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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 07:00

Zidrou-Lafebvre-Lydie.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ZIDROU (scénario)
et Jordi LAFEBRE (dessin et couleurs)
Lydie
Dargaud, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Zidrou.jpg

 

 

 

De son vrai nom Benoît Drousi (il le dit lui-même, ses initiales le prédestinaient au neuvième art) est né en 1962 en Belgique.Il a exercé dans l’enseignement pendant quelques années avant de se consacrer à l’écriture.Il dit avoir eu la chance de vivre dans sa jeunesse les débuts de la bande dessinée franco-belge qui l’a beaucoup inspiré.

Il fait ses débuts dans le journal de Spirou.Il est l’auteur de la série « L’élève Ducobu » adaptée récemment au cinéma.
 Jordi-Lafebre.jpg
 



Jordi Lafebre. Né en 1979, cet auteur espagnol a étudié la bande dessinée et fait l’école des Beaux-Arts à Barcelone. Il travaille pour différents magazines espagnols, dont des magazines jeunesse. Il rencontre alors Zidrou et tous deux décident de collaborer. Jordi Lafebvre participera à l’album collectif intitulé La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis et d’autres histoires qui font du bien. Aujourd’hui, il partage sa vie entre la bande dessinée et le métier d’enseignant.

 

 

 

Lydie a reçu le prix Bédélys Monde qui récompense la meilleure bande dessinée de langue française diffusée au Québec.



L’histoire

Dans un petit village belge des années 1930, les habitants d’une impasse vont devenir les héros d’une aventure humaine touchante. L’histoire se déroule dans l’impasse du Baron van Dick, rebaptisée l’impasse « bébé à moustaches », depuis que des garnements, ont, une nuit, affublé de moustaches un bambin sur une affiche publicitaire pour un savon.Elle restera ainsi et les habitants du lieu se feront appeler les « moustachus ».

Il y a aussi la statue d’une madone, nichée dans une façade de maison, qui constituera la voix off de cette histoire et commentera les drames et les événements heureux dont elle est témoin.
Image à insérer: image de la madone Lydie

Orpheline de mère, Camille vit avec son père, Augustin, chauffeur de locomotive. Cette jeune femme, un peu simple d’esprit, accouche d’un enfant mort-né dont elle ne connaît pas le père.

Cette enfant, elle l’aurait appelée Lydie.

Un tel début pourrait en rebuter plus d’un, mais ce serait compter sans le talent des auteurs.



La solidarité face au désespoir.

Camille est inconsolable et son père désarmé. Jusqu’au jour où elle entre à toute vitesse dans le café du coin pour annoncer, radieuse, que les anges lui ont rapporté son enfant.Devant le désarroi et l’incrédulité générale, Camille se promène avec un landau vide, nourrit au biberon un bébé invisible mais affiche une joie de vivre jamais vue auparavant, malgré les railleries et la méchanceté de certains.

Alors, face à ce spectacle particulier, les habitants vont « jouer le jeu » et accueillir la fillette dans leur communauté. Les femmes donneront les habits d’enfants qui ne servent plus, le menuisier fabriquera une chaise haute, même le curé se laissera convaincre de baptiser l’enfant. Plus tard, elle rejoindra ses petits voisins sur les bancs de l’école.
  Zidrou-Lafebvre-Lydie-planche-5.jpg
 Cet élan unit tous les habitants du quartier et renforce les liens.

Les années passent, Camille va même acquérir une certaine autonomie et Lydie acquiert sa place dans la petite communauté. Plus personne ne songe à rétablir cette vérité qui de toute façon, serait plus douloureuse qu’utile.

Et puis, il y a quand même des éléments troublants…



Une illustration et des personnages réalistes et touchants.

Les dessins revêtent une couleur sépia et nous plongent complètement dans l’ambiance de cette époque.Les traits des personnages sont réalistes et d’une intense expressivité, ce qui les rend très proches. Ces illustrations qui confèrent à l’histoire une ambiance intimiste font penser à celles de Loisel et Tripp dans Magasin général.
 Zidrou-Lefebre-03-copie-1.JPG
 
Leur langage parfois trivial et leur comportement simple donnent aux personnages une incroyable humanité.
 
 
Zidrou-Lafebvre-Lydie-scene-du-cafe-copie-1.jpg

Une collaboration réussie.

La principale difficulté pour ces auteurs était de trouver l’équilibre entre le récit d’un événement dramatique et une certaine forme d’humour. Sans aucun doute, ils y sont parvenus.Cette histoire pourrait refroidir le lecteur par la sensibilité de son sujet.

Mais elle ne sombre à aucun moment dans le « glauque » ou le pathos, tant elle est écrite et illustrée avec délicatesse, humour et humanité.Il n’était pas question pour les auteurs de dépeindre une Camille « folle », seulement comme le dit un des personnages « une bonne mère, à sa façon ».Certains trouveront peut-être que cette histoire baigne dans trop de bons sentiments mais les valeurs et la tendresse qu’elle dépeint font tout simplement du bien. Retrouverait-on ces valeurs aujourd’hui ?

Et l’on quitte à regret les habitants de l’impasse du bébé à moustaches avec une sensation étrange mais le sourire aux lèvres…
 

Céline, AS Bibliothèque

 

 

 
Interview de Jordi Lafebre
 http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LYDIE.html
 http://www.generationbd.com/index.php/forums/index.php?topic=1546.0
 
 
Interview de Zidrou
 http://www.bedetheque.com/auteur-2153-BD-Zidrou.html
 http://www.dailymotion.com/video/xq4uwt_zidrou-en-interview-pour-planetebd-com_creation

 

 

 

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Published by Céline - dans bande dessinée
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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 00:00

On-the-road-walter-salles-affiche.jpg

 

Le 23 Mai prochain, au festival de Cannes, sera présentée l'adaptation cinématographique du roman phare de la Beat Generation, Sur la route, de Jack Kerouac. Réalisant ce qu'ont rêvé nombre de ses prédécesseurs – s'attaquer (pour de bon) au mythe américain Kerouac – le Brésilien Walter Salles présentera le Carnet de voyage de « sa » route, sinueuse, folle, osée, époustouflante, et probablement éreintante : un voyage qui – espérons-le – sera à l'image de ceux de Kerouac et Cie, épuisante exploration de territoires, de soi, désespérante parfois, mais vivifiante.

Revenant sur les récits mêlés de Jack Kerouac, Sal Paradise (le narrateur de  Sur la route) et Walter Salles, le magazine culturel Trois couleurs a produit pour l'occasion un hors-série sur l'homme, le livre, et le film, On the road, « l'odyssée d'un mythe ».

Trois-Couleurs-On-the-road.jpg
Trois couleurs
   
Le magazine Trois Couleurs est le mensuel culturel gratuit édité par MK2 Multimédia ; il ne traite pas uniquement du cinéma mais de la culture au sens large, couvre les nouveautés  de chaque sphère culturelle : musique, littérature, événements, magazines de bandes dessinées, jeux vidéo. Le magazine est né en 2007 sous l’impulsion d’Elisha Karmitz. Depuis 2011, le rédacteur en chef du mensuel est Étienne Rouillon. Pour ce huitième de la série (hors-série), c'est Aureliano Tonet qui porte la casquette du rédacteur en chef. Le mensuel est tiré à 200 000 exemplaires, il est diffusé uniquement à Paris.

Depuis 2009, la rédaction s’est donc consacrée à la publication de hors-séries : l’accent y est mis sur un artiste, un réalisateur ou un thème social particuliers. Le premier d’entre eux, paru en décembre 2009, était consacré aux Doors, à l’occasion de la sortie du documentaire de Tom DiCillo, intitulé When You’re Strange.

La rédaction a ainsi pris la tangente pour retourner aux origines de ce mythe littéraire. Glanés entre la Bretagne et la Californie, des archives, reportages et témoignages inédits permettent de comprendre la genèse de ce livre-monument, ainsi que son influence sur la littérature américaine du XXe siècle. Un aperçu de l'ampleur du défi auquel Walter Salles a dû faire face. Photos de tournage, extraits du scénario, croquis préparatoires retracent les étapes de cette aventure cinématographique, sans oublier la contribution exceptionnelle de toute l'équipe du film, du réalisateur à ses comédiens (Garret Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart, Kirsten Dunst, Viggo Mortensen), en passant par les techniciens et les producteurs.

 

 

 

« La Californie de Dean, pays délirant et suant, pays d'importance capitale, c'était celui où les amants solitaires, exilés et bizarres, viennent se rassembler comme des oiseaux, le pays où tout le monde, d'une manière ou d'une autre, ressemble aux acteurs de cinéma détraqués, beaux et décadents », Sur la route.

Kerouac avait écrit à son ami Neal Cassady, (Dean Moriarty dans la version censurée de 1957), probablement avant même de devenir écrivain : « Je révolutionnerai les lettres américaines et boirai du champagne avec les starlettes d'Hollywood ». Cette prédiction, qui témoigne d'une ambition guidée par le on_the_road_book_cover.jpgbesoin de tout expérimenter, aura été à demi confirmée, puisque Kerouac aura en effet bouleversé la littérature du XXe siècle, mais il lui aurait fallu vivre jusqu'à 90 ans pour se présenter, mercredi prochain, sur les marches de Cannes, riant de s'exposer ainsi parmi les stars hollywoodiennes : chose effectivement impossible, puisque force est de constater la faible espérance de vie propre – à quelques exceptions près – à ceux qui ont brûlé leur vie plutôt que de la voir se consumer, préférant l'intensité à la prudence et la mesure : « It's better to burn out than fade away » (Il vaut mieux brûler vivement que s'éteindre à petit feu), chantera Neil Young quelques années plus tard, parmi les nombreux témoins de l'influence « beat » dans la culture rock*.

C'est ainsi dès 1957 et le récent succès de On the road à peine édité que Kerouac écrit à Marlon Brando, lui proposant vivement d'acheter les droits d'adaptation de son roman. Fidèle à son tempérament, il est en perpétuelle recherche de nouvelles expériences : « Écrire des romans, ça devient trop facile, pareil pour le théâtre, j'écris une pièce en vingt-quatre heures. Allez Marlon, retrousse-toi les manches et réponds ! »*. L'ancien féru de football américain, avait déjà troqué ses cours de classe préparatoire à New York contre les rues de Harlem suant la rumeur Be Bop. Fasciné par l'énergie du souffle, l'improvisation, la syncope, Kerouac trouvait en Charlie Parker, Thelonious Monk ou Dizzy Gillespie, le moyen de tromper cette littérature codifiée, pudique, une littérature « d'après coups dans un lit de malade »*  : son écriture serait vivante, précipitée, celle de « gamins bourrés, échevelés, en rut », elle ne pouvait être qu'authentique, et donc spontanée, il fallait faire avec les mots ce que ces musiciens faisaient avec leurs instruments.

Passionné par le théâtre dès son enfance, c'est la perspective de mise en scène de son roman, de son propre personnage et de son entourage qui l'intéressent désormais. Cela rejoint cette tendance remarquable de Kerouac à agencer sa vie privée en faits transposables et améliorables dans son œuvre littéraire : dans Sur la route, Kerouac a sublimé ses aventures et celles de ses amis, « il a organisé sa vie en chapitres, à la manière d'un roman »*. Dans son nouvel enthousiasme, alors qu'il est vite dégoûté par la qualité de « King of the beats » qu'on veut bien lui confier, née de ce succès polémique qui a scindé et bouleversé la société américaine, Ti-Jean le breton (il ne connut jamais l'origine bretonne exacte des Kerouac : Huelgoat) se veut « résolument moderne », conformément à la révélation Rimbaud : Marlon jouera Dean, lui-même jouera Sal, et rassure Brando en lui affirmant qu'il a déjà tout pensé dans la forme : « Ne vous en faites pas pour la structure, je vois comment compresser et recomposer l'histoire, pour la faire parfaitement rentrer dans un cadre classique : un seul et unique voyage »*. Mais l'énorme difficulté qu'auront rencontrée tous ceux qui auront rêvé cette adaptation, c'est la forme anticonformiste et aucunement classique du roman. Ainsi, alors que Brando n'avait pas donné suite, Francis Ford Coppola a acheté les droits d'adaptation en 1979. Il a ensuite proposé à Jean-Luc Godard de le réaliser, sans aboutir, pour finalement voir Gus Van Sant compléter le tableau des prétendants : nouvel échec. Incontestablement, cette adaptation est un énorme casse-tête, d'autant plus qu'elle s'attaque à un roman d'une envergure monumentale. C'est finalement Walter Salles qui fera figure de bonne pioche.



Beat generation au cinéma

Si l’œuvre de Kerouac ne fut jamais adaptée au cinéma auparavant, l’esprit « beat » lui, avait déjà trouvé un écho dans le 7ème art.

Les premiers films furent tournés par les beats eux-mêmes, à l’image du court métrage Pull My Daisy, écrit par Jack Kerouac et réalisé par Robert Frank et Alfred Leslie. La modestie des budgets caractérisent ces premières réalisations. Tout cela change à partir de 1960 : les majors commence à s’intéresser au filon « beatnik ». Il en ressort la même année deux films emblématiques de cette tendance quelque peu caricaturale : The Beatniks et The Wild Ride. Ces deux films sont le prisme du dénigrement et de la caricature que subissent alors les beatniks. Cependant, le cinéma a su se rattraper pour livrer des œuvres reflétant la beauté et la singularité de cette génération. L’exemple le plus criant, le film de Dennis Hopper Easy Rider, réalisé en 1969 et ouvrant la voie des road movies, colle bien davantage au souffle de liberté, de la recherche d'immensité : celles de l'Amérique, de cette éternelle route vers l'ouest qui la caractérise, de sa colonisation aux virées de Dean et Sal dans la Hudson, en passant par la ruée vers l'or. « Road is life », dira Kerouac.   

Par sa complexité, l'adaptation n'avait donc jusqu'alors jamais été : la réalisation possible d'un récit aussi vivant, demande logiquement une implication et un travail gigantesque d'immersion. Ainsi, Walter Salles s'est entièrement donné dans ce projet : il a traversé l'Amérique sur les pas de Kerouac, a interviewé nombre de témoins de cette période. C'est l'engagement personnel et profond qui a sans doute joué pour beaucoup, la passion et la transmission de cette passion. L'important pour Salles n'a pas été de retranscrire à la lettre ce qu'il a pu savoir de cette époque par la lecture et ses recherches : il a fallu être fidèle mais créatif, trahir pour être plus fidèle. La productrice de Salles, Rebecca Yeldham, évoque une autre question importante : « Est-ce que Kerouac approuverait ce que je fais ? ».

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Road-movies : Carnets de voyage et Sur la route : « Il s'agit non plus de guérir le monde mais de brûler avec », Walter Salles.

La filmographie de Walter Salles témoigne d'un attrait prononcé pour les fuites, les embardées, et donc les road-movies. C'est notamment son film de 2004, Carnets de voyage, retraçant le périple d'Ernesto Guevara et Alberto Granado, partant à la rencontre du peuple sud-américain et dont la révélation aboutit à une transformation politique et sociale, qui rejoint le plus cette dernière réalisation. Cependant, Salles explique que Sur la route « marque une rupture dans le comportement, les moeurs d'une société »*. Les voyages de Sur la route sont tout autant (voire davantage) intérieurs et introspectifs que projetés sur une réalité physique : les bouleversements émanent d'un cercle privé, qui dans sa singularité va s'ériger en modèle ou en vice, contre son gré.

La réalisation du film a été précédée d'un documentaire, Looking for on the road (en référence à Kerouac qui considérait Sur la route comme un À la recherche du temps perdu en plus rapide), qui relate le travail de documentation et de recherches précédant le tournage. Salles explique qu'il a jugé nécessaire de décomplexifier l'adaptation en arpentant les routes qu'empruntèrent Kerouac et sa bande, pour mieux comprendre cette génération, partir à son tour à l'aventure et découvrir les restes de cette époque dans l'Amérique actuelle.

Quant à l'adaptation du style Kerouac, il s'est traduit dans la volonté de respecter au mieux ce qui fait d'après lui la grande originalité du roman, à savoir le dépassement du simple récit documentaire par un équilibre malicieux entre fidélité au réel et éléments résultant « d'une imagination libre et foisonnante ».

Les élans de spontanéité, l'écriture automatique, se sont transposés au cinéma par un travail d'improvisation des acteurs, des situations devant amener à des dialogues et des expressions non préméditées, pour mieux retranscrire cette vitesse du mouvement constant, de la pulsion des corps, contrastant avec des moments plus contemplatifs soulignant les moments d'accélération.



« J'ai entendu Hard Rain's A-gonna fall de Dylan et j'ai pleuré. Je me suis dit que le relais avait été passé. », Allen Ginsberg

Par l'influence considérable de la beat generation sur la culture rock américaine, de Bob Dylan à Patti Smith, en passant par The Doors, Tom Waits, et plus récemment Saul Williams ou le groupe franco-américain Moriarty (hommage direct à Dean Moriarty), la B.O du film, réalisée par l'Argentin Gustavo Santaolalla – il avait déjà accompagné les Carnets de voyage du même Walter Salles – aura une importance à part entière dans cette adaptation. À la façon dont les écrivains « beat » restaient des jours entiers à dérouler oralement leurs écrits au sein d'assemblées dignes de concerts de rock, Charlie Parker pouvait jouer du saxo sans jamais s'arrêter, note Santaolalla. Cependant, n'étant pas un véritable musicien Jazz, et bien que conscient de l'influence Be-bop qu'entonne le roman, il dit s'être inspiré de divers musiciens, notamment Moondog (contemporain et ami de Charlie Parker), Harry Patch ou John Cage, et a de plus beaucoup utilisé les percussions : « Beaucoup de percussions pour établir un lien avec l'Afrique, des sonorités métissées, tribales et urbaines »*.



« Walter Salles a travaillé très dur à cette adaptation, et je souhaite vivement qu'elle réussisse », Francis Ford Coppola. Souhaitons-le aussi.


Nicolas et Guillaume, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Citations tirées du hors-série # 8: Sur la route, d'après Jack Kerouac : un homme, un livre, un film. L'odyssée d'un mythe. (Edité par Trois couleurs, Mai 2012)

Sur la route, réalisé par Walter Salles, avec Garrett Hedlund (Dean Moriarty), Sam Riley (Sal Paradise), Kristen Stewart (Marylou), Kirsten Dunst (Camille), Viggo Mortensen (Old Bull Lee)... sort le 23 Mai 2012 en salles et sera présenté ce même jour en compétition officielle du festival de Cannes.

 Des informations exclusives liées à ce projet sont à retrouver sur les pages Facebook officielles Sur la route et On the road , le compte Twitter @OnTheRoad_Official et le site officiel du film :

 http://www.facebook.com/TroisCouleurs


 https://twitter.com/#!/Trois_Couleurs


 http://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_couleurs_magazine

 

 

 

 

KEROUAC et la BEAT GENERATION sur LITTEXPRESS

 

 

jacK kerouac Sur la route

 

 

 

 

 

 Article de Nicolas sur Jack Kerouac, Sur la route

 

 

 

 

 


 

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Article de Charlotte sur la Beat Generation

 

 

 



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Carnet de voyage d'Elisa sur les traces d'Hemingway, Miller et Kerouac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 07:00

Bordimages Jerome d aviau


 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAPUCINE
Jérôme d’AVIAU
SIBYLLINE
Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret
Ankama éditions
collection Étincelle, 2010.







 

 

 

 

 

Paru aux éditions Ankama en septembre 2010 dans la collection « Étincelle », cet album est le résultat d’une collaboration et d’une amitié entre Sibylline et Jérôme d’Aviau.

Sibylline a été élevée très tôt dans le monde de la bande dessinée, elle doit d’ailleurs son nom au personnage de la série éponyme. Après quelques petits boulots elle entre dans l’édition, mais son envie de raconter des histoires ne la quitte pas. Sa rencontre avec Loïc Dauvillier lui permet de concrétiser ce projet en 2007 avec Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin. Cette œuvre réunit alors les dessins de François Ravard, Capucine et Jérôme D’Aviau. C’est avec ces deux derniers qu’elle nous livre ici une histoire touchante et tendre. Capucine apposa sa touche à l’ouvrage avec un travail sur le lettrage ; quant à Jérôme d’Aviau, il est certainement la source de ce projet. Lui aussi bercé par le monde de la bande dessinée, il s’y lance dès 2005 en tant que dessinateur. C’est son envie d’illustrer une histoire de Sibylline qui a permis la création, ou plutôt la naissance d’Alphonse Tabouret.



« Il était une fois cette fois-là » : Alphonse Tabouret
le_trop_grand_vide_dalphonse_tabouret_image3.jpg
Alphonse Tabouret est le héros de cette histoire émouvante et poétique. U n héros littéralement né de la dernière pluie qui se pose des questions sur son identité, son avenir, sur la  vie, tout simplement.

Simplement, peut-être pas tant que cela, car si les premiers temps  sont faciles en compagnie de Monsieur, qui lui apprend de drôles de rudiments, comme le ferait un parent, Alphonse va très vite se rendre compte que seul, la vie n’a pas beaucoup de sens. Oui, seul, car Monsieur est parti après une petite dispute avec Alphonse au sujet du partage…, sujet difficile quand on pense ne rien avoir à offrir.

La solitude, il la gère très bien dans les premiers temps, car se sentant enfin libre, il lui reste tout ou presque à découvrir. Mais très vite, Alphonse s’ennuie, il regrette la présence de Monsieur, le chagrin s’installe en lui et pour longtemps car « le chagrin du vide de tout, il est difficile à consoler. Surtout quand y a personne. Et que, ça c’est justement ce qui manque le plus. Mais qu’on ne le sait pas vraiment. »

 

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S’ensuit une longue quête de quelque chose, on ne sait pas quoi, lui non plus d’ailleurs. Quelque chose qui remplirait ce vide. Alphonse fait de nombreuses rencontres, des personnages étranges croisent son chemin. Son premier ami est dévoué, très impliqué, mais il ne s’agit en fait que de son reflet, Esnohpla, qui est pour lui un être à part entière.

Vous l’aurez compris, Alphonse est bien né de la dernière pluie, ce qui en fait un personnage maladroit mais touchant, un petit être naïf et tendre qui connaîtra la joie, l’enthousiasme, la déception, le doute, l’amour, la crainte…, bref, tous ces sentiments par lesquels nous passons sans cesse sans forcément nous en apercevoir. Aurions-nous avec le temps perdu de cette magie ou de cette innocence qui fait de chaque chose une découverte, qui multiplie chaque ressenti ?



Un livre pour la jeunesse…qui ne ferait pas de mal aux grands.

Si ce personnage est un jeune garçon qui, comme les enfants, doit faire face à tous les questionnements que pose la vie, Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret n’en est pas moins un album à conseiller aux plus grands. L’histoire se prête encore à des questionnements d’adulte, à des sentiments qui sont ceux de toute personne mais que les plus alphonse_tabouret_narcisse-01.jpgâgées oublient parfois derrière l’expérience et le quotidien.

De plus, le ton et l’écrit parlent parfois bien plus aux adultes qu’aux plus jeunes. On y trouve des références aux mythes, avec Narcisse, ou encore l’admiration pour un astre si beau qu’il est suivi de tous. On y redécouvre surtout des expressions qui échapperont certainement aux enfants, mais aussi des références à l’entrée dans l’âge adulte avec notamment ces rencontres amoureuses qui demandaient tant d’efforts et de compromis, pour finir par une déception ou par la disparition des sentiments.



Et la forme dans tout cela ?

Si cet album est si touchant, c’est que l’illustration est aussi pure que son protagoniste. Le trait n’est pas très recherché comme dans d’autres réalisations de Jérôme d’Aviau mais il est fidèle à l’histoire et à son origine. Lors d’une interview, les deux auteurs confessent que tout a commencé grâce à un dessin gribouillé sur un bout de papier par Sibylline et par de petites phrases qu’elle écrivait à tout hasard. Jérôme a voulu lancer le projet plus loin et s’est approprié le trait pour faire naître Alphonse et cet univers.
alphonse-tabouret-narcisse-02.jpg
Le récit est donc porté par un dessin en noir et blanc qui donne une nouvelle ampleur et une certaine profondeur au trait. De plus, Jérôme d’Aviau recrée des atmosphères très différentes avec un dessin pourtant simple ; il joue notamment sur la densité des noirs et la brillance des contrastes.

Enfin, il s’agit d’une BD assez particulière, entre la bande dessinée et l’album jeunesse. En effet, il n’y a pas de bulles dans cette BD, l’illustration est sur un plan et la narration ainsi que les dialogues en dessous ou sur le côté. Ce procédé rappelle les origines mêmes de la bande dessinée, mais l’œuvre est aussi très innovante reprenant un aspect des dialogues virtuels sur les réseaux sociaux. Chaque énoncé d’un personnage est précédé par une représentation du personnage, une sorte d’émoticône qui nous indique à la fois qui parle et le sentiment du personnage.



Voici donc un livre qui donne à se souvenir autant qu’il offre à découvrir. Selon l’âge du lecteur, l’histoire prendra un sens différent ; selon l’histoire propre du lecteur son sentiment devant une situation du livre sera différent. Les enfants, eux, y trouveront une histoire tendre, ils peuvent s’identifier à ce personnage qui comme eux se questionne sur bon nombre d’aspect de la vie, notamment sur l’amour. Mais les adultes ont-ils bien les réponses ? L’apprentissage de la vie a-t-il une fin, finalement ? Comme l’écrivait Diderot « Est-ce que l’on sait où l’on va ? ». Ce qui est sûr c’est que l’album nous fait nous poser la question, et encore plus celle de savoir si il nous sera un jour possible d’y répondre. Mais je ne dévoilerai pas la fin.


Ambre, AS Bib.

 

 

Vous retrouverez Alphonse Tabouret et ses auteurs sur :

le site de l’éditeur :

http://www.ankama-editions.com/fr/catalog/books/125-trop-grand-vide-alphonse-tabouret.html

 

 

ainsi qu’une interview de Sibylline et Jérôme d’Aviau :

 http://www.ankama.com/fr/video-interviews/9607-sibylline-jerome-aviau

 

la bédéthèque :

 http://www.bedetheque.com/auteur-13169-BD-D-Aviau-Jerome.html

 http://www.bedetheque.com/auteur-14579-BD-Sibylline.html

 

le blog de Jérôme d’Aviau :

 http://jeromedaviau.com/WordPress/

 

Enfin vous pourrez compléter mon regard sur l’album avec d’autres articles de blog :

le blog de Mr Zombi :  http://mrzombi.over-blog.fr/article-le-trop-grand-vide-d-alphonse-tabouret-sibylline-d-aviau-capucine-65340285.html

le blog Vu des yeux d’OliBD :  http://alamagie-des-yeux-doli.over-blog.com/article-le-trop-grand-vide-d-alphonse-tabouret-84402165.html

le blog Une autre histoire de David Fournol : http://www.wmaker.net/fournoldavid/Le-trop-grand-vide-d-Alphonse-Tabouret_a72.html

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 07:00

      Bord-images-affiche.jpg

Vendredi 3 février. L’espace Saint-Rémi accueille l’inauguration de Bord’images : Regard 9 organisé notamment par  l’association 9-33 qui coordonne à Bordeaux et en Gironde de nombreux événements autour de la bande dessinée.

Bordeaux a depuis quelques jours pris ses allures d’hiver, à croire que le climat québécois a accompagné ses dessinateurs. En effet cette année, afin de célébrer les cinquante ans de liens entre Bordeaux et Québec, le festival Bord’images accueille des illustrateurs québécois en résidence d’auteur. Ces derniers associent leur travail à des illustrateurs bordelais pour produire des réalisations de planches dans un esprit d’appropriation et de revisite du travail de chacun, ainsi que pour parler de leurs expériences de la BD et pour créer ensemble lors de performances.



Les auteurs d'outre- Atlantique

 

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Pascal Girard : dessinateur-scénariste, né à Québec en 1981, il décide rapidement de faire du dessin sa profession. Il vient de publier, en collaboration avec Yves Pelletier, Valentin, aux éditions La Pastèque.

 

 

Bordimages-White-Crows-de-Jean-Francois-Bergeron.jpg

 

 

 

 

 

 

Jean-François Bergeron, dit Djief : né en 1971, ce Québécois, dessinateur et scénariste, fut aussi concepteur de jeux vidéo. Il est aujourd’hui auteur de BD indépendant et travaille sur sa première série solo White Crows publié chez Soleil.

 

Pierre-Bouchard-L-ile-aux-ours.gif

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Bouchard : ce passionné de graphisme et de dessin était déjà venu en 2008 lors d’une résidence à la bibliothèque Gabrielle Roy. Il publie son premier roman graphique en 2007 : L’île aux ours, a réalisé deux films d’animation et a participé à la publication du fanzine Bidon.
 

 

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Philippe Girard : ce dessinateur et scénariste fut en résidence à Bordeaux entre août et octobre 2010. Il a déjà publié six romans jeunesse et dix albums BD. Il est en outre l’un des fondateurs de la maison d’édition québécoise Mécanique générale.

 

 

 

 

 

Francis-Desharnais-Burquette.gif

 

 

 


Francis Desharnais : ce dessinateur a touché à tous les domaines du graphisme et de l’animation graphique. Mais c’est avec sa BD Burquette, qu’il est depuis peu connu pour ses talents d’illustrateur et de scénariste.

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Du côté de la Belle Endormie…

 

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Didier Cromwell : né en 1959, ce dessinateur fut formé à l’école des Gobelins à Paris. Il est, entre autres, l’auteur de la série Anita Bomba qu’il publie chez Casterman, mais il est surtout connu pour sa reprise et son adaptation graphique du Dernier des Mohicans, un roman de James Fenimore Cooper.

 

 

 

 

 


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Anton : ce dessinateur pessacais, né en 1973, connait ses premières influences dès l’enfance avec Tintin mais surtout grâce à de grands auteurs de comics comme Frank Miller ou Alan Moore. Après un passage aux Beaux-Arts de Bordeaux, il se lance dans l’industrie du jeu vidéo. Il entre dans l’univers de la BD grâce à des autoproductions mais surtout par la publication d’Eclipse-Last contact en 1999 chez Egone. Il partage aujourd’hui son temps entre le dessin et le journalisme de BD.

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Laureline Mattiussi (dessinatrice-scénariste) : née en 1978 à Nancy, elle suit des études d’art appliqué et aux Beaux-Arts qui la conduiront à Angoulême puis à Bordeaux. Sa première bande dessinée intitulée Petites hontes enfantines (éditions La boîte à bulles, 2006) connaît un vif succès. En 2010, L’île au poulailler reçoit le prix Artémisia. Son dernier album, coproduit avec Sol Hess, La lionne (tome 1), est paru cette année chez Glénat.

 

 

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Vincent Perriot : né en 1984, il fait l’école des Beaux-Arts d’Angoulême à partir de 2003. Il publie avec Guillaume Trouillard le livre Entre Deux aux éditions de la Cerise. Son premier album de BD est Taïa Rouge qu’il réalise avec Mathieu Malherbe et qui leur vaut le prix Jeune talent 2009 de Virgin, Le Figaro magazine et DBD.

 

 

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Jérôme d’Aviau : ce Parisien de naissance commence réellement la BD en 2005. Il vit aujourd’hui à Bordeaux, participe régulièrement à Psikopat et à Tchô. Il signe aussi sous les pseudos Poipoi, Poipoipanda et Jeroda, et joue dans le groupe de musique FuckOn. Il publie en 2010 un album jeunesse : Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret avec Sibylline (scénario) et Capucine (lettrage) chez Ankama éditions.

 

 

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Johanna Schipper (dessinatrice et scénariste) : née en 1963 à Taïwan, elle arrive en France en 1972. Elle fait ses études à l’École Européenne de l’Image d’Angoulême. Après avoir travaillé comme coloriste, elle publie une série, Phosfées, aux éditions Delcourt. Suivront Née quelque part (éditions Delcourt en 2004), Les âmes sauvages (Futuropolis, 2007) et Le printemps refleurira en deux tomes (Futuropolis, 2010).

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc dans une ambiance froide mais conviviale qu’est inaugurée cette nouvelle édition de Bord’images. Les artistes créent sur des supports multiples et originaux, notamment sur de grandes toiles, ce qui est assez inhabituel et qui donne une certaine ampleur à la bande dessinée. On peut également assister à la naissance d’un dessin réalisé à l’outil numérique et projeté sur les murs de l’espace Saint Rémi. D’ailleurs la question de la création par le numérique est un point de plus en plus abordé dans les manifestations bordelaises autours de la BD comme par exemple avec la journée organisée par L’ECLA : « Bande dessinée : où en est-on du numérique ? ».

Les spectateurs virevoltent (il faut au moins cela pour se réchauffer) de planche en planche, d’œuvre en oeuvre un verre à la main, on s’imprègne des créations dans ce lieu atypique qu’est l’espace Saint Rémi. Les oeuvres s’achèvent, les discours aussi… Le programme est dense, un choix s’impose donc puisqu’il nous sera impossible de suivre chaque rencontre, de découvrir toutes les expositions dans les différentes bibliothèques de la ville. Faire un compte rendu sur la partie la plus originale de la rencontre et certainement le plus créatrice nous semble plus pertinent dans ce contexte où la création est de moins en moins publique avec les problèmes de l’édition. Les performances qui ont lieu les samedis nous semblent plus appropriées pour rendre compte de la richesse de ce genre et de la création entre ces auteurs et dessinateurs qu’un océan sépare.



Samedi 4 février. Alfred nous propose d’assister en direct à sa réinterprétation du roman destiné aux adolescents Je mourrai pas Gibier, de Guillaume Guéraud (éditions Du Rouergue, 2006) et ce malgré le froid.
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Alors que Gérard Guérineau lit le roman, l’illustrateur, Alfred, fait naître ses dessins sous nos yeux (grâce à une petite caméra) et les projette sur grand écran. L’histoire prend force avec tout ce qu’elle a d’interrogation, de violence et d’insurrection. Insurrection et dénonciation de cette ignorance et de ses rites imbéciles encore présents dans certaines campagnes et dont l’auteur a fait le portrait à travers ce jeune homme qui, alors qu’il tente d’échapper à un avenir tracé par sa naissance, est rattrapé par la violence qu’il fuyait. Sous les traits et les courbes d’Alfred, l’histoire prend un nouveau sens, elle s’enrichit d’images.

Mais voilà tout le paradoxe de cette lecture dessinée. Quand bien même le dessinateur fait naître les illustrations de son imagination, il ne nous les impose pas. L’esprit navigue entre le texte, l’image en train de se créer et notre propre représentation. Un curieux mélange qui donne à ce texte une autre dimension et un impact fort. L’impact est selon nous d’autant plus fort que le dessin en noir et blanc impose une certaine justesse et laisse justement plus de place à l’imagination qu’un dessin mis en couleur qui aurait moins d’authenticité.
 

 

Une expérience assez unique. Nous décidons donc d’assister à toutes les performances. Mais la prochaine fois on amène les chaufferettes.



Samedi 11 février. Le programme a changé mais le succès est toujours au rendez-vous, et sans le froid cette fois-ci. Ce qui devait être une battle de dessin s’est transformé à cause du froid (l’Espace Saint Rémi est un lieu aussi beau que glacial à cette période de l’année), en concert dessiné avec le groupe qui doit clôturer la soirée : FuckOn. C’est donc sur les sons assez déjantés du groupe que Laureline Mattiussi, Djief et Anton ont revêtu d’oeuvres improvisées les murs de l’Oiseau Cabosse.

Le restaurant et salon de thé est aussi le lieu où se retrouvent amateurs et néophytes pour un moment d’échange autour de la Bd tous les derniers jeudis du mois, lors du rendez-vous proposé par l’association Raging Bulles (http://ragingbulles.fr)

Mais voilà, le lieu n’est pas grand et les places sont chères ; malheureusement, nous ne faisons partie des élus que le temps des mises en place et des premiers coups de crayon. Déjà le résultat semble prometteur, manquer le final est décevant, rendez-vous est donc pris pour la semaine suivante pour un autre concert dessiné mais cette fois en grand… on l’espère.



Samedi 18 février. La BD au devant de la scène ! Soirée de clôture à la Rock School Barbey. C’est dans une ambiance tour à tour électrique avec Oromocto Diamond (Québec), planante et mystique de Sol Hess and the Sympatiks (Bordeaux) et inclassable déjantée de FuckOn (Bordeaux), que s’est clôturé ce rendez-vous BD. (Le guitariste-chanteur et le batteur de Oromoto Diamond) Pierre Bouchard, Djief, Johanna Schipper, Vincent Perriot, Laureline Mattiussi, Alfred et Jérôme d’Aviau, ont fait naître sous nos yeux des fresques, au rythme de la musique. Différents tableaux se sont succédé, avec, à chaque fois, une émotion nouvelle.

Chaque tableau semblait porter un thème vraisemblablement engendré par l’ambiance musicale. C’est d’abord celui d’une nature simple et paisible. Puis la faune devient plus agressive avec les morceaux garage du groupe. La fresque devient surnaturelle, avec des animaux étranges qui scandent les paroles de la chanson Black feelings, un serpent géant aux motifs psychédéliques et même un homme-diable qui promeut le disquaire bordelais et organisateur de concert Total Heaven.

Une ambiance et une fresque résolument rock à l’image, ou au son de ce duo québécois. On a à peine le temps d’apprécier le résultat final qu’une nouvelle page blanche est accrochée. Il ne reste plus qu’à attendre que la musique emporte une nouvelle fois les crayons. Cette musique presque mystique nous emporte vite vers un autre monde, il nous semble naturel d’entrer dans cette ambiance de science- fiction, d’espace et futuriste. L’autre monde se crée, les artistes entremêlent leur création, il se joue là une interaction entre le dessin et la musique mais aussi entre les différents univers des dessinateurs.

 

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Anton, Djief en plein dessin.

 

 

Ensuite la musique s’accélère, s’énerve un peu… une autre atmosphère, un autre dessin, on passe au chaos, le dessin est clairement tourné vers la destruction, la mort, les catastrophes.

Bordimages01.JPG Jérôme d’Aviau en pleine action.

 

Enfin c’est au tour de FuckOn d’entrer en piste. Avec son univers déjanté, ses paroles décousues, le dessin se pose peu à peu mais là aussi sans fil conducteur. Une sorte de laisser-aller pour tous les dessinateurs même si l’on voit une certaine compréhension s’opérer entre Vincent et Djef.

 

Bordimages03.JPGLe groupe Fuck On, vous aurez reconnu jérôme d’Aviau au clavier.

 

 

Et voilà comment se clôt cette session Bord’images 2012. Un événement qui a su mettre en exergue deux cultures, des univers et des inspirations différents.

De plus, ces performances ont pu permettre à deux formes de cultures de se rencontrer et d’interagir : la musique et la Bande dessinée. Si les auteurs sont aussi intervenus sur leur travail il était tout aussi voire plus important de considérer la BD comme un art littéraire et graphique vivant, en évolution et en lien avec l’environnement duquel elle s’inspire.


Ambre et Céline, AS Bib.

Blogs ou sites des auteurs

Anton : http://antonscenario.canalblog.com/


Jérôme d’Aviau : http://jeromedaviau.com/WordPress/


Francis Desharnais : http://www.francisd.com/


Jean-François Bergeron dit Djief : http://www.djief.com/


Pascal Girard : http://www.paresse.ca/


Philippe Girard : http://philippegirard.blogspot.fr/


Laureline Mattiussi : http://laurelinemattiussi.blogspot.fr/


Vincent Perriot : http://vincent.perriot.over-blog.com/


Johanna Schipper : http://www.johannaschipper.com/


Autres blogs de BD à Bordeaux

Association 9-33 : http://9-33.blogspot.fr/


Raging Bulles : http://ragingbulles.fr/


BDBDX : http://bdbdx.blogspot.fr/

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 07:00

Spectacle présenté au TNT du 6 au 15 décembre 2011.
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Metteur en scène : Jean-Marie Boucaret
Assistante à la mise en scène et dramaturge : Marie Duret-Pujol
Auteur : Philippe Rousseau
Musique : Manu Deligne

 

 

 

Philippe Rousseau est auteur, comédien, metteur en scène, directeur de la Compagnie Les Taupes Secrètes et professionnel associé de l’Université de Bordeaux 3.


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« Entre carnet et récit de voyage, Mes pas captent le vent présente le périple initiatique d’un homme en Russie, de Moscou au lac Baïkal. La découverte du monde conduit le personnage à la re-connaissance de lui-même. L’invitation au voyage mêle la densité du récit et la vivacité du carnet pour devenir œuvre théâtrale. De Rimbaud à Bashung, l’auteur se place dans une filiation à de nombreux poètes. »

 

Cette pièce, jouée en décembre au TNT de Bordeaux est en fait la traduction scénique du livre de Philippe Rousseau, Passeport pour une Russie, publié aux  éditions Elytis :

« Visas De Moscou au lac Baïkal en passant par Irkoutsk, en avion, en « mâche route », en transsibérien, en bus, en métro ou à pied, Mes pas captent le vent conte le voyage initiatique d'un homme en Russie. Entre vide, vertige et contemplation, le narrateur hésite, doute, rencontre, reçoit. Il marche. Que cherche-t-il ? Quels sont ses manques ? Où ses pas le mèneront-ils ? Jehanne ? Esprit et corps grands ouverts, il avance... »

 

Dans ce spectacle hypnotique, point de décor. Pas de superflu. Juste lui, Philippe Rousseau et un guitariste, Manu Deligne. Les piliers et la froideur de la salle du TNT, nous les oublions dès les premiers mots. Une meringue, la neige, la douceur et la découverte.

Il n’y a rien et pourtant on voit, on sent, on est transporté.

Philippe Rousseau grâce à ses mots, à ses vers et à la présence de son corps nous fait voyager en Russie. On le rejoint sur le lac Baïkal lorsqu’il s’est perdu. On sourit des découvertes qu’il fait, de son cheminement à travers ce pays si différent du nôtre.

Le Transsibérien nous semble familier, on sent l’homme qui pue et le froid mordant nous surprend.

La guitare et la voix ne font qu’un, on regarde partout même s’il n’y a rien. On retient sa respiration puis on relâche la tension.

Le texte de Philippe Rousseau est beau, poétique, d’une grande qualité et parsemé de références à Blaise Cendrars.

Il me semble qu’avoir lu le livre (richement illustré des photos de l’auteur) avant de voir la pièce aide à voir les choses et les lieux. Sur le moment, la pièce ne m’a pas vraiment marquée, elle m’a menée vers ces contrées inconnues. C’est après que j’ai pris conscience de ce qui s’était passé, de cette sensibilité et de cette force que Philippe Rousseau avait transmises à son public.


Julie, AS Éd.-Lib.


Vidéo des répétitions du spectacle
 http://www.tsaa.fr/spip.php?article127

 

 

Rencontre avec Philippe Rousseau dans le cadre d'une présentation de la collection « Passeport pour » des Éditions Élytis.

 



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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 07:00

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MURAKAMI Haruki
村上 春樹

 

 

 

 

1Q84
いちきゅうはちよん
Ichi-kyū-hachi-yon
traduit du japonais

par Hélène Morita

Belfond, 2011

 

 

 

 

 

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Kafka sur le rivage
海辺のカフカ

Umibe no Kafuka
traduit du japonais
par Corinne Atlan
Belfond, 2006


 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l’auteur

Né le 12 janvier 1949 à Kyoto, Murakami Haruki est l’un des auteurs les plus talentueux de sa génération. Il est d’ailleurs souvent pressenti pour le Prix Nobel.

Peu après la fin de ses études, il achète un club de jazz, et peut ainsi s’adonner à l’une de ses passions : la musique (les références musicales sont très nombreuses dans son œuvre). En 1979, il publie son premier roman, Écoute la voix du vent, qui reçoit le prix Gunzo. C’est le début d’une longue série de romans à succès : La ballade de l’impossible (1987), La course au mouton sauvage (1982), Les amants de Spoutnik (1999), Kafka sur le rivage (2002), pour lequel il a reçu le prix Kafka en 2006… Il écrit aussi régulièrement des nouvelles, comme celles de Après le tremblement de terre, en 1995 qui fait référence au séisme survenu à Kōbe, ville où il a été élevé, Saules aveugles, femme endormie (1980-1996) ou encore Sommeil (1989). En 2009, il publie aussi  Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, dans lequel il assimile la pratique de la course à pied à sa façon de concevoir l’écriture.

En 1986, il s’expatrie aux États-Unis, où il enseigne la littérature japonaise à Princeton. Il retourne au Japon en 1995, après le tremblement de terre de Kōbe.

Murakami Haruki a traduit de nombreux auteurs américains comme Fitzgerald, Carver, Irving, Chandler…

Ses écrits, fréquemment fantastiques, sont ancrés dans un quotidien qui, subtilement, sort des rails de la normalité. En filigrane de ses œuvres, on retrouve bien souvent une analyse sociale et des personnages tiraillés, souvent à la recherche d’une identité.



Résumé des œuvres

Kafka sur le rivage

Ce récit met en scène deux personnages en tout point dissemblables, qui ne se rencontrent jamais, mais dont les destinées finissent tout de même par se croiser et s’entremêler. On y suit les aventures du jeune Kafka, quinze ans, qui fuit le domicile familial pour échapper à une terrible malédiction énoncée par son propre père : « Tu tueras ton père et tu coucheras avec ta sœur et ta mère ». Il atterrit dans une petite ville du Shikoku, où il trouve refuge dans une bibliothèque dans laquelle travaillent la mystérieuse Mlle Saeki et Oshima san, personnage tout à fait « hors normes ». C’est une véritable quête initiatique qu’il entreprend alors.

En parallèle, on suit l’histoire du vieux Nakata, qui, ayant été victime d’un mystérieux incident pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu’il était enfant, a perdu la mémoire et n’a jamais pu réapprendre à lire et à écrire. Il a cependant une surprenante capacité : il sait parler aux chats. Après avoir commis un meurtre qu’il ne peut s’expliquer, il entreprend lui aussi un voyage pour trouver une mystérieuse « pierre de l’entrée ». Il sera aidé dans son périple par un jeune camionneur, Hoshino, qui se prend d’affection pour le vieillard.

Les deux protagonistes ne se rencontreront jamais mais sont liés par cette « pierre de l’entrée » qui ouvre un passage vers une sorte de monde parallèle, un monde où Nakata aurait laissé ses souvenirs et sa capacité à lire et à écrire, où Mlle Saeki aurait laissé son esprit de jeune fille.



1Q84

1Q84 se présente aussi comme un roman polyphonique, axé autour de deux personnages principaux :

Aomamé est coach sportif dans un club huppé de Tokyo. De temps à autre, elle travaille aussi pour le compte d’une riche septuagénaire qui donne refuge à des femmes victimes de violences conjugales. Aomamé est chargée de faire disparaître ces hommes qui ont été violents envers leurs femmes. Un jour, la vieille femme lui confie une ultime mission, celle de tuer le leader d’un groupe religieux, les Précurseurs, très puissant et presque impossible à approcher. Elle l’accuse en effet du viol de plusieurs fillettes d’une dizaine d’années.

Tengo Kawana, quant à lui, est professeur de mathématiques en classe préparatoire mais espère un jour devenir romancier. Son éditeur lui propose de remanier stylistiquement, en tant que ghost writer, le roman d’une jeune lycéenne dyslexique de dix-sept ans, La chrysalide de l’air, pour qu’elle puisse obtenir un prestigieux prix littéraire.

On a donc affaire à deux personnages que tout semble opposer. Cependant, un lien très fort existe entre eux, lien accentué par leurs rapports avec d’autres personnages.

Eriko Fukada, alias Fukaéri, jeune lycéenne dyslexique et auteur de La chrysalide de l’air, est en fait la fille du leader des Précurseurs. Cette œuvre, qui au premier abord reste une œuvre de fiction, décrit en réalité l’enfance de Fukaéri et les éléments qu’elle y dévoile menacent les secrets de la secte. Elle y raconte comment de petits êtres, les Little People, tout droit sortis de la bouche d’une chèvre morte, tissent une sorte de cocon dans l’air, une chrysalide qui renferme son double à elle.

Ce monde, où les Little People constituent une force importante, est dominé par deux lunes : l’une blanche et bien ronde comme on la connaît et l’autre plus petite, difforme et verte.

Or, au bout d’un moment, les deux protagonistes se rendent compte de la présence des deux lunes : ils ont imperceptiblement glissé dans cet autre monde, celui du roman de Fukaéri.

Une troisième voix fait son apparition dans le dernier livre, celle d’Ushikawa, petit homme disgracieux qui agit pour les Précurseurs. Il est chargé de retrouver Aomamé après que celle-ci a réussi l’assassinat du Leader des Précurseurs. C’est le premier à établir le lien qui existe entre Tengo et Aomamé (même si le lecteur l’a deviné depuis bien longtemps). Dans le dernier tome de 1Q84, beaucoup plus statique que les précédents, son rôle est de faire le lien entre les différentes composantes de l’intrigue, de rétablir les faits dans un ordre plus ou moins chronologique.

Pourquoi 1Q84 ? Tout d’abord, c’est le nom qu’Aomamé donne au monde à deux lunes. Le Q représente pour elle ses questionnements sur ce monde, qu’elle ne remet pas en cause, qu’elle accepte mais qui lui pose quand même problème. De plus, en japonais, la lettre Q se prononce comme le chiffre 9 (Kyu). Il y a bien entendu une référence explicite à George Orwell et à son roman d’anticipation 1984. À la fin du second opus, on a même une référence directe à 1984, avec la célèbre phrase « Big Brother is watching you ».



Éléments communs aux deux œuvres

J’ai choisi de présenter 1Q84 en regard de Kafka sur le rivage parce que dès les premiers chapitres de la trilogie j’ai trouvé des ressemblances avec l’avant-dernier roman de Murakami, ne serait-ce que dans leur construction en deux temps, avec deux voix narratives (il me semble que d’autres récits de l’auteur se développent de cette façon :  La fin des temps, Les amants de Spoutnik…). Les deux histoires ne sont bien entendu pas les mêmes et les styles sont sensiblement différents. Cependant, certains thèmes apparaissent et semblent être un moteur dans l’œuvre de Murakami, en particulier pour 1Q84 et Kafka sur le rivage, qui pour moi font partie d’un même cycle. Je me propose d’en développer quelques-uns.



Le réalisme magique

Le réalisme magique est une appellation utilisée par la critique littéraire et la critique d’art depuis 1925 pour rendre compte de productions où des éléments perçus et définis comme « magiques », « surnaturels » et « irrationnels » surgissent dans un environnement « réaliste », à savoir un cadre historique, géographique, culturel et linguistique vraisemblable et ancré dans une réalité reconnaissable. Le lecteur hésite toujours et ne peut se prononcer sur la teneur des événements (fantastique ? surréaliste ? merveilleux ?) ; tout ce qu’il est tenté de nommer « surnaturel » semble normal aux yeux de l’instance narrative.

Dans les deux œuvres de Murakami, c’est bien de réalisme magique que l’on peut parler. Les personnages font face à des événements extraordinaires, passent d’un monde à l’autre sans jamais s’en étonner ou remettre en cause ce qui leur arrive. C’est à peine s’ils se posent des questions. Le jeune Hoshino, lorsqu’il apprend que c’est Nakata qui a fait tomber du ciel des sardines et des sangsues, lui demande juste de faire plus attention quand il prévoit une pluie mystérieuse, parce que cela pourrait être dangereux. Il est quand même conscient que ce n’est pas normal – il répète tout le temps « je suis scié » –, mais accepte sans discuter tous les événements étranges qui adviennent autour du vieillard.

Aomamé et Tengo, quant à eux, acceptent aisément le fait d’être passés dans un autre monde. C’est le lecteur qui se pose le plus de questions, d’autant plus que Murakami se plaît, à travers un univers onirique, à laisser nombre d’éléments en suspens.



L’univers onirique

À la fin des deux histoires, beaucoup de questions restent sans réponse, les éléments donnés par l’auteur sont imprécis, comme à la sortie d’un rêve. Le caractère onirique des œuvres est d’ailleurs incontestable. Les personnages sont toujours à la limite du rêve et de la réalité. Dans Kafka sur le rivage, ils se demandent même si la notion de responsabilité ne commencerait pas dans les rêves (référence au poète Yeats), si ceux-ci n’auraient pas un impact sur la réalité. C’est en rêve que Kafka accomplit une partie de la prédiction énoncée par son père. À travers leurs rêves qui ont un caractère très physique et semblent détenir une vérité, les personnages ressentent les choses comme si elles étaient réelles. C’est dans un rêve qu’Aomamé comprend qu’elle est enceinte. Elle y a aussi une vision qui lui montre ce que lui feraient subir les Précurseurs si jamais ils la trouvaient. Par la suite, cette vision prend forme dans le roman, pas pour Aomamé mais pour un autre personnage. L’esprit semble donc posséder sa propre indépendance et peut agir en dehors du corps physique : le père de Tengo qui est dans le coma, tapote parfois sur son lit avec ses doigts, comme s’il frappait aux portes en tant qu’ancien collecteur de la NHK qu’il est. Or, à différents moments du roman, les personnages reçoivent tous la visite d’un mystérieux collecteur de la NHK, qui se fait très insistant, et dont le comportement ressemble à celui du père de Tengo lorsqu’il était plus jeune.

Mais tout rêve reste elliptique et mystérieux. C’est au rêveur, et en l’occurrence aussi au lecteur, de tisser des liens entre les différents éléments, d’élaborer des hypothèses ou au contraire de choisir de rester dans le vague.



L’écriture

Certains reprochent à Murakami cette écriture elliptique, qui déstabilise le lecteur et lui fait perdre ses repères. Ses détracteurs analysent sa volonté de ne pas donner toutes les informations comme un danger pour les cadres du roman. Selon Yoichi Komori, Murakami « met à mort les moyens expressifs du roman en détruisant toute logique narrative : les évènements racontés s’y suivent sans nécessité, car leurs causes sont occultées ou absurdes »

Pour moi, ce n’est pas le cas. L’écriture de Murakami est très maîtrisée, il distille les informations à travers ses livres juste quand il le faut, notamment dans 1Q84. De ce fait, le lecteur est toujours en alerte. Il n’est pas passif mais complètement absorbé par l’histoire. C’est cette écriture elliptique qui nous tient en haleine, qui fait qu’on ne peut détourner nos yeux des lignes et qui donne à chaque phrase une sorte d’impact particulier. À partir des éléments qu’il a en main, le lecteur est amené à fonder ses propres hypothèses, à donner un sens particulier à l’histoire.

Dans 1Q84, les personnages ont cette réflexion sur ce que doivent être l’écriture ou le roman. Lorsque Tengo parle de la réécriture de la Chrysalide de l’air avec son éditeur, celui-ci lui reproche de ne pas assez être précis : « Les gens sont abandonnés au milieu d’un lac de mystérieux points d’interrogation. Les lecteurs risquent d’interpréter ce manque d’information pour de la paresse d’auteur ». Ce à quoi Tengo répond : « Si un auteur réussit à écrire un récit agencé de façon exceptionnellement intéressante, qui transporte le lecteur jusqu’à l’extrême fin, qui pourrait qualifier de paresseux un tel auteur ? ». Et c’est exactement ce qu’on ressent pour les œuvres de Murakami. Il réussi à transporter le lecteur jusqu’aux frontières des mondes, jusqu’aux frontières de l’esprit.



Le passage entre les mondes

En outre, la façon dont Tengo écrit ressemble étrangement à celle de Murakami : ils poussent tous les deux une porte qui mène vers un « ailleurs », une « autre pièce » selon Murakami et sont complètement absorbés par ce monde. Murakami le dit lui-même : « Je vais chaque jour à mon bureau, je m’assois à ma table et j’allume l’ordinateur. Là, je dois ouvrir la porte. C’est une grande, une lourde porte. Il faut passer dans l’autre pièce ». Pour Tengo, c’est un peu la même chose.

Ce concept de deux mondes se retrouve dans les deux romans. Les personnages se retrouvent toujours à la lisière des mondes. Certains peuvent même passer d’un monde à l’autre, mais toujours de manière imperceptible (un peu comme l’image des Torii, ces portiques qui permettent de passer dans l’espace du sacré). Aomamé franchit le passage qui la mène vers le monde à deux lunes en passant par un escalier de service à côté d’une autoroute. Mais elle ne s’en rend pas compte immédiatement. Lorsqu’elle retourne à cet escalier plus tard dans le roman, il semble ne pas y avoir de retour possible. Les Little People franchissent eux aussi un passage qui les mène dans le monde à deux lunes : ils passent à travers le corps endormi ou mort d’un être fait de chair et de sang, et rendent possible leur action sur ce monde grâce à l’âme de ce corps, à partir de laquelle ils tissent une chrysalide de l’air.

Dans Kafka sur le rivage, il y a une frontière floue entre la réalité et le monde des rêves, le dernier pouvant influer sur la première. La pierre de l’entrée, que le vieux Nakata recherche activement, sert de lien entre les deux mondes. Cette pierre, une fois retournée, peut ouvrir ou fermer le « passage ». Selon Nakata et Mlle Saeki, ceux qui ont réussi à faire l’aller-retour par ce passage ont vu leur ombre diminuer de moitié. Ils ont donc laissé un part d’eux-mêmes dans cet ailleurs. Nakata y a laissé ses souvenirs et sa capacité d’apprentissage, Mlle Saeki une version d’elle-même à 15 ans. Cette version « fantomatique » de Mlle Saeki arrive d’ailleurs à franchir le passage pour visiter Kafka dès que la nuit tombe. Kafka arrive lui aussi, lors d’une marche en forêt, à rejoindre l’ailleurs de cette jeune fille, mais on ne sait pas vraiment à quel moment il passe d’un monde à l’autre. Les personnages de Murakami sont toujours à la frontière entre deux mondes, qui semble représenter la frontière qu’il peut y avoir entre le corps et l’esprit, entre le rêve et la réalité.



Le rapport au corps

Pour passer cette frontière, une force mentale est nécessaire, mais elle doit aussi s’appuyer sur une force physique.

Murakami en parle le premier. S’il s’est mis au marathon, c’est pour consolider son corps. Il a besoin de force pour pousser cette lourde porte lorsqu’il se met à écrire. Pour lui, le fait d’écrire est très physique, parce que c’est un travail qui se fait sur le long terme. Il a donc un mode de vie très réglé et routinier. Mais cette routine est nécessaire selon lui pour mettre de l’ordre dans le chaos de l’esprit. « Il faut du sens pratique pour écrire ».

Or cette routine et cet entretien du corps, décrits de manière assez crue et détachée par Murakami, se retrouvent chez ses personnages. Aomamé, Tengo ou Kafka prennent toujours le temps d’exercer leur corps, de façon parfois extrême, et l’on assiste à de nombreuses scènes d’entraînement dans les deux ouvrages.

Kafka a besoin de devenir le garçon le plus courageux du monde, et ce courage passe par la force physique. Pour Aomamé et Tengo, il s’agit de devenir fort pour échapper à la domination familiale. L’entretien physique du corps est donc un moyen de conquérir une indépendance vis-à-vis des parents avec lesquels les personnages sont souvent en conflit.



Rapports familiaux et sociaux conflictuels

Ce conflit, c’est aussi celui que l’auteur a connu avec ses propres parents. Et ce rejet de l’autorité familiale, notamment l’autorité paternelle, se retrouve dans les personnages.

Kafka veut absolument se débarrasser de tout ce qui peut le relier à son père, énonciateur de la terrible prophétie, et il regrette de ne pas pouvoir se débarrasser de son corps, hérité des gènes paternels. Aomamé quitte à onze ans ses parents, adeptes des Témoins, qui l’obligeaient à suivre leur foi. Tengo, lui, était obligé de suivre son père dans ses tournées de collecte de la redevance de la NHK. On observe donc une révolte contre le système familial, et notamment contre la figure du père (la figure maternelle est quasi absente des romans).

À travers cette rupture avec la famille, on remarque que les personnages restent très souvent seuls, et ne nouent pas vraiment de liens sociaux, mis à part pour le travail. Et quand ils se lient à quelqu’un c’est par une sorte de nécessité, une force qui les pousse à le faire. L’amour qui est présent dans les romans est loin d’être un amour conventionnel. On ne parle presque pas de sentiments mais plutôt de nécessité, de déterminisme, de destinée. Il semblerait que les personnages tombent amoureux parce qu’ils le doivent, parce que c’est écrit.



Les références culturelles

Les romans de Haruki Murakami sont pétris de références culturelles, notamment musicales et littéraires.

Chaque livre fonctionne par exemple avec une sorte de bande sonore et certains morceaux font office de leitmotiv. Dans 1Q84, c’est la Sinfonietta de Janacek qui est présente des premières pages jusqu’aux derniers chapitres du tome 3. Dans Kafka sur le rivage, Hoshino écoute sans cesse le Trio à l’archiduc de Beethoven.

Murakami livre aussi des analyses très fines de différents morceaux de classique ou de jazz (Schubert, Coltrane…). Il est d’ailleurs passionné de musique et n’envisage pas d’écrire sans en écouter.

Les personnages lisent aussi régulièrement : Kafka, Sōseki, Yeats, Proust, Tchekhov… Les références littéraires sont nombreuses et viennent en général appuyer les réflexions philosophiques ou existentielles des personnages. Une référence est commune aux deux ouvrages : une citation d’Anton Tchekhov, qui dit que « si un revolver apparaÏt dans une histoire, à un moment donné, il faut que quelqu’un s’en serve ». Dans Kafka sur le rivage, cette citation a un sens métaphorique. Hoshino, le jeune camionneur, ne comprend pas pourquoi il est si important de rechercher la « pierre de l’entrée ». Un étrange personnage qui se fait passer pour le colonel Sanders lui répond : « Pour tout te dire, cette pierre en elle-même n’a pas d’importance. Les circonstances exigent la participation d’un certain objet, et il se trouve qu’il s’agit de cette pierre. Comme l’a si bien dit l’écrivain russe Anton Tchekhov : ‘si un revolver apparait dans une histoire, à un moment donné, il faut que quelqu’un s’en serve’. Ce qu’il voulait dire, c’est que ce qui n’est pas indispensable n’a pas besoin d’exister. Ce qui a un rôle à jouer doit exister. » Dans 1Q84, cette citation a une signification beaucoup plus concrète. Aomamé, pourchassée par les Précurseurs, demande au garde du corps de la vieille dame de lui procurer une arme à feu, au cas où il lui arriverait quelque chose. Le garde du corps lui demande d’être prudente, en lui rappelant la célèbre maxime de Tchekhov.

Les références culturelles présentes dans les romans de Murakami ont donc toujours une utilité et ne sont jamais de simples fioritures.



Conclusion

Les romans de Murakami sont une réelle invitation à l’évasion. Très riches, ils se dévoilent un peu plus à chaque lecture. Chacun est libre d’y apporter une interprétation personnelle. Magnifiquement orchestrés, ils témoignent de la maestria de l’auteur qui parvient avec brio à nous faire entrer dans cet « ailleurs » qu’il affectionne tant. À lire et relire sans modération !


Charlotte, AS éd.-lib.

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 


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Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
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 articles de  Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:00

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Nathalie Serval a découvert le monde de la traduction littéraire grâce à son beau-père, Alain Dorémieux, directeur de la revue Fiction des éditions OPTA entre 1958 et 1974. Après un bac littéraire et des études d’anglais, elle s’oriente à son tour vers le métier de traducteur. Traductrice indépendante, elle occupe ensuite le poste de responsable des traductions aux Presses de la Cité, avant de reprendre une carrière autonome en 2010.

Elle a notamment traduit Légendes de la nuit et Je suis une légende, de Richard Matheson, Martha Grimes, Magyk de Angie Sage (série pour la jeunesse aux éditions Albin Michel Wizz) et L’Enfant arc-en-ciel de Jonathan Carroll.



Sur la traduction…


Qu’est-ce qui vous a menée vers le métier de traducteur ?

Mon beau-père, Alain Dorémieux, était écrivain et traducteur (c’est lui qui a fait connaître Philip K. Dick en France, entre autres). Enfant et adolescente, je passais les week-ends et une partie des vacances chez ma mère et lui, et il me semblait qu’il exerçait le plus beau métier du monde : il vivait entouré de livres, il se couchait tard (ce que je n’avais pas le droit de faire chez mes grands-parents), et en journée, il semblait toujours disponible pour se promener ou faire une partie de Monopoly… En fait, je n’avais pas vraiment l’impression qu’il travaillait. Plus tard, bien sûr, j’ai pris conscience d’autres aspects, moins séduisants, de sa situation, comme l’insécurité financière… Mais vers 7-8 ans, quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, j’ai commencé à répondre, avec un grand sérieux : « Je veux être intellectuelle. »



Quel est votre parcours ?

En 1981, mon bac littéraire en poche, je me suis inscrite en fac d’anglais à Bordeaux, sans idée précise sur ce que je souhaitais faire – j’ai envisagé un temps de devenir bibliothécaire. S’il avait existé une filière Métiers du livre à l’époque, je l’aurais peut-être – sûrement ? – choisie. Peu auparavant, mon beau-père, Alain Dorémieux, avait repris la direction de la revue Fiction, publiée par les éditions OPTA, dont il avait déjà été rédacteur en chef de 1958 à 1974. Il m’a proposé de m’essayer à la traduction sur quelques nouvelles. Le résultat lui a paru Lisa-Serval-Galaxie.jpgconvaincant, l’exercice m’a plu, j’ai persévéré. En 1984, Alain quitte la direction de Fiction, cette fois définitivement. Je continue à traduire pour la revue, puis, à partir de 1985, pour la collection Galaxie Bis, également publiée par OPTA. Entre-temps, j’ai obtenu ma licence et je décide d’arrêter là mes études, considérant que ma voie est toute tracée. Toutefois, je ne tarde pas à déchanter : OPTA me fournit régulièrement du travail, mais très mal payé, même pour l’époque (20 francs, soit environ 3 euros, le feuillet), et les règlements se font attendre alors que les rumeurs de faillite deviennent plus insistantes… Je finis par renoncer, travaille un temps pour une radio locale, puis une compagnie de théâtre, avant d’entreprendre des études de tourisme, en 1989. Pendant ces quelques années, Alain avait tenté à plusieurs reprises de m’introduire auprès de Jacques Chambon – qui avait repris la direction de la collection Présence du Futur, chez Denoël, en 1986 – sans succès. Puis un jour, en 1990, Jacques Chambon me téléphone : il vient d’acheter les droits d’un recueil de nouvelles de Lisa Tuttle, dont quelques-unes étaient déjà parues dans Fiction, traduites par moi. Il a apprécié mon travail et souhaite me confier l’intégralité du recueil. Par la suite, je travaillerai très régulièrement pour Jacques, d’abord chez Denoël, puis Flammarion, jusqu’à sa disparition, en 2003. Avec Alain Dorémieux, c’est la personne qui a le plus compté dans ma formation de traductrice, et je tenais à lui rendre hommage ici. Je peux dire que j’ai appris mon métier grâce aux remarques et aux corrections de ces deux grands éditeurs. Les rencontres en entraînant d’autres, j’ai fait entre-temps la connaissance de Martine Leconte, responsable des traductions chez J’Ai Lu, qui me présentera à son tour à son homologue aux Presses de la Cité, Marie-Noële Artuphel. Plus tard, une consœur et amie, Hélène Collon, me présentera Anne Michel, qui venait de créer la collection Wiz, chez Albin Michel Jeunesse. Grâce à ces multiples collaborations, je suis devenue traductrice à temps plein dès le début des années 1990. Pourtant, en 2007, je traverse une période de doute et de découragement : j’ai acquis une certaine réputation, mon carnet de commandes est bien rempli, mais ma situation personnelle (j’élève seule un enfant à Paris) me voue à des difficultés financières récurrentes. J’aspire à davantage de sécurité. Anne Michel, qui vient de rejoindre les Presses de la Cité comme directrice littéraire, m’annonce que le poste de responsable des traductions des Presses vient de se libérer et me propose de poser ma candidature. Je suis choisie, parmi quatre candidats.

Très vite, j’éprouve le sentiment de ne pas être à ma place. La solitude du métier de traducteur me manque, les contraintes de la vie en entreprise me pèsent parfois : comme dans nombre de secteurs économiques, la grande édition est régie par des actionnaires qui exigent un rendement rapide et fixent des objectifs parfois difficilement tenables. Il faut travailler toujours davantage, toujours plus vite, en étant toujours moins nombreux, avec une pression constante de la hiérarchie. Surtout, le fait de devoir juger mes confrères me gêne. Je me pose beaucoup de questions : je n’aurais pas traduit cette phrase ainsi, mais qu’est-ce qui me permet d’affirmer que ma solution est meilleure que celle proposée par le traducteur ? Ou bien : les négligences et retards répétés de ce traducteur, même justifiés par sa situation personnelle, occasionnent un surcroît de travail pour moi-même, les services corrections et fabrication… Dois-je continuer à lui fournir du travail ou interrompre notre collaboration, au risque de le mettre en difficulté ?

En 2010, ma propre situation ayant évolué, je démissionne et redeviens traductrice indépendante, pour les Presses de la Cité et Albin Michel Jeunesse. Malgré les difficultés, je ne regrette pas cette expérience qui m’a énormément apporté dans l’exercice de ma profession. J’ai eu la chance de côtoyer aux Presses une correctrice exceptionnelle, Isabelle Dupré. À son contact, je suis devenue plus rigoureuse, rapide et efficace. Surtout, j’ai appris à mieux cerner les attentes d’un éditeur vis-à-vis d’une traduction, surtout dans le domaine des littératures « populaires » (roman historique et d’aventure, policier, sentimental), où le texte original est souvent une matière brute qu’il convient de façonner, de polir. À présent, lorsque je relis mes propres traductions, je m’efforce d’adopter le point de vue du correcteur, de l’éditeur.




Selon vous, quelles devraient être les qualités essentielles d’un traducteur ?

Au-delà de l’amour de la langue – des langues – qui est une évidence, je dirais qu’il faut un certain penchant pour la solitude, une bonne dose de discipline – être capable de se fixer un planning et de s’y tenir –, une solide culture générale, beaucoup de curiosité intellectuelle… Il faut aussi savoir faire preuve d’humilité, se remettre en question : les correcteurs ne sont ni vos ennemis, ni vos examinateurs – leur but n’est pas de vous « coller », mais de vous aider à accoucher de la meilleure traduction possible. Certes, il y a des abus, mais la plupart sont parfaitement compétents. Quand ils interviennent sur votre texte, même si la solution qu’ils vous proposent ne vous convient pas, dites-vous qu’ils ont mis le doigt sur un problème qu’il convient d’examiner de plus près. Si vous leur proposez ensuite une autre solution, qui vous correspond davantage, il est probable qu’ils l’accepteront. Pour ma part, j’accorde une attention scrupuleuse à leurs remarques et annotations, et en presque trente ans de carrière, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de refuser une correction, parce que je n’aurais jamais, jamais écrit cette phrase… Mais nous avons trouvé un compromis.

Pas question non plus de se la jouer « artiste détaché des contingences matérielles ». En tant que travailleur indépendant, le traducteur doit négocier lui-même ses contrats, entretenir des relations avec l’AGESSA, l’IRCEC, tenir sa comptabilité à jour s’il a opté pour une déclaration en BNC. L’aspect paperasse du boulot n’est pas le plus passionnant, mais il existe et il faut en tenir compte.

Mais pour moi, la qualité essentielle du traducteur, c’est l’intuition. C’est elle qui lui dit s’il a trouvé le ton juste ou non. Quand votre « super sens d’araignée » s’affole, prenez le temps de vous relire. Peut-être avez-vous commis un contresens, une répétition, une erreur factuelle, à moins que votre phrase ne soit bancale ou un peu lourde. Si vous ne trouvez pas, surlignez le texte et revenez-y ultérieurement. En traduction aussi, la nuit porte souvent conseil.



Plusieurs définitions et conceptions de la traduction coexistent, qu’est-ce que la traduction selon vous ?

La définition du traducteur que je préfère, c’est « passeur de mots », parce qu’elle contient la notion de transmission, de pont jeté entre deux langues, deux cultures, entre un auteur et ses futurs lecteurs. Ça me paraît plus juste (et plus flatteur) que le fameux « Traduttore, traditore » que vous balancent immanquablement les interlocuteurs qui n’ont qu’une très mince idée de la réalité de votre travail (des interlocuteurs qui possèdent un minimum de culture, quand même). Sinon, je me considère moins comme une « artiste » que comme un « artisan ». L’inspiration est importante, certes, mais la technique, la patience, le « métier » le sont encore davantage. Quant à la distinction traditionnelle entre traducteur « sourcier » et « cibliste », je me range sans hésitation dans la seconde catégorie, d’autant plus que mon domaine d’activité – « littérature populaire », ou « de genre », comme il vous plaira de l’appeler – me confronte souvent à des œuvres qui nécessitent un travail plus ou moins important sur la forme. Il s’agit de gommer les répétitions, les lourdeurs, les maladresses, de donner un rythme, un style à des textes qui en manquent, même s’ils possèdent d’autres qualités. Dans ces moments-là, il va de soi que le plaisir du lecteur me préoccupe davantage que le respect de l’œuvre originale.



Que pensez-vous de la situation professionnelle des traducteurs littéraires en France aujourd’hui (rémunération, rapports avec les éditeurs, etc.) ?

Il m’est difficile de donner un avis général car je pense qu’il existe de très grandes disparités entre un traducteur débutant qui rame pour trouver des contrats, contraint d’accepter des rémunérations parfois très inférieures à la moyenne, et un professionnel reconnu. Quand je me retourne sur mon passé, je constate une évolution progressive entre mes débuts, peu rémunérateurs mais très formateurs, et ma situation actuelle. Donc, oui, il est possible de « faire carrière » quand on est traducteur, même si je n’aime pas cette expression. Mais je pense également qu’on atteint un plafond à un âge relativement jeune, surtout si on tient compte de l’allongement des durées de cotisations pour pouvoir prétendre à une retraite décente. Certes, beaucoup de traducteurs continuent de travailler au-delà de l’âge de la retraite, mais je m’imagine mal conserver mon rythme de travail actuel à plus de 65 ans… J’espère ne jamais devenir un de ces « vieux » traducteurs qui ont été bons, mais qui n’ont plus la même agilité intellectuelle, dont la langue apparaît trop datée, qui font le siège des éditeurs pour obtenir du travail qu’on leur donne parfois, par compassion, et qu’on finit par éconduire gentiment…

Concernant les rémunérations, l’enquête annuelle de l’ATLF fournit un outil intéressant au traducteur, mais malheureusement, celui-ci se retrouve seul face à l’éditeur quand il s’agit de négocier un tarif, ce qu’il n’est pas toujours en position de faire. Dans l’idéal, il faudrait que les éditeurs s’engagent à respecter une grille de rémunérations qui tienne compte de la langue, du genre littéraire, de l’expérience du traducteur… Mais que pèsent les traducteurs, même regroupés en association, face au puissant SNE ? Au-delà de la question du tarif lui-même se pose la question de sa réévaluation, laissée au bon vouloir de l’éditeur. Et dans le contexte économique actuel, la tendance n’est pas franchement favorable au traducteur. Également, les conditions de travail, le niveau généralement bas des salaires dans l’édition fait que les salariés du secteur ont un peu de mal à considérer avec bienveillance les revendications des traducteurs. Quand j’ai repris mon activité de traductrice après une interruption de trois ans, j’ai demandé et obtenu sans difficulté (avec si peu de difficulté que j’ai regretté de ne pas avoir demandé davantage !) des tarifs supérieurs à ceux dont je bénéficiais avant. Pour ça, je m’étais basée sur ce que je savais des rémunérations de mes confrères (en tant qu’ex-responsable des traductions chez un grand éditeur, je disposais d’éléments précis) et du niveau d’expérience, de compétence, que j’estimais avoir. Je me rappelle avoir dit à une assistante d’édition  : « Je préfère demander une augmentation tout de suite, sachant que je n’en obtiendrai pas d’autre avant très longtemps. » Elle ne m’a pas démentie…



Pierre Assouline revendique le statut de « traducteur créateur » ou « traducteur coauteur » pour les œuvres traduites… Estimez-vous que le travail des traducteurs littéraires soit reconnu en France par le public et les médias en général ?

Entre traducteurs, on a coutume de dire, « Quand un critique a apprécié un livre étranger publié en français, il souligne la qualité de l’écriture. Quand il ne l’a pas aimé, il dit qu’il est mal traduit. » Ça reste encore très vrai, malheureusement. Dans le même genre, un grand lecteur de science-fiction m’a dit un jour qu’il préférait lire des auteurs anglo-saxons (en français), car « ils écrivaient mieux que les Français. » Je lui ai dit alors qu’il devait cette impression au travail du traducteur, qui a souvent à cœur de gommer les défauts d’un texte original, sachant que dans le cas contraire, on ne manquera pas de le rendre responsable de ceux-ci… Ça a été comme une révélation pour lui. Depuis plusieurs années, les sites de vente en ligne référencent les ouvrages à la fois sous le nom de l’auteur et celui du traducteur, mais c’est loin d’être la règle dans la presse écrite, sans parler des blogs… J’ai parmi mes contacts Facebook un libraire spécialisé dans les littératures de l’imaginaire qui publie régulièrement sur son profil des fiches présentant les nouveautés dans ce domaine. À deux ou trois reprises, je lui ai gentiment fait remarquer qu’il oubliait systématiquement le nom du traducteur. Il m’a répondu qu’il scannait la quatrième de couverture, et comme le nom du traducteur n’apparaît généralement pas sur celle-ci… Il me semble que ça ne demande pas un gros effort d’ouvrir un livre à la page de garde pour se renseigner, mais bon… J’ai bien compris que je l’embêtais, alors j’ai cessé d’insister. Même les sites des éditeurs ont tendance à omettre le nom des traducteurs des livres qu’ils publient ! Pour ma part, j’avoue n’avoir ni le temps ni l’envie de traquer ces omissions. Certains confrères sont plus pugnaces…



Plusieurs traducteurs et théoriciens ont développé une « théorie de l’intraduisible » ; pensez-vous que certains textes ou encore genres littéraires, comme par exemple la poésie, soient parfois intraduisibles ? Vous arrive-t-il personnellement de tomber sur des expressions ou des passages « intraduisibles » dans vos travaux ? Comment remédiez-vous à cet obstacle ?

Je pense que la poésie est par essence intraduisible, et d’abord pour le poète lui-même, qui doit composer en permanence avec les limites du langage pour poser des mots sur ses intuitions, ses sensations les plus insaisissables. Donc, une traduction de poème est déjà en soi « une traduction de traduction ». Un autre genre souvent difficile à traduire est l’humour, surtout celui qui repose sur les doubles sens, les jeux de mots. Je rencontre régulièrement ce type de difficulté. Pas plus tard qu’hier, j’ai dû me dépatouiller d’un passage mettant en scène un dieu de l’ancienne Égypte, Hâpy, dont le nom est prétexte à tous les calembours que vous pouvez imaginer… Je n’ai pas de recette à proposer, disons que je fais de mon mieux pour trouver un équivalent, quitte à laisser reposer la phrase et à y revenir plus tard. Et parfois, quand on a épuisé toutes ses ressources propres, il faut se résigner à l’impossibilité de faire passer toutes les nuances d’un texte, opérer des choix… C’est frustrant, mais cette frustration, cette insatisfaction, font partie de notre métier.

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Sur vos traductions…
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Vos traductions émanent-elles de choix personnels ? Si oui, comment les choisissez-vous ? Ou bien, est-ce votre éditeur qui vous propose des travaux de traduction ?

Jusqu’à présent, ce sont toujours les éditeurs qui m’ont fait des propositions. Et ces deux dernières années, j’ai traduit exclusivement des séries, ou des auteurs dont j’étais ou suis devenue la traductrice attitrée (Rick Riordan pour la trilogie des « Kane Chronicles », Angie Sage pour « Magyk », chez Wiz, et Martha Grimes aux Presses de la Cité), de telle sorte que mon planning ne laissait aucune place à l’innovation. Par chance, tout s’est parfaitement enchaîné, sans temps mort ni chevauchement. En règle générale, je suis plutôt satisfaite des textes qu’on me propose. Un jour que j’imagine encore lointain, je ne désespère pas d’avoir le temps et les moyens de proposer des choix plus personnels à de petits éditeurs…


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La traduction de la Science Fiction : goût de la Science Fiction ? Aimeriez-vous traduire un autre genre littéraire ? Voire autre chose que de la littérature ?

J’ai expliqué dans ma réponse à votre première question de quelle manière j’avais été amenée à traduire de la science-fiction. En réalité, je n’en traduis plus depuis la disparition de la collection de Jacques Chambon, Imagine (Flammarion), et si j’ai toujours des amis dans le milieu de la SF, je dois avouer que je suis d’assez loin l’actualité des parutions dans ce domaine. À vrai dire, j’ai toujours eu une prédilection pour le fantastique, prédilection encouragée par Alain Dorémieux lui-même. S’il m’a fait découvrir très jeune des auteurs comme Philip K. Dick, Robert Silverberg, Ray Bradbury (que j’apprécie toujours beaucoup), au même âge, il m’invitait également à lire Julio Cortázar, Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Dino Buzzati, ainsi que les représentants de l’école fantastique belge (Jean Ray, que je vénère, Thomas Owen…). Plus tard, j’ai découvert le Norvégien Tarjei Vesaas, Bruno Schulz… Aujourd’hui encore, Nathalie-Serval-Martha-Grimes-Mystere-chambre-51.gifc’est vers ce type de littérature, aux marges du « mainstream » et du fantastique, que me portent mes goûts de lectrice. Sinon, au fil des ans, j’ai eu l’occasion de traduire des biographies (Simenon, Jacky Kennedy), des romans historiques, des livres documentaires… À l’heure actuelle, je me partage entre le roman policier (notamment Martha Grimes, un auteur que j’aime beaucoup) et la littérature jeunesse teintée de merveilleux, de fantasy… Si je devais exprimer un souhait, ce serait de pouvoir traduire le type de littérature fantastique que j’aime… et aussi des bandes dessinées, un genre auquel j’ai toujours eu envie de m’essayer.



Comment travaillez-vous ? Quels sont vos outils ?

Faute de place et de moyens, je n’ai jamais eu de bureau à proprement parler. Dans chacun des logements où j’ai vécu, j’ai occupé un coin de la chambre à coucher, de la salle à manger, du salon… Ça n’a pas toujours été évident de concilier mon travail et les habitudes de la ou des personnes qui partageaient cet espace de vie avec moi, mais je m’y suis habituée, j’ai appris à créer une bulle autour de moi. Et puis, je suis seule la plupart du temps, alors j’apprécie un peu de compagnie à l’occasion… Je suis sur le point d’emménager dans un logement qui comporte deux chambres, dont une ne sera occupée qu’occasionnellement. J’ai été tentée d’y installer mon bureau, mais à la réflexion, j’ai préféré en laisser l’usage à mon compagnon comme « salle de musique ». Mon espace personnel se trouvera dans la véranda contiguë au salon, auprès d’une large baie vitrée ouvrant sur le jardin – il y a pire comme cadre de travail…

Sinon, depuis trois ans, je traduis sur un MacBook Pro. J’aime l’idée de pouvoir travailler ailleurs que chez moi, même si, en réalité, je le fais rarement. Le jour où je trouverai l’écran ou le clavier trop inconfortables, j’investirai dans un poste de travail fixe, mais je n’en suis pas encore là. J’aime avoir mon vieux Robert à portée de main, et comme je traduis régulièrement des séries, j’ai souvent besoin de me référer aux ouvrages précédents du même auteur, ce qui nécessite un plan de travail assez spacieux… Sans parler de la déco, dont la photo ci-jointe vous donnera un aperçu, pharmacie comprise.
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En ce qui concerne mon planning, concrètement, avant d’entamer une traduction, je divise le nombre de pages que compte le manuscrit par celui des semaines dont je dispose (plus une pour la relecture), de manière à définir un quota hebdomadaire que je m’efforce de boucler en cinq jours. Si je prends du retard en cours de traduction (ce qui est généralement le cas… Il peut se passer beaucoup de choses en trois ou quatre mois !), j’allonge ma semaine et mes journées de travail. Et si malgré cela je prévois d’être en retard, j’en avertis le plus tôt possible l’éditeur.
 


Nicolas Perrot d’Ablancourt, traducteur et théoricien de la traduction du XVIIe siècle, prenait le parti de réaliser des traductions élégantes. Vos traductions sont-elles à l’image de ce traducteur de « Belles infidèles » ou vous attachez-vous à proposer des traductions fidèles aux textes d’origine ? Autrement dit, privilégiez-vous davantage le rendu final ou le texte d’origine ?

J’ai déjà répondu en partie à cette question plus haut. Sans aucun doute, l’élégance m’importe davantage que la fidélité stricte. Mais l’infidélité est parfois le meilleur moyen de rendre justice à un texte, voire d’être fidèle à son esprit, son humour, son rythme, en prenant des libertés avec la lettre.



Avez-vous rencontré des difficultés liées à l’absence de correspondance entre une langue d’origine et la langue cible (expression, mot précis, formulation, etc.) ? Avez-vous un exemple ?

Oui, bien sûr, même si je n’ai pas d’exemple précis en tête. Là encore, j’ai un peu abordé cet aspect plus haut, dans ma réponse à votre question sur « l’intraduisible ». Dans les genres littéraires que j’aborde, la consigne des éditeurs est de recourir le moins possible aux fameuses « notes du traducteur ». Donc il faut user de périphrases, placer des explications dans la bouche d’un personnage, bref, trouver des astuces… ou renoncer à traduire une notion, une référence culturelle qui vous entraînerait dans des développements susceptibles d’alourdir inutilement le texte.



Avez-vous la possibilité d’entrer en contact avec les auteurs ?

Internet a révolutionné le travail du traducteur, notamment en lui offrant la possibilité de correspondre rapidement et aisément avec l’auteur qu’il traduit. Pour ma part, il m’est rarement arrivé d’entrer en contact avec un auteur alors que je traduisais une de ses œuvres, mais chaque fois que je l’ai fait, il s’est montré disponible et disposé à répondre à mes questions.



À quelles autres difficultés avez-vous été confrontée lors d’une traduction ? Avez-vous une anecdote ?

Justement, votre dernière question a fait surgir un souvenir de ma mémoire. À l’occasion du centenaire de la naissance de Georges Simenon, en 2003, les Presses de la Cité ont publié une biographie de l’écrivain que j’ai cotraduite de l’anglais. L’auteur avait émaillé son texte de très nombreuses citations des œuvres de Simenon, d’extraits d’articles, d’interviews, le plus souvent sans en donner les références. Évidemment, il n’était pas question de retraduire ces citations (même si, à la lecture d’autres biographies précédemment parues, j’ai pu constater que tous nos confrères n’avaient pas eu les mêmes scrupules). Mon « binôme » et moi sommes alors entrés en contact avec l’auteur, qui nous a répondu que ses archives se trouvaient dans le grenier de sa maison de campagne, auquel il n’aurait pas accès avant la parution du livre. Par chance, les Presses font partie du même groupe que les Éditions Omnibus, qui ont publié l’intégrale des œuvres de Simenon ainsi que plusieurs études sur le sujet. J’ai passé de longues heures dans leurs bureaux (mon confrère résidant en Belgique, nous avions décidé que cette partie du travail m’incombait tandis qu’il se chargeait des études « de terrain »), à feuilleter leurs collections et solliciter leurs avis éclairés (Ce travail de recherche a été rémunéré par les Presses, je le précise). À quelques exceptions près, nous avons pu identifier toutes nos citations. Mais nous avons alors découvert que notre auteur 1) ne comprenait pas le français aussi parfaitement qu’il l’imaginait. 2) connaissait surtout l’œuvre de Simenon à travers des traductions anglaises pas toujours fidèles ni exactes. Ces lacunes l’amenaient parfois à des interprétations et des développements qui, rapportés à la citation d’origine, perdaient toute pertinence… Nous n’avions alors d’autre choix que de sabrer le passage en question. Également, le texte comportait de nombreuses erreurs factuelles, historiques… Cette expérience m’a confortée dans la certitude qu’un traducteur ne doit jamais se fier entièrement ni à l’auteur, ni à l’éditeur d’origine de l’ouvrage qu’il traduit.

Sinon, en littérature jeunesse, la principale difficulté que je rencontre est de trouver le ton juste quand je dois faire parler des personnages adolescents, parfois à la première personne. Le livre que je traduis actuellement fait alterner le point de vue de deux narrateurs différents, un frère et une sœur âgés respectivement de quinze et treize ans. Je dois donc tenir compte de leur différence de maturité, de tempérament – lui est plus posé et intello, elle fait preuve de davantage d’humour et d’invention. Je me demande en permanence : est-ce qu’un ado d’aujourd’hui emploierait cette expression, s’exprimerait ainsi ? En même temps, il ne faut pas tomber dans la caricature du « djeuns », en utilisant des tournures et un vocabulaire qui apparaîtront complètement datés d’ici un an ou deux… Pour le moment, je prends beaucoup de plaisir à cet exercice, mais je ne sais pas si je saurai encore faire ça dans dix, quinze ans…



Qu'est ce qui vous plaît le plus dans ce travail ?

Pouvoir travailler en pyjama :-) Ne pas devoir prendre le métro pour me rendre au bureau, ne pas avoir de comptes à rendre au quotidien à une hiérarchie, me plier au rituel des réunions, des évaluations, des discussions autour de la machine à café ; organiser mon temps de travail en fonction de ma vie de famille, mes occupations extérieures, mon horloge biologique… Et le privilège d’exercer une activité toujours stimulante pour l’intellect.



Le moins ?

La souplesse d’organisation que j’évoquais plus haut a son revers : le traducteur a souvent tendance à se croire plus disponible qu’il ne l’est en réalité, et son entourage également ! De même, le caractère stimulant de notre activité implique une attention constante. Il n’y a pas place pour la routine en traduction.

Sinon, je travaille souvent sept jours sur sept, le soir, je pars rarement en vacances sans emporter mon ordinateur… Mais c’était également le cas lorsque j’étais salariée, et ma rémunération ne tenait pas compte des heures supplémentaires que j’effectuais.

Il y a quelques années, j’aurais probablement cité « la précarité » parmi les inconvénients du métier, mais avec le recul, celle-ci m’apparaît toute relative. Même les salariés en CDI ne sont pas à l’abri d’un licenciement, et ils n’ont qu’un employeur… Moi, je travaille pour deux éditeurs, et un troisième m’a sollicitée à plusieurs reprises pour que je traduise pour lui. Si, pour une raison quelconque (changement de directeur de collection, désaccord, faillite…), une de ces portes se fermait demain, les autres resteraient ouvertes. Toutefois, comme tous les professionnels de l’édition, je m’interroge sur l’évolution du secteur dans un contexte économique difficile, sans parler de l’entrée dans l’ère du numérique, du piratage. D’ici quelques années, serai-je toujours capable de m’adapter à ces évolutions ? Les éditeurs publieront-ils toujours autant de traductions de l’anglais, et à quels tarifs ? Mes capacités intellectuelles, ma santé, me permettront-elles d’exercer mon activité pendant encore vingt ans ? Autant de questions sans réponse…



Vous arrive-t-il d’échanger avec d’autres traducteurs ? De comparer vos travaux, vos avis ?

Je fréquente un certain nombre d’autres traducteurs, nous échangeons beaucoup à propos des conditions dans lesquelles nous exerçons notre métier, à l’occasion nous nous recommandons mutuellement à des éditeurs. Mais pour ma part, je sollicite très rarement l’avis de mes confrères sur mes travaux publiés ou en cours. Comme le dit une de mes amies, « Je ne parle jamais de ses traductions à un autre traducteur, et je ne souhaite pas qu’il me parle des miennes ». Je trouve cette attitude assez sage. Je suis adhérente à l’ATLF, dont je soutiens l’action, mais je ne participe pas à la liste de discussion – j’estime que mes anciennes fonctions aux Presses de la Cité rendent ma position assez délicate vis-à-vis de certains autres adhérents. Et je me méfie beaucoup de l’effet chronophage des listes de discussion, forums, etc.
Nathalie-SERVAL-Lisa-Tuttle.jpg


Le traducteur, un passeur ?

Je m’aperçois que j’ai devancé votre question plus haut, en vous donnant ma définition de la traduction… La réponse est donc oui, sans hésiter ! C’est un rôle dont on n’a pas toujours conscience, mais on a parfois de jolies surprises. Ainsi, il y a quelques années, j’ai fait la connaissance d’un jeune auteur dont j’apprécie beaucoup le travail, Mélanie Fazi. Elle m’a révélé que mes traductions de Lisa Tuttle, qu’elle avait lues, adolescente, étaient en partie à l’origine de sa vocation… J’en ai été très flattée, et je suis heureuse que Mélanie et moi collaborions aujourd’hui sur un projet autour de cet auteur.



Lisa-Serval-Jonathan-Carrol.jpgVous avez reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 1999, pour la traduction de L’Enfant arc-en-ciel de Jonathan Carroll, quelle a été votre réaction ? Cette distinction vous a-t-elle permis d’obtenir une meilleure reconnaissance ?

D’abord, la traduction de ce roman de J Carroll (j’en ai traduit quatre en tout) demeure un très bon souvenir. Je déplore que cet auteur ne soit plus édité en France depuis la  disparition de Jacques Chambon. Ensuite, ce prix a eu des répercussions importantes sur ma vie, pas uniquement professionnelle. À l’époque, je traversais une période critique. À la suite d’une séparation, j’étais retournée dans ma famille, puis il y avait eu la disparition d’Alain Dorémieux… Jusque-là, j’avais toujours vécu en province, très à l’écart du milieu de l’édition en général et de la SF en particulier. Internet n’en était qu’à ses balbutiements, les réseaux sociaux n’existaient pas… Pour tout vous dire, avant qu’il me soit décerné, j’ignorais même l’existence du Grand Prix de l’Imaginaire ! Mais quand je me suis rendue à Poitiers afin de le recevoir, j’ai découvert que mon nom signifiait quelque chose pour un certain nombre de personnes. J’ai retrouvé là-bas des gens que j’avais perdus de vue, comme Michel Demuth, un ami d’Alain ; j’en ai connu d’autres dont certains sont devenus des amis ; j’ai enfin rencontré Jacques Chambon, pour qui je travaillais déjà depuis dix ans… Cette expérience m’a confortée dans l’idée de tenter ma chance à Paris, ce que j’ai fait l’année suivante. Je ne l’ai pas regretté.



Michel Tournier, estime que la traduction est un « exercice [qui] prépare excellemment à l’œuvre originale ». Vous êtes vous déjà détachée de votre travail de traductrice pour écrire vos propres textes ?

Oui, cela fait des années que j’écris – pas autant que je le souhaiterais – de la poésie, des textes de chansons… J’ai également écrit un texte pour l’anthologie de Richard Comballot, « Dimension Dorémieux », chez Rivière Blanche. Mais la traduction occupe une grande partie de mes semaines, et pendant des années, j’ai consacré beaucoup de temps à des activités militantes dans le domaine de l’écologie. À l’avenir, je souhaiterais pouvoir consacrer au moins une heure quotidienne à l’écriture, c’est un engagement que j’ai passé avec moi-même. J’aimerais ouvrir la porte de ce jardin secret à un plus grand nombre de visiteurs que je ne l’ai fait jusqu’ici, encouragée par les réactions que j’ai pu recueillir au fil des ans. Les genres dans lesquels j’ai choisi de m’exprimer me satisfont pleinement… Et ils me permettent d’explorer des dimensions de l’écriture très différentes de celles que j’arpente au quotidien dans ma pratique de traductrice.

 

 

Propos recueillis par Anaïs, Noémie et Lory

 

 

 


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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 07:00

Natsume-soseki-Je-suis-un-chat.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Natsume Sōseki
夏目 漱石
Je suis un chat
吾輩は猫である
Wagahai wa neko de aru
Traduction de Jean Cholley
Éditions Gallimard / Unesco
Connaissance de l'Orient, 1978

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Natsume Sōseki est né à Edo (ancien nom de Tōkyō) en 1867. Un an plus tard, le Japon entrait dans l'ère Meiji, qui amène de très grands bouleversements au contact des cultures occidentales ; les modes de vie des classes les plus aisées changent de manière radicale. En 1900, Sōseki part étudier en Angleterre où il souffre de sa solitude et du choc culturel en plus de sa quasi-indigence. Il revient au Japon en 1903 pour enseigner à l'Université impériale de Tōkyō, mais ses élèves ne l'apprécient guère. En 1905, il rédige le texte qui deviendra le premier chapitre de Je suis un chat pour un ami qui le publie dans une revue littéraire. Face à l'engouement des lecteurs, Sōseki écrira les dix chapitres suivants jusqu'en 1906, où, lassé de son histoire, il donnera la mort à son personnage du chat de manière abrupte. En 1907, Sōseki quitte son poste de professeur d'anglais à l'université et entre à la rédaction du journal Asahi (Soleil du matin). Il souffre pendant plusieurs années de douleurs à l'estomac et décède en 1916.

Selon les études réalisées sur le texte de Sōseki, il se serait inspiré de Jonathan Swift et de Laurence Sterne pour écrire Je suis un chat.



L'histoire et le texte

Nous suivons pendant onze chapitres les histoires d'un jeune chat, né dans la rue, qui s'est introduit dans la demeure de Kushami, maître d'anglais méprisé pour son humeur détestable et ses manières hautaines. Le chat n'a pas de nom. Il rôde dans la maisonnée et raconte son univers d'une langue acérée et moqueuse. De Kuro, le chat du poissonnier, à la famille Kaneda, riche commerçant qui représente le changement des classes sociales japonaises, en passant par Kangetsu, futur docteur en magnétisme terrestre, et Meitei, étudiant de Kushami sûr de sa réussite et de sa supériorité, le chat nous dresse les portraits des différentes classes de la société sous forme de satire.

On note, dans le ton de la description de Sōseki, plusieurs nuances s’agissant des personnages. Lorsque le chat parle des classes supérieures, érudites comme financières, son ton est sarcastique et hautain, et il n'hésite pas à dénigrer sévèrement les discussions menées par ces penseurs qui se compliquent inutilement l'existence pour paraître intéressants. Il est plus tendre envers les populations plus pauvres, serviteurs et commerçants des rues d'Edo, dont il décrit l'ignorance avec humour plus que méchanceté. Les personnages sont, tout au long du roman, décrits davantage par leurs idées que par leur physique. Le chat se satisfait d'une seule description concise de temps en temps pour appuyer sur un aspect de l'apparence d'une personne, notamment la femme de Kaneda et son énorme nez.

Le statut social est d'une importance considérable, car il est représentatif de toute la société japonaise et de son système de castes très peu évoqué. Le chat nous offre un portrait de la société japonaise après la guerre contre la Russie de 1904 à 1905. Cette guerre marque un tournant dans le mode de pensée des intellectuels de l'époque. S'ils ont contribué, à l'entrée dans l'ère Meiji, à l'expansion des valeurs occidentales comme marque du développement intellectuel, ils finissent par critiquer ces mêmes valeurs qui détruisent la culture japonaise et les dépossèdent de leur statut privilégié au profit des hommes d'affaires et des marchands. Il faut savoir que l'ancien système des castes japonais admettait quatre statuts : les guerriers étaient les plus nobles, venaient ensuite les paysans, puis les artisans, et en dernier, les marchands, méprisés pour leur activité qui ne consiste qu'à faire de l'argent sur le dos d'autrui. Le début du XXe siècle offre un retournement de situation, très mal vu par les intellectuels. L'opposition entre hommes d'affaires et hommes d'esprit est très forte dans le roman, notamment avec la rivalité entre Kushami, Meitei et Kangetsu envers Kaneda. Ce dernier est de plus en plus respecté en ville, au détriment des trois amis qui perdent peu à peu leur statut et sombrent dans une sorte de désillusion au fil du livre. Kushami finit même par se demander si c'est lui qui devient complètement fou ou la société.

On remarque par ailleurs beaucoup de ressemblances entre Kushami et Sōseki. Tout deux souffrent de l'estomac, ce qui leur donne mauvais caractère ; ils enseignent l'anglais mais Kushami se distingue par sa personnalité indécise. Il tente au cours du livre de trouver plusieurs centres d'intérêt, de la peinture à la poésie, mais finit par abandonner dès que cela devient trop complexe. Kangetsu est également un personnage important pour la trame de l'histoire. Il rencontre au chapitre quatre la fille des Kaneda, dont il tombe amoureux en pensant qu'il s'agit d'un fantôme. Malheureusement, la jeune femme est bien réelle et sa mère rend très vite visite à Kushami pour obtenir des informations sur la personne qui a dévergondé sa fille. Naît alors un quiproquo autour du mot docteur, qui fait référence au niveau d'études de Kangetsu, mais que le femme de Kaneda interprète comme le fait qu'il étudie véritablement la médecine. La barrière de la culture et du langage se dresse ici et renforce les inimités entre les intellectuels et les hommes d'affaires.

Dans l'ensemble, ce roman est une grande satire de la société japonaise et plus généralement des hommes, qui agissent vainement pour obtenir un statut supérieur par la cupidité et la connaissance, sans se soucier des vraies nécessités et valeurs de l'existence. La fin même du chat est ironique : après avoir bu de la bière, chose qu'il ne connaissait pas, il se noie dans une vasque en récitant les prières pour le bouddha Amitabha. Le chat, qui a passé l'ensemble du livre à dénigrer les hommes et leurs mœurs, finit de la même manière qu'un vulgaire alcoolique tombé dans une rivière. Sans les références aux griffes, on pourrait véritablement penser à un être humain.



Note sur le titre original

Wagahai est une des nombreuses façons de dire du « je » en japonais. Selon le statut de la personne dans la société, son sexe et son âge, on n'utilise pas le même mot (aujourd'hui, watashi pour les femme ou pour parler de manière neutre, boku pour les jeunes garçons, ore pour des garçons plus vieux). Wagahai se traduirait davantage par un « Nous » équivalent à celui employé par les rois, ou du moins à une expression de la supériorité de la personne. Une traduction plus proche du titre original aurait pu donner « Moi, qui suis un chat », prononcé de manière très hautaine, ou encore, « Nous, qui sommes un chat », mais la traduction littérale est impossible en français.

 « Wagahai wa neko de aru » est aussi la toute première phrase du roman.


Marine, 2e année éd.-lib.

 

 

 

Natsume SÔSEKI sur LITTEXPRESS

 

 

Natsume Soseki Botchan

 

 

 

Article de Pauline sur Botchan

 

 

 

 

 

 


 

Natsume Soseki, A travers la vitre

 

 

 Articles d'Aurore et de Valentin sur À travers la vitre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

natsume-soseki-couv.jpeg.jpg

 

 

Article d'Anthony sur Oreiller d'herbes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:00

Mishima-Yukio-Une-matinee-d-amour-pur.gif

 

 

 

 

 

 

MISHIMA Yukio
 三島 由紀夫
« La Lionne »
Titre original : Shishi
獅子
dans Une matinée d’amour pur
朝の純愛
1965 pour l’édition japonaise
Traduit du japonais
par Ryôji Nakamura

et René de Ceccatty
Folio, 2005 pour l’édition française



 

 

 

 

 

 

 

Mishima-Yukio.jpgMishima Yukio, écrivain japonais, est né en 1925 à Tokyo sous son vrai nom, Hiraoka Kimitake. Élevé par sa grand-mère aux origines samouraï, séparé du reste de sa famille jusqu’à ses douze ans, c’est d’elle que lui vient sa passion pour la littérature et le théâtre kabuki. Il lit les classiques japonais et découvre la littérature européenne à travers Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et Raymond Radiguet. Mishima s’est mis très jeune à l’écriture et a été sollicité, alors âgé d’à peine 20 ans, pour écrire un feuilleton dans une célèbre revue littéraire. La Forêt tout en fleurs sera publié dès 1944. Très vite encouragé par Kawabata Yasunari, Mishima Yukio fut un auteur prolifique : romans, nouvelles, pièces de Nō et de kabuki, récits populaires. Il a obtenu une renommée internationale grâce à des titres comme Le Pavillon d’or ou la tétralogie La Mer de la fertilité. Fasciné depuis toujours par la mort et la souffrance, il prépara son suicide en tentant un coup d’État en faveur du Japon traditionnel dont l’échec lui permit, selon la tradition des samouraïs, de se faire seppuku (hara-kiri).



« La Lionne » est une nouvelle tirée du premier recueil de Mishima. Composé de sept nouvelles, Une matinée d’amour pur a été publié en 1965. La nouvelle étudiée a été écrite dès 1948.

 
 
Réécriture de Médée d’Euripide

La Lionne est une réécriture très fidèle de Médée d’Euripide (431 avant Jésus-Christ), transposée dans le Japon de la période qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale. La tragédie dEuripide raconte comment Médée, trahie par son mari, prépare sa vengeance. Prêt à se remarier avec la fille de Créon, roi de Corinthe, Jason répudie sa femme avec laquelle il a pourtant déjà eu deux fils. Médée, souhaitant voir celui qu’elle a aimé souffrir au plus haut point, empoisonne Créon et sa fille et poignarde elle-même ses enfants. Dans La Lionne, Médée devient Shigeko Kawasaki, Jason devient Hisao Kawasaki, Créon devient Keisuke Kikuchi et le couple n’a plus qu’un fils. L’histoire, bien que développée et sous forme de nouvelle, est presque identique à quelques détails près.

La nouvelle de Mishima est construite à la manière de la pièce de théâtre d’Euripide. Très courte et mettant en scène très peu de personnages, Médée ne met pas en scène plus de deux personnages à la fois (sans compter la figuration des enfants ou de la nourrice). Dans La Lionne, les personnages apparaissent également deux par deux dans chaque petite partie.

Chaque scène est reprise : une mise en situation par un dialogue entre la nourrice et l’intendant, une réflexion en monologue de l’héroïne, une rencontre avec le futur beau-père du mari, un dialogue cynique entre l’ancien couple, une rencontre entre l’héroïne et un ami qui promet de l’accueillir dans son pays, l’empoisonnement du beau-père et de sa fille, le meurtre de l’enfant et le dialogue final entre l’héroïne et son mari.

Les développements que Mishima apporte dans sa nouvelle permettent une vision plus approfondie de la personnalité des personnages, notamment celui de Shigeko dont on comprend mieux la psychologie. En effet, dès le début de la nouvelle, la nourrice et l’intendant nous apprennent les événements passés. Shigeko, Hisao et leur enfant sont au Japon depuis de temps car ils habitaient en Mandchourie (Chine) depuis que l’Empire japonais avait envahi cette région. Mais suite à la guerre sino-japonaise terminée avec la Seconde Guerre mondiale, les Kawasaki ont été rapatriés au Japon. Malheureusement, leur train s’est fait attaquer par des bandits qui ont masssacré la plupart des voyageurs sous les yeux des Kawasaki. Depuis ce jour, la « salive visqueuse [de Shigeko] avait la saveur du sang » et elle a promis de se venger en tuant quelqu’un. Comme dans la pièce d’Euripide, Shigeko a vécu un exil mais contrairement à Médée, elle est retournée dans son pays d’origine et c’est ce retour qui fut le plus difficile.



Dans la mythologie grecque, Médée a été obligée de trahir sa famille pour fuir avec Jason. Celui-ci ayant obtenu la Toison d’or à l’aide de Médée, son père fit pourchasser les Argonautes que Médée aida à nouveau en tuant son propre frère. Dans La Lionne, Shigeko n’a pas trahi son père mais a quand même eu besoin de faire tuer son frère en le dénonçant en tant que membre des services secrets contre l’armée soviétique car celui-ci n’acceptait pas le mariage de sa sœur avec Hisao qu’il menaçait de chasser une fois de retour au Japon.



La Lionne

Le titre La Lionne vient d’un dialogue entre Shigeko et Hisao qui, ayant compris les actes tragiques commis par sa femme, s’exclame : « Démon ! Tu n’es pas une femme. Tu as un visage de femme mais tu es une lionne. » Il avait déjà fait ce rapprochement avec « une lionne en cage » au cours de leur premier dialogue. On peut faire ici le lien entre le terme « démon » et Médée qui est une magicienne dans la mythologie grecque. Mishima a bien essayé, tout au long de la nouvelle, de donner à son personnage de Shigeko toute la personnalité de Médée dans son ambiguïté de sorcière prête utiliser ses pouvoirs pour tuer.



Un dénouement ambivalent

À la fin de La Lionne, on se pose beaucoup de questions car les dernières paroles entre Shigeko et Hisao sont obscures. Lorsque Hisao découvre que son fils est mort, il supplie Shigeko de le tuer et elle lui répond : « Je t’ai fait souffrir. Ainsi j’ai atteint mon but. Tu n’as plus qu’à mourir. » Il serait logique alors d’imaginer que Shigeko le tue à son tour. Mais Hisao réplique à nouveau : « Shigeko, tu ne t’es donc jamais aperçue que tu étais la seule personne que j’ai aimée du fond du cœur ? » Cela semble très hypocrite vu les actes de ce mari infidèle mais Shigeko ne s’énerve pas pour autant, elle « sourit » et répond d’une « voix solaire » : « Si, je le savais, moi aussi. Pas une fois, je n’en ai douté. » Cela constitue la dernière phrase de la nouvelle. Shigeko semble donc croire Hisao alors qu’elle a tout fait pour le voir souffrir de son infidélité. Avec ce que l’on sait du personnage, on pourrait alors imaginer que l’infidélité d’Hisao n’était qu’un prétexte pour assouvir son désir de vengeance par la mort qu’elle avait annoncée après l’attaque du train lors de son rapatriement au Japon.

Un autre point d’ambiguïté subsiste sur le devenir de Shigeko. Si celle-ci avait prévu de fuir aux États-Unis, aidée par son ami le commandant Aigeus, elle promet pourtant à son fils de se suicider une fois qu’elle aura vu Hisao souffrir : « Meurs. Je mourrai après toi. […] Maman n’a jamais manqué à sa promesse… » On ne sait finalement pas quelle décision a prise Shigeko même s’il semblerait évident de voir l’héroïne se suicider dans une nouvelle reprenant une pièce de théâtre tragique. Pourtant, cette ambiguïté existe aussi dans la pièce d’Euripide. En effet, Médée a prévu de s’enfuir dans le pays d’Égée et on la voit s’envoler sur un char tiré par des dragons ailés après son dernier dialogue avec Jason. On peut donc imaginer que la magicienne en a le pouvoir et part bien au pays d’Égée. Mais on peut aussi comprendre cet envol fantastique comme une métaphore de la mort. Le doute reste entier pour les deux histoires tragiques.



L’auteur et son œuvre

Fascination pour la douleur et la mort

Lorsque l’on s’intéresse à la biographie de Yukio Mishima, il est aisé de comprendre pourquoi l’auteur a voulu réécrire la Médée d’Euripide alors qu’il s’intéressait à des auteurs européens plus contemporains. En effet, Mishima a toujours été fasciné par la souffrance et la mort, thèmes principaux dans la pièce d’Euripide. Cette fascination pourrait lui venir de sa grand-mère qui était en proie à de grandes souffrances physiques. Dans La Lionne, Mishima aurait même fait référence à sa grand-mère Natsu en nommant le personnage de la nourrice Katsu. D’autre part, Yukio Mishima a lu Raymond Radiguet, jeune auteur tourmenté, et il s’est lié d’amitié avec Kawabata, lui aussi obsédé par la mort. L’intérêt de Mishima pour la tragédie est donc une évidence. Il mettra même tout en œuvre pour faire de sa mort une fin digne des tragédies grecques, tout en la liant aux traditions japonaises, en se faisant seppuku.



Une écriture à cheval entre Occident et Japon

Yukio Mishima est connu pour son œuvre en partie très occidentalisée, en partie très tournée vers le Japon traditionnel. Dans ses premiers écrits, il a pris les écrivains européens pour modèles puis il s’est beaucoup plus retourné vers l’écriture classique japonaise. La Lionne étant l’un de ses premiers écrits, sa réécriture de Médée est donc très fidèle, écrite d’une manière traditionnelle que nous avons l’habitude de lire. Mais déjà dans cette œuvre, Mishima ne manque pas d’évoquer les traditions du Japon : la cérémonie du thé (avec le commandant Aigeus), les règles précises de politesse (comme ne pas entrer dans le jardin d’une maison lorsqu’on n’y a pas été invité, à moins d’être un membre de la famille), les statuts sociaux très différenciés (comme les enfants défavorisés qui passent devant la maison), l’écriture au moyen d’un bâton d’encre chinoise ou encore le principe de l’honneur (comme la lettre d’excuse de Shigeko à Keisuke).



Finalement, cette nouvelle m’a paru être une façon très abordable d’approcher la littérature et la culture japonaises grâce à une écriture occidentalisée qui nous est familière mais garde cependant un aspect très poétique propre au Japon, celui de s’exprimer de manière imagée. C’est aussi une nouvelle très riche culturellement puisque cela permet d’aborder la mythologie grecque et la littérature antique grâce à la reprise de Médée d’Euripide.


Soizic, 2e année Éd.-Lib.

Mishima Yukio Une matinée d'amour pur

 

 

 

 

 

Article de Marie-Charlotte sur « La Lionne ».


 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Lucille et de Lila sur Martyre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Marie sur Dojoji.

 

 


 

 

 

 

Bataille et Mishima, article de Marie-Fanny et Antoine.

 

 


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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 07:00

Murakami-Ryu-Bleu-presque-transparent.gif

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryū

村上 龍
Bleu presque transparent
Titre original

限りなく透明に近いブルー
Kagirinaku tōmei ni chikai burū
Traduction de
Guy Morel et Georges Belmont
Éditions
1977, Kodansha International Ltd (VO)
1979, Robert Laffont (VF)
1997, Philippe Picquier (Poche)

 

 

 

 

 

 

Biographie

Note : Ne pas confondre avec Murakami Haruki, ils n’ont aucun lien de parenté.

Murakami Ryūnosuke est né en 1952 à Sasebo (préfecture de Nagasaki). Il a déjà publié une trentaine de livres.

Il passe son enfance dans une ville portuaire qui abrite une base militaire américaine, où il subira l’influence occidentale de l’occupation. En 1968, alors qu’il est étudiant en école secondaire, il assiste à une manifestation des Zengakuren (« Fédération japonaise des associations d'autogestion étudiantes ») qui proteste contre l’arrivée d’un porte-avions nucléaire. L’année suivante il est renvoyé pour avoir monté une barricade sur le toit de son établissement contre la présence de l’armée américaine. On observe alors une sorte de Mai 68 à la japonaise.

En 1970, Murakami s'installe à Tokyo dans la préfecture de Fussa. Il étudie ensuite le design à l'université d'art de Musashino (autre préfecture de Tokyo).

En 1976, il publie Bleu presque transparent, son premier roman, qui obtient la même année le Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt) et le Prix Gunzō* du nouveau talent. C’est un succès foudroyant puisqu’il s’écoule à plus d’un million d’exemplaires en six mois à peine. Il a reçu le prix Yomiuri** en 1998 pour  Miso Soup. Il est aussi connu pour  Les bébés de la consigne automatique,  Parasites ou encore Love and Pop.

 L’un de ses romans sera adapté par Takashi Miike en 2002 sous le titre Audition et Murakami sera lui-même réalisateur, scénariste et producteur de plusieurs de ses œuvres (Bleu presque transparent a ainsi pris le nom de Tokyo Decadence).

* Prix littéraire décerné par la revue Gunzō qui récompense les romans et les essais critiques. Les lauréats sont publiés dans le numéro de juin du magazine et reçoivent 500 000 yens (4 583.46 €).

** Prix créé après la Seconde Guerre mondiale dans l’esprit de « mettre en valeur une nation culturelle ». Il est décerné une fois par an et récompense des œuvres de l’année précédente. Les lauréats reçoivent une pierre à encre symbolique et 2 millions de yens (18 333,82 €).



Résumé de l’œuvre

C’est l’histoire d’une bande d’amis désillusionnés et sans espoirs. Ils font partie de la jeunesse d’après-guerre à qui on ne promet aucun avenir. Dans une Tokyo triste et qui semble gâtée, ils partagent leurs jours entre alcool, drogues, sexe et rock dans un long cycle d’autodestruction à la fois des valeurs morales et du corps. Avec un regard si neutre qu’il en est oppressant, Murakami nous montre le quotidien d’une « génération perdue ». Dans ce groupe qui marche main dans la main vers un sombre avenir, Ryū cherche. D’une ville construite à partir d’une succession d’images à la pluie au-dehors, quelque chose semble conserver son innocence en lui.



Commentaire

La première chose qui frappe le lecteur dans ce roman est le décor dans lequel il entre dès les premières lignes. On débute dans un espace intime, l’appartement de Ryū. Dès la page 10, on assiste à une prise d’héroïne puis on nous suggère une relation sexuelle entre deux personnages dont on découvre à peine les noms. Le lecteur est pplacé dans la position d’un voyeur : le décor est minutieusement détaillé ainsi que les actions, jusqu’à indiquer précisément le processus de stérilisation de l’aiguille puis l’administration de l’héroïne dans le sang, l’état de béatitude dans lequel plonge le narrateur, les odeurs, les sensations…

De plus, le fait que le personnage porte le même nom que l’auteur et l’utilisation de la première personne suggère qu’il s’agit d’une autobiographie, de même que la lettre à la fin qui semble occuper la fonction d’un épilogue mais qui n’a pas de lien explicite avec le récit :

« Lettre à Lili

Lorsqu’on m’a proposé d’imprimer mon roman, j’ai demandé qu’on me laissât le soin de faire la couverture. C’est que, pendant que j’écrivais ce livre, je pensais toujours l’orner de ton visage. Tu te souviens de cette photo ? Celle que j’avais prise lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, au Niagara. Te rappelles-tu que nous avions fait un concours à qui boirait le plus d’absinthe ? Au troisième verre, j’ai emprunté l’appareil d’un hippy hollandais qui se trouvait là, pour faire cette photo de toi. Tu l’as sans doute oublié, car, tout de suite après, tu t’es écroulée, à ton neuvième verre.

Lili, où es-tu à présent ? Il y a peut-être quatre ans de cela, j’ai voulu retourner encore une fois à ta maison, mais tu n’y étais plus. Si tu lis ce livre, écris-moi.

J’ai reçu une seule lettre d’Augusta, qui a regagné sa Louisiane. Elle raconte qu’elle est chauffeur de taxi et me charge de te dire salut. Qui sait même si tu ne t’es pas mariée avec ton peintre métis ? Mais cela m’est égal, j’aimerais te revoir juste encore une fois, même mariée. Nous chanterions une dernière fois tous les deux. Che sera sera, comme dans le temps.

Et surtout, ne va pas penser que j’ai changé, simplement parce que j’ai écrit ce roman. Je reste celui que j’étais alors, vraiment.

RYÛ »

Cela dérange considérablement et impose la question de savoir s’il s’agit de fiction ou d’une autobiographie mais le lecteur n’obtient jamais de réponse. En admettant l’hypothèse de l’autobiographie, on s’accroche à l’idée que ce n’est pas possible, que l’auteur n’aurait pas pu écrire de façon si cohérente et détaillée sous l’emprise de la drogue. Pourtant  un doute subsiste toujours et met mal à l’aise, principalement à cause de la lettre. Celle-ci donne des informations qui apparaissent pour la première fois dans le livre telle que la présence du peintre métis, Augusta, la Louisiane, leur rencontre au Niagara… Il apparaît que l’auteur soit en train de s’adresser à une Lili réelle, qu’il connut lors de sa jeunesse et perdit de vue, mais rien dans sa biographie ne permet de l’affirmer.

Malgré les thèmes peu engageants qui nous sont présentés, l’écriture finit par entraîner avec elle. Elle est simple, crue, vulgaire, et tellement neutre vis-à-vis des tableaux parfois écœurants qu’elle décrit que l’on peut se sentir prisonnier de la décrépitude ambiante. Elle m’a fait penser à Hell, de Lolita Pille, où le personnage principal se moque du monde et tente d’y trouver une distraction par la drogue et la consommation. Tout comme ils assument leurs vices, nous parvenons à supporter la vue de la dégradation progressive des personnages grâce à cette distance instaurée par la froideur de l’écriture. Elle agit comme une barrière qui nous empêche de souffrir totalement avec eux.

De plus, les métaphores utilisées nous perdent dans le fil de l’histoire ; on dirait que Murakami s’amuse à nous dérouter pour mieux nous replonger ensuite dans des situations gênantes, comme s’il nous donnait une bouffée d’air avant que l’on étouffe. Il soutient un rythme tendu et laisse la possibilité de s’arrêter d’observer le temps de quelques lignes. Il arrive régulièrement dans ces tableaux étranges que l’on relise une, deux ou trois fois le même paragraphe pour tenter de trouver une explication. Ce laps de temps permet d’oublier pour une petite pause le récit duquel on est prisonnier. En ce sens, ce roman m’a fait penser aux Mémoires de Charles de Gaulle lorsqu’il commence à écrire des envolées lyriques et inattendues juste après la description très minutieuse d’une bataille.

Par exemple, en pleine orgie, Ryū raconte (p 83-84) :

 « Des sensations aiguës me galopent dans le corps, emportées par le sang, et viennent se fixer au niveau des tempes. Une fois nées, elles s’accrochent au corps pour ne plus le lâcher. Comme sous une brûlure de pétard, la mince couche de chair sous la peau de mes tempes se met à grésiller. Concentrant mon esprit et mes sens sur cette brûlure, j’en viens presque à me figurer que tout mon corps n’est plus qu’un gigantesque pénis. A moins que je ne sois qu’une réduction d’homme qui aurait le don de s’insinuer dans les femmes, puis de s’y démener comme un forcené pour les faire jouir. J’essaie d’agripper la Noire par les épaules ; mais, sans ralentir sa rotation du cul, elle se penche vers moi et me mord les seins jusqu’au sang. »

Il y a cependant quelques lueurs d’espoir dans cet étouffement constant. Quelle que soit la situation dans laquelle se trouve Ryū, il a des sursauts de lucidité, de raison, qui donnent le sentiment qu’il n’est pas complètement perdu. Il semble détaché des autres en plus d’être détaché de la réalité. En outre, on apprend vers la fin de l’œuvre qu’il a un passe-temps qui vise plutôt à construire qu’à détruire :

 « Les maisons, les champs se rapprochent lentement et puis glissent et disparaissent comme s’ils tombaient derrière toi, pas vrai ? Et tout ce théâtre se mélange à ce que tu as dans la tête. Les gens qui attendent à un arrêt d’autobus ; un type bien habillé qui titube, complètement soûl ; une vieille femme qui pousse une charrette croulant sous les mandarines ; des champs de fleurs ; des ports ; des centrales électriques… Tout ça t’arrive dessus et s’évanouit aussi vite que c’est venu, tant et si bien que ça se mêle avec les pensées précédentes – tu comprends ce que je veux dire ? Le filtre à photo, les champs de fleurs, les centrales électriques, tout ça s’assemble. Et ensuite, moi, je malaxe à ma guise, je mélange lentement les choses que je vois et celles que je pense. Ça prend longtemps ; ça suppose que j’aille chercher au fond de ma mémoire des rêves, des livres que j’ai lus, des souvenirs, pour en faire une photo, oui ! c’est ça, une sorte de scène genre photo-souvenir. »

Il nous montre de ce fait que tout n’est pas perdu, que malgré la noirceur du monde dans lequel il se trouve, il y a de quoi rêver, il y a de quoi faire quelque chose qui n’entraînera pas la mort, la déchéance.

Enfin, un dernier élément important est le personnage de Lili qui reste énigmatique du début à la fin. Elle apparaît quatre fois, dans des passages de plus en plus longs pendant lesquels on en apprend plus sur la psychologie de Ryū. C’est comme si l’on échangeait les rôles : lorsqu’elle est absente, on peut observer du point de vue de Ryū, voir les autres, les détailler, les écouter. Lorsque Lili est là, on passe de son côté et c’est alors Ryū qui parle, qui se livre, comme si la fonction narrative l’empêchait de se dévoiler. On réalise alors que d’une certaine façon, en tant que celui qui décrit la déchéance, il porte un poids conséquent dans le récit. Lili donne également des informations que l’on trouve traditionnellement au début des romans sur les personnages principaux, telles que l’âge, l’activité (p 180) :

 «  T’sais, Ryû, je lis un roman où y’a un type qui te ressemble, c’est pas croyable ! Tout craché.

Lili est assise dans la cuisine, où elle attend que l’eau bouille dans le ballon rond de la cafetière. Elle chasse de la main un petit insecte qui voltige autour d’elle. Je me laisse sombrer dans le canapé encore creusé par son corps et me passe interminablement la langue sur les lèvres.

– Ce mec, t’sais, celui du roman, il a des putes qui travaillent pour lui à Las Vegas ; ça fait qu’il organise des partouzes pour riches, avec ses femmes – tout comme toi, non ? Ça l’empêche pas d’être encore jeune, comme toi aussi, je me suis dit. T’as dix-neuf ans, non ? »

Les thèmes abordés sont :

– La drogue : elle est omniprésente puisque chaque soirée commence par une injection, de la fumée ou des cachets destinés à faire complètement « planer » chacun des personnages.

– Le sexe : de même il est très présent, entre la soirée avec les Noirs, les rendez-vous chez Ryū ou dans le bar de Reiko.

– L’alcool : moins courant, on trouve quand même assez régulièrement des boissons fortes ou les effets de celles-ci déjà en cours sur les personnages (exemple : yeux jaunis à cause du foie qui n’arrive plus à le digérer).

– La musique : le rock rythme les différentes scènes. Presque chaque nouvelle action introduit un nouveau morceau. On retrouve là une allusion à l’époque d’après-guerre et l’occupation américaine qui influence culturellement le Japon.

– La violence : qu’elle soit physique, symbolique ou verbale, elle est récurrente. Elle apparaît sous forme de dégradation du corps et des mœurs (drogues, orgies à longueur de journées), d’insultes copieuses, et physiquement avec plusieurs passages à tabac, une tentative de suicide.

– L’amour : ce thème occupe une place plus restreinte mais apparaît malgré tout comme important. Il est présent entre Reiko et Okinawa, Yoshiyama et Kei ou encore Ryū et Lili, implicitement. Il s’oppose aux autres, tout comme Ryū s’oppose à ses amis dans son attitude qui laisse entrevoir l’espoir qu’il y a quelque chose à construire.



Mon avis

Je suis restée sceptique et j’ai en même temps bien aimé ce livre car on se laisse prendre au bout d’un moment par l’écriture de l’auteur et on finit par adopter ce regard glacial sur les personnages qui permet de soutenir cette situation de voyeurisme dans laquelle le lecteur est placé. La fin est particulièrement saisissante puisqu’elle ajoute une touche de lumière dans un récit qui semble marquer le désespoir de la jeunesse. Que ce soit par l’écœurement ou par l’intensité des sensations des personnages qui se transmettent au lecteur, on reste difficilement extérieur à ce que l’on lit. Il faut faire l’effort de dépasser les premières pages et la narration in media res  pour vraiment se forger une opinion sur le style d’écriture de Murakami et estimer s’il nous plaît ou non.


Océane B, 1ère année Ed-Lib, 2011/2012.

 

Sources

 http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=8

 http://www.editions-picquier.fr/catalogue/fiche.donut?id=53&cid=

 http://www.yomiuri.co.jp/intview/0223dy17.html

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Gunz%C5%8D

  http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Yomiuri

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

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