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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 07:00

Chandler Un tueur sous la pluie

 

 

 

 

 

 

Raymond CHANDLER
Un tueur sous la pluie
Titres originaux :
« Killer in the rain »
(paru dans Black Mask en 1935)
« Bay City blues »
(paru dans Dime Detective Magazine en 1937)
et « Try the girl ! »
(paru dans Black Mask en 1937)
Traduction d’Henri Robillot
Gallimard
Série Noire, 1972
Carré Noir, 1980
Folio, 1988
Folio Policier, 2009




1. Fiche de Lola
 
Quelques mots à propos de Raymond Chandler (1888-1959)
 
 
Né à Chicago, il eChandler.jpegst l’un des maîtres du « hard-boiled », le roman policier américain noir par excellence, dont la période de gloire se situe autour des années 1930-1940. Il est souvent considéré comme l’héritier de Dashiell Hammett, de qui il tire probablement une partie de son inspiration grâce à la lecture de « pulps » dans lesquels étaient publiés de nombreux auteurs américains.
(image 3)
 Dime-detective.jpg
Il commence à écrire après avoir perdu son emploi dans une compagnie pétrolière. Il publie sa première nouvelle dans le magazine Black Mask en 1933. Son premier roman, The Big Sleep, paraît en 1939 aux États-Unis, avec pour héros le détective phare de son œuvre, Philip Marlowe, qui sera i ncarné au cinéma par Humphrey Bogart. The Big Sleep a été traduit en français par Boris Vian, et publié dans la Série noire de Gallimard sous le titre Le Grand Sommeil. Après l’adaptation cinématographique d’une partie de ses œuvres, Chandler devient scénariste pour des films policiers.
 
Pour plus d’informations :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Chandler
 http://www.fantasticfiction.co.uk/c/raymond-chandler/



« Un Tueur sous la pluie »
  
Ce livre regroupe trois enquêtes appartenant à la série de nouvelles de Chandler qui lui inspireront le personnage de Philip Marlowe. Les deux premières (« Killer in the rain » et « Bay City Blues »), composées d’une dizaine de chapitres chacune, sont menées par le détective Johnny Dalmas et ont en commun le personnage du policier Violets M’Gee, qui doit son nom aux pastilles à la violette qu’il passe son temps à manger.

La troisième affaire est traitée par le détective Carmady. Embarqué dans une enquête sans rapport avec celle qu’il devait mener au départ, il se retrouve à la recherche de Beulah, une jeune femme rousse, pour le compte de Steve Skalla, un « grand malabar » qui « devait mesurer plus de deux mètres dix ». Bien que disposant de très peu d’informations au départ, il finit par découvrir que Beulah (de son vrai nom : Vivian Baring) travaillait pour une station de radio, la KLBL, sous les ordres de David Marineau. Lorsque Carmady interroge ce dernier sur l’adresse de Miss Baring, il donne sa propre adresse.

C’est ainsi que le détective tombe sur une madame Marineau persuadée que son mari la trompe avec Vivian. Carmady réussit ensuite à retrouver la chambre d’hôtel de Miss Baring, dans laquelle il trouve le cadavre de David Marineau et la femme de celui-ci, un pistolet à la main. Steve Skalla rentre alors par la fenêtre, laissant à Mme Marineau une occasion d’utiliser ses escarpins pour « assener une grêle de coups de talon » au détective qui l’envoie à terre. Pendant que les deux hommes discutent, Mme Marineau est allongée sur le canapé, ayant été au bord de l’évanouissement. Skalla s’accuse du meurtre perpétré dans la chambre.

« La fille devait sans doute jouer la comédie depuis un bon moment. […] Juste avant de lui tirer dessus, elle se mit à rire. Elle lui expédia quatre balles d’affilée dans le bas-ventre, puis le chien cliqueta dans le vide. […] Il s’assit sur le premier siège qui se présenta et se plia en avant, les deux mains plaquées sur le bas-ventre. Le sang se mit à couler entre ses doigts, lentement, comme de l’eau débordant d’un bassin trop rempli. »

C’est ainsi que Skalla se retrouve à l’hôpital. Carmady, lui, attend Beulah, seul dans la chambre. Elle rentre, arme au poing pour se défendre, puis explique que ce meurtre était de la légitime défense. Carmady décide alors de l’aider à le prouver :

« Je lui déchirai son manteau, m’acharnai sur elle sans douceur, lui pétris, lui broyai les bras et la nuque sous les doigts et lui expédiai mes jointures sur la bouche. […]

— On va attendre que les meurtrissures apparaissent et commencent à noircir, et puis on descendra en ville. »

Après quoi il ajoute :

« Je ne l’avais même pas embrassée. J’aurais au moins pu m’offrir ça. Ça ne l’aurait pas plus dérangée que le reste du tabassage que je lui avais fait subir. »

Une fois le crime avoué à la police, la jeune femme se rend au chevet de Steve Skalla, dont le décès clôt la nouvelle.



Portrait-type d’un détective

Les deux enquêteurs de ces nouvelles étant des ébauches du futur Philip Marlowe, on peut constater qu’ils possèdent de nombreux points communs pouvant définir un détective-type. Dans une atmosphère sombre, où sang et « macchabées » se côtoient dans des espaces souvent clos (voiture, chambre d’hôtel…), le détective-type boit (du whisky, de préférence), fume (des cigarettes, ou mieux encore, un bon cigare), est toujours armé et prêt à dégainer. Autant intéressé par l’argent que par les femmes, il considère généralement la police comme gênante et tient des propos racistes (« négro »). En somme, un détective hard-boiled n’est pas le genre d’homme que vous aimeriez croiser.



Avis personnel
 
Idéal pour découvrir l’univers de Chandler, ce recueil de trois nouvelles n’est pas toujours évident à lire, à cause de son atmosphère pesante. Ce qui ne découragera pas les amateurs de polars bien noirs !
 
 
Lola, 1ère année Éd.-Lib.



2. Fiche de Céline.

C’est un recueil de trois nouvelles, écrites par Raymond Chandler et traduites par Henri Robillot.

Henri Robillot a traduit de nombreux romans noirs américains, des romans de Dashiell Hammett ou encore David Goodis…



Qu’est-ce que le roman noir ?

Le roman noir est un genre qui décrit la société américaine telle qu’elle était dans les années 1920-1930. On y trouve des crimes organisés, différentes mafias, de la corruption policière et politique, des violences urbaines.



Première nouvelle : « Un tueur sous la pluie »

Le lecteur est directement propulsé dans l’action. On comprend qu’il s’agit du bureau d’un détective privé qui a rendez-vous avec Dravec ; ce dernier veut l’engager afin de garder sa fille adoptive pour lui, et peut-être l’épouser par la suite.

Le détective a pour mission de surveiller Steiner, l’amant de Carmen Dravec. Or, pendant sa planque, Steiner se fait tuer alors que lui et Carmen sont en train de faire des photos osées. Lorsque le détective arrive à l’intérieur de l’appartement, il trouve Carmen dans un état second et décide de la ramener chez elle. Lorsqu’il revient sur les lieux du crime, le corps et les photos ont disparu.

Pendant ce temps-là, un corps est découvert dans le fleuve. Il s’agit de Carl Owen, chauffeur de Dravec et ancien petit ami de Carmen. Dravec reçoit une lettre anonyme où on lui fait du chantage. Le détective va devoir découvrir qui est le maître-chanteur et récupérer les photos.

Après enquête, le détective est sur la piste de Marty, à qui la mort de Steiner est profitable car il peut reprendre son « commerce ». Il découvre que Marty est en possession des photos. Dravec et Marty vont alors s’entretuer…


 La lecture de la nouvelle peut paraître assez fastidieuse car il y a en tout neuf personnages importants, mais si on la lit d’un trait, elle est assez agréable.



Deuxième nouvelle : « Bay City Blues »

Le lecteur apprend enfin le nom du détective : John Dalmas. Son ami et policier Violets M’Gee lui parle de l’affaire Austrian. Leland Austrian, femme du Dr. Austrian est retrouvée morte dans son garage. L’affaire est assez vite classée, la police considère que c’est un suicide.

Mais Matson, l’homme qui a découvert le corps de la victime ne pense pas que cela soit un suicide, il demande l’aide de John Dalmas car il se sent menacé. Arrivé au lieu de rendez-vous, John ne trouve personne. C’est alors que Matson arrive, tabassé, et meurt avant que John ait pu l’aider.

Le détective va alors prendre l’affaire en main car il comprend que Matson avait raison, la mort de Leland est mystérieuse. Il comprend également que son meurtre a été couvert par la police. Leland, le soir de son assassinat, se trouvait dans le club de son amant Conried. Elle y perdit beaucoup d’argent et fit un scandale. Afin de la calmer, Conried appelle son mari, le médecin, qui lui injecte un calmant. À son retour à la maison, c’est l’infirmière du docteur qui vient surveiller Leland. Mais l’infirmière n’est autre que la femme de Matson, Helen.

Lorsque le détective se rend au club, il se fait aborder par Helen. Il décide de la raccompagner chez elle car elle n’est plus vraiment en état de conduire. À la sortie du club, ils se font tous les deux agresser ; quand John reprend conscience, il trouve Helen morte à ses côtés et il tient l’arme du crime entre ses mains. Il s’est fait piéger. Quand la police arrive, De Spain, l’agent, comprend que c’est un piège et aide John à s’enfuir. Ils s’associent pour élucider les trois meurtres…

On trouve encore une fois dans cette nouvelle de nombreux personnages et peu de descriptions.



Troisième nouvelle : « Déniche la fille »

Alors que le détective est en train d’enquêter, il se trouve embarqué dans un club par Steve Skalla qui est à la recherche de Beulah, son ancienne petite amie. Dans ce club, Skalla va interroger de manière brutale les employés et il ira jusqu’à tuer le patron car il ne sait pas où elle se trouve.

Skalla s’enfuit et John décide de mener son enquête pour le retrouver. Pour cela, il comprend qu’il doit d’abord trouver Beulah. Il découvre que cette dernière travaille pour une radio sous un autre nom : Vivian Baring. Après avoir interrogé le patron, M. Marineau, il se rend à l’adresse que ce dernier lui a donnée. Or, ce n’est pas l’adresse de Beulah/Vivian mais celle de Mme et M. Marineau. Mme Marineau connaît l’adresse de Beulah car elle pense que son mari et elle sont amants.

Arrivé chez Beulah, John découvre M. Marineau mort, tué par balle, et Mme Marineau avec un revolver à la main mais aucune trace de Beulah ou de Skalla…


 

Analyse

 

À la fin de chaque nouvelle, lorsque l’on pense avoir enfin élucidé le meurtre, l’auteur réussit à nous surprendre avec une chute assez étonnante. En effet, le supposé meurtrier n’est jamais le véritable tueur. Le lecteur est d’autant plus surpris que les nouvelles sont écrites à la première personne et que c’est le détective qui à la fin de chaque nouvelle découvre le vrai meurtrier sans que le lecteur s’en doute.

Le narrateur reste assez mystérieux pour le lecteur, on ne connaît pas tous ses secrets. Son comportement peut surprendre le lecteur ; on a plutôt l’impression d’être le coéquipier du détective.

On trouve dans les nouvelles de Raymond Chandler un langage de voyous, le lecteur est complètement intégré au milieu de la mafia, de l’époque des années 1930. Certains personnages secondaires sont décrits de façon assez atypique, un ancien boxer aurait tout pris sur sa « gueule sauf le pont de Brooklyn ». Les morts de certains personnages paraissent assez violentes, décrites de façon abrupte, on ne cache rien au lecteur.


C.C, 1ère année bib.-méd.

 

 

Raymond CHANDLER sur LITTEXPRESS

 

 

Raymond Chandler sur un air de navaja 1

 

 

 

 

 

Article de Marion sur The Long Good-Bye (Sur un air de navaja).

 

 

 

 

 

 

 

 

Raymond Chandler Les ennuis c'est mon problème

 

 

 

 

 

 

Article de Lucie sur Les ennuis c'est mon problème.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Lola et Céline - dans polar - thriller
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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 07:00

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Rodrigo FRESÁN
Les jardins de Kensington

titre original

Jardines de Kensington (2003)
Traduction
Isabelle Gugnon
Seuil, 2004
Points, 2012




 

 

 

 

 

 

 

Les jardins de Kensington, c'est une biographie sur la vie de James Barrie, auteur de Peter Pan. Mais c'est aussi le récit de la vie de Peter Hook, le narrateur et auteur de la célèbre saga des Jim Yang. Il y raconte son enfance dans les années soixante avec des stars du rock pour parents. C'est donc également un portrait de l'Angleterre d'il y a cinquante ans, mais aussi de l'Angleterre victorienne de Barrie. Ajoutez à cela que l'auteur livre une réflexion sur le rôle de l'écrivain, la mémoire et la mort, et vous comprendrez à quel point cette œuvre est un labyrinthe. Par ailleurs, vous y croiserez Bob Dylan vomissant dans une chambre d'enfant, ainsi que Marlon Brando, David Bowie et Stevenson, entre autres.

Au cours d'une nuit, Peter Hook raconte au mystérieux Keiko Kai la vie de Barrie et la sienne. Il mélange le rêve à la réalité jusqu'à perdre complètement le lecteur, qui se laisse emporter dans ce récit hallucinant.

 

Rodrigo Fresán est un auteur argentin né en 1963 à Buenos Aires. Journaliste de profession, il a écrit sur la gastronomie, le cinéma, la musique et a officié en tant que critique littéraire. Les jardins de Kensington est son septième livre et a été publié en espagnol en 2003, puis en France au Seuil en 2004. Aujourd'hui, Fresán vit à Barcelone, mais prend un malin plaisir à situer ses ouvrages à travers le monde. Ainsi, Mantra se déroulait à Mexico, alors que Les jardins de Kensington a bien sûr Londres pour décor. Ce qui est le plus fascinant, c'est la description détaillée de la ville qu'il livre, le statut de personnage à part entière qu'il lui donne, alors qu'il avoue ne connaître que l'aéroport d'Heathrow. Il faut quand même avouer qu'écrire un livre sur les jardins de Kensington sans y être jamais allé est original.



L'enfance

Pour illustrer son thème, Fresán a choisi le personnage qui symbolise le mieux cette période; Peter Pan. Le narrateur, Peter Hook, est fasciné par l'œuvre et la vie de son auteur. Bien sûr, son héros Jim Yang, qui refuse de grandir et remonte le temps à l'aide de sa chronocyclette, est le successeur de Peter Pan. Bien sûr, Peter Hook est le double de Barrie. Chacun a peur de la mort et refuse de grandir.

Né en 1860, James Barrie est le neuvième enfant de David et Margaret Barrie. Il a un frère aîné, David, qui est adulé par sa mère. À l'âge de treize ans, David décède. Le petit James essaie de le remplacer et tentera toute sa vie de gagner l'amour de sa mère, en vain. Son enfance ne fut pas heureuse, ce qui explique son œuvre. Peter Hook a également perdu son petit frère, Baco, âgé alors de deux ans. Quelque temps plus tard, son père décède avec son groupe de rock dans le naufrage d'un bateau, tandis que sa mère perd la raison et meurt à son tour. La mort hante ce livre comme elle hante la vie des deux auteurs. Comme le dit Peter Hook au début du roman, « ça commence par un enfant qui n'a jamais été adulte et ça finit par un adulte qui n'a pas eu d'enfance. »

Dans ce livre, comme dans la vie de Barrie, la réalité vient toujours briser le rêve. Fresán narre la partie sombre et oubliée de Peter Pan. Saviez-vous que la mort n'a cessé de frapper Barrie et la vie de la famille Llewelyn Davies après le succès de la pièce ? Il y eut d'abord le père, Arthur, puis la mère, Sylvia, tous deux morts d'un cancer. Ensuite, l'aîné, Georges, qui a inspiré le personnage de Peter Pan, est mort au combat durant la Première Guerre mondiale, suivi de Mickael, « le plus Peter Pan de tous », retrouvé noyé avec son meilleur ami. Et enfin, Peter, qui s'est suicidé. À l'enfance enchantée a donc succédé le drame.

L'enfance que l'auteur décrit, c'est aussi celle des lecteurs de Barrie et de Peter Hook. Ce dernier est lui-même très influencé par Peter Pan et peut en réciter des passages appris par cœur. Peter Hook se pose beaucoup de questions sur l'impact de ses livres sur ses lecteurs et ne comprend pas l'engouement qu'il suscite. Tous deux ont découvert la littérature lorsqu'ils étaient enfants et savent à quel point un livre peut marquer la vie d'une personne.



La question du rôle de l'auteur

Outre l'enfance, le livre traite de la difficulté qu'ont les auteurs à contrôler leur œuvre. On constate qu'elle finit fatalement par les dépasser. Aujourd'hui, Barrie n'est célèbre que pour Peter Pan, bien qu'il ait mené une illustre carrière. On connaît bien plus son personnage que lui. On découvre qu'il était obsédé par son travail et revenait sans cesse sur ses écrits, allant même jusqu'à changer la fin d'une pièce à la dernière minute. Tout comme lui, Peter Hook veut contrôler son œuvre. Il a peur que le public se l'approprie et une véritable haine envers son personnage, Jim Yang, se développe en lui. Il veut le détruire tout comme Peter Pan a détruit la vie de la famille Llewelyn Davies et de son auteur. Jim Yang ne doit pas être un modèle comme Peter Pan et ne peut pas survivre à son auteur.

Une fois les personnages passés à la postérité, ils n'appartiennent plus à leur auteur. Ce dernier ne peut plus les contrôler sous peine de se mettre le public à dos, comme lorsque Barrie a publié Peter and Wendy, la version romanesque de la pièce Peter Pan et que les critiques lui ont reproché « l'omniprésence du narrateur, qui intervient dans l'action, comme pour réclamer la propriété de quelque chose qui est à tout le monde. »



La fiction et la réalité

Bien sûr, la biographie de Barrie n'est pas exacte, on peut même dire qu'elle est fictive. Mais elle est riche de tellement de détails, comme des titres de journaux, que l'illusion fonctionne et qu'il faut savoir dès le début de la lecture que c'en est une pour ne pas être dupé. Il en va de même pour la vie du narrateur. Rodrigo Fresán décrit de façon détaillée la vie dans les années soixante et crée une sorte de réalité alternative. On en vient à se demander si Sebastian « Darjeeling » Compton-Lowe, le père du narrateur et leader du groupe The Beaten ou The Beaten Victorians ou The Victorians, n'a pas existé.

Ce texte contient des situations complètement absurdes et illogiques, comme lorsque les parents de Peter Hook organisent une véritable fête pour l'enterrement de leur fils Baco ou quand son père lui donne une pilule de LSD avant de le laisser seul dans les jardins de Kensington, mais aussi des scènes très réalistes. L'auteur s'amuse à perdre le lecteur et le laisse libre d'interpréter lui-même la situation. Ainsi, il soulève une question primordiale de la littérature : quelle est la part de réel dans la fiction ? La fiction sert souvent à corriger la réalité et à s'échapper. Barrie, par exemple, réalise son rêve de ne pas grandir et embellit son enfance à travers Peter Pan.



Les jardins de Kensington est un livre à lire absolument si: vous adorez Peter Pan, vous avez pleuré devant le film Neverland, vous aimez les Beatles, vous détestez les Beatles, vous êtes féru de voyages dans le temps, vous ne voulez pas grandir, vous souhaitez visiter la ville de Londres du dix-neuvième siècle, des sixties ou actuelle, et si vous êtes consommateur de certaines substances illicites.


Laura Bousquet, 1ère année éd.-lib.

 

 

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 07:00

thierry-Jonquet-Mygale.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Thierry JONQUET
Mygale
Gallimard
Série Noire, 1984
Folio, 1995
Folio policier, 1999


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le livre est découpé en trois parties : « L'Araignée », « Le Venin », « La Proie ». Le premier chapitre s'ouvre sur le docteur Richard Lafargue et la description de son immense propriété près de Paris où est installée sa clinique de chirurgie esthétique. C'est la fin de l'après-midi et Richard Lafargue se promène dans le parc de son manoir, il semble mélancolique et calme. En revenant dans la maison, il s'approche d'un interphone et hurle, à l'attention d'une certaine Ève, de se dépêcher car ce soir, ils sortent. Richard Lafargue est devenu odieux et agressif.

Les relations entre cet homme et cette femme semblent compliquées, il est difficile de savoir ce qu'il se passe entre eux : sont-ils mari et femme ? Y a-t-il une once d'amour entre eux ?

Visiblement, non. Le couple n'est pas resté longtemps à la soirée et ils se sont retrouvés dans un appartement où arrive un homme venu pour faire d' Ève sa chose. On comprend alors que ce qu'il se passe entre eux n'a rien d'une relation de couple habituelle.

Peu après, Ève et Richard se retrouvent un dimanche dans une clinique en Normandie. C'est Ève qui rappelle à Richard qu'ils doivent s'y rendre. Ils rendent visite à une jeune malade qui vraisemblablement est dans un état de choc permanent. Richard est différent, la jeune fille qu'ils viennent voir semble lui être très chère. Ève, quant à elle, semble pressée de partir. À ce stade, il manque beaucoup d'informations sur les personnages et leur passé.

Dans le même temps, un narrateur externe s'adresse à un autre personnage en le tutoyant. Ces passages sont différents du reste du texte, ils sont en italique. Un narrateur externe s'adresse à un autre personnage, Vincent Moreau, il lui remémore ce qu'il lui est arrivé. Vincent est enfermé dans une cave, réduit à l'état d'animal. Il est retenu prisonnier par le maître, qu'il appelle la Mygale. Il est resté enfermé pendant plusieurs années : au début, Mygale lui a retiré toute dignité, lui donnant à peine de quoi se nourrir, le laissant sale après sa capture avec juste un seau pour faire ses besoins et ne lui adressant même pas la parole. Mais peu à peu, Mygale change de comportement : il apporte de la nourriture correcte, des vêtements. Une salle d'eau d'appoint fait son apparition dans la cave, au même titre qu'un piano et les deux hommes discutent souvent, comme dans une cordiale relation d'amitié. Vincent commence à s'habituer à cette vie, il a même confiance en Mygale. Ce qui va lui coûter sa virilité.

Alex est un braqueur de banque et un ami d'enfance de Vincent, qui vient d'être repéré suite à un braquage qui a mal tourné. Il se cache en banlieue parisienne et cherche une idée pour fuir. Il tombe alors sur un reportage sur la chirurgie esthétique dans lequel Richard Lafargue est interrogé et décide de l'obliger à modifier son visage pour passer les douanes dans un aéroport. Pour cela, il enlève Ève. Mais Alex n'est pas assez méfiant et sur la table d'opération, Lafargue lui administre une forte dose d'anesthésiant et l'enferme à son tour dans sa cave.

Toutefois, il y a un lien autre que l'amitié d'enfance entre Alex et Vincent : Richard Lafargue et sa fille Viviane participent à une soirée à laquelle Alex et Vincent sont présents aussi. Ils profitent du fait que Viviane soit seule pour la coincer à l'écart des autres invités et la violent. Quand Richard retrouve sa fille, elle est mutique, complètement choquée et ne supporte plus la proximité des hommes, même celle de son père. Voyant la vie de sa fille réduite à néant, Lafargue décide de se venger. Sa fille est envoyée dans un hôpital psychiatrique et il retrouve l'homme qui a détruit Viviane. Il parvient à lui mettre la main dessus ; dans son immense souffrance et le désir de vengeance qui l'aveuglent, il fait subir à Vincent Moreau le pire châtiment imaginable pour lui : un changement de sexe. Et comme si cela ne suffisait pas, Lafargue le garde avec lui, l'enfermant dans une sorte de cage dorée, une grande chambre avec tout le confort nécessaire et avec des hauts-parleurs dans lesquels il aboie des ordres et lui intime de s'habiller lorsqu'ils sortent. Ces sorties sont très particulières : elles ont lieu dans un petit studio avec une vitre teintée qui donne sur une autre chambre depuis laquelle Lafargue peut voir ce que les hommes les plus monstrueux infligent à Ève. Ce qui le fait infiniment jubiler.

Quand Alex est enfermé dans la cave, Ève révèle à Lafargue qu'ils étaient deux à agresser sa fille, ce qui pousse Lafargue à abattre Alex. Ève aurait l'occasion de s'enfuir, Lafargue lui laissant l'opportunité de partir mais, sachant sa vie brisée, elle ramasse Lafargue, recroquevillé par terre, comme une araignée ayant reçu de l'insecticide. Il est anéanti après tant de cruauté infligée, de vengeance et toutes ces vies brisées.



Le lecteur quant à lui, ne peut qu'être profondément choqué par l'extrême punition infligée par Lafargue, son intelligence reste inégalée pour infliger tant de souffrance mais, d'un autre côté, cette vengeance semble presque normale pour un père qui élève seul sa fille chérie. N'importe qui aurait basculé après une telle épreuve.

Thierry Jonquet parvient à nous tenir en haleine dans ce milieu bourgeois où rien n'est dit mais tout semble malsain. Et c'est le cas. Il conserve le mystère quant aux personnages de Vincent et d'Ève jusque tard dans le livre et cela rend l'action très excitante ; le lecteur veut comprendre et savoir à tout prix comment fonctionne Lafargue et quel est son but. C'est tout bonnement fascinant. Je ne peux que le conseiller. Bonne lecture.


E.A., 2ème année éd.-lib.

 

 

Thierry JONQUET sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Hélène sur La Bête et la Belle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 07:00

Kethevane-Davrichewy-Les-separees.jpg











Kéthévane DAVRICHEWY
Les Séparées
Sabine Wespieser, janvier 2012









 

 

 

 

 

 

Biographie

Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 dans une famille géorgienne. Son enfance est marquée par les souvenirs et l’expérience de l’exil qu’ont vécue ses grands-parents. Après des études de lettres modernes, de cinéma et de théâtre, elle a travaillé pour différents magazines et écrit aussi des scénarios de films.

Après de nombreux ouvrages pour la jeunesse à l’École des loisirs et un premier roman en 2004, Tout ira bien, elle a publié en 2010 chez  Sabine Wespieser éditeur La Mer Noire qui a remporté plusieurs prix et a été traduit en allemand, en italien en néerlandais et en suédois.

 

Kéthévane Davrichewy sur le site de Sabine Wespieser.

 

 

 

Prix littéraires

Prix Landerneau : pour La Mer Noire

Prix Le Prince Maurice pour La Mer Noire

Les Séparées ont été sélectionnées pour le prix des lecteurs de l’Express 2012.



Résumé

« Quand s’ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l’enfance ne se quittaient pas se sont perdues. Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d’autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.

Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des « années Mitterrand ». Elles ont même rêvé à un avenir professionnel commun. » (Présentation de l’éditeur).

 

 

 

Analyse

 

Ce roman à double-voix raconte la sublime histoire d’amitié qui lie Cécile et Alice. Les deux protagonistes, chacune à sa manière et surtout de son point de vue, retracent leur vie à deux et leur solitude quand elles se sont perdues. Chaque chapitre est un petit bout de vie des deux jeunes femmes, un moment où elles étaient encore ensemble, unies. La partie de leur vie dans laquelle elles sont seules est très vite relatée, voire occultée. L’œuvre s’attache à montrer la douleur que provoquent le manque et la solitude vis-à-vis d’un être cher qu’on a élu et choisi pour entrer dans sa vie.

Cette remontée dans le temps s’effectue au fil d’un magazine qu’Alice est en train de lire et qui retrace les années Mitterrand d’un point de vue culturel et économique. Chaque fait évoque un souvenir pour Alice et correspond à un chapitre du livre, à un sentiment ou un événement marquant de sa vie. Les références littéraires et musicales ne manquent pas. Les jeunes femmes font partie de la génération née juste après mai 1968, de ceux qui n’ont pas vraiment de causes pour lesquelles se battre comme leurs parents ont pu en avoir mais qui rêvent tout de même et se passionnent pour les arts quels qu’ils soient, cette passion ayant été permise par la révolution de mai 1968. Des vers de Baudelaire lus au fond du grenier pendant les vacances scolaires aux poèmes de Hugo reliés à la mort de Philippe, le frère de Cécile, les deux « presque » sœurs vivent leurs vies au rythme de la poésie et de la littérature. D’ailleurs, le livre est entrecoupé de la même façon, des vers, des phrases ou des couplets de chansons viennent interrompre la lecture pour intégrer le lecteur au récit.

« Un jour, nous étions chez toi et attendions Philippe. Tu t’es penchée à la fenêtre pour le guetter. Pour se moquer, ton père a fait mine de jouer du violon, a fredonné la chanson de Dalida :

J’attendrai le jour et la nuit

J’attendrai toujours ton retour »



Enfin, il est possible de trouver dans cet ouvrage une certaine dimension autobiographique. En effet, Alice est issue d’une famille modeste avec un profond héritage d’immigrés. Ses grands-parents ont immigré en France pour fuir le nazisme :

« Leurs ancêtres avaient survécu à des guerres, des génocides. Leurs parents s’étaient rencontrés et accrochés l’un à l’autre dans un seul but : fonder une famille ».

Il est possible d’imaginer que l’auteure s’est inspirée de sa propre vie et de son expérience pour créer le personnage d’Alice. Par conséquent, quand Alice parle de sa famille et de ce qu’elle ressent par rapport à son héritage, nous pouvons tout à fait imaginer que c’est alors Kéthévane Davrichewy qui parle, c’est une autre manière de voir la polyphonie dans ce roman.

« Ce n’était rien. Le temps passait. Rien. Un débordement d’amour. » Ainsi se termine le roman qui laisse le lecteur dans la confusion et l’attente d’une réponse, un mot ou un élément qui nous permettrait d’imaginer la fin ou la renaissance de cette sublime histoire d’amitié.


Marlène, 2ème année édition-librairie

 

 

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 07:00

Nosaka-Akiyuki-La-tombe-des-lucioles.gif





NOSAKA Akiyuki
野坂 昭如
La Tombe des lucioles
Hotaru no haka
火垂るの墓
illustrations de Nicolas Delort
Traduit du japonais

par Patrick de Vos
Philippe Picquier, 2009
(Première parution en 1967)


 

 

 

 

 

 

L'auteur : Nosaka Akiyuki (野坂 昭如)

Il est important de faire un retour sur la biographie de l'écrivain car celle-ci a très fortement inspiré son travail, comme on peut le constater lors de recoupements de ses histoires avec son propre vécu.

Né le 10 octobre 1930, Nosaka Akiyuki est surtout connu en tant que romancier, mais il est également chanteur, parolier japonais et ancien membre de la chambre des conseillers.

« Nosaka Akiyuki est orphelin de mère quasiment dès sa naissance. Son père le confie alors à une famille d'adoption, ce que Nosaka Akiyuki ne découvrira qu'après la mort (sous les bombardements américains) de ses parents adoptifs en été 1945.

À 14 ans, toutes ses certitudes effondrées, il doit survivre dans les décombres du Japon ; puis sa petite sœur meurt de malnutrition. Il fait du marché noir, vole... C'est la maison de correction, et le miracle, son père biologique refait apparition, dans le rôle d'un vice-gouverneur de province ! Il peut dès lors faire des études, vivre une vie que l'on pourrait qualifier de "normale". Mais il abandonne rapidement ses études pour exercer toutes sortes de petits métiers […].

La célébrité est venue en 1963, avec la parution des Pornographes, qualifié par Mishima de "roman scélérat, enjoué comme  un ciel de midi au-dessus d'un dépotoir".

Grotesque, tragique, comique, burlesque, mélancolie, horreur, mort, sexe, désespoir, excès, fantasmes : on trouve tout cela dans son œuvre, volontiers provocatrice. »

(source :  http://www.babelio.com/auteur/Akiyuki-Nosaka/24751)

Pour les lecteurs de japonais, voici son site dans la langue d'origine :  http://nosakaakiyuki.com/.



L'histoire

Le roman s'ouvre par la fin : contre un pilier de la gare de Sannomiya à Kōbe, le jeune Seita finit par mourir, après une lente agonie due à la famine et à la maladie, le 21 septembre 1945. Sa petite sœur Setsuko, est morte seulement quelques mois avant lui. Le récit revient alors en arrière, témoignant des événements passés où le malheur des deux enfants débute.

La Tombe des lucioles raconte l'histoire de Seita et de Setsuko, un couple de frère et sœur qui se voient obligés d'errer dans un Japon à feu et sang, ravagé par la guerre et les bombardements américains de 1945. La ville de Kōbe ne ressemble plus qu'à un brasier funéraire géant, où la mère des deux enfants perd la vie. Ses ossements sont alors rassemblés dans une petite boîte conservée précieusement durant tout le périple, faisant office de trésor. Le père, quant à lui, lieutenant dans la marine, est porté disparu et reste injoignable dans ce contexte de crise.

Abandonnés à leur sort, les enfants décident de fuir, Seita emportant sa petite sœur sur son dos. Le jeune garçon estime préférable de cacher le décès de la mère à Setsuko, qui finit tout de même par comprendre qu'ils sont désormais seuls et livrés à eux-mêmes. Les deux orphelins vont alors être recueillis un temps par une tante cruelle, qui les harcèle constamment et les prive de nourriture.

L'aîné n'accepte plus cette situation et décide de repartir. Ils s'organisent alors une vie à deux dans une cave sombre et insalubre, où néanmoins ils gagnent une forme d'indépendance. Ils occupent leurs journées par des baignades dans un lac à proximité de leur abri, mais le plus important reste la recherche de nourriture, car ils ne bénéficient plus des tickets de rationnement.

Pour échapper à leur situation et à leur avenir incertain l'espace d'un instant, les enfants font appel à leur imagination. C'est dans ces moments-là qu'ils retrouvent une âme d'enfant. Ainsi, quand vient la nuit, Seita et Setsuko partent à la chasse aux lucioles, qui éclairent leur caverne et leur tiennent compagnie.

Pour assurer leur survie, Seita vole dans les potagers et pille les maisons pendant les bombardements, lorsque les villageois sont terrés dans les abris. Mais ses maigres butins ne suffiront pas à les sauver : lui et sa petite sœur finissent par mourir lentement, emportés par la maladie et la famine.



Le texte

La Tombe des lucioles met en scène une relation fraternelle sans faille, où chacun est la raison de vivre de l'autre. Ce récit dramatique contient une trame historique qu'est la Seconde Guerre mondiale, avec les bombardements violents et meurtriers des Américains sur le sol japonais.

De plus, on retrouve tout un fond culturel où des termes japonais sont employés : tabi qui désigne des chaussettes en coton où le gros orteil est séparé des autres doigts, kokumingakkō qui correspond aux écoles primaires « nationales », où l'accent était mis sur les valeurs nationalistes prônées par les autorités militaires durant la guerre... Cet emploi de la langue nippone permet une véritable plongée dans le texte et ancre l'histoire dans une certaine réalité.

Cette histoire, l'auteur l'a vécue, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Il nous la retranscrit ici au travers de deux voix et regards enfantins et, malgré tout, Nosaka attribue une certaine maturité à ses personnages, qui sont les seuls maîtres de leurs destins. Condamnés à vivre sans attaches, ils ne doivent et ne peuvent que compter l'un sur l'autre. Seita doit assumer son rôle de grand frère et assurer la survie de sa petite sœur, plus fragile mais néanmoins lucide sur la situation.

Les thèmes de l'amour, de la guerre et de ses conséquences (la perte, l'errance, la misère et la famine la plus extrême) sont au cœur du livre et sont mis en scène par un langage très dialogué, poétique, ainsi que des images bouleversantes de réalisme, réalisées par Nicolas Delort pour cette réédition de l’ouvrage chez Picquier en 2009.

Patrick De Vos, le traducteur, écrit dans son introduction à propos de l'ouvrage : « un style inimitable – le traducteur a presque envie de dire intraduisible – que l'on reconnaît d'abord à son brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les unes aux autres le flot ininterrompu des images. Ses histoires ne sont pas linéaires, elles avancent par à-coups, reviennent brusquement en arrière, obliquent sans prévenir, brouillant la structure narrative. »


« La nuit venue, les grenouilles-taureaux coassaient dans le réservoir d'eau tout proche et de art et d'autre du flot vigoureux qui s'en écoulait, parmi l'herbe drue, c'était des scintillements de lucioles juchés chacune au bout d'une feuille, il suffisait de tendre la main pour faire monter les petites lumières le long des doigts, « Regarde ! Essaie de la prendre ! », il en fit tomber une sur la paume de Setsuko, mais elle ferma si fort son poing qu'elle l'écrasa, une odeur âcre qui vous picotait les narines lui restait au creux de la main, au milieu des ténèbres lisses du moi de juin, à Nishinomiya certes, mais au pied de la montagne, où les bombardements on s'en souciait peu, comme du malheur des autres. »




La notion d'image

La notion d'image est centrale car le livre se prête parfaitement à l'illustration et à la mise en image, à travers le récit riche de descriptions, marquées par un réalisme impressionnant.

Ainsi, la nouvelle d'Akiyuki Nosaka a été adaptée au cinéma par Isao Takahata en 1988. Ce dernier reproduit fidèlement l'univers de La Tombe des lucioles qu'il transpose dans un film d'animation, intitulé en français Le Tombeau des lucioles. On peut noter que la production du Studio Ghibli a été accueillie favorablement par le public et les critiques.
Le-tombeau-des-lucioles.jpg


L'alliance image-mots

Les illustrations appuient ici le sentiment de détresse suscitée par le texte. L'illustration devient une explication du texte, une retranscription visuelle des mots, les rendant encore plus percutants et marquants.

On peut reprendnosaka-akiyuki-nicolas-delort-la-tombe-des-lucioles-02.jpgre la devise du magazine Paris Match pour illustrer ce propos : « Le poids des mots, le choc des photos ». E n effet, d'un côté il y a le pouvoir des mots et de l'autre, la force de l'image qui est également capable de parler d'elle-même. Ici, l'image est en même temps complémentaire du texte, mais aussi indépendante, dans le sens où la lecture de celle-ci peut se faire seule, sans nécessité de légende. On arrive à déchiffrer les sentiments des personnages et à comprendre la situation par la position des corps et les couleurs employées.
 
Le travail de Nicolas Delort permet de s'adresser éventuellement à un public plus réceptif et sensible aux images qu'aux mots eux-mêmes. L'image est alors plus parlante, elle apporte une autre  vision que la nôtre, permettant une confrontation de lectures du texte. Ainsi, elle enrichit le récit d'un point de vue esthétique mais aussi d’une autre lecture. Elle apporte des éléments auxquels le lecteur n'a pas forcément prêté attention.



Mon avis : choix de l'ouvrage

J'ai fait le choix de présenter cet ouvrage car tout d'abord, l'histoire m'a bouleversée en elle-même. Le texte m'apparaissait déjà frappant par la justesse des mots. L'histoire est belle et dramatique mais l'auteur arrive à ne jamais tomber dans l'excès, il ne force pas les sentiments du lecteur. Toutefois, celui-ci ne peut rester de marbre devant la situation vécue par les deux personnages, qui suscite une émotion forte, qu'elle soit positive ou négative. Ainsi, à la lecture, les images me venaient déjà en tête, Nosaka faisant la description des personnages et du cadre.

Cet ouvrage se prête sans problème à l'illustration, comme le démontre Nicolas Delort qui a parfaitement réussi à restituer toute la « profondeur dramatique de cette période, la tendresse des liens qui unissent les deux enfants, l'intensité poétique et visionnaire du texte de Nosaka », pour reprendre les mots de l'éditeur.

En effet, ses illustrations sont poignantes de réalisme et il a su retranscrire l'ambiance et l'esprit du livre, ainsi que les émotions vives que j'ai ressenties lors de la lecture.

J'ai eu un véritable coup de cœur pour l'histoire et le travail d'accompagnement de Nicolas Delort, ce qui explique mon choix de présenter ce livre et je le recommande vivement pour un moment de poésie fort et intense, bien que très triste.


Caroline T., 1ère année éd.-lib.



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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 07:00

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Sorj CHALANDON
Mon traître
Grasset, 2008
 Le livre de poche, 2009




 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

Antoine, luthier parisien, vivait paisiblement sa vie en France, sans passion au sens littéral du terme. Ce n’était pas un aventureux, juste un homme, sans beaucoup d’amis, sans beaucoup de famille. Parfois, il suffit de peu, d’un rien, pour que change la vie.

« J’ai rencontré la République irlandaise à Paris, un matin de novembre 1974. Sous les traits d’un homme souriant qui portait une chemise à col rond . » (Mon traître, p.27)

Un Breton amoureux de l’Irlande, un piètre violoniste ayant malgré tout besoin d’un luthier, une photo en noir et blanc dans son étui, James Connolly.

Antoine avait été trois fois en Irlande.

« – Vous ne connaissez pas le Nord ? […] Alors vous ne connaissez pas l’Irlande. » lui avait dit le Breton.

Un an plus tard, lors d’un séjour à Dublin chez un ami, Antoine prend le train pour Belfast. Il n’en reviendra jamais vraiment. Là, il rencontre Cathy et Jim. Là, il rencontre l’IRA. Un premier contact, inconscient. Deux ans plus tard, dans un pub, Tyrone Meehan lui apprend à pisser.

Mon traître ne nous prend pas en traître, sans mauvais jeu de mots. Le titre, les premières phrases nous informent.

«  La première fois que j’ai vu mon traître, il m’a appris à pisser . »

Tyrone Meehan est un traître. Le traître d’Antoine. Mais lui ne l’apprend que plus tard. Ce récit une rétrospective de la vie, de la relation entre l’Irlande du Nord et Antoine, entre Tyrone Meehan et Antoine. Ou plutôt, entre Sorj Chalandon et son traître.



L’auteur et son rapport au roman.

Sorj Chalandon est un journaliste anciennement grand reporter au quotidien Libération qui aujourd’hui travaille au Canard Enchaîné. Parallèlement, il s’adonne à l’écriture. Mon traître, paru en 2008 aux éditions Grasset, est son troisième roman. Deux autres ont été publiés par la suite. Une promesse lui a valu le prix Médicis en 2006 et  Retour à Killybegs, roman complémentaire à Mon traître, le grand prix de l’Académie Française en 2011. Il a reçu le prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages sur l’Irlande du Nord et sur le procès Klaus Barbie. Sorj Chalandon s’était juré de ne jamais rien écrire sur l’Irlande qu’il dévoilait dans ses reportages. C’est lorsque l’Histoire de ce pays a rejoint la sienne que l’auteur a ressenti le besoin d’écrire Mon traître.

Mon traître est un roman particulier en ce qu’Antoine, le protagoniste, est inspiré directement de  l’expérience de l’auteur. Sorj Chalandon aussi a aimé un traître. Tyrone Meehan, c’est Denis Donaldson. Membre de l’IRA provisoire et du Sinn Féin, sa collaboration avec le MI5 et le Special Branch a été découverte en 2005 et l’homme fut assassiné en 2006 dans son cottage du Donegal. Dans Retour à Killybegs, les exacts mêmes faits sont retranscrits et attribués à Tyrone Meehan. Il n’y alors plus aucun doute sur les véritables identités des protagonistes. L’auteur a cependant modifié quelques détails. Il a, par exemple, modifié certains aspects de sa vraie relation avec son traître. Cela passe par l’âge, Sorj Chalandon et Denis Donaldson avaient le même âge. L’auteur a vieilli le traître pour lui donner un côté paternel et transformer une relation amicale en une nouvelle plus filiale. Denis Donaldson était d’ailleurs presque un membre de la famille de l’auteur, même s’il était un frère plutôt qu’un père.

Bien plus qu’une fiction, Mon traître est un travail sur soi entrepris par Sorj Chalandon pour comprendre Denis Donaldson. Comprendre comment un homme qui avait tant foi en une cause a pu en venir à la trahir. Comprendre comment son ami a pu le trahir. C’est un exemple frappant de la thérapie par l’écriture. Ce roman est la première phase du travail de guérison. Ici, Sorj Chalandon adopte son point de vue personnel sur les évènements. Son récit revêt alors un aspect autobiographique (dimension accentuée par le récit à la première personne) dans la globalité, même si certains détails ne correspondent pas à la réalité. L’auteur a écrit pour se délivrer du poids des souvenirs. Ce roman devait être le seul écrit par Sorj Chalandon. C’est après sa publication que l’auteur s’est rendu compte qu’il représentait uniquement les plaintes d’un seul homme. Il s’est alors lancé dans la difficile entreprise de  Retour à Killybegs dans lequel il se place du côté de Tyrone et essaye de pénétrer son esprit afin de définir les raisons de ses actes. C’est dans ce titre-ci que le pardon et la tentative de comprendre se dessinent. Ce roman complémentaire tente d’expliquer les actes de Tyrone Meehan, de Denis Donaldson, du traître. Mon traître est d’abord une retranscription de son incompréhension.



Thèmes évoqués dans le roman

Dans Mon traître, au-delà de l’histoire de Sorj Chalandon, transpire celle d’un pays, d’une nation. On est ici très loin de l’Irlande des leprechauns, de la Saint Patrick et des trèfles à quatre feuilles. L’Irlande, c’est toujours et à jamais les pubs, le vert de la lande et le gris de la ville, les chants, les rires et le silence, qu’on soit à Galway ou à Belfast. Cependant, ce roman nous rappelle qu’il existe une dimension plus sombre, violente, où le drapeau même de l’Irlande est remis en question. Le blanc de la paix entre le vert des catholiques et le orange des protestants reste un sujet de tension dans le nord du pays. Selon les mots de l’auteur lui-même,

« L’Irlande d’Antoine c’est une vieille femme, c’est une vieille rebelle. Ce n’est pas la rousse Maureen qui court dans la lande avec son poncho tricoté, c’est une vieille femme, c’est une femme dure, avec les cheveux blancs, remontés, comme ça, et qui tient tête aux Anglais, qui est en face, qui est debout, et qui dit non. » (extrait de l’interview du 21 février 2008 – INA)

L’IRA occupe une place importante dans ce roman. Elle devient la nouvelle raison de vivre de Tony (surnom d’Antoine en Irlande du nord). Il veut en faire partie pour faire partie de cette nation. Dans son esprit, l’Irlande du Nord et l’IRA ne font qu’un. Il va malheureusement comprendre qu’il est difficile voire impossible d’en être lorsque l’on est pas irlandais par le sang. Au moment où il se sentira le plus l’un des leurs, Tyrone lui dira : « Tu n’es pas irlandais ». Il n’a jamais accepté le désir d’Antoine de faire partie de l’IRA. Parce qu’être membre de l’IRA, c’était être irlandais. C’était avoir connu toute sa vie cette « odeur de lourd, de mouillé, de ciel battant, de menaçant, de terre, de colère océane » (p.118).

Mon traître possède aussi une dimension profondément humaine. Le relationnel, malgré l’épuration du style, est mis en avant à travers la relation entre les Irlandais et Antoine et plus encore entre Tyrone et Antoine. Quel est l’impact de cette trahison sur leur amitié ? Et encore au-delà, leur amitié était-elle aussi vraie pour l’un que pour l’autre ? Tyrone est une figure de mentor pour Tony. Il le guide et l’enseigne dans la lutte républicaine, il lui offre une casquette à l’image de la sienne, il lui fait découvrir la nature de son Irlande. Il est donc évident qu’Antoine l’estime plus que tout autre. Mais est-ce réciproque ? Tyrone l’appelle « son », Antoine est son fils adoptif, il lui dit qu’il l’aime (pages 168/169), mais lorsque Antoine lui rend visite dans son exil à Killybegs et le questionne sur leur amitié, aucune réponse ne le rassure. Ce manque de réponse vient notamment du fait que Sorj Chalandon n’a pas pu rencontrer son traître dans son exil. La mort l’a emporté avant que la date de la visite n’arrive.



Structure et style

La structure de Mon traître recèle quelques particularités. Composée en chapitres, l’histoire racontée à la première personne ne suit pas un ordre chronologique exact et jongle entre la période où Antoine est au courant de la traîtrise de Tyrone et celle où il ne savait rien, par le biais du récit de souvenirs. De plus, quatre chapitres sont distincts du récit d’Antoine et retranscrivent l’interrogatoire entre l’IRA et Tyrone Meehan en 2005. Ces passages sont dispersés dans le livre et nous font prendre pleinement conscience de la réalité de l’histoire en créant une rupture avec le récit. Un autre chapitre, intitulé « Gypo Nolan », est totalement étranger aux événements et n’est présent que dans le but d’illustrer les propos tenus par Tyrone au chapitre précédent.

Le style de Sorj Chalandon est surprenant car il réussit à écrire une histoire qui le touche personnellement sans pathos aucun. Son style est très épuré, ses phrases sont courtes et son but n’est pas d’émouvoir mais de raconter. C’est donc très agréable à lire. De plus, ce style détaché est en adéquation complète avec l’atmosphère du roman. Le tout forme une combinaison qui sonne très juste. La narration en est poignante, renforcée par l’absence de parasites émotionnels. La brutalité du style se suffit à elle-même et nous permet de nous approprier l’histoire et d’être touché le plus simplement et le plus sincèrement possible.

Ce roman est une parfaite réussite autant par le fond, c’est-à-dire l’histoire, que par le style d’écriture de l’auteur. Poignant, bouleversant, passionnant, le récit d’Antoine nous plonge au cœur de la tumultueuse Irlande du nord.


Sarah, 1ère année éd.-lib.

 

 

Sorj CHALANDON sur LITTEXPRESS

 

Sorj Chalandon Retour à Killybegs

 

 

 

 Article d'Anne-Claire sur Retour à Killybegs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 07:00

catherine-fisher-Incarceron-2.jpgcatherine fisher incarceron



Catherine FISHER
Incarceron
 et Incarceron tome 2 :  

Le Cygne noir
traduit de l'anglais
par Cécile Chartres
Pocket Jeunesse,

juin et octobre 2010

 

 

Catherine Fisher est née en 1957 à Newport, au Pays de Galles. Passionnée par la mythologie, elle commence sa carrière en tant qu'enseignante et archéologue. Elle donne régulièrement des conférences à l'université de Glamorgan sur l'écriture pour les enfants. Elle anime aussi de nombreux débats sur la littérature entre professionnels du livre.

Reconnue comme écrivain, elle est aussi un poète dont l'œuvre est publiée dans de nombreuses anthologies. En 1989, elle reçoit le Welsh Art Council Young Writers Prize après la création de sa collection « Immrama », ce qui signifie en vieil irlandais « voyage vers les îles ». Elle remporte ensuite le Cardiff International Poetry Competition en 1990.

    Elle commence à écrire des romans de fantasy pour adolescents au cours des années 1990, et a aujourd'hui dix-neuf titres à son actif, qui ont été traduits dans dix-sept langues. Malgré les nombreuses nominations et les récompenses, le succès arrive en France seulement en mai 2005 avec la trilogie L'Oracle, qui mêle mythologies grecque et égyptienne avec aventure. Cette série a été sélectionnée par le Whitbread Children's Books prize, et est considérée aujourd'hui comme un bestseller.



Incarceron et Le Cygne noir sont les derniers opus de Catherine Fisher. L'élite d'une société futuriste a décidé de bloquer le temps et d'imiter la vie du XVIIe siècle. De hautes technologies permettent de maintenir la supercherie en place, mais rien ne doit apparaître. Les gens prétendent vivre dans une époque falsifiée où les classes dominantes règnent, et tous ceux qui ne cadrent pas avec ce décor sont envoyés dans Incarceron, un programme sous forme de prison dont personne ne revient.

« Plus que tout, nous interdisons le Temps. À partir de maintenant, plus rien ne doit changer. »

Finn est prisonnier dans Incarceron ; cette dernière est censée s'occuper de ses habitants, mais se révèle être un enfer où la loi du plus fort dicte la conduite de chacun. Finn ne se rappelle pas comment il y est entré mais de mystérieux rêves le poussent à vouloir à tout prix s'enfuir de ce cauchemar.

Claudia est son parfait opposé. Fille du directeur de la prison, son avenir lui promet des jours radieux en tant que princesse de l'Extérieur. Sauf qu'elle n'a pas choisi son destin, et ne rêve que de fuir cette mascarade dans laquelle elle vit.

L'avenir de ces deux personnages est bouleversé lorsque chacun découvre une clé qui leur permet de communiquer. Ensemble, ils découvrent un à un les secrets de la prison, et cherchent à échapper au sombre avenir qui les attend.

Mêlant complots, recherches, violents combats dans Incarceron ou à l'Extérieur, cette quête de liberté permet de découvrir des mondes inconnus, peuplés de symbiotes, de forêts métalliques, de dieux imaginaires. Catherine Fisher dénonce le totalitarisme, l'abandon de certaines populations à la pauvreté, mais aussi les croyances aveugles en créant le mythe de Sapphique, homme idéalisé par les habitants de la prison, qui aurait pu s'enfuir mais dont l'existence est incertaine.

Mais la véritable question que posent ces romans est de savoir quelle est la vraie liberté : vivre dans un monde où la survie est le but de tous, ou vivre bloqué dans une époque ? Et une fois cette liberté obtenue, est-elle pour autant acquise ?


Alice, 2e année éd.-lib.

 

 

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 07:00

Anthony-Burgess-Orange-Mecanique.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Anthony BURGESS
L'Orange mécanique, 1962
Titre original
A Clockwork Orange
Traduction
Georges Belmont
et Hortense Chabrier
Robert Laffont Pocket, 1972
Robert Laffont Classiques Pavillons, 1984
Livre de Poche, 1992
Robert Laffont, 1992
Robert Laffont Pavillon Poche, 2010


 

 

 

 

 

Anthony_Burgess.jpgBiographie

Anthony Burgess est un écrivain et linguistique britannique né en 1917 à Manchester. Il a étudié la linguistique et la littérature, et a été compositeur, ne se tournant que plus tard vers l'écriture.

Il est surtout connu pour son chef-d'œuvre L'Orange mécanique, où on peut retrouver son goût pour la musique classique avec Alex, le personnage principal, grand fan de Mozart et Bach.



Anthony-Burgess-A-clockwork-orange.jpgL'Orange mécanique

Le livre a été publié pour la première fois en 1962 en Angleterre, et dix ans plus tard en France chez Robert Laffont Pocket. Il s'agit d'une fiction, d'un roman d'anticipation d'un peu plus de 200 pages, divisé en trois parties de sept chapitres chacune et doté d'un glossaire à la fin.

L'édition de 1972 possède une courverture tie-in, c'est-à-dire que l'image de couverture est l'affiche du film avec un extrait du texte en dessous. Cette édition est sortie un an après le film de Stanley Kubrick, ce qui explique le tie-in. On peut supposer que la traduction française a été faite suite au succès du film en France.
stanley-kubrick-clockwork-orange.jpg


Thèmes

Les principaux thèmes de ce livre sont la violence, la banlieue, la prison et, finalement, la société critiquée notamment à travers le traitement que subit Alex pour « guérir » de sa violence.

La violence est abordée sous tous ses angles. On assiste à des passages à tabac, à des meurtres, des viols, des tortures, d'abord perpétrés par Alex et sa bande, puis subis par Alex lors de son retour de prison.

« Momo a poussé un " Aaaaaaaarh " genre gros animal bolchoï et bézoumni en faisant serpenter la chaîne d'autour de sa taille, vraiment zoum tsarrible, chapeau pour lui. Ce qui a fait que le bon style pour moi c'était de me tasser comme pour danser la grenouillette afin de me protéger le litso et les glazes ; ce que j'ai fait, mes frères, si bien que ce pauvre vieux Momo a été un malenky peu étonné, vu qu'il avait l'habitude d'y aller vlan vlan vlan franco dans la gueule. N'empêche, je dois dire qu'il m'a swouishé raide dans le dos, tellement atroce que ça brûlait à en devenir bézoumni, sauf que la douleur m'a soviété de bourrer zoum une fois pour toutes pour en finir avec ce vieux Momo. Alors j'ai swouishé du britva, visant la noga gauche dans le gras du collant collant et j'ai enlevé cinq bons centimètres d'étoffe en tirant une malenky goutte de krovvi, de quoi rendre Momo raide bézoumni lui aussi. »

On peut observer dans cet extrait un ton plutôt neutre malgré la violence des faits évoqués. Le narrateur semble assez impassible ; ni énervé ni réjoui par les événements.

Les autres thèmes constituent le contexte dans lequel Alex évolue : un monde en quelque sorte post-apocalyptique, une société dans un futur proche où la violence s'est propagée, certainement causée par un mal-être général, particulièrement celui des jeunes (Alex et ses drougs ayant 14 ans). On trouve l'univers de la prison surpeuplée, raison pour laquelle un médecin tente de trouver une solution, un traitement de la violence comme maladie curable. C'est ainsi qu'Alex accepte de faire partie des tests de ce traitement, à la seule fin de pouvoir sortir de prison. On peut alors voir que la violence est également très présente dans ces expériences avec des appareils qui forcent les yeux à rester ouverts, des vidéos choc... et le fait qu'Alex ne soit plus traité comme un humain mais plutôt comme un cobaye.



Particularités

La particularité principale de L'Orange Mécanique est son style d'écriture, le langage utilisé par le narrateur, appelé le nadsat et créé par l'auteur lui-même. Il s'agit d'un mélange d'argot et de mots tirés du russe, ponctué d'expressions familières comme « des familles » ou « comme qui dirait ». On peut l'observer dans l'extrait cité un peu plus haut.

À cause de ce langage quelque peu étrange, la lecture paraît difficile au premier abord, mais on s'apercevra au fil des pages que l'on ne prête même plus attention à ce vocabulaire particulier et qu'on le comprend intuitivement en s'aidant du contexte, des transparences de mots ou des réutilisations. De plus, on trouve un glossaire à la fin du livre qui donne une traduction des mots tirés du russe et peut aider à la compréhension – mais personnellement, je ne m'en suis presque pas servie.

Une autre particularité de ce livre est la présence d'un anti-héros. Alex est un personnage rempli de violence, d'égocentrisme et de mépris des autres ; il ne devrait donc nous inspirer aucune affection, ne susciter aucune identification. Ce n'est d'ailleurs apparemment pas le but de l'auteur, puisqu'il a écrit ce livre en s'inspirant de sa propre histoire, quand sa femme s'est fait agresser. On ne peut donc pas imaginer qu'Anthony Burgess voulait qu'on aime son personnage ni qu'on s'identifie à lui – sauf en considérant le dernier chapitre du livre, qui a d'ailleurs été censuré aux Etats-Unis, ce qui explique qu'il n'apparaisse pas dans l'adaptation cinématographique.

Pourtant, on s'attache inévitablement à Alex, comme à tout personnage principal, et on se surprend à être de son côté (« le Mal ») et pas de celui de ses victimes (« le Bien »). Par ailleurs, quand Alex devient une victime, ce sont ses opposants que l'on considère comme « le Mal » (les médecins, les policiers, l'écrivain qui veut se venger...).


Marine D., 1ère année éd.-lib.

 

 


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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 07:00

Tom-Wolfe-le-bucher-des-vanites.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Tom WOLFE
Le Bûcher des vanités, 1987
Traduction
de Benjamin Legrand
Robert Laffont, 1999
Pavillons, 2007
Le Livre de poche, rééd. 2001



 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tom_Wolfe



Résumé du livre

Sherman McCoy est un financier de Wall Street qui est au sommet de sa gloire chez Pierce et Pierce. Il a une femme, Judy, et une petite fille, Campbell ; il habite Park Avenue.

Un soir, alors qu’il est allé chercher sa maîtresse, Maria Ruskin, à l’aéroport, ils se trompent de sortie et filent dans le Bronx. La panique les prend. Sur la route, ils se retrouvent coincés par une barricade de pneus enflammés. En sortant de la voiture pour dégager la route, Sherman aperçoit deux jeunes Noirs qui proposent leur aide. Prise de panique à l’idée de se faire agresser, Maria prend le volant et renverse un des deux jeunes, Henry Lamb.

Suite à cet accident, une enquête est menée. La population noire avec son leader, le Révérend Bacon, va se révolter contre une justice qu’ils trouvent raciste. Toute cette histoire va agiter New York. La justice se défera-t-elle de son surnom de justice blanche ?



Analyse

Lorsque l’on commence à lire le romaN, on est tout de suite plongé dans la vie de New York dans les années 90, car le maire, blanc, est en train de faire un discours et se fait siffler par la population noire. Ce premier passage dénonce les problèmes raciaux de New York. Ce problème sera aussi évoqué lors de l’enquête sur l’accident de Henry Lamb où la population du Bronx dira que l’enquête n’avance pas parce que c’est un jeune Noir qui a été renversé et que si cela avait été un Blanc l’enquête serait déjà résolue car tous les moyens auraient été mis à disposition.

Le roman dénonce aussi le rêve américain ; tous les personnages de cette histoire veulent avoir le pouvoir chacun dans son domaine et ont un ego très important alors qu’aux yeux des autres ils ne sont pas grand-chose. Par exemple, Sherman ne cesse de se répéter qu’il est le maître de l’univers et, alors qu’ils sont à la plage en famille, sa fille lui demande quel est son métier ; il ne sait pas quoi répondre et son père et sa femme lui disent : mais oui, Sherman, en quoi consiste ton métier ?

Larry Kramer est un jeune procureur qui travaille dans le Bronx et il se trouve chargé de cette enquête ; il éprouve un sentiment de grande supériorité parce que cette affaire fait beaucoup de bruit et que son nom est cité dans les articles des journaux. Il se dit que s’il arrive à résoudre cette affaire, il aura un plus gros salaire, sera reconnu et aura toutes les femmes à ses pieds. Il en oublie la justice à laquelle il tenait au début de sa carrière.

Abe Weiss, lui, vise l’électorat du Bronx ; il veut être réélu procureur général par la population noire, majoritaire. La justice ne l’intéresse pas, seul le pouvoir compte à ses yeux.

Peter Fallow est un journaliste qui n’est rien avant l’histoire et reçoit le prix Nobel après.

Le révérend Bacon mène la population noire pour être élu, il critique la population blanche et manipule par les médias.

Tous sont obnubilés par l’argent et le pouvoir qu’il représente. Le livre porte donc très bien son titre car tout cela n’est que vanité.

Dans ce roman, Tom Wolfe juge la société américaine ; il décrit les comportements de personnages obsédés par leur ego et dénonce les problèmes raciaux.



Mon impression

Le livre fait 919 pages ; c’est donc un petit pavé mais l’écriture est simple, très accessible. Il est très intéressant car on est plongé dans les différents univers de New York dans les années 90 ; les sentiments envers les personnages changent au fur et à mesure de la lecture.


Clémence, 1ère année bib.-méd.

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 07:00

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Herbert LIEBERMAN
Nécropolis, 1976
Traduction

de Maurice Rambaud
Seuil Policiers, 1991
Points, 2000
Points 2, 2012





Paul Konig, chef de l’institut médico-légal de New York depuis 40 ans, était jusque là réputé intouchable. Mais la disgrâce le frappe quand une affaire de cadavres volés et de corruption ébranle son service. A cela viennent s’ajouter une affaire de corps démembrés retrouvés sur les rives de l’Hudson, un jeune homme tabassé à mort dans une prison et enfin un cadavre mystérieusement calciné.

Paul Konig doit également faire face à des soucis personnels quand sa fille, disparue depuis six mois, se retrouve entre les mains d’un activiste fou, Warren, prêt à tout pour se venger du système américain. Konig, bouleversé par toutes ces affaires, se retrouve en péril tant moralement que physiquement et c’est avec l’énergie du désespoir qu’il essayera d’extraire sa fille des griffes de Warren.

L’histoire commence le 12 avril et finit le 21 avril. Selon Konig, la chaleur commence à faire son apparition à New York ce qui rend l’atmosphère de la ville étouffante. L’auteur plonge directement le lecteur au coeur des affaires criminelles de New York. On se retrouve tout de suite au contact des cadavres, dans la crasse et la pauvreté des quartiers mal famés de la grosse pomme : « Gémissements de sirènes. Hurlements de voitures de police qui se ruent vers le nord. Ambulances qui foncent dans leur sillage. » (page 13).

Chaque chapitre s’ouvre sur des indications spatio-temporelles. Les heures sont très précises comme les indications des lieux. Ainsi, on peut tout de suite savoir si la scène aura lieu en extérieur ou en intérieur : « 13 heure 15. Galerie Fenimore. Angle de Madison Avenue et de la 67ème rue » (page 164). Mais le principal lieu d’action reste la morgue, lieu des premières pistes concernant les meurtres et surtout lieu de travail de Konig. L’auteur nous fait entrer dans la morgue en même temps que les médecins qui commencent leur journée de travail. Le lecteur va suivre des autopsies, des premières dissections jusqu’au nettoyage de la salle. Il va prendre part aux reconstitutions des corps démembrés de l’Hudson, il va suivre les résultats de tests toxicologiques… On arrive à sentir la précision du travail que les médecins doivent effectuer afin de ne pas abîmer de possibles preuves. L’auteur parvient presque à nous faire sentir l’odeur « de formol et de peur » de la salle d’autopsie. On plonge avec lui dans les entrailles du laboratoire et dans celles des morts.

L’auteur va faire correspondre chaque chapitre avec une affaire en cours, que ce soit l’enquête sur la disparition de Lolly (la fille de Konig) ou l’affaire de corruption qui ébranle l’institut. Il nous fait donc traverser toute la ville, aussi bien les quartiers mal famés que les quartiers chics, lieu de résidence de Konig.

Il met également en scène de nombreux personnages et il est parfois nécessaire de revenir en arrière afin de réussir à tous les identifier. Cependant, des personnages tels que les inspecteurs de police Haggard et Flynn font des apparitions récurrentes car ils sont en charge des affaires les plus importantes du roman. On retrouve également souvent les médecins légistes comme Strang ou McCloskey. Ces personnages ont des rôles importants dans le livre, que ce soit par leurs liens avec Konig ou par la réalisation des enquêtes en cours.

Konig a certes le rôle principal dans cette histoire mais une présence invisible se tient à ses côtés, annihilant toutes ses forces : la ville de New York. Cette ville, le lecteur peut la sentir dès les premières pages. On la sent qui guette, qui observe les personnages se débattre avec leurs problèmes. Sa présence est angoissante, oppressante. Elle est comme un tombeau, un caveau qui se referme sur les personnages sans leur laisser un espoir de s’en sortir. La ville provoque la mort, elle est la mort. La ville concentre, en seulement quelques blocs, tout le mal de la terre. Elle représente toute la cruauté humaine. Elle n’apporte aucun espoir et provoque la déchéance des hommes.

Le style est rapide, les phrases sont courtes. Le lecteur ne peut pas se reposer car quelque chose viendra forcément perturber un semblant de quiétude. L’auteur ne s’embarrasse pas de descriptions sauf pour les autopsies. Il arrive à nous entraîner au coeur de l’institut grâce à ses descriptions précises des travaux pratiqués sur les morts. C’est avant tout un livre sur les humains et les morts, coincés dans une ville qui ne provoque que la mort et le malheur. Ce sont également des enquêtes palpitantes où l’homme de loi n’a pas droit à l’erreur sous peine de provoquer des événements irréversibles. La vie des plus privilégiés n’est pas toujours la meilleure et il ne faut pas oublier que le malheur peut frapper à toutes les portes.


Pauline, 1ère année éd.-lib.

 

 

Lire également l a fiche de lecture d'Aurore.

 

 

 


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