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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:10

Prochain atelier du livre de la Bibliothèque nationale de France

mardi 15 mai 2012
9h30-18h00

 

 

Programme détaillé et informations pratiques dans l'agenda culturel de la BnF :
http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_auditoriums/f.ateliers_livre.html?seance=1223907572246

François-Mitterrand
Petit auditorium
Quai François-Mauriac - Paris 13e
Entrée libre

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:00

Les deux Congo, Rwanda, Burundi
Du 2 au 5 mai 2012

Biennale_2012.jpg


À l’honneur cette année, la bande dessinée africaine, avec Kash, KHP, Séraphin Kajibwami, Al’ Mata, Jason Kibiswa, Rupert Bazambaza.

Télécharger le programme complet  sur le site de l’Agence de Médiation culturelle avec les pays du Sahel : http://www.mediation-culturelle.net/category/bienale/

Le Carré des Jalles
Saint-Médard-en-Jalles

 

 


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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:00

31 mars 2012, Escale du livre, Bordeaux

 

Anne-Wiazemsky-Une-annee-studieuse.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
autour de  

Une année studieuse
Gallimard, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Wiazemsky.jpgAnne Wiazemsky est née en 1947 à Berlin. Elle est la petite fille de François Mauriac du côté maternel, et issue, par son père, d'une famille princière russe qui émigra en France après la révolution de 1917. Son frère, Pierre Wiazemsky, plus connu sous le pseudonyme "Wiaz", est un dessinateur humoristique.

Anne Wiazemsky devint actrice en 1966, en commençant par Au hasard, Balthazar, film de Robert Bresson. Puis elle rencontre Godard, qu'elle épouse en 1967. Elle jouera ensuite dans bon nombre de films de Godard, mais aussi de Pier Paolo Pasolini, Robert Bresson, Philippe Garrel ou encore André Téchiné ainsi que dans des pièces de théâtre.

Anne Wiazemsky est aussi auteure de nouvelles, de livres pour enfants, elle participe à la création de beaux-livres, à la réalisation de documentaires et écrit des romans dont Canines qui reçut le Prix Goncourt des lycéens en 1993, et Une poignée de gens qui lui valut le grand prix du roman de l'Académie Française.

Anne Wiazemsky est aussi une femme engagée, signataire du Manifeste des 343, appel pour la liberté de pouvoir avorter. Cette pétition rédigée par Simone de Beauvoir et parue dans le Nouvel Observateur du 5 avril 1971, n'est signée que par des femmes qui déclarent toutes avoir avorté (acte alors passible de poursuites pénales pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement). Véritable exemple de désobéissance civile en France, elle débouchera en 1975 sur la loi Veil qui dépénalise l'I.V.G. lors des dix premières semaines de grossesse.

Mais si Anne Wiazemsky était là, ce 31 mars 2012 à l’Escale du livre, à Bordeaux, c'était pour évoquer son dernier roman, Une année studieuse, publié en février 2012 chez Gallimard. Après s'être illustrée dans le genre autobiographique avec Jeune fille, récit de son premier tournage avec Robert Bresson, et après avoir travaillé sur la question de la construction du récit avec  Mon enfant de Berlin qui évoque la vie de ses parents avant sa naissance, Anne Wiazemsky réitère l'expérience de l'écriture du passé, en racontant, cette fois, sa vie avec Godard. Et comme ses romans ne se fondent pas uniquement sur sa mémoire, Anne Wiazemsky sait trouver les sources et les utiliser, car même quand il s'agit de sa vie, elle manie avec habileté ses propres souvenirs, mais aussi ceux des autres.

On peut dégager de cette rencontre littéraire six grands thèmes qui jalonneront le parcours initiatique d'Anne Wiazemsky qu'elle nous relate dans Une année studieuse.
 
Tout d'abord est évoqué le thème de l'écriture : Une année studieuse est un livre très personnel, au même titre que Jeune fille, et il semblerait qu'Anne ait rencontré quelques difficultés pour revenir sur des choses très intimes. De plus, le personnage principal de ce roman n'est autre qu'Anne Wiazemsky, en 1966, encore pleine d'enthousiasme, de naïveté et d'émerveillement. Mais alors comment fait-elle pour se placer dans cette posture de retour sur soi, sur son passé ?

Anne Wiazemsky s’excuse d’abord auprès du public de toute éventuelle hésitation ou blancs possibles dans ses réponses. Selon elle, la difficulté vient du temps. Le projet d'Une année studieuse s'étendait au départ sur quatre ans, mais Anne rétrécit le sujet et fait le choix d'une année, l'année 1968. De plus, elle s'attache à ne pas être en avance sur le temps du récit, et opérer ainsi un décalage entre temps de l'écriture et temps du récit. Elle veut retrouver sa naïveté et son enthousiasme émerveillé, tout en faisant abstraction de ce que l'histoire ou les expériences lui ont appris par la suite. C'est cette forme d'écriture qui permet à son auteure de retrouver la jeune fille qu'elle était en 1966, et elle évoque par la même occasion le bonheur de retrouver ainsi des personnes disparues qui lui étaient chères. L'écriture est donc pour Anne Wiazemsky un vecteur lui permettant de revenir dans le passé grâce à des contraintes qu'elle s'est fixées, et d'éprouver la joie d'y rencontrer des personnes qui ne sont plus.
 
Dans un second temps est abordé le thème des rencontres. En effet, la vie d'Anne Wiazemsky est jalonnée de personnes qui joueront un rôle décisif dans ses choix.

Et tout d'abord nous commencerons par évoquer la rencontre avec Godard, la vraie, l'amoureuse. Car le cinéaste est déjà épris d'elle, mais Anne l'éconduit. Jusqu'au jour où elle voit Pierrot le Fou. Ce film est le véritable point de départ de leur relation, le déclencheur du coup de foudre artistique. Saisie d'une impulsion et d'une audace rare, elle écrit à Godard, par l'intermédiaire des Cahiers du Cinéma, pour lui déclarer son amour pour ce film et pour lui aussi, derrière. Pour elle, Godard est d'abord un homme de chair et de sang, et c'est lui qu'elle aimait, avant le cinéaste. Anne Wiazemsky dresse d'ailleurs dans son livre, un portrait de Godard très amoureux, possessif et jaloux, ne correspondant pas à l'image que nous en avons habituellement. Et Anne Wiazemsky surenchérit non sans humour, précisant qu'avec l'accueil de ce livre, elle s'est rendu compte que beaucoup d'hommes et de femmes aimaient Godard tout comme elle.
Jean-Luc-Godard-et-Anne-Wiazemsky-et-Godard.jpg
Est alors évoqué La Chinoise, film de Godard dont le tournage commence en 1967. Dans son livre, Anne Wiazemsky raconte l'influence du maoïsme sur Godard et l'impossibilité de tourner le film en Chine. Mais elle précise que Godard n'avait pas eu l'intention de tourner en Chine, il s'y est seulement rendu. Il voulait un film en noir et blanc, caméra à l'épaule, et dont le sujet principal serait elle, une étudiante en philosophie à Nanterre, véritable nid de Trotski-léninistes (selon lui). L'actrice de La Chinoise avoue que pour elle tout ça était un peu abscons, et tient à préciser qu'elle est arrivée après la Nouvelle Vague.
 
Une deuxième rencontre marquera sa vie, celle de Francis Jeanson, résistant pendant la guerre et philosophe ; il a également été proche de Jean-Paul Sartre et Albert Camus, participant à l'élaboration de la revue Les Temps modernes. Anne Wiazemsky lui vouait une grande admiration, mais elle n'était pas une étudiante modèle et venait de rater son bac. Lors d'un goûter organisé par son ami Antoine Gallimard, encore prise d'une étrange intuition et toujours armée d'un soudain courage, elle alla à la rencontre de Francis Jeanson. Elle lui expliqua qu'elle venait d'échouer au bac et lui demanda de l'aider à réviser son oral de philosophie. Elle précise que c'était pour elle une audace rare. Il a accepté. Elle aimait beaucoup son sens du dialogue. Et cette expérience enrichissante eut plusieurs conséquences : elle a eu son bac, mais s'ennuie désormais sur les bancs de la fac. En effet, l'auteure explique ensuite que Francis Jeanson se faisait beaucoup d'illusions sur elle, et voulait qu'elle continue la philosophie. Mais elle s'imaginait à la Sorbonne, en plein cœur du quartier latin, et pas à Nanterre, faculté récente, difficile d'accès, entourée de bidonvilles et ne disposant que d'une cafétéria pour tout le campus. De plus, l'auteure évoque la suprématie des professeurs qui régnaient encore à cette époque, les comparant à des mandarins.

Une autre rencontre compta dans la vie d'Anne Wiazemsky. Elle fit la connaissance, par l'intermédiaire de Godard, de Michel Cournot, critique de cinéma et de littérature. « C'est un des fantômes que j'étais contente de retrouver » (par l'écriture), répond Anne Wiazemsky. Si Francis Jeanson la guide jusqu'à l'université, Michel Cournot au charme décalé l'en détourne, lui affirmant, face à son ennui de se rendre aux partiels : « La vraie vie, celle que nous aimons, n'est pas là ». Anne Wiazemsky, avec toute la maturité acquise, précise qu'elle ne se vante pas de ne pas s'être rendue aux partiels, suivant les conseils de Michel Cournot. Mais elle n'avait à l'époque, aucune présomption politique de ce qui pourrait se passer par la suite, sinon elle se serait rendue aux partiels.
 
D'autres rencontres sont également importantes pour Anne. Ses seuls amis étudiants, à Nanterre, étaient Danny (Cohn-Bendit) et deux de ses camarades. Ils conseillaient de boycotter les examens en copiant sur les autres. Anne, se comparant à une taupe, ramenait les informations politiques à son mari Jean-Luc. Mais ni elle, ni lui, n'ont eu l'intuition politique que tout allait commencer avec eux en mai 68.
 
– « Et Juliet Berto ? »

Elle état actrice (elle a joué notamment dans La Chinoise de Godard), mais aussi metteur en scène de théâtre et réalisatrice de cinéma. Juliet Berto est morte très jeune, et Anne Wiazemsky l'a beaucoup aimée. C'est pourquoi c'était une chance pour elle de ne pas l'oublier grâce à l'écriture.

Il n'y pas que les rencontres qui comptèrent, il y a également sa propension à l'émerveillement et à l'admiration, et tout particulièrement pour Jeanne Moreau. « J'adore admirer, encore aujourd'hui » répond l'auteure, mais elle reproche aux journalistes en général de toujours évoquer Jeanne Moreau et jamais Anouk (sans doute Anouk Aimée) pour qui elle avait aussi beaucoup d'affection. Mais elle se plie tout de même au jeu de l'interview et évoque Jeanne Moreau. Ce qu'elle admirait chez elle, c'était autant son personnage que le raffinement de sa vie. Et Anne Wiazemsky, qui a connu Jeanne Moreau lors de tournages, évoque sa chambre d'hôtel, avec deux lits, un grand pour l'amour et un petit pour après, pour se rafraîchir sans se gêner. Il y avait aussi les pull-over à la taille de ses invités, quand les nuits étaient fraîches. D'ailleurs quand Jeanne Moreau a lu le livre d'Anne Wiazemsky, elle eut cette réaction : « Mais pourquoi a-t-elle oublié que j'avais plein de chiens ? » Mais Anne Wiazemsky avait également un chien, qui, un jour, mangea les pétunias de Jeanne Moreau. Oui, mais ce n'était pas grave, elle a dit qu'elle « adorait se lever le matin et planter les pétunias » !
 
Après les thèmes de l'écriture et celui des rencontres, la famille est alors évoquée, une famille dominée par la figure du grand-père maternel, qui n'est autre que François Mauriac. Son influence est fondamentale au sein du cercle familial, d'autant plus qu'il devient le tuteur d'Anne à la mort de son père. On l'a déjà constaté dans Jeune fille, François Mauriac est à la fois très autoritaire et tout à la fois empli de tendresse pour cette petite-fille avec qui il tisse des liens particuliers.

Anne évoque également les rapports conflictuels avec sa mère, suite à l'annonce de son mariage avec Jean-Luc Godard, beaucoup plus âgé qu'elle. Pourtant, quand sa mère rencontre son père (moment relaté dans Un enfant de Berlin), ce dernier n'était pas celui que l'on avait prévu pour la mère d'Anne, et elle sut imposer son choix, affronter sa famille. Mais lorsqu'il s'agit de sa fille, c'est comme si elle avait oublié ce moment. Anne Wiazemsky fait alors une belle réponse, évoquant tout d'abord son plaisir de décrire sa mère dans ses livres, elle en a fait l'héroïne de son roman Un enfant de Berlin. Elle lui a donné la parole. Puis Anne concède qu'elle n'était pas facile, elle ne correspondait pas aux attentes d'une famille comme la sienne, avec son chien, le cinéma et sa relation avec un homme plus âgé. Dans Jeune fille, Anne Wiazemsky évoque sa mère également, avec beaucoup de tendresse et un effort de compréhension. Sa mère voulait qu'elle fasse du cinéma, cela ne convenant pourtant pas à ses principes. Mais si son propre père François Mauriac, s'y était opposé, elle reconnaît elle-même qu'elle n'aurait pas eu la force de l'affronter. Anne Wiazemsky évoque dans son roman, avec humour, la venue de Godard pour demander à François Mauriac la main de sa petite-fille. Elle ne s'en souvenait pas, c'est son frère Pierre qui le lui a raconté, c'est pourquoi dans le livre elle lui donne la parole. Mais son grand-père ne pouvait nier une certaine fierté d'avoir comme gendre Jean-Luc Godard. C'était un honneur pour lui, curieux du monde et pas du tout conventionnel. On perçoit d'ailleurs déjà dans Jeune fille, une certaine envie de François Mauriac pour ce que vit sa petite fille, « on ne lui a jamais demandé du faire du cinéma, à lui! »

Mais François Mauriac est finalement peu présent dans Une année studieuse, et c'est son oncle qui prédomine davantage. C'est lui qui a montré à l'auteure que la voie la plus libre est celle de la réalisation de soi. Il avait placé la barre très haut, précise Anne Wiazemsky. On peut donc dire que son grand-père accordait peu d'importance aux conventions sociales. Peut-être que pour ses petits-enfants c'était plus facile, objecte Anne Wiazemsky. D'ailleurs quand il a donné son accord pour le mariage entre Godard et Anne Wiazemsky, les tensions au sein de la famille se sont apaisées. Il faut tout de même rappeler que Jean-Luc Godard, non seulement était plus âgé que la narratrice, mais qu'en plus il sortait d'un divorce, ce qui reste choquant pour une famille bourgeoise et catholique. Anne Wiazemsky, dans sa réponse, préfère évoquer les difficultés que rencontraient les jeunes femmes de son époque. La majorité était à 21 ans, la pilule n'existait pas et l'avortement était illégal. Une véritable terreur planait sur les amoureux, comme Anne l'explique, la terreur de tomber enceinte, car dans le milieu bourgeois, les amoureux se retrouvaient aussitôt coincés dans un mariage.

Le quatrième thème est celui de la liberté, de sa situation de jeune fille très libre au sein d'une famille catholique et bourgeoise. En effet on a d'elle, à la lecture de ce livre, une image de jeune fille affranchie des contraintes, qui fait le choix de prendre des positions qui ne séduisent pas toujours et qui avance dans la vie. Mais Anne Wiazemsky répond modestement qu'il lui semblait, à cette époque, faire un pas en avant, un pas en arrière. C'était l'âge, tente-t-elle d'expliquer, et si elle n'avait pas eu l'audace de faire ce film, elle savait qu'elle aurait eu une conscience aiguë du renoncement que cela aurait pu représenter.
 
Une question venue du public et qui amène le cinquième thème porte sur les cinéastes avec lesquels elle a travaillé, en commençant pas Godard, qui avait la réputation d'être très rude avec ses acteurs. Mais Anne répond qu'il a été très agréable avec toute l'équipe, sur ce tournage. « Sûrement parce que l'on n'était pas des stars ». Dans son souvenir tout s'est bien passé, mais elle précise que peut-être sa mémoire arrange tout. Pour raconter ce tournage avec Godard, Anne Wiazemsky évoque les souvenirs d'un technicien qui lui rapporta que Godard s'éclipsait avec elle pour discuter longuement, en chuchotant.

Avec Pasolini le tournage s'est également bien passé, car elle n'a jamais trouvé humiliant d'obéir. Pasolini apportait sans cesse des détails techniques, et à la fin du tournage ils se séparèrent sur un malentendu, sur l'idée faussement réciproque qu'ils ne pouvaient pas se supporter. Cela ne les empêchera pas de se retrouver, bien après le tournage de Théorème et de vivre une véritable rencontre amoureuse.
 
Enfin cet entretien littéraire se termine par une discussion sur l'écriture elle-même, dernier thème de cette rencontre. Tout d'abord, l'auteure précise que la fiction, en littérature, la libère. Car malgré une dimension fortement autobiographique, cette œuvre reste un roman. Par l'utilisation du genre romanesque, Anne Wiazemsky n'a pas cherché à traduire le vrai, mais le vraisemblable, en faisant référence aux souvenirs, en utilisant les mémoires d'un technicien, ou les récits de ses proches, ou encore en se référant à son propre journal intime. Mais Anne Wiazemsky n'écrit pas pour régler ses comptes, ça, elle le fait dans la vie. Écrire est un processus long, lent, et pesant, donc l'auteure n'a pas du tout envie de ressasser une rancœur pendant plusieurs années. « Même par rapport à votre mère ? », insiste le journaliste. Mais non, sinon elle n'aurait pas pu écrire Un enfant de Berlin. D'ailleurs Anne Wiazemsky s'est donné une véritable interdiction, celle de ne pas juger ses personnages, laissant au spectateur la liberté de le faire.
 
Une année studieuse  vient donc compléter Jeune fille. Après avoir relaté ses débuts balbutiants au cinéma, sous la direction de Robert Bresson et même sa toute première rencontre avec Godard sur le tournage de Au hasard Balthazar !, Anne Wiazemsky évoque cette fois sa relation avec Jean-Luc, l'homme de chair et de sang qui se trouve derrière Godard, celui dont elle parle encore avec respect et admiration, celui qui lui apprit l'amour et tant d'autres choses.


Marie, AS Bib.

 

 

 

Anne WIAZEMSKY sur LITTEXPRESS

 

 

Anne Wiazemsky Mon enfant de Berlin

 

 

 

 

 

 Article d'Agnès sur Mon enfant de Berlin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 07:00

David-Goodis-Nightfall.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

David GOODIS
Nightfall
Gallimard,1950,
Rivages/Noir 2009
nouvelle traduction
de Christophe Mercier


 

 

 

 

 

 

 

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David Goodis est né le 2 mars 1917 pour mourir le 7 janvier 1967 à Philadelphie, âgé de 49 ans, seul et dans l'indifférence générale. L'écrivain fut longtemps oublié aux États-Unis, son propre pays, mais reconnu en France comme un maître du polar, ayant participé à populariser le genre.

En 1938, il sort de l'université, un diplôme de journalisme en poche, et part s'installer à New York. Il débute alors sa carrière en écrivant pour les pulps (magazines américains très peu coûteux). Son premier roman, Retour à la vie, est publié en 1939 ; malgré un accueil plutôt positif par la critique, le succès commercial n'est pas au rendez-vous. Mais l'homme est décidé à vivre de sa plume, et ses efforts sont récompensés quand, en 1946, il publie son second roman, Cauchemar (en anglais Dark Passage). Et là tout s'enchaîne très vite : le livre est adapté au grand écran avec comme acteurs principaux les deux stars Humphrey Bogart et Lauren Bacall, sous le titre Les Passagers de la nuit en français, devenu aujourd'hui un classique du genre. La réussite du roman et du film lui vaut d'être embauché comme scénariste à la Warner Bros. Fort de ce succès, il publie l'année suivante Nightfall.
Dzvid-Goodis-3.jpg
Cependant, Goodis est un personnage très particulier, puisqu'il décide soudainement d'abandonner sa vie de scénariste hollywoodien et de retourner vivre chez ses parents à Philadelphie. C'est le début d'une longue descente aux enfers ; il sombre dans l'alcool, la solitude. Le mystère autour de sa vie est toujours présent, car encore aujourd'hui demeurent de nombreux trous dans sa biographie. Beaucoup ont d'ailleurs pu remarquer les similitudes que l'on peut retrouver entre la personnalité triste et perturbée de ses personnages principaux et la sienne ; peut-être a-t-il eu le désir de projeter sur le papier ses propres démons. Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site  www.davidgoodis.com (en anglais), très complet, qui réunit les nombreuses recherches effectuées sur l'auteur.

Certes, ses romans se vendent très bien aux Etats-Unis, mais c'est particulièrement en France que l'écrivain accède à une véritable reconnaissance littéraire, à travers la publication de ses œuvres dans la toute nouvelle collection de Gallimard, « Série Blême », puis « Série Noire » (Nightfall est publié pour la première fois en France en 1950). Goodis est là encore popularisé grâce aux adaptations cinématographiques telles que Tirez sur le pianiste par François Truffaud en 1960 ou un peu plus tard La lune dans le caniveau par Jean-Jacques Beinex en 1983.



L'histoire

Comme la plupart des autres héros de Goodis, James Vanning est un homme ordinaire, seul et triste, sans grande ambition, qui aspire à une meilleure vie. Mais un jour, tout bascule. C'est ce qui s'appelle se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Alors qu’il s’arrête pour porter secours à une voiture accidentée sur une route déserte, il s'avère que les blessés sont des gangsters en fuite venant tout juste de braquer une banque à Denver. Il se retrouve donc pris en otage et embarqué dans cette histoire. Puis, pour une raison qu'il ne comprend absolument pas, les malfaiteurs le laissent seul dans une chambre d'hôtel, avec pour seule compagnie la mallette du braquage contenant 300 000 dollars et un revolver chargé. Complètement paniqué, il s'enfuit avec les deux objets, mais se fait stopper dans sa course par un associé des gangsters, qu'il tue en situation de légitime défense. Le voilà en plus devenu un meurtrier. Alors il continue de courir encore et encore, jusqu'à bout de souffle, et surtout jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il n'a plus la mallette à la main. Convaincu, et à raison, que la police ne le croira jamais s'il leur raconte qu'il ne sait plus ce qu'il a fait des 300 000 dollars, il se réfugie à New York, se transformant en fugitif, tentant d'échapper à la fois aux forces de l'ordre mais aussi aux malfrats qui le poursuivent. À tout cela, vient s'ajouter une histoire d'amour qui n'est pas moins compliquée : sa bien-aimée Martha est-elle réellement sincère dans ses sentiments ou veut-elle le piéger pour le livrer à ses agresseurs.



Deux points de vue

Le récit adopte deux points de vue : celui de Vanning, qui tente désespérément de se souvenir du moment où il a pu faire tomber la fameuse mallette, mais aussi celui de Fraser, l'enquêteur chargé de procéder à son arrestation ; il ne l'arrête cependant pas, son instinct lui disant que l'homme aurait effectivement gardé l'argent pour lui, mais qu'il n'aurait pas le profil d'un meurtrier. Le choix de ces deux points de vue est intéressant, car cela permet au lecteur de se sentir impliqué dans le récit. On suit les réflexions de Fraser en sachant ce qu'il ne sait pas, en connaissant la vérité. Cela engendre même presque un sentiment de frustration et l'envie naturelle de souffler au policier que rien de toute cette histoire n'est réellement la faute de Vanning.



L'écriture

L'écriture de David Goodis se distingue par sa simplicité, des phrases souvent courtes qui vont directement à l'essentiel. Cela donne un style assez particulier à l'ensemble, dépouillé de toute fioriture, qui on le voit a fortement inspiré les cinéastes, dans sa capacité à décrire des événements à la manière d'une scène, d'une séquence cinématographique.

Enfin, en plus de cette écriture caractéristique des romans noirs de l'époque, on retrouve une certaine ironie ressortant du caractère même de Vanning. Le peu, voire le manque total d'espoir de s'en sortir vivant ou libre lui procure un regard très cynique sur sa situation.




Séphora Villeronce, 1ère année Édition-Librairie

 

 

David GOODIS sur LITTEXPRESS

 

  blonde_goodis.jpg

 

 

 

 

 

Article d'Anaïs sur La Blonde au coin de la rue 

 

 

 

 

 

 

 

David Goodis rue barbare

 

 

 

 

Article de Blandine sur  Rue Barbare

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 07:00

Raymond-Chandler-Les-ennuis-c-est-mon-probleme.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

Raymond CHANDLER
Les ennuis c'est mon problème
Pocket bilingue, 2011
nouvelle traduction de
Jean Sendy et J.-F. Amsel
in
Les Ennuis, c’est mon problème

intégrale des nouvelles

de Raymond Chandler

Omnibus, 2009



 

 

 

 

 

 

 

Raymond Chandler est né en 1888 à Chicago et grandit en Grande-Bretagne. Après avoir été journaliste dans un magazine londonien, puis poète et essayiste il retourne aux États-Unis à 23 ans. Il n'écrira plus une ligne pendant vingt ans. Durant la crise des années 1930, multipliant les absences à son travail, il sera renvoyé. Et c'est ainsi qu'en 1945, il décide de gagner sa vie par l'écriture. Entre 1936 et 1938, il écrit seize nouvelles dont la plupart seront des matrices de ses sept roman et qui feront de lui un des pères fondateurs du roman noir américain. A 55 ans, il fait ses débuts dans le cinéma, d'abord pour la Paramount puis pour Universal ; le scénario Play-Back à défaut de devenir un film sera son dernier roman. Il décède en 1959 en Californie.

Les ennuis c'est mon problème est la dix-huitième nouvelle de Chandler ; elle paraît en 1939, la même année que son premier roman Le grand sommeil. Dans Les ennuis c'est mon problème il met en scène pour la cinquième fois la détective John Dalmas, narrateur de l'histoire. Ce personnage principal présente toutes les caractéristiques du héros chandlerien : coriace mais sentimental, homme solitaire, plus intéressé par la justice que par l'argent. Dans la présentation de la nouvelle, Jean-Pierre Bernam écrit :

« c'est là un des traits – mainte fois imité par la suite – qui différencie Chandler des auteurs de littératures policières de son époque : plus qu'à la solution d'un énigme il s'attache – en utilisant son héros – à mettre en lumière la vérité, et tout particulièrement celle de ses personnages, principaux ou secondaires. »



Un père, M. Jeeter engage un détective, John Dalmas. Il soupçonne sa belle-fille, Harriett Huntress, d'en vouloir à son fils adoptif, Gérald, qui vient de toucher un héritage et de travailler pour Marty Estel, un joueur professionnel à qui Gérald doit de l'argent.

John Dalmas commence son enquête par une visite à Arbogast, un privé qui a travaillé sur l'affaire, mais en arrivant à son bureau il le trouve assassiné. Il décide alors de partir pour l'hôtel où habite Harriett Huntress avec qui il ne discutera pas longtemps car Gérald va faire son apparition et coupera court à la discussion entre les deux protagonistes.

En rentrant chez lui après ces deux échecs, il se trouve nez à nez avec deux hommes, Frisky et Waxnose Lavon qui lui disent de « laisser tomber le môme Jeeter ». Dalmas commence à se poser des questions : qui a bien pu engager ces deux hommes ? Pour lui ça ne peut pas être Marty Estel ; pourtant il ne voit pas qui cela pourrait être d'autre.

Selon les ordres reçus, il part chez M. Jeeter qui lui envoie son chauffeur. Les deux homme n'arriveront pas à destination, car ils seront attaqués par Frisky et Waxnose ; le chauffeur tuera un des deux hommes pour se « défendre ». Dalmas fait demi-tour et rentre chez lui. C'est alors que M. Jeeter l'appelle pour lui dire de suivre ses ordres.

Soupçonné du meurtre de Frisky, Dalmas est interrogé par la Criminelle. Car « quelqu'un a appelé en conseillant de dire à la criminelle que s'ils veulent savoir qui a descendu Frisky Lavon ils n'ont qu'à demander à un privé, John Dalmas ».

Il se rend une nouvelle fois à l'hôtel d'Harriett Huntress où il rencontre Marty Estel, seul dans la chambre en train d'attendre Gérald. Il veut le mettre sous protection pour être sûr qu'il ne lui arrive rien et toucher son argent. Une fois Marty Estel parti, Dalmas se lance dans une inspection de la chambre et découvre dans un placard, le cadavre de Gérald.

« Ainsi en fin de compte il ne verrait pas la couleur de ses 50 millions de dollars, pas plus que qui que ce soit d'autre, et Marty ne récupérerait pas ses 50 000 dollars. Parce que le jeune Gérald était mort. ».

Il trouve à côté du corps, le revolver de Harriett Huntress. Donc tous les soupçons convergent vers elle. Il part chez M. Jeeter pour lui annoncer la nouvelle, ainsi qu'à Harriett Huntress et au chauffeur qui sont également présents. Sachant qui est le meurtrier ,il va exposer aux trois les différents éléments de l'enquête pour arriver aux véritable meurtrier.

Jusqu'au dernier moment Chandler va nous faire croire que Harriett Huntress est l'assassin, car si elle ne travaille pas pour Marty Estel, elle veut se venger de M. Jeeter qui a causé la ruine de son père. Mais comme dans la plupart de ses nouvelles, Chandler nous dévoile à la dernière page le vrai visage de l'assassin, en montrant de façon logique pourquoi il l'a fait.

La chute paraît tout à coup évidente, mais il a l'art de nous faire mettre le doute sur chaque personnage, Harriett Huntress avec le revolver retrouvé à côté du corps de Gérald ou encore Waxnose Lavon dont le rôle reste flou tout au long de l'histoire. On émet des doutes sur chacun sauf sur l'assassin en question. Éclairé par les derniers éléments apportés par l'auteur, le lecteur voit toutes ses hypothèses voler en éclats.

Chandler par la finesse de ses descriptions arrive à nous faire visualiser non seulement le physique mais aussi la comportement des personnages, ainsi que l'environnement dans lequel ils évoluent.

Par ces descriptions il arrive à transcrire l’atmosphère particulière des romans noirs. Comme le dit Jean-Pierre Bernam,

« Dès le départ le ton est donné, la silhouette des personnages même de second plan, brossée avec précision, vigueur, lucidité et humour, prend vie, l'espace – appartement, hall d'hôtel, officine de privé – s'anime. »


Lucie, 1ère année Bib.

 

 

Raymond CHANDLER sur LITTEXPRESS

 

 

Raymond Chandler sur un air de navaja 1

 

 

 

 

 

Article de Marion sur The Long Good-Bye (Sur un air de navaja).

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 07:00

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Jack London et Martin Eden

Jack-London-Martin-Eden.jpgMartin ou Jack, cela n’a finalement que peu d’importance. Les deux ont eu les mêmes aspirations, les mêmes espoirs. Deux vies aussi fascinantes l’une que l’autre, révélatrices d’un esprit accompli, d’une vie exceptionnelle. Nés au même endroit, suivant une même voie.

Martin Eden est le porteur des idées de Jack London. Et cela commence par l’idée que Martin se fait de ce que doit être sa vie : il doit s’élever au-dessus de sa condition natale pour entrer chez les lettrés et autres bourgeois de l’époque. Car l’un n’allait pas sans l’autre, selon lui. London a commencé par vouloir renier sa nature de hobo pour pouvoir s’asseoir aux côtés de Mabel Applegarth – « She was of refined intelligence, of English descent. And he was a rough guy, a sailor »1–, qu’il a d’ailleurs rencontrée par l’intermédiaire du frère de celle-ci, tout comme Ruth apparaît à Martin dans le roman. Ensuite, tout comme Martin Eden, il déchante vite et revient aux fondements de sa vie, de ses valeurs. Le prolétariat, d’abord aveuglé par la richesse, est ramené à la réalité par l’arrogance et le mépris condescendant que lui manifeste la classe dominante : le discours de Marx transparaît ici.

Débute alors un travail de longue haleine, pour gagner enfin la reconnaissance du public : il sent en lui un roman, attendant seulement qu’un peu d’entraînement lui permette de l’exprimer. L’écriture est pour London « une forme de production dans le marché capitaliste » (Début de siècle, début de carrière, Jonathan Auerbach).

L’écrivain doit faire en sorte que son nom devienne synonyme de qualité, de littérature… En réalité le texte et sa qualité ne sont que des prétextes pour hisser leur auteur au premier rang, seul argument qui décidera les lecteurs à le lire. L’écrivain doit donc mettre en place une « stratégie commerciale », il doit savoir se vendre. C’est ce qu’ont fait Eden et London à leurs débuts, envoyant sans relâche une quantité industrielle de nouvelles, articles aux journaux, afin de commencer à faire connaître leur nom. Ils s’obstinèrent tous les deux de longs mois, comptabilisant chaque envoi, chaque timbre, calculant les coûts de revient, la rentabilité de leur production… Ils ne supportaient pas de gâcher cinq minutes de leur vie, et Martin dormit donc à peine cinq heures par nuit. Les « aigles des dollars » se métamorphosèrent en « victoires ailées » aux yeux de Martin Eden et ainsi crut-il se rapprocher de celle qu’il aimait.

Ruth Morse symbolise à elle seule la classe bourgeoise de la fin du XVIIIe siècle. Son prénom n’a pas été choisi par hasard puisqu’il signifie « compassion » en hébreu, d’après l’histoire biblique d’une Ruth déchue et devenue pauvre avec la famine. Cette signification est tournée en dérision par London, car sa Ruth est condescendante, et les sentiments d’affection et de compassion qu’elle croit ressentir envers Martin sont faux. En effet elle essaie d’imiter la Ruth biblique, mais son éducation et son environnement social font d’elle une jeune fille pleine de préjugés à l’encontre des moins aristocrates qu’elle, et malgré les émotions positives qui l’animent à l’égard de son nouveau jouet, elle le regardera toujours de haut. Ses préjugés l’empêchent d’admettre que Martin puisse finir par la surpasser intellectuellement. Tout ce qu’il cherchera à lui faire comprendre sera toujours masqué et déformé par ses idées préconçues.

Le prénom et le nom de Martin Eden viennent quant à eux de Mars, dieu de la guerre, et du jardin d’Eden, le paradis terrestre introuvable et sacré. Les deux se contredisent et s’opposent. Peut-être cela indique-t-il que le héros, malgré sa quête, sera toujours incapable de trouver la paix, ce qui expliquerait sa fin tragique. Jack London nous montre ici sa vision de la condition humaine : l’homme est confronté à une contradiction qui, s’il ne trouve pas l’équilibre, le détruit. La force et la violence du premier terme doivent servir à atteindre la beauté du second. De plus l’Eden abrite, dans la légende, l’arbre de la connaissance, ce que Martin croyait chercher, alors qu’en réalité il voulait seulement se rapprocher de Ruth et se sentir égal à elle. À mesure qu’il apprend, qu’il se cultive, sa connaissance du bien et du mal se précise, et alors il entrevoit cette vérité : son obstination à acquérir une notoriété faite de culture n’avait pour but que de satisfaire sa fierté et son arrogance, lui qui voulait tant intégrer cette classe sociale qui le méprisait. La fin du roman marque le début de sa lucidité complète et du nouveau regard qu’il porte sur ses propres actions et sur le monde qui l’entoure, le menant à l’abnégation totale, à la libération, au suicide.



Le Talon de Fer

jack-london-le-talon-de-fer.gifEn 1908, Jack London publie Le Talon de Fer. Aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre d’anticipation politique, l’intrigue de ce livre nous décrit les rouages d’un système totalitaire dans ses plus infimes détails, bien  avant que ces derniers n’apparaissent.

Jack London y annonce le déroulement des trois prochains siècles. Une guerre mondiale devrait avoir lieu mettant principalement aux prises l’Allemagne et les États-Unis, la révolution d’Octobre aurait lieu à Chicago. D’après l’auteur, cette révolution devrait avoir lieu en 1917… Tout cela dans le contexte d’un système totalitaire, d’une dictature qui perdurera pour les 300 prochaines années.

Au cours du vingtième siècle, cet ouvrage sera célébré par plusieurs grands noms d’Europe. Léon Trotsky admet son admiration pour l’auteur : « Dès 1907, London avait prévu le régime fasciste comme l’inévitable résultat de la défaite de la révolution prolétarienne. Nous ne pouvons que nous incliner devant la puissante intuition de l’artiste révolutionnaire. »

En France, Anatole France ou encore Paul Vaillant-Couturier acclameront également ce texte.

Dans un manuscrit retrouvé en 2368, Avis Everhard nous dit qu’elle va nous raconter les événements qui ont eu lieu pendant la révolte socialiste du début du vingtième siècle. C’est avant tout l’histoire d’Ernest Everhard, orateur hors norme et chef de file du mouvement contestataire socialiste qui se dresse à mesure que la « dictature totalitaire » se met en place. Cet homme, c’est son mari, l’amour de sa vie.

En faisant en sorte que l’histoire nous soit rapportée par ce personnage, London peut décrire son héros comme un être intouchable, exceptionnel. Car l’angle sous lequel il apparaît est purement subjectif. C’est une déclaration d’amour post-mortem. La mauvaise foi est donc autorisée.

Ce mécanisme crée aussi une distance avec Ernest Everhard. On le suit comme Avis le suivait. Si elle ne le voit pas pendant trois mois, nous ne savons pas ce qu’il fait pendant ces trois mois. Cette attente, cette absence de narrateur omniscient qui nous décrirait ce qui se passe dans l’esprit d’Ernest et nous pousse à nous demander ce qu’il peut bien faire pendant ces longs mois où ses activités nous sont inconnues est un procédé très efficace pour nous mener, nous aussi, à l’admiration d’Ernest, qui reste à nos yeux un personnage distant dont de nombreux secrets restent à découvrir.

Jack London présente ce récit comme authentique. Écrit au futur, il revient sur ces événements de façon presque universitaire, il veut nous transmettre, tel un livre d’histoire, un témoignage de cette dure époque qu’était la Commune de Chicago durant la révolte socialiste.

Pour authentifier son texte, il utilise un certain nombre de techniques. On trouve notamment de nombreuses notes de bas de page, qui racontent l’histoire de tel personnage ou de tel politicien imaginaire. Ces notes auraient été ajoutées au manuscrit d’Avis, au cours du XXIVe siècle. À nous de comprendre qu’elles ont été rédigées avec un recul de 400 ans. Par conséquent, elles sont à prendre très sérieusement puisqu’elles découlent de 400 ans de recherches historiques et de découvertes inédites qui étaient, à l’époque de la rédaction du manuscrit, probablement inconnues d’Avis elle-même. Ces descriptions font référence aux personnages comme si tel ou tel homme avait véritablement existé. Et il a existé, dans l’histoire que nous conte Jack London. Tous ces destins parallèles, présentés comme faisant partie du paratexte, donnent vie à ce récit qui semble soudain très réaliste. Surtout pour nous, lecteurs du vingt-et-unième siècle, capables de voir quelles intuitions étaient justes.

Elles ajoutent enfin un troisième point de vue. On nous présente tout d’abord le destin d‘Ernest, ses idées et son combat contre ces « fascistes » avant l’heure. On nous le décrit d’un second point de vue, assez distant, celui d’Avis, qui boit toutes les paroles de son homme et les retranscrit. Mais, avec ces notes, il faut comprendre que ce texte a été relu et complété par un lecteur vivant 400 ans plus tard. Ce correcteur y a ajouté tous les éléments essentiels à la compréhension de cette œuvre, quand bien même on ne connaîtrait pas les acteurs de la révolte qui sont évoqués au cours du récit. C’est donc, globalement, un texte issu de deux relectures de la vie d’Ernest. Ce procédé est utilisé pour authentifier l’histoire et nous prouver qu’elle est véritable.

La capacité de London à anticiper de nombreux événements du siècle à venir, son flair pour situer la révolution d’Octobre en 1917 par exemple, nous invite à découvrir un nouvel aspect de l’auteur. Fin observateur du monde politique de l’époque, Jack London a lui aussi été militant socialiste. Il adhère au Socialist Labor Party en 1896 et s’est présenté aux élections municipales d’Oakland, sa ville natale, en 1905.



Le Vagabond des étoiles

Jack-London-Le-vagabond-des-etoiles.gifLe Vagabond des étoiles est publié en 1915. Ce récit se distingue par l’ambivalence de ses deux thèmes principaux qui combinent la dénonciation concrète d’une réalité sociale d’un côté et un hommage pur aux pouvoirs de l’imaginaire de l’autre.

L’histoire se déroule à San Quentin, dans la cellule du héros Darrell Standing. Ce dernier est enfermé, condamné à mort, attendant sa sentence. Le maton en chef l’a pris en grippe. À travers cet acharnement du gardien de prison sur notre héros, Jack London peut introduire une description détaillée et très critique du traitement des prisonniers au début du XXe siècle, dans les prisons américaines
.
Le narrateur s’adresse très souvent au lecteur, procédé répandu pour aider le lecteur à s’identifier au héros et à le plaindre pour les tortures dont il est victime. Darrell Standing est brave et tient tête au maton, n’hésitant pas à se voir infliger deux semaines de camisole supplémentaire pour préserver son honneur. Évidemment, cela ne fait qu’entretenir l’admiration du lecteur, qui ne peut désormais que soutenir son héros, le « gentil » prisonnier face aux « méchants » matons.

De façon globale, ce roman cherche à dénoncer en premier lieu l’utilisation de la camisole, instrument de contention utilisé à l’origine dans les asiles psychologiques, puis étendu aux prisons. Suite à la publication du Vagabond des étoiles, les débats et polémiques déclenchés ont mené à l’interdiction de l’usage de la camisole de force pour les détenus de droit commun aux États-Unis.

Pour survivre à ses séjours réguliers au cachot, sous l’emprise d’une camisole, Darrell Standing développe une technique particulière. Il se plonge à l’intérieur de son corps, oubliant tout ce qui l’entoure, la pièce tout d’abord, les sons, puis son propre corps, qui ne devient, à ses yeux, qu’une prison supplémentaire. Une fois plongé à l’intérieur de lui-même, il revit les différentes existences qu’il a eues avant celle-ci, dispersées en tous temps et en tous lieux. Elles lui permettent de rencontrer Jésus, de se faire poursuivre en caravane par les Mormons dans le grand Ouest américain ou encore de prendre la peau d’un pirate viking. Ce livre est un hommage à l’esprit et à sa supériorité sur le corps. Avant tout, à sa capacité de se détacher du corps.

Ce que Jack London nous dit, c’est qu’en 2000 ans d’histoire, il a changé de corps à de nombreuses reprises, mais toujours avec, si ce n’est un esprit commun à toutes ces vies, une mémoire intacte. Avec cet ouvrage, Jack London met en place un récit qui combine merveilleusement la réalité physique de la vie de Darrell Standing et ces échappées imaginaires comme alternative salvatrice à sa condition. Quelle déception alors de découvrir, dans la préface de l’édition Libretto, cette lettre envoyée par London après avoir rédigé ce texte :

« Ma chère maman, voici tout l’argument de ton parti selon lequel seul l’esprit persiste tandis que la matière périt. Je me sens très coupable de l’avoir écrit car je n’en crois rien. Je crois que l’esprit et la matière sont si intimement liés qu’ils disparaissent ensemble quand la lumière s’éteint. »



Le Nord, la dernière frontière

L’appel de la forêt, 1903

Jack-London-L-appel-de-la-foret.jpgNous sommes dans le Grand Nord, la dernière frontière qui résiste aux hommes. Le Klondike est à l’époque, dans l’imaginaire collectif, le dernier grand territoire vierge de toute trace humaine. Ici se dessine déjà un des messages de Jack London : ce territoire était loin d’être inhabité, il était en réalité parsemé de tribus indiennes indigènes, habituées à vivre au plus près de la nature. Mais l’homme blanc ne considère pas ces hommes comme étant encore à l’écoute de la terre, comme une humanité, et les méprise, convaincu que celui qui est resté près de la terre est resté animal. Et l’animal n’est pour ces chercheurs d’or qu’un esclave. Tout le roman tend donc à démontrer le contraire…

Le juge Miller, riche habitant de Haute-Californie, possédait un chien immense, robuste et farouche qui lui fut dérobé par un des ses domestiques. Afin de rembourser une dette de jeu, Buck fut donc donné puis vendu à un dresseur indien de chiens de traîneau. À l’époque de la ruée vers l’or, les chiens, comme lui sains et forts, étaient très recherchés et Buck va connaître plusieurs propriétaires cupides, sous le joug desquels il va apprendre la loi du bâton, les règles de la survie dans une meute en permanence affamée. Puis vint John Thornton, un homme bon et juste, auquel Buck s’attache. Tué quelque temps plus tard par une tribu indienne, incarnation de la colère qui gronde dans les cœurs à cette époque, la mort violente de Thornton réveille alors en Buck les instincts d’une nature trop longtemps réprimée alors qu’elle était excitée par les mauvais traitements des ses anciens maîtres : une rage incontrôlable déferle en lui et ce sont tous ses ancêtres qui appellent alors en même temps à la vengeance… Buck tue plusieurs Indiens et s’enfuit pour trouver l’origine de ces voix. Le Wild, dont il entendait parfois le hurlement à la nuit tombée, l’a gagné à sa cause. Il rejoint une meute de loups et, jouant de sa stature impressionnante, de son expérience des hommes et de leur volonté de domination, il finit par devenir le mâle dominant de son groupe.

London expose ici sa vision de l’homme tel qu’il devrait être : non pas orgueilleux, mais ouvert à la sagesse naturelle des Indiens. En effet, Buck la possède aussi et sa réussite prouve qu’il devrait en être ainsi. L’homme blanc tente d’être rationnel et progressiste alors que dans l’environnement du Wild, seule la capacité à s’adapter et à apprendre de ceux qui vous entourent peut vous aider.

On note donc une forte contradiction de la pensée de London avec celle des penseurs européens persuadés que la Nature est inférieure à la Culture, qu’elle en est la mère, mais pas l’égale. Pour London la culture, c’est-à-dire l’intelligence et l’esprit sont intrinsèquement liés à la terre mère, à la matière. Il n’y a pas d’opposition, la Culture (notre esprit) est constamment en train d’apprendre de la Nature. Et cette dernière possède la sagesse immémoriale essentielle à la survie, qui se mue en vie lorsqu’une culture se crée et s’élève. L’une sans l’autre est inenvisageable.

Buck est l’incarnation de cet alliage parfait : son nom désignait même à l’époque un jeune homme impétueux et vif, résistant, prêt à contrer n’importe quel obstacle. Il signifiait aussi « dollar »... Ce nom est apparu dans les années 1855 et 1860, de buckskin, qui désignait les peaux de cerfs utilisées par les Indiens et les hommes blancs comme monnaie d’échange. Le nom de Buck recouvre donc tous les aspects de sa vie.

Pour écrire cette histoire, Jack London s’est appuyé sur sa propre connaissance de ce monde sans pitié, puisqu’il est parti en 1897 à la suite des ambitieux chercheurs de filons.

De plus le comportement de Buck et de ses semblables s’appuie sur la réalité : non seulement de ce qu’il a vu, mais aussi de ce qu’il a lu. En effet, l’auteur de My Dogs in the Northland publié en 1902, Egerton Ryerson Young, l’a même accusé de plagiat, ayant remarqué que Buck adoptait les mêmes attitudes que celles qu’il avait décrites dans son témoignage. Ce à quoi London a répondu que la réalité est légitimement admise par les auteurs de fiction comme source de leur inspiration… et qu’il ne pouvait donc y avoir plagiat. Il a tout de même reconnu publiquement avoir lu l’ouvrage.



Parole d’homme, Histoires du Pays de l’Or, 1909

parole-d-homme.jpg« Une éthique du monde sauvage », c’est ainsi que l’éditeur qualifie ce recueil. Ce sont les vies des quelques rares hommes qui, installés derrière la dernière frontière, se doivent de réussir à survivre afin de ne pas laisser leur place, si unique car appartenant à un univers presque magique. Leurs vies, qu’ils mènent de façon si individualiste, sont dépendantes les unes des autres. Pourtant ils le nient.

Pour illustrer ce paradoxe, la nouvelle emblématique du recueil, « Parole d’homme ».


Pentfield et Hutchinson, deux jeunes millionnaires encore inconnus car enfouis sous la neige des abords du Yukon, décident de jouer aux dés : le gagnant aura le privilège pourtant peu convoité de repartir vers « le pays de Dieu » et ainsi de préparer leur retour. Pentfield perd, et demande une faveur à son frère, son compagnon de toujours : lui ramener sa fiancée, qui attend déjà depuis deux longues années. Ils se font confiance, et les deux honnêtes jeunes hommes n’ont aucune crainte ou arrière-pensée le jour du départ.

Hutchinson part et arrivé à San Francisco, il donne des nouvelles, indiquant qu’il a trouvé la fiancée, Mabel Holmes, dans Myrdon Avenue, qu’il se prépare pour le retour. Mais les mois se succèdent, Pentfield amoureux construisant la cabane pour sa dulcinée et Hutchinson ne parlant que du temps qu’il passe dans Myrdon Avenue, sans tarir d’éloges sur la jeune femme… n’évoquant ni une date de retour probable, ni la visite qu’il devait rendre à ses parents. Pentfield finit par s’impatienter mais ne perd pas courage, ayant pleinement confiance en son partenaire.

Puis vient un jour la nouvelle par les journaux : Mr. et Mrs Hutchinson, anciennement Mabel Holmes, partent en voyage de noces pour le Klondike. Ébranlé, Pentfield finit par épouser Lashka, une squaw.

Et c’est alors qu’au détour de la piste, il croise Hutchinson, Dora Holmes et Mabel Holmes : les deux premiers sont mariés, le journal avait commis une erreur. Regrettable. Et Pentfield de froidement expliquer sa situation, et de continuer son chemin, dévasté.

Le Nord est isolé et sans pitié, glaçant les cœurs et tuant les espoirs, fracassant les amitiés par la distance. Voilà la ruée vers l’or de London, sacrifiant aux ambitions l’espoir d’une vie chaleureuse. Et de tout cela, London dit dans la nouvelle qui ouvre le recueil, qu’il s’« en lave les mains. [Il] refuse d’assumer la paternité de cette histoire et ne [veut] nullement en prendre la responsabilité. » Il n’est donc pas question de fiction, ni de témoignages romancés et peut-être dramatisés. C’est la vérité pure et blanche d’un quotidien cruel. Cette entrée en matière confirme l’idée de London selon laquelle la réalité dépasse la fiction, lui étant supérieure en émotions et surprises : « j’ai fait figurer en tête de ce texte […] l’affirmation solennelle de sa véracité, si bien que j’ai confiance, personne n’y croira. C’est trop réel pour être vrai. » (Strangerthan Fiction, in Critic, 1903)



La mer

Le loup des mers, 1904

Jack-London-Le-Loup-des-mers.gifAmbrose Bierce, à propos du Loup des mers, déclare :  « The great thing—and it is among the greatest of things—is that tremendous creation, Wolf Larsen... the hewing out and setting up of such a figure is enough for a man to do in one lifetime... The love element, with its absurd suppressions, and impossible proprieties, is awful. »

Loup Larsen, au nom tranchant et évocateur, est l’ogre, le prédateur furtif et puissant, seul maître à bord de son phoquier. Un esprit vif et unique, une pensée nourrie au sein des plus grands philosophes de son temps, ce dernier n’a rien à envier en force et en autorité au corps qu’il habite. Les deux se conjuguent parfaitement, pour la plus grande frayeur de Humphrey Van Weyden.

Ce jeune homme délicat, habitué aux rêveries cultivées que son origine sociale lui permet, n’avait jusque-là envisagé le métier de marin que de façon romantique et vagabonde, la métaphore vivante de l’homme libre de voguer sous un vent meilleur. Pourtant cette vision va voler en éclats lorsque son destin, qui paraissait évidemment bourgeois, est percuté violemment par un autre ferry. Le navire sur lequel il se trouvait pour une banale traversée de la baie San Francisco fait naufrage. « Recueilli » par la goélette de Larsen, il est enrôlé contre son gré comme mousse et malgré ses revendications et plusieurs altercations avec le capitaine, il est forcé de faire route vers le Japon.

Commence alors une longue lutte entre deux esprits convaincus de leur droiture et peu enclins aux compromis. Van Weyden ne se fait pas à la rudesse de la vie marine, et critique violemment la toute-puissance sur son équipage de cet homme, qui ne craint ni de régner seul, ni de tuer pour en conserver le droit. Profondément athée, Larsen effraie Van Weyden, car il assume pleinement sa condition humaine : vie misérable et mort inévitable. Le nouveau mousse n’accepte pas la solitude qu’engendre l’inexistence de Dieu, et reste angoissé par la responsabilité qu’il aurait alors entre ses mains : sa propre vie, dont il ne sait pas s’il devrait, puisque Dieu n’est que chimère et garde-fou, la conduire vers le bien, ou son propre intérêt… Le capitaine a choisi la deuxième possibilité et la débauche de violence et de majesté animale qui s’en dégage lui paraît contre-nature, immorale.

Les deux opposés se sermonnent l’un l’autre et l‘équipage, qui voit pour la première fois une âme tenter de s’élever contre une tyrannie oubliée tellement elle était omnipotente, se réveille lui aussi ; ce sont les cœurs les plus purs qui essaieront tout d’abord de s’échapper. Mais la mutinerie n’a pas de prise sur Larsen, car la cruauté est son élément. Il tue alors ceux qu’il va trouver sur son chemin. Plusieurs meurtres ont lieu tout au long du roman, un huis-clos dont on connaît déjà les victimes car on connaît le tueur… D’autant plus angoissant puisque aucune justice supérieure (ou extérieure au bateau) ne fait d’apparition spontanée : on sait maintenant qui avait la préférence de Jack London, Loup Larsen et l’intrinsèque solitude de l’homme, sans maître et sans remords.

Pendant ce temps le petit mousse de la bourgeoisie s’étoffe, forcit et devient un homme, un marin respectable et efficace en plus d’être extrêmement cultivé, devenant le reflet toutefois plus pacifique du Loup.

Cette intrigue était déjà bien intéressante étant donné le combat physique et moral que se livrent les deux adversaires, mais non, il en fallait plus, il fallait un réel enjeu pour pimenter le débat et faire du Loup des mers ce qu’a priori il n’était pas : une histoire d’amour.

Entre en scène Maude Brewster, alter ego de l’ancien Van Weyden, fragile et bien-pensante, écrivaine en herbe. On aperçoit encore sous cette énième fantaisie Mabel Applegarth, l’amour de Jack London. Cette beauté intellectuelle a aussi fait naufrage et arrive au cœur de la bataille acharnée que livre Humphrey pour apporter la paix sur le navire. D’abord fascinée et hypnotisée par la magnificence brute de Larsen, sa raison lui souffle tout de même la « bonne » réponse et elle choisit Van Weyden, qui, à ce stade de ce roman d’apprentissage peu conventionnel, a pris sa décision. Larsen, voyant sa proie lui échapper pour s’enfuir dans les bras de son ennemi, le pousse à envisager la désertion : Van Weyden et Brewster prennent le large… sans réserves de nourriture, dans un petit canot de pêche. Et accostent finalement sur un îlot de rocaille glacé où ils survivront grâce à l’importante colonie de phoques installée là.

Loup Larsen meurt de violents maux de têtes peu après les avoir retrouvés, seul survivant d’une tempête. Le couple en devenir est finalement sauvé.

Le Loup des mers est une immersion brutale dans ce qui a fait le quotidien de Jack London lorsqu’il était marin, et est aussi l’occasion pour lui de faire l’apologie des valeurs qu’il défend. La force mentale, l’agilité intellectuelle et bien sûr l’amour ! Le respect de la femme, entre autres choses, apparaît ici comme un thème central du roman, et ouvre la voie à la longue tirade enflammée dédiée aux relations homme-femme à la fin du Vagabond des étoiles.

De plus il est l’exact inverse de l’évolution qu’ont subie Jack London et son double autobiographique, Martin Eden. En effet ces deux derniers, partis d’une reconnaissance physique (le don pour la lutte d’Eden) ont travaillé pour s’élever au rang de ceux qu’ils croyaient supérieurs, pour finalement prendre conscience de la futilité de leur monde, et retourner au valeurs terrestres et humaines du peuple. Van Weyden est parti de ce monde de vanités pour se raccrocher à la terre.

Tel est le message de London.



Contes des mers du Sud (1911)

Jack-London-contes-des-mers-du-sud.jpgNous avons choisi de ranger les Contes des mers du Sud dans la partie consacrée aux écrits maritimes de Jack London. En effet, la plupart des nouvelles qui composent ce recueil ont lieu dans les îles du Sud ou à bord d’un navire. Cependant, ce recueil est avant tout un plaidoyer virulent pour la sauvegarde de la culture aborigène et une condamnation de l’arrivée des Blancs dans les îles qui ont tenté, très souvent de façon réussie, d’y imposer leur marque. On pourrait parler de colonialisme à petite échelle. Ces histoires nous racontent des microsociétés menacées par une poignée de marins occidentaux.

London choisit les exemples précis de certains hommes allant remettre en question toute l’organisation des tribus aborigènes dans lesquelles ils arrivent. La façon dont ce texte est présenté introduit le narrateur, contant des récits presque légendaires et mythiques tant ces petits héros atteignent une dimension emblématique des envahisseurs d’un côté, et des sauveurs d’une civilisation en péril de l’autre.

On nous présente une tradition quasi mythologique avec des hommes cannibales, collectionneurs de têtes, des rois, des sorciers, et les origines naturelles de tout un nombre de croyances que nous, Européens, pourrions juger futiles.


Anne-Laure et Loïk, 2e année Éd.-Lib.

Note


1 « I inquired about the life of Mabel Applegarth. "Jack London adored her," said Bess, "but both of them were very different. She was of refined intelligence, of English descent. And he was a rough guy, a sailor," she said. "They belonged to different classes," Bart added. Bess continued. "Father had been reading a lot in his youth, but his speech revealed folk dialect, and Mabel, whom he met through her brother, tutored him in literary English and, together with her brother, she taught him good manners. Martin Eden is a realistic and autobiographical book. »

http://www.jacklondons.net/writings/Bykov/ihs_chapter27.html

 

 

 

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

 

Jack London Croc-blanc01

 

 

 

 

Article de Yaël sur Croc-Blanc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Jack London Le peuple d'en bas

 

 

 

Article d'Esilda sur Le Monde d'en bas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


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Published by Anne-Laure et Loïk - dans fiches de lecture AS et 2A
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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 07:00

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Jack LONDON
Croc-Blanc
Titre original
White Fang, 1906
Traduction
Daniel Alibert-Kouraguine
Le Livre de poche,
Collection Les classiques de poche, 1995




 

 

 

 

 

La loi du Wild

Dans le Wild glacé de la terre du grand Nord, une louve attire, pour nourrir la meute affamée, des chiens de traîneau reposant près de leurs maîtres. Après avoir dévoré chiens et hommes, la troupe se sépare. La louve met au monde cinq louveteaux, dont un seul survit malgré l’aridité de la famine : Croc-Blanc.

Laissé seul pendant les longues heures de chasse de sa mère, il découvre le Wild, immense et sans frontière, rencontre toutes sortes d’animaux, certains plus menaçants que d’autres :

les hommes.



Lui et sa mère seront arrachés à la liberté sauvage et soumis à la bestialité cruelle de l’homme et de ses chiens. Il apprendra à connaître les règles imposées par ses « dieux » au péril de sa vie jusqu’au jour où le maître prendra une nouvelle dimension, l’arrachera au « dieu de haine » et lui fera connaître une notion étrangère jusqu’alors :

 l’amour.



Jack London a écrit ce livre en 1906 et s'inspire de ses expériences vécues lors de la ruée vers l'or du Klondike. Il nous offre son point de vue sur les différentes sociétés existantes à travers principalement les yeux de Croc-Blanc.

Dans cette œuvre, Jack London nous glace par la neutralité du narrateur. Loin d’installer une distance, la cruauté objective qui frappe Croc-Blanc nous saisit d’effroi. L’horreur se fait parfois timide comme par pudibonderie ou se dévoile violemment. L’humanité de la bête est détruite par l’animalité de l’homme. La loi du Wild ne laisse pas le choix, seul l’animal féroce peut survivre.



L’auteur nous fait découvrir un monde dur et froid. Un monde perdu dont toute la violence est mise en évidence. Dès la première page, nous sommes confrontés à l’homme et à la faune luttant pour leur survie. Réduits à la même échelle par leurs besoins primaires, ils n’ont plus d’autre nécessité que celle de vivre coûte que coûte. La seule supériorité de l’homme dans le Wild est sa capacité à faire du feu.

La grande particularité de Croc-Blanc est la façon dont le narrateur nous décrit cet univers. Il nous fait découvrir le Wild à travers les yeux de l’homme, mais très rapidement on se retrouve derrière le regard du loup. Et c’est avec ses yeux que l’on apprend à apprivoiser le Wild. Jack London pose ici un regard et une narration subtils révélant les vérités sombres qui nous habitent. Il réveille également en nous un sentiment de gêne, et de responsabilité face aux actes de ces hommes. Au fil des pages, il nous transporte d’émotions en émotions, de la fatalité à l’espoir, et nous fait vibrer pour ce loup un peu chien.

L’écrivain, influencé dans ses œuvres par la nature sauvage, la représente ici avec force. Il a inspiré beaucoup de réalisateurs de films, séries et dessins animés. Croc-Blanc est un classique trop souvent classé en jeunesse. Pourtant, bien que le récit puisse sembler enfantin, la complexité des sentiments, la philosophie transmise et la qualité d'écriture ne peuvent se révéler dans toute leur ampleur qu'à un lecteur d'une certaine maturité.

Laissez-vous (ré)apprivoiser par un loup et (re)découvrir ce qu’est « une vie de chien » dans le Wild. Un monde où il n’y a de place que pour les plus forts et où les faibles sont dévorés par la haine.

Cela peut également être l'occasion de découvrir le reste de l'œuvre de l'auteur, à commencer par le livre auquel fait écho Croc-Blanc, L'appel de la forêt publié trois année plus tôt. Histoire d'un chien domestique vendu comme chien de traîneau, et qui va se retrouver confronté à toute la rudesse du Grand Nord en une sorte de parcours inverse ; c'est pourquoi l'on peut qualifier ces deux œuvres de diptyque.


Yaël, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

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Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Jack London Le peuple d'en bas

 

 

 

Article d'Esilda sur Le Monde d'en bas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:00

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Jack London
Le peuple d’en bas
The People of the Abyss, 1903
Traduction
De François Postif
éditions Phébus
Collection Libretto, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur


Il est important pour aborder une œuvre comme Le peuple d’en bas de connaître celui qui l’a écrite John Griffith Chaney, devenu Jack London après son adoption, né à San Franscisco en 1876. Entre 1880 et 1892, il subit  de nombreux déménagements autour de la baie de San Francisco. Il lit avec passion, fait des petits boulots, fréquente les voyous du port d'Oakland, découvre l'alcool et le travail dans l'industrie. Il devient pilleur d'huitres, travaille ensuite pour la patrouille de pêche. En 1893, Jack s'embarque sur le Sophie Sutherland pour aller chasser le phoque au large des côtes du Japon. Il en tirera la matière de son premier récit : Un Typhon au large du Japon. Il va travailler dur dans les usines, puis suivre les vagabonds le long des voies de chemin de fer. Il participera à la marche des chômeurs sur Washington et sera emprisonné à Niagara Falls pour vagabondage. Il devient socialiste et lit beaucoup Nietzsche et Darwin. En 1897, c'est la ruée vers l'or du Klondike. Jack London y participe. Il ne trouve pas d'or, attrape le scorbut, est rapatrié au printemps 98. Il trouve chez les chercheurs d'or, les trappeurs et les indiens une vraie source d'inspiration. Il publie alors sa première nouvelle sur le Grand Nord : À l'homme sur la piste. Le recueil Le fils du loup est un succès. Puis, en 1902, Jack London part pour Londres, passe trois mois avec les travailleurs pauvres, les sans-logis et les chômeurs. Il en ramène ce livre : The People of the Abyss, titre que l'on peut traduire par Le peuple de l'abîme ou Le peuple d'en bas. Son véritable succès arrive avec L'appel sauvage (aussi appelé L'appel de la forêt) en 1903. Il devient correspondant de presse mais son engagement politique lui vaut des ennuis, il est expulsé de Corée. Il entame un tour du monde à bord de son navire le Snark mais, en Australie, il doit être soigné et rentre finalement en Californie. Il continue à voyager (Hawaii, le cap Horn) et à militer jusqu'à sa rupture avec le parti socialiste. Il meurt le 22 novembre 1916 des suites d'un empoisonnement du sang causé par une urémie, maladie dont il souffrait depuis son voyage dans le Pacifique.



Le peuple d’en bas

En 1902, alors qu'il vient d'être engagé par un journal californien comme correspondant pour couvrir la guerre des Boers, Jack London, en route vers l’Afrique australe, s'arrête à Londres.

Dans la capitale anglaise, il se déguise en clochard et passe alors trois mois au milieu des ouvriers démunis, des sans-logis  et des miséreux. De cette plongée dans les ignobles bas-fonds de l'East End, Jack London tire The People of the Abyss,  (Le Peuple de l'abîme), un pamphlet dénonçant la misère croissante provoquée par le capitalisme.

London est particulièrement frappé par la misère  qui règne dans ces quartiers, par la surpopulation, les salaires ridicules, la famine et les maladies qui causent la mort des pauvres de Londres dans la solitude et la plus grande détresse. Bien sûr, tout le monde a entendu parler de ces quartiers à travers les romans de Dickens. Chacun se fait une petite idée des rues sordides dans lesquelles ont évolué les victimes de Jack l’Éventreur. Bref, l’East End n’est pas inconnu, mais l’image que l’on s’en fait est généralement assez approximative, romancée.

Le mérite de London est d’avoir cherché à faire un compte rendu précis de ses pérégrinations, d’avoir décrit les rues et leurs habitants et ponctué le tout de coupures de presse de l’époque. Les faits divers et les anecdotes sont particulièrement intéressants car ils permettent de se faire une meilleure idée des véritables conditions de vie des oubliés de l’époque victorienne.

 De multiples exemples permettent au lecteur de mieux appréhender la précarité de la situation des habitants de l’East End. London ajoute à cela quelques chiffres (dépenses moyennes, nombre de morts à l’hospice ou à l’hôpital, etc.) Mais la force de ce témoignage tient  plus aux situations concrètes que London dépeint qu’aux statistiques difficiles à appréhender.



Un témoignage sur la réalité sociale

Le peuple d’en bas est en premier lieu un témoignage sur la réalité sociale en Angleterre. London cherche une expérience de la limite, limite du témoignage, limite de l’écriture naturaliste, difficulté du voir et du dire. Dans toute la première partie, il nous raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a expérimenté et les rencontres qu’il a pu faire. Il montre ainsi comment les gens sont placés dans une situation où ils parviennent juste à subvenir à leur survie, mais où le moindre imprévu les plonge dans une spirale de misère dont ils n’arrivent pas à sortir.

Un point particulièrement intéressant de cette partie est le changement qui s’opère dans sa relation avec ses pairs et avec les ouvriers lorsqu’il revêt ses fripes pour se fondre dans la masse ouvrière. Il devient l’ami des ouvriers, alors que sa vie semble avoir diminué de prix quand, au niveau des carrefours, les voitures ne ralentissent plus à son passage. La distinction des classes vécue en temps réel.

Par ces écrits, il va faire le tableau sombre des bas quartiers de Londres en  1902. Il va présenter la vie des gens qui ont sombré dans l’abîme ; il s’agit à chaque fois d’un équilibre fragile qui se rompt. Les misérables sont si nombreux que les propriétaires en profitent : une chambre sert parfois à loger une famille entière. Certains enfants dorment sous les lits, sur les tables. Jack London explique que, parfois, on fait « les trois huit » autour d’une paillasse, trois dormeurs l’occupant tour à tour pendant vingt-quatre heures, au gré de leurs horaires de travail. On trouve des annonces pour sous-louer « un coin de chambre ». Une famille déplace le cadavre d’un nouveau-né de la table au lit et à l’étagère garde-manger en attendant de réunir l’argent des obsèques.

 Maladie, accident, vieillesse, alcoolisme, London va aborder tous les problèmes sociaux du peuple de l’East End. Par exemple celui  du  mécanisme même de la charité qui semble être un rouage supplémentaire de la déchéance. Si l’on veut une place à l’asile de nuit, il faut faire la queue dès quatre heures de l’après-midi et « payer » sa nuit le lendemain en cassant une demi-tonne de cailloux. Pendant ce temps, on couronne Edouard VII en grande pompe. Ailleurs, on parle de la « Belle époque », souligne-t-il non sans ironie.

Jack London connaît le système de l’intérieur et la misère n’est pas pour lui une abstraction ; il essaie dans cette première partie de proposer une description qui se veut objective de ce qu’il a pu voir à cette période. Ce souci d’objectivité a représenté la majeure part du travail de relecture effectué sur cet ouvrage lorsqu’il a dû élaguer les aspects les plus mordants pour se faire accepter du public.



Une critique de la société capitaliste

Dans la seconde partie, London décortique un certain nombre de faits sociétaux  qui créent ces situations. S'il essaie d’être le plus objectif possible dans son témoignage, Jack London dénonce avant tout la société capitaliste. Révolutionnaire socialiste, il a une foi absolue dans l’humain et il est pétri d’un idéalisme rayonnant, mais  la générosité qui l’habite ne suffit plus pour supporter, sans rien dire ni écrire, l’inhumanité d’un système, celui de la société capitaliste. Le capitalisme étouffe la conscience de classe, isole et broie l’individu des classes inférieures, mort-vivant, à mille lieues des classes dominantes, solidaires quant à elles.

Justement, Jack London dénonce une société  fondée « non pas sur l’individu mais sur la propriété » et la critique ne peut être que la conclusion implicite de ce qu’il décrit. Par exemple le règlement, édicté par l’administration, qui interdit aux « sans-logis » de dormir la nuit sur la voie publique, les obligeant à marcher des nuits entières alors qu’ils se retrouveront sans endroit où dormir la journée. London, dans son témoignage, raconte comment il a vu des policiers poursuivre une vieille femme pour qu’elle ne s’endorme pas sur la voie publique. London évoque également la loi qui condamne le suicide, très présent dans l’Est End, qi’il voit comme une résultante sociale du capitalisme. La pauvreté, la misère, la crainte de l’asile poussent certains à mettre fin à leurs jours. Mais par l’exemple du suicide c’est toute une politique qu’il dénonce. En effet, le suicide est condamnable dans cette Angleterre, c’est-à-dire que les suicides manqués se terminent au tribunal et sont passibles d’amendes. Jack London met l’accent sur le fait que le verdict le plus souvent énoncé attribue le suicide à « une crise de folie passagère » et que l’État nie ainsi toute responsabilité dans ces actes qui ne sont en fait que l’échappatoire à une vie de labeur et de misère subie sans que l’État prenne aucune mesure d’aide.



Une remise en question

Ce qui est décrit dans Le peuple d’en bas choque . ce que le lecteur découvre dans ce livre l’amène à critiquer violemment la société qui lui est présentée. Sa grande force est de présenter au lecteur un certain nombre d’exemples individuels et réels, de démonstrations rigoureuses. Il permet de pénétrer dans cet East End que personne ne vient visiter, que les bonnes gens ont peur d’aborder. Cet ouvrage se termine pour le lecteur par un questionnement sur la civilisation qui permet ces atrocités. Bien sûr, l’empathie est souvent facile pour peu qu’on nous mette sous le nez une situation pénible, mais Jack London nous montre aussi un exemple : il est allé de son propre chef au-devant de cette misère et c’est ce qu’il faut retenir, une démarche active d’où une pensée et une réflexion vont découler, tout d’abord motivée par une volonté. De plus, il faut souligner le fait que dans Le peuple d’en bas, Jack London, dépassé par ce qu’il a pu voir, parle de la misère sur un ton parfois ironique. On peut penser qu’il retrouve un peu son double parmi les habitants de l’East End et  voit là-bas une vie à laquelle il a échappé de peu. Ayant connu l’alcool et la pauvreté, il s’en est fallu de peu qu’il ne sombre lui aussi ; ainsi, c’est un peu un jeu de miroir pour lui que de se retrouver parmi les sans-logis, et cela questionne.


Esilda, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Jack LONDON sur LITTEXPRESS

 

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Article de Mickaël sur Le Talon de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Thomas sur Parole d'homme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 07:00

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© Christine Thomelin

 

Christine Thomelin est traductrice française de l’anglais au français. Elle est titulaire d’une maîtrise d’anglais et est adhérente à la SFT (Société Française des Traducteurs). Ses activités lui donnent une certaine visibilité et elle figure dans l’annuaire des professionnels de l’ECLA (écrit cinéma livre audiovisuel).

Elle a à ce jour publié deux traductions de romans :

  •   Snow Storms in a Hot Climate de Sarah Dunant (Tempêtes de neige en été; éditions Calmann-Lévy).
  •    Maxwell de Joe Haines (L’incroyable monsieur Maxwell : histoire d’un empire, éditions Odile Jacob).


Ces deux auteurs sont d’origine britannique.

Cet entretien a été réalisé par mails. C’est vers les enjeux de sa profession et de ses traductions que les questions posées à Christine Thomelin ont été orientées.

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Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Traductrice libérale et traductrice d’édition, je navigue au quotidien entre deux langues – l’anglais et le français – et ce travail me permet de découvrir avec un réel plaisir des univers sans cesse différents en raison des textes eux-mêmes, qui sont sans cesse renouvelés.



Êtes-vous devenue traductrice par choix ou parce que l'occasion s'est présentée, à la suite de vos études par exemple ?

Le mot et l’écrit ont toujours été pour moi objets de fascination et d’étude. C’est tout naturellement, après un DEA de Littérature et civilisation britannique, que je me suis orientée vers la traduction.



Comment en vient-on à traduire un livre ? Est-ce qu'on vous propose un titre ? Ou lisez-vous un ouvrage dans sa langue d'origine et, vous apercevant qu'il n'est pas traduit, décidez-vous de vous y atteler ?

Les chemins qui mènent à la traduction sont certes très variés selon les personnes. Pour ma part, les éditions Odile Jacob m’ont confié la biographie de Robert Maxwell car mon DEA portait plus précisément sur les clubs politiques et littéraires en Angleterre et ce magnat de la presse a connu une carrière politique fulgurante en Angleterre. Pour le roman de Sarah Dunant, c’est la précédente maison d’édition qui m’a orientée vers  Calmann-Lévy.



Quelle a été votre relation avec l'éditeur lors de vos traductions ?

L’éditeur, par l’intermédiaire d’un directeur de collection, est très proche du traducteur en ce sens qu’il effectue d’abord un test de traduction pour voir si l’écriture du traducteur correspond au style que lui-même apprécie dans tel ou tel texte. Ici se pose déjà le problème de la fidélité au texte ou de la transposition. La traduction est bien évidemment relue, corrigée, révisée avant publication, d’où des contacts étroits avec l’éditeur.



Avez-vous choisi les titres que vous avez traduits : Tempêtes de neige en été de Sarah Dunant et L'Incroyable Monsieur Maxwell, histoire d'un empire de Joe Haines ?

C’est dans les deux cas le directeur de collection qui a choisi les titres.



Ces deux titres sont très différents puisque l'un est un roman et l'autre une biographie de Robert Maxwell, éditeur-politicien (entre autres). Êtes-vous attirée par ces deux types d'écrits ? Ou plus particulièrement par l'un des deux ?

Les deux sont passionnants car ce sont deux formes d’expression très différentes et    c’est pourquoi je ne peux pas choisir entre les deux.



Y a-t-il des auteurs que vous seriez fière de traduire ? Si oui lesquels et pourquoi ?

Aucun nom ne me vient spontanément à l’esprit mais l’intérêt du métier de traductrice est précisément d’aborder des textes ou des expressions littéraires, journalistiques, documentaires sans cesse renouvelés.



Préférez-vous traduire « mot à mot » ou plutôt dans la tradition des « Belles infidèles » ? Avez-vous besoin de vous approprier pleinement le texte ou préférez-vous rester en retrait, et ainsi traduire avec une certaine distance vis-à-vis de l'ouvrage (et de son auteur) ?

Le traducteur doit d’abord s’imprégner du monde décrit par l’auteur, de sa forme d’expression, du rythme de l’œuvre et du champ sémantique avant de refléter au mieux l’esprit du texte, parfois en s’en éloignant, parfois en s’en rapprochant.



Peut-on être satisfait de son travail de traduction en sachant que cette dernière n'est jamais fidèle à 100% ?

Cette question pourrait aussi être posée à un écrivain. L’auteur d’une traduction n’est probablement jamais parfaitement satisfait de sa production car une traduction est un travail extrêmement minutieux et exigeant au cours duquel des choix sont sans cesse indispensables, d’où un perpétuel questionnement du rédacteur par rapport à ses décisions.



Quel est votre cadre idéal de travail ? Chez vous ? En bibliothèque ? Dans le silence ? En musique ? Autre ?

Le cadre idéal pour travailler, c’est un environnement familier où reste un silence total. Une musique de fond peut accompagner pendant un premier temps la traduction mais lorsque l’on est concentrée sur un texte, il arrive parfois que l’on éteigne même ce son qui progressivement n’aide plus à se concentrer mais devient au contraire  perturbateur.



Lorsque vous commencez une nouvelle traduction, ressentez-vous le besoin de vous imprégner de l'auteur, sa vie, son œuvre... ? Et dans le cas du livre sur R. Maxwell, avez-vous effectué des recherches sur cet homme ?

Quel que soit le sujet abordé, il est primordial de lire, de se documenter et d’effectuer des recherches autour du texte à traduire avant et même pendant la traduction.



Vous intervenez dans des colloques, des réunions mais aussi dans des bibliothèques ou encore des librairies. Le contact avec le public vous aide-t-il dans votre parcours professionnel ? Donnez-vous des cours sur la traduction, en université par exemple ?

Toute présentation d’un texte – que ce soit dans un cours, dans un entretien avec l’auteur, dans un échange avec le public – apporte un éclairage différent et souvent enrichissant car il s’agit alors de la confrontation de points de vue personnels et chacun a somme toute sa propre vision des choses. 



Que pensez-vous du statut de traducteur/trice ? Selon vous, est-ce une profession suffisamment reconnue ? En passe de le devenir ?

Le statut de traducteur a tour à tour été mis en exergue et parfois occulté au fil des siècles. Aujourd’hui, il existe une reconnaissance effective du fait de la mention du nom du traducteur sous  le titre de l’ouvrage publié. Un traducteur restera toujours un passeur. Il fait connaître des textes qui, sans lui, ne seraient accessibles qu’à un public qui pratique la langue dans laquelle le texte a été écrit, ce qui limite automatiquement la diffusion de l’ouvrage.



Que conseilleriez-vous à un jeune diplômé voulant faire le travail de traducteur ?

Il lui faudra choisir entre diverses orientations : un traducteur peut travailler dans le monde de l’édition, pour le grand public, pour des entreprises ou des institutions. Il se spécialisera ou non au fil du temps, en fonction des donneurs d’ordre qui lui proposeront des textes. Un traducteur peut aussi être un interprète, notamment s’il est expert judiciaire et ceci n’est pas vrai uniquement dans le domaine juridique.

Il pourra acquérir une formation auprès d’écoles reconnues ou d’universités mais les qualités essentielles d’un traducteur sont fondamentalement, à mon avis, une excellente connaissance des deux langues dans lesquelles il travaille, une grande curiosité intellectuelle, le goût du travail bien fait et une grande capacité d’adaptation car tout texte recèle des surprises et le facteur temps est souvent crucial dans la mesure où il existe des délais et une traduction, au fond, pourrait toujours être retravaillée.
 

 Propos recueillis par Marie Gaudin (licence professionnelle librairie) et Marina Pangrazi (licence professionnelle bibliothèque)




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Published by Marina et Marie - dans traduction
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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 07:00

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Stephen CRANE
Maggie fille des rues
Maggie : A Girl of the Streets, 1893
 

traduit de l'américain

par Jeanne-Marie Santraud

Aubier,
Domaine américain bilingue, 1993.




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie
 
Stephen Crane est né en 1871 à Newark, dans le New Jersey. Journaliste, il publie des articles, des histoires courtes dans les journaux. Il attrape la tuberculose et meurt à l’âge de 29 ans.

En 1891, il avait composé une première version de Maggie fille des rues mais ne publie ce livre qu’en 1993 sous le nom de Johnston Smith. Il va connaître la notoriété avec La conquête du courage (The Red Badge of Courage) en 1895.



L’œuvre

Ce roman traite de l’histoire d’une famille de prolétaires vivant dans les quartiers déshérités de New York. La famille est composée du père, de la mère, et de de leurs trois enfants : Jimmie, Maggie et Tommy.

Le livre comporte 19 chapitres mais peut être divisé en trois parties :

La première est composée des trois premiers chapitres. Les enfants sont petits. Le récit commence par une bataille entre Jimmie et des garçons d’un autre quartier. L’affrontement finit sur l’intervention du père de Jimmie. De retour chez lui, Jimmie se fait battre par sa mère. Le père intervient car il ne supporte pas les cris puis sort pour aller boire. Plus tard, c’est Maggie qui va se faire battre parce qu’elle a cassé une assiette. Ces trois chapitres présentent l’ambiance dans laquelle sont élevés ces enfants, l’univers dans lequel ils grandissent, celui de la lutte et de l’alcool.

La deuxième partie peut commencer à partir du chapitre quatre ; il y a un saut dans le temps. Maggie et Jimmie sont devenus des adolescents, leur père et leur frère sont morts. Maggie a dû faire un choix entre la prostitution et le travail, elle choisit le travail. Elle tombe sous le charme de Pete, une connaissance de son frère. Ils entament une relation. Pete emmène Maggie dans des « saloons », des « cafés concerts ». Maggie voit en Pete un homme rayonnant, loin de l’ambiance triste dans laquelle elle évolue. Un jour, dans un « café-concert », apparaît Nell, une connaissance de Pete. Ce dernier se désintéresse de Maggie. Il part du « café-concert » pour suivre Nell et laisse Maggie toute seule. Elle décide alors de rentrer chez elle, mais, presque aussitôt, sa mère la met à la porte. Cette dernière crie tellement fort que tous les voisins de l’immeuble viennent regarder la scène. Cela donne l’impression que Maggie est un « phénomène de foire ». Elle décide alors de retourner voir Pete mais celui-ci la repousse.

Le chapitre suivant commence quelques mois plus tard, ce qui peut marquer le début de la dernière partie. Le lecteur découvre que Maggie a été amenée à se prostituer mais rien n’est dit clairement. Le prénom de « Maggie » n’est pas cité une seule fois dans le chapitre ; seul le pronom « elle » est employé, marquant une perte d’identité. Le livre s’achève sur l’annonce de la mort de Maggie à sa mère qui crie qu’elle lui pardonne.



Les personnages

Maggie est la seule fille de la famille. La première fois qu’elle apparaît, c’est une enfant décrite comme « une fillette en haillons ». Elle et ses frères se font battre par la mère. Elle rêve d’un meilleur quotidien, déteste le travail qu’elle a. Elle va finir par s’amouracher de Pete et ne pas revenir chez elle pendant un moment. Au final elle est abandonnée par tous et finit par se prostituer puis se suicider.

La mère de Maggie est une femme imposante. Elle boit et bat ses enfants. Elle met Maggie à la porte parce que cette dernière est allée chez Pete mais lorsque Maggie meurt, elle pleure et crie qu’elle lui pardonne. Or, si elle ne l’avait pas mise dehors, Maggie ne serait sûrement pas morte.

Jimmie va chercher à se battre souvent, on va aussi le voir en train de boire mais c’est celui dont on voit le moins la déchéance. Il est difficile à cerner car lorsque Maggie ne revient pas, il en veut à Pete ; il va d’ailleurs se battre avec lui mais il veut aussi aller chercher Maggie ; ce qu’il ne fera pas parce que sa mère le lui a interdit. Pourtant, lorsque Maggie revient, il l’ignore et la rejette. Lorsqu'elle est morte, sa mère lui demande d’aller chercher le corps, ce qu’il fait avec une certaine pointe de regret.

Pete est semblable à Maggie. Maggie va s’accrocher à lui parce qu’l est rayonnant, mais lui va aussi s’accrocher à une personne, Nell. Après la mort de Maggie, il y a tout un chapitre sur lui. On le voit entouré de femmes, il est totalement ivre et ne fait que répéter qu’il est « un brave type » ; on remarque qu’il aime être entouré. Les femmes, dont Nell, lui disent qu’elles vont rester près de lui. Au final il tombe de sommeil sous l’effet de l’alcool. Les  femmes le laissent au milieu du « saloon » en prenant son argent. Nell va le regarder en riant et le traiter d’imbécile. Lui aussi est abandonné par la personne à laquelle il s’accrochait.



Analyse

À travers ce livre, Stephen Crane a voulu dénoncer la société et le gouffre qu’elle représente. Il dénonce le regard que les gens portent les uns sur les autres. Effectivement, si la mère de Maggie la rejette, c’est que les autres personnes critiquent et jugent facilement ; or, partir avec un home est mal vu à cette époque. Le regard des autres pèse beaucoup dans cette société.

Je pense que la mort de Maggie ne peut pas être vue comme une fatalité. Effectivement, un seul geste aurait pu la sauver. Si par exemple sa mère ne l’avait pas mise à la porte. Mais cela apparaît encore plus nettement lorsque Pete vient de quitter Maggie ; elle voit un homme d’Église et pense qu’elle peut être aidée car elle a entendu parler de la grâce de Dieu. Or, quand elle s’approche de cet homme, celui-ci préfère partir qu’essayer de comprendre. On voit alors que Stephen Crane dénonce le fait que les hommes ne regardent pas autour d’eux, ne font pas attention à ce qui les entoure.

Je pense aussi qu’il dénonce l’Église car l’homme qui représente Dieu à ce moment-là, l’abandonne. De plus, lorsque Maggie est morte, les voisines ne cessent de répéter à la mère de Maggie : « le Seigneur y nous l’a donné, et le Seigneur y nous l’a reprise ». Elles se réfugient derrière ce lieu commun pour ne pas voir les choses en face. Elles se cachent derrière le Seigneur pour ne pas affronter la réalité.



Quelques mots sur le réalisme américain

Le réalisme américain est un mouvement qui apparait au XIXe siècle ; il met en scène la société américaine. Il montre la mentalité des êtres humains de cette époque, les conséquences qu’a eues la révolution industrielle sur les caractères des hommes. Le roman Maggie fille des rues est considéré aujourd’hui comme l'un des premiers romans du réalisme américain.



Conclusion et avis personnel
 
Je pense que Stephen Crane a voulu dénoncer avec une certaine ironie la société et les gens qu’elle crée. J’ai bien aimé ce livre parce qu’il est facile à lire. Petite remarque sur l’écriture : les dialogues sont écrits en langage familier mais contrastent avec les descriptions qui sont dans un langage courant. Ce livre m’a étonnée car en voyant le titre je m’attendais à lire l’histoire d’une prostituée. C'est effectivement le cas, mais seulement à la fin. Avec ce titre je pensais que toute l’histoire était centrée sur la prostitution. C’est pourquoi, au départ, je me questionnée sur le choix du titre dont je n’ai compris le sens qu’en arrivant à la fin.

 

 

Emmanuelle, 1ère année Bib


Le naturalisme américain sur LITTEXPRESS

Theodore Dreiser Sister Carrie

 

 

 

 

 

 

Article de Joanna sur Sister Carrie de Theodore DREISER.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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