Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 07:00

Iain-Levison-Arretez-moi-la.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Iain LEVISON
Arrêtez-moi là !
Titre original 

The Cab driver
Traduction
de Fanchita Gonzalez Battle
Liana Lévi, 2011





 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Né à Aberdeen en Écosse, en 1963, Iain Levison arrive aux États-Unis en 1971. S'ensuit alors une authentique vie de bourlingueur : service militaire sous le drapeau britannique en Afrique du Sud, longue période de chômage à Glasgow, création d’une société de cinéma rapidement déficitaire, « petits boulots » pendant dix ans à travers tous les États-Unis... Titulaire d'une licence de lettres, il finit ainsi par se mettre à l’écriture de romans, lesquels traverseront l'Atlantique et paraÏtront en France : Une canaille et demie, publié en 2003, suivi de Un petit boulot en 2006 et de Tribulations d'un précaire en 2007, récit autobiographique dans lequel il évoque les 42 « petits boulots » qu'il a exercés. Son dernier roman, qui date de 2011, aborde le thème de l'erreur judiciaire. Il vit aujourd’hui à Raleigh en Caroline du Nord.



Résumé et analyse

Arrêtez-moi là ! est l'histoire d'une erreur judiciaire racontée avec authenticité et sans concession. Ainsi, le livre est une occasion pour l'auteur de critiquer sévèrement le système judiciaire étasunien, qui cherche à tout prix un coupable et bâcle les enquêtes en inculpant la première personne venue. C'est ce qui arrive au personnage principal, Jeff Sutton, qui est accusé à tort d'avoir enlevé, séquestré et peut-être assassiné une fillette de 12 ans. Commence alors pour lui une descente aux enfers dont le point de départ est une arrestation policière sommaire. S'ensuit alors un long interrogatoire au commissariat qui s'achève par une incarcération, et tout cela en moins d'un jour, ce qui est révélateur et montre bien le caractère expéditif de la justice aux États-Unis.

Concernant les choix de narration, l'histoire est racontée à la première personne du singulier, du point de vue de Jeff Sutton. Cela permet ainsi au lecteur de se mettre plus facilement dans la peau de ce personnage principal et d'être en empathie totale avec ce qu'il ressent, comme ce sentiment de grande injustice accompagné du désir ardent d'être juste en train de faire un cauchemar et de bientôt pouvoir se réveiller. À la lecture de ce livre, il est difficile de ne pas songer au Procès de Kafka.




Mon avis

Au travers de cette œuvre, j'ai pu percevoir le talent de Iain Levison en matière de satire sociétale, caractéristique qui se retrouve dans d'autres ouvrages de l'auteur. Ce dernier dénonce ici, incisivement et efficacement, le système judiciaire des États-Unis avec toutes ses dérives. Un livre intéressant à découvrir.


Antoine, 2e année Bib.-Méd.


Repost 0
Published by Antoine - dans polar - thriller
commenter cet article
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 07:00

Jim-Dodge-L-oiseau-canadeche.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jim DODGE
L’oiseau canadèche
Titre original : Fup Duck
Parution américaine en 1984
Traduction de
Jean-Pierre Carasso
Éditions Cambourakis, novembre 2010





 

 

 

 

 

 

La lecture de L’oiseau canadèche, c’est d’abord une plongée au cœur du Grand Ouest américain que se partagent les propriétaires de ranch et amateurs de chemises à gros carreaux, de soirées poker, de balades en pick-up et de chasse au sanglier. On y retrouve le paysage sec, poussiéreux et sans fin auquel la littérature des grands espaces nous avait habitués. Malgré cela, ce  court roman de Jim Dodge – une petite centaine de pages – nous surprend par son originalité.

Les trois principaux personnages, pour commencer, sont riches d’obsessions délirantes et dotés d’un caractère bien trempé. Jake, rebaptisé Pépé Jake de son propre chef dès qu’il reçoit la garde de son petit-fils, est un vieil homme solitaire et parfaitement excentrique franchement porté sur les jeux d’argent et le vieux whisky tord-boyaux. C’est de la rencontre avec un vieil indien lui confiant dans un dernier souffle la recette de l’immortalité, celle du Vieux Râle d’Agonie, qu’est née cette passion pour l’affinage et la dégustation de cet alcool maison sur sa terrasse. Bien qu’approchant la centaine d’années, notre grand-père à grande gueule, assume pleinement ses penchants anarchistes et libertaires en rejetant en bloc les contraintes que représentent le travail, les impôts et autres normes sociales. Jake méprise violemment quiconque mène « une petite vie bien merdeuse et salement étroite ».

Malgré ses airs grognons, le centenaire sait trouver la tendresse nécessaire à l’éducation du petit Jonathan et partage avec lui son fameux whisky. Titou, tragiquement orphelin dès sa petite enfance, devient un jeune homme de grande bonté et de grande taille. Bien que Jake soit la seule figure adulte à laquelle il puisse s’identifier, il défendra des valeurs opposées à celles de son aîné tout au long de l’histoire. Au grand dam de son grand-père qui considère que l’important est que « toute chose puisse aller et venir », il voue une véritable passion, proche de l’obsession, à la construction de clôtures et de barrières dans le ranch familial. Une activité méticuleuse puisqu’il fabrique de nombreuses maquettes, huile ses outils un à un, suit un planning saisonnier pour la confection des barbelés, et tient compte de la jim dodge fup duckmétéo avant la réalisation de ses projets. Son passe-temps favori lui fait cependant un ennemi juré : Cloué-Legroin. Ce sanglier légendaire et malicieux s’amuse à déterrer ses piquets à l’aide de ses défenses dès qu’il a le dos tourné. La vengeance va devenir la deuxième obsession de Titou et la chasse de son adversaire sa nouvelle activité dominicale.

Canadèche l’accompagne pendant ces sorties meurtrières. Elle est la seule figure féminine de la maisonnée, mais aussi une canne de plus de 10 kilos ! L’oiseau, baptisé Canadèche – cela s’explique dans la version originale du roman : Fup Duck / Fucked Up –, se caractérise par une faim sans fin et un régime à base de whisky pour elle aussi. Jake et Titou l’humanisent, lui parlent, lui cherchent un amoureux, l’emmènent au cinéma avec eux et la cajolent autant qu’ils le peuvent. Étrangement, c’est elle qui équilibre et raisonne ce trio hautement improbable.



L’oiseau canadèche est donc « imbibé » d’humour et de tendresse. Malgré sa forme courte, l’on accompagne les trois personnages tout au long de leur longue vie dans un récit par ailleurs foisonnant et riche en péripéties et anecdotes délicieuses. Le rythme inégal participe au dynamisme du texte et à la transmission de ses valeurs. Ainsi, les années décrites dans les premières pages semblent défiler à une vitesse folle et on traverse plusieurs tristes décennies en quelques lignes, alors que l’on prend le temps de savourer les petits moments du quotidien de nos héros pendant plusieurs paragraphes. Un contraste à interpréter comme un message invitant à vivre une vie simple et tranquille loin des tracas et des événements tragiques. Ce texte est tout de même remarquable par sa capacité à développer tout un univers et à faire aussi totalement adhérer le lecteur à l’intrigue en si peu de pages.

Par sa longueur mais aussi son ton très onirique et poétique, le roman peut se rapprocher du conte ou de la fable. En effet, nombreuses sont les allusions surnaturelles qui se glissent dans ce petit bijou de la littérature américaine. D’abord Canadèche, la canne géante buveuse de whisky, qui partage la vie des deux hommes, puis Pépé Jake, immortel grâce à son Vieux Râle d’Agonie, et Cloué-Legroin, le sanglier en quoi l’on soupçonne Johnny Sept-Lunes de s’être réincarné, sont autant de détails appartenant à l’inhabituel ou à une belle histoire proche du fantastique.

Histoire dans laquelle la question de la mortalité et de l’immortalité est récurrente. Et cela commence dès les premières pages par les morts violentes des parents du pauvre Titou qui les accepte dès son plus jeune âge. Alors que son grand-père refuse son statut d’homme mortel et vit dans l’imaginaire, lui, beaucoup plus terre-à-terre, affirme que « quand les gens meurent, ils meurent pour de bon. Ils disparaissent et voilà tout. » Le personnage de Cloué-Legroin, lui aussi, semble échapper aux lois de la nature apparaissant et disparaissant au fil du roman de plus en plus blessé mais de plus en plus vivant. Pépé Jake non plus, malgré les années de vie qu’il accumule, – plus de cent ans à la fin du récit – ne semble pas subir les conséquences de l’âge sur son corps ni sur son intellect et ses idées très affirmées.

Ce roman de Jim Dodge, au goût de vérité absolue, est en fait un véritable éloge de la vieillesse doublé d’un conte humoristique, poétique, tendre et libertaire. Précieux comme le whisky du vieux Jake, il est à recommander sans modération.


Sara, LP

 

 

Jim DODGE sur LITTEXPRESS

 

Jim Dodge Stone Junction 1

 

 

 

 

 

 Article de Marine sur Stone Junction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Sara
commenter cet article
25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 07:00

rencontre littéraire
proposée par
Permanences de la littérature
en partenariat avec la librairie Mollat
le mardi 26 juin 2012 à 18h

 

fred-leal-N--d-ecrou-1926.gifFred Léal vit à Bordeaux où il exerce la médecine générale. Il est l’auteur d’une dizaine de livres caractérisés par un goût prononcé pour les manipulations textuelles débridées et pour les superpositions de niveaux de langues (dialogues, fragments de textes hétérogènes), et dont la finalité principale est d’inventer de nouvelles formes narratives.

 

Ses plus récents livres publiés sont :
N°d’écrou 1926, avec Jean-Christophe Garcia (éditions le Festin, les Cahiers de l’Éveilleur, 2012),
Le Peigne jaune, éditions de l’Attente, 2011,
Comme le loup blanc, Le bleu du ciel, 2011,
Délaissé, P.O.L, 2010

Lev-Rubinstein.gifLev Rubinstein vit à Moscou où il exerce le métier de journaliste. Il est une des figures prépondérantes du groupe non officiel des « conceptualistes », qui, au milieu des années 1970, forma à Moscou une « avant-garde » inventive et insolente. En 1975, il inaugure un nouveau genre artistique, relevant de la poésie et du théâtre à la fois, en réponse à un besoin de « surmonter la force d’inertie de la page » : le « texte-sur-fiche », qui devient très vite sa marque. Largement reconnu en Russie, Lev Rubinstein a trouvé son public grâce à ses lectures-performances, à la publication de plusieurs volumes de textes sur fiches et de recueils de chroniques.
Les éditions Verdier préparent un volume complet des ses textes, traduits en français par Hélène Henri pour 2013.

 

Ses oeuvres traduites à ce jour :
Questions de littérature, trad. Hélène Henry, in Douze Écrivains russes, Anthologie des Belles Étrangères. éd. Actes Sud-Cnl, 2004
Cette fois-ci, trad. Hélène Henry, édition bilingue, éd. Rumeur des âges, 2004
Poésie sur fiches, trad. Pierre Alferi et Hélène Henry, éd. Cahiers de Royaumont, 1993


Espace 91
91, rue Porte Dijeaux
33000 Bordeaux


Entrée Gratuite

 

 


Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 07:00

twinkle-stars-conv.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TAKAYA Natsuki
高屋・奈月
Twinkle Stars
星は歌う
hoshi wa utau
(Le chant des étoiles)
Delcourt
13 mai 2009-30 novembre 2011.
11 tomes







 

 

Biographie

Natsuki Takaya est née à Shizuoka (sud de Tokyo) le 7 juillet 1973. Son manga le plus connu est Fruits Basket qui a eu un grand succès aussi bien au Japon (elle a reçu le prix Kodansha) qu’en France. Il a aussi été adapté en un anime de 26 épisodes qui reprend les 6 premiers tomes du manga, alors que celui-ci en compte 23, mais au moment de l’anime, le manga n’était pas encore terminé.

(Pour une biographie plus complète, cf. Wikipédia ou Nautiljon)



Résumé

Shiina Sakuya vit avec son cousin Kanadé dans une maison au bord de la mer. Un jour, elle rencontre Aoi Chihiro, qui l’intrigue. Ce dernier lui offre un cadeau le jour-même, qui est aussi le jour de son anniversaire, avant de disparaître. Sakuya alors n’aura de cesse de le chercher pour pouvoir le rencontrer à nouveau, intriguée par ce mystérieux personnage.

Elle le retrouve finalement dans son lycée où il a été transféré ; cependant, ce dernier fait comme si rien ne s’était passé, préférant rester froid et indifférent à ses tentatives pour engager la conversation ou pour lui montrer sa sympathie. Sakuya ne comprend pas ce revirement de situation ni la raison pour laquelle il la repousse.

Pourtant, touchée par le jeune homme, par sa mélancolie, et se souvenant toujours de cette soirée où ils ont discuté comme s’ils étaient de vieux amis, elle se rend finalement compte qu’elle est tombée amoureuse de lui.

Commence alors une histoire douce et tendre, comme Natsuki Takaya sait si bien les raconter. Les personnages se croisent, s’évitent, se comprennent mal mais se ressemblent pourtant : il faut néanmoins beaucoup de détours pour arriver enfin au point d’arrivée.



Personnages

 

twinkle-stars-shiina-sakuya-01.png

 

Shiina Sakuya : Le personnage principal est une jeune fille timide et profondément gentille. Elle aime plus que tout regarder les étoiles, et c’est la fondatrice du club d’astronomie. Elle vit chez son cousin Kanadé, et sa rencontre avec Chihiro l’a profondément marquée.

 

 

 

 

Twinkle-stars-chihiro-01.jpg

 

 

Aoi Chihiro : Jeune homme calme et paisible, il garde au fond de lui des secrets enfouis qui le rendent solitaire et mélancolique. Il se sent coupable de quelque chose dont il n’est en fait pas responsable, mais cela ne l’empêche pas de maudire son impuissance. Si c’est lui qui fait le premier pas vers Sakuya, son attitude change du tout au tout lors de leur rencontre suivante.

 

twinkle-stars-honjou-hijiri-01.jpg

 

 

 

Honjō Hijiri dite « Sei » : Fille unique d’une famille très riche, c’est la meilleure amie de Sakuya. Elle a très mauvais caractère, mais elle est toujours gentille avec Sakuya qu’elle essaye d’aider par tous les moyens, quitte parfois à la bousculer un peu.

 

 

 

 

Twinkle-stars-murakami-yuri-01.jpg

 

 

Murakami Yuuri : C’est un garçon très sociable, il a beaucoup d’amis. Il aime passer du temps avec Sakuya qui le considère comme un véritable ami, même si lui est amoureux d’elle. Il est particulièrement maladroit pour exprimer ses sentiments.

 

 

 

 

twinkle-stars-miyako-kanade-01.jpg

 

 

Miyako Kanadé : C’est le cousin de Sakuya : ils habitent tous deux ensemble dans une maison au bord de la mer. C’est un personnage froid et cynique au premier abord, qui a beaucoup de mal à se sociabiliser et à entrer dans le moule de la société, mais il veille néanmoins sur Sakuya.

 

 

 

Une patte graphique très « fruits basketienne »
fruits-basket.jpg
Quiconque connaît un tant soit peu l’oeuvre de Natsuki Takaya ne sera pas dépaysé au contact de ses dessins, qui affermit ce qui était amorcé par la deuxième moitié de son manga à succès Fruits Basket. Des personnages aux traits particulièrement fins, des doubles pages pleines de poésie, des alternances entre des cases de dessins et de purs moments de poésie transcrivant les pensées des protagonistes : telles sont les marques de fabrique de Natsuki Takaya, qui remplit ses cases et ses trames avec la même douceur et la même nostalgie que pour sa corbeille de fruits.

Les traits sont bien affirmés, moins brouillons que dans ses premières séries ou one-shots. Les personnages ne sont pas sans nous rappeler ceux de ses précédents mangas, tout en s’en distinguant par leurs personnalités différentes et une histoire qui reste ancrée dans un réalisme qui lui donne aussi plus de gravité qu’il n’y en avait dans Fruits Basket. L’humour est moins présent, les thèmes sont sensiblement les mêmes, mais traités avec une maturité qui rend le manga beaucoup plus adulte qu’on ne pourrait s’y attendre.



Le « chant des étoiles »

Le « chant des étoiles » est le sous-titre donné à Twinkle Stars, qu’on peut traduire par ailleurs comme « les étoiles scintillent ». Le titre vient du fait que l’héroïne, Sakuya voue une passion particulière à ces astres. Fondatrice du club d’astronomie qui ne compte que trois membres (Sei, Yuuri, et Sakuya) puis quatre avec l’arrivée de Chihiro, elle a toujours considéré les étoiles comme des astres bienveillants. L’étoile est d’ailleurs le fil conducteur de l’histoire ; Sakuya considère par exemple Chihiro comme une « étoile solitaire » qu’elle aimerait en fait atteindre (« Cette étoile ne se rend pas compte de sa solitude » tome 5). À chaque moment de faiblesse ou de tristesse, elle s’en remet toujours aux étoiles. Dans le flash-back où Kanadé se remémore leur rencontre, le premier contact qu’il a avec elle se fait par un livre d’astronomie. Elle lui raconte ainsi que les étoiles « chantent », ce dont il se moque ouvertement. Par la suite, forcés de cohabiter ensemble, ils finissent par se rapprocher au moment où Kanadé se sent le plus désemparé. Alors elle lui montre les étoiles en lui souriant. Certes les étoiles ne peuvent pas chanter, mais c’est le fait d’y croire et de trouver un réconfort qui compte alors.



Une réalité aigre-douce

La particularité de Natsuki Takaya réside dans toute la poésie qu’elle parvient à mettre dans ses histoires. Remplis d’humanité, de sentiments, de tristesse, ses chapitres laissent une empreinte particulièrement forte dans l’esprit du lecteur.

Les thèmes abordés traitent à la fois de la différence, de la tolérance, de la solitude, du désir d’être soi, et de la peur d’être repoussé et donc de la difficulté à faire confiance à autrui. De même les conflits familiaux, la maltraitance des enfants, le harcèlement moral, le mal qu’on peut s’infliger à soi-même sont autant de thèmes que l’auteur traite avec la délicatesse qui est la sienne.

S’il y a bien une chose que la mangaka dénonce dans ses histoires, c’est bien l’injustice, surtout celle subie par les enfants. Celle-ci vient surtout de la famille des personnages qui évoluent rarement dans un milieu paisible et sans problème. Un membre de la famille est toujours responsable de l’exclusion de ces personnages, qui finissent par ne plus pouvoir compter que sur eux-mêmes, ou trouver hors du cercle de famille une manière de compenser ce manque.

Sakuya a été abandonnée par sa mère quand elle était toute petite ; son père ne fait pas grand cas d’elle et la traite comme un fardeau ; sa belle-mère lui fait clairement comprendre qu’elle ne la traitera jamais comme sa fille. Et dieu sait pourtant que Sakuya fait des efforts pour parvenir à se faire aimer par cette femme qui l’humilie sans cesse, la rabaisse sans raison et lui fait comprendre, alors que ce n’est encore qu’une gamine, qu’elle ne vaut « rien ».

Son cousin Kanadé, jeune homme aux résultats scolaires brillants, subit la pression de ses parents qui refusent de le voir échouer. Cependant, le jeune homme qui n’est encore qu’un adolescent au final, finit par craquer et s’enferme dans sa chambre une année durant sans communication aucune avec l’extérieur.

Chihiro, qui a peu connu son père, pour sa part, fut obligé de grandir vite auprès d’une mère volage évoluant au gré de ses petits amis, se souvenant de la présence de son fils qu’après chaque rupture.

Si chacun d’eux vit différemment ce rejet familial, ce sont néanmoins trois personnages « blessés par la vie ». S’ils se ressemblent et se reconnaissent, c’est parce qu’ils sentent au plus profond d’eux-mêmes qu’ils ont éprouvé des sentiments similaires, des pensées communes (« Chihiro, tu es tout seul ? Comme moi. On est pareils. » tome 6). Néanmoins, si chacun d’eux trouve une personne qui leur tend la main pour les sortir de leur situation (Sei, Yuuri et Kanamé pour Sakuya alors que Chihiro et Kanamé ont en commun d’avoir été touchés par la gentillesse naturelle de Sakuya), Natsuki Takaya montre aussi à quelles extrémités les êtres humains peuvent arriver lorsqu’ils se sentent désespérés et seuls au point de vouloir en finir définitivement. Lorsque Chihiro raconte l’histoire de sa petite amie Sakura, qui a tenté de se suicider en se pendant à un cerisier (« Sakura » en japonais signifie « fleur de cerisier ») pour échapper à la brutalité et au rabaissement moral de son père, sans doute le lecteur sentira-t-il une pointe au coeur devant tant de faiblesse et d’impuissance. La réalité nous saute aux yeux alors que des passages d’une douce cruauté défilent devant nous.



Une dualité symbolique : Sakuya/ Sakura

Twinkle Stars est construit à partir d’une dualité fondamentale entre l’héroïne, Sakuya, et en quelque sorte son « double » Sakura. Chacune d’elles représente des sentiments différents, deux chemins de vie aussi différents, qui convergent malgré tout par la rencontre d’Aoi Chihiro. Si on entend juste parler de Sakura tout le long du manga jusqu’aux derniers tomes, on sent son ombre planer dans les pensées de Chihiro et dans la tête de Sakuya, qui voit en elle sa rivale. Elle sait qu’elle ne pourra jamais avoir la place de son double, elle se résigne d’ailleurs à cet état des choses. De plus, on remarque que toutes deux s’opposent, aussi bien dans leurs caractères que dans leurs rôles dans l’histoire : « C’est vrai qu’il m’est arrivé de voir Sakura à travers elle, bien qu’elle n’ait pas tout à fait le même caractère. » Ainsi, Sakuya représente en quelque sorte l’ « espoir ». Chihiro le dit lui-même :

« Quand j’y pense, Sakuya m’a toujours tiré vers le haut. » (tome 6)

« (…) Pourquoi ce monde est-il aussi sombre, glacial et sans espoir ? Je m’enfonce simplement dans les ténèbres. Pourtant tu as toujours été là, souriante… Alors que toi aussi, tu as connu la tourmente. Crois-tu qu’un monde meilleur existe vraiment ? Si moi aussi j’arrivais à le croire… Si j’arrive à le croire… je pourrais peut-être m’en sortir ? » (tome 6)

Elle représente tout le contraire de Sakura, qui a baissé les bras après avoir trop subi de violence, et de mépris de la part d’autrui. Quand Chihiro hésite à propos de Sakuya, il se rappelle les mots et les paroles de Sakuya qui a partagé avec lui sa solitude lorsqu’ils étaient plus jeunes. Ils ont vécu et traversé ensemble des épreuves, et il n’arrive pas à se détacher de son souvenir, toujours rattaché à elle par la souffrance. Sakura est dans le coma après sa tentative de suicide et Chihiro se sent coupable de s’en être éloigné, il a l’impression d’être bloqué encore à l’époque où il était avec elle, et où il n’a pas bougé. Sans cesse alors, au moment où il arrive un peu à penser qu’il peut changer de vie, Sakura se rappelle à lui :

Il pense ainsi au sujet de Sakuya : « Quand [elle] souri[t], quand [elle] es[t] à mes côtés, j’ai l’impression que je pourrais m’en sortir et que le monde est en fait un peu plus doux que ce que je croyais. » Pourtant l’image de Sakura se superpose immédiatement et lui fait comprendre que tout cet « espoir » ne serait en fait qu’illusion : « Ce n’est qu’un rêve. Un monde pareil n’existe pas. » (tome 6)

Par ailleurs, on peut aussi retrouver cette dualité dans ce que Sakura et Sakuya représentent aussi : Sakura « fleur de cerisier », symbole d’une beauté éphémère, alors que Sakuya, aspire à un ailleurs dans lequel elle parvient non sans mal à se réaliser : membre du club d’astronomie, elle écoute les étoiles chanter, celles qu’elle montre à Kanadé lors de leur cohabitation, celle qu’elle offre à Chihiro pour lui montrer qu’il n’est pas seul.

De même, à la différence de Sakura, qui est celle qui reçoit de la part de Chihiro, lorsqu’elle est avec lui, Sakuya lui donne surtout ce qu’il a pu donner à la première. Même si Sakura l’a empêché d’être profondément seul parce qu’ils partageaient leur fardeau, il était celui qui devait la protéger. L’héroïne est ce qu’il a été pour Sakura, comme Sei, Yuuri et Kanadé l’ont été pour Sakuya, et inversement. Dans toutes ces relations, des échanges équivalents se nouent, chacun est en quelque sorte la bouée de secours d’autrui. Comme pour le manga Fruits Basket, on assiste ici à une histoire qui se déroule au gré de personnes qui interagissent, avec pour point d’ancrage l’héroïne, Sakuya. Et comme point commun avec Tohru, l’héroïne du shōjo à succès de Natsuki Takaya, Sakuya est aussi une jeune fille particulièrement chaleureuse, qui renferme ses faiblesses et ses souffrances au fond d’elle, quitte à s’oublier pour aider les autres.



Conclusion

Twinkle Stars est donc un shōjo manga d’une subtilité extrême et d’une grande douceur. Les thèmes abordés sont graves, mais traités avec finesse. Les personnages peuvent paraître moins attachants que pour Fruits Basket mais les onze tomes parviennent quand même à poser l’histoire de sorte qu’on puisse entrer dedans et se laisser emporter dans un concentré doux-amer de sensibilité et de mélancolie. L’un des autres points forts du manga, c’est aussi que comme pour son succès précédent, la mangaka donne une vraie fin à son histoire, ce qui n’est pas toujours courant.

Enfin, plus mature et plus sombre que les autres oeuvres de Natsuki Takaya, Twinkle Stars n’en est pas moins une histoire à conseiller à tous ceux qui cherchent un manga original et rafraîchissant.

 
Marion, AS éd.-lib.

 

 


Repost 0
23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 07:00

Minekura-kazuya-Saiyuki-couv-01.gif





MINEKURA Kazuya
峰倉 かずや
(Gensômaden) Saiyuki
幻想魔伝最遊記 
Prépublié dans le magazine japonais G-Fantasy
puis Zero-sum
Première parution en format relié
chez Square Enix en 1997
Réédition chez Issaisha en 2002
Édition française chez Panini Manga en 2002

Traduction de Xavière Daumarie





L'auteure

C'est une auteur très secrète nommée Hitomi, mais qui préfère publier sous son pseudonyme de Kazuya Minekura. Née en 1975, elle a commencé à travailler sur le manga au travers de revue de dōjinshis (fanzines amateurs). Elle publie au Japon de nombreuses œuvres, mais qui ne sont pas encore parvenues en France. Elle est connue dans l'Hexagone pour sa série Saiyuki, qui a connu un très large succès mondial. Une série anime a été adaptée à partir du manga. Kazuya Minekura est aujourd'hui l'un des auteurs phares au Japon.



Bibliographie

 

Just !! (1995)
Brother (1996)
Saiyuki (1997)
Shiritsu Araiso Kōtōgakkō Seitokai Shikkōbu (1999)
Saiyuki Gaiden (2000)
Stigma (2000)
Wild Adapter (2001)
Bus Gamer (2001)
Honey Comb (2003)
Saiyuki Reload (2003)
Saiyuki Reload Blast (~2009)

 

 

L'histoire

Saiyuki est une reprise du très célèbre roman chinois Voyage en Occident, aussi appelé Le Roi des singes. Elle se décompose en plusieurs séries avec la préquelle, Saiyuki Gaiden, et l'histoire, divisée entre Saiyuki, Saiyuki Reload, et Saiyuki Reload Blast. Chacune fait le récit d'une partie de l'aventure.

Dans le texte original, le bonze Xuanzang (602-664) doit se rendre en Inde afin de trouver les sutras sacrés du Bouddhisme. Cet homme, à la fois d'une naïveté effrayante et d'une sagesse remarquable, rencontre au cours de son périple le singe Sun Wukong (traduit par Son Goku en japonais, notamment dans l’adaptation d’Osamu Tezuka), une créature très rusée ; le cochon Zhu Bajie et Shaseng (ou Sha Wujing), le bonze des sables. Au cours de ce long périple à travers la Chine, les trois serviteurs de Xuanzang doivent apprendre soit à utiliser son intelligence pour Son Goku, soit à expier leur fautes passées. Xuanzang chevauche un prince dragon enfermé sous l'apparence d'un cheval. Ce récit décrivait avec force détails les nombreux combats et monstres rencontrés par le petit groupe, tout en offrant un large panorama de la Chine sous la Dynastie Ming.

Dans le manga, en revanche, Kazuya Minekura s'est permis beaucoup de variations, notamment autour des personnages principaux. Le pieux bonze Xuanzang est devenu Genjo Sanzo, un jeune homme de vingt-deux ans désabusé et surtout un haut-bonze très peu religieux. Il boit, fume, porte un revolver anti-monstres et frappe ses coéquipiers à volonté dès que sa patience atteint ses limites (il faut dire qu'il n'en a pas beaucoup). Mais sous ce caractère peu abordable se cache une personnalité très tourmentée et paradoxale. On apprend, au cours de la série, qu'il a été recueilli par le haut-moine Komyo Sanzo qui l'a élevé comme son propre fils. Hélas, Komyo fut assassiné par un groupe de monstres (appelés yokais, des démons) qui voulaient récupérer les deux sutras Son.Goku-jpgbouddhiques que le maître avait en sa possession. Par chance, un seul fut dérobé, mais le maître y laissa la vie. Le second sutra fut remis au jeune Sanzo, alors âgé d'à peine treize ans, qui devint par la suite le nouveau haut-moine. Il cherche depuis à récupérer le deuxième sutra.

En compagnie de cet étrange personnage voyage le jeune Son Goku, âgé de dix-huit ans. Leur relation est assez particulière. Goku est une aberration née de l'aura de la terre concentrée dans un rocher, ce qui lui donna ses yeux dorés et sa force démentielle. En effet, sans son contrôleur de pouvoir (une couronne dorée), il devient un yokai très puissant, mais incapable de distinguer le bien du mal. Il tuera tous ceux qui se dressent sur son passage. Mais sous sa forme humaine, c'est un gamin joueur et naïf, qui passe son temps à manger. Sanzo l'a découvert au sommet d'une montagne, enfermé par les dieux dans une prison depuis 500 ans, pour un crime dont le jeune garçon ne se souvient pas. Sans repères dans le monde réel, il suit Sanzo depuis lors et lui voue une confiance aveugle et une fidélité sans borne, malgré ses bouderies.

Avec eux se trouve Cho Hakkai (Zhu Bajie dans la mythologie chinoise), un jeune homme de vingt-deux ans très flegmatique et toujours souriant. Il tempère les caractères explosifs de ses trois compagnons et est sans doute celui qui ressemble le plus à un moine. Malgré l'impression de calme qu'il donne, il est très perturbé par son passé qui le ronge depuis des années. Il vivait orphelin avec sa sœur aînée dans un petit village, avant qu'ils ne se marient. Devenu professeur pour subvenir à leurs besoins, Hakkai rentre un jour trop tard, pour découvrir que celle qu'il aime a été livrée comme maîtresse à un monstre qui terrorise la région. Fou de rage, il se rend au château et massacre tous ses habitants jusqu'à retrouver sa sœur. Malheureusement, elle décide de se suicider sous ses yeux car elle porte l'enfant de son violeur. Hakkai fut ensuite condamné à expier son crime en changeant de nom. De Cho Gono, il devient Cho Hakkai. Mais on peut remarquer qu'il possède lui aussi un contrôleur de pouvoir car, selon la légende, qui tue mille yokai devient un yokai lui-même.

Le dernier membre de la troupe est Sha Gojyo, qui n'a pour le coup plus rien du moine qui l'a inspiré. Il aime les femmes, boit, fume et joue très régulièrement. C'est un bad boy qui a pourtant le cœur sur la main, malgré son côté dragueur invétéré. Il a lui aussi un passé très lourd. Fils hybride d'une humaine et d'un monstre, il est élevé par sa belle-mère et son demi-frère. Cette femme le hait car il est le symbole de l'infidélité de son mari, qui lui est sans cesse rappelée par la couleur rouge sombre des cheveux et des yeux du garçon. Son frère tente de le protéger de son mieux, mais leur mère finit par craquer et manque de tuer Gojyo. Par chance, Jien, le grand frère, la tua avant qu'elle ait pu terminer son acte, mais il disparut par la suite. De cet incident, il ne reste à Gojyo que deux cicatrices sur la pommette et un traumatisme brûlant.

Cette fine équipe compte un dernier membre, le dragon Jeep (Hakuryu). C'est un petit animal blanc, capable de se transformer, comme son nom français l'indique, en Jeep. C'est le compagnon fidèle de Hakkai, et non plus de Sanzo, qui a déjà fort à  faire avec Goku.
 Minekura-kazuya-saiyuki-im-01.jpg

L'histoire, en elle-même, varie. Les sutras sont déjà en possession de moines chinois, les Sanzo, mais les monstres cherchent à s'en emparer pour, à l'aide d'une technique interdite qui mélange science et magie, ressusciter Gyumao, le démon Taureau vaincu par le dieu guerrier Nataku. Le groupe doit alors se rendre en Inde pour mettre fin à ce fléau car, à mesure que la résurrection avance, un voile maléfique recouvre le monde. Si, auparavant, humains et yokais vivaient en relative harmonie, ces derniers deviennent soudain fous et se retrouvent prisonniers de leurs instincts meurtriers à l'égard de la race humaine. La « bande à Sanzo » va ainsi rencontrer de véritables hordes de yokais enragés, et d'autres, plus nobles, qui ont encore toute leur tête, en particulier le Prince Kogaiji, fils de Gyumao qui participe malgré lui aux préparatifs de résurrection pour trouver un moyen de libérer sa mère ensorcelée. L'univers même n’est plus celui de la Chine médiévale mais une sorte d'univers parallèle très inspiré de la culture chinoise, dans un mélange de modernité (une jeep, par exemple, ou encore les laboratoires des savants fous qui œuvrent à la résurrection de Gyumao) et d’un esprit médiéval fantastique.

Comme on peut le voir, l'histoire et les personnages prennent une tournure très complexe à mesure que l'histoire progresse. Par ces adaptations, Kazuya Minekura se détache de l'oeuvre originale pour en donner une autre lecture, plus actuelle et populaire, tout en gardant la trame sous-jacente.

J'ai choisi pour une analyse plus particulière de me consacrer au premier tome de la série. Il se compose de cinq chapitres et d’un prologue, sans trop de liens entre eux, en raison de la nature même du manga. En effet, lors d'une prépublication, l'auteur ignore si son histoire se poursuivra. Pour cette raison, les premiers chapitres de manga, et surtout le premier tome, sont assez peu suivis et servent essentiellement à présenter le contexte.

Ici, le prologue introduit le récit principal, après une courte scène rétrospective de l'instant où Sanzo libère Goku de sa prison dans la montagne. Le duo  doit alors des années plus tard, sur l'ordre de la trinité bouddhique, se rendre vers l'ouest avec les deux autres membres de la troupe, encore absents, afin de faire cesser l'expérience autour de Gyumao. Les retrouvailles se font dans la violence au cours d'un combat où le trio démoniaque (Goku, Hakkai et Gojyo) indikanzeon-bosatsu.jpgque à ses « congénères » son intention de suivre Sanzo. On découvre ensuite Kogaiji qui s'apprête à marcher vers l'est pour les arrêter. Ce prologue est essentiel, car il explique les tenants et les aboutissants de la mission, mais aussi les bases des relations entre les protagonistes, qui seront le deuxième fil rouge du récit.

La religion bouddhique est très présente, malgré le peu d'importance que lui donnent les personnages. La déesse Kanzeon Bosatsu, aussi appelée déesse Kwannon, la Bodhisattva miséricordieuse, surveille leur trajet, tout en se moquant bien de leur détour. C'est aussi un hermaphrodite particulièrement narcissique, qui aime commenter le long voyage de ses envoyés tout en traitant de concepts philosophiques. C'est un personnage ambigu, qui semble s'ennuyer en permanence, mais qui détient surtout les clés de l'aventure, sans intervenir pour autant. La deuxième histoire de ce premier tome (chapitre 4 et 5) se déroule dans un monastère où les étrangers et les non-croyants ne sont pas admis. Un jeune novice fera par ailleurs la démonstration de l'austérité de la vie monastique en confisquant alcool, cigarettes et jeu de Mah-jong aux quatre héros. Ce garçon représente l'application stricte des concepts du bouddhisme, comme l'austérité, donc, mais aussi l'interdiction de tuer tout être vivant. Autant dire qu'il va très vite se retrouver confronté à la réalité de la violence du monde lorsque des assassins à la recherche du groupe de Sanzo s'introduiront dans le temple sans rencontrer la moindre résistance. Le manga propose ainsi, au travers de Sanzo, une adaptation des préceptes afin de mener une vie qui, si elle ne mène pas à l'illumination, permet au moins de survivre.

La première histoire voit la petite troupe arriver dans un village où les yokais sont devenus fous et sont partis, non sans faire des victimes. Arrivés dans une auberge, ils sont attaqués à la nuit tombée et l'un des monstres prend une jeune fille en otage. Cette même demoiselle voue une haine terrifiée aux yokais depuis la mort de son meilleur ami. Pourtant, l'attitude des trois yokais lui permettra de se remettre en question. Ces mêmes yokais, et Goku en particulier vont aussi comprendre le sérieux de la situation dans laquelle ils sont plongés. On peut voir au travers de cette histoire un appel à la tolérance entre les différents peuples, mais aussi une manière de souligner la solitude des quatre protagonistes, qui sont des parias dans la plupart des lieux où ils se rendent. Leurs relations deviennent donc à peu près les seuls liens solides dont ils disposent dans ce monde voué au chaos.

   
Marine, 2e année Éd.-Lib.

Sources


 http://fr.wikipedia.org/wiki/Gens%C3%B4maden_Saiyuki
 http://www.manga-sanctuary.com/bdd/manga/581-saiyuki/
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Kazuya_Minekura
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voyage_en_Occident


Repost 0
22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:00

colette-fellous_un_amour_de_frere_.jpg






Colette FELLOUS
Un amour de frère
Gallimard, 2011
 








 

 

 

 

 

 

 

colette_fellous.jpg

 

 

 

L’auteure

Colette Fellous est une auteure française née à Tunis. Vivant à Paris depuis ses 17 ans, elle y a suivi des études de lettres modernes à la Sorbonne. Actuellement, elle dirige la collection « Traits et portraits » au Mercure de France et a publié à ce jour treize romans.

 

 

 

Le roman

À l’occasion d’un retour au pays, le vertige la prend, les souvenirs reviennent, tout cela provoqué par un fort élément déclencheur : elle frôle la mort. « Le train arrive de plus en plus près, le mot "implacable" traverse la scène, il vole entre le train et moi, il s’approche de mes yeux […]. » Tout change à l’instant où elle s’extirpe et survit. Sa mémoire la ramène des années en arrière, Paris, printemps 1968, elle a dix-huit ans. Tout lui revient, les odeurs, ses lieux favoris, les films qu’elle a vus, elle revoit tout à travers les yeux de la jeune adulte qu’elle était alors, découvrant un nouveau monde, une nouvelle vie. Tout au long des souvenirs, une voix l’accompagne, c’est celle de Georgy, son frère ainé.
 
« Soudain, une voix me frôle le visage :  “Ne dis pas ma rétrospective, dis plutôt notre rétrospective, précise-le dès maintenant, fillette, dis aussi que c’est notre Paris que tu as envie de raconter, pas simplement notre histoire. ”»
 
Georgy, durant cette jeunesse parisienne, a tenu le rôle du guide pour elle, un frère très proche, trop peut-être. Leur relation se rapproche d’un amour fusionnel qui, selon elle, aurait pu lui être néfaste ; seule sa mort prématurée l’a, en quelque sorte, protégée. Du souvenir de Paris, cette relation co-dépendante ne se détache jamais. À la fois son guide et son enfant malade, il semble pouvoir l’emmener partout, lui dire de faire n’importe quoi, elle ne peut se détacher de lui.
 
« Je l’ai aimé comme une aveugle, c’est vrai, je n’ai rien vu, j’ai tout pris en vrac, Paris et lui. Je me suis noyée en eux, mais il fallait que je le fasse. »
 
Ce frère la ramène à des souvenirs d’enfance, les souvenirs d’une maladie venue bien tôt troubler l’ordre installé avant sa propre naissance. Elle raconte son enfance, gouvernée par son frère, amoureux de littérature, et qui lui a tout naturellement transmis cet amour. Ainsi, les poèmes récités à voix haute reviennent à sa mémoire, toujours liés à la voix de Georgy dans son esprit.  Des jeux de jeunes enfants aux révolutions de mai 1968, il n’y a qu’un pas, et elle est toujours suivie par lui, guidée par lui.
 
« Nous devenions encore plus avides de lire, de comprendre, de s’engager dans tous les combats du monde, nous voulions tout et vite. »
 
Cet amour insensé, effréné, l’aurait conduite jusqu’à la mort, au suicide, rien que pour le suivre encore, mais elle aura fait le choix de vivre sans en prendre réellement conscience avant cette chute sur la voie d’un train.
 
Finalement, en lisant les premières pages de ce roman, très autobiographique comme les précédents, la question du titre se pose. En effet, le frère n’apparaît pas tout de suite, et tout au long du récit, s’il semble toujours présent, il ne le sera que par touches subtiles, souvenirs mélancoliques. Ainsi, cette présence discrète, seulement par mémoire, se fait obsédante, impérieuse, symbolisant parfaitement leur relation.

Les images qui illustrent le livre renforcent la puissance des souvenirs que décrit l’auteure, les font paraître encore plus réels, encore plus proches. Cependant, même sans ces photographies, la précision des faits, le réalisme des sensations décrites, nous plongent déjà au plus profond de la mémoire de l’auteure.



Mon avis
 
Un récit mélancolique, à la fois triste et joyeux, le portrait d’une relation magnifique par sa force et son ampleur, même si quelque peu effrayante. Ce roman, par ses courts récits entremêlés et son écriture très imagée, est agréable à lire, émouvant, sans jamais devenir pesant.


Sasha, 2e année Éd-Lib

 


Repost 0
21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 07:00

William-Faulkner-Une-rose-pour-Emily.gif







 

 

 

William FAULKNER
Une rose pour Emily
Tiré de
Treize histoires, 1931
Traduction
De Maurice Edgar Coindreau
Gallimard
Folio 2€, 2002


 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Né dans le Mississipi à New Albany en 1897, William Falkner, de son vrai nom, est issu d’une famille aristocratique ruinée par la guerre de Sécession. L’alcoolisme de son père, maladie dont il souffrira lui-même jusqu’à sa mort en 1962, ainsi que la forte personnalité de sa mère figurent avec le racisme américain du Sud de l’époque parmi ses sources d’inspiration.

N’ayant pas fini sa formation de pilote à l’armistice de 1918, il invente à son retour des récits de guerre, mentant à son entourage durant plusieurs années. Ses relations sentimentales sont tumultueuses et il peine à gagner sa vie par ses écrits, exerçant de petits emplois dans un premier temps.

Ayant commencé à écrire des poèmes, c’est par ses nouvelles et ses romans qu’il accède à la consécration. Il publie Le Bruit et la Fureur (1929) et Sanctuaire (1931), qui par le scandale qu’il suscite le fait connaître et lui permet de vivre de sa plume. Il obtient le Prix Nobel en 1949.

Une rose pour Emily est extrait de son premier recueil de nouvelles, Treize histoires, publié en 1931.



Présentation


L’axe principal qui relie les quatre nouvelles présentées dans ce recueil est le point de vue du narrateur, toujours extérieur à celui du personnage principal (habitant, voyageur de commerce, enfant, coiffeur et ses clients). Cette expression particulière illustre de façon frappante l’isolement de ce personnage principal, autour duquel tourne la narration bien qu’il soit mis à l’écart de la société par son sexe, sa race, ou son mode de vie marginal (vieille fille pour Emily Grierson et Minnie Cooper, prostituée pour Nancy ou jeune fille libérée pour Susan Reed, étranger mystérieux pour Hawkshaw, le noir Will Mayes…). D’une façon subtile et sensible, non dénuée d’humour, Faulkner nous conte le Sud de son enfance, les mesquineries et cruautés de ses habitants, petites gens enfermées dans leur ignorance, leur brutalité et leur trivialité. Le narrateur participe à cette réprobation, lorsqu’il n’est pas carrément complice d’un lynchage.

Le procédé employé ici nous implique malgré nous dans les conduites d’exclusion et le silence qui enveloppe les victimes ne nous fournit guère de consolation. Ces dernières sont volontairement mutiques, ce qui se comprend  bien au vu du degré de subtilité de leur entourage, ou ignorées, renvoyées à un statut imposé (folie, négritude, féminité).

D’une manière étonnante, ce silence qui les entoure semble s’étendre dans la ville, comme dans la narration. Le déni prend la place du non-dit, ou des on-dit, pour évacuer l’ambivalence qui ne peut être supportée, entre la haine de celui qui est différent et la reconnaissance du semblable. Des conduites d’abord claires et parfaitement clivées se troublent lorsque l’on commence à en apprendre plus sur le personnage, qu’il est humanisé (« La chevelure »). De la même manière, un point de vue affirmé en vient peu à peu à se diluer, emporté par le feu de l’action et la pression sociale, exacerbée par la chaleur et la vie confinée des petites villes, pour finir par ne plus trouver refuge que dans la fuite (« Septembre ardent »). La défense que constitue l’hypocrisie (Pauvre Emily ! Pauvre Minnie ! ) cède ainsi peu à peu du terrain au profit de réactions plus brutales et régressives de protection des normes et coutumes du quotidien quand ces dernières se révèlent menacées.

La narration extérieure et le déni s’accompagnent également d’une idée de déchéance, de dégradation. Cette déchéance renvoie à celle de l’aristocratie de la fin du XIXe qu’a connue la famille de l’auteur ruinée par la Guerre de Sécession, et que subissent les personnages, dont les tentatives pour incarner la dignité due à un rang qui ne s’exprime plus que par de lointaines ascendances ou des propriétés hypothéquées sont systématiquement ridiculisées et rapportées au pathétique.

Cette idée n’est pas symbolisée par la décomposition, la moisissure, a prolifération de quelque chose de vivant sur quelque chose de mort, mais plutôt présentée du côté de l’immobilisme, de la lourdeur et de la poussière. Elle peut porter sur un décor intérieur (« Une rose pour Emily ») ou sur l’environnement et le climat (« Septembre ardent »). Le seul cas dans lequel cette décomposition apparaît plus « vivante »  est celui où elle porte sur un personnage (Emily Grierson), présenté comme gonflé d’humidité et d’une pâleur morbide à la manière d’un cadavre blafard. Le déni de la mort et la tentative d’arrêter le temps pour retenir la vie se soldent par l’échec de l’apparition de symptômes macabres sur un corps bien vivant. À l’inverse, les efforts pour consolider, réparer et entretenir une propriété sur le long terme se voient récompensés, non pas par la récupération de la propriété, mais par le réconfort consolateur de l’amour, qui vient panser la douleur du deuil (« La chevelure »).

Enfin l’humour tout particulier de Faulkner s’exprime par le cynisme qui sous-tend l’écriture et transpire à chaque page, véritable arme de défense contre la mesquinerie et la cruauté ambiantes, virant parfois au burlesque. Il est difficile d’en rendre compte autrement que par des citations :

« Une rose pour Emily » :

 

Seule et dans la misère, elle s’était humanisée.

Aussi le lendemain tout le monde disait « elle va se tuer », et nous trouvions que c’était ce qu’elle avait de mieux à faire.

Dieu me damne, Monsieur, prétendez-vous aller dire en face à une dame qu’elle sent mauvais ?

 

« La chevelure » :

 

On ne peut pas dire d’une femme qu’elle naît vicieuse car elles le sont toutes de naissance, c’est chez elles quelque chose d’inné.

En vérité pour elles, les brebis galeuses, celles qui ont la malchance d’être femmes trop tôt, il n’y a que les hommes qui sachent se montrer indulgents.

Il avait nettoyé les deux tombes, il n’avait sans doute pas voulu déranger Starnes en nettoyant la sienne.

 

 

« Soleil couchant » :

 

Le geôlier coupa la corde et ranima Nancy, puis il la battit, la fouetta.

 

« Septembre ardent » :

 

Voyons, vous savez aussi bien que moi qu’il n’y a pas de ville où on ait de meilleurs nègres que chez nous.

 

 

En nous excusant par avance pour les insuffisances du style et de l’écriture, nous avons choisi de résumer chacune des nouvelles du point de vue de leur narrateur, ce qui nous semblait à la fois rompre une certaine monotonie fréquente dans ce type de présentation, mais surtout rendre justice à la particularité narrative et humoristique de l’auteur, qui nous a paru difficile à transcrire autrement.


« Une rose pour Emily »

Quand Miss Emily est morte, on est tous allés à son enterrement. Non pas qu’on se souciait particulièrement d’elle, mais surtout qu’on était curieux de voir à quoi ressemblait sa maison depuis le temps que plus personne n’y avait mis les pieds. Les Grierson, ça n’était pas n’importe qui, des gens pas comme nous qui se seraient jamais abaissés à demander la charité mais qui payaient pas d’impôts pour autant, et Dieu seul sait pourquoi.

Un sacré tempérament cette Emily, jamais mariée, on aurait dit qu’elle gardait la maison depuis la mort de son père. Elle n’avait pas voulu qu’on retire le corps, elle disait qu’il n’était pas mort, et il a presque fallu forcer sa porte pour pouvoir le mettre enfin en terre. Quand cet homme s’est présenté, le contremaître Homer Barron, toute la ville a eu pitié d’elle. Les gens disaient qu’elle ne pouvait pas l’épouser, noblesse oblige, sans vraiment savoir ce que ça voulait dire. Alors ils ont fait venir ses cousines, et puis Homer Barron est parti. Quand ses cousines sont parties, Homer Barron est revenu. C’est un voisin qui nos a raconté ça, qui a vu le nègre lui ouvrir la porte de la maison la nuit tombée.

C’est comme pour l’arsenic, l’apothicaire nous l’a dit, pas moyen de lui faire dire, à Miss Emily, quel usage elle pouvait bien vouloir en faire. Il lui a vendu quand même. Fallait pas lui refuser quelque chose, à Miss Emily. Elle ne disait rien, mais elle restait là, droite et digne, à vous regarder avec ses petits yeux noirs comme du charbon, qui portaient tout le mépris et la froideur de sa race.

Non, les Grierson n’étaient pas de gens comme nous, quand bien même leur maison tombait en ruine et la folie gagnait leur famille. Et c’est pour ça que quand le problème de l’odeur est apparu, personne n’a voulu s’en charger. Des hommes ont répandu de la chaux à la nuit tombée autour de la maison, et puis quelques semaines plus tard, Miss Emily a fermé le premier étage et l’odeur est partie. On savait qu’il faudrait forcer la porte de la chambre au premier étage après sa mort, mais dans cette vieille maison sombre, poussiéreuse et craquelée, qui aurait pu dire ce qu’on y a trouvé ?


« La chevelure »

Cette fille, personne ne savait d’où elle venait. On disait qu’elle était orpheline, et  que les Burchett l’avait recueillie, pour l’élever avec leurs propres enfants. Et y’avait ce type, les gosses l’avaient baptisé Hawkshaw — mais il s’appelait Henry Stribling en réalité — qui est arrivé cinq ans après elle. On dit que c’est le seul qui a réussi à la décider à entrer dans le salon de coiffure. Il lui donnait deux ou trois pastilles de menthe à chaque fois, alors qu’aux autres enfants il n’en donnait qu’une. C’est Maxey son patron qui m’a raconté ça, et aussi que Hawkshaw était le meilleur coiffeur pour enfants qu’il ait jamais eu. Pourtant ce dernier avait sillonné tout le pays, en ne restant qu’un an dans chaque salon, alors qu’il était tellement doué qu’il aurait aussi bien pu ouvrir le sien. C’est moi qui me suis renseigné là-dessus, quand on est voyageur de commerce on entend bien des choses. Comme son histoire avec cette fiancée qu’il avait à Division, pendant qu’il faisait ses études de coiffure. On dit que quand le père de la jeune fille est mort –Starnes qu’il s’appelait  — elle a fait appeler Stribling, et c’est lui qui a payé l’enterrement, vu que le vieux Starnes n’avait jamais gagné sa vie qu’en hypothéquant les biens de sa famille, qu’on disait du beau monde.

Et puis la jeune fille, une fille maigriotte et délicate à ce qu’on m’a dit, a attrapé je ne sais quelle fièvre. Il a été appelé à nouveau pour lui couper les cheveux, des cheveux blonds-bruns, et il a payé son enterrement aussi – vous savez comment sont les médecins de la campagne, tout au plus capables de soigner les bêtes. On dit qu’elle délirait à la fin et ne le reconnaissait pas. Elle ne faisait que répéter « l’hypothèque, papa n’aurait pas aimé la voir comme ça, fais venir Henry, il faut prendre soin de maman ». Alors il a commencé à rembourser l’hypothèque, chaque année, lorsqu’il venait voir la mère de la jeune fille pour les deux semaines de Pâques.

Toujours est-il que quand il est arrivé à Jefferson, il a commencé à coiffer cette gamine, Susan, avec ses cheveux ni blonds ni bruns, et il ne laissait personne d’autre le faire à sa place. Et quand la gamine a grandi, et commencé à devenir vicieuse, comme le deviennent toutes les femmes si on ne les marie pas à temps, personne n’osait rien dire sur elle quand il était au salon, on attendait qu’il soit parti, comme il le faisait tous les ans pour ses deux semaines de vacances. Et puis un jour je suis allé à Division et j’ai appris que Hawkshaw avait fini de rembourser l’hypothèque, après la mort de Mrs Starnes. Il avait mis 17 ans. Quand je suis rentré à Jefferson il avait disparu et la gamine aussi.


« Soleil couchant »

Nancy a peur du noir. Nancy c’est la négresse qui fait la lessive pour nous, mais aujourd’hui Dilsey est malade alors Nancy est restée faire la vaisselle. Maintenant elle a fini la vaisselle et elle ne part pas. Dilsey aussi est une négresse, mais Jason, Caddy et moi on n’est pas des nègres. Papa veut raccompagner Nancy, alors Maman n’est pas contente, elle dit qu’il se soucie plus de la sécurité de cette négresse que de celle de sa femme et ses enfants. Nancy a peur de Jésus aussi je crois. Jésus c’est son mari, il était parti mais elle dit qu’il est revenu et qu’il l’attend avec son rasoir dans le fossé. Un soir, Nancy est restée dormir dans la cuisine mais pendant la nuit on a entendu du bruit, et papa est remonté avec son revolver et le matelas de Nancy alors elle a dormi avec nous dans la chambre. Maintenant Dilsey est rétablie et Nancy dit qu’elle jouera avec nous si on demande à Maman de la laisser dormir dans notre chambre. Mais Maman dit qu’elle ne veut pas de nègres dans les chambres. Jason dit qu’il veut du gâteau au chocolat. Papa dit qu’il va raccompagner Nancy. Maman est fâchée. Jason dit qu’il se taira s’il a du gâteau au chocolat. Papa lui dit que pour le gâteau il ne sait pas, mais il sait bien ce que Jason va avoir s’il ne se tait pas.

On est sur le chemin avec Nancy, elle nous a promis de jouer si on la raccompagnait, parce que Papa ne voulait pas le faire. Elle nous a raconté une histoire mais l’histoire n’était pas drôle, il y avait un fossé et une reine qui avait peur de le traverser. Maintenant Nancy ne dit rien, elle ne veut pas qu’on passe la porte et elle a l’air de n’être plus là. La porte est barrée et Jason pleure, il veut rentrer. On entend du bruit dehors et Nancy se met à pleurer. C’est papa qui vient nous chercher, il dit à Nancy d’aller chez la mère Rachel. Nancy dit que quand on sera sortis elle ne sera plus là, qu’elle a vu un présage.

On l’a laissée devant le feu. Elle n’a pas barré sa porte et elle est restée tranquille assise devant le feu, à chantonner. Caddy a demandé ce qui allait arriver et Papa lui a répondu rien. J’ai demandé qui allait s’occuper de notre linge maintenant. Caddy a dit à Jason que c’était un rapporteur et un trouillard, et Jason a dit que c’était pas vrai.


« Septembre ardent »

Moi tout ce que je dis, c’est que je connais Will Mayes, et qu’il n’aurait jamais fait quoi que ce soit  à Miss Cooper. Non pas que je sois négrophile mais après tout, Messieurs, une dame de quarante ans qui n’est pas mariée ne croit-elle pas facilement à des intentions qui… Non je ne suis pas du Nord, je suis né ici aussi mais je dis simplement qu’il faudrait chercher à savoir la vérité… Non je ne lui cherche pas d’excuses mais Messieurs, je vous dis que je le connais et que… Oui en effet ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, rappelez-vous cette histoire d’homme monté sur le toit pour la regarder se déshabiller… Non, personne ne s’attaque à vos mères, vos femmes ou vos sœurs, voyons calmez-vous, informez-vous d’abord et… Ne partez pas, où allez-vous ?

Non je ne veux pas venir avec vous, mais vous savez aussi bien que moi qu’il n’y pas de ville où on ait de meilleurs nègres que chez nous. Ce que la ville va penser de moi ? Juste lui dire un mot ?

Mes amis voyons, vous voyez bien que s’il est ici à son travail il n’a rien à se reprocher. Pourquoi le mettre dans l’auto ? Je l’ai frappé oui, mais il m’a atteint à la lèvre en se débattant. Laissez-moi sortir de cette voiture, John ! Non Will, je n’entends pas ce que vous dites, je vais sauter de cette voiture vous m’entendez ?

La nouvelle conclut ainsi le recueil :

On eût dit que le monde gisait dans l’obscurité, abattu, sous la froideur de la lune et l’insomnie des étoiles.


Gaëlle Pontreau, AS édition-librairie.

 

 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

William Faulkner Treize Histoires

 

 

 

 Article de Romain sur Treize histoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  William Faulkner Sanctuaire

 

 

 

 

 

Article de Benjamin sur Sanctuaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

William Faulkner Lumiere d aout

 

 

 

 

 

 

 

Article de Florent sur Lumière d'août 


 

 

 

 

 

 

Faulkner le caid 

 

 

 

 

 

 

Fiche d'Angélique sur Le Caïd et autres nouvelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by Gaëlle - dans Nouvelle
commenter cet article
20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:00

Max-et-Lili-ne-font-pas-leurs-devoirs.gif 

 

Dominique de Saint Mars est née au Maroc. D'abord sociologue, puis journaliste spécialisée dans les questions liées à la famille et à l'enfance, c'est une femme et un auteur engagé pour la cause des enfants et contre la souffrance. Elle est l'auteur  des aventures de Max et Lili, chez Calligram, avec Serge Bloch. En 1988, les histoires de Max et Lili sont récompensées par le Prix de la Fondation pour l'Enfance.

 

 

Cécile Fauconnet : qu'est qui a fait qu'un jour la sociologue ait eu envie de s'adresser aux enfants ?

Dominique de Saint Mars : J'ai trouvé un travail de journaliste à Astrapi il y a très longtemps, il y a trente-cinq ans à peu près, et après j'ai pris l'habitude d'écrire pour les enfants.
Max-et-Lili-Lili-est-harcelee-a-l-ecole.gif
J'ai eu l'idée de créer cette collection Max et Lili, parce que je travaillais avec Serge Bloch à Astrapi, j'adorais son dessin et donc j'avais envie que ce soit lui qui dessine, et j'avais envie de faire cette collection pour les enfants qui souffrent, les enfants qui sont tristes. Au départ c'était ça, Max et Lili. Maintenant ça intéresse tout le monde, même les enfants qui sont bien dans leur peau mais mon idée c'est quand même d'atteindre les enfants qui ont des problèmes, qui sont tristes, qui n'arrivent pas à bien s'entendre.

Je suis très contente qu'elle ait beaucoup de succès maintenant, et le dernier c'est Lili est harcelée.



S'adresser aux enfants nécessite-t-il un « parler-enfant » ? Est-ce qu'il faut écrire d'une certaine manière ? Comment définiriez-vous votre ton, votre style ?

J'ai appris à faire court, à ne pas dire trop de mots pour la même chose. Je crois qu'il faut être vrai, il faut être juste, il faut être simple en fait, et aussi intelligent que les enfants ; c'est ça qui est difficile parce que quand on devient grand on devient moins immédiat que les enfants. On va moins à l'essentiel, je pense, donc il faut redevenir un peu enfant, dans l’intelligence des enfants. Et il faut être drôle aussi, parce que les enfants aiment jouer, aiment rire, donc il faut retrouver aussi le sens de l'humour des enfants. Et au moins leur faire passer des informations, qui les rendent plus intelligents, qui leur apprennent à se défendre, tout en étant drôle et en étant émouvant, parce que les enfants aiment bien les émotions. Ils aiment bien avoir peur, ils aiment bien rire. Donc il faut que ces informations intelligentes, qui leur servent à vivre passent dans des mots un peu drôles, des situations un peu drôles.


Max-et-Lili-Grand-pere-est-mort.jpg
Quand les Max et Lili sont arrivés en librairie, il y a vingt ans, aviez-vous fait le constat à l'époque qu'il n'existait rien de ce genre-là, qu'il n'y avait pas de « petite encyclopédie de la famille au quotidien » à partager entre enfants, parents (parce que Max et Lili ça s'adresse aussi aux parents) ?

C'est vrai qu'il y a vingt ans il n'y avait pas de livres qui parlaient de sujets graves comme la sexualité, la mort, et c'est vrai que le livre Le grand père de Max et Lili est mort, au début, les gens me disaient : « Il ne faut pas dire des choses aussi tristes sur la couverture des livres » ; et moi, je disais : « Mais au contraire, il faut que le titre soit très grave, très dur, très difficile et fasse peur, pour qu'à la fin de l'histoire, on ne soit pas comme le titre ».

Le livre Lili a peur de la mort, par exemple, on n'aurait pas pu l'écrire il y a 20 ans, je pense. Lili a été suivie pour des abus sexuels, je l'ai écrit il y a 20 ans, et c'est vrai que c'était au début de la collection et il était passé totalement inaperçu parce que la collection n'avait pas beaucoup de succès. Et au moment de l'affaire d’Outreau, les pédophiles, les parents ont cherché un livre qui parle de ça pour ne pas inquiéter leurs enfants, et ils ont trouvé ce livre qui existait déjà depuis trois ans. Mais ça aussi c'était un combat de parler de ça, on l'a évoqué quand même.

Maintenant on ne parle plus des choses aux enfants d'une façon qui ne soit pas anxiogène,c'est-à-dire qui ne les angoisse pas, qui ne leur donne pas de cauchemars. Les livres de la série en général ne donnent pas de cauchemars aux enfants alors qu'on parle de sujets graves.


Max-et-Lili-Lili-ne-veut-pas-se-coucher.gif
Justement est-ce qu'il y a des sujets dont on aurait pas pu traiter il y a vingt ans ou est-ce qu'il y a des sujets qui sont devenus dépassés aujourd'hui ?

Le premier livre que j'ai écrit, c'est Lili ne veut pas se coucher dans la collection, et c'est vrai que maintenant je vois beaucoup d'enfants qui n'arrivent pas à s'endormir, pour différentes raisons. Peut-être parce que les parents sont plus « cool » et que les enfants ont envie de rester avec eux, mais c'est vrai que peut-être je l'écrirais différemment maintenant, ce livre-là.

Sinon il y a le livre Lili se fait piéger sur Internet ; on n'aurait pas pu l'écrire il y a vingt ans.

Il a des sujets sur lesquels je n'ai pas encore écrit dans la série mais que je ferai un jour, bientôt.



Est-ce qu'il y a des Max et Lili qui ont choqué ?
Max-et-Lili-Lili-se-fait-pieger-sur-internet.jpg
Oui, justement, Lili se fait piéger sur Internet, pour les premiers tirages. Dans Lili se fait piéger sur Internet, j'avais imaginé que Max et Lili tombaient sur une image porno, une image de sexualité un peu choquante. Et j'avais dit à Serge : « Tu dessines une femme toute nue sur un lit ». Quand le dessin est arrivé en noir et blanc (puisqu'avant la couleur il y a le noir), c'était très joli, c'était très beau cette femme nue. Et puis quand j'ai vu après le livre avec la couleur, je me suis dit que c'était un peu choquant. Et donc j'ai demandé à des enfants ce qu'ils en pensaient, et il y a un petit garçon au salon du livre de Genève qui m'a dit : « Moi ce livre ça me gêne de voir une photo, nue, d'une femme, pour le lire avec ma maman ». Je me suis dit, c'est la limite. Donc j'ai demandé à l'éditeur d'enlever cette image où on voyait cette femme nue, trop sexy, parce que ça gênait ce petit garçon de lire ce livre avec sa maman. Et finalement dans le dessin, vous verrez, il y a un gribouillis que Serge Bloch a fait.



J'ai lu quelque part que vous étiez la maman de papier de Max et Lili, et Serge Bloch lui est le papa de crayon ; comment en êtes-vous arrivés tous les deux à mettre au monde Max et Lili ?

C'est-à-dire que Serge, je l'ai connu à Astrapi, il était directeur artistique. C'est un grand dessinateur, et moi j'avais très envie de faire cette collection. Je l'ai supplié à genoux d'être mon dessinateur. Lui, ça ne l'intéressait pas beaucoup la bande dessinée, il trouvait que c'était trop lourd, trop long, et lui, ce qui l'intéresse c'est les dessins d'humour, quand ça va vite. Il a accepté parce qu'il m'aimait bien, et qu'il voyait que j'avais envie de cette collection et il a accepté de me suivre. Et ça fait quand même vingt ans que je le supplie à chaque fois de continuer.

C'est vrai que je n'arrivais pas à trouver le nom de la collection. Je cherchais deux prénoms, un garçon une fille, et je cherchais avec Tom et Lola, j'avais trouvé Léo et Marcelline, Paul et Sophie... Je n'arrivais pas à trouver les noms. Un jour j'ai dit à Serge que je n'arrivais pas à trouver de noms, de cette collection que je voulais faire. Et il m'a dit : « Tu sais dans la vie, quand on ne doute pas, ça devient plus simple ». Il y a un prénom dans la littérature enfantine qui est très utilisé, il y a plein de bouquins pour enfants qui s'appellent Max. Et il me dit « Si on ne trouve pas on n'a qu'à prendre un prénom très basique, classique, que tout le monde a déjà utilisé, on n'a qu'à l'appeler Max ». Et je lui ai dit : « Moi ma meilleure amie s'appelait Élisabeth, et on l'appelait Lili ». Et on a gardé Max et Lili.



Comment se passe votre collaboration ? Vous dites que c'est un moment magique quand vous recevez le « crayonné » d'un scénario que vous avez envoyé à Serge, pourquoi c'est magique ?

Je fais le scénario, c'est-à-dire que j'écris l'histoire, je décris l'image, je dis la taille de l'image. J'écris par exemple « Max est sous le lit en train de chercher son maillot de bain et Lili est à la porte ». J'invente des images, je les décris sur le papier, et je dis si c'est une petite image, une moyenne image ou une grande image. Je décris tout ce qu'il y a dans l'image et je l'envoie à Serge. Serge se met à sa table et il dessine, un brouillon, au crayon à papier. Et il m'envoie le brouillon, par Internet. Mais je ne travaille pas avec Serge. Je lui donne toutes les indications et il fait ce que je lui demande. Comme il est formidable et qu'il dessine très vite, il aime bien que je lui donne des choses très très précises, comme ça cela lui permet de dessiner très vite. Et il adore dessiner très vite. C'est vrai qu'il est très bon pour trouver l'émotion : la peur, la tristesse, la joie... Sans lui Max et Lili n'existerait pas.



Est-ce qu'il y a des numéros qui ont été plus difficiles à illuster ?

Il faut qu'ils soient drôles. Parce que quand ce n'est pas drôle il s'ennuie, et donc il n'aime pas dessiner quand ce n'est pas drôle.



Le format de la collection, le traitement du sujet par différents biais, la petite bande dessinée, les questions à la fin, la quatrième de couverture : le traitement des sujets est un peu particulier, comment cela s'est-il fait ?

L'éditeur avait l'idée d'un tout petit format, et puis on l'a agrandi après parce qu'il était perdu dans la librarie. Et le fait que ce soit en bande dessinée : j'avais très envie que ce soit en bande dessinée parce que c'est drôle et qu'on fait passer des choses très facilement par l'image. Une bande dessinée c'est très vite lu, et donc c'est intéressant qu'il y ait des questions à la fin pour ne pas être obligé de se dire : « Moi je suis comme Max » ou « Je suis comme Lili ». La quatrième de couverture avec le résumé à la fin, cela permet de dire les choses d'une autre manière.



Dans la petite présentation qui est faite dans chacun des Max et Lili, il est écrit que vous avez interviewé plus d'un million d'enfants, est-ce comme cela que vous trouvez les sujets ?

Au début, j'ai commencé comme cela. Maintenant, j’interviewe moins d'enfants, mais au début j'avais peur de mettre des mots de mes histoires à moi, ma propre histoire familiale qui était quand même assez difficile, et je voulais que Max et Lili soient le reflet de tous les enfants. C'est pour cela que j'avais envie de parler avec beaucoup d'enfants. Et je le fais toujours, j'aime beaucoup écouter les enfants, et je pense que les parents aussi doivent écouter leurs enfants. Quand on écoute un enfant, on lui dit : « Tu es capable de t'exprimer, je t'écoute, j'entends ce que tu dis, tu es digne de confiance » et après l'enfant aura appris à s'exprimer lui-même. C'est pour cela que je voulais faire des bandes dessinées, avec des dialogues.



Est-ce que les journaux, la presse, la télé, Internet vous inspirent ?
Max-et-Lili-Les-parents-de-Zoe-divorcent.gif
Oui, tout m'inspire. Les adultes, les enfants, les chiens, les chats... Là, par exemple, je suis en train d'écrire le numéro 104, Max et Lili veulent devenir populaires. Je me suis dit que c'était peut-être un petit peu en avance, mais pour la rentrée scolaire je me suis dit que c'était possible comme sujet et de traiter le fait d'avoir envie d'avoir des amis, d'être reconnu, d'être admiré. Quelquefois ce sont des enfants dans les écoles qui sont tristes, qui ne vont pas bien, qui viennent me voir après les rencontres pour me dire qu'ils ont un problème.



Parmi les bientôt cent titres,est-ce que vous avez des préférés ?

Il y en a un que j'aurais aimé avoir quand j'étais petite, c'est Les parents de Zoé divorcent. Mes parents ont divorcé quand j'étais enfant et j'étais la seule de l'école ; c'est vrai que c'était dur et j'aurais bien aimé avoir un livre où on parlait de cela, où on donnait des explications, qui aurait pu faire rire ma mère peut-être sur ce sujet là. Ce livre-là, j'aurais bien aimé l'avoir.

 

 

Max-et-lili-c-est-la-vie.jpg

 

L.F., 2e année Bibliothèques


Repost 0
Published by LF - dans jeunesse
commenter cet article
19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 00:00

à la Machine à lire
mardi 19 juin à 18h30

Antonio-Tabucchi-Notturno-indiano.gif

 

Rencontre avec Lise Chapuis, traductrice de quelques œuvres d'Antonio Tabucchi.

« Né en 1943 à Pise, Tabucchi était-il italien, portugais, français ou universellement européen, par les langues qu'il pratiquait et les voyages qu'il effectuait ? L'anecdote raconte qu'arrivé tout jeune à Paris, il tomba sur un livre de Pessoa et qu'il le traduisit, inaugurant ainsi une complicité littéraire qui ne cessa jamais. C'est que l'errance pour ce formidable écrivain n'était pas une simple absence ni le refus de s'attacher aux choses de la vie. Avec Place d'Italie, son premier roman (1975), comme avec ceux qui suivirent et lui conférèrent une place de premier plan parmi les écrivains, Antonio Tabucchi forgea peu à peu une œuvre singulière dans laquelle tous peuvent se reconnaître. » (Gilles Heuré, Télérama)

Antonio Tabucchi est décédé le 25 mars dernier à Lisbonne.

Directrice de la collection Selva selvaggia aux Éditions de l'Arbre vengeur, Lise Chapuis traduit des œuvres littéraires italiennes depuis  plus de vingt ans. Docteur en littérature comparée et enseignante, elle anime également des ateliers de traduction.

Dominique Garras (compagnie Gardel) lira aux côtés de Lise Chapuis des morceaux choisis de l'œuvre de Tabucchi.

 

 

 

Antonio TABUCCHI sur LITTEXPRESS

 

Tabucchi-couverture-copie-1.jpg

 

 

 

 

 Article de Marlène sur Petites Equivoques sans importance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lise CHAPUIS sur LITTEXPRESS

 

 Entretien réalisé par Jennifer, Alice et Laëtitia.

 

 

 

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 07:07

poissant-expo.jpg
En tête du programme de l’Escale 2012 sont placés les éditos de personnalités « importantes », dont celui du Maire de Bordeaux, qui rappelle qu’est célébré cette année le cinquantième anniversaire du jumelage de la Ville avec celle de Québec.

Plusieurs représentants de La Belle Province ont été invités1, à savoir, si l’on exclut les autorités politiques, les romancières Elise Turcote et Hélène Vachon2, les comédiens de la compagnie Campe3, les artistes (virtuels ? – selon le programme) du collectif  Finlarmoiement4, les auteurs de BD Pascal Girard, Jimmy Beaulieu et Zviane5.

Était aussi présente Maude Poissant, dont le nom – pour l’anecdote, et l’ironie – ne figure pas dans l’index imprimé en fin de programme (pp 54,55).

Sacré programme ! – Lol – En vérité le programme était plein de bonnes « choses ».

« Portraits égarés » ou « Figures de Cendre » (programme p. 15) est le titre de l’exposition de portraits surgis du passé qui ont inspiré à la jeune femme québécoise des histoires re-construites. L’exposition place en regard d’une reproduction d’un portrait, de son agrandissement, le texte qu’il a fait naître. L’exercice consistant à plonger dans un regard, à exploiter un détail, une attitude, un costume, pour réinventer une vie, imaginer un personnage, son passé, ses pensées, et d’une figure anonyme, inconnue, oubliée, redonner vie à une personne.

Scanie (sud de la Suède), 1955, Halldór Laxness, apprend que le Prix Nobel lui est attribué :

« … mes pensées allèrent retrouver mes amis et mes proches, reprenant le chemin familier du souvenir qui me ramène auprès de ceux qui entourèrent mes premières années, de ceux qui ne sont plus, que nous ne voyons plus. De leur vivant ils appartenaient déjà, en un sens, à la race des obscurs, obscurs pour autant que leurs noms étaient connus de très peu de gens, – et que plus rares encore sont ceux qui se souviennent d’eux. Et cependant c’est leur présence dans mon existence qui a façonné le fond de mon être, et ils exercent sur ma vie intérieure une influence plus forte que celle que j’ai pu ressentir au contact des maîtres et des précurseurs spirituels de la terre entière. …je pense encore aujourd’hui aux maximes morales que ma vieille grand’mère voulut graver dans mon esprit, quand j’étais enfant : ne fais jamais de mal à un être vivant, vis toujours de façon à mettre toujours au sommet de la hiérarchie humaine les petits, les pauvres, les humbles ; n’oublie jamais que ce sont ceux qu’on a offensés, qu’on a lésés, ceux qui sont victimes d’un passe-droit, ceux dont on ne tient aucun compte, qui méritent plus que d’autres notre attention, notre amour et notre respect, chez nous en Islande et partout sur cette terre. »6

À Bordeaux, en avril 2012, dans un espace dénommé « Cube »7, Maude Poissant a donné à trois reprises lecture d’une de ses micro-bio-fictions – brefs récits de vies, si l’on préfère – en même temps que sur l’écran installé face au public (comme au cinéma !) était progressivement dévoilé le portrait de la personne qu’elle ramenait à la vie, par un montage visuel jouant sur la succession et le fondu de plans portant sur certaines zones, plus ou moins étendues du cliché, soulignant certains détails, en appui de leur description littéraire, et s’achevant sur la vision totale de la photographie, image de l’être tout entier, dans son intégrité redécouverte.

À Trois Rivières, au bord du Saint Laurent, un jour d’été de 1887, Maria pose.

C’est le jour de la noce. Elle a revêtu son costume d’épousée, qu’elle a confectionné. Sa mère la complimente, lui rappelle des souvenirs d’enfance, combien elle est fière qu’elle ait trouvé un emploi de modiste à la ville, où elle a rencontré son promis… maintes autres choses, grandes et petites, plutôt petites, simples, avec des mots simples, un cœur simple, franc, tendre, rieur, québécois ?

La lecture achevée, Maude s’inquiète de savoir si son accent n’était pas gênant. Le public la rassure : un accent charmant, vivifiant. On la complimente sur son jeu, son interprétation : elle nous offert plus qu’une lecture.

Quelques échanges (malgré la barrière de la langue) sur le travail de Maude, l’utilisation de la photographie dans le cadre d’ateliers d’écritures… Et puis le « Cube » se vide.

Sortis, avec une personne qui a assisté à la lecture, nous engageons la conversation, prenons un rafraîchissement à la terrasse du café du TNBA. Elle est institutrice, à la retraite, originaire des confins du monde (Finis Terrae, département 29), a échoué à Bordeaux il y a plusieurs années. Sans nous livrer véritablement des récits de nos vies respectives, nous en dévoilâmes quelques instants. Dans le flot de la conversation nous découvrîmes incidemment que nous avions en commun de nous livrer tous deux, comme le personnage de Maude Poissant, à la récolte de petites pierres, de coquillages, de feuilles mortes, de petits bouts de bois ou de racines, de plumes volant au vent. Pour la modiste québécoise, ces collections constituaient les réservoirs d’éléments de parure, ornant chapeaux, gilets de velours, incrustés dans les étoffes, châles de laine, et autres.

Pour ma part je les conserve en bocaux ou dans d’anciennes boîtes à cigares, les laisse reposer en cave ou dans un grenier durant des années. Parfois, par exemple s’il m’arrive de partir à la recherche d’un outil égaré, d’une pelote de ficelle que j’utiliserais pour effectuer quelque réparation de fortune, je redécouvre ces petits trésors cachés. Alors je songe au recueil de Thomas Tranströmer : Les Souvenirs m’observent, à un titre de Franz Werfel, Le Passé ressuscité ; et des images, des instants, un visage, ressurgissent. Et il s’ensuit souvent que la réparation projetée devra attendre encore, encore attendre.

L’ancienne institutrice me demande si j’écris. J’ai écrit, peu. Elle, écrit, souvent. Mes pauvres textes sont empilés dans une petite boîte, égarée au fond d’une armoire, au fond d’un grenier. Pour elle, même topo, presque : sa boîte est certainement plus grande, et toujours accessible. Elle y accumule ses textes. Elle les montre quelquefois à des parents, des amis, dont elle me dit qu’ils ne comprennent pas sa démarche, la jugent étrange, elle, comme personne. Je lui dis que je suis un peu comme elle. Ce que nous écrivons intéresse peu de gens. Ce n’est pas un motif pour cesser d’écrire.

Elle s’est gentiment « fâchée » avec des personnes qui fréquentaient comme elle un atelier d’écriture. Elle n’y remet plus les pieds (cela n’empêche pas de composer des poèmes, pas forcément des alexandrins).

Je lui parle d’une initiative dont j’ai connaissance, conduite sous le patronage du Musée des manuscrits : « Les bancs de la liberté », peut-être un peu fumeuse, l’avenir le dira ; mais qui peut-être ouvrira la possibilité à des apprentis écrivains de trouver un public.

Je ne le dis pas à Jacqueline sous cette forme mais l’écriture, à mon avis, est généralement un plaisir solitaire, ou une épreuve, qui implique le plus souvent la solitude. En tout cas je pense qu’elle peut se passer des ateliers d’écriture, et l’encourage à continuer à remplir sa boîte en carton. Mais je pressens qu’elle souffre de solitude.

J-M-G. Le Clézio prit pour sujet de la conférence qu’il donna à Stockholm à l’occasion de l’obtention du Prix Nobel : « Pourquoi écrit-on ? »

Pourquoi pas.

Et pourquoi pas Pour qui écrit-on ?

Ou encore Comment écrit-on ?, Et Quand ? Et Où ? Et Tsétéra ?

Pourquoi Maude Poissant écrit-elle ? Comment écrit-elle ?

Elle guette les traces de ceux qui furent le Québec, redonne vie à des êtres qui se sont éteints. Ses micro-fictions, pleines de poésie et de justesse, ne sont pas publiées. Et Maude continue d’écrire et voyager, en proposant, lorsqu’elle fait escale, la lecture de ses vies imaginées.


Thierry, AS Éd.-Lib.


Notes

1 - Peut-être un juste « retour des choses » ou un échange de bons procédés, après que Monsieur le Maire, ancien Ministre de la Guerre - pardon – de la Paix – non ce n’est pas cela non plus) –eut été accueilli par l’Université de Québec lorsqu’il connut l’exil. (Cela me revient : c’était Ministre des Affaires Etrangères – non ?)

2 - Présentes pour la rencontre littéraire « Territoires imaginaires : le roman québécois » : « Quelle(s) image(s) se fait-on en France du roman québécois ? La réception de cette littérature est-elle encore tributaire d’une attente fondée sur quelques clichés exotiques – grands espaces et nature sauvage ? Comment ce roman a-t-il évolué au cours des dernières décennies et quelles en sont les grandes tendances ? En quoi le territoires imaginaires de la fiction québécoise se démarquent-ils de ceux qui sont privilégiés par les romanciers français ? ».
(Programme, p 23 – Tout un programme !)

3 - Performance : « Campe, compagnie de création de Québec présente une déambulation à mi-chemin entre le théâtre de rue et la comédie musicale, inspirée des romans de l’écrivain québécois Réjean Ducharme » (Programme, p 17).

4 - Lecture / Performance : « le collectif d’artistes virtuels, Finlarmoiement, lance en grandes pompes le recueil de Martin Nadeau : J’écrirai un livre de titres, composé quasi uniquement de titres… » (Programme, p 27).

5/1 - « Dans L’appartement n°3, Pascal Girard met en scène un alter-ego timide et effacé, fasciné par sa belle voisine au point d’épier tous ses mouvements. Un jeu de cache-cache se met en place et les rôles finissent par s’inverser… Un récit drôle et sensible. » (Programme, p 45)

5/2 - « Jimmy Beaulieu a récemment publié deux livres, deux facettes d’une même histoire ambitieuse et délicieuse : À la faveur de la nuit et Comédie sentimentale pornographique parlent de fantasmes et d’émois. Une technique de narration aboutie portée par un dessin remarquablement sensuel. » (Programme, p 45)

5/3 - Zviane s’est lancée, avec sa comparse Iris, dans un blog-feuilleton à rebondissements. L’Ostie d’chat, ce sont les chroniques drôles et touchantes de la vie de deux amis de toujours, leurs copains, leurs amours, leurs déboires. » (Programme, p 45)

6 - Les Prix Nobel en 1955, Stockholm, Imprimerie Royale P.A.Sorstedt & söner, 1956, p 49 & sq.

7 - D’un point de vue géométrique, il s’agissait plutôt d’un parallélépipède rectangle, et en fait d’un container, du type de ceux que l’on pose sur des camions, wagons ou navires cargos, garni de chaises pour l’occasion.

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article

Recherche

Archives