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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 07:00

 

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Jean ÉCHENOZ
Ravel
Éditions de Minuit, 2006
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand un livre s'ouvre sur un alexandrin, il y a fort à parier que le reste sera musical.



Et pour cause : le sujet de cette biofiction n'est autre que le célèbre compositeur français Maurice Ravel, dépeint ici avec tendresse par Jean Échenoz.

Rappelons ici une bonne fois pour toutes ce qu'est la biofiction : prendre le réel d'une personne et le transformer en personnage de fiction. Jean Échenoz s'est donc emparé d'un sujet, d'un homme qu'il connaissait bien, et a tenté de se rapprocher de lui à travers la littérature.

En effet, ce roman est né d'une fascination de l'auteur pour ce dandy. Jean Échenoz a été bercé depuis son enfance par le musicien. Ce roman est d'ailleurs très documenté : l'auteur dit avoir lu toutes les biographies sur Ravel, et avoir écrit en écoutant ses airs. De plus, le peu de dialogues qui apparaissent dans le roman sont tous tirés de conférences ou de correspondances de Ravel.



Ainsi, cette biofiction retrace les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, années au fort potentiel romanesque. Elles marquent à la fois la chute de l'artiste dans la maladie d'Alzheimer, mais aussi les compositions des airs restés les plus célèbres, tels le Boléro ou Concerto pour main gauche.

C'est pourquoi le roman mime l'air du Boléro : lent au début, puisque nous suivons un Maurice Ravel ennuyeux et grincheux dans ses concerts. Puis le rythme s'accélère, le personnage prend peu à peu du relief au fur et à mesure qu'il prend conscience de ses propres limites et de sa chute :

« Il se rend compte de tout. Il voit bien que ses mouvements manquent leur but, qu'il attrape un couteau par sa lame, [...] qu'on ne met pas ses lunettes dans ce sens [...]. Il observe tout cela clairement, sujet de sa chute en même temps que spectateur attentif, enterré vivant dans un corps qui ne répond plus à son intelligence, regardant un étranger vivre en lui ».



Finalement, l'hommage de l'auteur se situe ici dans son choix de ne pas traiter le destin tragique de Ravel de manière pathétique : le style est en effet très distant, voire  « clinique » ( lire à ce propos le passage décrivant l'opération du cerveau de Ravel qui a sûrement été inspiré d'un livre de médecine ).

C'est au contraire un roman plein d'humour, où Echenoz fait preuve de son talent d'écriture à travers des chutes fameuses.

« Mais l’ennui de cet instant, plus que jamais démuni de projet, paraît plus physique et plus oppressant que d’habitude, c’est une acédie fébrile, inquiète, où le sentiment de solitude lui serre la gorge plus douloureusement que le noeud de sa cravate à pois. »

Avec une grande simplicité et une grande fluidité, le lecteur a l'impression de se laisser raconter une histoire au creux de l'oreille, en l'occurrence celle du plus grand compositeur moderne français. C'est cette oralité et cette apparente simplicité qui me fait penser à Castiglione dans l' Art du courtisan, qui nommait la Sprezzatura cet « art de ne pas faire art ».

Car Ravel comme Échenoz se ressemblent dans leur apparence de facilité et d'aisance dans le travail, ou pour citer encore Castiglione « une certaine nonchalance, qui cache l'artifice, et qui montre ce qu'on fait comme s'il était venu sans peine et quasi sans y penser ».



C'est ce talent qui fait de Jean Échenoz aujourd'hui une des figures les plus talentueuses de sa génération. Mais tout comme Maurice Ravel, il se fait plutôt discret. Il ne fait pas par exemple partie des auteurs médiatisés dont nous connaissons instantanément le visage, comme Amélie Nothomb par exemple. Et pourtant, il est bien présent sur la scène littéraire contemporaine, légitimé par plusieurs prix littéraires.

Voilà ce qu'on sait de lui : il est né à Orange, en 1947. Fils d'un psychiatre, il poursuit des études de sociologie et de génie civil avant de s'installer à Paris. Il publie, après quelques années d'hésitation, son premier ouvrage Le Méridien de Greenwich qui reçoit le prix Fénéon.

Sa carrière est marquée par sa rencontre avec Jérôme Lindon, l'éditeur des éditions de Minuit à qui il restera attaché.

De plus, ses œuvres sont connues pour être des romans « géographique » : il fait bouger constamment ses personnages. Ravel se rend ainsi aux États-Unis, à Paris, chez lui à Montfort l'Amaury, à Saint Jean de Luz...

Enfin, notons que ce n'est pas la seule fois qu'Échenoz s'essaie à l'exercice de l’écriture biographique ou de la biofiction. Il a évoqué Jérôme Lindon, son célèbre éditeur (éditions de Minuit) dans Jérôme Lindon, écrit Courir, qui retrace la vie d'Emile Zapotek, un coureur de fond tchécoslovaque, et enfin la vie de Nicolas Tesla, dans Des éclairs. Jean Échenoz aime s'amuser avec les codes des genres littéraires, comme le polar ou le roman d'espionnage où il construit son propre monde.

En tout cas, pour son dixième roman, Échenoz parvient à son but : non pas celui d'écrire un morceau de la vie de Ravel, mais bien un simple roman plein d'humanité pour un homme dont la vie aurait pu ressembler à « une partition sans musique ».


Anne-Claire, AS Bib.-Méd.-Pat.

 

Jean ÉCHENOZ sur LITTEXPRESS

 

echenoz ravel

 

 

 

 Article de Jean sur Ravel

 

 

 








Article de Samantha sur L'Équipée malaise







Jean-Echenoz-Lac.gif


Article de Maude sur Lac














Article de Marlène sur Je m'en vais.

 

 

 

 

 

Jean Echenoz Jerome Lindon

 

 

 

Article de Claire sur Jérôme Lindon.

 

 

 

 

 

 





Article de Quentin sur Courir

 

 

 

 

 

 


 

 

 


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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 07:00

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Erik L’HOMME
Phaenomen
Gallimard jeunesse, 2006

Folio junior, 2008



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

 

Erik L’homme est un auteur français né à Grenoble le 22 décembre 1967, connu pour ses œuvres en littérature jeunesse. Il a travaillé notamment avec l’écrivain Pierre Bottero, auteur de la saga Ewilan, sur une série toujours en cours A comme Association.

Erik L’homme a rencontré le succès avec sa trilogie Le livre des étoiles, vendu à 650 000 exemplaires en France et traduit en 26 langues.

 

Bibliographie

Le Livre des étoiles
Tome 1 : Qadehar le sorcier, Gallimard Jeunesse, Paris, 2001
Tome 2 : Le Seigneur Sha, Gallimard Jeunesse, Paris, 2002
Tome 3 : Le Visage de l'ombre, Gallimard Jeunesse, Paris, 2003

Maîtres des brisants
Tome 1 : Chien-de-la-lune, Gallimard Jeunesse, Paris, 2004
Tome 2 : Le Secret des abîmes, 2005, Gallimard Jeunesse, Paris
Tome 3 : Seigneurs de guerre, Gallimard Jeunesse, Paris, 2009

Contes d'un royaume perdu, 2005, Gallimard Jeunesse

Phænomen
Tome 1, 2006, Gallimard Jeunesse
Tome 2, 2006, Gallimard Jeunesse
Tome 3, 2006, Gallimard Jeunesse

 Des pas dans la neige, aventures au Pakistan, 2010, Gallimard Jeunesse

 

 

A comme Association
Les limites obscures de la magie, 2010, Gallimard Jeunesse et Rageot Editeur
La pâle lumière des ténèbres (écrit par Pierre Bottero), 2010, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
L'étoffe fragile du monde, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Le subtil parfum du soufre (écrit par Pierre Bottero), 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Là où les mots n'existent pas, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Ce qui dort dans la nuit, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Car nos cœurs sont hantés, 2012, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Le regard brûlant des étoiles, 2012, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur (à paraître)

 

 

 

Phaenomen

L’histoire

Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont quatre adolescents à problèmes, ou du moins c’est ainsi que les catégorisent les gens de la clinique où ils sont enfermés, à cause de prétendues maladies d’ordre psychologique : Violaine voit des dragons associés à chaque persone et s’est créé un chevalier pour les affronter ; le cerveau d’Arthur emmagasine chaque information à laquelle il est confronté ; les yeux de Nicolas sont ultra-sensibles ;  Claire ne cesse de se cogner à chaque effort et présente un sérieux problème d’équilibre.

Ils sont abandonnés par leurs parents, par les médecins et seul le Doc’, qui ne les traite pas encore comme des fous, tente de les aider. Grâce à ce soutien et à une amitié à toute épreuve, les quatre adolescents finissent par comprendre qu’ils ne sont pas déments mais disposent de dons extraordinaires. Violaine peut en réalité contrôler les autres en amadouant leur dragon, Claire est une sylphide, Nicolas a une vision infrarouge et Arthur est doté d’une intelligence redoutable quand il l’allie à ses capacités de mémorisation. Enfin, ils peuvent apprendre à se faire confiance… Jusqu’à ce qu’une nouvelle catastrophe vienne ébranler le petit groupe : le Doc’ se fait enlever par trois hommes en noir. Désireux de sauver le seul homme qui ait jamais cru en eux, les adolescents se lancent dans une quête destinée à découvrir ce que cachait le brave médecin, ce secret que cherchent à récupérer les hommes en noir. S’engage alors une course-poursuite haletante à travers toute la France, où les héros ne pourront compter que sur leurs pouvoirs et leur débrouillardise pour échapper aux kidnappeurs.



Les personnages

La grande force d’Erik L’homme est d’avoir déjoué tous les clichés habituellement présents dans les récits fantastiques pour adolescents : le meneur du petit groupe d’adolescents n’est autre que Violaine, qui s’avère avoir un caractère bien trempé. Claire, qui est présentée comme la plus fragile du groupe physiquement parlant, est en réalité la plus lucide sur leurs pouvoirs et dispose d’un grand potentiel offensif, comme son amie, alors que les capacités des garçons ne peuvent être utilisées en combat. Les situations sont inversées, les filles devenant les chevaliers protecteurs tandis que Nicolas et Arthur sauront être les soutiens psychologiques du groupe.

Les héros ne sont pas les seuls personnages intéressants de l’histoire : les trois kidnappeurs, qui répondent au nom de Clarence, Matt et Augustin, sont également travaillés de manière à échapper aux habituelles figures-types de méchants. Clarence surtout, le chef de la bande, est présenté comme un chasseur ravi d’avoir enfin trouvé des proies à la mesure de son talent. Mais le penser comme un monstre sanguinaire serait une erreur car, comme l’auteur nous l’explique dans les tomes deux et trois, Clarence a un comportement qui le place bien au-delà d’une logique Bien/Mal aux frontières purement arrêtées. Il est mû par une logique purement humaine, mêlant l’intérêt à ses sentiments personnels : on peut donc affirmer que ce personnage dispose de convictions fortes, auxquelles il ne saurait déroger.



Les thèmes

L’histoire de Phaenomen s’articule autour d’un secret, que l’on découvre à la fin du premier tome et qui ne prendra son sens qu’à la fin du tome trois. Ce secret, s’il peut paraître simplement déroutant au premier abord, cache en réalité un vaste complot politique : Erik Lhomme repense à sa manière la théorie du complot, et len particulier celle du gouvernement américain dirigé par une société dans l’ombre. Il introduit un élément perturbateur dans une machinerie apparemment sans faille : ces quatre adolescents insaisissables, qui entraîneront dans leur sillage un mercenaire, Clarence, à la famille gênante.

Au-delà du secret, ce sont avant tout ces quatre adolescents livrés à eux-mêmes qu’on apprend à connaître, dont on partage la quête d’identité. Le thème est récurrent dans les récits destinés à cette tranche d’âge, puisque nous sommes tous soumis pendant cette période à des interrogations sur notre devenir. La différence notable avec Violaine et ses amis est qu’eux ne peuvent pas s’en sortir sans livrer un combat titanesque, contre une organisation puissante, contre un monde fermé à leur existence et contre eux-mêmes. L’auteur exprimera d’ailleurs d’une façon sublime la résolution de ce combat, en proposant deux fins, l’une tragique et l’autre qui nous laisse bercé d’un espoir tenace.

La notion de clivage entre le bien et le mal est également présente au travers des relations entre les personnages. D’un côté, le lecteur suit les aventures de Violaine, Arthur, Claire et Nicolas, qui ne sont encore que des enfants et n’ont pas encore subi la corruption des adultes. Ils sont jeunes, animés d’une volonté de découvrir la vérité sur leurs pouvoirs. Dans leur logique d’enfants, ils sont encore très affectés par la morale, et doivent faire face à des cas de conscience lorsqu’ils agissent « mal » selon leurs critères.

De l’autre côté, le récit s’articule autour d’adultes animés par la soif de pouvoir, d’argent et de satisfactions personnelles. C’est à cause d’une blessure à l’égo qu’Augustin, un des sous-fifres de Clarence, n’hésite pas à œuvrer pour causer la mort des enfants. D’un autre côté, c’est ce même égo qui fera de Clarence un allié des enfants, alors qu’il était clairement perçu comme le « méchant » du premier tome. Aucun problème de conscience face à leurs actes, la réalité l’emporte sur la morale.

Cette rencontre entre ces deux points de vue nous rappelle une réalité ni blanche, ni noire. Mais  pour nos héros, vivre dans un monde où leurs valeurs les plus chères sont bafouées par les êtres en qui ils avaient le plus confiance (leurs parents, le docteur) est tout simplement impossible.

Il est intéressant de noter qu’en conclusion de l’histoire, Clarence lui-même voudra changer ce monde sans morale, adhérant ainsi aux principes des enfants. Il semble néanmoins admis que ce changement ne se fera pas en douceur, et qu’il faudra se salir les mains pour y arriver.



Un vrai coup de cœur

Phaenomen a été mon coup de cœur du début de l’année 2012. Je connaissais déjà la fameuse trilogie Le livre des étoiles d’Erik L’homme, mais je ne m’étais encore jamais intéressée à ses autres titres.

Avec Phaenomen, j’ai découvert un trait qui se fait rare chez les auteurs de fantasy et fantastique français : l’élaboration de personnages dits « méchants » vraiment construits, avec une psychologie forte. On a un véritable sentiment de malaise « face » à Clarence, on ressent la menace que représente cet homme à travers les mots d’Erik L’homme.

L’histoire en elle-même est très intéressante, puisque des éléments de fantasy sont intégrés à notre monde, créant une ambiance fantastique angoissante. Comme les héros, on se sent étranger à cette réalité qui est pourtant la nôtre, attiré par un autre monde où la magie ne serait pas qu’illusion. Phaenomen est un livre dans lequel chacun saura se retrouver, car nous sommes tous en quête de ce qui fait notre identité.


Mathilde, AS Éd.-lib.

 

 

Erik l'HOMME sur LITTEXPRESS

 

erik l homme des pas dans la neige

 

 

 

Article de Flore sur Des pas dans la neige ; aventures au Pakistan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 07:00

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Paul FOURNEL
La Liseuse
P.O.L., 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Liseuse, c’est l’histoire de l’éditeur Robert Dubois – son pire ennemi : Brasset – et de sa femme, Agnès, qui meurt d’un cancer à l’improviste. Autour de ce noyau dur gravitent une jeune pousse de stagiaire « black » et sa team d’éditeurs en herbe dégingandés, une liseuse – puisqu’il faut en passer par là – et même une liseuse 2.0, qui remplacera discrètement le premier modèle soumis à l’examen circonspect de Robert Dubois en début de roman. Le tout, le début plutôt, est assez léger. On voit que les nouvelles responsabilités de Paul Fournel ne lui montent pas à la tête. L’humour est gentil, accessible, rarement – parfois quand même : trop. Touche futuriste : Fournel fantasme une « tablette » de 730 grammes, rétro-éclairée, sur laquelle, tenez-vous bien, on peut jouer au mah-jong et regarder la télé. Comment n’y avait-on pas pensé plus tôt ! La fin est apocalyptique. Agnès est enterrée au Père Lachaise et Robert, qui a passé sa vie à faire la Littérature de demain, passe chez le libraire en rentrant du cimetière, y fait remplir une caisse de celle d’hier, et disparait derrière un mur de papier façonné alors que se vident autour de lui les batteries de ses trop nombreux appareils électroniques : « Lorsque j’aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d’être lue. »


Cyrielle, 2e année Édlib.

 

 

 


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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 07:00

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Terry PRATCHETT
Pyramides
Titre original
Pyramids
Traducteur
Patrick Couton
Éditeur : Pocket
Collection Pocket Fantasy, 1998



Il s’agit du septième livre
des Annales du Disque Monde.





L’auteur

Terry Pratchett est né en 1948 dans le Buckinghamshire. Son hobby serait, selon ses dires, la culture des plantes carnivores. Il a publié sa première nouvelle et son premier roman en 1971. C’est en 1983 que paraît le premier roman de la série Les Annales du Disque-Monde. Grâce au succès de cette série, une adaptation en série a été faite et des produits dérivés ont été créés. En 2007, il a appris qu’il était atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer ; depuis il a entamé une procédure de suicide assisté.



Résumé

C’est lors de l’examen du concours final de la Guilde des Assassins que le roi Teppicymon XCXVII, souverain du pharaonique royaume du Disque-Monde, meurt. Teppic, son fils, qui est en train de passer le concours n’a plus le choix, il est obligé de prendre sa suite. Mais il ne veut pas la prendre tant qu’il n’a pas passé l’examen final et, selon la rumeur, on n’a qu’une chance sur deux d’en ressortir sans semer trop de morceaux de soi-même en chemin.

Pendant ce temps, Teppicymon XCXVII essaye de faire comprendre aux embaumeurs qu’il ne veut pas être enseveli sous la plus grande pyramide érigée en son souvenir, qu’il lui reste encore un million de choses intéressantes à voir et que de toute façon le royaume n’a plus d’argent. Le plus gros problème est que la pyramide en question se met à dysfonctionner et à amener des créatures et autres choses étranges par une faille spatio-temporelle.

 « On disait que la vie ne valait pas cher à Ankh-Morpork. C'était, bien entendu, archi-faux. La vie coûtait souvent les yeux de la tête, c'est la mort qu'on pouvait avoir pour rien. »

Un des aspects omniprésents du roman est l’humour. En effet, l’univers de Terry Pratchett est toujours incroyable. On peut ainsi découvrir un chameau nommé Sale-Bête, qui, malgré les apparences, est très intelligent et savant en mathématiques.

« Le chameau laissa tomber le long de son nez son regard sur Teppic. Son expression laissait clairement entendre que de tous les méharistes qu'il aimerait le moins se coltiner, le jeune homme arrivait en tête de liste. N'importe comment, les chameaux regardent tout le monde de cette façon-là. Ils ont une approche très démocratique de l'espèce humaine. Ils en détestent tous les membres sans distinction de rang ni de confession. Celui-ci avait l'air de mâcher du savon. »

Terry Pratchett connaît néanmoins très bien les sujets qu’il traite. Comme ici, l’Égypte pharaonique. On découvre les dieux de Jolhimome qui ont des corps d’hommes ou de femmes et une tête animale. Bien sûr, il y a toute une partie sur l’embaumement à propos du souverain Teppicymon XCXVII, toute une recherche sur l’embaumement et le processus exécuté par les prêtres.



La mort est omniprésente, dans Pyramides. Tout d’abord à travers  Teppicymon XCXVII qui, même s’il est mort, reste présent dans le roman en qualité de spectre. De même, il se trouve que le pays de Jolhimome, d’où viennent Teppic et Teppicymon XCXVII, sert d’État-tampon. Jolhimome n’étant plus là, mais dans un autre espace-temps, les États voisins en profitent pour reprendre leurs anciennes hostilités. D’où forcément de nombreux morts. Néanmoins, la tonalité du roman n’est pas réellement tragique.

 « Ils vont sûrement nous éclairer sur ce que nos ancêtres penseraient s'ils vivaient aujourd'hui. On s'interroge souvent à ce propos. "Approuveraient-ils la société moderne ? se demande-t-on, s'émerveilleraient-ils devant les réalisations actuelles ? " Et bien sûr on oublie un détail essentiel. Ce que nos ancêtres penseraient réellement s'ils vivaient aujourd'hui, c'est : "Pourquoi il fait si noir là-dedans ?" »



En lisant ce livre, il est difficile de s’ennuyer. Bien sûr, il ne faut pas avoir peur d’entrer dans un univers complètement décalé ; de la Guilde des Assassins au chameau mathématicien en passant par les morts qui contemplent toujours les vivants, ce livre est captivant.


Alice S., 1ère année édition/librairie

 


 

Terry PRATCHETT sur LITTEXPRESS

 

Terry Pratchett Le pere porcher

 

 

 

 

 

 Article de Marie-Cécile sur Le Père Porcher.

 

 

 

 


 

 

pratchett01.jpg

 

 

 

 

 Article de Caroline sur De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traducteur de Terry Pratchett

 Entretien avec Patrick Couton, propos recueillis par Marine et François.

 


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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 00:00

Communiqué du syndicat de la librairie française

 



 
Face à la déferlante médiatique autour de l’implantation d’une troisième plate-forme d’Amazon en Bourgogne, le Syndicat de la librairie française tient à rappeler quelques données :

— face aux 150 à 250 emplois permanents réellement créés par Amazon, la vente de livres génère en France plus de 20.000 emplois dont 14.000 dans les seules librairies indépendantes (rapport de branche 2011 I+C) ;

à proportions égales, la librairie indépendante représente une activité qui génère deux fois plus d’emplois que dans les grandes surfaces culturelles, trois fois plus que dans la grande distribution et, selon les chiffres de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD)*, 18 fois plus que dans le secteur de la vente en ligne !

la librairie est un commerce humain qui mise sur des femmes et des hommes qui aiment les livres, les défendent et les connaissent comme ils connaissent leurs clients « en chair et en os » ;

pour l’ouverture de sa plate-forme, Amazon a bénéficié d’aides publiques conséquentes alors qu’un rapport sur « l’impact du développement d’Internet sur les finances de l’Etat », disponible sur le site du Sénat, confirme qu’Amazon, en rapatriant l’essentiel de son chiffre d’affaires au Luxembourg (905 M€ sur 930 M€) échappe pratiquement totalement à l’impôt en France. Il s’agit d’une concurrence déloyale au détriment des commerces indépendants et de proximité qui génèrent bien plus d’emplois tout en s’acquittant de leurs obligations légales.

 

Acheter en librairie, c’est la meilleure façon de soutenir localement l’emploi, l’économie et la culture.

 
 

Contact presse : Guillaume Husson (01 53 62 23 10 ; g.husson@syndicat-librairie.fr)

* Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (FEVAD), le commerce en ligne représente, tous produits et services confondus, un chiffre d’affaires de 31 milliards d’euros pour 34 000 emplois directs (informations disponibles sur le site de la FEVAD :  http://www.fevad.com).

 

 

 

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 07:00

Alain-Damasio-la-zone-du-dehors-01.gif




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alain DAMASIO
La Zone du dehors
Cylibris, 1999

Gallimard,
Collection Folio SF, 2009

 éditions La Volte, 2010











Alain Damasio est si bien connu pour La Horde du Contrevent qu’on en oublierait La Zone du dehors, son premier roman. Ce dernier a pourtant reçu le prix européen Utopiales en 2007 et regorge déjà de ce qui a fait le succès du premier ouvrage cité. On croirait dans un premier temps La Zone du dehors une résurgence ou un écho de 1984 de George Orwell, ce dont semble témoigner la date choisie, 2084. Influence certes, mais modèle, non. Alors qu’une autorité dictatoriale dominait dans la trame scénaristique de 1984, c’est une gentille sociale-démocratie qui est vomie dans l’œuvre de Damasio à l’aide d’une écriture mordante qui s’appuie sur un nouveau langage, si bien ancré dans le nôtre que l’on a peine à savoir s’il pèche par manque de vocabulaire où s’il s’agit de néologismes inventés par l’auteur.

Le piège de la liberté s’est refermé sur les citoyens de Cerclon, cité dans laquelle se déroulent les événements de La Zone du Dehors. Tout est possible, autorisé. Sauf ce que l’on s’interdit. Et la population se permet peu, prise dans les rets de l’autogérance et de la surveillance mutuelle et partagée. Cerclon, Captp, personnage principal, nous la présente :

 « cette coquette prison construite au compas, lisse et aplanie, notre bonne ville de Cerclon avec sa gravité constante, son oxygène homogénéiquement bleu qui suintait des turbines, ses tours sans opacité, ses avenues sans ombre, blanches de la peur des angles morts, Cerclon, petite enclave sur astéroïde inhabitable, petit miracle technologique pour vie humaine possible, je n’en avais jamais supporté la putride sagesse, encore moins l’architecture bonasse, cette ergonomie du confort, glissante et flasque, qui rendait les corps amorphes à force de facilité, à force d’évidence et d’humanité ».

S’évader de cette prison, mais avant tout de soi-même sera la quête constante de Captp, rejoint par quatre autres personnages : Slift, Kamio, Brihx et Obffs. Chacun à sa manière cherchera à rejoindre le Dehors, hors de soi-même. Mais ensemble.

Quelque chose interpelle cependant. Qu’est-ce que ces noms imprononçables ? Là réside tout le génie de l’assignation à personnalité qui est pratiquée par cette société où chacun a une place puisque la société n’oublie personne. La population est en effet hiérarchisée par un système nommée le « Clastre » qui attribue à chacun une série de lettres en fonction de son niveau social, cinq lettres pour les plus bas, une seule pour le haut du panier, à savoir les membres du gouvernement de la cité. Chaque année a lieu la valse du Clastre, où chacun peut gagner le droit d’être renommé selon les points du bon citoyen qu’il a accumulés ou perdus. On prend la place d’un autre, on perd la sienne, on devient une autre suite de lettres, chaque série correspondant à un emploi, une situation. On reste personne, simple « copie qu’on forme » et jamais rien d’autre.

Pas une vague ne semble secouer l’équilibre parfait de ce monde où personne n’est malheureux. Mais qui est heureux ?

La société dépeinte par Damasio n’est que l’extrapolation de la nôtre. Société de consommation qui nous laisse croire que l’on choisit, société de la télévision à outrance qui nous laisse croire que l’on sait, société permissive qui nous laisse croire que l’on aurait le droit si on le voulait. Mais on omet de vouloir. On se l’interdit pour ne pas risquer d’être remarqué. Car impossible sur Cerclon d’échapper à la vigilance, à la veille, organisées par les citoyens eux-mêmes et facilitées par la présence de tours panoptiques dans la cité.

Damasio illustre ainsi la philosophie de Michel Foucault développée dans son ouvrage Surveiller et punir. Le panoptique est un système à l’origine envisagé pour simplifier la surveillance en milieu carcéral. L’idée est de placer une tour centrale au milieu d’une prison, permettant d’avoir une vue d’ensemble sur les détenus qui, sachant qu’ils peuvent être vus à tout moment, restent « sages ». Foucault reprend ce concept pour l’appliquer à d’autres structures dans l’idée qu’ainsi un redressement moral s’effectuera de lui-même. C’est le principe même de la ville de Cerclon, parsemée de tours panoptiques. Chacun se sait possiblement surveillé par un concitoyen. Il ne faut donc pas dépasser. Ne pas attirer l’attention. Rester un bon citoyen, droit et honnête. Résultat : une société où il fait bon vivre mais pas bon exister. Plus rien ne bouleverse, tout est insipide. L’absence de passion, ce mouvement qui anime et dynamise, rend amorphe.

Pourtant, tout n’est pas calme, contrairement aux apparences. De plus en plus, un nouveau sentiment se déploie, le désir d’une Volution. Pas d’une révolution ni d’une évolution. La Volution est autre, simplement. Elle est ce que chacun y met. C’est pour cela qu’œuvre le mouvement de la Volte dont font activement partie les cinq protagonistes cités plus haut. Mais elle a un ennemi interne, les molteux, qui veulent éveiller les consciences pacifiquement, par le dialogue. Aucun espace de parole ne leur est véritablement accessible, leur message étant toujours déformé par les médias, serviles face au gouvernement. Devant ce constat jaillissent une violence, une rage et une fureur que l’on ne peut endiguer. Le pas est franchi, la Volte frappe, claque, lacère. Le mouvement est enfin lancé. Il reste à en découvrir l’issue, s’il en est une possible.
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L’écriture de l’auteur peut troubler, déranger par son aspect incisif, parfois décousu, nous perdant entre les différents personnages. Qui parle ? C’est la question récurrente que l’on se pose pendant de nombreuses pages, Damasio utilisant exclusivement la première personne. Il nous livre ainsi un point de vue sans cesse changeant. Ce que vivent et ressentent les protagonistes à chaque instant est ainsi mis en exergue. En ce sens, l’écriture de Damasio est polymorphe tant elle tend à nous faire ressentir ce qu’expérimentent les protagonistes, et ce avec des passages apparemment sans queue ni tête, mais qui possèdent une force indéniable. Ainsi le discours parfois incohérent traduit-il avec justesse l’activité de l’esprit confronté à des situations de toutes sortes. On s’imprègne de ces jeux de mots, de ces jeux de je.

Qui parle ? On s’y perd, mais c’est pour mieux trouver. En effet, l’identité et l’individualité des citoyens de Cerclon sont inexistantes, fondues dans la masse uniforme d’esprits formatés acceptant d’être ce qu’on a choisi qu’ils soient. Pourtant, peu à peu, une personnalité se révèle, s’extrait de ce moule. On commence alors à discerner qui s’exprime. Par son écriture, Damasio réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’anonymat de la société dépeinte et nous en sort magistralement. Les protagonistes deviennent quelqu’un, enfin. Et alors, tout commence, s’enchaîne, ils sortent d’eux-mêmes, affirment leur identité, se distinguent. La Volte peut prendre forme, ou pas, elle ne se définit pas, elle est, elle vibre, elle s’emporte et virevolte.

Victoire ou échec, peu importe tant que la Volte advient. Elle peut être le pire, elle peut être le mieux, mais elle est indispensable. Définir ce qu’est La Zone du Dehors relève du défi tellement l’œuvre se ressent intensément. Il s’agit d’une succession de sentiments. Un arrachement à soi-même. L’affirmation d’une volonté trop enfouie. La confrontation au courage. Une tâche dévastatrice et salvatrice dans un monde aseptisé. Croire en une lutte alors que tout laisse croire que rien n’est à défendre. Contagion de la résistance. Et c’est l’empreinte que laisse ce livre. Résister. Contre rien, ou peut-être contre tout. L’essentiel étant de ne pas perdre cette force de ne pas hésiter, de vouloir, de volter.


Leslie, AS Bib.-Méd.

 

 

Alain DAMASIO sur LITTEXPRESS

 

damasio horde contrevent

 

 

 

 

Articles d'Émilie et de Jérémie sur La Horde du Contrevent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 00:00

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Neil GAIMAN
Neverwhere
Titre original : Neverwhere
Traduit de l'anglais
par Patrick Marcel
Éditions J'ai lu, 2011
(première édition française 1998)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Neverwhere est l'un des premiers romans de fantasy urbaine – sous genre, mélange de fantasy et de fantastique où des créatures féeriques ou mythologiques vivent dans un environnement urbain – à avoir été traduit en France, c'était en 1998. Son auteur, Neil Gaiman est bien entendu écrivain, mais aussi scénariste et journaliste ; bref, il écrit beaucoup. On lui doit, entres autres, la série de comics Sandman, des romans comme American Gods, Stardust ou De bons présages qu'il a coécrit avec  Terry Pratchett, des recueils de nouvelles, des romans jeunesse ( Coraline, L'étrange vie de Nobody Owens), etc., etc., etc. Il signe également des scénarios de films et de séries télévisées : il a dernièrement écrit un épisode de Doctor Who, véritable institution chez nos voisins d'Outre-Manche.



Passons au livre...

Richard mène une vie tout à fait ordinaire : une petite amie, un boulot, un appart, le train-train quotidien, quoi. Un soir, en se rendant à une soirée avec son amie, il voit une jeune fille blessée gisant sur le trottoir. N’écoutant que son bon cœur, il la ramène chez lui sans savoir que ce geste va être le début de la fin… Sa fiancée le quitte, on ne le reconnaît plus nulle part, il a tout simplement été rayé de la carte ! Alors, évidemment, Richard cherche à comprendre. Il part donc à la recherche de la source de tous ses ennuis : Porte, la jeune fille qu’il a aidée. Mais ça, c’est sans savoir qu’il va pénétrer dans un monde n’ayant rien en commun avec son quotidien : un Londres secret, une ville souterraine située sous la capitale anglaise, un monde invisible aux yeux des mortels qui se révèle aussi dangereux qu’attirant... Bienvenue dans le London Below  !

Humour cynique, ambiances ténébreuses, Londres parallèle et marginale. Voici le cocktail explosif que nous propose Neil Gaiman dans son roman Neverwhere.

Le Londres souterrain est un endroit dangereux, féodal et labyrinthique ; peuplé de créatures étranges et souvent malveillantes. Les différents peuples qui y habitent sont regroupés en baronnies, toutes ces différentes races formant un peuple hétéroclite les jours de marché où on peut se procurer tout et n’importe quoi.

 

 

« Tout le monde achetait. Tout le monde vendait. Richard écouta les cris du marché en commençant à déambuler dans la foule.

– Ils sont beaux, ils sont frais, mes rêves. Cauchemars, cauchemars, première qualité ! Venez acheter mes beaux cauchemars.

– Aux armes ! Armez-vous ! Défendez votre cave, votre caverne ou votre terrier ! Vous voulez leur taper dessus ? On a ce qu’il faut. Allez, ma belle, approchez, venez par ici…

– Cochonneries ! beugla une vieille obèse dans l’oreille de Richard quand il passa devant son étal malodorant. Détritus ! poursuivit-elle. Ordures ! Déchets ! Fange ! Immondices ! Servez-vous ! Tout est cassé et abîmé ! Saloperies, saletés et vieux tas de merde. Allez, allez, faites-vous plaisir.

Un homme en armure battait un petit tambour, chantait en même temps :

– Objets perdus ! Approchez, approchez ! Voyez vous-mêmes. Objets perdus. Rien de trouvé ici, tout est garanti perdu. »

 

 

J’ai trouvé les personnages attachants : Richard, tout d’abord, ce gars complètement paumé au milieu de ce monde qu’il ne comprend pas ; un monde si différent du nôtre, où la magie plane, invisible, omniprésente. Il décide d’accompagner Porte pour retrouver sa vie et les choses rationnelles qu'il a perdues, même si pour cela il doit affronter moult dangers qu’ il ne saisit pas toujours. Il se montre courageux, malgré la peur constante, sentiment qu’il partage avec Dame Porte, la jeune femme qu’il a sauvée. Aussi paumée et terrifiée que son voisin du Londres d’en haut, la jeune fille vient de perdre sa famille dans des circonstances tragiques. Comme les autres membres de sa famille, Porte a le pouvoir d’ouvrir des passages, d’en créer, même lorsqu’ils sont apparemment inexistants.

Les personnages secondaires sont également très recherchés et approfondis. J’ai particulièrement aimé le personnage du Marquis de Carabas, être ambigu oscillant entre l’ombre et la lumière, grand manipulateur dont on ne sait jamais s’il agit de façon pernicieuse ou amicale. Et que dire de Messieurs Croup et Vandemar, tueurs sadiques dont les répliques sont terriblement grinçantes ?

 

 

« M. Croup appliqua sa main gauche contre le mur, doigts écartés. Il prit de la main droite cinq lames de rasoir, visa avec soin et les lança vers le mur. Elles s'y fichèrent toutes, entre les doigts ; ça aurait pu constituer le clou d'un numéro de lanceur de couteaux miniatures. M. Croup retira la main, laissant les lames plantées dans le mur, délimitant le contour de ses doigts, et il se retourna vers son partenaire pour recevoir son approbation.

Il n'avait pas impressionné M. Vandemar.

« Et alors ? Qu'est-ce qu'y a d'extraordinaire ? Z'avez pas réussi à atteindre un seul doigt. »

 

 

Gaiman joue sans cesse avec le lecteur, le semant dans les méandres de ce Londres inconnu, et pourtant terriblement familier. Ainsi les héros traversent-ils des lieux connus de tous, des stations de métro existant réellement : l'auteur manipule la réalité,  mêlant éléments fictionnels et noms de ces dites stations. Ainsi y a-t-il vraiment un comte qui tient sa cour dans un wagon de métro à la station Earls’court, une confrérie de moines encapuchonnée de noir à celle de Blackfriars ou un ange à celle d'Angel.

Le ton du livre est souvent très drôle, les répliques de Richard sont souvent cocasses, en harmonie avec les découvertes qu’il fait dans ce monde du dessous où toutes les créatures qu’il prenait jusqu’ici pour chimères tirées de contes de fées existent réellement. Gaiman sait trouver le mot, l’expression, la phrase justes pour nous plonger dans son univers, nous faire pénétrer dans cette cour des miracles chargée d'une atmosphère étrange et terriblement prenante.

En conclusion, Neverwhere, c’est une sucrerie à savourer sans retenue, une invitation au voyage, une écriture magique, poétique et terriblement imagée, un univers à découvrir les yeux grands ouverts... et ce, qu'on soit ou non adepte des littératures de l'Imaginaire.


Laure, AS Bib.-Méd.

 

 

 

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 07:00

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Nina BOURAOUI
Sauvage
Stock, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’oeuvre littéraire que j’ai choisi de présenter s’intitule Sauvage, c'est le treizième roman de l’auteur franco-algérienne Nina Bouraoui, édité chez Stock. Ce roman traite d’une adolescence algérienne à l’aube des années 80. Une jeune fille, marquée par la disparition inexplicable de son premier amour, se retire du monde pour le repenser à la lumière de cette perte.

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Nina Bouraoui est née à Rennes en 1967, d’un père algérien et d’une mère bretonne. Ses romans qui mêlent poésie et nostalgie de l’enfance et de l’adolescence abordent le monde riche des sentiments, le désir, l’identité et ses troubles, la quête amoureuse et le déracinement. Ses romans sont très imprégnés par les sensations et les couleurs d’une enfance passée à Alger et son écriture sensuelle et subtile s’inspire beaucoup de celle de Marguerite Duras. Parmi ses livres les plus mémorables, on peut retenir La voyeuse interdite qui a reçu en 1991 le prix du Livre Inter, Mes mauvaises pensées, récompensé en 2005 par le prix Renaudot, ou encore Nos baisers sont des adieux. Son oeuvre appartient au genre de l’autofiction.



Dès la première page, le lecteur est plongé dans l’ambiance d’une Alger à la veille des années 80 et c’est des souvenirs de son enfance algérienne que Nina Bouraoui s’inspire pour introduire ce récit intimiste, écrit à la première personne. Alya, une jeune fille rêveuse et mélancolique dépeint l’ambiance et les paysages de son quotidien : son quartier, son voisinage, l’immeuble bâti sur une colline où elle vit avec ses parents et sa soeur. Un univers familier où elle se sent protégée et à l’abri du monde. Lorsqu’elle regarde de sa fenêtre, nous dit-elle, c’est toujours « la même lumière sur la forêt de Baïnem, qui semble prendre feu parce que le soleil se couche ». Le tableau est poétique, teinté d’une nostalgie à travers laquelle on devine un certain malaise. Pour Alya, c’est la nostalgie d’un temps révolu, d’une époque qui ne reviendra plus, mais pour l’auteur, c’est surtout la nostalgie d’un lieu duquel, à sa quatorzième année, elle fut déracinée. Terre natale du père où l’adolescente avait passé des années sauvages, enfermée dans sa communauté familiale, mais ouverte à la nature « forte et sismique ».

Ses journées, Alya les passe à rêver ou à écrire dans un cahier ce qui lui passe par la tête. Parfois, avec sa soeur et Fatia, la voisine qui « lit dans le coeur des gens comme dans un livre ouvert », elle communique avec les esprits. Dans l’espoir de trouver un sens à une réalité qui en est dépourvue. Ou simplement pour s’évader, dissiper « la peur de ce qui existe ». Arrêter l’espace d’un instant, la marche du temps. La rotation des planètes. Fragile et rebelle, Alya refuse le monde tel qu’il lui est donné, proposé. Elle le ressent comme un écrasement, et éprouve des difficultés à y trouver sa place.

Dans la vie, elle distingue deux sortes de peur, « la peur chaude » qui procure un sentiment d’excitation et d’ivresse, et la « peur froide » qui tétanise et paralyse. C’est cette peur chaude qu’elle recherche, car elle lui donne du plaisir et éveille en elle un désir de dépassement d’elle-même. Au contraire la réalité et son objectivité la glacent et c’est surtout l’avenir qui l’effraie ; un avenir incertain, qui selon les habitants du quartier, n’apportera rien de bon. Car « Ici, on a peur de l’année qui vient, l’année 1980. Tout le monde dit que quelque chose va arriver, va changer; que la technologie va dépasser les humains. On attend une catastrophe, mais on ne sait pas de quel côté elle va surgir.»

Dans la famille et le voisinage de la jeune fille, le temps semble arrêté, figé presque; et la vie, si elle poursuit son cours, c’est dans un temps dépassé qui déjà n’existe plus. Car si la modernité n’a pas encore atteint Alger, en revanche, en Europe, elle accompagne le quotidien depuis longtemps déjà. Par les lettres d’une grand mère française, la grand mère d’Alya, ce décalage est mis en exergue et vient perturber l’équilibre de cette cité repliée sur elle-même, qui vit selon son rythme propre. Dans ce temps incertain et comme suspendu, Alya fait la promesse de tout raconter pour Sami, son amour de jeunesse, mystérieusement disparu dans la campagne algéroise : « C'est important les mots, ça reste... et ça protège », confie-t-elle, consciente de l'éphémère et de la fragilité d’une vie. « Car tout tourne, tout s’efface et tout recommence et je ne sais pas si l’on retrouve un jour ce que l’on a perdu. » Sami lui-même révèle par sa disparition soudaine le caractère éphémère et vulnérable de la vie humaine, rappelant par là-même la futilité et la mesquinerie dont nous faisons si souvent preuve. Cette prise de conscience est essentielle, et c’est par elle que Alya va comprendre que la mort n’est pas une chose extérieure à nos vie mais qu’elle lui est inhérente, que « vie » et « mort » ne seraient peut être rien de plus que des mots, des étiquettes, par lesquels nous désignons les versants d’une seule et même chose. Une chose qu’il nous serait difficile de percevoir et de comprendre parce qu’elle nous dépasse. Une chose à laquelle nous participons pourtant. Pour cette raison, et à cause du caractère mystérieux de cette disparition, Alya ne peut faire le deuil de son ami, elle ne peut se résoudre au silence et à l’absence de cet être cher, pour qui elle a éprouvé et éprouve toujours un amour fraternel inaltérable. Par l’écriture, elle tisse alors entre la terre et ciel un lien qui donnera à cet amour une dimension d’éternité.

Dans ses cahiers et par les mots qu’elle emploie, elle redonne vie à son passé, et ressuscite Sami qui reste ainsi présent à son esprit, vivant dans sa mémoire. Elle évoque plusieurs souvenirs et les temps forts de leur histoire. Sa quête de moments passés, points d’appui pour reprendre le chemin de la vie, conduit Alya à revivre des scènes d’une intensité peu commune, « souvenirs fondateurs, ceux qui restent et qui nous poursuivent toute la vie ».

Ensemble, ils traçaient « les plans de la ville idéale, celle de leurs rêves » ou encore en pleine nuit, escaladant le mur de la Résidence, Sami s'enfonçait dans la forêt d'eucalyptus avec une lampe torche, il disait qu'il avait l'impression d'être seul au monde, « d'être dans un processus de disparition, et son corps se remplissait de bonheur parce qu'il n'avait plus de lien avec rien...». Il promettait de protéger Alya toute sa vie, lui donnait son coeur. Leur sujet de prédilection était celui de la mort qui ne pouvait pas se délier de la vie et vice versa, et ils partageaient l’idée que c'était là que se tenaient tous les mystères de l'existence, « la sensation de Dieu ». Ensemble, ils éprouvaient la peur chaude en eux, une peur de l'infini, de « quelque chose qui a commencé et ne s'arrêtera plus ». Plusieurs passages du livre évoquant la fusion entre la matière et le spirituel, entre Dieu et la nature recèlent une dimension cosmique. Cela est particulièrement vrai du passage où Sami et Alya s’enfoncent dans une fosse remplie de chants d’oiseaux, au milieu de la forêt et d’une terre rouge sang : « On était comme dans un corps géant, comme le corps de la baleine dans l’histoire de Pinocchio, c’était vaste, chaud, sombre, humide et l’image du sexe est revenue. »

Pour Nina Bouraoui, « la disparition, c’est l’expérience la plus terrifiante » car il y a toujours l’espoir de retrouver un jour la personne. (On peut penser ici au film Sous le sable de François Ozon, qui décrit l’incapacité d’une femme à faire le deuil de son mari disparu lors d’un bain de mer.) Dans ce récit, qui est une réflexion sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, elle nous parle dans une langue universelle de la difficulté à accepter la perte des êtres qui nous sont chers et à vivre sans eux, dans un monde qui demeure, et qui sans eux n’est plus tout à fait le même. Ainsi, la soeur d’Alya aura beau passer les tubes en vogue de l’époque et ses parents faire comme si rien ne s’était passé, elle ne se remettra que difficilement de cette perte. Elle a prié souvent pour le voir revenir, car malgré son chagrin elle conserve la foi. « Plus en les hommes, mais en Dieu », dit-elle. De plus, elle s'interroge à plusieurs reprises, sur son éventuelle culpabilité quant à cette mystérieuse disparition, mais ce n’est qu’à la fin que des éléments de réponses se feront jour.

C’est donc dans l’écriture, que la narratrice, tout comme son auteur, trouvera le moyen de se libérer des fantômes qui la hantent. En revisitant son passé, en analysant le présent et en se projetant dans l'avenir en donnant libre cours à son imagination, elle peut tendre à nouveau vers une existence plus légère, plus sereine et surtout plus vraie. À la fin du livre, Alya n’est plus tout à fait la même. En soi, rien a changé, et Sami n’est jamais revenu. Cependant, « ce n’est plus la même lumière quand je regarde de ma fenêtre [...] », avoue-t-elle. Et ce n’est plus la même lumière sur la forêt de Baïnem qui semble prendre feu parce que le soleil y tombe. « Tout recommence et tout se rassemble, rien ne se défait et rien ne se sépare. Ce n’est plus pareil parce que j’ai changé. »



Avec ce texte, Nina Bouraoui nous offre une belle réflexion sur le temps qui passe, sur la maturité, sur le pouvoir de l’écriture et surtout de l’amour dont elle nous propose ici une jolie métaphore : « C’est vers l’amour que je veux tendre, et c’est avec cet amour que je construirai toute sortes de châteaux.»


Anne-Clémence, AS Bib.

 

 


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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 07:00

 

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John CHEEVER
Les Lumières de Bullet Park
Titre original

Bullet Park
traduit de l'anglais (américain)
par Dominique Mainard

Le Serpent à plumes, 2003
Gallimard, Folio, 2009

1969 pour la première édition









 

 

 

 

 

Biographie

John William Cheever est né le 27 mai 1912 à Quincy dans le Massachusetts. Il était surnommé le « Tchekhov des faubourgs » (the Chekhov of the suburbs) pour son attachement à décrire la vie des Américains de banlieue et à en extraire toutes les failles et les contradictions.

Il a écrit 5 romans et plus de 200 nouvelles. Il a obtenu le prix Pulitzer en 1979 pour Histoires de John Cheever, le National Book Award en 1958 et bien d'autres distinctions.

Alors que Steinbeck écrivait sur la classe ouvrière et Fitzgerald sur la bourgeoisie, Cheever, lui, choisit une voie différente. Ses personnages, torturés, éprouvent une mélancolie violente par rapport au nouveau mode de vie américain.


Jeunesse

L'auteur lui-même est issu de la classe moyenne. Son père, vendeur de chaussures, a plongé dans l'alcool suite à l'effondrement de son commerce. Sa mère tente alors d'ouvrir une boutique de cadeaux qui s'avère être un échec cuisant (Cheever dira : « an abysmal humiliation »).

Il entre alors dans une école privée (Thayer Academy) mais en change vite car l'atmosphère y est étouffante et pauvre en performance. Il entre alors à Quincy High, une école moins prestigieuse. Ayant remporté le prix de la meilleure nouvelle de son établissement, il est invité comme « étudiant spécial » à Thayer Academy. Mais ses résultats s'avèrent toujours aussi déplorables. Il choisit de se faire expulser pour avoir fumé plutôt que d'avoir à répondre à cet ultimatum du directeur :  soit ses résultats s'amélioraient, soit il choisissait de partir. À 18 ans, sur cette expérience, il écrira Expulse, qui sera publié dans The New Republic.

À cette même époque, les huissiers saisissent la maison des Cheever qui emménagent dans un appartement en ville (rappelons qu'aux États-Unis, la banlieue est synonyme de richesse). Ses parents se séparent avant de se remettre ensemble. Il habite avec son frère quelque temps et vivote à droite et à gauche sans jamais se fixer.


Début de carrière

Il trouve son premier travail dans un journal, qui consiste, selon son employeur à « remettre en ordre les phrases écrites par d'incroyables idiots fainéants ». Cheever démissionne quelques mois plus tard. Il rencontre Mary Winterntz avec qui il se mariera en 1941. Sa première publication, en 1935 dans le New Yorker, est une nouvelle intitulée Buffalo.

Son talent lui sauvera la vie. En lisant son recueil The way some people live, que Cheever jugeait pourtant « immature et embarrassant » et dont il cherchera toute sa vie les exemplaires pour les détruire, le major et dirigeant de la MGM et officier dans le corps de transmission de l'Armée transfère le jeune homme dans l'ancien studio Paramount dans le Queens. Son unité d’infanterie, celle où il aurait dû se trouver, mourra sur les plages de Normandie.

Sa fille Susan naît le 31 juillet 1943. Cheever commence à bien vivre grâce à ses écrits. Il a une vie de famille, un bon travail. Son fils Benjamin naît le 4 mai 1948. Cheever achète alors une maison en banlieue, celle où vécu Richard Yates. Il publie en 1947 The Enormous Radio, conte dans le style de Kafka sur une sinistre radio diffusant les conversations privées des habitants d'un immeuble new-yorkais. Goodbye my brother en 1951, lui vaudra une récompense.

Il part avec sa famille un an en Italie grâce aux droits d'adaptation cinématographique de The Housebraker of Shady Hill. Son fils, Federico naît le 9 avril 1957.


 Le succès

The Wapshot Chronicals paraît en 1956, The Wapshot Scandal en 1964. C'est un immense succès. Mais Cheever passe souvent après d'autres auteurs comme Salinger ou Updike car il n'est pas dans l'esprit de New York. Au contraire, il critique ce mode de vie.

Il écrit le scénario du film, The Swimmer, dont Burt Lancaster interprétera le rôle principal. Cheever y fait d'ailleurs une courte apparition.

Mais il boit de plus en plus en raison des tourments liés à sa bisexualité qu'il refuse d'assumer. Il voit un psychiatre pour sauver son couple mais celui-ci lui dit qu'il est lui-même son problème : « un homme névrosé, narcissique, égocentrique, non amical et si profondément impliqué dans [ses] propres illusions défensives, qu'il s'est inventé une femme maniacodépressive ». Cheever met rapidement un terme à cette thérapie.

Bullet Park sort en 1969. B Demott dira de l'oeuvre  : « les nouvelles de John Cheever rappellent et rappelleront toujours de beaux oiseaux mais dans l'atmosphère glauque de Bullet Park il n'y a pas d'oiseaux qui chantent ».

En 1973, ses problèmes d'alcool s'aggravent. Il suit un traitement psychiatrique et dans le même temps a une aventure avec l'actrice Hope Lange. Il fait un œdème pulmonaire la même année et jure alors de ne plus jamais boire. Promesse qu'il ne tiendra pas.

Cheever enseigne à l’Iowa Writer's Workshop, notamment à T.C. Boyle. Il accepte un poste de professeur à Boston University et prend un appartement seul, sa famille vivant à New York et ses problèmes de couple ne s'arrangeant pas. En 1975, il boit toujours. Son frère décide de le ramener chez lui. Il entre dans une unité de réadaptation pour alcooliques à New York. Sa femme le ramène à la maison deux mois plus tard. On ignore les traitements qu'il a subis dans cet établissement mais le fait est qu'il ne boira plus jamais après cette expérience.

En 1977, Cheever apparaît dans Newsweek avec la mention « a great american novel : John Cheever's Falconer » (un grand roman américain, Falconer de John Cheever). Le roman sera numéro un de la liste des best-sellers du New York Times pendant trois semaines.

Son recueil de nouvelles The Stories of John Cheever, publié en 1978, sera l'un des meilleurs recueils jamais vendus avec 125 000 exemplaires grand format écoulés. John Cheever est alors un auteur mondialement reconnu.


La maladie et le fin de sa vie

Il apprend en 1981 qu'il souffre d'un cancer généralisé. Son dernier roman paraît en 1982, Oh what a paradise it seems. Cette dernière œuvre est plus courte et de qualité inférieure. Elle aura de bonnes critiques mais surtout parce que l’auteur est célèbre et mourant.

Il reçoit la médaille nationale de littérature la même année. Il apparaît alors, cadavérique et dans un état de fatigue extrême, méconnaissable. Il meurt le 18 juin 1982 à 70 ans dans l'état de New York. Pour l’anecdote, les drapeaux à Ossining (ville où il vécut pendant trente et un ans)  ont été hissés pendant dix jours après sa mort en son honneur.


Posthume

Sa femme signera un contrat pour éditer les nouvelles jamais publiées. Quant à Susan, sa fille, devenue écrivain, elle révèlera ou plutôt confirmera la bisexualité de son père et le malaise qui en résultait. Son fils Benjamin est également écrivain. Blake Bailey a écrit en 2009 une biographie de John Cheever qui a reçu de nombreux prix.

John Cheever est aujourd'hui encore considéré comme un auteur marquant de la littérature américaine.



 Bibliographie

 Parutions américaines

The Way Some People Live (stories, 1943)
The Enormous Radio and Other Stories (stories, 1953)
Stories (with Jean Stafford, Daniel Fuchs, and William Maxwell) (stories, 1956)
The Wapshot Chronicle (novel, 1957)
The Housebreaker of Shady Hill and Other Stories (stories, 1958)
Some People, Places and Things That Will Not Appear In My Next Novel (stories, 1961)
The Wapshot Scandal (novel, 1964)
The Brigadier and the Golf Widow (stories, 1964)
Bullet Park (novel, 1969)
The World of Apples (stories, 1973)
Falconer (novel, 1977)
The Stories of John Cheever (stories, 1978)
Oh What a Paradise It Seems (novela, 1982)
The Letters of John Cheever, edited by Benjamin Cheever (1988)
The Journals of John Cheever (1991)
Collected Stories & Other Writings (Library of America) (stories, 2009)
Complete Novels (Library of America) (novels, 2009)

Parutions françaises


L'Homme de ses rêves, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2011
On dirait vraiment le paradis, roman, Joëlle Losfeld, 2009/Gallimard (Folio), 2010
Le Ver dans la pomme, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2008/ Gallimard (Folio) 2010
 Déjeuner de famille, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2007/ Gallimard (Folio), 2010
Falconer, roman, Gallimard (Folio), 2009
Les Lumières de Bullet Park, roman, Gallimard (Folio), 2009
Une Américaine Instruite, nouvelles issues de Déjeuner de famille Gallimard (Folio 2€), 2009
Les Wapshot, roman, Gallimard (Folio), 2009

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Un mot sur la traductrice
 
Dominique Mainard est une traductrice et romancière française née en 1967. Elle a traduit la majorité des oeuvres de John Cheever et de Janet Frame. Elle est l'auteur de Je voudrais tant que tu te souviennes (Joëlle Losfeld, 2007) et Pour vous (Joëlle Losfeld, 2008), entre autres.


 

 

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Résumé

Nous sommes dans les années 1960. À Bullet Park, charmante banlieue aisée de New York, vit la famille Nailles. Tout se passe pour le mieux, jusqu'au matin où Tony, le fils de la famille, refuse de quitter son lit, pris d'une tristesse accablante. Sa mère semble détachée des réalités de l'existence et son père ne supporte d'aller au travail que sous substances tranquillisantes. Derrière la façade des pavillons se cachent des secrets lourds dans chaque famille. Sans compter l'arrivée d'un nouveau venu dans le quartier, Paul Hammer, névrosé solitaire qui n'a qu'un but : crucifier le rêve américain.

 Le roman se compose de 3 parties distinctes :

Première partie : L'histoire de la famille Nailles
Deuxième partie : L'histoire de Paul Hammer
Troisième partie : Paul Hammer vs Nailles

Les Nailles ressemblent à ces familles que l’on pouvait voir sur les affiches de publicité des années 60 vantant les mérites d'une future banlieue résidentielle, achat indispensable pour accéder à la vie américaine aisée de l'époque, « l'american way of life » par excellence. Mais malgré ses airs hautains et son allure propre, cette famille imprégnée de puritanisme va très vite déchanter. Tout ce qu'on ne dit pas est latent et attend, tapi, pour mieux exploser un jour. C'est ce que John Cheever s'acharne à nous expliquer dans son roman, Les Lumières de Bullet Park, sorti en 1969 aux États-Unis et quelque quarante années plus tard en France. Cheever, ayant lui-même connu la vie de banlieue, ses fastes et la déchéance de sa classe sociale, dresse avec humour et noirceur le portrait de cette Amérique bien pensante et, surtout, en révèle les fêlures.

L'histoire est composée de trois parties. Dans la première, donc, l'histoire des Nailles, charmante petite famille en apparence, composée du père, Eliot, de la mère, Nellie, et du fils, Tony, famille qui voit son quotidien bouleversé le jour où Tony refuse de sortir de son lit. Folie, maladie, voilà comment est perçu le comportement du fils simplement atteint du mal de son époque, étouffé par le poids des apparences et l’accumulation de trop nombreux problèmes auxquels l’usage était de remédier en prenant sur soi, jusqu'à éclatement. Le lecteur devient alors spectateur de la triste déchéance de cette si pâle famille. Drogue, psychiatrie, chamanisme, rien n'est exclu pour venir à bout de ce mal-être pourtant bel et bien installé, et prévisible si seulement on ne s'était pas acharné à tout dissimuler et refouler.

Cheever adopte un langage direct, franc. C'est l'auteur qui nous parle d'où la présence importante de la voix du narrateur. Il ne juge pas, il constate, après analyse. Et alors que l'on s'habituait aux multiples rebondissements dans la vie de la famille Nailles, une deuxième partie tout à fait différente fait interruption dans le récit. Le lecteur découvre le passé de Paul Hammer, le nouvel arrivant de Bullet Park, névrosé, solitaire et mystérieux, raconté dans le style tranchant et précis de Cheever.

La grande particularité de ce personnage est qu'il est aux antipodes des conventions américaines des années 60, mais aussi terriblement en avance sur son temps lorsque l'on constate aujourd'hui le nombre de Paul Hammer qui existent aux États-Unis. Rongé de solitude, ravagé par l'alcool, dévasté par la folie, cet homme voit le sort s'acharner sur lui ; son unique but lui a été révélé un jour par sa mère, elle-même en marge de la société : crucifier le rêve américain.

Dans cet univers où tout n'est que façade, Paul Hammer, lui, dévoile tout, il ne se cache pas derrière de fausses apparences, certainement parce qu'il a été exclu du système, et ce, dès sa naissance.

Enfin dans une troisième partie, le suspens atteint son apogée. Paul Hammer et la famille Nailles s'affrontent sur le terrain de la réussite. Le combat est acharné et le lecteur peut être partagé. Il part en connaissance de cause, il connaît les équipes et sait de qui elles sont composées : Hammer (le marteau) ou Nailles (les clous).

Deux écoles s'affrontent dans ce livre : ceux qui veulent atteindre l'excellence et ceux qui veulent l'achever. Sachant qu'au bout du compte, et cela est clairement explicité, le bonheur n'est certainement pas la finalité.

Des les premières lignes on est saisi par la plume de John Cheever. Il a la capacité d'emmener le lecteur avec lui, dans son histoire. Pour moi, ce roman est grand parce qu'il est, d'une part, témoignage sur les troubles de son époque et d'autre part parce qu'il est divertissant à souhait, à la fois drôle et sombre ; jamais la lassitude ne s'installe. On peut tirer la conclusion évidente que Cheever était un clairvoyant. Lorsque l'on referme ce livre, on est conscient que l'Amérique ne s'est jamais sortie de cette pathétique situation, aujourd'hui étendue à l'échelle planétaire. C'est savoureux, piquant et l'on se laisse plonger dans ce Desperate Housewives des années 60 dont la morale se révèle finalement intemporelle.


Marjorie Prunet, AS Éd.-Lib.


 John CHEEVER sur LITTEXPRESS

 

John Cheever Dejeuner de famille

 

 

 

 

Article de Mathieu sur Déjeuner de famille.

 

 

 

 

 

 


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 Article de Pauline sur Une Américaine instruite.   
   
   









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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 22:10

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Permanences de la littérature

vous invite à une soirée lectures et performances

avec Claude Chambard, Robert Keramsi, Fred Léal, Lev Rubinstein

au Château Mazeyres
le jeudi 28 juin

à 21h.

 

 

 

Château Mazeyres
56, avenue Georges-Pompidou
33500 Libourne
Coordonnées GPS : Latitude : N 44 55.956 - Longitude : W 0 14.114

Entrée Gratuite


Réservation conseillée par mail à : accueil@permanencesdelalitterature.fr ou au par tel : 0556866429
Pour plus d'informations http://www.litteratureenjardin.fr/index.html

 

 


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