le narrateur démontre alors comment les personnages oscillent entre croire à cette magie et l’utiliser pour guérir la mère ou se tourner vers la science. Finalement, la tradition et les anciennes croyances l’emportent : la médecine ne saurait guérir ce qui a été créé surnaturellement. Le narrateur se trouve confronté à la réalité quand sa mère en meurt, faute de soins.

Il quitte alors son village, partant à la recherche de sa plus proche famille : sa tante, qui vit au Liberia. Commence alors son voyage initiatique. Il est accompagné d’un sorcier du village, Yacouba. Celui-ci crée des « gri-gri », ou « fétiches », sortes d’amulettes protectrices qu’il vend à des soldats ou des personnes cherchant une protection, ces amulettes peuvent ainsi protéger des tirs de balles par exemple. Le narrateur continue à être bercé par cette magie, y croyant car c’est une forme de tradition dans sa culture et son éducation. Il se trouve confronté à plusieurs situations qui le confortent dans ses croyances. Ainsi, lorsque des soldats sont tués alors qu’ils portaient des amulettes, il en déduit que les soldats ont entaché la pureté du fétiche et donc son fonctionnement (ne se lavant pas après un rapport sexuel, etc.). Lorsqu’il quitte son village avec Yacouba, celui-ci étudie les signes des animaux alentour pour savoir s’ils peuvent partir en voyage : l’âme de la mère de Birahima le guide et le protège donc pendant son voyage. Ce passage évoque les oracles et les prédictions des récits de l’Antiquité.



Le narrateur raconte une histoire et une forte oralité se dégage du récit. Il ponctue ses phrases d’expression malinkés comme « Faforo » ou « Walahé ». En règle générale, chaque paragraphe se termine par une de ces expressions. Peu à peu, elles deviennent presque une marque de ponctuation, qui remplacerait un point d’exclamation. Il explique à chaque fois, entre parenthèses, la signification de ces expressions.

Birahima précise dès le départ qu’il ne parle pas bien le français, il utilise donc le dictionnaire Larousse, le Petit Robert, l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique noire et le dictionnaire Harrap’s. Ceux-ci lui ont été donnés par son cousin, qu’il retrouve à la fin du récit. Lorsqu’il utilise un des ces mots, il le définit aussi ensuite, encore entre parenthèses.

Cette alternance ponctue le récit, crée une forme de double ton et renforce l’oralité. Le premier s’adresse au lecteur, en décrivant les faits, les expliquant… Le second (entre parenthèses) arrête le récit, comme si le narrateur s’adressait à un enfant ou une personne non initiée.

Birahima se reprend aussi, directement au fil du texte, lorsqu’il veut préciser sa pensée. Il s’adresse même au lecteur, lorsqu’il définit plusieurs fois la même expression :

« Les autres ont suivi, pied la route. Oui pied la route. (Je vous l’ai déjà dit : pied la route signifie marcher.) »

Il prend presque un ton réprobateur et paternaliste lors de ces interventions, montrant la lassitude que lui inspire la définition de ces expressions, qui sont pour lui évidentes.

Birahima est déjà impertinent dans son rapport aux autres personnages, il démontre ici qu’il peut aussi l’être envers le lecteur, peu importe son avis. Il ne cherche pas à provoquer la sympathie, de qui que ce soit, et le prouve dans sa façon de fonctionner.



Très tôt dans son voyage, Birahima se rend compte que le seul moyen de se libérer et de ne pas subir la force des autres est d’être un enfant-soldat.  En effet, ceux-ci travaillent pour les bandits qui dirigent les régions qu’ils ont acquises. Ainsi, Birahima est confronté à divers groupes, tous violents et cherchant à acquérir le pouvoir : le NPFL (National Patriotic Front of Liberia), l’ULIMO (le Mouvement uni de libération pour le Liberia), l’ECOMOG (le ECOWAS Monitoring Group)… Il fera partie des deux premiers et combattra les derniers.

Plusieurs fois, il reprend l’histoire du Liberia, pays qu’il parcourt en hésitant entre la recherche de sa tante et son activité d’enfant-soldat. Ainsi, au début de la guerre tribale du Liberia, seulement deux « bandes » étaient opposées : celle du NPFL (dirigée par Taylor) et l’ULIMO (dirigé par Samuel Doe). Le Prince Johnson, qui appartenait au départ au NPFL a créé son propre groupe et entend séparer le Liberia non plus en deux mais en trois.

La présence occidentale, notamment américaine, et l’argent qu’elle apporte oriente le fonctionnement de chaque groupe. Ainsi, chacun veut avoir le plus de pouvoir possible, pour pouvoir commercer avec les pays occidentaux, vendre les pierres précieuses.



Birahima ne s’attarde pas sur les personnes qu’il tue, il ne décrit aucun meurtre qu’il commet. Il justifie le port de l’arme de chacun par le fait que cela soit obligatoire : « c’est la guerre qui veut ça ». De même qu’il a voulu être enfant-soldat pour survivre, porter une arme permet à tous de survivre. Cette lucidité teinte le roman, sans pour autant être défaitiste, Birahima donne une image finalement assez pessimiste de ce qu’il a vécu.
 

Ce roman a reçu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2000.

[1] Les Malinkés ou Mandingues sont un peuple d’Afrique de l’Ouest. Ils sont environ quatre millions aujourd’hui et se trouvent principalement au Mali, en Guinée et au Sénégal.


Marine Gheeraert, 2e année éd.-lib.


Ahmadou KOUROUMA sur LITTEXPRESS

Ahmadou Kourouma Les soleils des independances



Articles de Maylis et d'Hortense sur Les Soleils des indépendances.



Kourouma en attendant le vote des betes sauvages

Article d'Emilie sur En attendant le vote des bêtes sauvages





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Article d'Aude sur Allah n'est pas obligé.



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Parallèle de Patricia entre American Darling de Russell Banks et Allah n'est pas obligé.

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 07:00

Emmanuel Dongala Le feu des origines


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA
Le Feu des origines
Albin Michel, 1987
éditions du Rocher
Collection Motifs, 1983


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de l'auteur

 

Voir plus bas les fiches déjà publiées.

 


1. Fiche de Catherine


Résumé

Ce roman suit l'histoire de Mandala Mankuku, Congolais, depuis sa naissance jusqu'à sa vieillesse, avant la colonisation et pendant.

Dès les premiers instants de sa vie, il est considéré par les siens comme un être étrange car aucun villageois ne peut témoigner de sa naissance à part sa mère. Malgré les palmes qu'a plantées la femme sur le lieu de naissance, d'où le personnage tiendra son nom, « l'homme aux palmes », beaucoup de sa tribu refuseront de croire à sa venue au monde. L'idée d'exister sans être né, qui pour nous, Européens, semble irrationnelle, n'est pas absurde dans la culture ancestrale du personnage. La suite du récit nous prouvera à de nombreuses reprises que le fantastique fait partie du quotidien de cette tribu, ce qui donnera à ce roman des allures de conte. De même, les yeux pers du bébé le feront passer pour un monstre chez les siens qui le rejetteront en partie.

Mandala Mankuku passe son enfance et sa jeunesse sous l'influence du vieux sage Nimi A Lukeni, pour lequel il éprouve beaucoup d'affection et qui est le seul à qui il ose se confier, et sous l'influence de son oncle Bizenga, qui lui enseignera divers métiers – contrairement aux traditions ancestrales qui veulent qu'un homme ne se consacre qu'à une seule activité – dont ceux de chasseur, forgeron, sculpteur et guérisseur, dans lesquels il excelle et dépasse son maître. Sa curiosité et sa tendance à tout remettre en question font de lui un élément perturbateur du village, bien qu'aimé et respecté par les membres de sa tribu, surtout depuis qu'il a été proclamé nganga, c'est-à-dire puissant, par le vieux Nimi A Lukeni.

Lorsque les colons arrivent dans le village, Mandala est jeune homme. Le récit montre alors la rencontre entre les deux groupes et les légendes qui circulaient sur les Blancs :

 

« Il ne faudra pas les toucher car leur peau fragile laissera sur vos mains des paillettes diaprées comme la pierre de schiste ; leur visage est comme la lune car ce sont des cadavres vivants, des zombies... ».

 

Mais l’auteur dresse également un historique de la façon dont se sont passés la colonisation et l'esclavage, notamment avec l'enrôlement de Noirs de certaines tribus pour oppresser les autres Noirs, les mbulu-mbulu et le profond racisme des Blancs qui tenaient aux Noirs des propos dégradants.

Il doit alors se soumettre aux travaux forcés dans l'extraction du caoutchouc, l'impôt et à la construction du chemin de fer qui relie l'océan au fleuve, vrai drame dans l'histoire du Congo car de nombreux hommes y sont morts. À ce propos l'auteur s'adresse au lecteurs dans ce paragraphe :

 

« voyageur, si un jour tu prends le chemin de fer qui mène du grand fleuve à l'Océan, écoute attentivement le claquement des roues sur les rails car chacun d'eux, chaque tac-tac, dénombre un mort ; alors pense un peu à tous ces hommes ensevelis dans ces montagnes où tu passes et rappelle-toi qu'ici il y a un mort pour chaque traverse. Cela aidera peut-être leur âme à dormir en paix. »

 

Pour avoir tué son oncle Bizenga, entre-temps devenu chef du village, parce qu'il pactisait avec les étrangers alors que ceux-ci venaient de tuer ses parents, Mandala Mankuku quitte le village pour la ville, où il trouve une place de chauffeur de locomotive. Il est fier de son métier au début mais perdra vite ses illusions notamment lorsqu'il conduira les hommes noirs recrutés pour aller sur le front de la Seconde Guerre mondiale et dont si peu rentreront vivants. C'est à cette occasion qu'il rencontrera sa future femme Milete, qui ne sera pas acceptée par sa tribu car ayant d'autres origines. Après avoir mis au monde un enfant albinos, elle s'enfuira et Mandala ne la reverra plus.

Avec le temps Mandala Mankuku devient une figure importante de la lutte pour l'indépendance de son peuple, surtout après avoir hébergé « la Sainte du Nord », une femme militant pour la révolution des peuples africains contre les colons.

Devenu âgé, Mandala décide de retourner à ses origines, il met feu alors à sa maison et rentre à son village. Le dernier paragraphe donne la réponse au titre :

 

« il découvrit enfin ce qu'il avait cherché pendant toute sa vie : retrouver, comme au premier matin du monde, l'éclat primitif du feu des origines. »

 

 

Thématiques et structure du récit

C'est un roman foisonnant de détails sur la culture africaine et sur la manière dont s'est passée la colonisation au Congo. On apprend beaucoup sur les traditions des Congolais, leur manière de percevoir la vie et le monde, qui est totalement différente de la nôtre avec la place fondamentale qu'occupent les légendes, les contes et le fantastique au quotidien, leur rapport aux ancêtres,vivant ou morts, auxquels ils vouent un culte, et à qui ils ont recours pour chaque décision.

C'est également une quête de l'identité et du savoir pour le protagoniste, en somme une sorte de quête philosophique. Un conte initiatique aussi, racontant la vie de cet homme, de sa naissance à sa vieillesse.

La structure du récit est assez linéaire, même s’il y a des retours dans le passé de temps à autre, avec des chapitres et des sous-chapitres. Chaque chapitre est introduit par une courte citation d'auteurs du monde entier, asiatiques, africains, européens, américains...

L'écriture est simple, belle, souvent poétique grâce aux métaphores et aux comparaisons propres à la culture africaine, ainsi qu’à la lenteur dont est empreint le récit, que l'on peut assimiler à un conte.



Avis personnel

C'est un roman que j'ai beaucoup aimé, l'histoire est belle et instructive. C'est à la fois poétique et engagé. On pourrait s'attendre à de l'amertume voire de la haine de la part de l'auteur envers les Blancs qui ont oppressé son peuple, mais ce n'est pas du tout le cas, on est face à une sorte d'hommage à la vérité historique sans ressentiment aucun.


Catherine, 2e année bib.-méd.





 

2. Fiche de Victor.

 

 

L’intrigue

Le feu des origines, c’est l’histoire d’un homme (Mandala Mankunku), d’un pays (le Congo), d’un continent (l’Afrique) et d’événements historiques et mondiaux (la colonisation, la guerre…).

Le personnage principal est aussi curieux que mystérieux. En effet, Mandala Mankunku qui est déjà bon guerrier et bon forgeron, voudra atteindre la perfection dans tous les domaines de la connaissance. Il enchaînera donc des métiers et des expériences très  variées comme esclave révolté, médecin, politicien et conducteur de train. Il voudra toujours en savoir plus, de sa naissance jusqu'à son dernier souffle. Mandala Mankunku ou « celui qui détruit » va aller jusqu'à défier les éléments et le temps. Il va partir en quête de son passé, pour tenter de comprendre le mystère de sa naissance et de ses yeux. Il n’hésitera pas à combattre sa propre famille et les colons qui viennent d’arriver dans son village et sur ses terres pour trouver le feu des origines. Plus fasciné qu’apeuré par les étrangers, il tentera de comprendre la civilisation des colons et même de l’améliorer. De la campagne à la ville, les lieux, le progrès technique, l’histoire et la vie défilent à toute vitesse dans cet ouvrage qui semble être à la fois un documentaire, un témoignage et une sorte de conte africain. Dongala nous donne une leçon de vie et d’histoire de manière rapide, synthétique et efficace. Les 325 pages du roman se lisent étonnamment vite pour ensuite  ralentir et aboutir à une fin poétique.



Dix bonnes raisons de lire l’ouvrage

1- Amusant, émouvant, passionnant et didactique, ce livre ne se lit pas comme un cours d’histoire mais en a les effets. Si vous voulez apprendre et enrichir votre culture générale sur un continent dont on parle peu tout en vous détendant…, ce livre est fait pour vous.

2- Si le contenu et la symbolique de l’ouvrage est richissime, le roman se lit rapidement et n’est pas excessivement cher. En une matinée de lecture et pour seulement 10 euros vous visiterez l’Afrique… Ça vaut le coup, non ?

3- Ce roman dégage une sorte de magie africaine indescriptible qui vous plongera au cœur d’un continent et de ses traditions. En l’espace d’une lecture, vous aller vous identifier à Mandala Mankunku et devenir africain. De colon, vous deviendrez colonisé, tout comme vous troquerez le statut de lecteur pour celui de héros.

4- Le feu des origines évoque des valeurs humaines fortes et importantes sur lesquelles nous devrions constamment penser. En effet, le pays, la mémoire et la famille ont par exemple une place très importante dans le roman tout comme dans notre quotidien. Dongala nous rappelle qu’il faut surtout  penser à l’essentiel.

5- On trouvera dans ce roman des chansons et du vocabulaire africain que l’on ne trouverait pas dans un  roman ordinaire ou dans un cours d’histoire magistral. Cet ouvrage est unique, tout comme votre lecture sera une expérience unique.

6- C’est le genre de roman qu’on peut relire plusieurs fois sous différents angles de vue sans se lasser. (du point de vue de l’historien, d’un point de vue littéraire…).

7- L’auteur étant congolais d’origine, professeur de chimie, de littérature et écrivain, il a utilisé son vécu et sa culture pour rendre le roman le plus réaliste possible. On ne sait plus quand l’auteur invente et quand il décrit la réalité. Le roman devient alors un jeu de devinettes dans lequel le lecteur prend plaisir à se perdre.

8- Structuré en 42 petits chapitres et de nombreuses subdivisions, le livre est un outil à la fois  pédagogique et didactique. C’est en partie un cours organisé.

9- Les personnages comme l’oncle Bizenga et le vieux Lukeni, dont le caractère et le comportement sont forts, captivent facilement notre attention.

10- Si vous êtes un  petit lecteur vous dévorerez tout de même ce livre entraîné par la curiosité naturelle qui est en vous. Tout le monde devrait découvrir la littérature africaine. Tout comme le mangeur doit goûter chaque aliment, le lecteur doit lire de tout.



Quelques liens internet, pour en savoir plus

Sur l’ouvrage

 http://www.afrik.com/article3609.html
 http://www.deslivres.com/livre/9782842612917/Le-feu-des-origines.html
 http://aproposdelivres.canalblog.com/archives/2009/02/28/12707751.html
 

 

 

 

Sur Emmanuel Dongala

 http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-emmanuel-dongala-afrique-photo-groupe-bord-fleuve-2768.php
 http://www.france24.com/fr/20100421-emmanuel-dongala-roman-femme-afrique-pouvoir
(Interview du 21 avril 2010)
  http://www.dongala.com/

Son Email : edongala@simons-rock.edu


Pour en savoir plus sur la littérature africaine

 

http://www.bobodioulasso.net/auteurs/


 

 



Pour en savoir plus sur la littérature africaine francophone 


http://www.litaf.cean.org/



Pour en savoir plus sur la colonisation du Congo

 http://astrosurf.com/luxorion/esclavage3.htm
 http://www.interfrancophonies.org/regards.pdf

 

 

 

Victor Didier, 1ère année bib.

 

 

 

Emmanuel DONGALA sur LITTEXPRESS

 

 

Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme

 

 

 

 

 

 Articles de Camille et de Romain sur Jazz et vin de palme.

 

 

 

 

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 Articles d'Eva et d'Alexis sur Johnny chien méchant

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Dongala Le feu des origines

 

 

 

 

 

Article de Clotilde sur Le Feu des origines 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Déjeuner littéraire africain

aux Capucins (mars 2010)

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Catherine et Alexis - dans Littératures africaines
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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 07:00

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David PEACE
Tokyo, année zéro
Titre original
Tokyo Year Zero
Faber and Faber, 2007
traduit de l’anglais
par Daniel Lemoine
Payot et Rivages, 2008
Rivages/noir, 2010



 

 

 

 

 

 

 

Né au Royaume-Uni en 1967, David Peace arrête très vite sa formation à l’école d’enseignement technique de Manchester et part pour Istanbul y enseigner l’anglais. Depuis 1994, il poursuit son activité d’enseignement à Tokyo où il vit avec sa famille. Toute sa scolarité a été bouleversée par les activités de l’éventreur du Yorkshire. C’est cela qui a développé chez lui cet intérêt pour le crime. En effet, jusqu’en 1977, Peter Sutcliffe a assassiné treize femmes. À cause d’un concours de circonstances, David Peace a cru pendant longtemps que le tueur était son père. Cela a beaucoup influencé son écriture, en particulier dans ce que l'on considère comme son chef-d’œuvre : le Quatuor du Yorshire, dont les volumes ont paru en 1974, 1977, 1980 et 1983.



Tokyo année zéro se déroule donc à Tokyo, un an après la capitulation du Japon, soit en 1946.

Il s'agit du premier tome d'une trilogie fondée sur la reconstruction du Japon et les traces laissées par la guerre. Peace a réalisé cette trilogie parce qu’il lui semblait intéressant de voir comment une ville aussi gigantesque et occupant un rôle aussi important dans le monde d'aujourd'hui s'était relevée, reconstruite sur l'horreur et par l'horreur. Lorsque Peace parle de Tokyo, il dit :

« Quand je déambule dans Tokyo, j'ai toujours l'impression de marcher sur deux couches de cendres, les cendres des ruines de la ville et celles des morts. Je suis fasciné par la façon dont Tokyo s'est reconstruite sur ses ruines et est devenue cette ville futuriste et moderne. » 

L'histoire est inspirée d'un fait réel, comme l'indique l'auteur à la toute fin du roman, dans une note.



Structure du roman

Le roman est composé d'un prologue et de trois parties, chacune d'environ 150 pages. Le passage d'une partie à l'autre se fait lorsque l'inspecteur Minami, le personnage principal, prend un somnifère, la Calmotine. On peut alors lire un texte sur la page de gauche précédant le premier chapitre de partie. La typographie est différente : le texte n'est pas du tout aéré, il est brut, sans paragraphe, la taille de la police est plus petite que celle utilisée dans le reste du texte. Les seuls mots mis en exergue sont « Trente Calmotine, trente et une... » : Minami prend ses cachets, ou les compte. On comprend réellement que ces textes indépendants concernent la guerre et ses horreurs à la fin du roman, lorsque trois pages entières sont rédigées de cette manière. En lisant ces pages les unes à la suite des autres et non pas en début de chapitre, on réalise qu'elles reconstituent un historique de la guerre, celle que Minami a vécue, et qui le fait plonger dans un état de folie avancée.


Le prologue

Le « quinzième jour du huitième mois de la vingtième année de l'ère Shôwa », soit le 15 août 1945, un cadavre est découvert. Les inspecteurs de la police métropolitaine de Tokyo, Minami, Fujita et Nishi sont dépêchés sur place. Il s'agirait de Miyazaki Mitsuko, une jeune fille d'environ 18 ans, disparue quelques mois auparavant. Un Coréen est accusé, et « jugé » sur place : il est condamné à mort et enterré vivant.

Pendant cette arrestation, l'Empereur japonais prononce une allocution à la radio, dans laquelle il déclare la capitulation du Japon et la victoire des États-Unis. C'est une immense honte pour les policiers japonais présents, ainsi que pour l'ensemble de la population japonaise.


Première partie : La porte de chair (p.44-196)

Un an après la capitulation, deux nouveaux cadavres, ceux de deux jeunes femmes, sont découverts dans le parc Shiba de Tokyo. Minami et ses collègues sont chargés de résoudre l'affaire. Après autopsie, il s'avère que les femmes ont été violées puis étranglées avec leur ceinture. Mais l'enquête piétine, pour de multiples raisons : un des cadavres n'est pas identifiable car en état de décomposition avancée (il ne reste que des lambeaux de peau sur les os), il y a trop de personnes déclarées disparues, pas assez de moyens à disposition pour résoudre l'enquête, etc. De plus, Minami est hanté par tous les cadavres qu'il a pu voir jusqu'à maintenant, et malade.

Des pistes finissent par être trouvées pour le premier cadavre : un homme, Kodaira Yoshi, est accusé du viol et du meurtre de la première femme ; identifié comme étant Midorikawa Ryuko, il finit par avouer. Mais au fur et à mesure que l'enquête avance, Minami commence à avoir des soupçons sur deux de ses collègues, les inspecteurs Ishida et Fujita. Suite à une conversation avec un journaliste, Hiyashi Jo, Minami panique car celui-ci menace de dévoiler ses liens avec le gang Matsuda à ses collègues, mais apprend que Fujita a été vu dans le bar où a été tué Matsuda.


Deuxième partie : Le pont des larmes (p.198-368)

Suite aux aveux de Kodaira, les policiers réalisent que d'autres dossiers correspondent au mode opératoire du meurtre de la jeune fille, et décident de les rouvrir. Ils cherchent toujours à identifier le deuxième cadavre du parc mais sans succès. En enquêtant sur la piste du meurtre non résolu d'Abe Yoshiko, Minami découvre qu'une de ses amies, Tominaga Noriko, a également disparu et que son signalement ressemble énormément à celui du deuxième cadavre. Après enquête, il s'avère que cette dernière est toujours vivante mais tient à rester portée disparue pour pouvoir vivre son histoire d'amour avec un policier.

Parallèlement, les équipiers de Minami se plaignent auprès de leur supérieur, l'inspecteur chef Adachi qui décide de rétrograder Minami et l'éloigne de Tokyo le temps qu’il achève ses enquêtes.


Troisième partie : La montagne d'ossements (p. 370-482)

Minami et Ishida enquêtent sur les dossiers présentant des points communs avec ceux des premières victimes. Pendant le séjour, Minami trouve qu'Ishida a un comportement bizarre et ne comprend pas pourquoi il a un pistolet sur lui. Après avoir réussi à réunir des preuves contre Kodaira, ils décident de rentrer à Tokyo. Minami menace Ishida après lui avoir pris son arme, mais le tue avant de lui avoir fait avouer quoi que ce soit.

Il devient alors complètement fou, et le récit devient encore plus difficile à suivre, puisque composé (en apparence) de flashbacks d'épisodes de la guerre et de la réalité. Il retourne au commissariat et prend un de ses anciens subordonnés en otage : il lui demande de lui expliquer pourquoi Ishida a tenté de le tuer. Sa folie le conduit à répéter sans cesse : « Je sais qui je suis ». Kodaira a reconnu en Minami un ancien camarade de guerre, et à partir du moment où cette information est révélée, il devient difficile de dire ce qui tient de la réalité, ce qui tient du souvenir, ce qui tient de la folie... dans le récit de Minami.



Personnage principal : Inspecteur Minami

Policier, il a obtenu son poste grâce à son père pendant la guerre, car il était ami avec le commissaire. Marié, il a deux enfants, dont une fille gravement malade et touchée aux yeux. Ce qui apparaît principalement de lui dans le roman, c'est sa quête d'identité. Bouleversé, traumatisé par la guerre, il cherche à trouver sa place dans un nouveau Japon. Retrouver le meurtrier des trois filles est sa manière à lui de se reconstruire et d'avancer dans la vie.

On apprend à la toute fin qu'il s'appelle en fait Katayama et qu'il a été caporal de la Kempeitai (police militaire de l’armée impériale) pendant la guerre. Pour échapper à l'asile psychiatrique, on lui a donné une nouvelle identité et un nouveau travail. Mais incapable d'oublier ce qui s'est passé durant la guerre, il finit par devenir complètement fou et se fait interner à l'hôpital psychiatrique Matsuzawa.


Aurore, 1ère année bib.-méd.

 

 

 

David PEACE sur LITTEXPRESS

 

 

david peace tokyo Annee zero

 

 

 

 

 

 

 Article de Marine sur Tokyo année zéro.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Aurore - dans polar - thriller
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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 07:00

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Patrick SÜSKIND
Le parfum, Histoire d’un meurtrier
Titre original
Das Parfum, die Geschichte eines Mörders
Traduction
Bernard Lortholary
Fayard, 1986
Le livre de poche, 1988
Rééd. 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques informations sur l’auteur

Patrick Süskind est un auteur allemand né le 26 mars 1949 à Ambach. Il étudie l’histoire et la littérature à Munich et à Aix-en-Provence. Il écrit d’abord une pièce de théâtre, La Contrebasse, jouée en 1981 et publié en 1984 en Allemagne. Elle sera ensuite reprise en France, à Paris, avec Jacques Villeret dans le rôle titre.

Le Parfum est son premier roman, édité pour la première fois en 1985, qui connaîtra un succès mondial et aura droit en 2006 à une adaptation cinématographique par Tom Tykwer.



La quatrième de couverture

« Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pu survivre. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements, et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l’univers, car "qui maîtrise les odeurs, maîtrise le cœur des hommes". »   



Présentation de personnages importants

Jean-Baptiste Grenouille : c’est donc le personnage principal du roman. Le narrateur nous raconte toutes les étapes de sa vie, de sa naissance à sa mort. Sa caractéristique principale est qu’il est doté d’un odorat extrêmement développé dès sa naissance, il peut distinguer les odeurs les plus imperceptibles pour un nez humain. À ce don s’ajoute une excellente mémoire olfactive qui lui permet de faire des mélanges de parfums dans son esprit. Il ne vit que pour les odeurs et veut créer le plus grand parfum du monde. Ce qui le caractérise aussi c’est qu’il est totalement dépourvu d’émotion, il n’a aucune notion de bien et de mal ; sa seule source de plaisir est son odorat. Malgré cette déficience, il s’accroche tout de même à la vie et il survivra à plusieurs maladies de manière surprenante ; il est d’ailleurs comparé à plusieurs reprises par le narrateur à une tique.



Madame Gaillard : c’est une nourrice qui garde des enfants contre de l’argent. Grenouille va vivre chez elle jusqu’à ses huit ans. C’est une femme qui n’a pas d’odorat, à l’inverse du personnage principal mais cela lui a donné le sens de l’ordre et de la justice. Elle traite donc ses pensionnaires de manière équitable et économise son argent pour pouvoir mourir chez elle. Elle se rend compte que quelque chose cloche chez Grenouille et va finalement se débarrasser de lui en l’envoyant chez un tanneur.



Guiseppe Baldini : un des nombreux parfumeurs de Paris. Il prend Grenouille comme apprenti lorsqu’il découvre son odorat exceptionnel.Comme il ne sait pas lui-même composer des parfums, c’est Grenouille qui va les faire. C’est avec lui que Grenouille va découvrir les différentes techniques de parfumerie.



Antoine Richis : homme riche qui vit à Grasse. Quand un meurtrier en série tue des jeunes filles vierges, il comprend le but du meurtrier sans le connaître ; il semble réfléchir comme un policier en essayant de comprendre les pensées du criminel et sa façon de fonctionner. Il va tout faire pour protéger sa fille.



Au fil du roman on peu constater que toute les personnes qui ont approché Grenouille et se sont servies de lui vont mourir dans d’atroces circonstances. 



L’odorat

C’est le sens qui est présent dans tout le roman via le personnage principal. On retrouve de nombreuses descriptions qui peuvent parfois être longues mais peuvent permettre aux lecteurs de ressentir les mêmes sensations que le personnage principal.

Les odeurs permettent aussi à l’auteur de décrire la société française du XVIIIe siècle qui apparait comme plutôt violente ; en effet, la mort poursuit pratiquement tous les personnages du roman, la mère de Grenouille tente de le tuer dès sa naissance. On nous présente aussi une société relativement pauvre mais dont les personnages semblent se contenter sans chercher à en avoir plus, sauf peut-être Baldini, qui cherche la richesse.

L’utilisation des odeurs permet également de décrire les conditions déplorables d’hygiène de l’époque. Il est dit dans les premières lignes que « tout pue » dans la ville de Paris. Les odeurs que Grenouille perçoit sont des odeurs de sueur qui font naître en lui un profond dégoût pour l’être humain en général.



Avis personnel

J’ai beaucoup aimé ce roman tout d’abord parce que le personnage principal est très intéressant, on peut même finir par s’attacher à Grenouille alors qu’il est décrit comme « monstrueux ». Cet attachement peut naître des nombreuses descriptions olfactives, qui peuvent sembler parfois longues, mais qui donnent l’impression de ressentir soi-même les odeurs. Il y a quelques longueurs mais lorsque le roman vire au roman policier, il retrouve tout son intérêt car nous sommes à la fois du côté du meurtrier et de celui des enquêteurs.


Pauline, 1ère année bib.-méd.

 

 

 

 

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 07:00

Glissant Pays reve pays reel

 

 

 

 

 

 

 

Édouard GLISSANT
Pays rêvé, pays réel
suivi de

Fastes et

Les Grands Chaos

Seuil, Cadre rouge, 1985

Nrf poésie Gallimard,2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Édouard Glissant, né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie, en Martinique et décédé le 3 février 2011 à Paris, était un écrivain, poète, essayiste français qui a laissé derrière lui une oeuvre riche et protéiforme. En effet, il exploita des genres aussi différents que le roman avec notamment La Lézarde qui lui valut en 1958 le prix Renaudot; l’essai avec Le Soleil de la conscience, Le Discours antillais, La Poétique de la relation ou encore Le Traité du Tout-Monde; la poésie avec Terre inquiète, Le Sel noir, Les Indes, Un champ d’îles, L’Intention poétique, Pays rêvé, pays réel, et même le théâtre avec Monsieur Toussaint.

Il est également le fondateur des concepts d’ Antillanité, de Créolisation, et de Tout-Monde et initia par ses réflexions sur l’identité antillaise, le mouvement de la Créolisation qui serait « le métissage qui produit de l’imprévisible », « le mouvement perpétuel d’interpénétrabilité culturelle et linguistique qui accompagne la mondialisation culturelle », mouvement auquel adhère toute une génération de jeunes écrivains antillais.

On pense notamment à Patrick Chamoiseau avec qui il a d’ailleurs coécrit le manifeste Quand les murs tombent. L’identité nationale hors la loi, dénonçant la politique d’immigration menée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Comme en témoigne son oeuvre, le parcours intellectuel de Glissant est tout à fait original dans la mesure où il se situe à la confluence de plusieurs aires culturelles, linguistiques et de plusieurs modes d’expression littéraire. Il se définit d’ailleurs lui même comme un poète-philosophe et sa pensée, à l’image de son pays, est volontiers qualifiée d’« archipelique ». Ethnographe de formation, il suivit également des cours d’Histoire et de philosophie à la Sorbonne.

Son oeuvre est très imprégnée de ses idées politiques en faveur de l’identité créole et antillaise, et par extension en faveur de la connaissance de l’imaginaire des peuples dans leur diversité, de la multiplicité des langues, de la pluralité des expressions artistiques, des formes de pensée et des modes de vie. Son ouvrage Le Discours antillais est marqué par son engagement anticolonialiste, et ses idées indépendantistes, puis autonomistes, proches de celles de Frantz Fanon (cf.Peau noire, masques blancs), lui valurent d’ailleurs d’être expulsé et assigné à résidence en France métropolitaine pendant quelque temps.

S’il adhéra d’abord aux thèses de la «négritude» initiées par Aimé Césaire, Édouard Glissant en dénoncera cependant les limites et développera ensuite le concept d’« antillanité » qui cherche à enraciner l’identité des Caraïbes dans « l’autre Amérique » et marque ainsi une rupture avec les idées de Césaire pour qui l’Afrique serait la principale source d’identification pour les Caribéens (cf. Cahier d’un retour au pays natal).

L’ «Antillanité» est fondée sur la notion d’« identité-relation », ouverte sur le monde et la mise en relation des cultures. Selon Glissant, on ne peut plus parler d’identité fixe car nous vivons dans ce qu’il appelle un « monde-chaos » et notre société s’est « créolisée » ; à une identité refermée sur elle-même, il préfère l’«identité-relation», plus adapté au monde actuel.

La «Créolisation» est la mise en contact de plusieurs cultures ou au moins de plusieurs éléments de cultures distinctes, dans un endroit du monde, avec pour résultante, une donnée nouvelle, totalement imprévisible par rapport à la somme ou à la simple synthèse de ces éléments. Par là , Glissant entend rompre avec l’atavisme et les préjugés selon lesquels le métissage engendrerait la « dilution de l’être » et l'abâtardissement.

« J’appelle créolisation, la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies entre les cultures, dans la totalité réalisée du monde terrestre. »

En parlant du « Tout-Monde », Glissant interroge l’universalité. Il s’agit d’une tentative de définir une approche poétique et identitaire pour la survie des peuple au sein de la mondialisation. À la mondialisation qui est un phénomène économique et qui tend à l’uniformisation, il oppose la « mondialit é», qui désigne la population et le « tout-monde » fait de partage, d'entremêlement, d’alliage des cultures, d’hybridation.

De même, à l’identité-racine de Césaire qui fait référence à l’Afrique, il oppose « identité-relation » qui propose une identité plus constructive et plus juste. Car selon lui, le débat sur les origine ne génère que des conflits et n’a plus vraiment de sens dans un monde mouvant et en pleine mutation. « Agis dans ton lieu, pense avec le monde », dit-il.

Enfin, plutôt que la pensée de système qui enferme l’individu dans ses convictions et qui ne fonctionne plus avec le monde actuel, il propose la pensée du tremblement qui caractérise son oeuvre. Glissant a d’ailleurs été qualifié d’écrivain-poète « sismographe » car il a saisi les tremblements du monde et son oeuvre-même s’apparente à un chaos de mots et de sentiments.



Pays rêvé, pays réel est un recueil de poésie baroque, rythmé en huit séquences : « Pays », « Pays d’avant », « D’Ata-Eli, de l’aveugle et d’Ichneumon », « Chant d’Ichneumon », « Pour Laoka », « Chant de Thaël et de Mathieu », « Pour Mycéa » et la fin rejoint le début avec « Pays ». Dans ce texte poétique, et déjà dans le titre du recueil, nous pouvons noter une dualité, l’ailleurs et le présent, le « pays d’avant » et le « pays-ci ».

De manière générale, nous pouvons dire que les vers lumineux de Glissant nous introduisent dans un voyage au coeur de l’imaginaire créole, avec tout ce que cela peut comporter de douloureux. Par la confrontation d’images issues de différents éléments, il crée un univers en éclats où la mer symbolise l’unité.

La terre et la mer sont la base de cette peinture transparente qui semble prendre forme à chaque instant sous le pinceau aqueux qui dissout la frontière fragile entre le rêve et le réel pour les mêler l’un l’autre. Et de cette alliage émerge une dimension nouvelle, proche de l’expérience créole.

La parole métisse de Glissant chante ici l’Afrique d’où furent arrachés les esclaves, les souffrances endurées à bord des négriers durant le voyage vers les Antilles décimées par les premiers colons mais aussi la quête d’une identité nouvelle.

Ces vers particulièrement éloquents témoignent de l’expérience douloureuse endurée par les esclaves et de leur tentative d’enracinement dans ces « terres d’eau » que sont les îles et de renaissance sur ces « terres-ci ».

 

 

« Remonte en sang de mer mêlé aux rouilles des boulets.
Nous fêlons le pays d’avant dans l’entrave du pays-ci.
Nous l’amarrons à cette mangle qui feint mémoire.
Remontons l’amour tari, découvrons l’Homme, la femme
Unis d’un cep de fer aux anneaux forgés net. Nous rions
De ne savoir nouer l’à-tout-maux et l’épais maïs
Quand la terre d’hier débrosse en nous rocs et prurits »

 

 

 

Il chante le présent éparpillé d’un peuple assimilé par diverses dominations comme le suggère ce vers : « Du plus serré du souterrain s’est assemblée l’écume, nous nous tenons en la folie éparpillé d’éternité ». (Fastes, p. 86) Il dit la culture antillaise en train de se fixer, notamment par le biais du créole, cette langue issue de plusieurs langues qui revendique son identité propre.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’hétérogénéité de l’écriture née de la réunion de différents langages où les sons et les couleurs, le mythe et les descriptions réalistes se heurtent et s’assemblent pour apporter au texte un certain relief et une certaine profondeur aussi. « Je suis partisan du multilinguisme en écriture, la langue qu’on écrit fréquente toutes les autres. C’est-à-dire que j’écris en présence de toutes les langues du monde. » affirme Édouard Glissant

Ce que l’on remarque, en lisant ses poèmes, c’est la prédominance de l’élément aquatique. En effet, le lexique de la mer est important et il semble bien que la mer soit constitutive de l’identité antillaise. La mer n’est-elle pas le témoin de leur histoire, et par là même une source intarissable d’inspiration pour le peuple antillais ? « Et nous avons aux mers plus d’écriture qu’il paraît », écrit-il.

D’autre part, nous pouvons noter la récurrence de « failles », de «lézardes », de « déchirures » comme si sous la surface il y avait un monde qui, tel un volcan, peut faire irruption. Cette faille, c’est le « pays d’avant » qui l’ouvre et qui interfère avec le « pays-ci ».

Car si le peuple antillais a repris racine dans les terres vierges des Caraïbes, son pays d’avant, «l’Afrique», n’a pas quitté sa mémoire, et les ancêtres du «pays d’avant» hantent le «pays-ci»

Le poème lui même répond à la nécessité d’affirmer son identité par la parole. Cette « parole labourée », comme l’eau, est un élément dont on émerge et cette expérience est douloureuse comme une naissance. Ainsi, la parole dont émerge le poème est le fruit d’une souffrance féconde.

Les couleurs décrites sont parlantes : le « bleu » fait référence à la mer, l’« ocre » à la peau des esclaves et les phrases sont énigmatiques, ce qui laisse une marge d’interprétation assez vaste. Ainsi « je descends de cette nuit » peut signifier à la fois descendre du négrier, d’un cauchemar, mais aussi des ancêtres.

Le poème est parsemé d’invocations –  «Oh terre ! Si c’est terre », « Lumière , éclat, ô tout en jour ». Il s’agit là d’exclamations au sortir de la nuit de la déportation qui s’apparentent au cri du marin et qui expriment l’étonnement mais aussi le doute. La lumière rappelle la mise au jour, la mise au monde.

Le déracinement, le voyage, la mort, la renaissance, l’émergence de la parole et de l’identité créole, la réconciliation avec le passé et la mémoire des ancêtres sont bien au coeur de ce pays rêvé, pays réel que nous conte Édouard Glissant.


Anne-Clémence, AS bib.-méd.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 07:00

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Carlos Ruiz ZAFÓN

Le Palais de minuit
El palacio de la medianoche (1994)
traduction
de François Maspero
Robert Laffont, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 

Carlos Ruiz Zafón, né en 1964, est un romancier espagnol ; il est également scénariste à Los Angeles. Auteur de quatre autres romans, Carlos Ruiz Zafón est connu pour mélanger plusieurs genres dans un même roman ; sur une base de roman policier, on retrouve du fantastique et du sentimental. L’auteur catalan est déjà traduit dans plus de quarante langues et publié dans plus de cinquante pays ; il a déjà reçu de nombreux prix pour ses romans. L’auteur aime à écrire sur la ville de Barcelone, mais Le palais de minuit se déroule à Calcutta.



Deux caractéristiques principales : enquête et fantaisie

Ce roman est basé sur le mystère mis en place dès les premières pages, un secret présenté comme un puzzle dont les personnages trouvent et reconstituent les pièces durant tout le roman. L’intrigue s’élabore autour de trois personnages, des jumeaux séparés à la naissance, chacun ignorant l’existence de l’autre, et un personnage noir qui les pourchasse. À travers cette enquête, l’auteur nous fait aussi visiter la ville de Calcutta, ses quartiers, ses histoires, son atmosphère.

L’enquête et l’intrigue du roman sont fondées sur la présence de la « silhouette » noire qui fait son apparition plusieurs fois dans le roman, de façon menaçante. On découvre petit à petit des fragments de l’intrigue, histoires racontées soit par la grand-mère, soit par l’homme noir nommé Jawahal. Le tout se mêle aux mensonges de la grand-mère sur le passé du père. La recherche de la vérité est menée par huit jeunes gens – les jumeaux et six amis d’un des jumeaux – au nom d’un pacte sellé par tous dans le cadre de leur société secrète, la « Chowbar society ». L’intrigue et le mystère mènent les personnages dans divers lieux de Calcutta, dont plusieurs depuis longtemps oubliés et maudits par leur triste histoire.

Cette intrigue repose cependant sur un retournement de situation assez prévisible.

L'enquête, qui pourrait rester une simple histoire de secrets de famille et de vengeance, ne manque pourtant pas de fantaisie. En effet, l’histoire se mêle aux légendes et histoires de malédictions qui imprègnent la ville de Calcutta telle que l’auteur la décrit. La fantaisie entre en jeu avec le personnage de Jawahal, qui n’est autre que le père des jumeaux, mort durant un accident – en même temps que sa femme et qui, rongé par la folie, vient les hanter, dans le but de les assassiner. On retrouve également la fantaisie dans l’évocation des mythes de Calcutta.

Le roman est structuré en plusieurs phases temporelles ; l’histoire est narrée par un des personnages – passages en italique – puis, à l’intérieur même de cette histoire, on trouve différents moments. Le roman commence en 1916, à la naissance des jumeaux, puis la véritable trame narrative commence seize ans après, en 1932. Elle se déroule en l’espace de trois ou quatre jours ; dans ce récit principal s’insèrent des passages qui racontent le passé de la famille des jumeaux.

On retrouve ici la même structure que dans le roman le plus connu de Carlos Ruiz Zafón,  L’Ombre du vent : une intrigue fondée sur des secrets et une recherche de la vérité reconstituée comme un puzzle. On retrouve également le mélange des différents genres. Ce roman n’est « pas mal » mais si je devais en conseiller un de cet auteur, ce serait L’ombre du vent, dont l’intrigue est plus développée et plus étoffée. Le style de Zafón est meilleur dans ce roman-là, et le rapport aux livres et au monde du livre y a un côté magique. Le Palais de minuit n’est pas un roman de grande littérature mais vous fera passer un bon moment de détente.


Perrine, 1ère année Éd.-Lib.


Carlos Ruiz ZAFÓN  sur LITTEXPRESS

Carlos Ruiz Zafon L Ombre du vent

 

 

 

 

 Article de Manon sur L'Ombre du vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 07:00

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Hermann HESSE
Siddharta (1922)

traduction Joseph Delage

Livre de poche, 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À l’image de son personnage Siddhartha, Hermann Hesse n’eut pas une existence toute linéaire ; bien au contraire, celle-ci fut enrichie par les vagues de son époque, son caractère solitaire, rebelle et indépendant, ses expériences de vie et la controverse provoquée par ses œuvres et ses positions essentiellement politiques.



L’auteur

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Hesse



L’œuvre

Siddhartha parut en 1922.

Siddhartha Gautama dit le Bouddha vécut au VIe siècle avant Jésus Christ et fonda le Bouddhisme. C’est de sa vie que s’est inspiré Hermann Hesse pour l’écriture de Siddhartha.

Dans cette œuvre, l’auteur fait la synthèse de deux choses qui lui tiennent à cœur : son amour et sa sensibilité pour la culture, les croyances, les religions et les philosophies orientales dans lesquelles il a baigné dès son plus jeune âge grâce à une mère née en Inde (il réalisera également de nombreux voyages en 1910 dans ce pays) et un récit initiatique profond qui s’inscrit dans la tradition d’auteurs allemands tels que Goethe (Les années d’apprentissage de Whilelm Meister). C’est ainsi que nous découvrons le cheminement humain et spirituel d’un jeune homme nommé Siddhartha qui, tout au long de l’œuvre ne sera avide que d’une chose : trouver la paix intérieure, la paix de l’âme, une sagesse qui lui permette de se débarrasser définitivement de tous les tourments, passions et attachements qui empêchent l’homme d’être véritablement libre.

Sur sa route, Siddhartha est accompagné d’un ami fidèle, Govinda qui, après la décision de Siddhartha de quitter le clan familial, décide lui aussi de partir en quête de vérité.

Ils se sépareront puis se recroiseront plusieurs fois durant le long pèlerinage qu’ils entreprendront, Siddharta se métamorphosant au fur et à mesure de l’œuvre et Govinda étant toujours aussi assoiffé de connaissances alors qu’il avait pourtant décidé de suivre les disciples du Sublime Gotama. Et alors qu’à la fin de l’œuvre Siddhartha semble enfin avoir atteint l’éveil, Govinda est resté au même point de recherche que lorsque les deux s’étaient quittés. L’un a choisi l’apprentissage d’une vie qui ne suit aucune doctrine et aucun maître ; l’autre s’arrêta en chemin pour suivre la doctrine de Gotama.



L’échec de Govinda fait d’autant plus ressortir la réussite de Siddhartha

 

« Mais au fond de lui-même il se disait : Quel drôle d’homme que ce Siddhartha et quelles singulières idées il a ! Sa doctrine m’a tout l’air d’une folie. Que celle du Sublime est donc différente ! Elle est plus pure, plus claire, plus compréhensible ; en elle, rien d’étrange, rien de fou ou de risible ! Mais plus différente encore que les idées de Gotama me semble toute la personne de Siddharta, ses mains, ses pieds, ses yeux, son front, sa respiration, son sourire, son salut, sa démarche. Jamais, depuis que notre Sublime est entré dans le Nirvana, jamais je n’ai rencontré un homme dont j’aie pu dire comme de celui-là : Voilà un Saint ! Il est unique, ce Siddhartha, jamais je n’avais vu son pareil. Sa doctrine peut paraître étrange, ses paroles un peu folles, il n’en est pas moins vrai que son regard et ses mains, sa peau et ses cheveux, tout en lui respire une pureté, un calme, une sérénité, une douceur et une sainteté que je n’ai remarqués chez aucun mortel depuis la mort de notre Sublime Maître. » (fin de l’œuvre).

 

 

Siddhartha est devenu la sagesse même ; chaque geste, chaque mot et chaque attitude garde l’empreinte entière de la sagesse. Et par son parcours, il témoigne de façon concrète que la sagesse ne s’apprend pas mais qu’elle doit être acquise par chacun de façon individuelle.

Ce sont deux attitudes, deux cheminements, et, pour aller plus loin, deux visions du déroulement de la vie qui entrent en jeu sous la plume d’Hermann Hesse : celui de l’indépendance d’esprit, de l’esprit critique et de la volonté d’autoformation face à celui de la dépendance, de l’esprit qui suit et non pas qui devance pour être autonome.

Le chemin que Siddhartha décide de suivre allie à la fois l’esprit et l’âme, la spiritualité et l’humanité, l’Orient et l’Occident. Il les réconcilie à travers le choix que prend le personnage : ne pas suivre une doctrine religieuse, ne pas suivre le matérialisme mais garder l’expérience de l’essence de chacun pour les concilier et ne faire qu’un Tout qui ramène chaque chose, complémentaires les unes des autres, à l’origine commune.

 

« Bien souvent déjà il avait entendu toutes ces choses, bien souvent les voix du fleuve avaient déjà frappé ses oreilles, mais aujourd’hui ces sons lui semblaient nouveaux. Il commençait à ne plus bien les distinguer ; celles qui avaient une note joyeuse se confondaient avec celles qui se lamentaient, les voix mâles avec les voix enfantines, elles ne formaient plus qu’un seul concert : la plainte du mélancolique et le rire du sceptique, le cri de la colère et le gémissement de l’agonie, tout cela ne faisait plus qu’un, tout s’entremêlait, s’unissait, se pénétrait de mille façons. Et toutes les voix, toutes les aspirations, toutes les convoitises, toutes les souffrances, tous les plaisirs, tout le bien, tout le mal, tout cela ensemble, était le monde. Tout ce mélange, c’était le fleuve des destinées accomplies, c’était la musique de la vie. Et lorsque Siddhartha, prêtant l’oreille au son de ces mille et mille voix qui s’élevaient en même temps du fleuve, ne s’attacha plus seulement à celles qui clamaient la souffrance ou l’ironie, ou n’ouvrit plus son âme à l’une d’elles de préférence aux autres, en y faisant intervenir son Moi, mais les écouta toutes également, dans leur ensemble, dans leur Unité, alors il s’aperçut que tout l’immense concert de ces milliers de voix ne se composait que d’une seule parole : Om, la perfection. »

 

Tout comme les trois âges de la vie, l’œuvre est divisée en trois parties : une première où l’enfance de Siddhartha est relatée ainsi que son départ de chez les brahmanes et sa séparation de Govinda, une deuxième où le jeune homme fait l’expérience des plaisirs matériels et charnels et, enfin, une troisième où il retourne à son statut « d’errant » détaché de tout confort matériel et où il atteint ce que l’on pourrait appeler un état d’illuination.



On peut lire le détail de ces aventures ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Siddhartha_%28roman%29 



C’est ainsi, dans une Inde «recréée à merveille » (éditeur), que l’auteur allemand nous fait prendre la route de Siddhartha ; tout y est : le vocabulaire, les références à la religion et à la philosophie hindoues, la nature vivante et personnifiée.

Et nous sentons que l’aspect initiatique n’est pas seulement destiné à Siddhartha et à tous les personnages qui défilent dans l’œuvre mais aussi à tous lecteurs s’y aventurant.

Les lecteurs étant essentiellement européens (du moins au début de la diffusion du texte), la plume de Hesse réduit à néant la doctrine du matérialisme et met à nu tout en les condamnant ses conséquences sur l’homme et sur son âme.

L’auteur nous offre ici un guide pour appréhender et ressentir la vie d’une autre manière ; une manière plus spirituelle fixée dans l’instant présent.

De sa lecture, on peut sortir grandi ou juste émerveillé mais dans tous les cas, on ne peut pas rester indifférent car les mots de Siddharta font écho à l’aspect spirituel que nous portons en chacun de nous même si nous voulons l’ignorer.


Maïtena, AS Bib.

 


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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 07:00

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Thérèse MOURLEVAT
La Passion de Paul Claudel
éditions Phébus, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Docteur ès lettre et spécialiste de Paul Claudel, Thérèse Mourlevat dresse dans cette œuvre remarquable le portrait de la très mystérieuse Rosalie Scibor-Rylska, l’inspiratrice du dramaturge Paul Claudel. La flamboyante Ysé du Partage de Midi et l’impétueuse Doña Prouhèze du Soulier de Satin sont inspirées de cette grande femme blonde tant aimée de lui.

Au retour d’une expérience monastique, Paul Claudel, alors consul en Chine à Fou-tchéou, rencontre sur le paquebot qui le ramène vers le pays du soleil levant Rosalie Vetch, mère de quatre jeunes garçons. Ils se lient d’une profonde amitié qui se transformera en une passion ardente. Rosalie inspire à Claudel l’amour et la poésie ; fille de Ladislas Scibor-Rylski, élevé en héros slave, elle incarne à ses yeux le mythe polonais. Digne héritière de sa tendre patrie, Rosalie ne cessera de la chérir toute sa vie et Thérède Mourlevat décrit à merveille ce sentiment d’appartenance à la terre de ses aïeux.

 

 

La Pologne c’étaient ces caves à Cracovie, si profondes qu’elles engloutissaient et protégeaient les conspirateurs tandis que les violons des tziganes, là-haut, ravissaient et immobilisaient d’opportuns visiteurs. C’était cet espace temps dans lequel des trésors fabuleux, qu’on disait issus du butin pris sur les Turcs, riches ceintures couvertes de pierres précieuses, colliers de rubis, aiguières et cruches d’or, épées ornées de diamants, coffres débordant d’étoffes chatoyantes, étaient connus de tous et demeuraient introuvables.

 

Pays dans lequel la neige effaçait les traces du voyageur, dans lequel, dominant de mornes plaines, les châteaux subsistaient comme des nids d’aigle, au terme de routes impraticables. C’était cette Pologne là que […] Mme Vetch  […] revendiquait pour en être l’héritière.

 

 

La passion coupable unissant ces deux personnages donnera naissance à une petite fille, Louise. Mais le bonheur de ces deux êtres ne durera qu’un temps. Rosalie fuit la Chine portant l’enfant de Claudel. Elle se marie une seconde fois. Francis Vetch, son premier époux, mais plus encore Claudel, son intime confident, se sentent trahis. Les deux hommes tenteront même, en vain, d’enlever les enfants de Rosalie… Séparée de ses deux fils aînés, Rosalie tentera de reconstruire sa vie. Pensant trouver le réconfort dans son nouveau mariage, elle sent la désillusion l’emporter et le vide de sa vie se fait plus que jamais sentir.

 

Abandonné, Paul Claudel se marie sans amour ; de cette union naîtront cinq enfants. Après quinze années de silence, Paul Claudel et Rosalie se retrouvent. Et lors d’une messe à Notre-Dame des Victoires, ils se promettent une amitié fidèle et loyale jusqu’à la fin de leurs jours. Paul Claudel envoie régulièrement de l’argent à Rosalie pour l’éducation de sa fille. À 28 ans seulement,  Louise, jeune fille à la santé fragile, découvre qui est son véritable père.

Paul Claudel ne cessera jamais de chérir sa muse à la beauté slave. Dans une lettre inédite il évoque le personnage de Rosalie : « Elle a été la seule femme que j’ai passionnément aimée, celle qui a joué dans ma vie tout le rôle qu’une femme pouvait y jouer. » Partage de midi, grand drame claudélien, est fondé sur cette blessure secrète de l’auteur. Les personnages de la pièce ne sont pas fictifs, ils sont de chair et d’os et racontent sa propre histoire avec une poésie intense.  Ainsi, Paul Claudel et la splendide Rosalie à travers les personnages de la pièce, la flamboyante Ysé et le jeune Mesa, et un langage profondément poétique, scellent à jamais une union mystique dans l’au-delà.


Quitterie Dop, AS édition-librairie.


Lien

 

Présentation de l’ouvrage sur le site de Phébus : http://www.editionsphebus.fr/libella.php?page=produit&ean=9782752905055

 

 

 

 

 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 07:00

Dashiell-Hammett-Le-grand-braquage.gif

 

 

 

 

 

Dashiell HAMMETT
Le Grand Braquage

Titre original
The Big Knockover (1924)
Initialement traduit sous le titre
Dollars de sang

Nouvelle traduction
Janine Hérisson
et
Henri Robillot
Gallimard
Collection Carré noir, 1980
Folio policier, 2004

 

 

 

 

 

 

 

Le Grand Braquage appartient au genre du roman noir qui naît véritablement aux États-Unis dans les années 1920 et tente de rendre compte de la réalité sociétale : crime organisé, affaires mafieuses, corruption politique et policière, violence et insécurité urbaines... Tout en étant un roman de détective, il se fixe ses propres frontières en s'opposant au roman d'énigme et se situe dans un univers moins conventionnel.



Biographie

Né dans une famille pauvre le 27 mai 1894 à Baltimore, Dashiell Hammett est le fils d'un politicien escroc. Il part de chez lui à 14 ans pour mener une vie de bohème où il sera initié à la loi de la rue. Détective privé pendant six ans au sein d’une célèbre agence, il découvre l'importance de la corruption au sein de la société américaine.

De ses expériences, il tire son inspiration pour le « Roman noir » dont il est considéré comme le fondateur. Des auteurs tels que Hemingway, Chandler ont chacun reconnu son influence sur leur propre travail.

Quand Hammett rencontre le succès dans son pays, on fait de lui l'inventeur de ce que l'on peut traduire par l'« école des durs à cuire », en référence aux personnages violents et dépourvus de sensibilité qui fourmillent dans ses histoires. Ses premières nouvelles paraissent en 1922 dans les collections de romans populaires mais sans grand succès. Il écrire six grands romans : Le Grand Braquage, La Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon de Malte, La Clé de verre, L'Introuvable.
 
Sa brève carrière d'écrivain se termine en 1934, après une période de succès de 1929 à 1934. Alcoolique et malade de la tuberculose, Dashiell Hammett meurt à New York en 1961.



Le Grand Braquage

Cet ouvrage contient une préface de Lillian Hellman, sa femme. Il est divisé en deux parties : « Le grand braquage » et « Le prix du sang ».



La couverture

La couverture de ce livre est surprenante car elle ne correspond en rien à l’histoire qu’elle contient. En effet, on y trouve un grand bâtiment jaune avec l’inscription « Soma vintage », un numéro en haut d’une porte : 885 et enfin une moto garée devant. On ne retrouve aucun de ces éléments dans le récit.



Le protagoniste et son agence

Le travail d’écriture fait sur le personnage du détective est très intéressant. Ce détective est le narrateur de l’histoire et on ignore tout de lui, même son nom. C’est un joli exercice de style parce qu’on se demande comment l’auteur va faire pour ne jamais le nommer.

L’emploi du « je » nous donne par ailleurs l’impression non pas d’être lui, mais d’être son partenaire fidèle et silencieux. Cela le rend aussi plus distant, plus rude.

La Condinental Detective Agency où il travaille est aussi l’agence de détective que Dashiell Hammett utilise dans Le Faucon de Malte.



Résumé

1ère partie : Le grand braquage

L’histoire se déroule à San Francisco. Le détective se rend dans son bar habituel où il peut observer les truands. Il en rencontre ce soir-là un avec sa copine pour discuter des nouvelles de la rue et il en repère plusieurs venus d’autres villes.

Le lendemain en fin de journée, son patron lui apprend qu’il y a eu un très gros braquage impliquant 150 truands de plusieurs grandes villes qui se sont associés pour dévaliser deux grandes banques. La chasse débute. Le détective fait les différentes boîtes de la ville pour retrouver des truands, les identifier et les prendre en filature.

Il repère un jeune Arménien qui va de bar en bar comme lui et qui passe des tuyaux aux chefs de bandes. Il appelle donc un de ses collègues, Jack, pour l’aider à le filer. Une fois sa mission remplie, l’Arménien rentre à l’hôtel, le détective y reste également pendant que Jack suit le garde du corps du « gamin ». Après quelques minutes, le détective va voir où est l’Arménien et le découvre mort dans sa chambre. C’est la première élimination ! En effet, Jack indique les endroits visités par le garde du corps et d’autres bandits à la police qui découvre dans chaque maison des truands assassinés.

Comme il a perdu son truand, le détective va essayer de retrouver des têtes pensantes vivantes, notamment Red O’Learny qu’il avait vu la veille au bar. Son but est de le suivre car il doit savoir qui est a la tête de l’opération. Le seul problème est que d’autres truands ont pensé la même chose lorsqu’ils ont vu leurs chefs se faire tuer. Malgré eux, le détective et Jack se retrouvent impliqués dans une bagarre de bar. Ils vont aider Red et sa copine à quitter les lieux et se cachent dans un immeuble. Les deux hommes se font alors passer pour des truands. Lorsqu’ils tombent nez à nez avec les autres truands, le protagoniste en profite pour blesser Red, l’obligeant ainsi à le conduire au chef des opérations.

La petite bande se retrouve donc chez la Grande Flora, chef présumé, où on retrouve également le garde du corps et un vieux monsieur qui se fait martyriser. La supercherie démasquée, le détective est assommé et enfermé à la cave. Le vieux monsieur lui propose alors de faire descendre u n par un les bandits afin qu’il les assomme et les attache. La police arrive et il laisse partir le vieillard et la copine de Red qui n’avait rien à voir dans l’histoire. C’est à ce moment seulement qu’ils apprennent l’identité du cerveau de l’affaire.



2ème partie : Le prix du sang

Une vingtaine de jours se sont écoulés et les assurances des banques proposent une récompense pour la capture du cerveau. Un truand qui veut toucher la récompense vient voir le détective pour passer un accord. Une nouvelle quête commence…



L’écriture

Presque toute l’histoire se passe le soir et la nuit, dans des lieux très sombres, inquiétants : caves, immeubles en destruction sans électricité, forêt… Les conditions atmosphériques sont semblables : boue, brouillard…

On a presque l’impression que l’auteur prend un malin plaisir à toujours laisser le lecteur dans l’inquiétude, contrairement au détective qui, lui, n’est pas du tout inquiet et nous oblige à avancer.

Il n’est jamais question de vie privée, il ne s’agit que d’une enquête dans le monde de la nuit. Dashiell Hammett nous fait parcourir tous les recoins sombres de la ville, nous confronte au mal.

Il y a également beaucoup de descriptions des bâtiments, très précises dans la localisation, avec beaucoup de noms de rues pour donner du réalisme et de l’épaisseur ; en revanche, on reste à la surface des personnages.

L’écriture est sèche, elle implique beaucoup d’éléments visuels, des descriptions toujours sombres, sans « chichis ».

Enfin, on perd les notions de Bien et de Mal qui n’ont plus cours dans cet univers.


Laurette, 1ère année bib.-méd.

 

 

Dashiell Hammett sur Littexpress

 

HAMMETT moisson rouge couv

 

 

 

 

 

 Article de Thomas sur Moisson rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell Hammett Le Faucon de Malte

 

 

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Le Faucon de Malte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell-Hammett-la-cle-de-verre.gif






Article de Lucie sur La Clé de verre.

 

 

 

 

 

 

 

  Dashiell Hammett Meurtres a Chinatown

 

 

 

 

 

 Article de Loïk sur Meurtres à Chinatown.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Laurette - dans polar - thriller
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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 07:00

Raymond Chandler Les ennuis c'est mon problème

 

 

 

 

 

Raymond CHANDLER
Les ennuis c'est mon problème
 

 

Pocket bilingue, 2011

Nouvelle traduction de
Jean Sendy et J.-F. Amsel
in
Les Ennuis, c’est mon problème
intégrale des nouvelles
de Raymond Chandler
Omnibus, 2009








Biographie

Voir liens en fin d’article : autres fiches sur Chandler.


Les ennuis c'est mon problème est la dix-huitième nouvelle de Chandler ; elle paraît en 1939, la même année que son premier roman Le grand sommeil.

Dans Les ennuis c'est mon problème, il met en scène pour la cinquième fois la détective John Dalmas, narrateur de l'histoire. Ce personnage principal présente toutes les caractéristiques du héros chandlerien : coriace mais sentimental, homme solitaire, plus intéressé par la justice que par l'argent. Dans la présentation de la nouvelle, Jean-Pierre Bernam dit que

« c'est là un des traits – mainte fois imité par la suite – qui différencie Chandler des auteurs de littératures policières de son époque : plus qu'à la solution d'un énigme il s'attache – en utilisant son héros – à mettre en lumière la vérité, et tout particulièrement celle de ses personnages, principaux ou secondaires. »

Un père, M. Jeeter engage un détective, John Dalmas. Il soupçonne sa belle-fille, Harriett Huntress, d'en vouloir à son fils adoptif, Gérald, qui vient de toucher un héritage et de travailler pour Marty Estel, un joueur professionnel à qui Gérald doit de l'argent.

John Dalmas commence son enquête par une visite à Arbogast, un privé qui avait travaillé sur l'affaire, mais en arrivant à son bureau il le trouve assassiné. Il décide alors de partir pour l'hôtel où habite Harriett Huntress avec qui il ne discutera pas longtemps car Gérald va faire son apparition et interrompre la discussion.

En rentrant chez lui après ces deux échecs, il se trouve nez à nez avec deux hommes, Frisky et Waxnose Lavon, qui lui disent de « laisser tomber le môme Jeeter ». Dalmas commence à se poser des questions : qui a bien pu engager ces deux hommes ? Pour lui, ça ne peut pas être Marty Estel ; pourtant il ne voit pas qui cela pourrait être d'autre.

Selon les ordres reçus, il part chez M. Jeeter qui lui envoie son chauffeur. Les deux homme n'arrivent pas à destination, car ils sont attaqués par Frisky et Waxnose ; le chauffeur tue un des deux hommes pour se « défendre ». Dalmas fait demi-tour et rentre chez lui. C'est alors que M. Jeeter l'appelle pour lui dire de suivre ses ordres.

La Criminelle vient interroger Dalmas, soupçonné du meurtre de Frisky. Car

« quelqu'un a appelé en conseillant de dire à la criminelle que s'ils veulent savoir qui a descendu Frisky Lavon ils n'ont qu'à demander à un privé, John Dalmas ».

Il se rend une nouvelle fois à l'hôtel d'Harriett Huntress où il rencontre Marty Estel, seul dans la chambre en train d'attendre Gérald. Il veut le mettre sous protection pour être sûr qu'il ne lui arrive rien et être sûr de toucher son argent. Une fois Marty Estel parti, Dlamas se lance dans une inspection de la chambre et découvre dans un placard le cadavre de Gérald.

« Ainsi en fin de compte, il ne verrait pas la couleur de ses 50 millions de dollars, pas plus que qui que ce soit d'autre, et Marty ne récupérerait pas ses 50 000 dollars. Parce que le jeune Gérald était mort. »

Il trouve à côté du corps, le revolver de Harriett Huntress. Donc tous les soupçons convergent vers elle.

Il part pour annoncer la nouvelle à M. Jeeter, ainsi qu'à Harriett Huntress et au chauffeur qui sont également présents. Sachant qui est le meurtrier, il va exposer aux trois personnages les différents éléments de l'enquête pour arriver au véritable meurtrier.

Jusqu'au dernier moment Chandler va nous faire croire que Harriett Huntress est l'assassin, car si elle ne travaille pas pour Marty Estel, elle veut se venger de M. Jeeter qui a causé la ruine de son père. Mais comme dans la plupart de ses nouvelles, Chandler nous dévoile à la dernière page le vrai visage de l'assassin, en expliquant le mobile de façon logique.

La chute paraît tout à coup évidente, mais Chandler a l'art de nous faire douter de chaque personnage : Harriett Huntress, avec le revolver retrouvé à côté du corps de Gérald, ou encore Waxnose Lavon dont le rôle reste flou tout au long de l'histoire. On émet des doutes sur chacun sauf sur l'assassin véritable. Éclairé par les derniers éléments apportés par l'auteur, le lecteur voit toutes ses hypothèses voler en éclats.

Chandler, par la finesse de ses descriptions, arrive à nous faire visualiser non seulement le physique mais aussi la comportement des personnages, ainsi que l'environnement dans lequel ils évoluent.

Par ses descriptions, il arrive à donner à son récit l’atmosphère particulière des romans noirs. Comme le dit Jean-Pierre Bernam,

 « dès le départ le ton est donné, la silhouette des personnages même de second plan, brossé avec précision, vigueur, lucidité et humour, prend vie, l'espace – appartement, hall d'hôtel, officine de privé – s'anime. »


Lucie, 1ère année bib.-méd.

 

 

Raymond CHANDLER sur LITTEXPRESS

 

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