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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 07:00

Antoine-Volodine-Ecrivains.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antoine VOLODINE
Écrivains
Seuil
coll. « Fiction et Cie », 2010





 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ça « comance » avec quelqu'un qui écrit. La lumière grise d'une cour d'école, l'humidité poisseuse des odeurs de pipi et le flottement de la poussière dans l'air. Ça « comance » avec l'impérieuse nécessité de l'écriture, qui se déroule sans heurts et sans pause, commandée par la sensation d'une irrésistible expression, là, avec ce qui se trouve à disposition, avec une vague conscience du monde extérieur et de son déroulement, de l'autre côté du monde, du monde de l'écrivain. Dans cette salle de classe, à l'abri d'une pluie bizarre qui s'est déclenchée au dehors, une « pluie des fils de la Vierge », un enfant écrit. Il s'est saisi de son crayon, mais a choisi le support de l'intérieur d'un protège-cahier plutôt que celui des lignes droites toutes tracées sur lesquelles les autres font leurs exercices. Impressionnée, respecteuse, la maîtresse impose le silence aux élèves, fournit le matériau lorsqu'il vient à manquer, quitte à le récupérer chez les autres enfants, pour que le texte « torrentueusement posé » ne souffre aucun arrêt, aucune rupture.

La première ligne de Volodine fait 4 pages, les virgules permettent une respiration régulière mais retenue sous le flot de l'urgence et la fièvre qui saisit cet enfant d'une façon soudaine et inexpliquée, suscitant curiosité, inquiétude, incompréhension, voire jalousie chez certains de ses camarades, tandis que l'autorité instituée, la maîtresse, s'efface devant tant de conviction. Cet enfant est le seul écrivain véritable de Volodine, capable de mettre de côté les prouesses d'orthographe qui plaisent à l'institutrice pour se concentrer sur l'essentiel de ce qui doit être dit, sans savoir exactement d'où cela vient ni où cela va, porté seulement par la conviction intime d'un trajectoire inévitable.

 « La figure de l'écrivain, telle que l'imagine Antoine Volodine. Ni alcoolique génial ni géant hugolien, ni romantique torturé, et encore moins sommité mondaine admirée par les médias. » La quatrième de couverture nous avertit pourtant, point de lieux communs chez Volodine, l'action se situe en marge des endroits attendus, dans des prisons, des écoles, hôpitaux ou asiles. L'écrivain chez Volodine semble avant tout défini par ce qu'il n'est pas. Il n'est pas auteur, ne cherche pas la reconnnaissance qui lui donnerait autorité, refuse les étiquettes, comme autant de fermetures qui provoqueraient sa mort. Son écriture ? Sous forme de listes, de discours, de constructions de personnages qui jouent une pièce de théâtre, le tout sur des supports négligeables, qui expriment l'(auto-)dérision de ceux qui les utilisent, protège-cahier, feuilles volantes, voire papier-toilette, perdus, oubliés, abandonnés, voire... utilisés. L'écrivain de Volodine ne s'adresse pas à son lectorat, il revendique de ne s'adresser à personne, sinon aux morts, aux absents, aux invisibles, à ceux que tout le monde a oubliés et dont il ne reste plus de traces, sinon celles que l'on imagine, ils sont sans doute les derniers à pouvoir supporter l'indifférence qui entoure l'écrivain.



Et puis une gifle. L'enfant est désormais un homme, réfugié dans ses souvenirs d'enfance, interné dans un asile qui subit sa dernière révolution. Ligoté sur une chaise roulante, valdinguant d'un bout à l'autre de la pièce au gré des coups qu'il reçoit, il demeure obstinément muet face aux inquisiteurs qui le questionnent. Ils portent des blouses blanches, enfilées après qu’ils ont exécuté les soignants ; ce sont des fous, dont la seule autorité est la violence, et qui ne cherchent qu'à lui faire dire ce qu'ils veulent entendre, non pas ce qu'il veut dire. Conscient de l'absence d'issue, fataliste et résigné, « il les laisse le battre et s'énerver, il flotte ailleurs, dans un morceau d'ailleurs secret, il dérive là-bas, dans une classe de cours élémentaire, à grande distance. » En attendant la fin, qui doit nécessairement arriver, il se réfugie au « comancement ».



Construit sous la forme architecturale originale des « entrevoûtes », le récit de Volodine présente sept portraits qui se reflètent les uns les autres, se répercutent en écho à l'image d'un son sous la voûte d'une église, sans jamais se répondre ou se rejoindre toutefois. D'un écrivain réfugié dans le silence parce qu'on l'a marginalisé en psychiatrie, à un autre parce qu'il fait l'objet d'une reconnaissance déplacée, idiote et snobinarde qui l'insulte, d'un discours aux nomades et aux morts tenu depuis une prison, à un autre sur l'image tenu par une morte à un public imaginaire, d'un suicide raté à un suicide réussi, la clé de voûte de Volodine se situe ironiquement dans les « remerciements », quatrième portrait qui soutient l'ensemble.

Placé au centre de l'ouvrage alors qu'il devrait se trouver à la fin, il est issu d'un écrivain mégalomane, à l'œuvre aussi prolifique que méconnue, dont on perçoit vite les tendances mythomanes et paranoïaques. L’étrangeté grotesque des titres (Les noms de légumes et de tubercules dans la littérature brésilienne contemporaine, Demain les loutres, Vain poisson rouge, Aux viandes réunies), n'a d'égale que l'absurdité cocasse des objets de remerciements. Tenant à n'oublier personne, il ajoute à ses « innombrables lecteurs » les millions de morts, une collection de cochons d'Inde, le chien de sa sœur Birgit, les tigresses du zoo pour avoir préféré manger son compagnon imbibé au whisky plutôt que lui au maotaï, une troupe de théâtre ayant tenu aux trois représentations d'une de ses pièces malgré l'absence manifeste et persistante de public, ou encore un archiviste enseveli sous les décombres d'un tremblement de terre juste après avoir découvert le document recherché par l'écrivain. D'une drôlerie irrésistible « Remerciements » intervient juste après « Comancer » qui n'est évidemment pas le commencement proprement dit d'Écrivains, mais le troisième portrait.



Au « comancement » justement, notre enfant devenu grand n'attend plus qu'une fin. Il prend alors conscience qu'un écrivain ne peut décemment pas finir sans avoir dit son dernier mot. Et cette obligation devient une obsession envahissant son esprit ; quel peut être le dernier mot ? Celui révélateur de la teneur de toute une vie, qui contienne en lui-même ses joies, ses déceptions, ses échecs, ses espoirs et ses ratés ? Ce denier mot finit par incarner tout ce qui peut lui permettre de racheter la médiocrité de son existence, et du monde lui-même. Ne pas le trouver constituerait une défaite bien pire que celle que représente sa vie tout entière. Entre les coups et les hurlements, il ne songe plus qu'à cette réparation, ce mystérieux pouvoir du langage qui autorise à boucler la boucle, avec enfin un sentiment de satisfaction.



Les écrivains de Volodine sont des ratés, non pas des ratés au sens d'« écrivain maudit » mais de vrais ratés, au sens où ils se sont laissé dominer par une médiocrité qui semble avoir envahi le monde dans lequel ils vivent. Post-révolutionnaires, ils ont été punis pour leurs espoirs, leur idéalisme et leur rebellion, pour n'avoir pas su admettre le monde tel qu'il est et pour avoir eu la prétention de le changer. Repliés au cœur d'eux-mêmes, au sein d'expériences les plus traumatisantes allant de l'enfermement carcéral ou psychiatrique à la maladie dégoûtante qui consiste en une décomposition organique dégénérative inconnue, ils persistent pourtant à porter leur parole comme un leitmotiv, sans adresse ni espoir et jusque dans la mort, de la façon presque mécanique, fantomatique de l'énergie pulsionnelle et impressionnante de notre enfant du « comancement », capable d'imposer ses propres mots sur le lieu même de leur apprentissage.

Habités par cette impérieuse nécessité depuis l'origine des temps, les écrivains de Volodine sont les prophètes d'un siècle désenchanté, leur parole folle n'est que le reflet de celle de leur époque, que l'on comprend comme la nôtre,

« dans un univers où la multiplication du verbe est le terreau sur quoi prospèrent les acteurs du malheur, sur cette ignoble scène de théâtre où le foisonnement des débats contradictoires est un écran cynique derrière quoi les maîtres conservent leur mains libres, le verbe n'a ni influence ni force. »

Leur fatalisme n'est que la conséquence d'un rejet de l'utilitarisme du langage, détourné de sa quête originelle de vérité pour devenir l'instrument d'une aliénation massive à laquelle ne peuvent que résister les écrivains sollicités pour y participer, alors condamnés au silence et à l'oubli.



Volodine n'évoque pas L'écrivain, mais des écrivainS, dont la « mémoire est devenue un recueil de rêves. Leurs marmonnements ont fini par façonner des livres collectifs et sans auteur clairement revendiqué. » Ces derniers n'incarnent pas tant leur parole, que celle d'un autre, de celui qui ne peut plus la porter, mort, oublié, réduit au silence. Les écrivains n'écrivent pas ou plus, car ils sont devenus des passeurs de mémoire, traversés par les voix emprisonnées des autres. Ils ne s'adressent à personne parce qu'au fond personne n'entend plus.

 « Afin de ne pas mettre en évidence sa propre extranéité au monde, chacun à son tour fait semblant de connaître la procédure et intervient, maquillant ses peurs sous un excès agressif d'assurance [...] Le seul moyen de mettre fin à l'insupportable semble être de prendre la parole. Il faut faire entendre sa voix, il faut avoir l'air d'assumer sa fonction judiciaire avec compétence. [...] En réalité toutes partagent, sans le savoir, un vertigineux sentiment de culpabilité et de solitude. »

Ainsi les personnages, porteurs d'une voix qui ne leur appartient pas, finissent par se convaincre et s'imprégner de leur rôle, oubliant le monde comme une scène dont ils ne sont que les acteurs. Conscients de cet état de fait, les écrivains du post-exotisme paraissent en définitive revendiquer une parole qui n'appartienne à personne, qui ne fasse pas autorité, une parole qui ne soit peut-être même pas la leur, peu importe, du moment qu'on l'écoute simplement.



« Ça va finir », sont en effet les dernières paroles entendues par notre enfant-adulte, prononcées par sa meurtrière folle, ce qui n'empêche pas l'ébauche d'une satisfaction chez ce dernier, sentant

« que la boucle se referme à peu près bien, en dépit des circonstances contraires. »


Gaëlle P., AS édition-librairie


Antoine Volodine sur Littexpress

 

Antoine Volodine Le Port intérieur

 

 

 

 Article de Cyrielle sur Le Port intérieur

 

 

 

 

 

 

 

 




Articles de Julie et d'Antoine sur Songes de Mevlido.









articles de Marina et de Julien sur Bardo or not bardo










articles de Joanie et d'Hortense sur Des anges mineurs







article de Delphine sur Dondog

 

 

 

 

 

 

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 07:00

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J.M.G. Le CLÉZIO
L’enfant de sous le pont
Illustrations : Axel.
 Éditions Lire c’est partir, 2000
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les livres de Le Clézio pour la jeunesse

Voyage au pays des arbres, Gallimard : 1978.
Lullaby, Gallimard, 1980
Celui qui n'avait jamais vu la mer, suivi de La Montagne ou le dieu vivant, Paris, Gallimard, 1982
Villa Aurore, suivi de Orlamonde, Paris, Gallimard, 1985
Balaabilou, Paris, Gallimard, 1985
La Grande Vie, suivi de Peuple du ciel, Paris, Gallimard, 1990



Une maison d’édition pas comme les autres…

Vous l’aurez deviné, L’enfant de sous le pont n’est pas le texte le plus célèbre de Le Clézio. En voici la raison…

«  Lire c’est partir est une association loi 1901 à but non lucratif, créée en 1992 par Vincent Safrat. Elle a pour objectif de favoriser l’accès à la lecture pour tous, en commençant par les plus jeunes.

C’est en découvrant que les livres invendus étaient généralement envoyés au pilon que Vincent Safrat décide de créer l’association. À l’origine, il s’agissait de convaincre les éditeurs de donner leurs invendus pour les distribuer ensuite gratuitement dans les quartiers défavorisés. Cependant, malgré l’enthousiasme et le succès rencontrés sur le terrain, la résistance de certaines maisons d’édition devenait un trop lourd handicap pour obtenir des livres.

Vincent Safrat décide donc de commencer à éditer lui-même les livres, à prix coûtant en évitant de passer par des intermédiaires, en toute indépendance, dans une perspective d’économie et de culture solidaires. Ainsi, l’idée, en 1998, est de faire de Lire c’est partir une maison d’édition associative, publiant des livres jeunesse vendus au prix unique de 0,75€ l’exemplaire, sans subvention et sans réaliser de bénéfice mais en couvrant toutes les charges. Les livres édités étaient, au départ, des classiques du XIXe siècle tombés dans le domaine public, auxquels s’ajoutaient quelques jeunes auteurs. Puis, au fil du temps et des rencontres,  des écrivains reconnus comme Agnès Rosenstiehl, Françoise Sagan, J.M.G. Le Clézio, Thérèse Roche, Alexandre Jardin, Philippe Barbeau ou Gudule, enthousiasmés par le projet, ont proposé des textes inédits ou ont confié leurs ouvrages épuisés. »
(document de présentation de Lire c’est partir. Lire l’intégralité du texte ici :  http://www.lirecestpartir.fr/dossier.php?id_dossier=11 ).
 



L’enfant de sous le pont

Résumé

Ali est SDF. Il fait de son mieux pour gagner sa vie en récupérant dans les poubelles tout ce qui peut être revendu. Un jour quelque chose vient bouleverser sa vie : alors qu’il rentre se coucher sous le pont où il habite avec son chat Cendrillon, il trouve, dans un carton déposé sur son lit de fortune, un bébé. « C’est elle, c’est l’enfant de sous le pont », se dit-il. Charmé par la délicatesse et la fragilité de la petite fille, il décide d’en prendre soin. Il lui donne le joli prénom d’Amina.

Mais comment s’occuper d’un bébé si fragile lorsque l’on n’a même pas de toit. Ali commence par habiller l’enfant avec les habits d’une poupée et lui fabrique un biberon à l’aide d’une bouteille en plastique et d’un bout de chiffon en guise de tétine. Amina tête patiemment et s’endort.

Pour pouvoir nourrir l’enfant, Ali passe un marché avec le boucher du coin qui lui fournit chaque jour un litre de lait de chèvre en échange de paires de chaussures en bon état récupérées dans les poubelles. Pour s’occuper d’Amina, Ali fait beaucoup de sacrifices : il a arrêté de boire du vin, il mange peu et il a moins de temps pour travailler. Mais la fillette grandit de jour en jour et lui apporte un bonheur qu’il avait perdu depuis si longtemps.

Mais au retour de l’hiver, protéger l’enfant des rôdeurs et la nourrir devient de plus en plus compliqué, surtout que le boucher ne veut plus traiter avec Ali. Le vieil homme doit trouver une solution. Il se souvient alors qu’un soir de veille de Noël, une famille, habitant dans une maison avec un petit jardin, lui avait offert de quoi manger. Il se dit alors qu’il est temps de se séparer d’Amina et du lui trouver un vrai foyer où elle sera en sécurité et où elle pourra manger à sa fin tous les jours. Un matin, il prend le landau et part en direction de la petite maison. Il sonne longuement. Une lumière s’allume. Une femme ouvre la porte. Alors, Ali s’en va à grands pas pour cacher les larmes qui coulent sur ses joues ridées.



Quels sont les thèmes développés dans ce roman ?

Dans ce court récit, Le Clézio aborde des sujets qui interpellent les jeunes enfants.

La cause des SDF.

Le récit décrit le quotidien du vieil homme qui vit de débrouillardise. Ali est chiffonnier : il récupère du matériel encore réutilisable qu’il stocke dans des poubelles. Ainsi, il fabriquera le premier biberon d’Amina et construira un parc de jeu pour que sa protégée ne s’ennuie pas sous le pont. L’auteur réfléchit aussi sur l’attitude des gens à l’égard des SDF : les indifférents qui passent en voiture au dessus du pont, les policiers qui le prennent pour un fou parlant tout seul à son landau, ou encore ceux qui s’éloignent dégoûtés par l’apparence négligée du vieillard. Mais qui s’intéresse à l’histoire d’Ali ? Seule l’enfant, innocente et étrangère à tout préjugé, semble porter un amour inconditionnel à son protecteur.


Le problème de l’intégration sociale des harkis.

J.M.G Le Clézio évoque le problème de l’accueil des harkis immigrés en France et de leur reconnaissance par l’État français. En arrière-plan se pose la question de la responsabilité de la France dans le massacre des harkis en Algérie. On retrouve dans ce thème un Le Clézio écrivain de l’Afrique, comme il est parfois appelé.


La solidarité et la tendresse

Ce sont deux thèmes abordés dans les albums et la littérature de jeunesse car il s’agit du ciment des relations sociales. Mais cette solidarité est ici tempérée. Le boucher accepte d’aider Ali mais à la condition que celui-ci lui ramène des paires de chaussures. D’ailleurs, dès qu’Ali ne peut plus assurer sa partie du contrat, le boucher le renvoie à sa misère et ne veut plus entendre parler de lui.

À la fin du récit, Ali dépose l’enfant dans la famille qui l’avait nourri lors d’un Noël où il errait dans les rues de Paris. Le Clézio évoque le réconfort d’un sourire ou d’un geste amical envers les personnes qui vivent dans la rue, attentions qui ne coûtent rien et qui ont plus d’une fois réchauffé le cœur d’Ali.



L’illustration

La couverture est en couleur, en carton souple. Les illustrations intérieures sont en noir et blanc et réalisées au crayon noir gras. L’illustrateur, Axel, a utilisé un style réaliste. Pour donner du volume aux images, il joue avec les valeurs de gris. Les hachures donnent du dynamisme à l’ensemble de l’ouvrage.



Extraits
 
Incipit

« Ceci est une histoire vraie. Peut-être qu’elle n’a pas de fin, comme toutes les histoires vraies, ou bien peut-être que tu veux toi-même lui donner une fin, dans le genre des rêves qui s’achèvent. Comme toutes les histoires vraies, elle s’est passée il n’y a pas très longtemps dans une ville où il n’y a pas de château ni de forêt merveilleuse, ni aucune princesse, et pas la moindre fée – encore que… »


Quatrième de couverture

Ali vit sous les ponts au milieu des cartons. Sa vie sera bouleversée quand il découvrira un bébé abandonné en plein hiver au bord d’un fleuve. Il fera tout son possible pour élever Amina, l’enfant de sous le pont.


Mado DLQ, AS éd-lib 2012

 

 

J.-M. G. Le CLÉZIO sur LITTEXPRESS

 

 

 

Le Clézio, La Guerre

 

 

 

Article de Marion sur La Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Marion sur Onitsha.

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Gwenaëlle sur L'Africain.

 

 

 

 

 

 

 

Le Clézio Ritournelle de la faim

 

 

 

 

Article de Laetitia sur Ritournelle de la faim.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:00

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Brady UDALL
Le destin miraculeux d’Edgar Mint
The Miracle Life of Edgar Mint , 2001
Traduit par Michel Lederer
Albin Michel, 2001
10/18, « Domaine étranger », 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brady Udall est un auteur américain, né en Arizona au sein d'une famille de Mormons. Une éducation religieuse maintes fois évoquée dans son œuvre. Diplômé de l'université de Brighram Young, Il enseigne l'anglais au Brésil et en Corée. Aux États-Unis il renforce sa formation en intégrant par la suite les cours de créativité littéraire de l'Iowa Writer's Workshop. Son activité littéraire est marquée à ses débuts par la publication de nouvelles au sein de revues spécialisées. C’est en 1998 que le recueil de nouvelles Lâchons les chiens  lui donne la reconnaissance de ses pairs. Il est aujourd’hui considéré comme l'un des écrivains américains les plus originaux de la jeune génération. Il publie en 2001 son premier roman Le destin miraculeux d'Edgar Mint.

 

Un jour d'été, dans une réserve indienne américaine, Edgar Mint, sept ans, joue sur le bord de la route. Laissé seul par sa grand-mère et sa mère, deux femmes alcooliques et dépressives, il est écrasé par la roue arrière de la jeep d'un facteur inattentif. Cet accident va être l'élément déclencheur d'une épopée chaotique. Edgar, considéré comme mort, est sauvé miraculeusement par un médecin entêté, Barry. Il se retrouve à l’hôpital Sainte Divine pour un long séjour de rééducation. Son accident le prive d'une seule faculté : l'écriture manuelle. Il partage sa chambre avec deux patients quelque peu atypiques : Jeffrey, toxicomane adepte de médicaments en tout genre, et Art, un vieil homme noyé dans l'alcool depuis la perte de sa femme et de ses deux filles. Ce dernier se lie d'amitié avec Edgar. Il lui fait cadeau d'un Hermes Jubilé, une machine à écrire. Ce qui lui permet de découvrir les joies de l'écriture. Edgard va vivre à Sainte Divine une période relativement heureuse loin des mauvais traitements que lui infligeaient sa mère et sa grand-mère. Les deux femmes n'ont plus la garde du garçon. Mais l’hôpital ne peut garder Edgar indéfiniment.

À la fin de sa rééducation, il est envoyé à l'école Willie Sherman, au cœur d'une réserve indienne dévastée par la misère et la violence. Un apprentissage scolaire qui constituera une époque difficile pour Edgar. La vie au sein de l'école et de son pensionnat lui révèle un monde cruel et sans pitié. Les enfants de la réserve ont pour jeux les pires violences et humiliations. Edgar semble bien peu de chose dans cet univers. Il va devoir s'adapter et rendre les coups à son tour. On ne reste pas longtemps un enfant à Willie Sherman. La venue de deux missionnaires mormons à l'école est pour Edgar l'occasion inespérée de changer de vie. Il devient ami avec les deux hommes. La religion est une découverte pour lui. Il y voit une occasion de se débarrasser de toutes ses erreurs. Une famille de la communauté mormon, les Madsen, prend la décision d’accueillir le jeune garçon. Edgar dit alors adieu à la promiscuité du pensionnat, à la violence de son école pour un quartier tranquille et une vie dans une famille modèle, habitant une grande maison où rien ne manque. Mais la famille Madsen n'est pas ce qu'elle semble être. Un douloureux souvenir déchire le couple : la mort d'un nouveau-né. Edgar ne se sent plus à sa place dans cette famille en deuil. Il décide de partir.

Il a gardé contact avec Art, son voisin de chambre à l’hôpital Sainte Divine. Ce dernier l’accueille chez lui pendant plusieurs jours. Un but anime Edgar depuis sa sortie de l’hôpital : retrouver le facteur qui lui a écrasé la tête pour lui dire qu'il est vivant et qu’aucune culpabilité ne doit le hanter. Barry, le médecin qui l'a sauvé, l'aide dans cette recherche. Il finit par trouver l'homme en question en Pennsylvanie. Edgar décide de s'y rendre. Il ne sait pourquoi, mais rencontrer cet homme lui est nécessaire. Un dernier périple qui lui fait découvrir une vérité surprenante. C'est la femme du facteur, Rose, qui lui raconte les véritables circonstances de l'accident.

Le facteur, Nicholas Retenko, n'était pas un inconnu pour Edgar. Depuis l'accident, ce dernier ne se souvient de rien. Sa vie avant l'âge de ses sept ans n'est qu'une suite d'images sans cohérence. Nicholas et sa femme Rosa étaient en réalité, un couple désireux d'adopter Edgar pour le sortir de son enfer familial. Le jour de l'accident, ils venaient lui rendre visite. Le jeune facteur est tombé en dépression peu après. Le couple a déménagé pour oublier le drame. La mort d'Edgar était annoncée. Personne ne savait qu'il avait finalement survécu. Rose lui annonce que son mari est mort depuis peu, d'une pneumonie. L'homme a vécu malheureux toute sa vie sans savoir qu'il n'avait tué personne. Edgar va rester longtemps avec cette femme. Il retrouve la mère qu'il aurait pu avoir, la vie qu'il a manquée à une roue de jeep près.



Le destin miraculeux d'Edgar Mint est un roman qui oscille sans cesse entre drame et humour. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'histoire de cet enfant abandonné de tous n'est pas un prétexte au pathos, à la tristesse et aux larmes. La vie d'Edgar est certes désastreuse et triste mais les situations présentées à travers le regard de l'enfant de sept ans nous apparaissent sous un point de vue beaucoup plus insouciant. La naïveté et la simple observation donnent aux circonstances dramatiques une ironie, parfois tragique. Edgar, malgré toutes ses déceptions et la violence qu'il subit au quotidien, garde en lui l'espoir d'un jour meilleur.

Cette légèreté est toutefois à relativiser. Ce n'est pas la simple histoire d'un enfant malheureux qui cherche à accomplir son destin. On retrouve dans ce roman un univers peu abordé en littérature : les réserves indiennes présentes encore aujourd'hui aux États-Unis. Un monde délaissé et mis de côté par une société américaine industrielle et développée. La période où Edgar se retrouve à Willie Sherman est la plus difficile du livre. La violence vécue dans cette établissement, le désespoir des professeurs, le harcèlement moral que certains élèves subissent sont décrits par l'auteur avec un réalisme cruel. La vie au sein du pensionnat résume les difficultés économiques et sociales que vivent les habitants de la réserve. Les enfants orphelins laissés à Willie Sherman n'ont aucun avenir et d’autre choix que d'imposer leurs règles et la violence pour espérer survivre. Une scène du roman rappelle douloureusement les limites de ce laisser-aller : un enfant, le seul ami que Edgar avait dans cette école, se suicide. Edgar a une chance inouïe d’être adopté par la famille mormon. Là encore un autre univers nous est présenté. À l'opposé de la réserve indienne, un quartier paisible et riche. Ces deux univers proches géographiquement sont pourtant très éloignés. Un paradoxe que l'on peut repérer dans de nombreux pays aujourd'hui.

Edgar connaît de nombreuses déceptions au cours de son existence. Né d'une mère alcoolique et d'un père inconnu, il démarre dans la vie avec quelques difficultés. On pourrait penser que l'issue funeste de l'accident aurait été pour lui une meilleure solution. Ce qui arrive par la suite vérifie ce raisonnement. La fin du roman dévoile pourtant ce qu’Edgar a perdu avec l'accident. Le destin miraculeux d'Edgar Mint connaît au final un repos bien mérité.



Extrait

« Lorsque le facteur s'arrêta ce jour-là devant chez nous, ma mère, installée dans la cuisine aussi sombre qu'une grotte, expédiait son petit déjeuner (quatre boîtes de Pabst Blue Ribbon accompagnées d'un demi-bac de glaçons) cependant que grand-mère Paule, vêtue de sa jupe traditionnelle et de son sweat-shirt Mickey, broyait des glands sous la pergola tout en réussissant à ne pas transpirer. Moi, j'étais dehors à traîner au milieu des hautes herbes sur le bas-côté de la route ou peut-être à semer la panique dans une fourmilière – à la vérité, peu importe où j'étais. Ce qui compte, c'est que le facteur, un petit gringalet dont les cheveux roux luisants de transpiration évoquaient la chair d'une citrouille, descendit de voiture pour aller dire un mot à ma mère. Ce qui compte aussi, c'est que pendant ce temps-là, quelque chose – Dieu seul sait quoi – me poussa à me glisser en dessous. Peut-être mon attention avait-elle été attirée par une page de catalogue ou un enjoliveur abandonné là, à moins que le rectangle d'ombre pourpre sous la jeep m'ait semblé constituer un bon endroit où m'abriter de la chaleur. Je dois pourtant m'interroger : peut-on imaginer que le petit Edgar de sept ans affligé d'une mère constamment soûle et déprimée et d'un père disparu dans la nature, sans oublier une folle de sorcière pour grand-mère, ait songé au suicide? Peut-on imaginer qu'Edgar, sept ans et fatigué de tout, après avoir posé sa tête devant la roue, se soit contenté d'attendre ? »


Justine, 2e année éd.-lib.

 

 

Brady UDALL sur LITTEXPRESS


 

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Articles de Claire, Nadège et Aurélie sur Lâchons les chiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 07:00

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Isabelle RIVOAL
Grosse
 Le Dilettante, 2012.









 

 

 

Biographie

Isabelle Rivoal naît en 1965 puis grandit à Stuttgart en Allemagne où elle suit une formation de danseuse et d’acrobate. Depuis sa majorité, elle est installée à Paris. L'écriture n'est pas son activité principale ; elle est comédienne et trapéziste. Il semble donc logique que son roman Grosse soit paru chez aux éditions Le dilettante puisqu'un dilettante, c'est « quelqu'un qui s'adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir ».




Résumé de l'éditeur

« Certains sont forts, d'autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d'obésité. Adèle, elle, l'héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif : elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d'humanité sans rives, ni bornes. »



Analyse

D'entrée de jeu, on peut dire que cette présentation intrigue, voire choque. En effet, on se demande à quoi peut bien ressembler une telle personne. Pourtant, le titre et la couverture (qui représente un corps en plan rapproché d'une femme ronde) nous avaient bien donné des indices sur le contenu du livre. J'ai vu ce livre dans la sélection du magazine Lire ; le titre et ce résumé m'avaient interpellée. Cependant, je dois avouer que je m'attendais à une sorte de témoignage fictionnel sur l'obésité, les réflexions que l'on peut avoir lorsque l'on en souffre, des anecdotes, des questionnements, … Or, ce n'est pas du tout le cas.

Tout d'abord, Grosse n'est pas toujours écrit à la première personne, cela casse donc le côté « témoignage / histoire vraie » dans certains chapitres. L'histoire est double, c'est-à-dire que nous prenons connaissance de deux histoires simultanément. En effet, un chapitre sur deux nous présente la vie d'aujourd'hui d'Adèle, le personnage principal, telle qu'elle la vit à l'intérieur de son appartement d'où elle ne peut plus sortir. Ces chapitres sont rédigés à la première personne. Au contraire, l'autre histoire est racontée par un narrateur extérieur à celle qui a toujours pour sujet la vie d'Adèle.

Toutefois, c'est la vie passée d'Adèle qui nous est présentée. Elle retrace son histoire d'avant sa naissance jusqu'à sa vie d'aujourd'hui. Ainsi, chaque chapitre nous parle d'Adèle à une tranche d'âge définie : avant sa naissance, bébé, enfant, adolescente, jeune adulte… Nous suivons ainsi son évolution, aussi bien mentale que corporelle. En effet, plus le temps passe, plus Adèle grossit. Mais, fait étonnant, cela ne l'inquiète pas. C'est là que ce roman diffère d'autres qui peuvent traiter d’un sujet similaire. Adèle ne se morfond pas, elle ne se déteste pas, elle n'a pas de mal-être. Pourtant, sa corpulence est telle qu'elle ne peut même pas se déplacer, elle est condamnée à rester assise sur son lit et est donc totalement dépendante de son compagnon Antoine.



Nous, lecteur, nous demandons automatiquement pourquoi Adèle se complaît dans cette situation. En effet, aujourd'hui nous sommes dans une société qui prône la minceur, les moindres kilos en trop sont condamnés, alors comment fait-elle pour aimer ce corps si démesuré ? Premièrement, Adèle est immobilisée et vit donc presque comme un ermite. Les rares et principales personnes qu'elle voit sont son petit ami Antoine et Zohra, une femme qui s'occupe d'elle notamment pour lui faire la toilette. Comme dit précédemment, Antoine aime Adèle comme elle est et la trouve belle. Mais il n'est pas le seul dans ce cas : « Zohra [la] vénère » (p. 41). En effet, dans son pays, les hommes aiment les femmes avec des rondeurs et elle-même déplore d'être trop maigre. Du coup, elle ne cesse de le rappeler à Adèle : « Les hommes, ils auraient fait n'importe quoi. Ils se seraient battus. Tous, ils auraient voulu avoir vos faveurs. Une reine ! ». On peut donc penser que le fait que les personnes qu'elle côtoie la trouvent formidable est une explication au fait qu'Adèle se trouve bien comme cela, même si elle ne peut plus rien faire d'elle-même, pas même marcher.


Nous pouvons également nous demander comment elle en est arrivée à une situation aussi extrême. Grâce aux chapitres qui nous racontent son enfance, on apprend qu'elle n'a pas eu une enfance facile. Sa mère n'avait pas d'affection pour elle, dès sa naissance : « Qui me dit que c'est le mien ? […] Mais il ressemble à n'importe quel bébé. » (p. 23), et elle a fini par divorcer du père d'Adèle qui ne le verra presque plus. On apprend même que lorsqu'elle avait environ trois ans, Adèle a séjourné un long moment à l'hôpital car elle refusait de manger. Elle était trop maigre et se laissait mourir de faim : « Le médecin leur apprit que leur petite fille était en train de mourir de faim, l'estomac s'était réduit à la teille d'une prune et tellement crispé qu'il ne pouvait plus accepter la moindre nourriture. » (p. 70). Après ce drame, Adèle n'aura plus de problèmes pour manger et vivra presque tout le temps chez sa nourrice. On peut donc penser qu'elle s'est réfugiée dans la nourriture en réaction à cette épreuve qu'elle a vécue étant enfant pour, inconsciemment, ne plus revivre ce traumatisme. On peut trouver une autre explication dans le tout premier chapitre sur sa vie passée qui parle de l'époque où elle était encore dans le ventre de sa mère : « Du plus loin qu'elle se souvienne, Adèle ne voulait pas bouger. Elle ne voulait pas sortir du ventre de sa mère. […] D'instinct, elle évitait déjà tout effort et ne se retourna pas. » On peut donc en déduire qu'Adèle cherche ainsi à retrouver cet état initial.



L'histoire nous présente quelques intrigues. La première, et qui est aussi celle qui va durer tout au long du roman, est la question du logement. Adèle est devenue trop imposante pour l'immeuble où elle vit, les voisins se plaignent car leur plafond présente des fissures. Adèle et Antoine doivent donc déménager. Ainsi, tous ces chapitres ont le même titre, suivi d'un numéro à chaque fois : « L'état des lieux 1, 2, 3... ». Cet état des lieux est aussi bien un état des lieux de l'appartement que celui d'Adèle. L'auteure a sans doute voulu jouer là-dessus.

La seconde arrive plus tardivement dans le récit et est amenée par Antoine. Ce dernier se pose de plus en plus de questions sur sa relation avec Adèle et décide même de rompre avec elle. En effet, il pense qu'il a un problème pour désirer un tel corps : « Je suis déformé, se dit-il, saturé, gavé. Devrais entamer une cure de désintoxication, revenir à des plaisirs simples. Corps maniables. » (p. 229). Il comprend qu'il est prêt lorsqu'il ressent du désir pour une femme mince assise à la même terrasse que lui : « Elle décroisa, puis recroisa ses jambes qu'elle avait nues […] Il eut une petite érection et se dit que c'est bon signe ». Il va donc décider de mettre un terme à leur relation quand ils auront déménagé. Il commence ainsi à assumer de moins en moins son désir et à craindre le regard des autres. D'ailleurs, quand les pompiers viendront chercher Adèle pour la faire déménager, il se cachera dans l'immeuble. Adèle aussi commence à avoir des doutes sur sa capacité à plaire : « Je commence à perdre mes formes. […] Je vais devenir une masse neutre. Je n'aime pas ça ! Comment susciter le désir ? » (p. 159).



Ce roman traite ainsi beaucoup de la sexualité, notamment de la question du désir, surtout celui d'Antoine pour Adèle. Cette dernière n'a pas l'air de s'en étonner et le comprend même. Elle aime être comme ça, elle le dit par exemple à la page 12 : « J'aime me remplir et sentir le poids des aliments m'ancrer dans mon matelas. » À la même page, elle nous parle du désir d'Antoine : « Là, sous mes seins, quelque chose chose de nouveau. […] Je suis une femme pleine de surprises ! Impossible d'en faire le tour en une fois quand le désir devient urgence. » Adèle a l'air convaincue de l'amour et du désir qu'éprouve son ami pour elle. En revanche, elle ne nous expose jamais ses sentiments. Ainsi, quand Antoine lui dit qu'il l'aime, elle répond : « Je sais. »

Isabelle Rivoal évoque à plusieurs reprises la sexualité, sans pudeur : « son sexe qui bandait », « il faisait des rêves érotiques et humides » mais les récits sur ce sujet sont généralement très courts.



Pour conclure, Adèle est un personnage complexe puisque, malgré de nombreux détails sur son enfance, nous ne la comprenons pas vraiment. Tous les personnages dont on nous raconte un peu l'histoire ont eu un impact sur la vie de cette femme et quand on lit ses pensées d'aujourd'hui, on voit qu'elle pense parfois à eux. J'ai beaucoup aimé ce roman, même si j'aurais préféré que les chapitres « L'état des lieux » soient plus longs. Ils ne font en général qu'une ou deux pages alors que les chapitres sur le passé peuvent faire jusqu'à dix pages. De cette manière, le passé empiète un peu sur l'histoire qu'elle vit actuellement, ce que je trouve dommage bien qu'intéressant. De plus, je me suis souvent demandé où cette histoire allait mener puisque, bien que narrative dans le passé, elle est essentiellement descriptive dans le présent. L'écrivain nous décrit ainsi le corps d'Adèle, les lieux, les pensées des personnages. Je ne savais pas quelle fin pouvait avoir été inventée et j'ai été surprise par ce qui a été choisi, la fin est plutôt radicale.


Marjolaine, 2e année bib.-méd..

 

 

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 07:00

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Truman CAPOTE
Monsieur Maléfique et autres nouvelles
Éditions Gallimard
collection « Folio 2€ ».















Biographie

Truman Streckfus Pearsons est un écrivain américain né à la Nouvelle-Orléans en 1924. Ses parents se séparent durant son enfance et sa mère, ne pouvant l'élever seule, le confie à sa propre famille adoptive. Lorsqu'elle se remarie en 1932 à un Cubain, Joseph Capote adopte Truman qui devient ainsi Truman Capote. Après avoir suivi les cours de différents établissements, il quitte l'école à 17 ans, puis se met à travailler au New Yorker en tant que copyboy. Ce seront deux magazines féminins, le Harper's Bazar et Mademoiselle, qui publieront ses premières nouvelles.

Durant toute sa carrière, Truman Capote ne publiera qu'une quinzaine de nouvelles. Cependant c’est grâce à elles, notamment « Miriam », publiée dans Mademoiselle en juin 1945, qu'il est reconnu par le milieu littéraire new-yorkais. Son premier roman, Les domaines hantés, est publié en 1948 par Random House. Il rencontre un succès vif et immédiat. Un peu plus tard, c’est De sang-froid qui constituera le sommet de son œuvre littéraire. Dans cette œuvre publiée en 1959, Truman utilise le meurtre d'une famille de fermiers du Kansas pour écrire un  roman de non-fiction. Pour cela il noue une relation de confiance avec les deux assassins, Perry Smith et Dick Hickock. L'écriture de ce roman dure six ans ; Truman Capote ne sort pas indemne de ces échanges... Ce livre engendre une telle remise en question que, quelques mois plus tard, l'écrivain tombe dans une dépression dont il ne sortira jamais. Son dernier livre est  publié en 1977 ; Musique pour caméléons est un recueil d'articles et de nouvelles. Il meurt en 1984 à la suite d'une prise trop importante de médicaments mais aussi à cause d'un vie semée d’excès de drogue et d'alcool. Il a alors 60 ans.

Truman Capote reste dans les mémoires comme un écrivain américain aux propos corrosifs et au style inimitable.



Impressions d'ensemble

Gallimard, avec ce Folio 2€, nous propose trois nouvelles extraites du recueil A Tree of Night. Il est traduit en français, sous le titre Un arbre de nuit et autres histoires, par Serge Doubrovsky et Maurice Edgar Coindreau.

Ces nouvelles sont liées par un certain nombre de points communs. Relativement courts, une vingtaine de pages au plus, ces brefs récits mettent en scène des situations insolites et même parfois irréelles. En lisant les trois histoires à la suite, on remarque que les personnages fonctionnent par deux. Aucun protagoniste n'est solitaire. On retrouve systématiquement un lien entre le déroulement d'une relation et le mouvement de l'action. Le cœur de chaque récit est fondé sur les changements de rapports entre les personnages. Ces relations humaines sont caractérisées par un rapport de domination de l'un sur l'autre. Le dominé est sous l'emprise du dominant, il est en admiration complète devant lui.

« Pendant sa deuxième semaine à la K.K.A , Walter, qui avait été nommé assistant de Margaret, reçut un mémorandum de Mr. Kuhnhardt qui l'invitait à déjeuner. Cela naturellement le mit dans une agitation inouïe. » (Extrait de « Une dernière porte est close », page 81.)

La force de ce rapport est telle que, la plupart du temps, il mène à la rupture du lien qui unissait les deux êtres. Afin de plaire à Mr. Kuhnhardt, Walter quitte sa compagne et abandonne tout ce qui faisait qu'il était lui. Ce changement radical le mène à la perte de la maîtrise de sa propre vie. Une sorte de destin volé que l'on retrouve dans les trois histoires.

« Ainsi cette charmante enfant, - il s'avança entre les officiers et montra Sylvia, - est la dernière victime d'une vaste entreprise de vol : pauvre gosse, on lui a volé son âme. » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 33.)

Les personnages sont dépouillés : l'une de ses rêves, l'autre de sa vie et le dernier de toute prise sur les choses ; il est propulsé dans une fuite interminable. Cependant, les victimes de ces situations sont ceux qui, durant toute la nouvelle, exercent un rapport de domination sur l'autre. Une domination caractérisée par la méchanceté ou l'ignorance qui peut donner lieu à une sorte de punition ironique. Miss Bobbit dans « Tels des enfants, au jour de leur anniversaire », se fera écraser par un bus après avoir utilisé Billy Bob et Preacher Star de façon intéressée.

Dans ces trois nouvelles, les personnages se lient ou se séparent dans le but de s'enrichir. Le rapport avec l'argent les entraîne dans une sorte de destruction d'eux-mêmes. Par manque de capital, les protagonistes se retrouvent dans des situations où ils doivent céder quelque chose d'eux-mêmes. Sylvia vend ses rêves pour se payer un logement. Ne supportant plus le couple d'amis qui l'héberge, elle rompt définitivement son amitié avec Estelle. Walter, obsédé par ses rêves de gloire et d'ascension sociale, abandonne la femme qu'il aime. Il en vient même à se persuader qu'il la déteste. Miss Bobbit n'aspirant qu'à retourner vivre en ville pour devenir danseuse arbore une attitude condescendante envers beaucoup de gens. Tout ces changements entraînent la déconstruction irréversible de leurs personnalités.

« Deux garçons sortirent d'un bar et la dévisagèrent : il y a bien longtemps, dans un parc, elle avait vu deux garçons, et peut-être étaient-ce les mêmes. "Réellement je n'ai pas peur", se dit-elle, en entendant derrière elle leurs foulées neigeuses ; et, de toute façon, il n'y avait plus rien à voler. » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 41.)

Tous ces bouleversements ne semblent pas pouvoir être empêchés par les personnages livrés à eux-mêmes. Dans les trois récits, ils viennent d'arriver dans une nouvelle ville où ils ne connaissent personne ou presque. Le cercle familial est complètement absent ou alors il n'a aucune influence. Cette absence de cadre amène les personnages à s'entourer de gens qui ne leur apportent pas les conseils dont ils auraient besoin.

« Tout à l'heure, le morceau de sucre lui avait rappelé sa grand-mère, et voilà que, maintenant, en entendant cet air, elle pensait à son frère. Les chambres de la maison familiale tournoyèrent devant ses yeux, salles obscures où elle se glissait comme un rayon de lumière [...] "Tous partis", pensa-t-elle, citant leurs noms un à un, "et je suis seule, toute seule à présent". » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 29).

« Dit que son papa est le plus cher des papas et le chanteur le plus mélodieux de tout le Tenessee. Alors je lui demande : "Et où est-il maintenant, mon petit ?" Alors de l'air le plus détaché du monde, elle me dit : "Oh il est au pénitencier, et nous ne savons plus rien de lui." » (Extrait de « Tels des enfants, au jour de leur anniversaire », page 50.)

« Dans un autre rêve se trouvait mêlé son père, Kurt Kuhnhardt, un individu sans visage […] Désespérément, il héla la première limousine. Elle s'arrêta et un homme, son père, ouvrit la portière d'un geste accueillant : "Papa ! " hurla-t-il en se précipitant, et la portière claqua, lui écrasant les doigts, tandis que son père, dans un grand éclat de rire, lui lançait par la vitre baissée une énorme guirlande de rose. » (Extrait de « Une dernière porte est close », page 95).



Avec ces trois nouvelles, le lecteur est plongé dans un univers un peu mystérieux. Tantôt mal à l'aise, tantôt amusé, il découvre des personnages attachants et terrifiants. Teintée d'ironie, l'écriture de Truman Capote permet de se représenter avec précision les émotions des individus, ainsi que le triste destin qui les attend. Le vol, le vide, l'ambition destructrice et l'abandon sont des ressorts récurrents ; cependant, chacun à leur manière, les récits restent quelquefois drôles mais sont surtout surprenants.



Résumé de « Monsieur Maléfique »

Sylvia vient d'arriver à New-York. On ne sait pas bien pourquoi elle a quitté Easton. Ne connaissant personne, elle est hébergée par un couple d'amis, jeunes mariés et bien installés dans une vie caricaturale. Elle ne les supporte plus et rêve d'indépendance. Son contact prolongé avec Estelle et Henry semble difficile. « Bref, de quoi vous rendre fou. » Lorsqu'elle entend parler d'un certain Rivercomb et de son étrange commerce, elle n'hésite pas longtemps... Ses rêves contre une rémunération. Cela semble simple et puis, avec cet argent, elle pourra assumer un loyer ! La tête pleine d'ambition, Sylvia se prend peu à peu dans les filets de Monsieur Maléfique jusqu'au point de non-retour. Seul Oreilly, le clochard ivrogne, semble lui apporter un peu de joie éphémère.



Analyse

La nouvelle tourne autour de Sylvia et de sa rencontre avec Monsieur Maléfique. Le récit est écrit à la troisième personne mais le narrateur n'est pas omniscient. Son sujet principal reste Sylvia malgré les vides qui s'installent peu à peu dans sa vie. Le lecteur subit avec elle la perte de matière et n'a pas accès à des informations de manière privilégiée. On est dans un récit lacunaire qui plonge peu à peu dans la folie de Sylvia. De cette manière, Truman Capote a installé un sorte de parallélisme entre le lecteur et elle.

« Monsieur Maléfique » offre un regard sur la vie qui oppose le bien et le mal sans juste milieu. Sylvia semble promise à un avenir lumineux, elle est belle, intelligente et ambitieuse. Pourtant ce personnage va faire des choix qui modifieront de manière irréversible sa vie. On assiste à une véritable dégradation de sa personnalité et de son hygiène de vie. La nouvelle commence sur la première visite de Sylvia à Monsieur Maléfique. On sait déjà qu'elle est prise dans un cercle vicieux qui l'amènera à l'autodestruction. Le premier contact avec Rivercomb a introduit un poison en elle qui va la ronger peu à peu. Elle est envoûtée par Monsieur Maléfique et ses sbires. Sylvia symbolise une pureté presque enfantine. Capricieuse et impulsive, elle est incapable de prendre sur elle afin de continuer à cohabiter avec Estelle et Henry. Elle ne comprend pas leur façon de vivre et ne manifeste aucune tolérance. Telle une enfant.

Monsieur Maléfique est le mal suprême, une réincarnation de Dracula, soumis à un régime alimentaire différent. Il aspire les rêves de ses « clients », sans limite, ne laissant qu'une coquille vide. Comme le Comte de Bram Stoker, il exerce une attraction malsaine sur les personnages. Silhouette sombre et inquiétante, il hante les rêves de Sylvia. Rivercomb, et ne laisse aucune possibilité de rédemption.

Truman Capote crée une opposition manichéenne. Sylvia ressemble à une enfant perdue, sans guide, qui n'est pas réellement responsable de ses actes tandis que Rivercomb n'offre aucune échappatoire, vidant Sylvia de son essence sans remords.

La plongée de Sylvia dans la mort psychologique est irréversible. La seule lumière qui l'accompagne quelque temps est son amour pour Oreilly, un clochard qui lui aussi a vendu ses rêves à Rivercomb. Même cet amour est lié à Monsieur Maléfique. Suite à sa rencontre avec le voleur de rêves, Sylvia rompt avec Estelle et Henry. Ainsi les seules personnes avec qui elle reste en contact ce sont celles qui fréquentent le cabinet de Rivercomb. La seule chose qu'ils ont en commun est ce lien avec lui. Ils se sont rencontrés chez lui et passent beaucoup de temps ensemble à parler de lui. Sylvia lui avoue qu'elle l'aime et qu'il est son seul ami.

La relation amoureuse entre Sylvia est Oreilly est viciée. Elle ancre les deux personnages dans leur situation de dépendance et ils sont incapables de s'en tirer mutuellement. Le piège de Rivercomb est parfait. Isolées, ses victimes se regroupent, ce qui lui permet d'être au centre de leurs vies.

Cette nouvelle montre la perversité de l'argent facile. Ce troc est à double tranchant ; plus que de simples rêves, il faut léguer sa liberté. La relation entre le bourreau et la victime est extrêmement insidieuse du fait qu'elle se fait de manière inconsciente. Sylvia pense qu'elle est libre de ne pas retourner voir Rivercomb. Hélas, cela est faux, elle est complètement hypnotisée par lui. La force de cette nouvelle réside dans le fait que le lecteur est sans cesse entre fiction et réalité. Évidemment, on ne peut pas céder ses rêves ainsi. Cependant on peut sacrifier ses ambitions pour un modèle de position sociale que la société nous fait miroiter comme un idéal à atteindre. Truman Capote semble nous mettre en garde contre le fonctionnement pervers de ce système.

Truman Capote nous invite à réfléchir sur la condition humaine et à distinguer ce qui peut être vendu de ce qui ne peut l'être. À travers un univers mystérieux et envoûtant, le lecteur découvre cette femme, ses peurs et ses faiblesses. Il assiste à sa  lente descente aux enfers sans pouvoir espérer une amélioration. Malgré le caractère tragique de cette histoire, certains éléments restent drôles, notamment la description de la vie d'Estelle et Henri par Sylvia ou encore l'altercation entre Oreilly et la police. Entre fiction et réalité ce récit met en scène des personnages véritablement humains confrontés aux épreuves de la vie condensées dans Rivercomb.


Margaux, 2e année éd-lib.


Sources de la biographie

 www.evene.fr
 www.wikipédia.org

 

 

 

 

Truman CAPOTE sur LITTEXPRESS

 

Truman Capote La traversee de l ete 2

 

 

 

 

 

 

 

Article de Marie-Aurélie sur La Traversée de l'été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couverture de De sang-froid


 

 

 

 

Article de Maeva sur De sang-froid.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 



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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 07:00

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Jean-Claude IZZO
Solea
Gallimard
Série noire, 1998
Folio policier, 2001



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Solea est le troisième volet de la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo, qui met en scène le personnage de Fabio Montale.
 
Le prologue nous met tout de suite en situation : on se trouve dans la tête de Babette, qui nous introduit directement dans l'histoire, dans l'action. Elle est chez un vieil ami dans les Cévennes et on comprend vite que quelque chose cloche : elle est en danger. Elle est en effet poursuivie par la mafia, suite à un reportage sur le réseau ; elle en sait beaucoup plus qu'elle ne devrait à leur goût et ils ont déjà éliminé les proches qu'elle avait en Italie avant qu'elle ne s'enfuie en France. À la fin du prologue, elle écrit une lettre à un homme avec qui elle a eu une liaison, et qui semble lui manquer, le personnage principal : Fabio Montale.
 
Le récit va ensuite être pris en charge par ce dernier, un ancien policier marseillais qui a déjà été présenté dans les tomes précédents.

Son quotidien nous est un peu décrit au début du premier chapitre. Il semble assez nostalgique et pessimiste. Il est très malheureux que la femme dont il était amoureux l'ait quitté et soit partie ; elle se nomme Lole et lui a brisé le coeur. Il se rend dans un bar tenu par son ami Fonfon, et rencontre une femme, Sonia. Ils discutent, se séduisent, et très vite tout devient flou ; Fabio se réveille le lendemain matin avec un mal de tête abominable et un coup de téléphone du même goût. C'est en fait un appel d'un membre de la mafia qui le menace pour le pousser à retrouver Babette. Il ne prend pas tout de suite la chose trop au sérieux, et se demande juste dans quoi se retrouve Babette, ce qu'elle a fait. Dans la soirée, il essaie de téléphoner plusieurs fois à Sonia, il ne se souvient plus vraiment de leur nuit mais il a envie de la revoir. Elle ne décrochera pas, on apprend qu'elle a été égorgée sous la douche dans la matinée. Au début, le personnage n’établit pas de lien, c'est suite à un nouveau coup de fil de la mafia qu'il va comprendre : ils ont mis leurs menaces à exécution.
 
C'est une sorte d'engrenage qui s'enclenche et va s’ensuivre une série de meurtres des proches de Fabio. Les tueurs ne sont pas décidés à laisser Babette leur échapper, ils sont vraiment prêts à tout. C'est terrible pour le personnage principal, qui disait n'avoir déjà plus beaucoup de vrais amis ; les deux meilleurs sont morts des années auparavant et depuis il n'a plus vraiment confiance en la nature humaine ni en la société.

Cependant, un personnage va l'aider, Hélène Pessaire, commissaire de police chargée de l'enquête sur le meurtre de Sonia ; ils se séduisent l'un l'autre mais leur histoire reste platonique. Fabio a des relations assez compliquées avec les femmes. Dans cet ouvrage, il semble tomber amoureux assez facilement, notamment de Sonia, la jeune femme décédée ; il s'imagine douloureusement la belle histoire qu'ils auraient pu vivre tous les deux, alors qu'il ne la connaissait que depuis la veille. Il semble assez proche du commissaire aussi. Ils s'avouent leur désir l'un pour l'autre mais ne vont pas plus loin. Toutes les relations de Fabio avec les femmes semblent vouées à l'échec. Après tout, c'est un peu à cause d'une d'entre elles qu'il se retrouve dans cette situation : Babette.
 
L'intrigue est bien menée, même si on comprend assez vite le rôle de la mafia ; l'auteur nous tient en haleine pour ce qui est de savoir quel personnage va mourir ou non. On s'attache assez vite à eux, surtout au protagoniste. On attend avec lui qu'il trouve une solution quand il retrouve enfin Babette et qu'elle arrive à Marseille ; il pense pouvoir la cacher encore quelque temps avant que la police ou la mafia ne la retrouve, il veut surtout lui demander d'arrêter de les mettre tous en danger en voulant à tout prix réveler la vérité sur le réseau mafieux. Il aimerait trouver un compromis. On arrive à la fin du livre et rien ne semble indiquer une solution possible, qui épargnerait la vie de Babette et de Fabio. Et en effet, je ne vous révelerai pas la fin mais je dirai juste qu’elle est triste et aussi noire que le roman.



Solea est une œuvre à mon goût bien écrite, et l'auteur sait manier les mots de façon à nous donner envie de lire l'histoire jusqu'au bout, pour connaître le destin qui attend ses personnages ; il allie des mots simples et des phrases dans lesquelles sonne une certaine poésie, qui rend la nostalgie du personnage pleine de charme.


Chloé NICOL, 1ère année bib.

 

 

Jean-Claude IZZO sur LITTEXPRESS

 

Jean Claude Izzo Total Kheops

 

 

 

 

Article d'A.G. sur Total Chéops.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Claude Izzo Chourmo

 

 

 

 

 

Article de Soizic sur Chourmo + étude d'ensemble de la Trilogie marseillaise.

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Chloé - dans polar - thriller
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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 07:00

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Alain ROBBE-GRILLET
Préface à une vie d'écrivain
Seuil, Fiction & Cie, 2005



 

 

 

 

 

 

 

 

Cinq ans avant sa mort, durant l’été 2003, France Culture propose une série de vingt-cinq émissions consacrées à Alain Robbe-Grillet, diffusées du 28 juillet au 29 août. Cet ouvrage est une transcription de ces enregistrements radiophoniques, dans leur intégralité, légèrement remaniée par l’éditeur, puis corrigée par l’auteur, mais soucieuse de respecter le caractère oral du matériau original. Le livre s’accompagne d’un CD MP3 sur lequel sont enregistrées les douze heures d’émission.

Cette série radiophonique, enregistrée à horaire régulier, entre la fin de la matinée et le début de l’après-midi, à raison de trois ou quatre épisodes par séance, dans les locaux de France Culture, répondait au principe de proposer à Alain Robbe-Grillet un espace temporel à investir librement, où il parlerait de son rapport à la littérature, à l’écriture, à la lecture. Carte blanche offerte à l’auteur, la trame de ces émissions ne se dessine pas selon la forme d’un entretien, mais relève d’un tracé libre de souvenirs personnels et professionnels que construit un long monologue.

L’ouvrage – la série d’émissions – débute, néanmoins par un entretien, enregistré en dernier lieu et mené par Bernard Comment, directeur de la collection  Fiction & Cie, qui assiste silencieusement Robbe-Grillet tout au long de ces enregistrements, jouant ainsi le rôle d’un « substitut présent de l’auditeur »[1], d’une écoute à laquelle l’auteur s’adresse. Cet entretien permet d’introduire le monologue de Robbe-Grillet, de donner le ton de ce périple singulier dans la littérature.

Entre intimité et érudition, gravité et ironie, l’auteur propose un regard personnel sur la littérature et sur les modes de perception du monde dont elle est le lieu. Cette traversée singulière d’une histoire littéraire et des acteurs qui ont contribué à la construire se réalise à partir du point de vue de Robbe-Grillet sur le Nouveau Roman, sa genèse, sa théorisation, ses explorations et sur son Œuvre propre, depuis sa « première période », s’inscrivant dans la lignée des existentialistes, de Faulkner et de Kafka, jusqu’à sa pratique cinématographique, en passant par ses expérimentations autobiographiques nommées « la Nouvelle Autobiographie »[2], en référence au Nouveau Roman.

Le contenu est dense, engageant ; l’écoute permet d’alléger l’exercice de mémoire, sinon de créer un rapport plus direct avec cet orateur dont la décontraction est palpable.

Le livre qui résulte de cette transcription radiophonique devient alors une version complémentaire de l’enregistrement, « un vade-mecum », selon la formule de l’éditeur.

Grand écrivain français de la deuxième moitié du XXe et du début du XXIe siècle, une des figures importantes du monde littéraire et éditorial, désigné comme le « pape du Nouveau Roman », Robbe-Grillet a fait partie de l’un des grands groupes littéraires – et l’a organisé, il insiste – qui ont marqué l’histoire littéraire française contemporaine.

Né le 18 août 1922, à Brest, dans un milieu familial laïque et antireligieux, de parents d’extrême droite – « anarchistes d’extrême droite »[3] précise l’auteur, pour leur rejet à la fois de l’armée et de l’église –, Robbe-Grillet suit une formation scientifique et obtiendra le diplôme d’ingénieur agronome. Chargé de mission à l’institut national de la statistique à Paris, puis  ingénieur, à partir de 1949, à l’institut des fruits et agrumes coloniaux au Maroc, en Guinée française, à la Martinique et à la Guadeloupe, Robbe-Grillet – qui faisait alors des recherches sur les maladies du bananier – quitte son métier pour se mettre à écrire, incité par les lectures d’« un certain nombre de pères spirituels »[4].

Ainsi, dans ce contexte d’après-guerre, période très stimulante pour les artistes, selon l’auteur, Robbe-Grillet sent grandir en lui un désir de renouveau ; il renonce donc aux plantations de bananes, à l’expertise scientifique, pour se consacrer pleinement à la littérature. Son premier roman, Les Gommes, paraît en 1953, aux éditions de Minuit, s’ensuivent de nombreuses productions littéraires (romans, nouvelle, essais), et filmographiques[5]. Écrivain, cinéaste, théoricien, Robbe-Grillet a également été conseiller littéraire des éditions de Minuit, auprès de Jérôme Lindon (de 1955 à 1985), professeur de littérature pendant 25 ans (de 1972 à 1997) à l’Université de New York et à la Washington University de Saint-Louis (Missouri), directeur du Centre de sociologie de la littérature à l’université de Bruxelles (entre 1980 et 1988).

L’auteur nous livre ce riche parcours professionnel de manière plus ou moins décousue, sans se soucier de la chronologie des faits, parfois même de leur véracité. Ces éléments autobiographiques sont simplement convoqués par Robbe-Grillet lorsqu’il juge pertinent d’éclairer son argumentation. Les réflexions abordées, souvenirs, questionnements composent sa réflexion que le lecteur-auditeur s’approprie pour construire la trame d’un portrait d’écrivain qui se dessine implicitement au fil des mots.

Robbe-Grillet nourrit alors l’histoire littéraire dans laquelle il s’engage d’éléments biographiques, d’événements qui ont marqué sa vie, d’anecdotes, de commentaires, de partis pris, méprisant ainsi les règles de construction d’une histoire de la littérature méthodique et neutre.

Ce document permet alors de dresser le portrait fascinant d’un homme à la fois attachant et perfide, qui a le mérite de participer à la construction de l’histoire de la littérature.

Il ne s’agit pas, à travers cette fiche de lecture, d’énumérer et analyser tous les points abordés par l’auteur-locuteur – que seule une longue étude approfondie et enrichie de sources complémentaires pourrait livrer sans dénaturer les intentions de Robbe-Grillet – mais de faire partager une sélection des notions et réflexions abordées, en la complétant par une lecture « entre les lignes » des mots d’un orateur traduisant sa personnalité singulière. Il s’agit donc d’esquisser le portrait de l’auteur, d’en tracer quelques lignes de force, de révéler certaines zones d’ombre, à partir du matériau qu’il nous propose, afin de laisser le soin, à chacun, d’y apporter sa touche, sa coloration, et ainsi de s’approprier la construction de ce tableau. Robbe-Grillet soulève des questionnements, emprunte des sentiers qui jalonnent, traversent ou nourrissent une histoire des idées et enrichissent l’histoire singulière de la littérature qu’il nous conte.



Je choisis de débuter cet écrit par la question de l’engagement de l’écrivain abordée explicitement par l’auteur au chapitre 17, « Le regard de Sartre ».

Ce passage semble caractéristique de la manière dont Robbe-Grillet construit sa traversée de la littérature. En effet, à partir d’une problématique transversale, il propose des pistes au lecteur, des indices lui permettant de composer un paysage littéraire et d’éclairer sa lecture des œuvres de Robbe-Grillet et d’autres écrivains.

Pour Robbe-Grillet, l’engagement de l’écrivain doit s’ancrer de manière exclusive dans sa propre démarche, qui doit être en prise avec le monde dans lequel il vit – ce qui ne lui donne pas pour autant un droit légitime de prescription sur la société.

«  L’engagement dont je réclame le droit pour l’écrivain est un engagement total dans son propre travail, qui implique de ne pas se soucier de ce qu’on attend de lui, et de se consacrer au monde que lui-même porte. »[6]

Ainsi, il cite Céline et son engagement politique, minimisant son caractère xénophobe et antisémite par rapport à l’importance de son investissement total dans son travail. Il évoque Roland Barthes, simplement pour insister sur le fait que son point de vue n’est pas isolé, puis suggère l’engagement de son œuvre qu’il compare à celui de Flaubert et oppose à Balzac – cela sera récurrent. Il exemplifie son propos avec Marcel Proust, et sa Recherche du temps perdu, qu’il considère comme « le grand écrivain révolutionnaire d’avant la guerre de 1914 »[7], pour avoir construit son œuvre à partir de son engagement dans le monde qui l’a animé toute sa vie.

Maniant l’anachronisme, son point de vue est enrichi d’exemples appartenant à l’histoire littéraire qu’il commente sans émettre de nuance. Avec partialité, Robbe-Grillet révèle ses pistes de réflexion, avance son point de vue ; le lecteur s’en saisit pour construire ce singulier paysage littéraire.

Se révèle alors la désinvolture avec laquelle Robbe-Grillet aborde la littérature qui n’exclut pas pour autant le souci de se distinguer.

Robbe-Grillet estime que l’engagement de l’écrivain ne doit pas être contaminé par des attentes extérieures. Il ponctue néanmoins sa réflexion d’évocations parcellaires permettant de percevoir le rôle important que la critique a joué dans son parcours. Il y consacre même le contenu du chapitre 21, « Heurs et malheurs de la critique ». On perçoit alors l’importance que l’auteur accorde à ce qui est dit de lui, à ce qui est attendu, au rôle déterminant de la critique qui lui a permis de nourrir son travail, voire même de le guider.

« cela me permettait de mieux voir mon propre chemin, du fait que, quand par hasard on me louait pour quelque chose, c’était justement celle que j’estimais ratée »[8].

Robbe-Grillet poursuivra ce chapitre en prenant, notamment, l’exemple de deux articles élogieux, concernant son roman Le Voyeur (1955), mais dont les analyses sont véritablement divergentes : l’article de Roland Barthes dans la revue Critique, l’autre de Blanchot dans La Nouvelle Revue française.

À travers ce passage, l’auteur évoque le rapport de son œuvre avec la signification. Cette problématique, qui lui aurait été révélée par la critique, ne constituerait donc pas un élément intrinsèque à la création littéraire de cet écrivain considéré pourtant comme le théoricien du Nouveau Roman, de cet auteur d’essais théoriques dès 1963, avec Pour un Nouveau Roman, ou encore d’un Robbe-Grillet, qui, au cours de ces enregistrements, se livre à de longues et denses interprétations de sens portés sur la littérature qu’il défend ?

En effet, cet ouvrage est ponctué de multiples passages consacrés à ses créations littéraires qui interviennent dans le discours de l’auteur comme des dévoilements, sinon des précisions éclairant son œuvre, sans pour autant en épuiser le sens. Ainsi, au chapitre 4, « Retour sur les ruines », il livre quelques mots sur la construction de La Reprise, roman publié en 2001. En évoquant les faits qui ont poussé l’auteur à entreprendre l’écriture de ce roman, envisagé consciemment comme une reprise de son œuvre romanesque, Robbe-Grillet évoque ce qui, selon lui, est au fondement de l’esprit moderne, à savoir l’idée selon laquelle le monde est une reconstruction inépuisable dont dépend notre liberté. L’auteur cite alors l’antinomie entre « reprise » et « répétition » que fait Kierkegaard, penseur, théologien danois du XIXe siècle et auteur d’un ouvrage dont une seconde traduction venait alors de paraître en France sous le titre La Reprise. Reprise et répétition relèvent du même mouvement, mais dans des directions opposées : la répétition est la reproduction de ce qui est ; il s’agit donc d’un mouvement en arrière. La reprise engage un mouvement dirigé vers l’avant ; elle est la construction d’un monde inédit sur les ruines de l’avant.

Ainsi, l’écriture de La Reprise de Robbe-Grillet a été motivée par la tempête de décembre 1999 qui a détruit des centaines d’arbres centenaires, dans le parc de sa maison normande. Cet événement dévastateur a fait écho en lui au Berlin en ruine de l’après-guerre. Ainsi, La Reprise naît de sa volonté de reconstruire toute son œuvre romanesque passée, ce monde qu’il avait créé, pour le situer dans ce Berlin dévasté.

« Je suis tout à fait persuadé que cette tempête a eu sur moi un effet salvateur, car elle m’a anéanti et, tout d’un coup, je me suis mis à reconstruire le monde à partir des ruines de Berlin, et à reconstruire toute mon œuvre romanesque, avec une conscience très forte qu’il va s’agir d’une reprise »[9].

L’auteur mêle souvenirs personnels, réflexions, questionnements débordant le cadre de la littérature, à des références littéraires, des éclairages pour offrir au lecteur-auditeur le regard érudit d’un homme ancré dans le réel et qui fait de sa Vie une reprise, une reconstruction littéraire.

Au chapitre 6, « Construire sur le vide », Robbe-Grillet consacre un passage au Voyeur, son deuxième roman publié en 1955, pour exemplifier l’idée du manque. Pour l’auteur, cette idée du manque, ce « vide », cette « lacune » est constitutive de l’écriture moderne ; elle détermine et envahit le récit. Le Voyeur est construit à partir de cette « faille » qui détermine la trame de l’œuvre et permet au crime central d’exister par le manque. En effet, ce manque d’espace et de temps que le lecteur peut percevoir entre la première et la deuxième partie du roman, et que le texte s’applique à combler, construit l’intrigue autour d’un narrateur qui semble vouloir dissimuler le viol et le meurtre d’une petite fille.

« [Ce vide] prolifère et finit par envahir tout le récit, non seulement sa fin à partir du meurtre, mais le début également. C’est cette hantise de la faille, au moment du meurtre central, qu’on essaie de combler, qui au contraire va engloutir le livre aspiré dans un trou »[10].

Au chapitre 5, « L’écriture comme broderie », Robbe-Grillet récite, de mémoire, un passage de Madame Bovary dans lequel Flaubert aurait fait référence à cette idée du manque, en la nommant une « crevasse »[11]. Pour Robbe-Grillet, l’écriture de Flaubert construit les manques qui vont ensuite envahir tout le texte pour organiser le récit. Ce passage est l’occasion pour Robbe-Grillet de rendre hommage à l’écriture de Flaubert qu’il considère comme un de ses modèles de création (avec Kafka, Faulkner, Joyce, notamment) et comme « le père du Nouveau Roman »[12], notamment pour l’utilisation du manque, dans son écriture. Cette lacune qui organise le récit complète le tableau que Robbe-Grillet peint de l’écriture moderne, de la littérature qu’il défend.

Ainsi, il consacre plusieurs passages de la première partie de ces enregistrements radiophoniques à l’importance d’une lutte des couples antagonistes, de conflits internes dans le récit qui sont le moteur de la création littéraire et animent le Nouveau Roman. Il insiste sur « ces pôles incompatibles qui vont souvent de pair »[13] : ordre/désordre, subjectivité/objectivité et sur la contradiction, cette « cohérence suspecte » qui organisent la structure même de l’écriture moderne et produisent un effet énergétique sur le lecteur.

Ainsi, Robbe-Grillet propose un éclairage sur sa vision de la littérature, sur l’écriture qu’il revendique à travers le Nouveau Roman, en enrichissant cette traversée singulière par son interprétation de références littéraires et en la ponctuant de clarifications sur sa propre œuvre. Le contenu de ces enregistrements, parfois très dense, théorique, peut paraître hermétique. La lecture de l’ouvrage imprimé permet alors de ralentir le temps de l’écoute pour s’approprier les mots de l’auteur. Le lecteur-auditeur perçoit alors la signification du terme « vade-mecum », utilisé par l’éditeur pour qualifier ce livre.

Robbe-Grillet consacre également un chapitre (chapitre 18 : « Un nouveau pacte autobiographique ») à ce qu’il considère comme la troisième période du Nouveau Roman, qu’il nomme Nouvelle Autobiographie. Les ouvrages de cette époque mobilisent des éléments autobiographiques, mais fantasmés. En effet, selon l’auteur, l’un des pôles narratifs du récit devient une autobiographie mais il ne peut reposer sur la vérité, celle-ci ayant pour moteur de création l’incompréhension même du monde vécu. Pour Robbe-Grillet, cette troisième période a existé dans l’œuvre de tous les écrivains du Nouveau Roman ; il cite, par exemple, Les Géorgiques de Claude Simon ou encore L’Amant de Marguerite. Ainsi, il ne s’agirait pas d’un élément qui contraint à relire, à redéfinir ce groupe littéraire à la lumière des éléments autobiographiques convoqués dans le récit, mais la Nouvelle Autobiographie émanerait de l’évolution même du Nouveau Roman.

Le lecteur-auditeur perçoit alors la désinvolture avec laquelle l’auteur livre cette histoire de la littérature, reconstruite à partir de la projection de ses propres fantasmes sur une époque qu’il revit cinquante ans plus tard, à travers ces émissions.

En outre, ce passage est l’occasion pour l’auteur d’évoquer ses œuvres littéraires de cette période, qu’il qualifie de trilogie « Romanesque »[14] : Le Miroir qui revient, de 1985, Angélique ou l’Enchantement, 1988, Les Derniers Jours de Corinthe, 1994.

 « J’y parle beaucoup de ma famille, très pittoresque, anarchiste d’extrême droite, et certains détails sont presque compatibles avec le pacte de Lejeune puisqu’ils sont vrais, si j’ose dire, pour autant que je puisse connaître la vérité de ma propre existence, car d’une part je ne l’ai pas comprise et d’autre part j’ai beaucoup vécu, donc largement fantasmé ce que je raconte »[15].

Ainsi, les événements relatés par l’auteur, à travers les ouvrages appartenant à la Trilogie romanesque, remettent en question les règles du Pacte autobiographique théorisées par Philippe Lejeune. Robbe-Grillet s’opposera notamment à une des normes selon laquelle « l’autobiographe peut se tromper, il n’a pas le droit de mentir »[16]. L’auteur relate les réactions de Philippe Lejeune face à cette appropriation du terme autobiographie pour qualifier ses romans. Le lecteur-auditeur perçoit alors la façon dont Robbe-Grillet s’affirme par le discrédit et l’assurance avec laquelle il évoque cet événement, à travers lequel – une fois n’est pas coutume – la littérature se prête à un jugement de valeur qui passe pour une vérité.

Robbe-Grillet soulève également les rapports entre l’écrivain et son lecteur, à partir de la question de la représentation et des malentendus qu’elle convoque. Plein d’une certaine suffisance, voire d’une forme de mépris envers l’ignorance du lecteur, l’auteur aborde les enjeux de la création. Pour Robbe-Grillet, un livre doit être écrit pour la forme même, pour la littérature et non pour son sujet qui est secondaire.

«  Pour moi, il n’y a de littérature que formelle, il n’y a d’art que dans la forme. Si vous reprenez toute l’histoire racontée dans Madame Bovary, mais que vous changez le vocabulaire, le rythme des phrases, il ne restera plus rien du tout. Flaubert a raison de dire que les contenus anecdotiques ne sont rien, que c’est la forme de l’écriture qui fait que le livre existe en tant que littérature. »[17]

Il remet en question l’importance de la représentation que permettrait l’écriture, en insistant sur le véritable enjeu qui est de recréer – et non de représenter – l’émotion ressentie face au monde, pour produire autre chose, une des multiples représentations d’un réel échappant à la notion de vérité mais qui appartient à la psyché du créateur. Ainsi, Robbe-Grillet refuse l’idée selon laquelle ses livres ou ceux du Nouveau Roman en général ne représenteraient rien ; si le besoin de créer existe, c’est parce que la création nécessite au préalable l’existence d’un monde que le créateur ne peut comprendre qu’à travers l’acte de créer. Alors la création, le travail d’écriture ne peut se faire – de façon consciente ou inconsciente –  qu’à partir de la représentation des émotions singulières perçues devant le monde. On sent alors chez l’auteur une volonté de justifier son écriture et les engagements théoriques qui l’ont motivée et qu’elle a nourris, vis-à-vis des reproches que la critique et les lecteurs lui auraient régulièrement exposés.

Cet ouvrage qui se construit à travers le rapport de Robbe-Grillet à la littérature peut alors être envisagé comme un prétexte, sinon une occasion pour l’auteur de rétablir les analyses qui ont été faites de ses œuvres et du Nouveau Roman. Excluant le doute et la nuance, son assurance transforme ses mots en une parole de vérité qui légitime son point de vue et dispense son Œuvre de tout commentaire. Ainsi, les mots de Robbe-Grillet ne pourraient-ils pas se lire comme l’affirmation non dissimulée de LA manière de penser la littérature, revendiquée par un orateur dont la détermination n’a d’égale que l’audace ?

Robbe-Grillet revient, de façon récurrente, au Nouveau Roman, à sa genèse et sa théorisation, à ses évolutions et à la constitution de ce groupe littéraire qu’il a organisé alors qu’il était conseiller littéraire aux éditions de Minuit. Après avoir été refusé par plusieurs éditeurs, notamment par « le bon goût Gallimard »[18] – une  chance, selon Robbe-Grillet –, celui-ci se lie d’amitié avec Jérôme Lindon, alors très jeune directeur des éditions de Minuit qui publie Les Gommes en 1953 et Le Voyeur, deux ans après. Lindon le nomme ensuite conseiller littéraire de la maison alors déficitaire et sans orientation précise, que Robbe-Grillet transforme aussitôt en vitrine de l’avant-garde littéraire française. Il rassemble Samuel Beckett, Marguerite Duras, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Robert Pinget, Michel Butor – des auteurs isolés jusqu’alors, incompris, invendus, qui, réunis sous le même toit, attirent l’attention sur eux.

S’ensuit la publication de L’Ère du soupçon, de Nathalie Sarraute et de Pour un Nouveau Roman, de Robbe-Grillet – publié notamment chez Gallimard ! et aux éditions de Minuit – , ouvrages qu’il nomme des « aperçus théoriques […] des réponses à la critique »[19].

À travers cette histoire de la formation de ce groupe littéraire, on constate que Robbe-Grillet s’approprie le terme décisif de Nouveau Roman qui va permettre de structurer un discours critique. Il passe donc sous silence la création de cette expression par le critique Emile Henriot, dans un article du journal Le Monde de mai 1957, dans lequel il jugeait sévèrement Tropismes de Nathalie Sarraute et La Jalousie de Robbe-Grillet. Mais cela n’a que peu d’importance : le lecteur a compris que l’histoire qu’on lui offre passe par le prisme d’un orateur qui transforme les faits avec désinvolture. En outre, l’engagement et l’excitation ressentis dans la manière dont Robbe-Grillet revient sur cette période excusent les libertés qu’il s’octroie.

Robbe-Grillet insiste également sur le fait que le Nouveau Roman est différent d’une école littéraire : il s’agit d’un ensemble d’écrivains dont la liste officielle est symbolisée par la photographie qui les réunit, en 1959, devant la porte des éditions de Minuit[20]. À cette liste, Robbe-Grillet prend la liberté de rajouter Marguerite Duras – absente de la photographie car refusant l’appartenance à un groupe – ou encore Raymond Queneau. Le groupe, constitué d’individualités fortes, n’a pas pu constituer un mouvement littéraire, ne relevant pas d’une véritable cohérence des points de vue. La constitution de cet ensemble d’auteurs s’est construite sur le fait qu’ils allaient à l’encontre de telle ou telle loi du récit, refusant des catégories considérées jusqu’alors comme constitutives du genre romanesque (notamment l’intrigue, qui garantissait la cohérence du récit, et le personnage).

Robbe-Grillet complètera cette histoire du Nouveau Roman, avec la théorisation, les engagements littéraires de ce groupe (notamment au chapitre 15 : « Il se passe quand même des choses ») et son évolution. L’auteur insistera, par exemple, à plusieurs reprises sur l’ancrage dans le réel que défend le Nouveau Roman, sans évacuer les rapprochements anachroniques qu’il tisse avec les références littéraires convoquées, souvent commentées avec partialité, toujours avec une conviction effrontée.

Sans se soucier de nuance dans ses propos, Robbe-Grillet nous fait part d’anecdotes concernant ses contemporains et certains traits de leur caractère, ce qui permet de les connaître autrement qu’à travers leurs œuvres, mais également de révéler la personnalité propre de l’auteur, plein de suffisance et d’une animosité diffuse.

Il n’hésite pas, en effet, à persifler continuellement ces collègues du Nouveau Roman : Marguerite Duras apparaît douée mais pas très intelligente ; Nathalie Sarraute, vraiment supérieure mais trop arrogante ; Beckett qui « s’en fout » ; Claude Simon, toujours en retrait. Lorsque Robbe-Grillet peint le tableau de Sartre, celui-ci apparaît comme un gentil garçon, certainement plus philosophe qu’écrivain, généreux mais flagorneur, avec une obsession de l’engagement qui ne serait que le regret de ne pas avoir été dans la Résistance pendant la guerre.

En outre, à la lecture des propos de l’auteur s’affirment sans équivoque ses goûts littéraires, lorsqu’il désigne, à de nombreuses reprises, Balzac, le classicisme français (narrateur omniscient, narration linéaire) comme l’ennemi auquel il oppose ses influences – Kafka et Flaubert, notamment, modèle de création –, les auteurs qui l’ont conduit à devenir écrivain et à faire de l’écriture – qu’il nomme « l’expérience imaginaire du fantasme »[21] – le but de son existence.

Exercice compliqué qu’est celui de proposer un écrit relativement concis sans pour autant ne pas travestir ou dénaturer les propos de Robbe-Grillet. Le choix de révéler une sélection de passages opérée dans ce vade-mecum, en modifie le contenu, la force et la densité. En effet, les vingt-cinq chapitres se complètent, s’enrichissent. Certains sont introduits par la synthèse, sinon la reprise du précédent ; des réflexions sont précisées d’une émission à l’autre. Ainsi, leur succession forme un tout qui se construit à partir du regard omniscient de l’auteur et de ses mots traduisant sa personnalité.

Témoin passionnant d’une époque, Robbe-Grillet livre – avec la même liberté et franchise – un (auto)portrait, qui permet de comprendre l’auteur, d’appréhender autrement son écriture, sinon de percevoir l’homme, de percer la complexité de son caractère, de distinguer la frontière entre engagement et perfidie.

En outre, ce document apparaît comme une démarche d’élucidation personnelle, hantée par des questionnements introspectifs. À la question « pourquoi me suis-je mis à écrire ? », Robbe-Grillet fait de son incompréhension du monde sa réponse.

«  Non seulement je ne comprends pas le monde, mais je ne me comprends pas non plus moi-même, et c’est pour cela que je me parle. »[22]

Alors, derrière le terme « préface » du titre, ne se dessinerait-il pas l’idée de bilan que l’auteur semble dresser, emporté par la totale liberté que lui permet ce système de carte blanche ?

Bilan d’une vie d’écrivain ; bilan d’un homme qui a fait de la littérature des tentatives désespérées de se comprendre ; bilan d’un personnage érudit qui décédera cinq ans plus tard, d’une crise cardiaque. Entre mise au point et révélation, justification et confidence, l’auteur étaye l’éclairage qu’il offre sur son œuvre de son regard sur la littérature, rempli de souvenirs de lecture éblouis (Flaubert, Camus, Borges, Joyce, Faulkner), d’ombres chères telles que Breton, Barthes et ses compagnons du Nouveau Roman.

Pour clore l’entretien qui ouvre ces enregistrements radiophoniques, Bernard Comment interroge Robbe-Grillet : « "Alain Robbe-Grillet, professeur de désir"  : la formule vous convient ? », l’écrivain répond : « je dirais plutôt plaisir » [23]. En effet, le riche programme de cet ouvrage s’inscrit avant tout dans le plaisir, plaisir non dissimulé de l’auteur d’offrir son histoire, plaisir du lecteur-auditeur de découvrir son narrateur et de se donner envie de lire encore.


Marine, AS bib.-méd.


Notes

[1] Note de l’éditeur dans ROBBE-GRILLET Alain, Préface à une vie d’écrivain, Paris, Le Seuil, coll. Fiction & Cie, 2005, p.7.

[2] id. p.159.

[3] id., p.191.

[4] id., p.10. Robbe-Grillet cite alors Kafka, Flaubert, Faulkner, Borges.

[5] Romans : Un régicide, 1949 / Les Gommes, 1953 / Le Voyeur, 1955 / La Jalousie, 1957 / Dans le labyrinthe, 1959 / La Maison de rendez-vous, 1965 / Projet pour une révolution à New York, 1970 / La Belle Captive, 1975  / Topologie d’une cité fantôme, 1976 / Souvenirs du Triangle d’Or, 1978 / Djinn, 1981 / Le Miroir qui revient, 1985 / Angélique ou l’Enchantement, 1988 / Les Derniers Jours de Corinthe, 1994 / La Reprise, 2001 / Un roman sentimental, 2007 ;

Nouvelle : Instantanés, 1962 ;

Essais : Pour un Nouveau Roman, 1963 / Le Voyageur, essais et entretiens, 2001, Les impressions nouvelles, 2001 ;

Films : L'Année dernière à Marienbad, 1961(Scénario et dialogues : Alain Robbe-Grillet. Réalisation : Alain Resnais.) / L'Immortelle, 1963 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet.) / Trans-Europ-Express, 1966 Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet) / L'Homme qui ment, 1968 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet) / L'Éden et après, 1970, et N. a pris les dés, 1971 (Écrits et réalisés par Alain Robbe-Grillet) / Glissements progressifs du plaisir, 1973 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet) / Le Jeu avec le feu, 1975 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet) / La Belle Captive, 1983 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet) / Un bruit qui rend fou, 1995 (Scénario et dialogues : Alain Robbe-Grillet. Réalisation : Alain Robbe-Grillet et Dimitri de Clercq) / Taxandria, 1995 (Scénario : Raoul Servais, Alain Robbe-Grillet et Frank Daniel. Réalisation : Raoul Servais) / C'est Gradiva qui vous appelle, 2006 (Écrit et réalisé par Alain Robbe-Grillet).

[6] Id., p.151.

[7] ibid.

[8] Id., p.179, 180.

[9] Id., p.40

[10] Id., p.56, 57.

[11] Id. p.48. p. 49, Robbe-Grillet cite le passage de Madame Bovary : « Qui donc écartait, à tant de distance, le matin d’avant-hier et le soir d’aujourd’hui ? Son voyage à la Vaubyessard avait fait un trou dans sa vie, à la manière de ces grandes crevasses qu’un orage, en une seule nuit, creuse quelque fois dans les montagnes. »

[12] Id., p.26.

[13] Id., p.87.

[14] Id., p. 159.

[15] Id., p. 161.

[16] Id., p.159.

[17] Id., p.146.

[18] Id., p.117.

[19] Id.,  p.119.

[20] Sont présents sur la photographie : Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Claude Mauriac, Jérôme Lindon, Robert Pinget, Samuel Beckett, Nathalie Sarraute, Claude Ollier.

[21] Id., p.169.

[22] Id., p. 159.

[23] Id., p.19.

 

 

 


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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 07:00

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Pierre BERGOUNIOUX
B-17G
Argol, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois présenté comme un romancier enraciné sa région d’origine, le Limousin et cantonné à la description d’une ruralité disparue, Pierre Bergounioux nous livre, avec B-17G, une œuvre en rupture avec cette image d’Epinal et en décalage avec le reste de ses écrits.
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Pierre Bergounioux est né à Brive-la-Gaillarde en 1949. Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, il est à l’occasion critique littéraire et sculpteur. Il partagea sa vie entre la Haute-Corrèze et la banlieue parisienne où il enseigna dans différents collèges. Pierre Bergounioux dispense depuis peu des cours aux Beaux-Arts de Paris. Son œuvre littéraire est considérable. En effet, il a publié près d’une soixantaine de romans, notamment aux éditions Gallimard et Verdier. Marquée par Faulkner et les profonds bouleversements que l'écrivain américain introduisit dans l'écriture romanesque, son œuvre a été rapprochée de celles de Claude Simon et de Pierre Michon qui signe la postface de cet ouvrage. Souvent resté en marge du milieu littéraire, il n’en est pas moins devenu l’une de ses figures emblématiques.



La faible part du récit

Si l’objet de ce livre, à première vue, est le récit de la destruction d’un bombardier B-17G par des appareils allemands, on se rend compte au final qu’il ne prend qu’une part relativement restreinte par rapport au reste du livre. Ce récit n’a pas vraiment intéressé l’auteur. En réalité, le destin de cet équipage devient prétexte à une réflexion sur le sort de cette génération confrontée à un bouleversement technologique, à un changement d’ère.

 « Voler, dominer le monde ainsi que les dieux, c’est en 1944 une de ces expériences dont le goût restera toujours. Ils sont quatre-vingt-dix qui entrent dans l’histoire à bord de leurs B-17 et ne sauraient douter qu’ils la font. Elle est dans le regard olympien qu’ils jettent, à dix-neuf ans, sur la planète, dans les soutes qui répandront, en s’ouvrant, le feu du ciel sur les cités maudites, dans la science divinatoire, ou diabolique, de la navigation qui les guide droit sur l’objectif par les routes immatérielles des cieux, dans le voile éblouissant de balles traçantes que la formation peut déployer instantanément pour échapper à ses poursuivants. »

Ces gamins que les mots de Pierre Bergounioux laissaient paraître ont cédé la place, le temps d’un vol, à des hommes aux sens affûtés prêts à déchaîner le feu de leurs armes sur l’ennemi. La transformation est radicale.



La figure de l’historien

À la lecture de ce livre, Pierre Bergounioux apparaît davantage comme un historien que comme un écrivain de tradition romanesque. Partant de faits réels, les missions des bombardiers américains dans le ciel européen, il met en avant cette rupture historique que fut la Seconde Guerre mondiale et médite sur la fin des vieilles civilisations rurales, dont celle de ses ancêtres.

 « L’équipage accorde au pilote la réserve qu’on est en droit de pratiquer lorsqu’on a vingt et ou vingt-deux ans et qu’on se trouve mêlé, par la force des choses, à une bande un peu bruyante de teenagers. Une ou deux années de plus, à cet âge, vous changent un homme, comme elles modifient durant cette période, la face du monde au point de la rendre méconnaissable. »



Mélange des genres

Dans B-17G, que certains qualifient d’ouvrage de commande, l’on retrouve les thématiques principales de l’œuvre de Pierre Bergounioux : le déracinement mais aussi le passage à l’âge adulte. Les membres de l’équipage du B-17 sont ainsi arrachés à leur terre, à leur pays comme un bombardier s’arrache du sol. La guerre et ses terribles épreuves les arrachent à leur enfance pour les plonger dans le monde adulte.

L’enfance, encore et toujours, qui donne à Pierre Bergounioux, en puisant dans sa propre histoire, le prétexte pour aborder le récit d’une destruction. Destruction des matières comme peut l’être l’avion sous les coups de l’ennemi mais aussi destruction des êtres que la guerre changea pour toujours.

Ce livre est imprégné de son auteur. En premier lieu par les circonstances de la découverte de cette image floue, issue d’un film documentaire que l’auteur alors âgé de 16 ans découvre à la télévision. Mais aussi par les personnages dont nous parle Pierre Bergounioux : ce Smith que Pierre Michon compare à l’auteur et ce Charles Mallison, personnage d’un roman de William Faulkner qui partagent avec Pierre Bergounioux leur origine, terrienne et paysanne.

 «  Bien sûr, un certain Charles Mallison pilote un B-17 ou un B-24 Liberator quoiqu’il sorte d’un trou perdu du Mississippi où son oncle, Gavin Stevens, avoué à Jefferson – le trou perdu –, est  fort occupé à courtiser la jeune Linda Snopes dont il a désespérément aimé la mère, Eula, née Varner. »

 « Mais Mallison, car c’est là que je voulais en venir, est l’exception. Les équipages de la 8e armée de l’Air Force devaient se recruter sur la côte Est ou dans les grandes villes  plutôt que dans le Sud rural peuplé d’illettrés arrogants, ivrognes, et de Noirs terrifiés. »



À la part autobiographique se mêlent donc la part biographique, abordée par le biais des nombreuses références littéraires qui jalonnent le récit, et la biofiction lorsque l’auteur aborde la vie des membres de l’équipage du B-17, en leur donnant une origine, un âge et une conscience.

 

Malgré le style poétique qui imprègne cet ouvrage, l’on ressort de cette lecture avec une impression de flou à l’image de la photo du B-17G sur la couverture. Le récit délayé dans les nombreuses réflexions nous fait perdre le fil. Cette impression est renforcée par la structure des phrases, longues et hachées. Malgré cela, B-17G reste un livre qui mérite d’être lu car il pousse le lecteur à la réflexion et l’incite à démêler le vrai du faux. Pierre Bergounioux nous livre ainsi une puissante réflexion sur la condition humaine.


Baptiste, AS bib.-méd.

 

 


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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 07:00

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Laurent MAUVIGNIER
Des hommes
Minuit, 2009
collection Double, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« C’est pas comme un bijou mais ça se porte aussi, un secret. »

Le secret relaté dans le livre de Laurent Mauvignier est celui de souvenirs accumulés par des hommes durant la guerre d’Algérie.  Bien sûr, des livres et des films ont déjà évoqué ces événements. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un roman sur la guerre d’Algérie. En effet, la dimension historique n’est qu’un support. Plus humblement, l’auteur rend palpable des scènes de guerre à travers la notion de mémoire.



L’auteur

Laurent Mauvignier est né à Tours en 1967. Issu d’une famille modeste, il est diplômé de l’école des Beaux Arts en arts plastiques à l’âge de 24 ans.

Dès sa petite enfance, il se passionne pour la littérature à travers la lecture d’Un bon petit diable de la Comtesse de Ségur. Son premier roman, Loin d’eux, paraît en 1999. Il manie des procédés d’écritures audacieux. Notamment dans Apprendre à finir (2000), où prédomine le monologue d’une héroïne souffrante. Dans Des hommes (2009) et Dans la foule, la polyphonie enrichit la narration à travers divers points de vue.

Des hommes est un roman très abouti pour lequel divers prix lui ont été accordés : le prix Millepages 2009, le prix Initiales 2010 ainsi que le prix des Libraires en 2010.



L’œuvre

Passé et présent de deux personnages appelés à la guerre d’Algérie.

Des hommes parmi d’autres : Bernard, Rabut. Deux personnes d’une soixantaine d’années, dont on découvre les habitudes, les modes de pensée et de vie.

Rabut est un homme simple dont on devine les traits à partir de ses dires grâce à sa fonction de narrateur dans la majeure partie du livre. Bernard, quant à lui, est un clochard, qui a pour surnom Feu-de-Bois. Son corps est imprégné de l’odeur de la négligence et de l’alcool. Cependant, le jour de l’anniversaire de sa sœur, Bernard fait preuve d’une attention toute particulière :

« Aujourd’hui on dirait qu’il ne sent pas trop mauvais. […] On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans. »

Dans sa poche, il cache une broche très coûteuse, qu’il destine à sa sœur. Cette attention suffit à faire réapparaître le passé que beaucoup ont cru pouvoir nier. Nous découvrons l’identité de ces deux hommes, le quotidien banal d’un homme désemparé, jusqu’à éprouver de l’empathie envers Feu de Bois. Toutefois la véritable nature de ces personnes se révèle. Un second acte de violence déclenche un flashback du narrateur. L’auteur déclenche des déflagrations souterraines causées par le drame algérien. Il rend compte d’un sentiment de peur, d’ennui et parfois de folie.

Penser qu’un seul détail peut sauver la vie de tout un convoi. Entrevoir l’utopie d’une communauté. Sentir la difficulté mais la volonté d’être : « Je ne voyais rien, pas un mètre d’avenir devant moi ». Et surtout la notion de mémoire, ce qu’il reste de la guerre après la guerre : « La vérité c'est que le passé, on n'en parle pas, il faut continuer, reprendre, il faut avancer, ne pas remuer. »

« Je me suis dit pour la première fois que j’avais envie de retourner là-bas, peut-être, et que je voudrais savoir s’il y a des fermes avec des cours carrées et presque blanches et s’il y a des enfants qui jouent au ballon pieds nus. Je voudrais voir si l’Algérie existe et si moi aussi je n’ai pas laissé autre chose que ma jeunesse là-bas. Je voudrais voir, je ne sais pas. Je voudrais voir si l’air est aussi bleu que dans mes souvenirs. Si l’on mange encore des kémias. Je voudrais voir quelque chose qui n’existe pas et qu’on laisse vivre en soi, comme un rêve, un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas, je n’ai jamais su, ce que je voulais, là, dans la voiture, seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l’odeur d’un corps calciné ni l’odeur de la mort – je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard » (p. 281).

Et surtout le regard des autres :

« Ce n’est quand même pas Verdun, votre affaire. Et les questions de plus en plus cons auxquelles personne n’a jamais voulu répondre, des questions sur la météo, sur l’agriculture, sur les femmes. Elles sont comment les femmes, sous les voiles ? C’est vrai qu’elles se rasent la chatte les musulmanes ? »



Construction du roman

La critique considère ce livre comme l'une des rares « prises en charge » narratives de la guerre d'Algérie. Il est vrai qu’on ne peut pas exactement parler de réalisme, ou de description historique. Plus humblement, l’auteur traduit des événements à travers des sentiments intimes et beaucoup de non-dit.

Il me semble que ce livre porte sur la notion de mémoire plutôt que sur la guerre d’Algérie.

Il est possible de qualifier ce roman de tragédie construite en quatre actes : « après-midi », « soir », « nuit » et « matin ». Un récit de 24 heures où le temps est cependant dilaté par de multiples voyages dans des souvenirs ou, plus justement, des réminiscences.

Ce n’est pas parce qu’on va dire le mot douleur, qu’on va partager ce qu’a été cette douleur ; une écriture de la sensation et de la perception.

L’écriture de Laurent Mauvignier est riche, pensée et ponctuée de remarquables métaphores. Elle tente de circonscrire le réel mais se heurte à l’indicible et à la fragilité des mots. C’est pourquoi, le récit adopte les points de vue des personnages pour saisir la réalité. La première partie est narrée par Rabut, qui apporte un regard non omniscient. Pour ma part, sa haine envers Bernard m’a beaucoup marquée. C’est à travers ses réminiscences que nous sommes transportés au front. Dans la seconde partie, plusieurs paroles s’emboîtent et la troisième personne du singulier apparaît. La parole n’est plus unique, toutefois le récit demeure subjectif. Plusieurs voix s’articulent l’une par rapport à l’autre, ce qui permet de découvrir la guerre à travers une intimité.



À mon sens….

J’avais de Laurent Mauvignier l’image d’un auteur de roman triste. À l’annonce du sujet traité par ce livre, à savoir la guerre d’Algérie, j’étais plutôt réticente. Toutefois, à ma grande surprise, je me suis laissé convaincre par cet ouvrage.

Le sujet est sous-jacent et apparaît naturellement dans la narration. L’auteur apporte un regard tout à fait intéressant sur la notion de la mémoire. Je me suis approchée de Bernard et ai goûté toute son amertume. Je me suis laissé emporter par cette belle écriture vers des actes atroces mais aussi des actes humains.

D’autre part, j’ai découvert un auteur qui a un vrai discours sur la nature du roman et ce que serait son utopie.


Roxane, 2e année bib.-méd.


À regarder
http://www.dailymotion.com/swf/video/xq1xm2

 

 

Laurent MAUVIGNIER sur LITTEXPRESS

 

Laurent Mauvignier Ceux d'à côté 

 

 

 

Article de Margaux sur Ceux d'à côté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Mauvignier Ce que j appelle oubli

 

 

 

 

 

 

Article de Guillaume sur Ce que j'appelle oubli.

 

 

 

 

 

 

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 07:00

Musée Tomi UNGERER de Strasbourg - Centre national de l'illustration

Ronald-Searle-stpauli.jpgRonald Searle, Hamburg, St pauli im Morgengrauen, 1967.

 

 

  
Un éléphant au chapon melon assis face à un escargot.

Un singe mettant en avant ses fesses roses, tout en nous dévisageant, une pipe à la bouche.

Des poissons tout blancs traversant un arc en ciel, devenant alors multicolores.



D'un simple trait à l'encre de Chine ou ponctués de vives couleurs, les animaux de Tomi nous invitent à nous laisser emporter dans un environnement ludique et poétique. Toutefois, ne vous y méprenez pas, au-delà de ses œuvres les plus reconnues et de ce fait les plus attendues, l'auteur-illustrateur a de quoi nous surprendre.



Au détour d'un jardin tourbillonnant, le Musée Tomi Ungerer de la ville de Strasbourg nous  proposait de découvrir l'exposition « Des illustrateurs au XXe siècle ». Elle présentait à la fois l'univers de Tomi Ungerer mais également des artistes européens et américains du siècle passé. Étaient présents : André François, Robert Gernhardt, Maurice Henry, Françoise Hollenstein, Ronald Searle, F. K. Waechter ainsi que Robert Weaver.



Le choix de ces illustrateurs internationaux est intimement lié avec l’histoire très itinérante de Tomi.

tomi-Ungerer-5.jpgJean-Thomas Ungerer est né le 28 novembre 1931 à Strasbourg, sous la Troisième République. Surnommé Tomi, il est le fils d'un fabriquant d'horloges, également artiste et historien. Il grandit dans son Alsace natale, où il est soumis au système éducatif nazi. Ces faits sont perceptibles dans À la guerre comme à la guerre, paru en 1991. Après avoir échoué au bac, il intègre l'École municipale des Arts Décoratifs de Strasbourg.

D’autre part, il témoigne d'un intérêt toujours plus vif pour la culture américaine, notamment la littérature, le jazz et les cartoonists du New Yorker. Cet attrait se traduira par des séjours au Canada et aux États-Unis.

Il débute en tant que dessinateur publicitaire. Aujourd’hui, on peut le définir comme affichiste, auteur-illustrateur, inventeur d'objets et collectionneur. En effet, il réunit une quantité impressionnante de jouets, qu’il légua au musée de Strasbourg qui porte son nom.



L’exposition présentait des travaux investissant indifféremment l’espace à travers des jouets, le support papier grâce à des coupons de presse, des dessins graphiques, des affiches ou des toiles mais aussi la vidéo et la photographie. Une exposition multisupports où l’illustration était abordée comme un enjeu central de la pédagogie, de l’humour mais aussi de la satire et de l’érotisme.

 

tomi-Ungerer-2.jpg

 

Une déambulation dans un espace de trois étages offrait un regard polyphonique dans le registre graphique. Plusieurs thèmes étaient développés, abordés sous les chapeaux de « réel américain », « dessin satirique anglo-saxon », « gags graphiques » et enfin « dessins satiriques et publicitaires ». Chacune des sections de l’exposition mettait en valeur un artiste ou une œuvre particulière telle que les illustrations de Françoise Arthaud-Hollenstein du conte Pierre et le loup d’après Sergueï Prokofiev.

Pierre-et-le-loup.jpg
 
Des coloris délicats, pleins de fraîcheur ou beaucoup plus saignants jusqu’à être déstabilisant permettaient de découvrir des genres et des styles tout à fait variés néanmoins liés par la recherche d’un monde plus palpitant. Dans l’ensemble la touche d’humour était très palpable et les œuvres agréablement mises en valeur dans l’espace.

tomi-Ungerer-4.jpg


Ces travaux d’artistes réunis dans une exposition audacieuse et très appréciable évoquaient le voyage, l’érotisme, tout en s’ouvrant à la publicité et à la satire.


Roxane, 2e année bib.-méd.


Dernières parutions de Tomi Ungerer

Weepers, Circus à la récré
Auteur : Weepers Circus
Éveil et Découvertes (2009)

Crictor
Traducteur : Adolphe Chagot
L’école des Loisirs  (2011)

Abécédaire en 26 chansonnettes
Auteur : Boris Vian
Formulette (2011)



À voir :
 http://www.dailymotion.com/video/xab1i1_visite-au-musee-tomi-ungerer-a-stra_creation



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Published by Roxane - dans EVENEMENTS
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