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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 08:18

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Don DELILLO
Great Jones Street

traduction

de Marianne Véron

Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Don DeLillo est un écrivain américain né en 1936 à New York dans le Bronx. Une fois diplômé, il va travailler comme concepteur-rédacteur dans une agence de publicité où il passera quelques années à inventer des slogans. C’est seulement en 1971 qu’il publie son premier roman, Americana. Ce sera pour Don DeLillo la première occasion de livrer ses opinions sur une Amérique en perdition...

À partir de là, l’auteur amorce un travail d’écriture critique face à une Amérique en décadence, décrivant avec cynisme l’illusion du rêve américain. Il est également l’auteur d’autres œuvres célèbres : Cosmopolis (2003), Point Omega (2010), L’homme qui tombe (2007).



Un auteur controversé

Pour certains, Don DeLillo est  le plus grand des écrivains américains vivants, il est considéré comme un écrivain culte. Pour d’autres, il n’est qu’une fausse valeur. On dit de lui, qu’il est  le champion d'une littérature élitiste, surestimée, un peu datée et politiquement orientée. Certains critiques vont même jusqu'à le définir comme « un mégalomane bavard, dont les romans boursouflés n'ont au fond guère d'intérêt derrière leur complexité apparente ».

Don DeLillo à travers ces éternels débats reste tout de même une influence pour les auteurs des générations suivantes comme Jonathan Franzen.

Ses thèmes fascinent toujours le public : le complot, le chaos urbain, le terrorisme, les médias et le décorticage du rêve américain.

Finalement, ses œuvres font beaucoup de bruit, à l’inverse de l’auteur. On ne sait pas grand-chose de lui, personne énigmatique à l’image de ses romans.



Résumé

Bucky Wunderlick, 26 ans, star du rock au bout du rouleau, décide de quitter son groupe en pleine gloire alors qu'il enchaîne tournées et succès. Il décide de s’enfermer dans l’appartement  minable de sa copine Opel sur Great Jones Street, au cœur d'East Village. Par là, il veut se détacher du fanatisme de ses admirateurs et de la folie commerciale dont il est le jouet.

Pendant plusieurs jours, alors que les médias se déchaînent pour savoir ce qu’il lui est arrivé, Bucky traîne dans son appartement à la recherche du silence qui pourrait le reconnecter avec lui-même.

Pourtant, il lui est impossible de s’isoler vraiment, puisque tour à tour la moitié de son entourage vient lui rendre visite. Il y a Opel, sa copine, Hanes, un de ses musiciens, et puis Globke, son agent. Mais aussi son voisin du dessus, un écrivain, Fenig, qui cherche un terrain inexploité de la littérature : il s’essaie au porno pour les enfants sans succès, et à une littérature qui s’adresse à la finance, aux entrepreneurs. À l’étage au-dessous, c’est une vieille femme qui cache son enfant défiguré. Sa tentative de le vendre au cirque n’a pas fonctionné. Alors, elle prévient chaque nouvel arrivant que s’il entend du bruit, il ne doit pas s’inquiéter, c’est juste son fils qui rêve.

Au fil du roman, on apprend que Bucky cache chez lui deux paquets. Le premier contient des enregistrements inédits, qu’il a faits seul, dans une maison à la montagne. L’autre renfermet une drogue unique qui s’attaque à la région du cerveau responsable du langage et contraint tout individu qui l’utilise à n’émettre que des sons. Plusieurs personnes sont à la recherche de ces paquets…



Écriture et forme

C’est une écriture assez cryptique, brute, et qui dégage une énergie quasi électrique, troublante, à l’image des dialogues souvent obscurs et désespérés du roman. C’est également une narration assez répétitive, insondable, comme les chansons de Bucky, qui entrecoupent le texte et qui sont traduites en annexe à la fin. Comme un courant électrique, ces images frappent  la rétine.

L’humour et l’ironie accompagnent son écriture. Don DeLillo ne prend pas aux sérieux les paroles de Bucky, il s’en moque même en en faisant une répétition de mots simplets, voire de sons enfantins à la fin. De même que les chapitres nommés «  Le parfait petit kit des médias de contraction mentale » soulignent l’ironie et le décalage que Don Delillo exerce sur cette folie urbaine et culturelle. Ainsi, l’écriture du roman est un savant mélange de genres, on trouve des paroles, des interviews, des extraits de colloques... Don DeLillo crée une poésie citadine et crasseuse, très critique envers le système capitaliste et la condition humaine.



La difficulté d’être

Bucky a l’impression de n’être qu’un objet, réduit à des articles de presse, des paroles, comme s’il ne pouvait exister par lui-même. Il se rend compte qu’il n’est plus qu’une icône, à l’usage de l’industrie de la musique rock.

Cela passe par sa difficulté à s’identifier ; il ne se voit qu’à travers des objets, un miroir, le reflet de lunettes ou le regard de ses proches, et pour finir par la musique. Tout au long du texte, il accumule des pulls sur lui, créant ainsi une épaisseur, une seconde peau, une armure pour se protéger. C’est une personnalité complexe et torturée, qui se perd dans ce monde devenu fou, que nous dessine Don DeLillo.



La conquête du silence

Bucky ne vit que pour le son ; pour lui, le langage est extravagant. On se rend compte ainsi qu’à mesure que sa carrière avance le vocabulaire de ses chansons est de plus en plus incompréhensible, enfantin et dénué de sens.

Sa quête du silence aboutit lorsqu’il prend la fameuse drogue qui fait perdre le langage. Touchant au nirvana, Bucky se croit libre et fort, le temps d’un instant…

À la fin, Bucky est seul, ses proches soit sont morts soit l’ont délaissé. Il a créé le silence autour de lui, il n’y a plus que les sons des rues de NY et ses paroles animales comme présence.



Le monde crapuleux des affaires

Les gens qui gravitent autour de lui, sont intéressés par l’argent qu’il peut leur rapporter. Son manager lui vole ses enregistrements pour récupérer les sommes qu’il lui a fait perdre en arrêtant la tournée et tente de le remettre sur le marché. Il planifie une stratégie marketing pour son retour mais tout se passe à l’insu de l’artiste ; Bucky n’est qu’un pion. Globke est particulièrement crasse, invitant même Bucky à se suicider afin de créer une mort à sa mesure qui ferait un succès commercial, selon lui.

Don Delillo fusille de critiques ces sociétés qui ne pensent qu’à la rentabilité d’un produit, d’une marque, en oubliant qu’ils sont face à des personnes.



Avis

Face à cette œuvre, je suis mitigée. C’’est une lecture déconcertante qui bouscule les codes, elle est innovante dans sa forme et son sujet, car traiter le son sur un support tel que le livre, où le langage est primordial, est un pari audacieux qui m’a intéressée.

Les images d’artistes brisés survolent les pages tels des spectres, Jim Morrison, Dylan, Jimi Hendrix. C’est un clin d’œil à cette époque, d’un côté riche et novatrice au niveau musical, et en mal de vivre de l’autre.

Des échos surréalistes, tout au long de ma lecture, des images, des phrases d’André Breton m’ont accompagnée dans cette plongée au cœur de la tension humaine. En effet, l’exclamation dans L’Amour fou, « La beauté sera convulsive ou ne sera pas », prend  toute sa force ici ; le livre l’illustre, la musique fait vivre et vibrer Bucky, de manière totale, électrique.

J’irai même plus loin en disant que Don Delillo dépasse même Breton quand il dit dans son manifeste : « je veux qu’on se taise quand on cesse de ressentir ». Ici, Bucky, par le silence, atteint des profondeurs et des émotions beaucoup plus fortes et justes, que celles qui passent par le langage.

Au-delà de ces références et de l’originalité de l’œuvre, Great Jones Street reste une lecture difficile. J’ai dû faire des efforts sur plusieurs pages pour rester dans le roman car souvent, on a du mal à suivre les pensées du personnage et à voir où il veut nous amener.

Je n’ai pas été touchée par sa musique, ni par sa mélodie, et c’est finalement avec une petite déception qu’on se rend compte que c’est un livre qui parle très peu, voire pas du tout, de la musique…

Mais cela n’en reste pas moins une expérience de lecture qui nous marque, et qui ne laisse pas indifférent, par son originalité, par le fait qu’on ne la saisisse pas vraiment et qu’elle nous échappe.

Fidèle à l’image des débats qui naissent autour des œuvres de Don Delillo, Great Jones Street déconcerte, fascine ou repousse…

À vos lectures, et forgez votre propre opinion sur cette œuvre énigmatique !


Amélie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Don DELILLO sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Flora et de Venezia sur L'Homme qui tombe

 

 

 

 

 

 

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article d'Hélène et de Marlène sur l'adaptation de L'Homme qui tombe par le Collectif Crypsum.

 

 

 

 

 

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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Aude sur Cosmopolis

 

 

 

 

 

 

 


 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 07:00

 Homme-qui-tombe.jpgpièce adaptée du  roman de Don DeLillo
(traduction de Marianne Véron)
jouée du 17 au 23 mars 2012
avec
Alexandre Cardin
Anne Charneau
Miren Lassus Olasagasti
Maïa Ricaud
Jérôme Thibaud

 troupe Crypsum

Mise en scène : Alexandre Cardin et Olivier Waibel
 TnBA

 

 

 

« En racontant l’après 11 septembre, Don DeLillo décrit des personnages qui nous sont proches, bien que de l’autre côté de l’Atlantique. À la fois égarés et encore arrogants, ils sont ici les témoins de l’épuisement d’un monde, le nôtre, soumis aux mythes, fantasmes et obsessions qui influencent désormais nos comportements. Ce chroniqueur du nouveau millénaire se demande comment représenter ce que nous sommes aujourd’hui, de l’aliénation urbaine et virtuelle à l’omniprésence de l’argent-roi, de l’espoir d’une vie éternelle à la chirurgie esthétique, toutes « ces formes modernes de la terreur ». Si ces tours qui s’écroulent décrivent ici un mouvement d’abord intérieur, c’est bien celui qui nous amènera probablement demain à être nous aussi des hommes qui tombent, hésitant entre aveu d’impuissance et culte de l’image, celle que l’on aimerait encore donner de soi-même pour pouvoir rester debout. Ainsi le collectif Crypsum, après s’être interrogé sur nos racines avec Nos racines d’après Hervé Guibert, esquisse un portrait de notre temps, "l’âge de la peur", où la fiction apparaît comme vérité du monde. » TnBA



Don DeLillo est un auteur américain de nouvelles, scénarios, pièces de théâtre,  articles et surtout romans, œuvre ambitieuse et influente. Ses thèmes fétiches sont l’angoisse de la mort, très présente dans son ouvrage L’homme qui tombe, mais aussi la fascination pour l’image et le langage. Parfois qualifié de postmoderne, il est l’un des auteurs contemporains majeurs d’une société capitaliste américaine en déclin, marquée par l’effondrement des tours du WTC.



Tout commence dans une ambiance plutôt festive – des personnes dégustent un gâteau en forme de tour – puis bascule au moment où ils s’assoient en rond. Le débat commence, les voix s’élèvent. On comprend rapidement que le sujet de cette conversation houleuse est l’effondrement des tours du World Trade Center. L’animatrice n’est autre qu’un des personnages principaux que nous allons suivre tout au long de ces deux heures.

L’homme qui tombe de Don DeLillo retrace les vies de cinq personnes, qui se connaissent, se croisent, se déchirent et se retrouvent. C’est surtout l’histoire de la reconstruction de vies brisées par cet attentat. Comment ont-ils survécu à ce drame ? La vie continue mais elle ne sera plus jamais comme avant. Pourra-t-on retrouver son âme en paix, alors que des milliers de personnes se sont perdues ?



La mise en scène d’Alexandre Cardin et Olivier Waibel, minimaliste, correspond très bien à l’atmosphère évoquée dans le livre ; les personnages changent les décors très simples devant les yeux des spectateurs, ils n’hésitent pas à se déshabiller, se dévoiler devant nous dans un but de complète transparence. Une sorte d’humilité émane de ce choix de mise en scène. On se retrouve plongé dans leur univers et leurs vies, avec tous leurs soucis, leurs préoccupations et leurs envies.



D’autre part, l’utilisation de téléviseurs et d’un écran géant en toile de fond rappelle la fascination de Don DeLillo pour les films, l’image. Le choix des annonces émises par les moniteurs TV pourrait être une critique implicite de l’appropriation de cette catastrophe par les médias. Cette façon volontaire d’utiliser l’image des survivants pour manipuler les foules et les garder dans une atmosphère de peur ambiante est très bien retranscrite à travers ces extraits des JT américains. La réaction des personnages envers ces images nous plonge directement dans cette ambiance terrifiante et ce qu’ils ont dû endurer pendant plusieurs semaines.



Les acteurs ont très bien su s’approprier leur rôle, le spectateur ressent au plus profond de lui cette nervosité qui les anime. On les sent à bout de nerfs, tendus, perdus dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus et qu’ils essaient par un moyen ou un autre de retrouver. Les personnages se croisent et, au début de la pièce, on confond un peu les diverses personnes qui apparaissent au fur et à mesure. On comprend rapidement qu’ils sont tous liés les uns aux autres et que chacun a sa vision, son expérience de la catastrophe. Leur réaction pour gérer ce deuil diffère selon les personnalités, parfois confrontées à l’incompréhension des autres. Entre la colère, l’abattement, la peur et la volonté de tourner la page, chacun essaie d’aller de l’avant tout en essayant de maîtriser les sentiments qui l’animent.



Cette pièce, particulière et à la mise en scène originale, vous laisse pensif lorsqu’elle se termine. Elle prend le contrepied des mises en scène classiques et ce choix peut mettre le spectateur mal à l’aise. Pourtant, on en ressort avec un sentiment mitigé, entre soulagement et révolte contre notre société et notre inaction face à ses travers et ses défauts.

La troupe Crypsum en a fait sa propre œuvre et l’adaptation du roman est si bien interprétée que l’on conçoit difficilement une comparaison avec une autre mise en scène.



L’homme qui tombe rappelle les hommes et femmes qui se sont jetés du WTC mais c’est aussi l’image de l’homme qui s’effondre dans sa vie après un tel événement et qui n’a plus ses repères. C’est aussi la métaphore de la société capitaliste qui pourrait s’effondrer, comme ces tours qui semblaient pourtant invincibles.



Une pièce qui ne s’arrête pas aux portes de la salle, qui vous laisse songeur et interpelle le spectateur bien après avoir quitté les lieux.


Hélène et Marlène, 2e année édition-librairie

 

 

Don DELILLO sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Flora et de Venezia sur L'Homme qui tombe

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Aude sur Cosmopolis

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Hélène et Marlène - dans théâtre
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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 07:00

Le 38e Prix du Livre Inter a été attribué lundi 4 juin à Nathalie Léger pour son roman Supplément à la vie de Barbara Loden.

 

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Nathalie LÉGER
Supplément à la vie de Barbara Loden
P.O.L., 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Supplément à la vie de Barbara Loden, comme l'écrit Nathalie Léger, c'est « une femme [qui] contrefait une autre écrite par elle-même à partir d'une autre (…) ». Supplément à la vie de Barbara Loden est en effet l'histoire d'une mise en abyme, le récit de femmes qui s'imbriquent les unes dans les autres comme des poupées russes. Alors par quoi commencer ? Il y a Nathalie Léger, auteure du livre, qui écrit sur Barbara Loden, réalisatrice du film intitulé Wanda, personnage lui-même inspiré d'Alma, héroïne d'un fait divers bien réel. Mais Wanda est aussi et surtout l'image de Barbara Loden, avant même d'être cette Alma qui a pourtant bien existé. Alors comment Nathalie Léger s'y prend-elle pour écrire sur Barbara Loden ? « J'hésite entre ne rien savoir et tout savoir, n'écrire qu'à la condition de tout ignorer ou n'écrire qu'à la condition de ne rien omettre. » Ce livre paru en février 2012 aux éditions P.O.L. soulève donc bon nombre de questions, abordant les rapports entre apparences et vérité, corps et pensée, coïncidence et objectivité. Mais c'est aussi le processus d'écriture lui-même qui est questionné, la structure du récit et les capacités de compréhension du lecteur.

Alors quelles sont les raisons qui ont poussé Nathalie Léger à entreprendre l'écriture de ce texte ? Quelles quêtes évoque-t-il ? Quelle structure du récit l'auteure a-t-elle choisie ? Et ne pourrait-on pas inclure ces réflexions dans la question plus vaste du rapport entre intériorité et extériorité ?



Tout d'abord, Nathalie Léger évoque à l'intérieur même de son texte les raisons qui l'ont poussée à écrire ce livre, dont il est difficile de qualifier le genre. Est-ce un roman? Une biofiction ? Une réflexion théorique sur ce qu'est une biographie ? C'est à la fois tous ces genres et aucun.

Tout a commencé par une commande, celle d'une notice qui devait trouver sa place dans un dictionnaire de cinéma. « N'y mettez pas trop de cœur »,lui avait demandé l'éditeur. Nathalie Léger part donc confiante dans ses capacités à rester objective, « convaincue que pour en écrire peu il faut en savoir long ». Débute alors son travail de recherche sur une femme nommée Barbara Loden, qui commença par danser dans des endroits où les femmes se dénudent, puis interpréta de petits rôles à la télévision, fut l'épouse du réalisateur Elia Kazan, joua dans deux de ses films et dans une pièce d'Arthur Miller, réalisa son propre film, Wanda, et mourut à quarante-huit ans d'un cancer généralisé, laissant plusieurs projets inachevés. « La plus grande tragédie pour un artiste » avait déploré Elia Kazan.

Nathalie Léger pouvait-elle s'arrêter là ?

« J'avais le sentiment de maîtriser un énorme chantier dont j'extrairais une miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité : une femme raconte sa propre histoire à travers celle d'une autre ».

Mais déjà Nathalie Léger a saisi toute la complexité de son entreprise. Se pose alors la problématique même de la description.

« Les descriptions servent principalement à faire connaître les singuliers ou individus. Une description est donc proprement la réunion des accidents par lesquels une chose se distingue aisément d'une autre ».

Nathalie Léger va se confier à l'imperfection, à l'individu et à l'accident, et va par là-même ne jamais cesser de s'éloigner de l'objectivité et de la rigueur propres à la notice. « Décrire, rien que décrire. L'état des choses saisi en de moindres mots. Barbara, Wanda. S'y tenir. Viser au général et à l'anodin ». La rédaction de la notice serait donc le refus de la coïncidence. « Je vous en prie, faites-moi une notice, pas un autoportrait », a insisté l'éditeur. Mais Nathalie Léger, en prise avec la coïncidence, explique que dans la notice, elle voudrait mettre « tout Wanda et tout Barbara (…), l'impossible vérité et l'objet indescriptible ». Nathalie Léger s'est fait emporter par le sujet,

« effarée, effondrée de découvrir que tout avait commencé malgré [elle] et même sans [elle] dans le désordre et l'imperfection, l'inachèvement prévisible et l'incomplétude programmée ».

Au-delà de cette fascination pour Barbara Loden, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une quête, une quête multiple qui devient la raison de ce livre, l'objet même des recherches de l'auteure. Parcourant le chemin de Wanda-Barbara, Nathalie Léger se demande ce qu'elle est réellement venue faire ici :

« je me suis rappelé que c'est dans les chambres étrangères que nous pouvons saisir la sensation la plus juste parce que la plus égarée de notre existence […] dans l'espace toujours réfractaire d'un lieu désaffecté qu'on ne parviendra pas à soumettre ».

Dans sa volonté de conjoindre son présent et le passé de quelques sentiments vécus par d'autres, Nathalie Léger apprend sur elle-même. Et dans cet incessant va-et-vient, l'auteure se perdrait presque, allant jusqu'à chercher ce qui la lie à Wanda, ce qu'elles pourraient avoir en commun. Partir du connu pour comprendre l'inconnu, ou partir de l'inconnu pour se comprendre soi-même ?
barbara-loden-wanda.jpg
Nathalie Léger n'est pas simplement à la recherche de Barbara Loden, ni d'elle-même. Elle a aussi voulu rendre hommage à sa mère, qui selon elle a été humiliée. Comme le metteur en scène Antoine Vitez à qui l'on reprochait de ne filmer que des actrices qu'il aimait, Nathalie Léger désire rendre hommage à des figures qui comptent pour elle, elle aime cette idée. Et c'est dans le personnage de Wanda que l'auteure part en quête de sa mère :

« Je me souviens de ma mère faisant des gestes absurdes, feints, traqués, dès que mon père était là. La panique qui marquait son visage. Et comme Wanda, cette fixité inquiète dans le regard, cette manière particulière de scruter le visage impassible de l'homme pour comprendre et anticiper ».

Tout comme Wanda, sa mère a fui jusqu'à vouloir en mourir : « […] c'était une douleur raide, pas un vague à l'âme, c'était un coup, un trou, pire, un goulet de la taille d'une bombe trop étroite. » En cherchant Barbara derrière Wanda, Nathalie Léger a trouvé sa propre mère, sa souffrance, et a voulu lui rendre hommage. Mais un peu comme face à Barbara Loden, Nathalie Léger reste impuissante devant les désirs de sa mère. Cette dernière voulait revoir des lieux de son enfance, et l'auteure a tout fait pour réaliser son rêve. Mais elle avait oublié qu'elle ne lui proposait que la vérité « tandis que sa rêverie, sa douloureuse rêverie, exigeait seulement de n'être jamais satisfaite ».

En tout cas, c'est derrière Wanda, personnage du film, que Nathalie Léger va chercher Barbara. Veut-elle cerner un personnage ou une personne, on peut se le demander. Car tout comme Wanda est un personnage créé par Barbara Loden, cette dernière devient elle-même le personnage du livre de Nathalie Léger. Et puis derrière cette Wanda, il n'y a pas seulement Barbara Loden, il y a aussi la femme du fait divers sur lequel l'histoire du film est fondée. Elle, c'est Alma, une femme qu'Elia Kazan qualifie de « flotteuse », incapable d'aller où elle veut, sans aucune volonté. Mais en aidant ce petit braqueur de banque raté, Alma devient utile, elle devient un être humain. Barbara Loden se retrouve dans Alma devenue Wanda : « Comme pour Wanda, ma vie a longtemps été celle d'une morte vivante. Personne d'autre que moi ne pouvait jouer ce rôle. » C'est pour cette raison que Nathalie Léger visionne le film, scrute, épie :

« Je cherche sous le visage égaré, dans le regard morne de Wanda, derrière cette façon bancale et désespérée de se tenir face aux autres, je cherche tout ce qui appartient aussi à Barbara. »
 
Cela explique donc sûrement le choix par Nathalie Léger d'une écriture fragmentaire propre à la narration cinématographique pour mettre en mots ses recherches et ses réflexions. Avec Nathalie Léger, le lecteur découvre à la fois Wanda, les recherches et les rencontres de l'auteure, ainsi que la personnalité de Barbara Loden qui se dessine en filigrane. C'est au lecteur de faire sens.

Mais tout d'abord, l'auteure s'est posé la question : « Qu'est-ce que raconter une histoire ? Comment est-ce que l'on fait ? » C'est cette question qui se pose, et dans le livre elle est posée par la mère de l'auteure : « Quelle est l'histoire ? m'avait demandé ma mère. » Puis devant la réponse un peu absconse de sa fille, comme un reproche : « C'est si difficile de raconter simplement une histoire ? », en évoquant Anna Karénine, Les Illusions perdues et Madame Bovary, ces histoires qui, selon elle, ont un début, un milieu et une fin, « surtout une fin ». Mais que veut dire raconter simplement une histoire ? « Il faut respecter l'exigence du fil narratif parce qu'on est dans un roman », explique Nathalie Léger, nous éclairant par la même occasion sur la nature de son livre. Pour elle, la question est de tout faire tenir ensemble, même si « ça va se déjointer ». Car Nathalie Léger se pose toujours la question, même après avoir écrit le livre : « Comment ça va se faire, en défaisant sans cesse un consensus d'écriture? »

L'auteure, dans ce texte, calque la structure de son livre sur celle d'un film. C'est ce qu'elle appelle l'écriture du fragment. « Je parle d'un objet cinématographique donc qui obéit à des plans, à des ruptures ». Cette écriture fragmentaire a agi sur elle, malgré elle, comme un destin, « beaucoup plus qu'une décision poétique, même si ça relève quand même d'une décision poétique », explique-t-elle lors d'une rencontre avec ses lecteurs. En effet, frappée par ce qu'un spectateur de film est capable de comprendre, évoquant par exemple Short Cuts du réalisateur Robert Altman, qui propose dix modules narratifs simultanés, Nathalie Léger précise qu'au cinéma cela ne pose pas de problème. Il reste selon elle tout un champ de recherches à conduire en littérature, car le lecteur peut exécuter le même travail de compréhension que le spectateur de film.

En choisissant un film, Wanda, comme objet de son livre, Nathalie Léger introduit donc une exigence formelle, un rythme dans l'écriture et y inclut des blancs dans lesquels il y a beaucoup, tout comme les ruptures entre les plans-séquences. Il faut remarquer que l'écrivain Alice Ferney avait déjà pris pour objet de roman un film, ou plus précisément une femme qui regarde un film. Avec Paradis conjugal, elle posait déjà la question d'une écriture fragmentaire, mettant en parallèle l'histoire du film Chaînes conjugales de Mankiewicz, et les réflexions du personnage, Elsa Platte, qui revient sur des moments de sa vie au gré des émotions provoquées par le film. Ses réflexions sont elles-mêmes ponctuées pa les remarques de ses enfants avec qui elle a décidé de regarder le film qu'elle a déjà vu plusieurs fois. « Voilà ce qu'elle fait en regardant le film. Elle s'efforce de détourner son attention », oscillant entre la fascination pour le film et la pensée de sa propre souffrance amoureuse.

Mais comme Nathalie Léger, on peut se demander quel est le fil narratif. Le film ? Les pensées du personnage ? Ses recherches, qu’elles soient introspectives ou non ? Le fragment exige beaucoup du lecteur, il lui permet de faire un pas en dehors du consensus narratif et quand la structure cinématographique interroge la littérature, c'est au lecteur de trouver ses réponses.

Mais quand la mère de l'auteure lui demande quelle est l'histoire, on peut se demander de quelle histoire elle parle. De celle du livre ? De celle du film ? De celle de Barbara Loden ? Et à quelle question répond Nathalie Léger ? « C'est l'histoire d'une femme seule […] L'histoire d'une femme qui a perdu quelque chose d'important et ne sait pas bien quoi […] ». Mais il s'agit de tout ça et de bien plus encore, car Nathalie Léger ne cesse de répondre : « Mais ce n'est pas la question ». Et sa mère ne lui demandera pas quelle était la question. Pour sa mère, il ne se passe rien, étonnée que sa fille ait le goût des choses tristes.



 Pour terminer, il convient d'évoquer le rapport problématique entre intériorité et extériorité, thème récurrent de ce livre. En effet, on trouve d'abord la question de la vérité intérieure. Comment exprimer, révéler cette intériorité ? N'est-ce pas le travail de l'écrivain, tout comme celui du cinéaste et de tout autre artiste ? Ainsi Nathalie Léger a choisi les mots des autres pour exprimer cette difficulté qu'elle a elle-même rencontrée. Tout d'abord elle cite Jean-Luc Godard en incipit :

« — C'est comment la vérité ?

— C'est entre apparaître et disparaître. »

L'écriture recherche l'expression d'une vérité, d'une intériorité qu'elle tente de révéler. Nathalie Léger cite ensuite Proust : « Les yeux de l'esprit sont tournés au-dedans, il faut s'efforcer de rendre avec la plus grande fidélité possible le monde intérieur. » Voici le fondement de l'écriture, le fondement de ce livre, l'expression même d'une auteure qui refuse de s'arrêter aux apparences. C'est pourquoi Nathalie Léger évoque le rapport au corps comme moyen premier d'accéder à Barbara Loden, à travers son intreprétation du personnage de Wanda. Le corps est à la fois extériorité et expression de l'intériorité, à travers le regard, les gestes, les expressions du visage. Nathalie Léger rapporte d'ailleurs les propos d'un journaliste quant à l'interprétation de Barbara Loden dans une production TV :

« Le gros plan sur le visage rayonnant de Mademoiselle Loden après que son partenaire a touché ses lèvres restera dans les mémoires comme l'incarnation même d'une beauté presque insupportable. Cette tendresse si touchante exprime alors toute l'agonie d'un cœur languissant pour un autre, et toute l'extase d'être enfin désirée. »

Le corps peut en effet exprimer beaucoup de choses, mais il peut aussi se révéler être un obstacle dans l'accès à l'intériorité. Et pour le dire, Nathalie Léger donne la parole à cet ancien joueur de base ball qui a fréquenté Barbara : « Je ne l'ai pas connu, son esprit, je l'ai à peine aperçu à travers son corps ». Ni l'écriture, ni le corps, ne semblent permettre d'accéder à l'intériorité de Barbara Loden, en tout cas pas totalement.

Alors Nathalie Léger va explorer la question de la soumission. Peut-être que se soumettre est une forme d'accès à l'intériorité. Wanda s'est soumise pour exister, c'est-à-dire être en dehors de soi, se projeter hors de soi-même jusqu'à l'aliénation de sa propre intériorité. Et à travers la soumission de Wanda, Nathalie Léger parle de sa propre soumission au désir d'un autre, « nécessité parfois impérieuse de se couler dans le désir de l'autre pour mieux lui échapper ».

Intériorité et extériorité pourraient donc se réconcilier dans la soumission. Nathalie Léger cite alors le journal de Sylvia Plath, une écrivain américaine :

« Je pourrais par exemple fermer les yeux, me boucher le nez et sauter aveuglément dans un homme, me laissant recouvrir par les eaux de son fleuve […] Un beau jour je remonterais à la surface en flottant, totalement noyée et ravie d'avoir trouvé ce nouveau moi sans moi. »

Enfin se pose la question de la réception. Si l'écriture, et toute forme d'art en général, sont des tentatives d'expression d'une intériorité, alors il y a un récepteur, quelqu'un qui reçoit et interprète à son tour cette intériorité extériorisée. L'œuvre cinématographique de Barbara Loden, méconnue aux États-Unis, fut davantage appréciée en Europe, mais fut d'une part très mal reçue par les féministes, insurgées devant tant de soumission. Elles voyaient dans Wanda l'indécision, l'assujettissement, l'incapacité d’affirmer son désir et l'absence totale de prise de conscience, donc de revendication.

D'autre part, Marguerite Duras parlait de gloire et du « miracle Wanda ». Car dans la dernière scène du film, Wanda s'échappe, refuse l'outrage que l'on veut infliger à son corps. Elle rejette l'homme qui veut la violer et « c'est comme si [Barbara] atteignait dans le film une sorte de sacralisation de ce qu'elle veut montrer comme une sorte de déchéance ». Et Marguerite Duras voit en cet acte de survie une gloire très forte, très violente et très profonde.



Ce texte pose donc bien des questions, autant au lecteur qu'à son auteure. Marguerite Duras parle du film de Barbara Loden à Elia Kazan en ces termes :

« Wanda, c'est un film sur quelqu'un […] Par quelqu'un, j'entends quelqu'un qu'on a isolé, qu'on a envisagé en lui-même, désincrusté de la conjoncture sociale dans laquelle on l'a trouvé. Je crois qu'il reste toujours quelque chose en soi, en vous, que la société n'a pas atteint, d'inviolable, d'impénétrable et de décisif. »

 Peut-être que ce livre en est l'illustration même. Et si Marguerite Duras parle de « coïncidence immédiate et définitive entre Barbara Loden et Wanda », moins que Barbara Loden, c'est la question de l'intériorité qui demeure l'objet de ce livre. Plus on se rapproche d'elle, plus elle s'efface. Et c'est alors la question de l'écriture qui prend le dessus. « Je voulais raconter ce qui était en plus et je voulais raconter ce qui manquait. »


Marie, AS Bib.-Méd.

 

 


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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 07:00

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Don DeLILLO
L’Homme qui tombe
Traduction
Marianne Véron
Actes Sud, 2008
Babel, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Don Delillo est un auteur américain majeur. Il est né en 1936 dans le Bronx, de parents émigrés italiens. Même s’il ne le revendique pas, il est souvent considéré comme post-moderne. Il est l’auteur de pièces de théâtre, mais plus reconnu pour ses romans qui reprennent les thèmes de l’angoisse de la mort, l’évocation des sentiments et de leur puissance. Il a reçu une éducation religieuse, catholique, puis étudié dans une université jésuite « l’art de la communication » ; faute de trouver un travail dans l’édition, il prend un poste de publicitaire, et le quitte ensuite, non pas pour se consacrer à l’écriture, mais tout simplement pour ne plus travailler, selon ses propres mots.



Résumé

L’histoire démarre par une scène apocalyptique. De la fumée, des cendres dans l’air, des hommes et des femmes pieds nus, visages couverts de sang mêlé à la cendre, des bruits qui eux aussi ressemblent à ce que pourrait produire l’apocalypse. C’est dans ce quartier qu’on trouve l’un des protagonistes, Keith. Nous sommes le 11 septembre 2001 et deux avions viennent de percuter les tours jumelles du World Trade Center. Désorienté et blessé, Keith prend le chemin de l’appartement de son ex-femme, Lianne. Il y reste, ne sachant même pas ce qui l’a poussé à venir frapper à sa porte. Une vie de famille se recrée peu à peu, avec Justin leur fils, et ce malgré les réticences de la mère de Lianne, Nina. Keith, durant toute son évacuation du World Trade Center, jusqu’à chez son ex épouse, tenait une mallette qui ne lui appartient pas. Il finit par l’ouvrir quelques jours plus tard, et en déduit l’identité de sa propriétaire. Il découvre Florence qui était dans la même tour que lui mais qu’il n’avait jamais vue auparavant. Il trouve en elle une confidente, et parle avec elle du traumatisme qu’ils ont tous les deux vécu. S’ensuit une relation adultère qui ne dure que quelques jours. Les deux personnages, Keith et Lianne, évoluent côte-à-côte, on les suit séparément.



L’adaptation théâtrale.

Du 27 au 31 mars 2012, le TNBA proposait L'Homme qui tombe. L'adaptation du roman par le  Collectif Crypsum est coproduite avec l'OARA et l'Escale du Livre. Mettre en scène la totalité du contenu du roman n'aurait pas été possible, il leur a donc fallu sélectionner des passages forts de l'ouvrage. Les personnages principaux étaient présents : Keith, Lianne, leur fils Justin qui apparaît sur une vidéo diffusée sur un écran, Nina (mère de Lianne) et son amant Martin, ainsi que Florence (« amante » de Keith durant quelques rencontres), ainsi que Hammad, le djihadiste et acteur des attentats du 11 septembre 2001.

Le fait de connaitre l'œuvre écrite, me semble-t-il, aide à comprendre et à mieux saisir le rôle de chacun des comédiens. Ce qui interpelle, c'est qu'à aucun moment nous ne savons comment se prénomment les personnages. Les prénoms ne sont jamais dits. Les scènes se succèdent, voire s'entremêlent, comme une véritable danse des personnages qui se déshabillent et se changent de vêtements sur scène à plusieurs reprises, observant parfois ce qui est en train de se jouer.

Les images sont importantes dans cette pièce, tout comme elles le sont dans le livre. En effet, lorsqu'on lit L'Homme qui tombe, on ne peut s'empêcher de repenser aux images de ces deux  tours heurtées par des avions et qui s'écroulent, de cet amas de cendres, de fumée qui enveloppe Manhattan, et qui sont passées en boucles des jours durant. Des vidéos sont projetées dans cette pièce, qu'il s'agisse de journaux télévisés américains lors des attentats et diffusés sur les deux télévisions présentes sur deux des murs de la scène, où de vidéos des tours en feu projetées sur le mur du fond de la scène pendant que Keith raconte une partie de ce qu'il a vécu à l'intérieur.

La pièce rend compte des sentiments forts et douloureux de chaque personnage du roman. Ainsi que de leur perdition totale à la suite de ce tragique événement. Les dialogues, tout comme dans le livre, rendent eux aussi compte du fait qu'ils sont déconstruits. Les personnages se coupent la parole, reprennent mot pour mot ce que l'autre vient de dire... C'est le tableau d'une société déconstruite, perdue, et consciente de la fragilité de la vie, d'un pays qui nous est donné à voir avec cette adaptation théâtrale.


Venezia, AS Bib.

 

 

 

delillo

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Flora sur L'Homme qui tombe 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Aude sur Cosmopolis

 

 

 

 

 

 

 


 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 07:00

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Anthony TROLLOPE
Miss Mackenzie
Première édition
Anthony TROLLOPE
The Modern Griselda
Chapman and Hall, Londres, 1865.
traduction par Laurent Bury
Le Livre de Poche
collection « Biblio »
Paris, octobre 2010.
Première publication en France
Autrement
collection « Littératures »
novembre 2010.





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anthony_Trollope.jpgAnthony Trollope (24 avril 1815 - 6 décembre 1882)

Pourtant peu connu en France, Anthony Trollope, aux côtés de Charles Dickens, Jane Austen, George Elliot et Lewis Carroll, est un des romanciers britanniques les plus célèbres de l’époque victorienne.

Thomas Trollope, homme érudit qui ne réussit pas sa carrière d’avocat plaidant et finit hobereau désargenté, tint tout de même à ce que ses fils, dont Anthony, soient éduqués en gentlemen. À ce titre, l’auteur étudia dans les public schools de Winchester et Harrow. Il fut plutôt malheureux durant sa scolarité à cause d’un contraste existant entre l’extraction sociale de sa famille et sa pauvreté qui le priva d’accéder aux occupations auxquelles il aspirait.

En 1835, Anthony Trollope obtient un petit emploi au General Post Office de Londres, puis, suite à une promotion qui l’emmène en Irlande, il commence à goûter aux plaisirs d’une vie sociale. En 1844, il épouse Rose Heseltine et tous deux s’installent à Clonmel, dans le comté de Tipperary, au sud de l’Irlande. L’auteur y commence alors une carrière littéraire féconde.

Trollope rentre à Londres en 1859. Il démissionne de ses fonctions dans le service public en 1868 et se présente, sans succès, comme candidat libéral au Parlement.


Le romancier passe les dernières années de sa vie en reclus dans un petit village du Sussex, confronté à la désaffection du public, à une santé déclinante et en proie à la mélancolie.

L’œuvre de Trollope s’articule autour de deux séries de six romans — correspondant respectivement à la période de sa vie passée en Irlande puis à son implication dans la politique — les Barchester Novels et les Palister Novels. L’auteur y anime deux mondes, inséparables, qui représentent pour lui l’Angleterre. Le comté de Barchester, dans lequel se déroule la série éponyme, présente l’univers de la campagne, des clergymen et des vieilles familles de la squirearchy (classe sociale des propriétaires terriens) alors que les Palister Novels, eux, se déroulent à Londres dans le milieu de la finance, du vice et de l’immensité peuplée.

À sa mort, à Londres, suite à une attaque de paralysie, Trollope laisse derrière lui quarante-sept romans — romans de bonne taille victorienne. L’auteur avait l’habitude d’écrire chaque jour. Sur le coup de 5h30, il se trouvait devant sa table de travail pour trois heures de rédaction à un rythme fixé à mille mots par heure. Il écrit dans son Autobiographie : « Cela a toujours été mon habitude d’écrire avec ma montre devant moi et d’exiger de moi-même deux cent cinquante mots par quart d’heure. » Henry James raconte à ce propos :

« Il déplaçait sa plume aussi imperturbablement en traversant l’océan turbulent que chez lui à Montague Square ; et comme ses voyages étaient nombreux, il était dans son habitude de monter à bord avant le départ et de conférer avec le menuisier du navire qui était chargé de lui construire une table pour écrire dans sa petite chambre maritime. »

Et dès que Trollope avait terminé un roman et que celui-ci était envoyé chez l’éditeur, l’auteur en commençait un autre sur le champ. « On me dit que de telles habitudes sont indignes d’un homme de génie. Je n’ai jamais imaginé que j’étais un homme de génie. »

« Certains pensent que celui qui travaille avec son imagination devrait attendre d’être mis en mouvement par l’inspiration. Quand j’entends défendre une pareille opinion, j’ai du mal à garder mon calme. Il ne serait pas moins absurde de demander au shoemaker d’attendre l’inspiration ou au fabricant de chandelles d’attendre le divin moment de la fonte spontanée du suif. »


En France, seuls treize romans de la production prolifique de Trollope ont été édités. Pour remédier à cela, les éditions Autrement ont commencé, depuis 2008, à traduire les œuvres de l’auteur. Miss Mackenzie a été publié en octobre 2008, suivi de Rachel Ray en mai 2011.

Miss Mackenzie est édité en Angleterre en 1865 sous le titre originel The Modern Griselda. Ce roman d’apprentissage fait partie, au même titre que Rachel Gray, de la veine des comic novels de l’auteur, au nombre de onze.



Résumé

Dans les trente chapitres du roman, il y a peu d’action. Le rythme narratif est centré sur Margaret Mackenzie, sa vie calme, ses pensées et ses questionnements. Le roman prend le tempo d’une vie campagnarde dans laquelle les événements mondains se font rares.

Après avoir joué pendant quinze ans le rôle de garde malade auprès de son frère Walter, Margaret Mackenzie, cadette d’une famille de trois enfants, se retrouve à la tête d’un bel héritage. La vieille fille de 35 ans, ni belle ni laide, qui n’a jamais connu qu’une vie morne et recluse, découvre qu’une existence nouvelle s’ouvre potentiellement à elle. Elle décide alors d’emménager à Littlebath — nom utilisé pour désigner la ville d’eau de Bath — avec Susanna, sa nièce, une des douze enfants de son frère Tom. Elles s’installent au Parangon, lieu dans lequel Trollope a fait séjourner plusieurs de ses personnages et où a réellement vécu Jane Austen au début des années 1800. Margaret, dans sa naïveté, cherche à se faire une place dans cette société de campagne et à vivre agréablement dans le respect de la religion. Dans cette ville nouvelle, elle est rapidement confrontée à sa non-connaissance des règles sociales et tiraillée entre deux milieux : les stumfoldiens, très, voire trop, religieux et la société des plaisirs menée avec caractère par Miss Todd.

Son héritage, qui la dote d’une fortune intéressante, signe pour Margaret le début d’une suite de demandes en mariage face auxquelles elle ne sait comment se comporter. Durant sa veille, auprès de Walter, dans ses années de jeunesse, elle avait été brièvement courtisée par Harry Handcock, un ami proche de son frère. Nommé exécuteur testamentaire, il s’empresse de renouveler sa demande passée.

 

« Sa lettre était brève et censée, et il y plaidait sa cause aussi bien que les mots pouvaient la plaider à cette époque ; mais en vain. […] Si peu qu[e Margaret] connût le monde, elle n’était pas prête à sacrifier sa personne et sa nouvelle liberté, son pouvoir nouveau et sa fortune nouvelle pour Mr Harry Handcock. […] Elle avait regardé dans le miroir et s’était aperçue que les années l’avaient améliorée, alors que les années n’avaient pas amélioré Harry Handcock. »

 

Suit la demande de son cousin, John Ball, baronnet dont la famille entretient une amertume profonde à l’égard de la branche familiale des Mackenzie suite à une histoire d’héritage. John Ball entend, par le mariage avec Margaret, récupérer la fortune dont les Ball pensent avoir été lésés. John déclare :

 

« Je suis pauvre ; compte tenu de ma famille nombreuse, je suis pauvre. C’est parfois bien difficile, je peux vous le dire. […] À la vérité, Margaret, ce n’est pas la peine de tourner autour du pot. […] Je veux que vous soyez ma femme et la mère de ces enfants […] mais je n’oserais pas vous faire une telle demande si vous n’aviez pas de fortune personnelle. Je ne pourrais pas me marier si ma femme n’avait pas d’argent. »

 

Miss Mackenzie, bien entendu, refuse l’offre. Vient ensuite le tour de Jeremiah Maguire, clergyman qui serait fort séduisant s’il n’était pas affublé d’un affreux strabisme. Quand il formule sa demande, Margaret est appelée à se rendre sur le champ au chevet de son frère Tom, mourant. Sa réponse reste donc en suspens. Le prétendant revient plusieurs fois à la charge, Margaret décline fermement.

Entre temps, Mr Slow, le notaire de la jeune dame, l’informe que la fortune dont elle a hérité, suite à la découverte d’un testament, ne lui appartient plus. L’héritage revient de droit à son cousin. Sans le sou, Margaret est prise par John Ball sous son aile qui renouvelle sa demande pour ne pas la laisser désargentée. Finalement, elle accepte.

Mr Maguire ne l’entend pas de cette oreille et tente par tous les moyens de faire échouer les fiançailles. Il fait éclater l’affaire de la passation de l’héritage de Margaret à John Ball dans la presse de Littlebath. Cela prend une incommensurable dimension et les deux cousins se retrouvent au centre de toutes les attentions. L’Angleterre suit la progression de leurs aventures grâce à la rubrique « Le Lion et la Brebis » que Maguire publie régulièrement.

Sentant la détresse de Margaret, Samuel Rubb, l’ancien associé de Tom Mackenzie, qui a toujours été proche de la jeune femme, lui fait sa demande en mariage. Sentant qu’il serait inconvenant d’épouser un homme d’un rang inférieur, Miss Mackenzie refuse, espérant que malgré le tapage médiatique son cousin ait toujours pour eux des projets de vie conjugale.

Les dernières pages du roman annoncent la nouvelle du mariage de Sir John Ball et Miss Mackenzie qui prend alors le titre de Milady Ball.



Une peinture réaliste de la société victorienne

Trollope livre dans Miss Mackenzie une analyse pointue et pertinente de la société britannique victorienne. Le style de l’auteur est empreint de réalisme et grâce à une distance ainsi qu’à une présence constante d’humour — humour qui se ressent ne serait-ce que par les noms des personnages : Mr Slow, Mr Patience, Mr Startup, Mr Frigidy, Mrs Perch… — le récit prend la forme d’une satire sociale. L’écriture de Trollope est à l’image de son héroïne : tout en retenue et en mesure, sans fards. L’auteur pratique l’art de la litote pour mieux servir ses propos. Les personnages sont dépeints avec précaution et précision, au même titre que chacun des événements du récit. Les descriptions prennent le dessus dans le texte qui comporte peu de dialogues.

Margaret est présentée comme une femme n’ayant rien vécu, ne s’étant jamais confrontée au monde et qui grâce à son changement de situation peut enfin jeter un regard sur la société britannique, un regard sans a priori car non biaisé par le filtre de l’expérience de la vie. Trollope crée un personnage qui pourrait être comparé à un enfant qui voit le monde pour la première fois, un personnage vierge. Miss Mackenzie permet au romancier de décrire la société dans son ensemble, sans être accusé d’adopter un point de vue particulier. Adopter un point de vue neutre, un point de vue naïf, peut être aussi pour l’auteur une façon d’amener ses lecteurs à reconsidérer le monde qui les entoure, à se libérer de leur corruption et de leurs préjugés pour se pénétrer d’une vision nouvelle.

Le roman Miss Mackenzie peut être comparé à la Comédie Humaine d’Honoré de Balzac et notamment au texte La Vieille Fille (1936) qui brosse le portrait de Rose Cormon, âgée de 40 ans, attendant toujours un mari digne de son rang. Autour d’elle s’affrontent trois prétendants la courtisant pour sa fortune. Le roman du réaliste français offre un tableau nuancé de la vie de province, des rivalités financières et des différentes « sociétés » qui se côtoient.

La société britannique est présentée comme guidée par un seul objectif, un seul désir : l’argent. Les occurrences de sommes, les allusions aux prêts, aux notaires, aux héritages, aux dettes sont innombrables. Toutes les figures du roman, à l’exception de Miss Mackenzie, sont animées par cette quête. Si Margaret a tant de prétendants, ce n’est pas pour son physique ou sa fraîcheur intellectuelle, c’est uniquement grâce à (ou à cause de) sa fortune nouvelle. Certains personnages sont totalement rongés par l’argent, comme c’est le cas de Mrs Mackenzie, la belle-sœur de Margaret, dont les relations ne sont dictées que par la recherche du profit. L’argent est la vermine de la société britannique. Trollope met l’accent sur ce thème par l’opposition qu’il instaure entre le portrait corrompu qu’il dresse de l’Angleterre et le personnage de Margaret qui se sépare sans peine réelle de son argent si cela peut faire plaisir à ses proches.

Le romancier dépeint également le milieu du clergé comme un monde dominé par les femmes tyranniques des pasteurs, les relations mondaines et des hommes vicieux et malhonnêtes, tels que Mr Maguire. Trollope est profondément critique envers la société de Littlebath. La religion perd le sens de sa foi dans Miss Mackenzie. Dieu disparaît au profit d’une hypocrisie religieuse, d’une obéissance à un conformisme mesquin.

Avec la figure de Margaret, Trollope se plonge dans une veine psychologique, explorant tout en finesse l’âme de son personnage qui évolue au fil du récit. L’auteur décrit tour à tour sa naïveté, son manque de confiance, sa dévotion, son conformisme mais aussi sa générosité, sa force de caractère, sa constance et son sens de la justice. Miss Mackenzie est le récit de la construction d’une individualité, d’une personnalité.

Grâce à son héroïne, l’auteur fait un constat de la place de la femme dans la société victorienne. La gent féminine est soumise à de nombreuses conventions, dont Margaret fait régulièrement les frais. Les règles à suivre touchent aussi bien les comportements en société, les relations avec les hommes que les domaines de l’argent et du travail. En tant que femme autonome, Margaret a d’autant moins de libertés que les femmes mariées, protégées des commérages par la présence auratique de leur mari. Trollope dénonce ces brimades et combat de ce fait pour la cause des femmes. Mais cet engagement reste à nuancer si l’on considère le choix narratif du mariage qui clôt le récit. Mariage qui signe l’accomplissement de l’héroïne par la perte de son indépendance.



Miss Mackenzie, une fable

À l’époque à laquelle Anthony Trollope rédige Miss Mackenzie, les romans victoriens s’adressent à la bourgeoisie et agissent sur leur public à la façon de la télévision aujourd’hui. Le roman est un médium d’information sur les questions sociales, politiques et, principalement, morales. L’auteur n’échappe pas à la règle. Dans son roman de 1865, il s’érige en moraliste. Peu présent dans le récit des aventures de Margaret, il se fait parfois sentir par des adresses directes au lecteur, des clins d’œil amusés, des analyses psychologiques et des jugements de moraliste. Il intervient pour rappeler au lecteur les données qui doivent entrer en compte dans son analyse des situations. Ces entremises sont un fil d’Ariane et permettent à chaque lecteur d’arriver, sain et sauf, à la conclusion morale voulue.

Dès la première page de l’ouvrage, Trollope interpelle « [son] lecteur ». Il insiste sur le bon caractère de son héroïne et nous invite à ne pas la juger durement mais plutôt à réfléchir sur ses conditions de vie : « Une vie pareille lui serait impossible. Réfléchissez-y mes lecteurs, et voyez si cela vous serait possible. » Il est par contre bien plus critique envers les autres personnages, notamment Lady Ball ou encore John Ball à propos de qui il écrit : « Il faut avouer qu’il était lâche, mais la plupart des hommes ne sont-ils pas lâches en pareil cas ? » Il faut aussi noter que Trollope, dans Miss Mackenzie, relationne avec ses lecteurs, mais plus particulièrement « [ses] lectrices » dont il espère que si « elles sont du même avis que [lui] », elles « comprendront que la charité couvre beaucoup de péchés. » L’auteur a écrit son texte dans le but d’éduquer les femmes, grandes lectrices de romans. Margaret est le modèle à suivre, celle qui a su éviter les pièges que lui tendait la société.


Dans le roman, Margaret est sans cesse confrontée à des choix. Dans un premier temps, elle doit statuer sur son lieu d’habitation : Londres ou la campagne — opposition qui, par ailleurs, structure toute l’œuvre de Trollope avec d’une part les Barchester Novels et d’autre part les Palister Novels. Dans un second temps, l’héroïne doit faire le choix du milieu social qu’elle va intégrer par le mariage : la noblesse, le clergé ou les commerçants. Au sein d’un même milieu, elle est, une fois de plus, amenée à adopter une position déterminée : quel cercle mondain va-t-elle choisir à Littlebath ? Les toddistes ou la famille Stumfold ? Celui des gens qui vont à la salle des fêtes ou celui de ceux qui vont à l’église ? Margaret est également confrontée à la perte de sa fortune et doit envisager de laisser son héritage aux mains des Ball ou de se battre pour en garder une partie. Or, Miss Mackenzie refuse obstinément de choisir. Elle refuse de se conformer à des modèles qui lui sont imposés car elle prétend faire l’expérience de la vie. Là se trouve le paradoxe qui fait de Miss Mackenzie un roman d’apprentissage : le récit s’ouvre par ce qui semble être une fin de vie alors que ce n’en est que le début. Margaret, 35 ans, a été vaguement courtisée dans sa jeunesse, son moment romanesque est passé. Pourtant loin de se résigner, l’héroïne a « décidé de ne pas se satisfaire d’une vie sans vie » et elle revendique le droit à sa part de romanesque. Le roman pose la question de savoir comment accéder à cela dans le monde tel qu’il est, et surtout sans commettre d’impair.


Trollope use de la mise en abyme à plusieurs occasions pour accentuer le caractère moral de l’œuvre. Margaret est comparée à des héroïnes modèles de la littérature. D’abord, l’auteur lui attribue le petit nom de Mariana — personnage extrait de Mesure pour mesure (1623) de William Shakespeare qui vit retiré dans une grange après avoir annulé son mariage suite à la perte de sa dot. Mariana représente Margaret car elle est emblématique des problématiques de justice, de vérité et d’humilité. Ensuite, Trollope octroie à Miss Mackenzie le sobriquet de Grisélidis. Ce surnom survient dans un premier temps sous la plume métaphorique de l’auteur lorsqu’il interpelle ses lecteurs, puis le petit nom passe dans le récit même, Margaret se fait appeler ainsi par ses connaissances. Cette référence à une œuvre de Charles Perrault était le premier titre de l’œuvre, induisant ainsi que le récit présenté était un conte et comportait par cela une morale. Dans La Marquise de Salusses ou la Patience de Grisélidis (1691), Perrault raconte l’histoire d’un prince ayant épousé une bergère. En proie à la mélancolie et au doute, il fait subir de nombreuses épreuves à son épouse pour tester sa fidélité, maux devant lesquels jamais elle ne faillit. Grisélidis, au même titre que Margaret, est un modèle de vertu, de patience et de fidélité.

Trollope, au delà du conte, a recours au modèle des Fables de La Fontaine. Le pamphlet contre John que Mr Maguire publie dans L’Observateur Chrétien s’intitule « Le Lion et la Brebis ». Margaret et son cousin seront connus de tous par ses surnoms et l’histoire du Lion et de la Brebis ne prend fin que par l’annonce de leur mariage. Trollope, fabuliste, termine son récit par :

« Mais tous ces honneurs et, mieux encore, tout ce bonheur qu’elle reçut, la nouvelle Lady Ball les accepta avec reconnaissance, avec calme et avec une satisfaction durable, comme il convient à une telle femme. »

La Brebis a triomphé du Lion par la patience, la constance et la modestie. L’animal sur lequel personne n’aurait osé miser, l’anti héroïne, a su surmonter les épreuves avec brio.

Anthony Trollope veut, avec Miss Mackenzie,

« prouver qu’un roman peut être conçu sans amour… Pour assurer [son] dessein, [il a] pris une héroïne vieille fille très peu attirante, submergée par les problèmes d’argent. Et pourtant, elle est tombée amoureuse avant la fin du livre, et a fait un mariage romantique ».

La vraie morale du roman est peut-être que personne n’est finalement exempt d’amour. Mais pour l’atteindre, l’auteur ne cesse de nous le répéter, à nous lectrices : il nous faudra patience et vertu.



Miss Mackenzie : une héroïne indépendante, plusieurs prétendants, la campagne britannique, un humour rafraîchissant, le tout réuni pour un très bon roman victorien. Du Jane Austen sur fond de réalité sociale.


Joanna Thibout-Calais, 2e année Éd.-Lib.


Sources


Louis BONNEROT, « Époque victorienne », Encyclopædia Universalis, 2006.
Louis BONNEROT, « Anthony Trollope », Encyclopædia Universalis, 2006.
Jacques ROUBAUD, préface « L’Art invisible d’Anthony Trollope » dans l’édition du Livre de Poche de Miss Mackenzie
Anthony TROLLOPE, Autobiographie, Aubier Montaigne, collection « Domaine anglais », Paris, août 1989, 300 p.
 www.anthonytrollope.com


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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 07:00

Asimov-fondation-coffret.jpg

Isaac ASIMOV
Fondation
Foundation, 1951
Traduction française
Jean Rosenthal
Hachette/Gallimard
Le rayon fantastique, 1957
Opta, 1965
Denoel,
Présence du futur, 1985
Folio SF, 2000

Autres volumes
Fondation et Empire
Foundation and Empire, 1952
Seconde Fondation
Second Foundation, 1953
Fondation foudroyée
Foundation's Edge, 1982
Terre et Fondation
Foundation and Earth, 1986
Prélude à Fondation
Prelude to Foundation, 1988
L'Aube de Fondation
Forward the Foundation, 1993






Rares sont ces textes qui nous propulsent des milliers d'années en avant, nous narrent le destin d'une humanité en constante évolution, nous font visiter les possibles de l'ère galactique. Encore plus rares sont les auteurs capables de nous donner une vision aussi globale et cohérente d'une palpitante saga d'anticipation s'étalant sur près de 1 000 ans.

Elevé au rang de classique de la Science-Fiction, le cycle de Fondation, d'Isaac Asimov, fait partie de ces oeuvres  précieuse, fresque palpitante du destin de l'humanité.

Isaac-Asimov.png

 

Né le 2 Janvier 1920 à Petrovichi, petit village près de Smolensk, à 400 kilomètres au sud-ouest de Moscou, il accompagne ses parents à l'âge de trois ans vers les États-Unis, à New-York. Il apprend seul et vite la lecture. À la bibliothèque de Brooklyn, il découvre l'Iliade et l'Odyssée, Alice au Pays des Merveilles, Shakespeare, Les Trois Mousquetaires, s'interesse à la vie de Thomas Edison, le célébre inventeur. Son père, bien que tenant une librairie de « Pulp Fictions » (ainsi nommés à cause du papier utilisé, bon marché car fabriqué à base de pulpe de bois de mauvaise qualité), lui interdit la lecture de ces revues, qu'il estime néfastes pour son éducation. Excellent élève, il grandit toutefois dans l'inimitié de ses camarades, qu'il écrase de ses connaissances ; et de ses professeurs, qu'il irrite par son attitude dissipée. Amazing-Stories.jpg

 

 

 Dans ce milieu mal considéré des pulps, aux récits machistes, racistes, patriotiques et manichéens, évoluait un genre confidentiel, la «scientifiction», ou «super science», dont le magazine Amazing Stories, se faisait le porte-étendard. Crée en 1926 par Hugo Gernsback, cette revue publiait pêle-mêle Jules Verne, Lovecraft, H.G. Wells et Edmond Hamilton. Malgré l'interdiction de son père, c'est derrière ces couvertures criardes qu'Asimov découvre le système solaire, les grands principes physiques et c’est alors que naît en lui la volonté, la nécessité, d'écrire.

« J'ai souvent évoqué mes premières tentatives; je les explique ordinairement par ma frustration à l'idée de ne jamais rien pouvoir conserver ; les livres devaient toujours être rendus à la bibliothèque, les magazines replacés sur les présentoirs. J'avais bien eu l'idée de recopier un livre, mais au bout de cinq minutes, je m'étais rendu compte que la chose était impraticable. C'est là que m'est venue une autre idée : écrire moi-même mes livres, et en faire ma propre bibliothèque permanente. »

L'élément dominant de son existence, entre six et vingt-deux ans, reste la boutique paternelle. Le Krach de 1929 et la Grande Dépression le marqueront profondément. Dans sa jeunesse rythmée par les déménagements successifs de la boutique de son père, il voit les États-Unis plonger dans le marasme économique, le chômage massif et la misère du New-York des années 30.
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Il commence réellement à écrire vers l'âge de onze ans, et se fait publier dans le pulp Astounding Stories (qui fut aussi le tremplin de L. Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie) en 1935. De 1938 à 1941, il prit l'habitude d'y publier et commença à fréquenter les clubs d'amateurs de science-fiction, notamment la branche dissidente du Queens Science Fiction Club, les «Futuriens», dont les membres resteront pour lui d'indéfectibles amis. Il ne faut pas voir ici un génie précoce, décelé par un cercle de connaisseurs et dont le talent présageait d'un avenir brillant : comme il l'écrit dans son autobiographie avec une étonnante humilité :

« Les pulps faisaient une telle consommation de récits qu'ils ne pouvaient pas se montrer trop exigeants. [...] Si je devais débuter aujourd'hui à cet âge précoce, je n'aurais pas l'ombre d'une chance ».

 Asimov grandit. Il rejoint la Boys High School de Brooklyn, participe à des clubs d'écriture, où il ne brille pas par son talent. S'ensuit le Columbia College, puis l'université de Columbia, où il obtient une licence en science et une maîtrise en chimie. Cependant, son désintérêt pour son prochain et les disputes avec son père concernant son futur métier de médecin le conduisent à reconsidérer définitivement ses plans d'avenir. Retrospectivement, il admet :

« Chaque fois que je repense à cette période décisive de ma vie, je remercie infiniment ceux qui ont opéré la sélection à l'entrée et dont l'intelligence, la perspicacité m'ont interdit d'entreprendre des études de médecine. »

Asimov exercera cependant le métier de biochimiste, sera conférencier, et sans parler de sa production en cience-fiction, on lui doit quelques ouvrages de vulgarisation scientifique. Il meurt le 6 Avril 1992, laissant au monde une oeuvre visionnaire, pleine d'acuité et de réalisme sur l'impérialisme, les comportements humains et qui sera l'inspiration de Georges Lucas pour la saga Star Wars. Il remporte le prix Hugo de « meilleure série de science-fiction de tous les temps » en 1966. En 2009, la NASA lui rend hommage en baptisant un cratère de Mars de son nom.

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Genèse de l'oeuvre

 En 1940, paraissent dans Super Science Stories puis Astounding Stories les premières nouvelles de I, Robot où apparaissent les célèbres « lois de la robotique ». Ces nouvelles seront regroupées en 1950 chez Gnome Press en langue originale, et la traduction française paraît en 1967 chez OPTA, dans la collection Club du livre d'anticipation. Bien que les liens avec ce cycle ne soient pas affirmés dans les premiers opus du cycle de Fondation (les trois premiers dans la chronologie de parution), Asimov tissera des rapprochements entre ces univers à partir de 1980.

 L'ordre des publications du cycle de Fondation ne suit pas forcément l'ordre de la narration. En effet, Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation paraissent respectivement en 1951, 1952 et 1953 chez Doubleday. En 1982 et 1983 sont édités, toujours chez Doubleday, Fondation foudroyée et Terre et Fondation, deux ouvrages se plaçant à la fin de la saga. Cependant, il convient de placer les deux derniers volumes parus au début de la chronologie narrative : il s'agit de Prélude à Fondation (1988), et L'aube de Fondation (1993). Le cœur du cycle de Fondation tient donc dans la trilogie des années 50, qui sont des recueils de nouvelles parues dans Astounding Stories

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Résumé
   
Il y a d'abord Hari Seldon. Jeune, aventureux, brillant mathématicien à l'origine de la psychohistoire. Il doit faire face à la déréliction de Trantor, la capitale de l'Empire. D'abord ignoré, puis pourchassé pour son savoir, il s'exile dans les bas-fonds de cette planète-mégapole et est sauvé in extremis d'une mort certaine. Placé à la tête  du département de psychohistoire à l'université de Streeling, il assiste au début de la décadence d'un empire bien trop grand pour durer.

Asimov-fondation-folio-sf.jpgLà commence vraiment la saga de Fondation. Fil rouge de la narration, la Psychohistoire est la science qui, par probabilités, est capable de prévoir les remous d'une humanité vouée à la décheance. Par ses équations, Hari Seldon voit la chute inévitable de l'Empire, la perte des connaissances, le retour de la barbarie à travers la galaxie. L'âge d'or est terminé. Les chefs sont corrompus, le peuple s'enfonce dans l'ignorance, l'ordre devient totalitaire, Hari est à nouveau menacé. Montré comme seul responsable du désordre ambiant, le Professeur Seldon lutte pour la préservation de l'Empire et, avec l'aide de Daneel R. Olivaw, tisse secrètement les premiers maillons de ce qui deviendra la trame du Plan Seldon.

Le Plan Seldon propose la réduction d'une décadence prévue de 30 000 ans à 1 000 ans, après lesquels le savoir et l'ordre régneront à nouveau à travers la galaxie. Le Plan prend la forme d'une « arche de Noé » des connaissances humaines, l'Encyclopedia Galactica, perdue au bout d'un bras de la galaxie, sur une planète sans ressources ni valeur stratégique, Terminus. C'est la première Fondation. Le travail commence. Seldon meurt en exil après la trahison de l'un de ses chercheurs et laisse, à titre posthume, une série de messages holographiques dévoilés siècle après siècle dans une crypte de Terminus. Il annonce que, selon les lois de la Psychohistoire, les hommes de Terminus seront confrontés à une solution unique pour sortir des crises qui ne manqueront pas de s'abattre sur eux.

Une caste de marchands s'y développe grâce au commerce d'articles fonctionnant à l'énergie nucléaire. Le secret de l'atome est cependant bien gardé sur Terminus, et la religion qui est édifiée autour permet de maintenir les mondes proches dans l'ignorance, tout en étendant la sphère d'influence de la Fondation. L'un d'eux, Salvor Hardin, un marchand charismatique, chef d'un empire économique florissant, part enquêter vers le centre de la galaxie et découvre la décadence d'un empire englué dans la paperasse, la corruption et la mégalomanie de ses généraux. Bel Riose, un général populaire, commence à s'intéresser à l'influence de Terminus, à ses « Magicien » maîtrisant des technologies disparues, et décide de mener campagne afin d'annexer ces mondes pour sa gloire personnelle. Il apprend l'existence du Plan, et y voit une menace pour la stabilité de l'Empire. Brillant stratège, il se taille un chemin jusqu'à Terminus en écrasant la Fondation à plusieurs reprises. La Fondation est menacée, Bel Riose arrive à portée de Terminus, qu'il jure d'écraser. Cependant, l'Empereur Cléon II intervient au dernier moment et rappelle Bel Riose ; il le fait juger et exécuter par crainte de sa popularité grandissante.

La guerre civile éclate, Cléon II sera le dernier empereur, celui qui n'a pas su maintenir l'ordre sur Trantor. Comme prédit, l'Empire s'effondre. La galaxie est livrée à une horde de seigneurs de guerre se partageant les miettes d'un univers autrefois glorieux. Trantor est désertée, certains mondes régressent au point de revenir aux energies fossiles, d'autres oublient simplement l'Empire et l'existence d'une lumière d'espoir située aux confins de la galaxie. Terminus se retrouve seule dans les ténèbres, épargnée du bain de sang se déroulant au cœur de l'ancien Empire. De cet état d'anarchie, un personnage singulier émerge. Des rumeurs, puis des légendes, apparaissent à son sujet : le Mulet est un mentaliste capable de manipuler les émotions des masses ; personne ne l'a jamais rencontré, on en vient même à douter de son existence. Il constitut un danger colossal pour le Plan, car celui-ci se base sur des interactions de masses découlant d'événements précis. L'apparition d'un personnage ayant la capacité de façonner les réactions humaines à volonté peut avoir des répercussions imprévisibles, et rendre le plan caduc. D'un misérable navire pirate, l'influence du Mulet grandit jusqu'aux frontières de la Fondation. De planète en planète, il soumet à son régime une grande partie de la galaxie. Durant une accalmie de cinq années, le Mulet instaure « l'Union des mondes » et se proclame « Premier citoyen ». Hari Seldon, comme prévu, apparaît dans la Crypte de Terminus, son exposé est incohérent avec la situation actuelle, il ne prend pas en compte l'arrivée du Mulet. Le Plan Seldon est réduit en miettes.

Le Plan va-t-il se réaliser ? Existe-t-il une seconde Fondation ? La Psychohistoire de Seldon est-elle encore à l'oeuvre dans la galaxie ? Qui est cet homme qui, par sa simple présence, trouble le cours de l'histoire ? Quelle est la validité de la Psychohistoire lorsqu’un homme seul peut décider de la destinée de l'humanité, et d'un geste détruire le Plan ?

 

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Space-opéra hors norme, dont les sources et références vont de la chute de l'empire romain à la physique quantique et la théorie du chaos, en passant par Nat Schachner et Albert Einstein. Le cycle de Fondation est une pièce majeure de la Science-Fiction du XXe siècle, que tout amateur du genre se doit d'avoir lue, et est à ranger aux côtés des Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, de  la série Hyperion de Dan Simmons ou de Dune de Frank Herbert.


Jean, AS Éd.-Lib.

 

 


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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 07:00

deux auteurs de BD du Congo-Kinshasa
dans le cadre de la Biennale des Littératures d’Afrique noire
le vendredi 4 mai
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne

 

convivialitte-3-auteurs.jpgDe gauche à droite : Al'Mata, Séraphin Kadjiwami, Raymond Monné

 

Dans un premier temps Raymond Monné, représentant de l’Association Agence de médiation culturelle des pays du Sahel, à l’origine de cette biennale, retrace l’histoire de la manifestation et expose ses objectifs.

Cette association existe depuis une dizaine d’années. Elle a pour but de créer une médiation culturelle entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers le théâtre ou encore des compagnies de danse basées en Afrique. C’est un moment d’échange inscrit dans la réciprocité et l’interculturalité. Il s’agit de faire avancer la culture grâce à l’échange. Aujourd’hui, en France, il est difficile de trouver de la littérature africaine. L’association veut apporter cette littérature afin d'ouvrir les yeux à la population française notamment grâce à la littérature jeunesse. Ils espèrent ainsi atteindre les parents à travers leurs enfants.

 

 

Puis les deux auteurs se présentent.

 

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Séraphin Kajibwami vit au Congo sous le régime de la République Démocratique. Les Diamants de Kamituga est sa première BD publiée en France, malgré ses nombreuses publications au Congo. Il est venu à cette Biennale afin de montrer au public français ce qu’il fait. En ce sens, il travaille avec des écoles et des lycées afin de faire découvrir la BD africaine aux enfants.

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Al’Mata est un illustrateur. Il commence par faire des dessins de presse à 18 ans dans un journal puis devient directeur de ce journal. Il quitte le Congo pour la France en 2002 dans l’espoir d’être publié. Aujourd’hui, il est édité par plusieurs maisons : AAD éditions, Albin Michel et un projet avec Casterman est en préparation.


 

 

 

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Viennent enfin les questions du public.


Monsieur Kajibwami qu’est ce qui vous a poussé à intégrer une dimension politique et sociale dans vos BD ?

Je mets mon talent au service de la société, je veux qu’il soit utile. Depuis 1998, j’utilise le dessin pour faire passer des messages à propos des conditions de vie en Afrique. Mon héros, Mopila, a été créé et utilisé avec l’appui d’une ONG américaine pour atteindre différentes cibles difficiles à sensibiliser. Chaque année, 150 000 copies sont distribuées aux populations concernées. Par exemple, si nous avons des rinformations à faire passer aux militaires, l’essentiel de la production leur sera distribuée. Je travaille également avec des écoles pour contrer les violences scolaires. Pour nous, la BD est une arme de communication. Grâce à elle, nous pouvons faire passer des messages.



Al’Mata vous avez commencé par faire des caricatures. Cela a-t-il eu une influence sur vos projets de carrière ?

En Afrique, tous les dessinateurs de BD utilisent la caricature, or je suis un auteur de BD. De la caricature à la BD, il n’y a qu’un pas.

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Al’Mata, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet

 

 

Quelles sont vos influences ?
 
Al’Mata : L’Afrique a longtemps été colonisée par les Belges, par conséquent nous sommes imprégnés de cet héritage. On peut donc citer Tintin d’Hergé ou Uderzo (Astérix et Obélix) et Franquin (Gaston Lagaffe) comme auteurs.

Séraphin Kajibwami : Pour moi, je peux dire que Blake et Mortimer, du dessinateur belge Edgar P. Jacobs est une référence ; cependant celui qui m’a donné envie de dessiner est un illustrateur congolais ; Tembo Kash. Je l’ai rencontré sur un festival jeunesse, j’étais épaté par la manière dont il pouvait représenter les personnages africains. Au début je ne voulais pas croire que c’étaenit des dessins, pour moi ça ne pouvait être que des photographies. Il a un style magnifique qui continue toujours à m’inspirer.

Séraphin Kajibwami Les diamants pl 01 

Séraphin Kajibwami, Les Diamants de Kamituga

 

Au début, comment avez-vous ressenti la représentation des Africains par les dessinateurs belges ?

Séraphin Kajibwami : J’étais un peu choqué. Je sentais que c’était pareil pour le reste de la population. Quand on parlait de Tintin les injures n’étaient pas rares. La caricature était très mal perçue par les gens. Plus tard, avec l’accès à la presse qui s’est développé, les gens ont mieux compris la caricature. Elle est une manière de représenter les choses.

Al’Mata : Je me suis posé des questions… Est-ce qu’il sait ce qu’il fait ? A-t-il déjà vu un Africain ? Peut être qu’il utilise une peau très noire car à cette époque la BD était en noir et blanc. Malgré tout, en tant que professionnel, il aurait dû chercher une autre représentation.



J’ai une question pour Monsieur Monné ; comment choisissez-vous les auteurs qui seront invités à la Biennale ?

C’est une organisation très longue. D’abord nous choisissons une thématique, cette année la BD, puis nous nous adressons ensuite à des interlocuteurs extérieurs. Pour cette Biennale sur la BD nous avons pris contact avec Laurent Turpin, spécialiste de la BD africaine et directeur de la collection de BD africaine à l’Harmattan (cette collection a été lancée parallèlement au 1er salon de la Bande Dessinée Africaine, qui a eu lieu du 3 eu 5 décembre 2010 à Paris, en partenariat avec l’Harmattan.) Ce partenariat nous permet de ne pas passer à côté d’auteurs car nous nous appuyons sur des spécialistes. Après, nous ne pouvons pas toujours faire venir les auteurs que nous avons sélectionnés à cause de problèmes techniques et politiques. Cette année, nous n’avons pas pu faire venir deux auteurs car ils n’ont pas obtenu de visa.



Cette année il y a énormément de bédéistes à la Biennale. Est-ce représentatif de la production africaine ?

Raymond Monné : Nous avons voulu faire venir en masse des bédéistes car c’est quelque chose qui plaît en Afrique Centrale. Effectivement il y en a beaucoup.

Séraphin Kajibwami : Au Congo la BD a une longue histoire. C’est un moyen de communication important.



Al’Mata dans votre dernière BD, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet, vous abordez le thème de l’expulsion ; cela vous touche personnellement ?

L’histoire a été écrite par le scénariste. En Afrique beaucoup de gens on une image de l’Europe qui est fausse. Ils pensent que c’est plein d’argent facile. Cette BD permet de montrer à la jeunesse africaine que l’Europe ce n’est pas que ça.



Est-ce que certains thèmes sont censurés en République Démocratique ?

Al’Mata : Eh bien, certains thèmes, comme la politique ou le sexe, ne sont pas tolérés.

Séraphin Kajibwami : La République Démocratique n’est pas le meilleur endroit en ce qui concerne la liberté d’expression. C’est une zone de tension. On reçoit des menaces de morts si nos dessins abordent des sujets un peu trop sensibles. Des journalistes ont été tués pour avoir traité de sujets prohibés. En BD, le risque existe aussi même si on le fait sous forme de caricature. Nous sommes sous tension en permanence ; la liberté d’expression n’est pas garantie.

Al’Mata : Si je me suis retrouvé en France c’est à cause de ce genre de problème politique. Mes caricatures ne plaisaient pas au Président en place à l’époque. On me recherchait, la rédaction a été saccagée. Je me suis caché mais ils ont fini par me retrouver. J’ai été torturé, j’en porte encore des cicatrices sur les épaules. Après cet événement, ma famille a décidé de m’envoyer en France pour me protéger. Je suis ici depuis 2002.

Raymond Monné : En Afrique la résistance est au cœur de la création. Je salue le courage de ceux qui restent malgré les menaces et les tortures et continuent leur travail.



Al’Mata dans votre album le personnage principal s’appelle Daudet. Pourquoi avoir fait cette référence à Alphonse Daudet ?

C’est une idée du scénariste ; le personnage de Daudet a toujours le livre d’Alphonse Daudet et répète « ce n’est que ça ». (Référence au livre La Doulou, d’Alphonse Daudet publié au Mercure de France en 2007, journal intime qui parle de sa vie de malade de la syphilis dans lequel il notera « ce n’est que ça »).



Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Séraphin Kajibwami : Je vais rencontrer Apollo Daurus pour travailler sur un projet de BD. Nous allons rassembler nos idées, nos efforts pour poursuivre notre travail. Nous avons énormément de choses à partager avec la population par le biais de la BD mais nous manquons de structures.

La rencontre s'est terminée autour d'un buffet préparé par les étudiants de 2e année Bib.
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Nos impressions

Nous avons été impressionnées par les élèves de deuxième année bibliothèque qui ont réussi à nous faire profiter de cette manifestation. La rencontre était très bien organisée, malgré les questions posées qui pouvaient sembler plus ou moins pertinentes. L’abondance d’interrogations démontrait un réel intérêt du public envers les auteurs et leurs histoires. Nous avons nous-mêmes été captivées par le récit des deux auteurs sur la vie de caricaturiste au Congo. Cette rencontre nous a apporté un réel éclairage sur la signification de la BD et l’utilisation qui peut en être faite dans certains pays sous tension politique.


Élodie et Margaux, 2ème année Édition-Librairie.


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 07:00

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Jasper FFORDE
L'affaire Jane Eyre
Nouvelles traduites de l'anglais
par Roxane Azimi
Première publication en français
aux éditions Fleuve Noir en 2004
et en poche chez 10/18 en 2005


 

 

 

 

 

 

 


Jasper Fforde01Quelques mots sur l'auteur

Jasper Fforde est né à Londres en 1961. Avant de devenir écrivain, il était responsable de la mise au point de la caméra dans l'industrie cinématographique. Il a participé au tournage de films tels que Haute Voltige de John Amiel et Goldeneye (Premier James Bond avec l'acteur Pierce Brosnan).

Aujourd'hui Jasper Fforde vit au Pays de Galles et se consacre entièrement à l'écriture.



Bibliographie

La série Thursday Next
L'Affaire Jane Eyre, Fleuve noir, 2004 (The Eyre Affair, 2001, Penguin Books)
Délivrez-moi !, Fleuve noir, 2005 (Lost in a Good Book, Penguin Books, 2002)
Le Puits des histoires perdues, Fleuve noir, 2006 (The Well of Lost Plots, Penguin Books, 2003)
Sauvez Hamlet !, Fleuve noir, 2007 (Something Rotten, Penguin Books, 2004)
Le Début de la fin, Fleuve noir, 2008 (First Among Sequels, Penguin Books, 2007)
One of Our Thursdays Is Missing, Penguin Books, 2011 (à paraître en France)
 

 

La série Nursery Crime Division (Brigade des Crimes pour Enfants)
The Big Over Easy, Penguin Books, 2005
The Fourth Bear, Penguin Books, 2006
The Last Great Tortoise Race (annoncé pour 2014)


La série La Tyrannie de l'arc-en-ciel (Shades of Grey)
La Route de Haut-Safran, Fleuve noir, 2011 (The Road to High Saffron, Penguin Books, 2010)
Painting by Numbers (à paraître en 2013)
The Gordini Protocols
 

 

La trilogie Dragonslayer
Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons, Fleuve noir, 2011 (The Last Dragonslayer, Penguin Books, 2010)
The Song of the Quarkbeast, Penguin Books, 2011
Return of Shandar, Penguin Books, 2012



L'affaire Jane Eyre

Malgré son rapide succès, le premier tome de la série Thursday Next a essuyé soixante-seize refus avant d'être publié chez Penguin.


L'histoire

L'histoire se déroule en Angleterre en 1985. Mais cette Angleterre n'a jamais cessé le combat en Crimée contre la Russie Impériale. Un groupe militaire appelé Goliath est à sa tête. Le clonage d’animaux est chose courante, des personnes sont capables de voyager dans le temps, le fromage est considéré comme une substance illicite car produite par le Pays de Galles, nation indépendante.

Mais surtout, l'histoire prend place dans un monde où le livre et la littérature font partie intégrante de la société. Il existe une police des livres, des débats et sociétés traitant de littérature (notamment à propos de la véritable identité de William Shakespeare), des contrefaçons de manuscrits plus ou moins réussies...

Notre héroïne, Thursday Next, littéralement « Jeudi Prochain », est détective à la Brigade Littéraire du Service des Opérations Spéciales et lutte contre le banditisme littéraire. Mais avec un frère mort en Crimée, un père qui voyage dans le temps et recherché par la ChronoGarde, un oncle créateur de folles inventions, et un amour sur le point de se marier, la vie n'est pas si simple.

L'histoire débute avec le vol du manuscrit de Jane Eyre de Charlotte Brontë par l'homme le plus vil du monde, Achéron Hadès. Il vole également une des inventions de l'oncle de Thursday, le portail de la prose, qui permet de pénétrer à l'intérieur des livres. L'histoire de Jane Eyre ne se termine pas de la même façon dans le monde de Thursday que dans le nôtre. En effet, Jane y fuit Rochester et accompagne son cousin en Inde.

L'objectif de Hadès est d'obtenir une rançon en échange de la vie du personnage principal du manuscrit volé : Jane Eyre. De plus, Jane Eyre ayant été capturée dans le manuscrit original, elle a également disparu de tous les autres ouvrages, l'histoire ne faisant plus qu'une dizaine de pages. La survie de l'histoire est donc également en jeu.

En parallèle, Thursday Next doit également faire face au groupe Goliath et à ses hommes de main, désireux d'acquérir, eux aussi, le portail de la prose. Cette invention leur permettrait de créer une arme capable de mettre fin à la guerre de Crimée.

Notre héroïne se découvre également le don de pénétrer à l'intérieur des livres et de découvrir le monde des personnages imaginés par l'homme. Ce don va également lui permettre de sauver Jane Eyre et de lui faire vivre des aventures dans les tomes suivants.



Analyse

L'affaire Jane Eyre est un roman qui mélange plusieurs genres littéraires. En effet, la forme est celle du policier, avec une héroïne détective, une enquête et un grand méchant à arrêter. Mais on y trouve également de la science-fiction et de l'humour.

L'écriture est assez simple et très cinématographique. Les scènes d'action, par exemple, sont très visuelles. On ressent vraiment l'influence du cinéma.

L'humour est très présent, notamment en ce qui concerne la littérature. Mais cet humour n'est pas « gratuit ». En effet, certaines clés de compréhension sont nécessaires en ce qui concerne la littérature anglaise et la culture littéraire en général.

Cependant l’humour est parfois absent, de certaines scènes d'action ou d'introspection, notamment. Certains chapitres relèvent du livre d'horreur : Thursday Next se bat contre des morts-vivants par exemple.



Extrait

Chapitre 10 : Thursday Next vient de louer une chambre à l'Hôtel Finis de Swindon, sa ville natale.

« Je me faufilais à travers la foule des Milton en direction du Chat de Cheshire. C'était facile à trouver. Au-dessus de la porte, il y avait un gros chat rouge fluo sur un arbre vert fluo. Toutes les deux minutes, le néon rouge clignotait et s’éteignait, laissant le sourire du chat tout seul dans l'arbre. Alors que je traversais le hall, le son d'un orchestre de jazz parvint à mes oreilles, et je souris brièvement, reconnaissant le piano de Holroyd Wilson. C'était un enfant de Swindon. Un simple coup de fil, et il aurait pu jouer dans n'importe quel bar d'Europe, seulement il avait choisi de rester ici. […]

Je m'approchai du bar. C'était le « happy hour », et toutes les boissons étaient à 52,5 pence.

– Bonsoir, fit le barman. Quel est le point commun entre un corbeau et un bureau ?

– Poe a écrit sur les deux ?

– Excellent, rit-il. Qu'est-ce-que je vous sers ?

– Un demi-Vorpal, s'il vous plaît. Mon nom est Next. Il y a quelqu'un qui m'attend ?

Le barman, qui était habillé en chapelier, désigna un box à l'autre bout de la salle, où deux hommes étaient assis à moitié dans l'ombre. Je pris mon verre et me dirigeai vers eux. Le bar était trop fréquenté pour qu'il y eût risque de grabuge. En me rapprochant, je réussis à les distinguer plus clairement. »



Mon avis

L'affaire Jane Eyre est pour moi un véritable coup de cœur. Je suis très impressionnée par la capacité de l'auteur à mélanger des genres différents avec une telle aisance. En effet, ceux-ci se complètent sans que jamais l'un prenne le dessus sur un autre.

J'apprécie également l'humour parfois délirant et loufoque de Jasper Fforde. Cependant, ce premier tome est le moins déjanté de la série « Thursday Next ». Dans les tomes suivants, notre héroïne vit ses aventures au sein même des romans et il y a un véritable jeu textuel. Par exemple le NDBDPPhone (Note de Bas de Page Phone) qui permet de communiquer avec d'autres personnages fictifs mais grâce aux notes de bas de pages. Le lecteur doit donc, pour suivre la conversation, se reporter à chaque fois à la note de bas de page correspondante.

Ce qui m'a attirée en premier lieu vers ce roman est la couverture de la collection 10/18. Elle reflète, à mon sens, très bien l'ambiance du roman et de la série.


Margot, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 07:00

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Didier POURQUIÉ
Les couilles de Dieu
Couverture illustrée
par Amandine Urruty
L’Arbre vengeur, 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

Petit point sur l’auteur

Didier Pourquié est né en 1965 à Bazas en Gironde. Agrégé de lettres modernes, il enseigne en classes préparatoires au lycée Gustave Eiffel à Bordeaux.

C’est un homme allergique aux crevettes et que Madame de Sévigné ennuie au-delà du supportable.

Auteur de deux livres terriblement noirs (Ficelles en 2005 et Le Jardin d’Ébène en 2007 parus aux éditions Confluences), il décide de donner de lui une image qui corresponde davantage à ce qu’il est : un guilleret et non un dépressif.

Décrétant que la vie est courte et qu’il n’a pas beaucoup de temps pour écrire, il s’emploie à explorer diverses veines. Son ambition : écrire des romans qui ressemblent le moins possible aux précédents en prenant à chaque fois le risque d’« un ratage complet ».

Sa prochaine œuvre viserait à rassembler les divers témoignages de ceux qui assistent à la naissance et à la mort d’un couple tout en donnant à chacun une parole, une syntaxe différentes.



Petite anecdote sur le titre

Le livre, au départ, devait s’appeler les Cosmogonades mais l’éditeur a jugé bon de ne pas retenir ce titre, certaines personnes ignorant la signification du mot  gonade. À peu près soixante-dix titres sont alors proposés. Sans succès. C’est au cours d’un dîner que Didier Pourquié explique à un ami ce qu’il entend par Cosmogonades : «  Mais ça veut dire les  couilles de  Dieu, tout simplement ! » Un titre tape-à-l’œil qui interpelle le lecteur et dont on découvre la signification à la fin de l’ouvrage.



L’œuvre

Lorsque Samuel Novolo, destiné à un brillant avenir (juge des référés, assesseur, huissier de justice), passe devant une librairie qui affiche une réédition des oeuvres de Marcel Aymé, ses convictions et ses ambitions prennent un tout autre sens. Il veut devenir passe-muraille.

C’est à l’issue de deux années d’acharnement et d’exercices méthodiques que Samuel Novolo traverse une cloison. Non content de ses prouesses, il disparaît dans les entrailles de la Terre après une chute vertigineuse du quatrième étage.

Floran Novolo, reprographe effacé et insignifiant ayant malgré tout réussi à séduire la mère Joris, se voit destitué de ses fonctions par le chef comptable. Affecté par une lettre funèbre du Ministère de la santé, par la disparition de son frère et tenu par la promesse de le retrouver, il entame un voyage accompagné de Karl Katz, destination les antipodes. Mais une double mission naît ; il doit également ramener un œuf du bout du monde à sa bien aimée.

C’est à bord de l’Anastasie, cargo transportant une cargaison de savon se liquéfiant, que débute cette longue traversée des océans.

Il y rencontrera des marins aux coutumes déjantées, participera à l’abordage du bateau de l’amiral Boudinot, sera pris au Bénongo pour une célébrité nommée Florãn Növlö, philosophera sur l’amour, ses doutes et les sentiments qu’il éprouve pour la mère Joris, construira une cosmogonie par ses théories.

Puis il s’envolera pour la Polynésie dans un aéroport où les réparations de dernière minute sur les réacteurs se font au chatterton, rencontrera le grand Tiki, décrira le dressage de la table idéale et gravira enfin le Manatirã pour arriver à son sommet, révélation de la création cosmique.



Quelques personnages

Floran Novolo, héros du roman, reprographe que l’on pourrait remplacer, égoïste hypocondriaque affabulateur est persuadé que sa fin est proche. Cette découverte est l’élément qui le poussera à devenir quelqu’un, il découvrira qu’avec du caractère il est plus facile de s’imposer.

Samuel Novolo, frère de Floran et personnage animé par la persévérance et le désir de gagner beaucoup d’argent en devenant passe-muraille. Il est admiré par sa famille (notamment par sa mère) pour tout ce qu’il entreprend et expérimente toutes les façons possibles de traverser un mur. Lorsque, enfin, il y parvient, il disparaît dans les entrailles de la Terre.

Le père, qui bourre et allume sa pipe dans les moments difficiles pour s’envelopper dans une épaisse fumée et manque de s’étouffer par « subrogation suffocatoire ». C’est « un homme mûr à l’esprit bien trempé » qui ne se laisse pas « impressionner par les manifestations insolites du monde réel » et qui fait partager à sa femme le bon sens dont elle est dépourvue.

La mère qui, pour ne pas perdre l’esprit, exécute « des tours sur elle-même en se tenant les tempes du bout des doigts ». Elle ne comprend rien aux paroles de son fils et de ce fait lui voue une admiration sans bornes.

Le voisin de Floran Novolo, à la silhouette massive et aux grosses mains, qui n’a pas de souffle pour monter l’escalier et qui peine à payer son loyer et à verser ses contributions. Victime d’une supercherie, il se retrouve à la porte de son appartement.

Les quatre inspecteurs, installés chez le voisin et proférant des obscénités en attendant son retour, qui finissent par s’endormir dans des positions pour le moins burlesques.

Le directeur des ressources humaines que l’on surnomme Braguette.

Le chef comptable qui mesure ses poils de nez.

La mère Joris, en charge de la gestion du Garage Moderne, entreprise de maintenance, qui siège dans une cabine de verre posée sur pilotis au centre du garage.

Le chauffeur de tramway, obstiné à faire respecter le règlement lorsqu’une rame tombe en panne, qui par bravoure finit par se faire piétiner par les passagers.

Karl Katz, remplaçant de Floran Novolo au poste de reprographe, ayant toujours sur lui un instrument en forme de pompe à vélo qui aura bien des usages tout au long du roman.

Les marins qui jouent aux osselets avec des règles bien particulières.

Le tahu’a, prêtre officiant qui mène Floran Novolo et Karl Katz à l’île d’Hiva-Huka où vit le Tiki.



En somme.

Un roman déjanté aux personnages loufoques où le méchant est plus bête que méchant.

Une épopée à travers le monde à la rencontre de mœurs et de langages bien particuliers.

Un roman fou qui amène à réfléchir sur l’origine des hommes par le biais le plus intime et le plus amusant.

Un Tintin un peu naïf, une sorte de Candide, un voyage qui rappelle Le Tour du monde en quatre-vingts jours, un grand clin d’œil au Passe-muraille de Marcel Aymé.

Les couilles de Dieu, roman Cocasse, Original, Utile et Irremplaçable à l’écriture Limpide et Légère, truffé d’Etrangeté et de Surprise ! Dantesque Invention Etonnante et Unique.

Les ingrédients de cette création ? Il faudrait aller fouiller dans le génial encéphale de Didier Pourquié !


Quelques liens

L’auteur et son oeuvre :  http://marincazaou.pagesperso-orange.fr/cont/pourquie/index.html

N’oubliez pas de cliquer sur l’onglet Les couilles de Dieu pour avoir accès à la quatrième de couverture, à la vidéo publiée par la librairie Mollat  et à d‘autres articles.

La maison d’édition : http://www.arbre-vengeur.fr/

L’illustrateur : http://amandineurruty.free.fr/blog/

http://www.gaite-lyrique.net/les-conferences/conference-internationale-motomichi-nakamura-et-amandine-urruty


Aurélie H, 1ère année Bib

 

 

Didier POURQUIÉ sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Mathilde sur Ficelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 07:00

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TANIZAKI Jun’ichirō

谷崎 潤一郎
Un amour insensé,1924

痴人の愛

Chijin no ai

traduction

de Marc Mécréant

Gallimard, 1988
Folio, 1991

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Tanizaki est un auteur japonais du XXe siècle, connu pour une œuvre très large, comptant plus d’une centaine de textes, et plus d’une vingtaine de livres traduits en français.

Tanizaki est l’auteur d’une œuvre qui a toujours été controversée, régulièrement exposée à la censure à cause des thèmes qui la parcourent  : érotisme, sadomasochisme, mort…

Son œuvre a été particulièrement influencée par l’Occident ; Tanizaki a même été membre honoraire de l’Académie américaine, prouvant ainsi son intérêt pour la littérature occidentale. L’occidentalisation du Japon est un sujet récurrent de ses textes ; les conséquences de cette influence y sont toujours remises en question et Un amour insensé reflète parfaitement ce dilemme entre occidentalisation et valeurs traditionnelles.



L’œuvre

Jōji est un Japonais de 28 ans, attaché aux valeurs japonaises traditionnelles, vivant un quotidien dédié au travail. Le Japon des années 1920 est en pleine occidentalisation et comme tous les autres jeunes Japonais, Jōji est fasciné par la culture occidentale, spécialement la culture américaine. C’est pendant cette période qu’il fait la rencontre de Naomi, une jeune serveuse de quinze ans, d’origine très modeste ; contre toute attente, Jōji est fasciné par cette jeune fille, lui trouvant une ressemblance avec une actrice américaine, Mary Pickford. Victime d’une obsession naissante pour Naomi, il va décider, avec l’accord de sa famille, de la prendre sous son aile afin de lui offrir une éducation, suivant un objectif quasiment paternel.

« C’était d’un côté manifester ma sympathie à la jeune fille ; de l’autre, satisfaire mon aspiration à un peu de changement dans ma vie de tous les jours, si banale, si monotone. »

Ils s’installent alors tous les deux dans une nouvelle maison et la vie quotidienne, comme le caractère des deux personnages, va totalement changer. Jōji, fasciné par Naomi, ne va plus penser qu’à une seule chose : concentrer tous ses efforts pour faire d’elle sa femme idéale, belle et intelligente. Ainsi, il va lui insuffler la confiance en elle qui lui manque, et Naomi de jeune fille timide et introvertie va devenir une jeune femme sûre et fière d’elle-même. Cette transformation voit en même temps un changement de leurs rapports, qui évoluent d’une relation paternelle à une véritable attirance physique, puis à une situation conjugale. De cette relation physique, Naomi va se servir de cetté évolution pour manipuler Jōji, inversant les positions dans le couple. Face à cela, l’homme reste incrédule, fasciné, et ne se rend pas compte du rôle qu’il a joué dans ce renversement. Pourtant, peu à peu, il doit faire face à un dilemme, résoNNant avec le dilemme auquel le Japon fait face à la même époque : il se trouve partagé entre le dégoût qu’il éprouve pour la personne vulgaire, arrogante, méchante, qu’est devenue Naomi, trop occidentale, et la fascination qu’il avait pour elle lorsqu’elle était seulement une Japonaise simple, traditionnelle :  « Naomi était devenue, à mon insu, cette créature proprement insupportable et odieuse. »



De nouveaux éléments vont alors venir troubler le quotidien du couple : la trahison de Naomi. Jōji découvre qu’elle l’a trompé et le trompe encore, avec plusieurs hommes. Malgré cette découverte, Naomi continue d’entretenir plusieurs liaisons ; la sensation de dégoût éprouvée par Jōji prend alors le dessus et il décide de mettre Naomi dehors. Après son départ, cette décision ferme s’étiole peu à peu, et les nombreux passages de Naomi dans la maison vont alimenter la fascination toujours présente dans son esprit, l’amenant à la désirer à nouveau. Naomi, par ses techniques de manipulation habituelles, va se faire désirer afin d’obtenir tout ce qu’elle veut : «  Naturellement, après l’Eustace en question, il y en a eu un autre, un troisième ; je suis moi-même le premier surpris d’être aussi accommodant. »



L’ouvrage prend fin avec un tableau de leur vie conjugale actuelle, quelques années plus tard. Le couple habite la même maison, mais chacun vit de son côté. Cette relation est toujours entretenue par la même chose : une chaîne d’admiration, de fascination. Naomi, fascinée par l’Occident, s’inspire de la culture pour alimenter son occidentalisation, et Jōji, lui, est fasciné par cette occidentalisation, cette culture, ce mode de vie tellement différents des valeurs japonaises traditionnelles, même s’il semble se détester pour cela.

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Analyse

Dans cet ouvrage, on retrouve des thèmes récurrents de l’œuvre de Tanizaki : l’érotisme, souvent incarné par le personnage de Naomi, thème toujours présent de façon subtile, sous-entendu. C’est pourtant ce qui semble être la plus grande arme de manipulation de Naomi.

Le thème principal de l’œuvre reste cependant l’occidentalisation du Japon, très présente dans ce récit, comme dans bon nombre d’œuvres de Tanizaki. L’auteur dépeint une génération de jeunes Japonaises fascinées par la culture occidentale et qui essaient de la reproduire, mais en conservent essentiellement un aspect superficiel, ce qui les rend elles-mêmes superficielles. Le personnage de Naomi incarne parfaitement cette génération, et il a donné naissance à un terme qui qualifie cette attitude : le Naomisme.
 

En conclusion

Un amour insensé est le récit d’une relation destructrice, fondée sur un paradoxe. Si le sujet semble plutôt triste, l’histoire, relatée du point de vue de l’homme conscient de sa faiblesse, à la limite du cynisme, ravit par son aspect presque humoristique. Pourtant, au-delà de cette histoire, on ressent le problème que pose l’auteur, beaucoup plus profond, beaucoup plus politique, donnant du relief à ce qui pourrait être une histoire banale, sans réel intérêt.


Sasha, 2e année Éd-Lib.



 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

 

 


Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène et de Lara sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Éloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 


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