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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 07:00

Julie-Otsuka-Certaines-n-avaient-jamais-vu-la-mer-01.gif








 

 

 

 

Julie OTSUKA
Certaines n’avaient jamais vu la mer
The Buddha in the Attic
trad. de Carine Chichereau
Éditions Phébus
coll. « Littérature étrangère », 2012
Prix Femina étranger 2012
 






 

Présentation de Julie Otsuka

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie d’une mère américaine d’origine japonaise et d’un père japonais.  Elle étudie l’art à l’université de Yale, développe un goût prononcé pour la peinture mais abandonne pour se consacrer à l’écriture. Elle est révélée sur la scène littéraire en 2002 avec son premier roman Quand l’empereur était un Dieu, qui raconte la cruauté des camps de concentration aménagés discrètement aux États-Unis où 110.000 citoyens américains d’origine japonaise, considérés désormais comme des ennemis, ont été internés après l'attaque de Pearl Harbour en 1941. Une période de l’histoire que les ancêtres de l’auteure ont connue. En 2011, Julie Otsuka publie Certaines n’avaient jamais vu la mer qui lui vaut de remporter le très prestigieux PEN/Faulkner Award en 2011 ainsi que le prix Femina étranger en 2012.

 

Un roman polyphonique

En huit courts chapitres, Julie Otsuka redonne voix et chair aux victimes du rêve américain que sont ces femmes japonaises parties rejoindre leurs futurs époux, eux aussi immigrés japonais, dont elles ne savent rien, de l’autre côté de l’océan Pacifique.

Une cargaison de jeunes filles japonaises débarque alors à San Francisco pour y trouver un mari qu’elles ne connaissent pas si ce n’est par le biais de quelques lettres échangées dans lesquelles ils ont glissé une photo laissant entrevoir leur beauté et leur richesse.

 

« Sur le bateau, la première chose que nous avons faite […] c’est comparer les portraits de nos fiancés. C’étaient de beaux jeunes gens aux yeux sombres, à la chevelure touffue, à la peau lisse et sans défaut. Au menton affirmé. Au nez haut et droit. À la posture impeccable. […] Certains d’entre eux étaient photographiés sur le trottoir, devant une maison en bois au toit pointu, à la pelouse impeccable […] appuyés contre une Ford T. »

 

Partagées entre espoir et angoisse, ces jeunes filles innocentes rêvent d’un monde meilleur et s’imaginent alors des histoires de princesses, de belles histoires d’amour. Mais, la réalité est beaucoup plus crue et laisse place au désenchantement. Ces hommes qu’elles pensaient raffinés sont en réalité, pour la plupart, des paysans qui ont besoin d’une main-d’œuvre docile et efficace. Ni la photo ni la situation professionnelle ne correspond à ce qui était annoncé. Et leur nuit de noces s’apparente plus au viol qu’à une douce étreinte amoureuse.

 

 « Cette nuit-là, nos nouveaux maris nous ont prises à la hâte. […] Ils nous ont prises par terre, sur le sol du Minute Motel. […] Ils nous ont prises avant que nous ne soyons prêtes et nous avons saigné pendant trois jours. […]Ils nous ont prises dans la violence, à coups de poing, chaque fois que nous tentions de résister. […] Ils nous ont prises par surprise, car certaines d’entre nous n’avaient pas été informées par leur mère de ce qui les attendait précisément. J’avais treize ans et je n’avais jamais regardé un homme dans les yeux. »

 

Elles se retrouvent alors à labourer des champs, à laver les sols et à servir le dîner dans les familles de Blancs, à lutter pour apprendre une nouvelle langue et une nouvelle culture, à essayer d’aimer un inconnu, à lui faire des enfants. Face à cette désillusion et cette trahison, elles font preuve de courage et se plient aux exigences de leurs maris, aux coutumes et aux mœurs d’un pays si différent du leur. Trop pauvres pour retourner sur leur terre, elles voient leurs rêves s’évanouir. Méprisées en tant que femmes par leur mari, en tant que Japonaises par les Blancs mais aussi par leurs enfants devenus de « vrais Américains » qui renient leurs origines, sans repères, elles doivent faire face à une condition pire que celle qu’elles avaient fuie.

 Puis la Seconde Guerre mondiale a lieu. Enfermées dans des camps avec leur progéniture et leur mari, victimes de l’Histoire, elles subissent un nouvel exode et essaient de survivre encore une fois. Les immigrés japonais sont alors considérés comme des traîtres, des ennemis par leur pays d’adoption et sont parqués dans des lieux inconnus. Julie Otsuka boucle son récit en traitant d’un sujet resté trop longtemps tabou.

 

Plutôt que de raconter l’histoire d’une de ces Japonaises en particulier, l’auteure a choisi d’utiliser « la voix du nous ». En utilisant la première personne du pluriel, Julie Otsuka fait de ces vies de femmes japonaises exilées aux États-Unis « une tragédie humaine bouleversante ». Même si les situations de ces femmes sont variées, la douleur et la souffrance sont communes.

Parfois, une phrase en italique fait résonner un « je » qui commente les sensations éprouvées.

 

« Je veux rentrer chez moi. »

« J’avais l’impression d’étouffer. »

« J’ai cru que mon vagin allait exploser. »

 

Mais, là encore ce « je » équivaut à un « nous ».

 

 « Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n’y a pas à s’inquiéter. Et nous aurions tort. »

 

D’autres phrases en italique parcourent le texte. Il s’agit bien souvent de la retranscription des paroles de personnages secondaires comme les maris :

 

 

« S’il te plaît, tourne-toi vers le mur et mets-toi à quatre pattes. »

« Ne te laisse pas décourager. Sois patiente. Reste calme. Mais pour l’instant, nous disaient nos maris, laisse-moi parler à ta place. »,

 

Ou bien d’insérer les dires des Américains :

 

« Un Japonais peut vivre avec une cuillerée de riz par jour. »

« Ces gars-là arrivent, et on n’a pas du tout besoin de s’en occuper. »

 

Sans complaisance, sans pathos, l’auteure utilise un style incisif et dépouillé pour évoquer le destin tragique de ces femmes. Les phrases sont courtes, percutantes et saccadées. Le récit est scandé par des reprises anaphoriques à chaque début de paragraphe : « Sur le bateau », ou  dans le texte : « Ils nous ont prises », « Certaines des nôtres », « Certaines d’entre nous » « D’autres encore ». Associées à un mode de narration pluriel et incantatoire, elles rendent encore plus poignante et dramatique l’expérience de ces femmes japonaises, leurs souffrances, leurs espoirs avortés et leurs rêves déçus. Des procédés subtils pour donner une densité au récit.

 

Le style de l’auteure peut paraître dérangeant voire étouffant ; mais n’est-ce pas ce sentiment qu’elle souhaite provoquer chez son lecteur ? Ce même sentiment d’étouffement que ces femmes ont éprouvé en passant de l’indifférence à l’oubli. À travers son roman, Julie Otsuka cherche à rétablir la vérité sur un sujet trop souvent méconnu et à rendre justice aux victimes de la guerre.


Lisa, AS Bibliothèques 2012-2013

 

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:00

Jose-de-almada-negreiros-la-tortue-01.gif

 

 

 

 

 

 

José de Almada Negreiros
La Tortue
illustré par Irène Bonacina
traduit par
Dominique Nédellec
 éditions Chandeigne, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aaaaahhh Bordeaux, que bien des collaborateurs de ce site littéraire habitent désormais, exigences iutesquiennes obligent !

On y découvre des librairies prestigieuses telles que Mollat, la Machine à Lire, la librairie Georges… nouvelles ou historiques, elles sont de vraies mines d’or pour les amateurs de lectures en tous genres. Leur architecture est aussi des plus intéressantes : de la boutique de plain-pied chez Mollat, typique des marchands bourgeois du XVIIIème, aux voûtes de pierre blonde de la Machine à Lire. Mais ne soyons pas chauvins, car chez nos homologues européens se cachent aussi de belles surprises. Jose-de-almada-negreiros-la-tortue-02-librairie.jpg

À Porto, par exemple, qui rassemble de très nombreuses librairies et notamment le très célèbre établissement Lello, fondé en 1906 et considéré comme la troisième plus belle librairie du monde par le Guardian. Un escalier monumental occupe la pièce centrale remplie de bibliothèques en bois ouvragé ; ses adeptes sont tant des intellectuels portugais que des touristes avides d’architectures sublimes.

Cette année j’ai eu la chance de passer les fêtes dans cette ville : émerveillée, j’ai fait mes premiers pas dans l’enceinte. Au-delà de la beauté de l’édifice, j’ai déniché deux livres qui m’ont paru pertinents étant donné mon fragile (inexistant) niveau en langue portugaise.

Le premier est un recueil de poèmes portugais… en version anglaise, certes, le décryptage de la VO étant inenvisageable.

Pour le second, j’ai choisi un petit livre : La Tortue, de José de Almada Negreiros (1893-1970), encore illustré, et cette fois-ci carrément en français.

Ce conte philosophique paru aux  éditions Chandeigne que je ne connaissais pas jusque là m’a attiré par son format et la texture de sa couverture.

Carré, d’une quinzaine de centimètres de côté, le papier est à la fois rêche et poudré…

Ajoutons à cela une couverture espiègle, où un petit bonhomme au chapeau rouge en accordéon sur la binette, crapahute tant bien que mal dans une galerie de glaise. À sa droite, une coquine tortue dorée, le regarde d’un air moqueur et nous invite à la suivre.

Mais les copains baroudeurs piétinent dehors en attendant gentiment que la curieuse que je suis ait assouvi son quart d’heure de flânerie littéraire : je le feuillette rapidement. Ses couleurs chaudes me rappellent l’acajou de la fameuse librairie dans laquelle je me trouve alors, les textes sont lisibles et les dessins colorés, parfois en pleine page, me donnent l’impression fabuleuse d’être une fillette face à un livre d’artiste.

Ni une ni deux, il est à moi !

Enfin, à moi à moi, pas tout à fait. Car une fois douillettement installés à une table du Majestic Café (avis aux gourmands, le trio de soupes est un régal à prix réduit !), mes compagnons de route accaparent le joyeux butin. Tant pis, je n’aurai pas le monopole de la première lecture, bien au chaud sous un sac de couchage sur le chemin du retour.

Mais je vous sens patienter, alors passons sur les éblouissants détails de voyage, afin de nous intéresser au contenu de la fameuse trouvaille.

Les premières lignes installent les personnages principaux. Le fameux petit bonhomme de la couverture, déambule la poitrine haute et fière, le profil aristocratique et hautain. L’intrigue tourne autour de sa rencontre avec l’espiègle animal à la carapace d’or que l’olibrius à chapeau croise sur sa route.


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« Il était une fois un homme absolument maître de sa volonté. Il lui arrivait parfois de se promener, seul, le long des chemins. Un jour, il vit au milieu de la route un animal dont la présence en ces lieux lui sembla saugrenue : une tortue. L’homme qui était absolument maître de sa volonté n’avait jamais vu de tortue.

Cependant, à présent, le doute n’était plus permis. Il s’approcha encore un peu. Il avait bien vu, de ses yeux vu : c’était réellement la fameuse tortue de la zoologie.

L’homme qui était absolument maître de sa volonté jubila : il tenait là une grande nouvelle à annoncer au déjeuner. Il s’empressa de rentrer chez lui.

Mais à mi-chemin, il se dit que sa famille n’allait peut-être pas y croire, à sa nouvelle, vu qu’il ne ramenait pas la tortue avec lui, et il stoppa net. Comme il était absolument maître de sa volonté, il n’aurait pas supporté que sa famille pût s’imaginer que cette histoire de tortue n’était qu’invention, aussi fit-il demi-tour.

Lorsqu’elle le vit s’approcher, la tortue, qui s’était déjà méfiée la première fois, fila dans un trou, l’air de rien. »


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Ainsi le vaillant homme s’échine à retrouver ladite bestiole. Avec son bras tout d’abord, qu’il plonge à l’aveugle dans le refuge de la bête. Puis avec un long bâton. Rien n’y fait, même pas la galerie qu’il creuse sans cesse, traversant la Terre de part en part.


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Mais derrière une petite intrigue qui pourrait sembler naïve à certains, se cachent des réflexions sur ce qui anime les hommes au jour le jour.

Sommes-nous réellement guidés par notre volonté ? Jusqu’où pouvons-nous être habités par notre orgueil ? Comment le distinguer de la curiosité propre à la découverte ?  Notre pouvoir sur ce qui nous entoure est-il une illusion ? À quel point sommes-nous aveugles face à ce qui nous entoure, mus par nos seuls désirs de réussite ?
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Le voyage loin de notre identité sociale est-il un chemin vers notre entité véritable?

L’histoire est suivie du texte en langue originale, illustré par les ébauches de dessins d’Irène Bonacina.

Dans les dernières pages, avant une courte biographie de l’auteur, cette dernière raconte son rapport à l’histoire en tant que dessinatrice :

 

« La Tortue ne s’est pas laissé illustrer si facilement.

Dès la première lecture, l’histoire m’a parlé de façon très singulière. Et pourtant lorsque je dessinais elle me résistait et semblait me glisser entre les doigts. Ma situation ressemblait à celle de ce petit homme têtu : alors que lui creusait la terre de part en part, mû par une volonté bornée, de mon côté je devais persévérer pour faire apparaître les images. Nous étions tous les deux pris dans nos aventures respectives – nous creusions. Puis j’ai dégagé le fil et trouvé le ton juste. C’était un vrai plaisir d’imaginer les paysages souterrains et les attitudes de ce personnage. Tandis que je le dessinais, je le comprenais de mieux en mieux. Comment distinguer la vraie persévérance d’une volonté trop dure et orgueilleuse ? Almada Negreiros nous questionne et nous met en garde. À travers sons sens de l’humour et de l’absurde, je suivais la trace de sa réflexion. À chacun de la percevoir et de l’entendre à sa manière. »

 

Ce livre a été pour moi une très belle découverte. Bien sûr il me rappelle un agréable voyage au Portugal entre amis, mais au-delà, la vision amusante et intemporelle qu’il propose de l’Homme me plaît.

Un poil persifleur, mais l’autodérision gonflée à bloc, ce conte est malicieusement clairvoyant. Accompagné d’une pincée de dessins taquins, le tout enrobé d’une douce écume de bienveillance, il compte parmi mes préférés. Car ce carnet héberge un petit bonhomme au chapeau melon, un petit homme un peu grotesque et ridicule… un petit bout d’humanité obstiné et attachant que nous sommes...  tous!

Et pour preuve, même Guy Delisle, dans Chroniques de Jérusalem court lui aussi après notre fameuse tortue !
Jose-de-almada-negreiros-la-tortue-08.JPGLaura Izarié, 2ème année Bibliothèques 2012-2013

 

 

 

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Published by Laura - dans jeunesse
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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 07:00

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Henry JAMES
Le Motif dans le tapis
The Figure in the Carpet
Traduit de l'anglais

par Élodie Vialleton
Actes Sud,1997



 

 

 

 

 

 

 

 

Henry James (1843-1916) est un écrivain américain (naturalisé britannique). Il a écrit de nombreux romans et nouvelles et est considéré comme une importante figure du réalisme.

Le Motif dans le tapis est une longue nouvelle publiée pour la première fois en 1896. Dès le début du livre, le lecteur est plongé dans le monde de la littérature. On y trouve un écrivain célèbre, Hugh Vereker ; un jeune et brillant critique littéraire (qui sera le narrateur du récit) ; son ami, un autre critique, George Corvick ; la fiancée de ce dernier, Gwendolen Erme et une œuvre littéraire à déchiffrer.

George Corvick charge le jeune narrateur d'écrire une critique sur le dernier livre de Vereker. L'écrivain qualifie cet article de « balivernes habituelles » (p. 16) et explique au jeune homme que personne n'a découvert son « petit propos […] cette chose bien précise pour laquelle [il a] principalement écrit [ses] livres […] une idée sans laquelle [il] n'aurai[t] jamais prouvé le moindre intérêt pour ce travail  »  (pp. 21-22). Un secret qui se dessine « comme un motif complexe dans un tapis persan » (p. 35) De ce motif, il n'a jamais voulu faire un secret, mais personne jusqu'alors n'a réussi à le trouver.

Le narrateur va donc partir à sa recherche bien que Vereker lui ait dit d'abandonner. Se joignent bientôt à lui Corvick et Gwendolen avec tout autant, sinon plus d'enthousiasme. C'est  Corvick qui, lors d'un voyage en Inde, découvre enfin la clé de l'énigme. Il meurt malheureusement sans avoir eu le temps d'écrire un article dessus, peu de temps après son mariage avec Gwendolen. À peu près au même moment, Vereker et sa femme décèdent aussi. Le narrateur se tourne alors vers Gwendolen en espérant que Corvick l'ait mise dans le secret et qu’elle lui permette d’obtenir enfin ce qu'il désire. Celle-ci est effectivement au courant mais refuse de lui dévoiler ce secret. Quelques mois plus tard, elle épouse Drayton Deane, un autre critique littéraire, mais meurt en accouchant de leur deuxième enfant. Le narrateur, en dernier espoir, se tourne vers Drayton, pensant que Gwendolen lui avait révélé le secret. Malheureusement, ce n'était pas le cas, et Drayton ignorait jusqu'à l'existence d'un motif dans l’œuvre de Vereker. Mais cette recherche semble contagieuse et Drayton aussi, après que le narrateur lui a raconté l'histoire,  se laisse contaminer.
   
L'histoire s'achève ainsi, de façon abrupte, laissant personnages et lecteurs frustrés, mais pourrait continuer jusqu'à l'infini ; la fin ne serait atteinte qu'une fois le mystère résolu. Tout au long du livre, le lecteur, entraîné dans la quête obstinée du narrateur, se demande lui aussi quel est le motif dans le tapis. La quête d'une chose qui « régit chaque ligne, sélectionne chaque mot, met le point sur chaque i, place chaque virgule. » (p. 26) mais reste néanmoins inaccessible. Une quête qui s'avère d'ailleurs plus importante que de s'interroger sur l'étrangeté de toutes ces morts successives (desquelles ne découle aucune réelle émotion dans le texte). 

À travers ces quelques pages et son style raffiné teinté de malice (Henry James ne cherche-t-il pas à nous embrouiller, nous promettre un grand secret pour au final nous laisser frustrés ?) l'auteur pose donc la question des rôles de critique et d'auteur. Tout auteur a son secret et tout critique (et lecteur) cherche à le percer. Cependant, c'est l’œuvre dans son intégralité qui constitue ce motif, et après tout, seul l'auteur peut y voir réellement le secret du tissage. Il est en effet facile d'interpréter un ouvrage, d'y voir des allusions que même l'auteur ignorait, mais il est beaucoup plus difficile d'y trouver exactement ce qu'il a réellement voulu dire, son véritable secret. Finalement, ne vaut-il pas mieux ressentir l’œuvre sans chercher à trouver de trésor enfoui ni communiquer par des mots son essence ? À moins que vous ne préfériez vous enliser dans une quête obstinée sans espoir...


Sophia, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

Henry JAMES sur LITTEXPRESS

 

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 Articles de Chloé sur Histoires de fantômes et de Fany sur Sir Edmund Orme

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 07:00

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Alexandre ROMANÈS
Un peuple de promeneurs
Gallimard
Collection Blanche, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Alexandre Romanès est plus connu pour sa fonction de directeur de cirque. Il a grandi dans une famille de circassiens. Son grand-père parcourait les routes avec son ours et ses trois femmes. Puis il acheta un lion et quelques tigres, cette ménagerie devint le cirque Bouglione. Une scission dans la famille fit naître le cirque Firmin Bouglione.

 

Firmin est le père d'Alexandre Romanès. En 1994, déçu par la tournure que prend le cirque Bouglione, Alexandre Romanès crée, avec sa première femme, Lydie Dattas, le cirque Lydia Bouglione qui deviendra le cirque Romanès et le premier cirque tzigane d'Europe. Enfant de la balle, Alexandre Romanès s'est détaché du cirque familial lorsqu'il avait vingt ans. Il suffoquait dans cette famille. Il vivote alors en faisant de petits numéros d'acrobatie dans les rues de Paris. C'est sa rencontre avec Délia qui lui donnera l'envie de renouer avec le monde du cirque et de la famille. Naît alors le cirque Romanès. Aujourd'hui mondialement connu, les Romanès ont représenté la France à l'exposition universelle de Shangaï en Chine.

Le fait que le cirque Romanès représente la France à l'exposition universelle est paradoxal. D'un côté le gouvernement français de l'époque stigmatise les populations gitanes, de l'autre les représentants de la France sont, justement, des gitans. Alexandre Romanès n'hésite pas à intervenir dans les journaux qui lui offrent un espace de parole. Il le fait pour dénoncer le traitement du gouvernement envers les tziganes. Il juge la politique d’alors, et plus particulièrement celle de Nicolas Sarkozy, inhumaine et cruelle.

Alexandre Romanès a publié trois recueils de poèmes dans la collection Blanche chez Gallimard depuis 2004 : Paroles perdues, Sur l'épaule de l'ange et Un peuple de promeneurs.

 

Le recueil de poèmes : Un peuple de promeneurs

La structure de l'oeuvre

L'ouvrage est sous titré « Histoires tziganes » ; en effet, les poèmes ont pour thème les tziganes. Il regroupe des anecdotes du quotidien et des phrases relevées par Alexandre Romanès au cours de sa vie.

Le recueil est divisée en deux parties respectivement nommées : Un peuple de promeneurs et Tziganes de Roumanie. Mais nous ne notons pas de rupture thématique entre la première et la deuxième partie.
 

L'écriture d'Alexandre Romanès

Les poèmes sont écrits en prose. Ils sont courts. La brièveté accentue l'humour de l'auteur. Les poèmes font sourire, parfois rire. L'auteur est incisif. Ses textes ne sont pas peuplés de descriptions. Les dialogues rapportés par l'auteur rythment les poèmes et font entrer en scène de nombreux personnages. Le récit accompagne la poésie et nous entrons dans la vie du poète circassien.

Par ailleurs, ses origines gitanes ont orienté sa vie dans une lutte perpétuelle contre les gouvernements et les hautes instances. Elles veulent forcer les gitans d'Europe à la sédentarité. Il évoque les histoires des vieilles gitanes qui ont accompagné son enfance, les rencontres avec les femmes, la famille.

 

Une philosophie du quotidien

Le poète nous fait entrer dans le quotidien des gitans. Leurs habitudes, leurs coutumes. Il décrit, par exemple, l'entrée des gitans dans un café. Ils y commandent un rhum. Ce n'est pas pour le boire mais pour se frictionner les mains. De même, il nous confie les réflexions d'une vieille gitane :

 

« Une vieille Gitane.

Elle connaît très bien la médecine gitane :

"Quand on voit ce qu'on donne à boire et à manger dans les hôpitaux, on peut se demander ce que les élèves en médecine apprennent dans leur école.

Apparemment ils ne savent pas qu'il y a des aliments naturels  qui guérissent mieux que les médicaments." » (p. 36).

 

 Le nomadisme comme mode de vie est souvent évoqué par le poète. Il est, pour lui, indissociable de la culture gitane. Cet aspect de leur culture est aussi le sujet de discorde entre  gouvernements européens et peuples gitans.

La famille tient une place importante dans le recueil. L'auteur nous livre les pensées et les dires de ses filles, sa femme et  de ses fils. À travers leurs gestes nous entrons dans la culture gitane :

 

 « Ma fille Alexandra.

Comme dans toutes les familles gitanes, on ne lui a jamais donné de jouets.

Une vieille dame lui apporte une poupée magnifique.

Elle la regarde, la prend par une jambe et la jette dans la boue.

Je regarde ma fille avec admiration. »

 

 Les valeurs véhiculées par la culture tzigane sont loin des valeurs occidentales, des sédentaires. Le matérialisme qui caractérise les peuples sédentaires, avec l'achat de maison, de mobilier, de livres et d'objets en tous genres est éloigné du modèle des tziganes.
 

Un puritanisme « à la gitane »

 S'il y a bien un personnage important dans la culture tzigane, c'est Dieu. Les tziganes pratiquent la religion chrétienne. Dieu est omniprésent. Cependant les gitans cultivent d'autres valeurs que les chrétiens sédentaires. Les préceptes véhiculés par cette religion monothéiste se sont mêlés à la culture orale. Ainsi la lecture de la Bible est empreinte de leur culture. Les gitans tutoient Dieu, ce qui en fait, dans un sens, un personnage désacralisé :

 

« Marius :

"Dieu, je t'en prie, oublie-moi un peu." »

 

Les valeurs ont été modifiées, le vol est signe de puissance dans la communauté gitane :

 

 « Délia :

"Cet imbécile d'Alberto !

Il en a tant fait que Dorina l'a quitté.

Il n'a pas fini de le regretter.

Elle avait toutes les qualités :

propre, courageuse, fidèle...

Et quelle voleuse !" »

 

Celui qui vole ne semble pas se souvenir que c'est un péché aux yeux de Dieu :

 

« Une riche famille gitane

se fait kidnapper un fils de quinze ans.

La rançon s'élève à un million de francs.

Elle paie, le garçon est libéré.

Six mois plus tard, il est à nouveau enlevé ...

Tout le monde comprend :

c'est le fils qui se kidnappe tout seul. »

 

Les gitans entretiennent un rapport particulier à l'argent. En effet, aucun n'aspire aux richesses matérielles des Européens et pourtant l'argent revient partout dans les conversations.

La lucidité des hommes est mise en avant par les poèmes d'Alexandre Romanès . Le rapport à l'éducation et à l'école est soulevé dans ce poème :

« Un vieux Gitan :

"Tout le monde dit :

"L'intelligence n'a rien à voir avec les diplômes";

mais tout le monde ment,

car personne ne le pense." » (p. 49)

 

La fréquentation des gadjos comme sont appelés les sédentaires a fait naître ces réflexions qui reflètent la réalité du le monde d'aujourd'hui.

 

Un monde de préjugés

Il est difficile pour les tziganes d'exister alors que toutes les autorités leur interdisent de voyager, d'élever un campement. La loi Besson qui oblige les communes de plus de 5 000 habitants à mettre à disposition des gitans une ou plusieurs aires d'accueil est peu respectée. De plus, la polémique autour des « roms »  que la France a connue sous le gouvernement précédent a aggravé la situation précaire des familles nomades. Alexandre Romanès souligne le sentiment de peur et d'acharnement des juges européens à l'égard des tziganes :

 « Être gitan,

C'est aller en prison plus vite qu'un autre. »

L’injustice des jugements assénés par les tribunaux est évoqué dans ce poème (p. 27)

« Marius :

"Le juge m'a envoyé une lettre,

c'est écrit : "non coupable".

C'est bien la première fois que ça m'arrive. » (p. 27)

Par ailleurs, le poète insiste sur la mauvaise foi, caractéristique générale des hommes.

Nous entrons aussi, en lisant ce recueil, dans les réflexions de Jean Genet. En effet, Jean Genet a été un ami proche de l'auteur. Sa première femme, Lydie Dattas, dirige l'introduction de l'ouvrage dans  laquelle elle fait l'éloge de l'auteur. Elle le compare aux grands maîtres soufis, capables d'apprivoiser les fauves.

Jean Grojean a aussi été un des poètes qu’a fréquentés l'auteur et il est cité à plusieurs reprises dans le recueil. 

La figure du gitan peut rappeler le poème « Le Vieux saltimbanque » des Petits Poèmes en prose. Dans le dernier paragraphe du poème de Charles Baudelaire le saltimbanque est la représentation de l'homme de lettres donc le poète. C'est lui qui apporte la joie au sédentaire, c'est lui qui offre son univers à l'homme qui ne bouge pas , ne voyage pas.



En conclusion nous pouvons déclarer qu'Alexandre Romanès offre à lire son petit bout d'humanité nomade, il nous ouvre les portes des tziganes d'Europe. En entrant dans ce recueil, nous comprenons que le peuple tzigane est encore en lutte. Le combat se joue entre eux et les autorités des sédentaires qui n'acceptent pas la liberté qu'ils ont choisie et veulentt imposer leur vision du nomadisme. La situation de ces tziganes pourraient être exposée comme un constat pourtant l'humour de l'homme adoucit la réflexion.

 
Xénie, 1ère année édition-librairie
 

Pour aller plus loin

 Article publié sur Médiapart le 05 mai 2012 :

 http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050512/je-prefere-les-roses-la-patrie

 
Article publié sur le site du Monde

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/17/il-faut-nous-laisser-reprendre-la-route-alexandre-romanes-ecrivain-musicien-et-directeur-de-cirque_1768957_3224.html

 


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Published by Xénie - dans Poésie
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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 07:00

Jonathan-Henault-Lettres-a-ma-future-ex-01.jpg






 

 

 

 

Jonathan HÉNAULT
Lettres à ma future ex :

Auto-friction d’un misogénie
éditions Bijoux de famille, 2013






 

 

 

 

 

 
J’ai découvert au hasard d’une balade dans les allées de l’Escale du Livre Lettres à ma future ex : Auto-friction d’un misogénie, un bouquin rose avec une couverture cartonnée simplissime aux éditions Bijoux de famille. En levant les yeux j’ai découvert l’auteur de ce petit bijou : Jonathan Hénault. Qui est-il ?

Il est né en 1981 dans le Béarn. Aujourd’hui il habite Bordeaux. Est-il seulement un auteur ? Non ! Il se décrit comme un « journaliste pratiquant, professeur communicant, écrivain laborieux, il est l’homme par qui le scandale arrive, mais en rampant ».

Maintenant occupons nous de savoir ce qu’il y a derrière le titre Lettres à ma future ex. Un roman épistolaire ? Point du tout ou pas vraiment. Ce livre est inclassable, incasable. Il est formé de 6 chapitres :

 

– Où l’auteur tente de convaincre l’innocent lecteur qu’il est certes un garçon un peu brutal, mais gentil, quand même.

– Où l’auteur doit bien avouer après réflexion qu’il peut difficilement encore prétendre être un garçon gentil.

– Où l’auteur commence à remettre en question sa capacité à être gentil, et conséquemment, heureux.

– Où l’auteur se rend compte abruptement qu’être gentil ne suffit pas toujours pour être heureux.

– Où l’auteur pense entrevoir une trouée de bonheur et s’y engouffre avec l’appétit du gentil débutant.

– Où l’auteur tente de convaincre le lecteur averti qu’il est certes devenu un garçon très gentil, mais que tout ça est un peu brutal, quand même.

 

 Ces chapitres sont précédés de : Avertissement en vestibule. Et suivis de : Autopsie de l’auto-friction. Qu’y a-t-il dans ce livre ? C’est simple : s’y mélangent des lettres, des poèmes, des chansons, de l’écriture à la première personne, à la troisième…

Que nous raconte donc cet ensemble de textes ? Une histoire simple, l’histoire d’un homme : Nathanaël Jo Hunt qui ressemble fort à l’auteur, d’après ce dernier : « Nathanaël Jo Hunt, c’est moi, et ce n’est pas moi ». Qu’arrive-t-il à notre héros ? Une chose assez classique, suite à une rupture avec une femme à qui il tenait : la n°1, il n’arrive plus à avoir une relation amoureuse normale et est sorti depuis avec la n°2, 3, 4, 5, […], 63, 64, 65, 66 : des brunes, des blondes, des rousses, des étrangères, des femmes mariées… avec qui il rompt, les unes après les autres. Jusqu’à la soixante-septième dont il tombe amoureux, c’est la bonne, il l’a dans la peau. Mais malheureusement elle, même si elle l’aime bien, ne ressent pas la même chose.
 


Maintenant parlons un peu de son écriture qui au contraire de l’histoire constitue l’originalité du livre. Tout d’abord, ce qui se rapporte au titre du livre, il rompt avec toutes ces filles non pas par texto mais par lettres. Et chacune de ces lettres présente une spécificité, un thème particulier. Par exemple nous avons le lettre de licenciement, la métaphore du train, celle de l’automobile, le vocabulaire hippique, celui des fleurs… Et chacune des zones du nom et de l’adresse correspond au ton de la lettre ; ainsi pour la lettre de licenciement nous avons :

 

« M. Hunt 3, Rue de la Période d’Essai 33000 Bordeaux et Melle R. Service des Amantes Déchues 5, Rue de la Promotion Canapé 33000 Bordeaux »

 

ou alors pour la lettre sur le langage SMS nous avons :

 

« M. Hunt 3, Rue de la Pierre de Rosette 33000 Bordeaux et Melle Mdr Ru du Daikodaje 33800 Lol-Sur-Mer ».

 

Ensuite on peut dire que Jonathan Hénault affectionne tout particulièrement le jeu de mots par exemple : « vivre à mes crochets, mais ça contrastait pas mal avec mes rêves de Peter Pan » ou alors «  Tu me permets, Woody, et j’espère qu’après ça tu ne l’auras pas mauvaise, Allen, de reprendre ta phrase à mon compte » . Puis, l’auteur aime jouer avec les mots, il crée notamment des mots valises ; ainsi on trouve : «  C’est du vécul, du déjà vulve, du rabalécher la pointe de leurs seins » ou alors « popcornichon » ou encore « anicruche ». On peut également remarquer le nombre de référence en tous genres que l’on peut trouver dans le livre ; cela va de Boris Vian à Hieronymus Bosch en passant par Jean Pierre Foucault ou Karl Kraus.

On peut noter aussi que l’écrivain aime jouer avec les rythmes et les sonorités ; on trouve ainsi de nombreuses allitérations. Par exemple : « Redoutable Redoute » ; « Il est dur ce D. Désinvolte. Détestable. Dommageable. Difficile à contourner. » De plus, pour accélérer le rythme, l’auteur fait de nombreuses énumérations : «  Intellectuel anarchisant, misanthrope grognon, élitiste emmerdeur, Calimero cynique et fort en gueule » ou alors « de Barbie Pouffiasse, de Barbie Suicide, de Barbie Intello, de Barbie Frigide, de Barbie Gamine, de Barbie Barbante ». Toujours dans cette idée de rythme on trouve dans le texte des passages entiers où les phrases sont composées seulement de quelques mots voire d’un seul. On peut citer : «  07h18.  Debout.  Chambre. Cuisine. Chambranle. Aïe. Café. Placard. Sucre. Pénurie. Stupide. Tant pis. Salle de bains. Miroir. Aïe. » Ou alors « Ego. Oim. Moi. » Enfin Jonathan Hénault utilise régulièrement des mots ou expressions de la langue anglaise : « confused », « over », « lover ».

Pour conclure, on peut dire qu’à la fin on ne sait jamais ce qui est de Jonathan ou de Nathanaël. Mais on peut dire que ce livre est un petit bijou pour les amoureux de la langue et que les Bordelais pourront reconnaître tous leur lieux préférés. Personnellement j’ai adoré, j’ai pu rire et grincer des dents sur le cynisme ambiant. Je le recommande vivement.


Nymphéa, 2ème année bibliothèques 2012-2013


Liens

Bijoux de famille facebook https://www.facebook.com/Editionsbijouxdefamille

Bijoux de famille, le site :

http://www.editionsbijouxdefamille.gandi-sitemaker.net/#/les-bijoux-de-famille/3885929

 

 

 


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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 07:00

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Boulet et Pénélope Bagieu
La Page blanche
Delcourt/Mirages, 2012
Le livre de poche, 2013



 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Gilles Roussel alias Boulet est né en 1975 ; c’est un auteur de bande dessinée français, blogueur depuis 2004 (www.bouletcorp.com) qui a fait des études aux Arts décoratifs de Strasbourg dont il sort diplômé en 2000.

Entre 1998 et 2001, il participe au magazine de Zep Tchô ! En 2008, les dessins de son blog sont publiés chez Delcourt sous le titre Notes.

Pénélope Bagieu est née en 1982, c’est une illustratrice et dessinatrice de bande dessinée française elle aussi blogueuse : Ma vie est tout à fait fascinante (http://www.penelope-jolicoeur.com/).

Elle entre à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris dont elle sort diplômée en 2006. Elle s’illustre par diverses façons d’exercer son art comme participer à une campagne de communication pour la marque de surgelés Marie ou encore créer un personnage, Charlotte, pour le lancement du magazine people Oops.

Elle publie en 2008 le premier volume de Joséphine, son personnage récurrent, et en 2010 Cadavre exquis, sa première nouvelle graphique.



L’ouvrage

La Page blanche dont le dessin et la couleur sont de Pénélope Bagieu et le scénario de Boulet raconte la quête d’identité d’une jeune femme amnésique qui tente de retrouver les composantes qui façonnent sa vie. Qui est-elle ? Une question sociale et philosophique essentielle, abordée avec brio et humour par le duo Boulet-Bagieu, issu de la blogosphère.

Eloïse Pinson ne se souvient pas de son nom ni de son passé : « J’étais sur ce banc, parfaitement réveillée, et je me suis dit : "Alors… où j’en étais ?" Et là… ». Elle a tout oublié la concernant excepté le monde extérieur ; elle réussit donc à prendre le métro pour rentrer chez elle mais a oublié son digicode, l'emplacement de son appartement. Que va-t-elle trouver une fois rentrée ?

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En ouvrant l’album, on se trouve face à cette fille, assise toute seule sur un banc dans Paris, le regard perdu. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Elle a tout oublié. L’empathie pour le personnage principal est à peu près immédiate.

Petit à petit, Éloïse va donc creuser, chercher des indices, le moindre petit truc qui pourrait la faire avancer, lui permettre de recoller les morceaux. Son boulot, ses collègues, sa famille, son enfance. Mais il reste toujours des trous. Et puis la cause de tout ça ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Éloïse ne peut pas empêcher de laisser échapper son imagination, ce qui donne lieu à des interludes particulièrement bien fichus qui ponctuent la narration de La Page blanche.
  
Boulet-Bagieu-La-page-blanche-03.jpgBoulet-Bagieu-La-page-blanche-04.jpg

 

 

Critique

Ça commence comme un thriller de proximité. La problématique de l’amnésie qui nous est immédiatement livrée happe d’autant plus facilement le lecteur, que le dessin signé Pénélope Bagieu est limpide et hyper lisible. On comprend très vite que la démarche des deux auteurs n’est pas précisément le thriller… À travers la perte de mémoire d’Eloïse, Boulet nous interroge sur ce qui forge vraiment notre personnalité. Est-ce la propriété du dernier bouquin de Marc Levy que tout le monde achète parce que… tout le monde l’achète ? Le parcours qu’Eloïse effectue sur elle-même est idéalement rythmé en chapitres, au fil de sa progression, de ses questions existentielles, de sa reconstruction sociale, de ses décisions. La Page blanche, c’est cet instant de l’oubli qui se transforme en recommencement. C’est aussi un peu cette seconde chance d’une quête de soi par l’oubli de soi.

Cependant un élément de l’histoire a souvent déplu, voire ulcéré une partie du lectorat : un léger côté critique sociale, sur la vacuité d’un certain mode de vie, l’uniformisation des individus. Et surtout la désespérance inspirée par les supermarchés de la culture type FNAC ou Cultura à côté des librairies indépendantes forcément géniales qui peuvent gêner un lecteur qui, dans la plupart des cas aura justement acheté cet album en tête de gondole à la FNAC.



Que se passe-t-il donc chez cette jeune femme à l’existence apparemment banale et sans problèmes ? C’est justement peut-être la clé du mystère….

Boulet-Bagieu-La-page-blanche-05.jpg

 

Nathalie, AS bibliothèques-médiathèques 2012-2013

 

 

 

BOULET et Pénélope BAGIEU sur LITTEXPRESS

 

boulet notes 1

 

 

 

 

 

Entretien avec Boulet. Propos recueillis par Coralie.

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Mélanie sur Ma vie est tout à fait fascinante.

 

 

 

 

 

 

 


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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 07:00

Roy-Lewis-Pourquoi-j-ai-mange-mon-pere.gif



 

 

 

Roy LEWIS
Pourquoi j’ai mangé mon père
Titre original

The Evolution Man
Première publication : 1960
sous le titre de What We Did to Father
Traduit de l'anglais

par Rita Barisse et Vercors.
Actes Sud, 1990
Babel, 1999
Pocket, 1991, 1994, 2011
Magnard, 2011

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Roy Lewis est né en 1913 en Angleterre. Après une formation en sociologie, il est devenu journaliste et sociologue spécialiste en économie. Il a notamment travaillé pour The Economist et le Times. Il s’est intéressé à l’anthropologie et aux origines de l’espèce humaine, ce qui lui a inspiré ce roman qu’il a écrit en 1960. Il est mort à Londres en 1996.



Résumé

Ernest, le narrateur, est un pithécanthrope vivant dans le pléistocène moyen. Autrement dit, c’est un homme préhistorique d’Afrique, d’Ouganda précisément, où il vit avec toute sa famille dans une caverne.

Édouard, le père d’Ernest, est un grand inventeur. Dans la période préhistorique, être un inventeur signifie refuser de vivre dans les arbres, devenir omnivore, se mettre sur ses pattes arrière afin de mieux chasser dans la prairie… Mais surtout, Edouard apporte à sa famille de quoi gagner tout le confort nécessaire à l’aménagement de la caverne et une protection contre les bêtes en tout genre installées sur le même territoire qu’eux : le feu.

Roy Lewis ramène tous le progrès marquants de cette lointaine époque à une seule génération. Ernest et sa famille découvrent le feu, les armes de bois que l’on rend solides à la chaleur de la flamme, la cuisson des aliments qui deviennent faciles à manger, l’art figuratif… Édouard pousse ses fils dans une course au progrès toujours plus obsessionnelle, dans un objectif, voir la fin du pléistocène avant sa mort :

 

« Les temps ont changé, dit père. Ou plutôt, se reprit-il, ils n’ont pas changé, voilà le malheur ! Nous sommes plus en retard que je n’imaginais. Nous n’allons pas éternellement poireauter comme des contemporains de l’hipparion ! Non, ça ne peut plus aller, en tant qu’espèce nous sommes stagnants, c’est la mort. Nous avons du feu, mais nous ne savons pas le fabriquer. Nous tuons la viande, mais nous perdons notre temps à la mastiquer.  Nous avons des lances trempées au feu, mais la portée n’en dépasse pas cinquante mètres… » (p. 85).

 

Mais Édouard rencontre beaucoup de récalcitrants au progrès autour de lui. En particulier en la personne de son frère Vania, cantonné dans sa position de végétarien vivant dans les arbres, qui aime néanmoins profiter d’un bon feu les jours de pluie et manger de bons repas de carnivore, n’en déplaise à ses intestins d’herbivore.

Et puis Édouard veut que tous profitent des ses avancées, sa famille comme les meutes alentour, pour pouvoir enfin sortir du pléistocène. Mais il en demande trop, veut avancer trop vite, et provoque un immense incendie qui brûle toute la végétation et fait fuir la faune à travers l’isthme de Suez, laissant la meute sans aucun moyen de subsistance.  Demander à ses fils de donner le feu gratuitement aux autres tribus, par pur altruisme, dépasse les limites pour ses enfants, déjà échaudés par ce terrible accident. Ainsi survient le premier parricide de l’humanité juste après qu’Édouard a mis au point une nouvelle arme de pointe, merveilleuse pour la chasse, qu’il a nommée « arc ». 



Langage et humour

Ce qui marque à la lecture de ce roman, c’est en premier lieu la langue utilisée, dans la narration comme dans les dialogues. Ces pithécanthropes pas encore sortis de leurs cavernes, s’expriment avec un vocabulaire extrêmement riche et dans une syntaxe parfaitement maîtrisée… et totalement anachronique. 

Ce langage très riche, ajouté aux prénoms  des personnages du roman (pour n’en citer que quelques-uns : Hedwige, Griselda, Ian, Oswald, ou encore Gudule), donne un ton très décalé au livre, et un pouvoir comique indéniable, d’autant plus remarquable que le livre regorge de bons mots.
 
Les pithécanthropes ont parfaitement conscience de leur évolution en cours et Édouard, lancé dans cette course au progrès, semble un personnage tout à fait contemporain. 



Une organisation moderne.

Le ton décalé et original de ce roman lui est également conféré par toutes les petites obsessions des personnages, qui pourrait être parfaitement replacées de nos jours.

Dans cette famille les rôles des hommes et des femmes, par exemple, sont distribués exactement de la même manière qu’ils pouvaient l’être au XXème siècle : les femmes sont au foyer, elles cuisinent (c’est Hedwige, la mère de famille, qui découvre la cuisson des aliments… inspirée par l’odeur alléchante du pied de l’oncle Vania lorsqu’il se brûle sur une braise incandescente), et s’occupent des petits en bas âge.  Les hommes quand à eux cherchent à progresser sans cesse, taillent le silex, partent à la chasse, ramènent à manger…Chacun a un rôle bien spécifique, un talent particulier qui s’avère indispensable à l’évolution de l’humanité, et qui peut également être rapproché de beaucoup de familles contemporaines.



Une histoire de clivage entre progressistes et conservateurs.

Édouard s’est lancé dans une course effrénée au progrès dans le but d’évoluer rapidement, et rencontre l’hostilité de son frère Vania. Ce roman est donc aussi l’histoire du conflit entre ceux qui se satisfont de ce qu’ils ont et ceux qui veulent aller toujours plus loin.

De prime abord, les avancées d’Edouard semblent bénéfiques à tous, même  Vania bien qu’il répète sans cesse : back to the trees ! Pourtant ces avancées vont parfois trop loin. Des brûlures en série à un gigantesque incendie il n’y a qu’un pas, et la maîtrise du feu encore toute relative ne permet pas de lutter contre ce mal qui apporte la désolation et conduit à l’exode de cette famille pourtant bien installée. C’est d’ailleurs avec une arme qu’Edouard vient tout juste d’inventer qu’Ernest tue son père.

Le progrès demande sacrifices et efforts que l’oncle Vania refuse de fournir, parce qu’une évolution trop rapide lui semble contre nature. Ce clivage donne lieu à un certain nombre de disputes qui jalonnent le livre. Par exemple page 53 :

 

« – Eh oui, cette fois tu as passé les bornes Edouard ! rabâchait oncle Vania tout en mastiquant à belles dents une épaule de cheval, le dos au feu.
 
– Tu l’as déjà dit, fit remarquer père qui, lui, s’attaquait à une côte de bœuf dans le filet. Qu’est-ce qui ne va pas avec le progrès, je voudrais le savoir ?
 
– Progrès, progrès, c’est toi qui  lui donnes ce nom, dit oncle Vania. Par-dessus son épaule il jeta dans le foyer un cartilage définitivement incomestible. Moi j’appelle ça de la rébellion. Aucun animal n’a jamais été conçu dans le but de dérober le feu au sommet des montagnes. Tu as transgressé les lois établies par la nature. Oswald, passe-moi un morceau d’antilope, j’en prendrai volontiers.

– Moi je vois la chose au contraire comme un pas en avant, persistait père.  Peut-être un pas décisif. Évolution n’est pas révolution. Pourquoi serait-ce de la rébellion ? »

Ce conflit serait-il à replacer dans une situation contemporaine ? Quand le progrès a eu des effets si nocifs et irrémédiables ? Beaucoup ont rapproché l’immense incendie de la bombe atomique et de son utilisation à Hiroshima et Nagasaki. Cette course infinie au progrès semble être celle de toute l’humanité, à la fois sa spécificité et son plus grand mal. L’homme lutte sans cesse contre la spécialisation qui signifierait sa mort, tout comme de nos jours les entreprises pour croître diversifient leur champ d’activité. Pourtant le progrès ne signifierait-il pas à terme la fin de l’humanité lui aussi ?



Un péché originel chez les pithécanthropes ?

À la lecture de ce livre, j’ai cru voir se dessiner un récit qui tiendrait presque du texte biblique en parallèle de cette histoire venant tout droit de la théorie de l’évolution. Certains éléments semblent en effet rappeler la chute d’Adam et Ève.

En tout premier lieu la famille d’Ernest descend des arbres, que Vania nomme d’ailleurs « l’Éden ». Puis, en arrivant dans la plaine, ils connaissent les chasses infructueuses et la supériorité des animaux. Leur vie devient de plus en plus difficile, ils doivent chasser pour se nourrir, n’ont plus rien à portée de main.

Avec le début de l’exogamie et la rencontre avec la famille de Griselda, la femme d’Ernest, les pithécanthropes apprennent à se cacher sous des fourrures.

Ainsi,  certains événements de ce récit semble se rapprocher d’un récit biblique, jusqu’à aboutir au premier parricide de l’humanité qui pourrait faire penser au meurtre d’Abel par Caïn, premier fratricide de l’histoire dans l’Ancien Testament.



Conclusion

Ce roman, outre son aspect comique, est bien construit et très riche. C’est une lecture tout aussi instructive qu’agréable.


Juliette, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 


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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 07:00

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Ken FOLLETT
Le Siècle, vol. 2
L'Hiver du monde
Titre original
Winter of the World (2012)
Traduction
Dominique Haas
Odile Demange
 Jean-Daniel Brèque
Robert Laffont, 2012



 

 

 

 

 

L’auteur

Ken Follett est un auteur gallois issu d’un milieu modeste. Jeune, il appréciait les histoires que lui racontait sa mère, mais très tôt son imagination devient pour lui source de divertissement.

Il est l'auteur de best-sellers et de thrillers d'espionnage très appréciés, tels que Le Scandale Modigliani, son premier roman, ou Le Troisième Jumeau. Cependant ce sont ses romans historiques qui lui ont apporté la notoriété et notamment la saga Les Piliers de la terre, où l’on suit la construction des cathédrales de manière romancée. Certains de ses romans ont eu un tel succès qu’ils ont été transposés au cinéma ou à la télévision.



Résumé

L’Hiver du monde est le deuxième tome de la trilogie Le Siècle, débutée en 2010 par le tome La Chute des géants, qui aborde les points historiques les plus importants de 1911 à 1920. Le deuxième volet se déroule de 1933 à 1949.

Dans ce deuxième volet, on retrouve les enfants des personnages principaux de La Chute des géants. Ainsi, Carla et Erik von Ulrich sont de jeunes Allemands, enfants de Maud et Walter. Erik s’intéresse très vite au nazisme, il affirme que la race aryenne est supérieure aux autres et s’engage dans les jeunesses hitlériennes malgré l’opposition de ses parents. Sa sœur Carla est son opposé puisqu’elle s’engage dans la Résistance pendant la guerre. Il y a également un jeune Russe, Volodia, qui travaille pour les renseignements russes mais se rend peu à peu compte que le système soviétique n’est pas le meilleur. Aux États-Unis, on suit les frères Dewar, fils d’un sénateur : l’un s’engage dans la marine et l’autre dans la politique. La jeune Américaine Daisy part, elle, pour l’Angleterre où elle se marie avec Boy Fitzherbert, un aristocrate fasciste. Elle divorce finalement pour s’unir à Lloyd Williams, le demi-frère de Boy qui, lui, est issu d’un milieu modeste et appartient au parti travailliste. Chacun de ces personnages, issu de l’imagination de l’auteur, va avoir un rôle plus ou moins important dans l’histoire et surtout dans le dénouement de la Seconde Guerre mondiale. Ils vont également parfois se rencontrer ou se croiser.



Les différentes parties de l’œuvre

Ce roman est scindé en trois parties : la première met en place tous les personnages et concerne toute la période d’avant-guerre. Elle finit au début de la guerre, par cette phrase extraite du discours du 3 septembre 1939 de Chamberlain, le premier ministre britannique : « notre pays est en guerre avec l’Allemagne ». La deuxième partie débute en avril 1940 et se termine après le lancement des deux bombes atomiques au Japon. Pour finir, la dernière partie traite de la façon dont les Soviétiques se sont procuré la bombe atomique, ainsi que de la mise au point de cette arme.



L’écriture

Ken Follett a commencé sa carrière en tant que journaliste, avant de se lancer dans l’écriture de romans. Cela se ressent dans l’écriture de ceux-ci car il nous donne des descriptions détaillées des scènes et des personnages, mais il nous rappelle également qui ils sont et d’où ils viennent, au fur et à mesure des pages. Ainsi, cela facilite la lecture car on ne se perd pas entre les différents personnages. Pourtant, le fait que les descriptions soient minutieuses ne ralentit pas l’histoire et n’ennuie pas le lecteur, car elles permettent de mieux comprendre la psychologie des personnages, ou les enjeux de tel ou tel acte…

L’écriture y est également crue. En effet, Ken Follett décrit sans aucun ménagement la torture que subit un homme abandonné à des chiens affamés pour avoir commis le crime d’être homosexuel, ou le viol d’une jeune femme par cinq soldats de l’armée russe, à la Libération.

De plus, dans ce roman, le temps passe très vite. L’auteur a choisi d’introduire des ellipses temporelles. Ainsi la jeune femme évoquée précédemment découvre qu’elle est enceinte et deux pages plus loin le bébé naît. Cela permet de dynamiser le récit, d’accélérer certaines descriptions, le plus souvent. Mais parfois, les descriptions sont précises :

 

« Mutter prenait son temps. Elle avait choisi un feutre bleu foncé, de forme ronde avec un bord étroit, comme en portaient toutes les femmes ; mais elle inclinait le sien selon un angle particulier, qui lui donnait un chic fou. »

 

On voit également l’important travail de recherche fourni par l’auteur. En effet ici il a recherché les habits portés par les femmes de cette époque, mais il a également fait d’indispensables recherches avec des historiens, pour mêler avec justesse des événements historiques réellement survenus et des faits relevant du fictif.

 

Personnages

Les personnages mis en scène dans L’Hiver du monde sont les descendants de ceux que l’on côtoyait dans le premier tome. L’auteur met en scène une multitude de personnages qui lui permettent d’aborder les différents points de vue, les différents enjeux de cette période historique.

Certains personnages sont complexes ; ainsi Erik est en adoration devant les nazis, il s’engage volontairement dans les Jeunesses hitlériennes puis, à l’armée, il découvre le vrai visage du nazisme et souhaite le détruire. À la fin de la guerre et suite à l’occupation d’une partie de la ville de Berlin, il découvre le communisme qu’il rejoint assez rapidement, malgré une propagande semblable à celle du parti du Führer. Cet exemple montre qu’au sein même des familles existaient des divergences d’opinion, car la sœur de ce jeune Allemand s’était engagée dans la résistance. Cette famille est donc divisée :

 

« Les nazis détestaient les communistes, mais après tout, son père et sa mère ne les aimaient pas non plus. Les nazis haïssaient aussi les Juifs. Et après ? Les von Ulrich n’étaient pas juifs, alors qu’est-ce que ça pouvait bien faire. Pourquoi Vater et Mutter refusaient-ils obstinément de participer au mouvement ? Erik en avait assez d’être tenu à l’écart, alors il avait décidé de passer outre. » [Erik, après s’être engagé dans les jeunesses hitlériennes].

 

 

 

Avis personnel

Si j’ai choisi de présenter ce roman, c’est qu’il m’a énormément plu et je voulais le partager. J’avais également fortement apprécié le premier tome, étant passionnée d’histoire. En effet, dès les premières pages l’auteur nous entraîne dans cette période de 1933 à 1949 et l’on ne peut décrocher de ce roman, tant le suspense y a une place importante. Ken Follett a donc atteint son objectif, à savoir accrocher le lecteur à chaque page.

L’auteur sait également nous toucher avec divers sentiments : tristesse et peur avec et pour les personnages, mais aussi joie. Je trouve cependant que la violence est plus importante que dans La Chute des géants, ou du moins elle y est différente. En effet, ici, la souffrance est plus souvent physique, notamment avec des scènes de torture, alors que dans le premier tome, la souffrance morale était fréquente, particulièrement pour les soldats dans les tranchées. L’auteur ne nous ménage pas et détaille précisément certains faits :

 

« Sa voix était si basse qu’elles l’entendirent à peine. "Nous les tuons."

Carla avait le souffle court et les mots franchirent difficilement ses lèvres : "À l’hôpital ?"

Ilse hocha la tête. "Ces pauvres gens qui arrivent dans les autocars gris. Des enfants, parfois des bébés, et puis des vieux, des grands-mères. Ils sont tous plus ou moins infirmes. Certains sont affreux à regarder, ils bavent, ils font sous eux, mais ils n’y peuvent rien. D’autres sont adorables et complètement inoffensifs. Peu importe... nous les tuons, tous.

— Comment faites-vous ?

— Une injection d’un mélange de morphine et de scopolamine." » [Dialogue entre Carla et une infirmière].

 

 

 

Selon moi, ce roman est une approche pour apprendre les différentes périodes de l’histoire et leurs enjeux tout en restant ludique, et une échappatoire, un moyen de s’évader. En effet l’un des défis de l’auteur était de ne pas faire de leçon d’histoire comme on peut en recevoir à l’école et selon moi il le relève très bien. De plus, le sujet de la Seconde Guerre mondiale a déjà été traité par une multitude d’écrivains, il ne fallait donc pas que ce soit redondant. Je trouve également intéressant que l’on voie un même événement dans les différents pays simultanément. Ainsi on voit l’implication politique de chaque pays, avec notamment l’espionnage comme le montre ce dialogue entre deux Américains :

 

« La bombe [atomique] russe était une réplique de Fat Man, celle que nous avons largué sur Nagasaki, dit l’agent spécial Bill Bicks. Quelqu’un leur a donné les plans ».

 

 

Clémence, 1ère année bibliothèques-médiathèques 2012-2013

 

 

 

Ken FOLLETT sur LITTEXPRESS

 

 

ken follett un monde sans fin.

 

 

 

Article de Sophie sur Un monde sans fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 07:00

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Andrée Chedid
Le Sommeil délivré
Flammarion, 1952
J’ai Lu, 1996
Librio, 1997
J’ai lu Roman, 2000













Andrée Chedid

Poète, romancière, dramaturge, nouvelliste.

D’origine syro-libanaise, Andrée Chedid est née en Égypte, au Caire, le 20 mars 1920.


À dix ans, elle est mise en pension chez les Sœurs du Sacré-Cœur. Elle maîtrise l’anglais, le français et l’arabe. À 14 ans, elle rejoint l’Europe mais revient au Caire pour étudier dans une université américaine où elle obtient l’équivalent d’une licence (le bachelor) en journalisme en 1942. Elle part ensuite pour le Liban avec son mari et revient à Paris en 1946 de manière définitive. Elle prend la nationalité française à partir de cette date-là et publie le reste de son œuvre en français.

Elle est décorée de la Légion d’Honneur en avril 2009. Elle reçoit le prix Goncourt de la nouvelle en 1979 pour son recueil Le Corps et le Temps et  en 2002 le prix Goncourt de la poésie.

Andrée Chedid fut une auteure prolifique qui toucha à tous les genres : roman, poésie, théâtre. Son dernier roman, Les quatre morts de Jean de Dieu, a été publié en 2010.

Andrée Chedid est décédée à l’âge de 90 ans en février 2011 ; elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer, maladie qui fut évoquée par son fils Louis Chedid dans la chanson Maman, Maman et son petit-fils Mathieu Chedid avec Délivre.



Écriture

Je n’ai personnellement lu que deux romans d’Andrée Chedid : Le Sommeil délivré et Le Message. Il m’est donc difficile de faire une analyse poussée de son style d’écriture. Néanmoins, dans ces deux romans, aux registres totalement différents, l’homme, les rapports entre les hommes sont au centre de l’œuvre.

J’ai retrouvé dans ces deux romans une certaine poésie dans l’écriture. L’écriture est travaillée, ce qui renforce ce rendu poétique. À leur lecture, on sent et on ressent. On se laisse emporter, bercer par la fluidité du style.

Les rapports entre les hommes, bons, mauvais, relations amoureuses, amicales, filiales, les rapports de domination sont au cœur des thématiques abordées par l’auteur. Toutefois, il y a toujours en arrière-plan une réflexion sur des sujets difficiles : la guerre pour Le Message, la condition féminine en Égypte pour Le Sommeil délivré.

Ce qui plaît dans les romans d’Andrée Chedid, ce sont les différentes dimensions qu’ils comportent, la subtilité dont fait preuve l’auteur pour traiter des sujets délicats. C’est une écriture qui, je pense, peut toucher le lecteur, ou alors nous laisser hermétique.



Le Sommeil délivré

Résumé

Le Sommeil délivré retrace en quelque deux cents pages le destin d’une jeune fille, Samya. Ce livre est divisé en trois parties. Dès le premier chapitre, on sait que sa vie est voué à une fin tragique.

Samya est révoltée par sa condition de femme. Elle aurait voulu échapper à sa condition de jeune fille, au mariage arrangé par son père, puis à sa vie d’épouse. Sa seule échappatoire sera la naissance de sa fille Mia : « Avec Mia, je retrouvais la vie. ».

Mais là encore, son bonheur d’être mère lui est arraché. Elle abandonne la maîtrise de son corps, qu’elle retrouvera dans un dernier sursaut pour se révolter enfin. Ce dernier acte, qui n’est autre que le meurtre de son mari, causera sa propre destruction. Mais n’était-ce pas inévitable ?

Je reproche au résumé de la quatrième de couverture de trop en dire. Par exemple, il annonce clairement que Samya perdra son enfant. En tant que lecteur, on attend ce moment. Cela ajoute une dimension tragique lorsque Samya parle de Mia, de sa renaissance. Mais pour une première lecture, il n’y a de ce fait plus de réelle attente.

Le Sommeil délivré nécessite plusieurs lectures. Je ne suis pas certaine que ce soit un roman que l’on peut apprécier entièrement à la première lecture. Il faut parvenir à se laisser porter par l’histoire et l’écriture d’Andrée Chedid.



Personnages et construction

Comme expliqué précédemment, le roman s’articule en trois parties non égales, la première étant la plus importante en nombre de pages, et la troisième la plus courte.


Dans le premier chapitre interviennent déjà les quelques personnages qui auront leur importance tout au long du roman. Il combine deux sortes de narration. Le point de vue est externe mais nous avons aussi accès à quelques fragments de la réflexion de Rachida. Cet effet narratif particulier nous plonge immédiatement dans cet univers, dans cette vie dans les campagnes égyptiennes.

Le lecteur fait d’abord connaissance avec Rachida, Rachida qui part se promener en dehors de la maison, « question de santé ». Rachida évoque son frère, Boutros, cet homme merveilleux pour qui elle se dévoue corps et âme, la femme de son frère, « sa belle-sœur, cette Samya sans fierté » ou encore « la paralytique ».

Arrivée à l’étable, Rachida nous donne un autre nom :

 

« Ammal, la petite fille du pâtre Abou Mansour, n’était pas encore rentrée avec ses moutons. Cette Ammal était vraiment une fille de rien. Il suffisait de voir avec quel attendrissement elle regardait la paralytique. ».

 

On rencontre aussi la vieille Om el Kher qui pressent que quelque chose s’est passé, mais espère que rien n’est arrivé à Samya. Plus loin, il y a l’aveugle qui se tourmente : « Qu’est-il arrivé à SitSamya, pensait-il. »

Rachida, la sœur de Boutros, et donc belle-sœur de Samya, est un personnage qui a une haute opinion d’elle-même et qui ne veut absolument pas se mêler au peuple. Son frère est Nazer, l’homme de confiance qui surveille l’exploitation des terres pour le compte du propriétaire. C’est Rachida qui s’est occupée de Boutros, de tenir la maison avant qu’il ne se marie. C’est Rachida qui est revenue lorsque Samya est devenue paralytique. C’est aussi Rachida qui fait la macabre découverte.


Boutros est Nazer. Il compte beaucoup sur sa sœur. Il lui a demandé conseil pour son mariage avec Samya. Il désirait que ce soit sa sœur qui éduque l’enfant s’il s’avérait que ce fût un garçon. Boutros est un homme grossier, à l’opposé du mari dont pouvait rêver Samya.

Ammal est la petite fille d’Abou Mansour, l’homme à tout faire. Elle sera la première fille de Samya. Elle représente l’espoir de liberté. Aux yeux de Samya, Ammal doit être sauvée. Et elle le sera grâce aux statuettes d’argile qu’elle modèle.

L’aveugle est le seul homme qui reste au village la journée. La journée, comme l’explique Om el Kher, le village appartient aux femmes, aux enfants et à l’aveugle. Il incarne la sagesse. Il exprime son mécontentement dans les situations injustes, en frappant le sol de son bâton aussi fort qu’il le peut : « Il était debout, l’aveugle, et il tapait. Il avait fini par creuser un grand trou dans le sol pour y enfouir sa colère. ».


Om el Kher est une des vieilles du village qui apporte les légumes pour les repas du Nazer. Elle se lie d’amitié avec Samya, l’invitant au village, lui faisant goûter son pain. C’est elle qui l’emmènera voir la Sheikha, sorte de mage, guérisseuse, lorsque Samya n’arrivera pas à avoir d’enfants.

Le premier chapitre est en réalité la fin du destin de Samya. À partir du deuxième chapitre, c’est Samya qui narre. Enfin, le dernier chapitre est construit sur un plan narratif comme le premier. Nous quittons les pensées de Samya pour assister d’un regard extérieur au dénouement.



Samya : un esprit révolté

Samya raconte, dans la deuxième partie, sa vie de jeune fille au pensionnat chrétien où elle étudie. Andrée Chedid aura peut-être puisé dans son expérience personnelle pour la décrire. Samya nous parle de ses dimanches très courts où elle retrouve son père et ses frères. On sent déjà son esprit de révolte contre l’institution : « Ce voile, ces bas noirs, ce mur. Rien ne se dissipait d’un haussement d’épaule. J’étouffais. J’aurais voulu me battre. Pourtant j’avais une peur étrange. ». La révolte n’est pas possible pour une jeune fille.

Au pensionnat, certaines étudiantes arrêtent parfois leurs études en cours d’année et ne reviennent qu’accompagnées de leur mari. Là aussi Samya ressent de la révolte. Elle ne veut pas faire partie de ces filles qui, mariées à un homme plus vieux qu’elles, vieillissent avant l’heure et ne se préoccupent plus que de leur trousseau : « Non, non, cela ne m’arrivera jamais. Moi je saurais dire non. Saisir ma vie. Quand je partirai d’ici, je saisirai ma vie. ».

Vient le jour où  son père lui annonce qu’elle sera mariée à son tour. Elle ment à ses camarades, en se mentant à elle-même, en espérant que l’homme choisi par son père la rendra heureuse. Elle pense que son père, par amour pour elle, lui aura choisi un homme bon. Mais ce n’est point la réelle motivation du père de Samya. Les filles sont vues comme des fardeaux dont il faut se débarrasser en les mariant : « Nos affaires vont mal. Que cela se sache, et tu ne trouveras plus jamais de parti. Tu nous resterais sur les bras ! ». Lorsqu’elle rencontre son futur mari, elle sait que ce mariage sera comparable à une mort lente et douloureuse.

La deuxième partie débute sur son arrivée à la maison de Boutros. Par quelques actes, Samya essaye de s’approprier les lieux, de se démarquer, de ne pas rester passive dans sa situation de femme mariée. Elle essaye d’abord de redécorer la chambre, apportant sa touche personnelle, pour s’y sentir chez elle. À demi-mots, avec délicatesse, Andrée Chedid aborde les premières nuits passées en couple. Samya se lie d’amitié avec Om el Kher, qui l’invite au village, manger son pain. C’est à ce moment-là où Samya rencontre l’aveugle et les autres femmes du village. Mais ces tentatives seront vite avortées.

Samya subit les reproches de Boutros. La chambre retrouve aussitôt sa décoration initiale, les pains offerts par Om el Kher sont jetés. Peu à peu Samya se laisse s’enliser dans cette vie morne, à rester au foyer et regarder son époux jouer aux cartes : « Le temps passait. Je l’ai laissé passer. Le miroir, sous le portemanteau de l’entrée, me mettait cruellement en face de ses huit années. ».

Samya se doit de tenir son rang et ne peut plus retourner au village. Mais ce qui provoque le malaise entre les villageoises et elle est sa probable stérilité. Seule Om el Kher a de la compassion pour elle. Cette absence de grossesse au bout de huit ans de mariage provoque des reproches de Boutros : « J’ai reçu une lettre de Rachida. Elle dit que tout cela n’est pas normal. On nous a trompés sur ta santé, voilà ce qu’elle a dit ! ». Là encore on sent que Samya n’a été qu’une marchandise, permettant d’assurer une descendance. Mais là enfin, Samya se révolte en suggérant à Boutros que le problème venait peut-être de lui, ce qui lui vaudra une gifle. Samya se permet donc d’écrire à son père pour lui demander de l’aide. Mais celui-ci ne fera que lui adresser cette réponse : « N’attire pas la colère de ton époux » accompagnée d’une conclusion de procès disant que l’homme a le droit de battre sa femme.

La deuxième partie s’achève sur la naissance de son enfant, Mia. La troisième partie est consacrée au renouveau de Samya, à ses rapports avec sa fille Mia. Elle raconte ses moments de bonheur, partagés avec Ammal, la fille du village que Samya a « adoptée ». Mais Mia va tomber gravement malade, et Boutros tardera à faire venir le médecin, ce qui lui sera fatal. Et pourtant, ce sera Boutros qui reprochera à sa femme la mort de leur fille. Samya perdra son envie de vivre, et se paralysera. Jusqu’au jour où dans un dernier sursaut, elle se révoltera, mettant un terme à cette vie.



Avis personnel

Le Sommeil délivré aborde des sujets difficiles. Comment se révolter sans en être détruit ? Il n’y a pas d’apitoiement sur les femmes, leur statut dans la société. Il y a un ton de vérité, le destin de Samya est certes tragique, mais on rencontre dans ce roman d’autres femmes qui sont fortes, qui choisissent de dire « non » à ce qui leur est imposé, des femmes qui font vivre tout un village.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Le relire m’a permis de mieux l’apprécier. C’est un roman tout en sensations et en images. Andrée Chedid nous fait réellement découvrir un autre pays, sans entrer dans de longues descriptions, seulement en y décrivant la vie et les rapports entre les hommes et les femmes.


J. Charenton, 1ère année Bibliothèque-Médiathèque 2012-2013

 

 

 

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 07:00

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Tatiana de ROSNAY
L'appartement témoin
Fayard, 1992
Flammarion, « J'ai Lu », 2010



 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteure, Tatiana de Rosnay

Tatiana de Rosnay est née en 1961 de mère anglaise et de père franco-mauricien, d'origine russe. Dès l'âge de onze ans, elle commence à écrire, au rythme d'une histoire par an, en anglais, et ce jusqu'à ses 25 ans. Après des études littéraires en Angleterre, elle a travaillé en tant que journaliste pour plusieurs magazines, tels que Vanity Fair ou ELLE. Elle est également critique littéraire pour le JDD. L’œuvre majeure que l'on retient d'elle est Elle s'appelait Sarah, qui a été traduite dans une trentaine de pays. Dans ce premier roman, L'appartement témoin, Tatiana de Rosnay nous fait part de deux de ses passions : Mozart et Venise.



Le contenu

Le livre débute avec l'emménagement du narrateur dans son nouvel appartement à Paris, rive gauche. Le titre s'explique pratiquement dès les premières pages, car l'on apprend que l'appartement qu'il occupe est ce que l'on appelle dans le langage immobilier l'appartement témoin de l'immeuble qui vient d'être reconstruit, celui que les gens peuvent visiter. Avant, c'était un vieil immeuble de briques rouges, qui a été démoli pour faire place à ce nouveau. L'idée est venue à l'auteure car elle a suivi la démolition d'un immeuble à Paris, et elle s'est alors demandé « qui avait habité là, qui avait aimé, vibré, dormi, pleuré entre ces murs désormais réduits en poussière. » (Préface à la nouvelle édition)

On apprend que le narrateur vient de divorcer, et qu'il a une fille de dix-huit ans, prénommée Camille. Les premiers mois dans cet appartement se passent très mal pour lui, il ne dort presque pas, et une vision commence à lui apparaître, celle d'une femme jouant Mozart au piano, et d'une petite fille, assise par terre. De plus en plus distincte, cette vision l'obsède. Il comprend alors qu'elles ont habité l'ancien immeuble et se met à les chercher.

Petit à petit, au fil des indices, il apprend que la femme qui jouait du piano, Adrienne Duval, épouse Churchward, est morte. En revanche, sa fille, elle, semble être toujours en vie. Il part donc à sa recherche, et entame une véritable quête, qui s'avère longue et compliquée, puisque Pamina Churchward, petite fille de deux ou trois ans au moment de la vision, est aujourd'hui une femme d'une trentaine d'années qui a changé plusieurs fois de prénom et qui n'est jamais là où elle devrait être.

Ainsi, il parcourt dans un premier temps les États-Unis avec sa fille, qui parle parfaitement l'anglais pour l'aider. Il apprend alors que Pamina a été mannequin mais qu'elle est partie du jour au lendemain sans donner ni numéro de téléphone ni adresse. Il contacte alors une de ses amies de l'époque, elle aussi mannequin, Jessica Parker. Elle lui donne une adresse à Londres, il s'y rend, mais de nouveaux propriétaires y habitent. Ils lui donnent une adresse qu'ils trouvent sur le contrat de vente, puis il se met en route. Seulement, en s'y rendant, il apprend qu'elle est à Venise, pour le travail. Il fait néanmoins la connaissance de son fils, et de sa gouvernante, qui est française.

Enfin, il décide de se rendre à Venise, où il met un certain temps à la trouver. Un soir, alors qu'il l'attend à son hôtel, elle est enfin rentrée, et s'est assise à une table, seule, pour boire un verre. Et là, cet homme, qui a fait tant de chemin pour la retrouver, part sans un mot, sans même l'aborder.



Analyse

Dans ce roman, le narrateur s'exprime tantôt à la troisième personne du singulier, tantôt à la première. Cette différence est à peine remarquable, car le texte s'articule plutôt bien, du fait que plusieurs personnages interviennent, tels que sa fille, son ex-femme, ou encore le petit ami de sa fille.

L'importance de la musique est symbolique. Mozart est le musicien que son ex-femme adule et qu'il a toujours détesté, et voilà que grâce ou à cause d'une vision, il se met à l'apprécier. Il assiste à des opéras et l'écoute parfois en boucle, pour trouver l'air exact que joue la vision au piano. On peut imaginer que cette femme lui apparaît pour qu'il fasse tout pour la retrouver, retrouver sa fille, qu'il se mette à apprécier Mozart, et qu'il se rende compte, au bout de cette quête, une fois qu'il est face à Pamina, que sa femme lui manque, et que c'est elle qu'il aime toujours. C'est comme une sorte d'invention psychologique pour qu'il prenne conscience qu'il n'est pas fait pour cette vie-là, et que c'est auprès de sa femme qu'il aurait toujours dû rester, sans jamais la tromper.

Le narrateur se lance dans une véritable poursuite, une course effrénée à travers les trois pays que sont les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Italie, sans oublier Paris. Il semble être à la quête d'un idéal, car il le dit lui-même, il tombe amoureux d'une photographie de Pamina. Il tire une conclusion assez drôle après s'être immergé dans ces différents endroits : « Les New-Yorkais se toisent avec sympathie, les Parisiens se scrutent sans pitié et les Anglais s'ignorent ». Il est amusé de voir la différence de comportement d'une population à une autre.



Avis

Une fin qui laisse un peu... sur sa faim. Doit-on comprendre que la recherche du bonheur est vaine ? Ou, tout simplement, qu'il est retombé amoureux de sa femme ? L'auteure nous tient vraiment en haleine, nous faisant parcourir foule d'endroits, mettant toujours des obstacles à la quête du narrateur. Cependant, la première moitié du roman se lit beaucoup plus facilement que la deuxième, qui est beaucoup plus dans le détail, dans les descriptions, parfois un peu trop longues.


Éloïse, 1ère année Édition-Librairie

 

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